{"id":24036,"date":"2026-11-01T05:07:44","date_gmt":"2026-11-01T05:07:44","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=fibres-commissurales-neurobiologie-psychologie"},"modified":"2026-11-01T05:07:44","modified_gmt":"2026-11-01T05:07:44","slug":"fibres-commissurales-neurobiologie-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=fibres-commissurales-neurobiologie-psychologie","title":{"rendered":"Fibres commissurales : Les ponts c\u00e9r\u00e9braux"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;architecture neuroanatomique, les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux fonctionnent non pas comme des entit\u00e9s isol\u00e9es, mais comme deux processeurs hautement sp\u00e9cialis\u00e9s engag\u00e9s dans un dialogue permanent et bidirectionnel. Les fibres commissurales constituent le substrat physique fondamental de cette interaction, reliant les aires homologues et h\u00e9t\u00e9rologues entre les moiti\u00e9s droite et gauche du syst\u00e8me nerveux central. Sans ces faisceaux axonaux massifs, l&rsquo;int\u00e9gration sensorielle unifi\u00e9e, la coordination motrice bimanuelle et la synth\u00e8se cognitive complexe qui caract\u00e9risent l&rsquo;exp\u00e9rience psychique humaine seraient tout simplement inconcevables.<\/p>\n<h2>Fibres commissurales<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les fibres commissurales d\u00e9signent une classe majeure de faisceaux de substance blanche compos\u00e9s d&rsquo;axones my\u00e9linis\u00e9s qui traversent le plan sagittal m\u00e9dian pour interconnecter des r\u00e9gions correspondantes ou fonctionnellement coordonn\u00e9es des deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux ou des deux moiti\u00e9s de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Elles assurent le transfert interh\u00e9misph\u00e9rique rapide des informations sensorielles, motrices, affectives et cognitives, maintenant ainsi l&rsquo;unit\u00e9 fonctionnelle de l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique et neuropsychologique, ces voies axonales permettent une synchronisation temporelle fine et un partage d&rsquo;informations indispensables \u00e0 la perception globale, \u00e0 la modulation attentionnelle et \u00e0 l&rsquo;arbitrage d\u00e9cisionnel. Elles se distinguent formellement des fibres d&rsquo;association, qui relient des territoires corticaux au sein d&rsquo;un m\u00eame h\u00e9misph\u00e8re, et des fibres de projection, qui unissent le cortex c\u00e9r\u00e9bral aux structures sous-corticales, au tronc c\u00e9r\u00e9bral et \u00e0 la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<p>La structure commissurale la plus pro\u00e9minente du cerveau humain est le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Corps_calleux\">corps calleux<\/a>, regroupant plus de deux cents millions d&rsquo;axones. D&rsquo;autres formations anatomiques notables partagent cette fonction commissurale, notamment la commissure ant\u00e9rieure, la commissure du fornix (ou commissure hippocampique), ainsi que les commissures hab\u00e9nulaire et post\u00e9rieure, chacune assurant la liaison d&rsquo;ensembles fonctionnels sp\u00e9cifiques allant du traitement limbique et olfactif \u00e0 la motricit\u00e9 r\u00e9flexe pupillaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab commissural \u00bb d\u00e9rive directement du substantif latin <em>commissura<\/em>, signifiant \u00ab point de jonction \u00bb, \u00ab assemblage \u00bb, \u00ab soudure \u00bb ou \u00ab couture \u00bb. Ce nom est lui-m\u00eame issu du verbe latin <em>committere<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>com-<\/em> (\u00ab ensemble \u00bb, \u00ab avec \u00bb) et de <em>mittere<\/em> (\u00ab envoyer \u00bb, \u00ab faire aller \u00bb, \u00ab mettre ensemble \u00bb). Historiquement, la commissure d\u00e9crit ainsi une zone physique o\u00f9 deux parties sym\u00e9triques sont intimement r\u00e9unies et mises en relation active.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab fibre \u00bb provient quant \u00e0 lui du latin classique <em>fibra<\/em>, d\u00e9signant un filament v\u00e9g\u00e9tal, un brin ou une structure filiforme organique. En neurobiologie moderne, le mot s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9 pour qualifier l&rsquo;axone neuronal individuel, le plus souvent entour\u00e9 de sa gaine de my\u00e9line lipidique et de ses cellules gliales associ\u00e9es, conf\u00e9rant aux faisceaux d&rsquo;interconnexion leur aspect macroscopique blanc nacr\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du syntagme dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale et neuroanatomique remonte aux trait\u00e9s anatomiques du XVIIe et du XVIIIe si\u00e8cle, notamment sous l&rsquo;impulsion de Thomas Willis et de F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr. Ces pionniers de la neuroanatomie descriptive ont cherch\u00e9 \u00e0 cat\u00e9goriser syst\u00e9matiquement les faisceaux de substance blanche reliant les structures bilat\u00e9rales, formalisant l&rsquo;opposition conceptuelle entre voies commissurales, associatives et projectives qui demeure la norme nosologique contemporaine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/fib\u0281 k\u0254.mi.sy.\u0281al\/ au singulier (\u00ab fibre commissurale \u00bb) et conserve la m\u00eame prononciation au pluriel \/fib\u0281 k\u0254.mi.sy.\u0281al\/ (\u00ab fibres commissurales \u00bb). Le terme \u00ab fibre \u00bb est un nom commun f\u00e9minin, tandis que \u00ab commissurale \u00bb est un adjectif relationnel s&rsquo;accordant en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il qualifie (au masculin : \u00ab faisceau commissural \u00bb, pluriel : \u00ab faisceaux commissuraux \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique et clinique francophone, l&rsquo;expression s&#8217;emploie principalement au pluriel lorsqu&rsquo;elle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me axonal d&rsquo;interconnexion h\u00e9misph\u00e9rique. On parle indiff\u00e9remment des \u00ab fibres commissurales t\u00e9lenc\u00e9phaliques \u00bb, des \u00ab voies commissurales \u00bb ou des \u00ab contingents commissuraux \u00bb. L&rsquo;usage singulier est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la d\u00e9signation d&rsquo;un axone sp\u00e9cifique reliant deux colonnes corticales miroirs ou \u00e0 une \u00e9tude histologique individuelle.<\/p>\n<p>Sur le plan des variantes terminologiques, on retrouve occasionnellement dans les \u00e9crits anatomiques plus anciens la d\u00e9signation de \u00ab commissures blanches \u00bb pour d\u00e9signer collectivement ces faisceaux my\u00e9linis\u00e9s, par opposition \u00e0 la substance grise interh\u00e9misph\u00e9rique (comme l&rsquo;adh\u00e9sion interthalamique). En anglais biom\u00e9dical, le terme \u00e9quivalent universel est <em>commissural fibers<\/em> ou <em>commissural tracts<\/em>.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie des fibres commissurales exige d&rsquo;analyser la double contrainte \u00e9volutive \u00e0 laquelle est soumis le cerveau des vert\u00e9br\u00e9s sup\u00e9rieurs : l&rsquo;accroissement de la lat\u00e9ralisation h\u00e9misph\u00e9rique et la pr\u00e9servation indispensable de la coh\u00e9rence de conscience et d&rsquo;action. L&rsquo;enc\u00e9phale humain pr\u00e9sente une asym\u00e9trie fonctionnelle prononc\u00e9e, le cortex gauche \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement dominant pour le langage propositionnel, la praxie analytique et la logique s\u00e9quentielle, tandis que le cortex droit excelle dans le traitement holistique, visuospatial, la prosodie affective et la reconnaissance des configurations faciales. Les fibres commissurales constituent le pont dynamique qui permet \u00e0 ces deux processeurs asym\u00e9triques de fonctionner comme un agent cognitif singulier.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue structural, les fibres commissurales relient principalement des r\u00e9gions homotopiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire des zones occupant une position cytoarchitectonique \u00e9quivalente dans les deux h\u00e9misph\u00e8res, comme l&rsquo;aire auditive primaire gauche et l&rsquo;aire auditive primaire droite. Cependant, une proportion non n\u00e9gligeable de ces axones \u00e9tablit des liaisons h\u00e9t\u00e9rotopiques, connectant par exemple une aire associative pr\u00e9frontale d&rsquo;un h\u00e9misph\u00e8re avec une aire pari\u00e9tale post\u00e9rieure de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re contro-lat\u00e9ral. Cette connectivit\u00e9 h\u00e9t\u00e9rotopique enrichit consid\u00e9rablement le r\u00e9pertoire computationnel du cerveau en int\u00e9grant des r\u00e9seaux fonctionnels distribuant leurs op\u00e9rations \u00e0 travers les deux c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique, le r\u00f4le des fibres commissurales est double : elles exercent \u00e0 la fois des effets excitateurs et des influences inhibitrices. Si la majorit\u00e9 des terminaisons axonales commissurales utilisent le glutamate comme neurotransmetteur principal et excitent directement les neurones corticaux cibles, elles font \u00e9galement synapse sur des interneurones inhibiteurs locaux utilisant l&rsquo;acide gamma-aminobutyrique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABA<\/a>). Ce m\u00e9canisme d&rsquo;inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique est crucial. Il permet, par exemple, lors de l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un mouvement unilat\u00e9ral fin de la main droite, d&rsquo;\u00e9teindre l&rsquo;activit\u00e9 motrice miroir involontaire du cortex moteur gauche sur le cortex moteur droit, pr\u00e9venant ainsi les mouvements parasites dits syncin\u00e9sies.<\/p>\n<p>Enfin, les fibres commissurales pr\u00e9sentent une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 morphologique notable. Le diam\u00e8tre des axones varie grandement selon les r\u00e9gions d&rsquo;origine : les fibres reliant les aires primaires motrices et somatosensorielles sont volumineuses et tr\u00e8s fortement my\u00e9linis\u00e9es, autorisant une vitesse de conduction pouvant atteindre 60 m\u00e8tres par seconde, indispensable \u00e0 la synchronisation sensorimotrice bilat\u00e9rale. \u00c0 l&rsquo;inverse, les faisceaux interconnectant les aires pr\u00e9frontales et temporales associatives sont compos\u00e9s d&rsquo;une majorit\u00e9 d&rsquo;axones plus fins et plus lents, adapt\u00e9s au traitement d&rsquo;informations s\u00e9mantiques ou strat\u00e9giques o\u00f9 la milliseconde n&rsquo;est pas un facteur critique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique et d\u00e9couvertes<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude anatomique et fonctionnelle des commissures c\u00e9r\u00e9brales est jalonn\u00e9e de d\u00e9couvertes majeures qui ont fa\u00e7onn\u00e9 l&rsquo;histoire des neurosciences cognitives. Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9, les m\u00e9decins grecs tels qu&rsquo;\u00c9rasistrate et Galien avaient d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 la pr\u00e9sence d&rsquo;une masse m\u00e9diane fibreuse au fond de la scissure interh\u00e9misph\u00e9rique, qualifi\u00e9e de \u00ab corps dur \u00bb ou \u00ab corps calleux \u00bb, mais ses fonctions demeuraient enti\u00e8rement sp\u00e9culatives, souvent assimil\u00e9es \u00e0 un simple soutien m\u00e9canique pour les ventricules.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, Ren\u00e9 Descartes attribue \u00e0 la glande pin\u00e9ale le si\u00e8ge de l&rsquo;\u00e2me pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elle est impaire et centrale, ignorant largement le r\u00f4le de pont des commissures blanches. Il faut attendre les dissections minutieuses de Thomas Willis au milieu du XVIIe si\u00e8cle et, plus tard, celles de F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr pour que les connexions transversales soient correctement cartographi\u00e9es et distingu\u00e9es des faisceaux descendants.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, les neuropathologistes commencent \u00e0 suspecter le r\u00f4le des fibres commissurales dans la transmission de l&rsquo;information entre les h\u00e9misph\u00e8res. En 1892, le neurologue fran\u00e7ais Joseph Jules Dejerine d\u00e9crit le premier cas clinique document\u00e9 d&rsquo;alexie sans agraphie cons\u00e9cutif \u00e0 un infarctus de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale post\u00e9rieure gauche touchant le spl\u00e9nium du corps calleux et le cortex occipital gauche. Dejerine d\u00e9montre avec brio que l&rsquo;information visuelle per\u00e7ue par l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit ne peut plus atteindre le centre du langage situ\u00e9 dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche en raison de l&rsquo;interruption des fibres commissurales calleuses post\u00e9rieures, introduisant pour la premi\u00e8re fois le concept fondamental de syndrome de d\u00e9connexion.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable tournant exp\u00e9rimental et conceptuel survient au milieu du XXe si\u00e8cle. Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, Ronald Myers et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Roger_Sperry\">Roger Sperry<\/a> r\u00e9alisent des exp\u00e9riences pionni\u00e8res sur des animaux puis sur des patients humains ayant subi une callosotomie chirurgicale compl\u00e8te pour traiter une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire intraitable. Ces \u00e9tudes sur le \u00ab cerveau divis\u00e9 \u00bb (<em>split-brain<\/em>), poursuivies brillamment par Michael Gazzaniga, r\u00e9v\u00e8lent la nature de la conscience unifi\u00e9e et la sp\u00e9cialisation h\u00e9misph\u00e9rique. Ces travaux vaudront \u00e0 Roger Sperry le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1981, propulsant les fibres commissurales au centre de la philosophie de l&rsquo;esprit et de la psychologie cognitive.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;organisation des fibres commissurales s&rsquo;articule autour de principes th\u00e9oriques rigoureux r\u00e9gissant le d\u00e9veloppement embryologique, l&rsquo;architecture axonale et les r\u00e9seaux de neurones. Au niveau neurod\u00e9veloppemental, la formation des commissures d\u00e9pend d&rsquo;une signalisation chimiotrope sophistiqu\u00e9e au niveau de la ligne m\u00e9diane de l&rsquo;enc\u00e9phale embryonnaire. Les axones commissuraux en croissance expriment des r\u00e9cepteurs sp\u00e9cifiques (tels que DCC et Robo) sensibles aux gradients de mol\u00e9cules de guidage comme la n\u00e9trine-1 et les prot\u00e9ines Slit.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, les axones sont guid\u00e9s et attir\u00e9s vers la plaque commissurale par la n\u00e9trine-1 s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e au niveau de la glie m\u00e9diane. Une fois qu&rsquo;ils ont franchi la ligne m\u00e9diane, l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs de surface change brusquement : la signalisation de r\u00e9pulsion via le complexe Slit-Robo l&#8217;emporte, emp\u00eachant d\u00e9finitivement les axones de retraverser ou de revenir en arri\u00e8re, les for\u00e7ant \u00e0 s&rsquo;orienter vers leurs cibles contro-lat\u00e9rales respectives. Une perturbation de cette dynamique mol\u00e9culaire fine engendre des anomalies majeures telles que l&rsquo;ag\u00e9n\u00e9sie calleuse.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue cybern\u00e9tique et computationnel, les th\u00e9ories du transfert interh\u00e9misph\u00e9rique oscillent entre deux mod\u00e8les principaux : le mod\u00e8le de partage de charge (<em>resource sharing<\/em>) et le mod\u00e8le de comp\u00e9tition interh\u00e9misph\u00e9rique. Le mod\u00e8le de partage propose que les fibres commissurales permettent de distribuer les t\u00e2ches \u00e0 haute demande cognitive sur les ressources computationnelles des deux h\u00e9misph\u00e8res, augmentant ainsi la capacit\u00e9 globale de traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le d&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque soutient quant \u00e0 lui que les fibres commissurales agissent comme un filtre suppresseur dynamique : d\u00e8s qu&rsquo;un h\u00e9misph\u00e8re commence \u00e0 traiter une modalit\u00e9 pour laquelle il est le plus efficient, il envoie des signaux d&rsquo;inhibition massifs via les commissures pour d\u00e9sactiver les aires homologues contro-lat\u00e9rales, \u00e9vitant ainsi des interf\u00e9rences cognitives d\u00e9l\u00e9t\u00e8res ou des conflits d&rsquo;ex\u00e9cution motrice. Ces deux m\u00e9canismes coexistent en r\u00e9alit\u00e9, modulant leur pr\u00e9dominance en fonction de la complexit\u00e9 de la t\u00e2che psychologique ex\u00e9cut\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Les faisceaux de fibres commissurales de l&rsquo;enc\u00e9phale humain se divisent en plusieurs contingents morphologiquement et fonctionnellement distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le corps calleux (Corpus Callosum) :<\/strong> Il repr\u00e9sente de loin la commissure t\u00e9lenc\u00e9phalique la plus volumineuse et la plus d\u00e9velopp\u00e9e chez les mammif\u00e8res placentaires. Il est subdivis\u00e9 anatomiquement d&rsquo;avant en arri\u00e8re en quatre segments majeurs :\n<ul>\n<li><em>Le rostre (rostrum) :<\/em> La pointe ant\u00e9ro-inf\u00e9rieure qui relie les surfaces ventrales et orbitaires des lobes frontaux, cruciale pour la r\u00e9gulation de l&rsquo;affect et du contr\u00f4le inhibiteur social.<\/li>\n<li><em>Le genou (genu) :<\/em> La courbure ant\u00e9rieure qui \u00e9met le <em>forceps minor<\/em>, reliant les r\u00e9gions pr\u00e9frontales dorsolat\u00e9rales et m\u00e9dianes, jouant un r\u00f4le central dans les fonctions ex\u00e9cutives, l&rsquo;attention et la m\u00e9moire de travail.<\/li>\n<li><em>Le corps (truncus) :<\/em> La portion interm\u00e9diaire longue regroupant les fibres reliant les aires motrices, pr\u00e9motrices, somatosensorielles et pari\u00e9tales des deux h\u00e9misph\u00e8res.<\/li>\n<li><em>Le spl\u00e9nium (splenium) :<\/em> L&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 post\u00e9rieure massive et \u00e9paissie \u00e9mettant le <em>forceps major<\/em>, interconnectant les lobes temporaux post\u00e9rieurs, pari\u00e9taux et surtout occipitaux, responsable du transfert rapide des repr\u00e9sentations visuelles et s\u00e9mantiques.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La commissure ant\u00e9rieure :<\/strong> Faisceau compact en forme de fer \u00e0 cheval situ\u00e9 au-dessous du rostre du corps calleux. Elle interconnecte les bulbes olfactifs, les r\u00e9gions amygdaliennes et les gyri temporaux inf\u00e9rieurs et moyens, assurant la communication \u00e9motionnelle et olfactive entre les deux syst\u00e8mes limbiques.<\/li>\n<li><strong>La commissure du fornix (commissure hippocampique) :<\/strong> Voie situ\u00e9e sous la partie post\u00e9rieure du corps calleux reliant les piliers du fornix, permettant l&rsquo;\u00e9change direct de signaux mn\u00e9siques entre les deux formations hippocampiques.<\/li>\n<li><strong>La commissure post\u00e9rieure :<\/strong> Faisceau de substance blanche situ\u00e9 \u00e0 la jonction du m\u00e9senc\u00e9phale et du dienc\u00e9phale, au-dessus de l&rsquo;aqueduc de Sylvius, reliant les noyaux pr\u00e9tectaux et intervenant directement dans le r\u00e9flexe photomoteur consensuel bilat\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>La commissure hab\u00e9nulaire :<\/strong> Petit cordon commissural reliant les noyaux hab\u00e9nulaires des deux c\u00f4t\u00e9s, impliqu\u00e9 dans la r\u00e9gulation des voies monoaminergiques et les circuits de la r\u00e9compense et de l&rsquo;aversion.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique fournit des illustrations frappantes de l&rsquo;activit\u00e9 des fibres commissurales et des d\u00e9ficits spectaculaires engendr\u00e9s par leur l\u00e9sion ou leur absence. Le tableau suivant pr\u00e9sente des manifestations pratiques observ\u00e9es en neuropsychologie :<\/p>\n<p>Dans les exp\u00e9riences classiques de Michael Gazzaniga et Roger Sperry sur des patients ayant subi une transsection compl\u00e8te du corps calleux, un mot, par exemple \u00ab POMME \u00bb, est pr\u00e9sent\u00e9 bri\u00e8vement dans le champ visuel gauche du sujet (projet\u00e9 exclusivement sur l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit). Lorsqu&rsquo;on demande au patient ce qu&rsquo;il a vu, il r\u00e9pond invariablement : \u00ab Rien \u00bb. En effet, l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche verbal ne re\u00e7oit plus l&rsquo;information transmise par les fibres commissurales occipitales. Cependant, si on demande \u00e0 sa main gauche (contr\u00f4l\u00e9e par l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit) de chercher \u00e0 l&rsquo;aveugle un objet parmi plusieurs dispos\u00e9s sous un \u00e9cran, le patient saisit imm\u00e9diatement et sans h\u00e9sitation une pomme, d\u00e9montrant que la perception a bien eu lieu, mais demeure confin\u00e9e \u00e0 un h\u00e9misph\u00e8re isol\u00e9 de la verbalisation.<\/p>\n<p>Un autre exemple frappant est le syndrome de la main \u00e9trang\u00e8re (ou main anarchique). \u00c0 la suite d&rsquo;un infarctus touchant le corps calleux ant\u00e9rieur et le cortex frontal m\u00e9dial, un patient peut constater que sa main gauche semble anim\u00e9e d&rsquo;une volont\u00e9 propre, contrecarrant les intentions de sa main droite : alors que la main droite boutonne une chemise, la main gauche vient la d\u00e9boutonner de mani\u00e8re compulsive. Cette comp\u00e9tition motrice involontaire illustre la perte de l&rsquo;inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique que v\u00e9hiculent normalement les fibres commissurales frontales motrices.<\/p>\n<p>Dans le domaine du d\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant, l&rsquo;ag\u00e9n\u00e9sie compl\u00e8te du corps calleux fournit un contre-exemple remarquable. Des individus n\u00e9s sans fibres calleuses peuvent mener une vie sociale et professionnelle quasi normale, avec un quotient intellectuel pr\u00e9serv\u00e9. Chez ces sujets, la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9coce conduit \u00e0 une hypertrophie compensatoire massive de la commissure ant\u00e9rieure et au renforcement des faisceaux intra-h\u00e9misph\u00e9riques longitudinaux (faisceaux de Probst), illustrant la capacit\u00e9 adaptative des voies neurales alternatives lorsque la l\u00e9sion survient au stade f\u0153tal.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et m\u00e9thodes d&rsquo;exploration<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude et la cartographie des fibres commissurales font appel \u00e0 un \u00e9ventail de techniques modernes de neuro-imagerie structurelle, fonctionnelle et de tests psychom\u00e9triques cibl\u00e9s :<\/p>\n<p>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">IRM<\/a>) anatomique pond\u00e9r\u00e9e en T1 et T2 permet de visualiser avec une grande finesse la morphologie, l&rsquo;\u00e9paisseur et la pr\u00e9sence \u00e9ventuelle d&rsquo;atrophies ou d&rsquo;interruptions focales du corps calleux sur des coupes sagittales m\u00e9dianes. Cependant, l&rsquo;IRM conventionnelle ne permet pas d&rsquo;individualiser la direction des axones au sein de la substance blanche.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_du_tenseur_de_diffusion\">imagerie du tenseur de diffusion<\/a> (DTI) et la tractographie qui ont r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;\u00e9valuation des faisceaux commissuraux. En mesurant la diffusion anisotrope de l&rsquo;eau le long des axones my\u00e9linis\u00e9s, la tractographie reconstruit en trois dimensions les trajectoires pr\u00e9cises des fibres commissurales, depuis leur corps cellulaire d&rsquo;origine \u00e0 travers la ligne m\u00e9diane jusqu&rsquo;\u00e0 leur terminaison corticale contro-lat\u00e9rale. Les param\u00e8tres de fraction d&rsquo;anisotropie (FA) et de diffusivit\u00e9 moyenne (MD) renseignent quantitativement sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 microstructurale, la densit\u00e9 axonale et le statut de la my\u00e9linisation de ces voies.<\/p>\n<p>Sur le versant \u00e9lectrophysiologique, le paradigme du potentiel \u00e9voqu\u00e9 combin\u00e9 \u00e0 la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) en protocole double choc interh\u00e9misph\u00e9rique permet de mesurer le temps de conduction interh\u00e9misph\u00e9rique (IHTT) et de quantifier la p\u00e9riode silencieuse ipsilat\u00e9rale (ISP), un index direct de l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;inhibition commissurale motrice. L&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) \u00e0 haute densit\u00e9 permet en outre d&rsquo;\u00e9valuer la coh\u00e9rence de phase interh\u00e9misph\u00e9rique dans diff\u00e9rentes bandes de fr\u00e9quences (gamma, th\u00eata), refl\u00e9tant le couplage synchronis\u00e9 op\u00e9r\u00e9 par les fibres commissurales.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 structurelle et fonctionnelle des fibres commissurales joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans une multitude de conditions cliniques psychiatriques, neurologiques et cognitives :<\/p>\n<p>En psychopathologie d\u00e9veloppementale, l&rsquo;alt\u00e9ration de la microstructure du corps calleux est r\u00e9guli\u00e8rement document\u00e9e dans les troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA). Les m\u00e9ta-analyses d&rsquo;imagerie DTI mettent en \u00e9vidence une baisse significative de l&rsquo;anisotropie fractionnaire dans le genou et le corps calleux chez les personnes autistes, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des d\u00e9ficits d&rsquo;interaction sociale et de flexibilit\u00e9 comportementale. Cette hypo-connectivit\u00e9 commissurale sous-tend la th\u00e9orie d&rsquo;une sous-connectivit\u00e9 \u00e0 longue distance coupl\u00e9e \u00e0 une sur-connectivit\u00e9 locale dans l&rsquo;autisme.<\/p>\n<p>Dans le trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">TDAH<\/a>), des r\u00e9ductions volum\u00e9triques et des anomalies de maturation des fibres commissurales frontales (rostre et genou) sont associ\u00e9es aux d\u00e9faillances du contr\u00f4le ex\u00e9cutif inhibiteur et \u00e0 l&rsquo;impulsivit\u00e9 motrice. Le retard de my\u00e9linisation de ces fibres perturbe la coordination entre les r\u00e9seaux de saillance et de contr\u00f4le ex\u00e9cutif bilat\u00e9raux.<\/p>\n<p>En neuropsychologie de l&rsquo;adulte, la scl\u00e9rose en plaques entra\u00eene fr\u00e9quemment des plaques de d\u00e9my\u00e9linisation au sein du corps calleux, provoquant un ralentissement net de la vitesse de traitement de l&rsquo;information et des d\u00e9ficits de coordination bimanuelle. De m\u00eame, les traumatismes cr\u00e2niens avec l\u00e9sions axonales diffuses ciblent pr\u00e9f\u00e9rentiellement les fibres commissurales en raison des forces de cisaillement intenses exerc\u00e9es \u00e0 la jonction entre les deux h\u00e9misph\u00e8res le long de la faux du cerveau, expliquant les s\u00e9quelles cognitives et la fatigue mentale persistante chez ces patients.<\/p>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les recherches contemporaines en neurosciences cognitives ont largement d\u00e9pass\u00e9 le mod\u00e8le simpliste d&rsquo;un corps calleux r\u00e9duit \u00e0 un simple c\u00e2ble passif de transmission. Les travaux men\u00e9s par des \u00e9quipes de neuro-imagerie de pointe ont d\u00e9montr\u00e9 la plasticit\u00e9 spectaculaire des fibres commissurales sous l&rsquo;influence de l&rsquo;apprentissage intensif. Par exemple, des \u00e9tudes comparatives par DTI chez des musiciens professionnels jouant d&rsquo;instruments n\u00e9cessitant une coordination bimanuelle rigoureuse (comme le piano ou le violon) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une augmentation significative du volume et de l&rsquo;organisation microstructurale des fibres du corps et du spl\u00e9nium du corps calleux par rapport \u00e0 des sujets contr\u00f4les non-musiciens, d&rsquo;autant plus marqu\u00e9e que l&rsquo;entra\u00eenement a d\u00e9but\u00e9 avant l&rsquo;\u00e2ge de sept ans.<\/p>\n<p>Dans le champ de la schizophr\u00e9nie, les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie axonale de diffusion dirig\u00e9es par des chercheurs comme Karl Friston et ses collaborateurs ont mis en exergue des anomalies de la connectivit\u00e9 commissurale \u00e9tayant l&rsquo;hypoth\u00e8se de la dysconnexion synaptique. Les anomalies d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche dans le corps calleux emp\u00eacheraient la communication synchronis\u00e9e n\u00e9cessaire \u00e0 la distinction entre pens\u00e9es auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9es et perceptions externes, participant ainsi aux hallucinations auditivo-verbales et aux d\u00e9lires d&rsquo;influence.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des investigations r\u00e9centes utilisant la connectomique fonctionnelle par IRMf au repos (resting-state fMRI) ont mis en lumi\u00e8re le fait que la connectivit\u00e9 fonctionnelle homotopique (la corr\u00e9lation temporelle spontan\u00e9e entre deux r\u00e9gions miroirs des deux h\u00e9misph\u00e8res) est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques les plus robustes de l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale humaine. Cette synchronie spontan\u00e9e est presque totalement abolie chez les patients callosotomis\u00e9s, confirmant empiriquement que les fibres commissurales soutiennent activement l&rsquo;\u00e9tat basal de synchronisation du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN).<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et d\u00e9veloppementales<\/h3>\n<p>La trajectoire ontog\u00e9n\u00e9tique des fibres commissurales s&rsquo;\u00e9tend sur une p\u00e9riode temporelle exceptionnellement longue chez l&rsquo;\u00eatre humain. Bien que les principales voies commissurales soient en place avant la naissance, leur processus de my\u00e9linisation suit une s\u00e9quence post-natale prolong\u00e9e : il commence dans le spl\u00e9nium au cours des premiers mois de vie, progresse vers le corps, et ne s&rsquo;ach\u00e8ve compl\u00e8tement dans le genou et le rostre qu&rsquo;au cours de la troisi\u00e8me d\u00e9cennie de l&rsquo;existence. Cette maturation tardive des fibres pr\u00e9frontales commissurales co\u00efncide directement avec l&rsquo;acquisition progressive de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle mature, de la m\u00e9tacognition et du raisonnement abstrait \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/p>\n<p>Sur le plan interindividuel et sociod\u00e9mographique, des d\u00e9bats intenses ont anim\u00e9 les neurosciences concernant d&rsquo;\u00e9ventuelles diff\u00e9rences de volume ou de forme du corps calleux en fonction du sexe biologique. Des \u00e9tudes initiales des ann\u00e9es 1980 pr\u00e9tendaient que le spl\u00e9nium \u00e9tait proportionnellement plus bulbeux chez les femmes, ce qui aurait favoris\u00e9 une pens\u00e9e plus int\u00e9grative et moins unilat\u00e9rale. Cependant, des m\u00e9ta-analyses rigoureuses sur de vastes cohortes ont d\u00e9montr\u00e9 que lorsque l&rsquo;on contr\u00f4le ad\u00e9quatement pour le volume c\u00e9r\u00e9bral total (le cerveau masculin \u00e9tant en moyenne l\u00e9g\u00e8rement plus volumineux en valeur absolue), les diff\u00e9rences de morphom\u00e9trie commissurale entre les sexes sont n\u00e9gligeables, invalidant les tentatives de justifier des st\u00e9r\u00e9otypes de genre par l&rsquo;anatomie commissurale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue culturel et \u00e9ducatif, l&rsquo;apprentissage de syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9criture complexes et de la lecture modifie la connectivit\u00e9 commissurale. L&rsquo;alphab\u00e9tisation renforce la densit\u00e9 des projections commissurales pari\u00e9to-occipitales reliant les aires visuelles des formes de mots (aire VWFA gauche) \u00e0 leurs homologues droits, illustrant comment les pratiques culturelles et p\u00e9dagogiques sculptent la substance blanche interh\u00e9misph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;avanc\u00e9e spectaculaire des connaissances, plusieurs controverses th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques subsistent quant \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation du r\u00f4le des fibres commissurales :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse concerne le paradoxe excitation\/inhibition. Pendant des d\u00e9cennies, deux \u00e9coles de pens\u00e9e se sont affront\u00e9es : l&rsquo;une postulant que la fonction premi\u00e8re des fibres commissurales est facilitatrice et excitatrice (permettant aux h\u00e9misph\u00e8res de coop\u00e9rer), l&rsquo;autre affirmant qu&rsquo;elle est fondamentalement suppressive et comp\u00e9titive (permettant \u00e0 un h\u00e9misph\u00e8re de dominer l&rsquo;autre sans parasitage). Les mod\u00e8les actuels sugg\u00e8rent que la fonction est dynamique et contextuelle, mais la nature exacte des r\u00e8gles de bascule synaptique entre l&rsquo;excitation directe et l&rsquo;inhibition interneuronale m\u00e9di\u00e9e par les fibres commissurales demeure incompl\u00e8tement \u00e9lucid\u00e9e dans de nombreuses t\u00e2ches cognitives.<\/p>\n<p>Une seconde limite majeure rel\u00e8ve des contraintes techniques inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;imagerie par tenseur de diffusion. La DTI classique souffre de l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre les fibres crois\u00e9es (\u00ab crossing fibers \u00bb). Dans les r\u00e9gions o\u00f9 les fibres commissurales calleuses croisent les fibres de projection descendante (comme la corona radiata) ou les faisceaux d&rsquo;association longitudinaux, l&rsquo;anisotropie chute artificiellement, conduisant parfois \u00e0 des artefacts d&rsquo;interpr\u00e9tation ou \u00e0 des reconstructions tractographiques inexactes. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;approches avanc\u00e9es comme l&rsquo;imagerie du spectre de diffusion (DSI) ou la d\u00e9convolution sph\u00e9rique contrainte (CSD) est n\u00e9cessaire pour surmonter ces biais m\u00e9thodologiques.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;extrapolation abusive des donn\u00e9es issues des patients callosotomis\u00e9s (\u00ab split-brain \u00bb) vers le fonctionnement de la population g\u00e9n\u00e9rale constitue une critique \u00e9pist\u00e9mologique r\u00e9currente. Ces patients pr\u00e9sentaient tous une \u00e9pilepsie s\u00e9v\u00e8re et r\u00e9fractaire de longue date ayant potentiellement induit une r\u00e9organisation neuronale anormale bien avant la transsection chirurgicale des fibres commissurales, ce qui invite \u00e0 la prudence quant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation universelle de ces observations cliniques.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender avec rigueur l&rsquo;organisation de la substance blanche c\u00e9r\u00e9brale, il convient de distinguer clairement les fibres commissurales des autres entit\u00e9s neuroanatomiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fibres d&rsquo;association :<\/strong> Axones qui interconnectent diff\u00e9rentes aires corticales au sein d&rsquo;un m\u00eame h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral. Elles peuvent \u00eatre courtes (fibres en U reliant deux gyri adjacents) ou longues (comme le faisceau longitudinal sup\u00e9rieur ou le faisceau uncin\u00e9 reliant des lobes distants), sans jamais franchir la ligne m\u00e9diane.<\/li>\n<li><strong>Fibres de projection :<\/strong> Axones eff\u00e9rents et aff\u00e9rents qui relient le cortex c\u00e9r\u00e9bral aux structures sous-jacentes (thalamus, noyaux gris centraux, tronc c\u00e9r\u00e9bral, cervelet et moelle \u00e9pini\u00e8re), \u00e0 l&rsquo;instar de la capsule interne et du faisceau corticospinal pyramidal.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9cussation :<\/strong> Croisement en forme de X de fibres nerveuses \u00e0 travers le plan sagittal m\u00e9dian, reliant des structures asym\u00e9triques \u00e0 des niveaux neuroanatomiques diff\u00e9rents (par exemple, la d\u00e9cussation pyramidale motrice ou le chiasma optique). Contrairement aux commissures qui unissent des territoires sym\u00e9triques bilat\u00e9raux, la d\u00e9cussation achemine principalement des voies ascendantes ou descendantes vers le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 pour instaurer une commande controlat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Adh\u00e9sion interthalamique (massa intermedia) :<\/strong> Pont de tissu reliant les faces m\u00e9diales des deux thalami \u00e0 travers le troisi\u00e8me ventricule. Contrairement aux fibres commissurales, elle est essentiellement compos\u00e9e de cellules gliales et de corps neuronaux sans contingent axonal majeur traversant fonctionnellement unifi\u00e9, et elle est absente chez environ 20 \u00e0 30 % des individus sans cons\u00e9quence clinique apparente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Les fibres commissurales repr\u00e9sentent le r\u00e9seau de c\u00e2blage axonal \u00e0 longue distance indispensable \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration, \u00e0 la r\u00e9gulation et \u00e0 la synchronisation des deux h\u00e9misph\u00e8res du syst\u00e8me nerveux central. Leur analyse d\u00e9taill\u00e9e met en exergue plusieurs notions cardinales :<\/p>\n<p>Le corps calleux constitue la structure commissurale pr\u00e9dominante chez l&rsquo;humain, relayant l&rsquo;immense majorit\u00e9 des transferts d&rsquo;informations entre les cortex sensorimoteurs, associatifs et pr\u00e9frontaux, second\u00e9 par des structures limbiques et r\u00e9flexes sp\u00e9cialis\u00e9es comme la commissure ant\u00e9rieure, la commissure du fornix et la commissure post\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Leur fonctionnement oscille subtilement entre transfert coop\u00e9ratif d&rsquo;informations et inhibition interh\u00e9misph\u00e9rique r\u00e9ciproque, assurant \u00e0 la fois la fluidit\u00e9 d&rsquo;un traitement cognitif globalis\u00e9 et la focalisation motrice exempte d&rsquo;interf\u00e9rences parasites involontaires.<\/p>\n<p>Les atteintes ou interruptions de ces voies, qu&rsquo;elles soient chirurgicales (callosotomie), cong\u00e9nitales (ag\u00e9n\u00e9sie calleuse) ou vasculaires, engendrent des tableaux cliniques embl\u00e9matiques de la neuropsychologie, notamment les syndromes de d\u00e9connexion calleuse, le syndrome de la main \u00e9trang\u00e8re et l&rsquo;alexie sans agraphie.<\/p>\n<p>La maturation de ces fibres s&rsquo;\u00e9tale de la vie f\u0153tale jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte avanc\u00e9, faisant preuve d&rsquo;une neuroplasticit\u00e9 remarquable face aux apprentissages sensorimoteurs complexes, tout en \u00e9tant particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable aux processus pathologiques neurod\u00e9veloppementaux, traumatiques et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Catani, M., &amp; Thiebaut de Schotten, M. (2012). <em>Atlas of human brain connections<\/em>. Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/global.oup.com\/academic\/product\/atlas-of-human-brain-connections-9780199541164\">https:\/\/global.oup.com\/academic\/product\/atlas-of-human-brain-connections-9780199541164<\/a><\/li>\n<li>Gazzaniga, M. S. (2000). Cerebral specialization and interhemispheric communication: Does the corpus callosum enable the human condition? <em>Brain<\/em>, 123(7), 1293\u20131326. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/123.7.1293\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/123.7.1293<\/a><\/li>\n<li>Paul, L. K., Brown, W. S., Adolphs, R., Tyszka, J. M., Richards, L. J., Mukherjee, P., &amp; Sherr, E. H. (2007). Agenesis of the corpus callosum: Genetic, developmental and functional aspects of connectivity. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 8(4), 287\u2013299. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2107\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2107<\/a><\/li>\n<li>Sperry, R. W. (1968). Hemisphere deconnection and unity in conscious awareness. <em>American Psychologist<\/em>, 23(10), 723\u2013733. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0026839\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0026839<\/a><\/li>\n<li>van der Knaap, L. J., &amp; van der Ham, I. J. (2011). How does the corpus callosum predict executive functions? A systematic review. <em>Cortex<\/em>, 47(3), 280\u2013292. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cortex.2010.05.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cortex.2010.05.006<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fibres commissurales constituent les faisceaux de substance blanche essentiels qui interconnectent les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, assurant l&rsquo;int\u00e9gration cognitive.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[33418,46,1387],"tags":[34078,6579,32602,40747,6450,22291,40748],"class_list":["post-24036","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-anatomie-cerebrale","category-neuropsychologie","category-neurosciences-cognitives","tag-commissure-anterieure","tag-corps-calleux","tag-deconnexion-calleuse","tag-fibres-commissurales","tag-neuroanatomie","tag-substance-blanche","tag-tractographie-dti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24036","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/24036\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24036"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24036"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24036"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}