{"id":23997,"date":"2026-11-01T03:37:06","date_gmt":"2026-11-01T03:37:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=purete-de-la-couleur"},"modified":"2026-11-01T03:37:06","modified_gmt":"2026-11-01T03:37:06","slug":"purete-de-la-couleur","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=purete-de-la-couleur","title":{"rendered":"Puret\u00e9 de la couleur : Du stimulus \u00e0 la perception"},"content":{"rendered":"<p>La perception chromatique constitue l&rsquo;une des dimensions les plus complexes et fascinantes de l&rsquo;architecture cognitive et sensorielle humaine. Au confluent de la physique \u00e9lectromagn\u00e9tique, de la physiologie r\u00e9tinienne et de la psychologie de la perception, la puret\u00e9 de la couleur d\u00e9signe le degr\u00e9 d&rsquo;affranchissement d&rsquo;une sensation visuelle par rapport \u00e0 la lumi\u00e8re achromatique ou blanche. Comprendre la mani\u00e8re dont le syst\u00e8me visuel traite, isole et interpr\u00e8te ce param\u00e8tre physique fondamental ouvre la voie \u00e0 une analyse approfondie des m\u00e9canismes perceptifs qui sous-tendent notre exp\u00e9rience subjective du monde visuel.<\/p>\n<h2>Puret\u00e9 de la couleur<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychophysique et en optique sensorielle, la <strong>puret\u00e9 de la couleur<\/strong> quantifie la proportion de lumi\u00e8re monochromatique spectralement pure pr\u00e9sente dans un stimulus visuel par rapport \u00e0 la quantit\u00e9 totale de lumi\u00e8re, incluant la composante achromatique ou blanche. Sur le plan subjectif, elle constitue le corr\u00e9lat physique direct de la dimension perceptuelle qualifi\u00e9e de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Saturation_(couleur)\">saturation<\/a> ou de vivacit\u00e9 chromatique, traduisant l&rsquo;absence de dilution par du blanc, du noir ou du gris.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue photom\u00e9trique et colorim\u00e9trique norm\u00e9, la puret\u00e9 se d\u00e9cline principalement en puret\u00e9 d&rsquo;excitation et en puret\u00e9 colorim\u00e9trique. La puret\u00e9 d&rsquo;excitation correspond \u00e0 la distance relative, sur le diagramme de chromaticit\u00e9, reliant le point repr\u00e9sentatif de la source achromatique au stimulus consid\u00e9r\u00e9, rapport\u00e9e \u00e0 la distance totale s\u00e9parant ce point de r\u00e9f\u00e9rence du locus spectral. Cette m\u00e9trique standardis\u00e9e permet de pr\u00e9dire avec exactitude la force du signal sensoriel chromatique transmis par les photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens aux aires visuelles sup\u00e9rieures du cortex c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie de la vision, ce concept s&rsquo;av\u00e8re central puisqu&rsquo;il d\u00e9limite la fronti\u00e8re entre une luminance per\u00e7ue purement \u00e9nerg\u00e9tique et une information chromatique diff\u00e9rentielle. Une couleur poss\u00e9dant une puret\u00e9 maximale produit une exp\u00e9rience visuelle vibrante et hautement contrast\u00e9e, tandis qu&rsquo;une baisse de puret\u00e9 entra\u00eene une d\u00e9saturation progressive menant \u00e0 une perception neutre ou d\u00e9lav\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab puret\u00e9 de la couleur \u00bb d\u00e9rive de plusieurs racines lexicales latines profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans l&rsquo;histoire de la philosophie naturelle. Le terme \u00ab puret\u00e9 \u00bb est issu du latin classique <em>puritas<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;adjectif <em>purus<\/em>, d\u00e9signant un \u00e9tat exempt de souillure, de m\u00e9lange h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, d&rsquo;alliage ou d&rsquo;alt\u00e9ration \u00e9trang\u00e8re. Historiquement, l&rsquo;adjectif a d&rsquo;abord servi \u00e0 qualifier les m\u00e9taux pr\u00e9cieux raffin\u00e9s avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9, d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive, aux ph\u00e9nom\u00e8nes optiques d\u00e9nu\u00e9s d&rsquo;ombre ou de turbidit\u00e9.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab couleur \u00bb, quant \u00e0 lui, trouve son origine dans le latin <em>color<\/em> (qui a \u00e9galement donn\u00e9 la forme archa\u00efque <em>colos<\/em>), d\u00e9signant initialement l&rsquo;aspect ext\u00e9rieur, l&rsquo;enveloppe, le teint ou le rev\u00eatement visible d&rsquo;un objet mat\u00e9riel, apparent\u00e9 au verbe <em>occulere<\/em> (\u00ab dissimuler, cacher \u00bb). L&rsquo;association formelle des deux termes s&rsquo;est cristallis\u00e9e dans le champ scientifique francophone \u00e0 la fin du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, notamment lors de la traduction et de la r\u00e9ception critique des trait\u00e9s d&rsquo;optique r\u00e9dig\u00e9s par Isaac Newton, dans lesquels la puret\u00e9 traduisait l&rsquo;anglais <em>purity<\/em> ou <em>pureness<\/em> pour caract\u00e9riser les raies spectrales isol\u00e9es par r\u00e9fraction prismatique.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique contemporaine s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 travers les travaux de normalisation men\u00e9s par la Commission Internationale de l&rsquo;\u00c9clairage (CIE). L&rsquo;organisme standardisa alors les expressions techniques telles que \u00ab puret\u00e9 colorim\u00e9trique \u00bb (<em>colorimetric purity<\/em>) et \u00ab puret\u00e9 d&rsquo;excitation \u00bb (<em>excitation purity<\/em>), ancrant durablement ce concept dans le lexique international des neurosciences visuelles et de la psychophysique exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression \u00ab puret\u00e9 de la couleur \u00bb se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme <strong>\/py\u0281.te d\u0259 la ku.l\u0153\u0281\/<\/strong>. L&rsquo;accent tonique naturel du fran\u00e7ais frappe la derni\u00e8re syllabe de chaque unit\u00e9 lexicale majeure, g\u00e9n\u00e9rant une cadence fluide caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;absence d&rsquo;accentuation d&rsquo;intensit\u00e9 interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal complexe compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin singulier (\u00ab puret\u00e9 \u00bb), suivi de la pr\u00e9position de liaison \u00ab de \u00bb, du d\u00e9terminant d\u00e9fini f\u00e9minin \u00ab la \u00bb, et d&rsquo;un second substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab couleur \u00bb). Bien que le terme \u00ab puret\u00e9 \u00bb soit majoritairement un nom ind\u00e9nombrable r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une qualit\u00e9 continue ou une grandeur scalaire, il peut occasionnellement \u00eatre employ\u00e9 au pluriel (\u00ab les puret\u00e9s spectrales \u00bb) dans des contextes hautement sp\u00e9cialis\u00e9s d&rsquo;analyse spectrophotom\u00e9trique diff\u00e9rentielle.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e en psychologie cognitive et en colorim\u00e9trie, plusieurs variantes nominales et adjectivales sont fr\u00e9quemment mobilis\u00e9es. On rencontre couramment les syntagmes \u00ab puret\u00e9 chromatique \u00bb, \u00ab puret\u00e9 spectrophotom\u00e9trique \u00bb ou \u00ab puret\u00e9 d&rsquo;excitation \u00bb, tandis que l&rsquo;adjectif relationnel correspondant s&rsquo;articule autour des expressions \u00ab chromatiquement pur \u00bb ou \u00ab spectralement pur \u00bb. L&rsquo;usage impose de ne pas confondre la puret\u00e9 avec la chromaticit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, cette derni\u00e8re englobant conjointement la tonalit\u00e9 et la puret\u00e9 au sein du plan des coordonn\u00e9es trichromatiques.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la puret\u00e9 de la couleur dans toute sa profondeur \u00e9pist\u00e9mologique, il convient d&rsquo;analyser l&rsquo;\u00e9cart ontologique qui s\u00e9pare le stimulus \u00e9lectromagn\u00e9tique externe de la sensation ph\u00e9nom\u00e9nologique v\u00e9cue par le sujet observant. Dans la nature, un faisceau lumineux n&rsquo;est que tr\u00e8s exceptionnellement monochromatique ; il est constitu\u00e9 d&rsquo;une distribution spectrale d&rsquo;\u00e9nergie regroupant une infinit\u00e9 de longueurs d&rsquo;onde superpos\u00e9es. La puret\u00e9 caract\u00e9rise la concentration de cette distribution spectrale autour d&rsquo;une bande de fr\u00e9quences \u00e9troite par opposition \u00e0 un spectre continu et uniforme.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un flux de lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;\u0153il humain, il stimule simultan\u00e9ment les trois classes de photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens coniques : les c\u00f4nes S (ondes courtes), les c\u00f4nes M (ondes moyennes) et les c\u00f4nes L (ondes longues). Le syst\u00e8me nerveux central ne calcule pas la puret\u00e9 par une lecture passive de la longueur d&rsquo;onde, mais par un m\u00e9canisme comparatif sophistiqu\u00e9 au sein des voies parvocellulaires et koniocellulaires. Plus la r\u00e9ponse diff\u00e9rentielle entre les canaux antagonistes (rouge-vert et bleu-jaune) est \u00e9lev\u00e9e par rapport \u00e0 la r\u00e9ponse globale du canal achromatique de luminance, plus le stimulus est encod\u00e9 par les couches du cortex visuel primaire (V1) et de l&rsquo;aire V4 comme poss\u00e9dant une puret\u00e9 \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>La puret\u00e9 poss\u00e8de des fronti\u00e8res physiques et psychologiques distinctes. \u00c0 son maximum th\u00e9orique de 100 % (puret\u00e9 \u00e9gale \u00e0 1), le stimulus n&rsquo;est compos\u00e9 que d&rsquo;une radiation monochromatique unique situ\u00e9e sur le pourtour du spectre visible, ou d&rsquo;un m\u00e9lange binaire situ\u00e9 sur la ligne des pourpres purs. L&rsquo;exp\u00e9rience perceptive correspondante est celle d&rsquo;une teinte d\u00e9pourvue de toute p\u00e2leur, satur\u00e9e \u00e0 son paroxysme. \u00c0 l&rsquo;extr\u00eame inverse, lorsque la puret\u00e9 atteint 0 %, toutes les longueurs d&rsquo;onde du spectre visible sont repr\u00e9sent\u00e9es selon une pond\u00e9ration qui neutralise toute asym\u00e9trie de stimulation entre les voies opponentes chromatiques. Le stimulus appara\u00eet alors rigoureusement blanc, gris ou achromatique.<\/p>\n<p>Il existe n\u00e9anmoins un pi\u00e8ge conceptuel classique dans l&rsquo;\u00e9tude de la vision : postuler une \u00e9quivalence stricte et lin\u00e9aire entre la puret\u00e9 physique et la saturation perceptive. La sensibilit\u00e9 du syst\u00e8me visuel n&rsquo;\u00e9tant pas homog\u00e8ne sur l&rsquo;ensemble du spectre \u00e9lectromagn\u00e9tique, des stimuli affichant une puret\u00e9 d&rsquo;excitation rigoureusement identique de 50 % \u00e0 450 nm (bleu) et \u00e0 570 nm (jaune) ne produiront absolument pas la m\u00eame saturation subjective. En effet, l&rsquo;\u0153il humain est intrins\u00e8quement beaucoup moins sensible \u00e0 la force chromatique du jaune spectral, exigeant une puret\u00e9 physique consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9e pour atteindre un seuil de saturation per\u00e7u comme \u00e9quivalent \u00e0 celui d&rsquo;un bleu cobalt ou d&rsquo;un rouge carmin.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La th\u00e9orisation de la puret\u00e9 chromatique a \u00e9merg\u00e9 au c\u0153ur de la r\u00e9volution optique inaugur\u00e9e par Isaac Newton au cours des ann\u00e9es 1660 et 1670. \u00c0 travers ses c\u00e9l\u00e8bres exp\u00e9riences sur la dispersion prismatique publi\u00e9es dans son <em>Opticks<\/em> en 1704, Newton d\u00e9montra que la lumi\u00e8re blanche solaire r\u00e9sulte de l&rsquo;agr\u00e9gation de rayons h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dou\u00e9s de r\u00e9frangibilit\u00e9s diverses. Il fut le premier \u00e0 caract\u00e9riser ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui les couleurs \u00ab spectralement pures \u00bb, constatant qu&rsquo;un rayon isol\u00e9 par un second prisme ne subissait aucune modification chromatique subs\u00e9quente, prouvant ainsi la nature indivisible de sa composition lumineuse \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, le mod\u00e8le physique s&rsquo;est articul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des sensations humaines gr\u00e2ce aux avanc\u00e9es pionni\u00e8res de Thomas Young et Hermann von Helmholtz, fondateurs de la th\u00e9orie trichromatique, compl\u00e9t\u00e9e par les perspectives psychophysiologiques d&rsquo;Ewald Hering sur les processus d&rsquo;opposition chromatique. Vers 1860, James Clerk Maxwell con\u00e7ut les premiers triangles de couleur et \u00e9tablit math\u00e9matiquement que toute couleur per\u00e7ue pouvait \u00eatre formalis\u00e9e comme la somme d&rsquo;une composante monochromatique pure et d&rsquo;une quantit\u00e9 d\u00e9finie de lumi\u00e8re blanche, posant les jalons quantitatifs de la notion moderne de puret\u00e9 colorim\u00e9trique.<\/p>\n<p>Le tournant du vingti\u00e8me si\u00e8cle a vu l&rsquo;\u00e9mergence de la psychophysique institutionnelle. Des chercheurs tels que Deane B. Judd, Selig Hecht et David MacAdam ont cherch\u00e9 \u00e0 cartographier avec une rigueur math\u00e9matique les seuils diff\u00e9rentiels de puret\u00e9. Ces efforts ont culmin\u00e9 en 1931 lorsque la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_CIE_xyY\">Commission Internationale de l&rsquo;\u00c9clairage<\/a> a d\u00e9fini le syst\u00e8me colorim\u00e9trique standard CIE 1931 XYZ, int\u00e9grant officiellement le concept d&rsquo;espace chromatique normalis\u00e9 au sein duquel la puret\u00e9 d&rsquo;excitation a trouv\u00e9 sa formulation math\u00e9matique universelle.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle et jusqu&rsquo;aux d\u00e9veloppements contemporains en neuro-imagerie fonctionnelle, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat historique s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 vers les m\u00e9canismes corticaux sous-jacents. L&rsquo;identification par David Hubel, Torsten Wiesel et Semir Zeki des neurones \u00e0 double opposition chromatique dans le cortex stri\u00e9 et extrastri\u00e9 des primates a permis de comprendre comment la puret\u00e9 spectrale mesur\u00e9e en laboratoire est traduite au niveau synaptique en repr\u00e9sentations mentales stables, r\u00e9sistantes aux variations d&rsquo;\u00e9clairage ambiant.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude scientifique de la puret\u00e9 de la couleur repose sur plusieurs architectures th\u00e9oriques interconnect\u00e9es qui unissent la m\u00e9trologie optique \u00e0 la mod\u00e9lisation neurocognitive :<\/p>\n<p>En premier lieu, la <strong>th\u00e9orie trichromatique de Young-Helmholtz<\/strong> postule que le signal sensoriel initial est d\u00e9termin\u00e9 par le taux d&rsquo;absorption des photons par trois types de pigments r\u00e9tiniens (opsines S, M et L). Dans ce cadre, la puret\u00e9 est inversement proportionnelle au degr\u00e9 d&rsquo;uniformisation du profil d&rsquo;activation des trois r\u00e9cepteurs : plus le spectre incident excite s\u00e9lectivement un seul ou deux photor\u00e9cepteurs tout en \u00e9pargnant le troisi\u00e8me, plus la r\u00e9ponse globale s&rsquo;\u00e9loigne de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre achromatique, cr\u00e9ant ainsi la condition biochimique d&rsquo;une puret\u00e9 per\u00e7ue \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>En second lieu, la <strong>th\u00e9orie des couleurs oppos\u00e9es de Hering<\/strong>, valid\u00e9e empiriquement par Dorothea Jameson et Leo Hurvich dans les ann\u00e9es 1950, mod\u00e9lise la puret\u00e9 \u00e0 travers les \u00e9tages post-r\u00e9cepteurs du syst\u00e8me visuel. Selon ce paradigme, les sorties des c\u00f4nes sont r\u00e9encod\u00e9es sous la forme de trois m\u00e9canismes fonctionnels : un canal de luminance non chromatique (L + M) et deux canaux chromatiques diff\u00e9rentiels (L &#8211; M pour l&rsquo;axe rouge-vert, et [L + M] &#8211; S pour l&rsquo;axe jaune-bleu). La puret\u00e9 perceptive d&rsquo;un stimulus correspond au ratio math\u00e9matique entre l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e dans les canaux chromatiques opponents et l&rsquo;activit\u00e9 globale r\u00e9gnant dans le canal de luminance.<\/p>\n<p>Enfin, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychophysique\">psychophysique<\/a> computationnelle contemporaine s&rsquo;appuie sur la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal (TDS) pour formaliser le bruit neuronal lors de la discrimination de puret\u00e9. Selon cette approche, la d\u00e9tection d&rsquo;une augmentation infinit\u00e9simale de puret\u00e9 dans un stimulus d\u00e9coule de la capacit\u00e9 du syst\u00e8me cognitif \u00e0 distinguer un incr\u00e9ment dans le ratio signal-sur-bruit des cellules ganglionnaires r\u00e9tiniennes par rapport aux fluctuations stochastiques spontan\u00e9es de l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La d\u00e9composition analytique de la puret\u00e9 de la couleur fait intervenir plusieurs dimensions techniques et th\u00e9oriques qu&rsquo;il est indispensable de distinguer nettement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Puret\u00e9 spectrale physique :<\/strong> Caract\u00e9rise le degr\u00e9 de monochromaticit\u00e9 d&rsquo;un faisceau lumineux mesur\u00e9 au spectrophotom\u00e8tre. Elle correspond au rapport entre la largeur de bande spectrale \u00e0 mi-hauteur (FWHM) de la source et l&rsquo;ensemble de l&rsquo;intervalle \u00e9lectromagn\u00e9tique visible.<\/li>\n<li><strong>Puret\u00e9 d&rsquo;excitation (p_e) :<\/strong> Grandeur colorim\u00e9trique calcul\u00e9e directement sur le diagramme de chromaticit\u00e9 standard CIE xy. Elle exprime la proportion g\u00e9om\u00e9trique s\u00e9parant le point repr\u00e9sentatif de l&rsquo;\u00e9chantillon du point blanc de r\u00e9f\u00e9rence par rapport \u00e0 la distance maximale rejoignant le locus spectral \u00e0 la m\u00eame longueur d&rsquo;onde dominante.<\/li>\n<li><strong>Puret\u00e9 colorim\u00e9trique (p_c) :<\/strong> M\u00e9trique photom\u00e9trique qui exprime le quotient de la luminance de la composante spectrale monochromatique par rapport \u00e0 la luminance totale du stimulus mixte (lumi\u00e8re monochromatique plus lumi\u00e8re achromatique).<\/li>\n<li><strong>Saturation perceptive :<\/strong> Dimension purement ph\u00e9nom\u00e9nologique et subjective \u00e9valuant la richesse ou la force d&rsquo;une teinte observ\u00e9e, fonction non lin\u00e9aire de la puret\u00e9 d&rsquo;excitation, de la luminance absolue et de l&rsquo;adaptation r\u00e9tinienne locale.<\/li>\n<li><strong>Longueur d&rsquo;onde dominante :<\/strong> Longueur d&rsquo;onde de la radiation spectrale pure qui, combin\u00e9e en proportion ad\u00e9quate avec la source achromatique \u00e9talon, permet de recr\u00e9er par synth\u00e8se additive la chromaticit\u00e9 exacte du stimulus \u00e9tudi\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Puret\u00e9 compl\u00e9mentaire :<\/strong> S&rsquo;applique aux stimuli visuels n&rsquo;ayant pas de longueur d&rsquo;onde dominante sur le locus spectral ferm\u00e9 (notamment les pourpres et les magentas) ; elle est calcul\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;intersection de la ligne de vis\u00e9e avec le segment des pourpres reliant les extr\u00e9mit\u00e9s spectrales bleue et rouge.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Dans le domaine des stimuli exp\u00e9rimentaux, l&rsquo;\u00e9mission produite par un laser h\u00e9lium-n\u00e9on cal\u00e9 \u00e0 632,8 nanom\u00e8tres repr\u00e9sente l&rsquo;arch\u00e9type d&rsquo;une puret\u00e9 de la couleur maximale. Lorsqu&rsquo;un observateur regarde le point projet\u00e9 par ce dispositif sur une surface blanche neutre dans une pi\u00e8ce obscure, la lumi\u00e8re atteignant sa r\u00e9tine est strictement monochromatique. La puret\u00e9 d&rsquo;excitation est alors de 100 % (p_e = 1,0), et la sensation de rouge produite est d&rsquo;une saturation absolue, non dilu\u00e9e, offrant un contraste perceptif sans \u00e9quivalent dans les sc\u00e8nes visuelles naturelles<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, prenons le cas clinique d&rsquo;un patient atteint de dystrophie des c\u00f4nes ou d&rsquo;une l\u00e9sion corticale sp\u00e9cifique dans le gyrus lingual ou fusiforme (achromatopsie centrale acquise suite \u00e0 un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral touchant l&rsquo;aire V4). Lorsque ce patient observe un nuancier pr\u00e9sentant des cartons de diff\u00e9rentes puret\u00e9s d&rsquo;excitation \u00e0 luminance \u00e9gale, son syst\u00e8me visuel demeure incapable d&rsquo;exploiter les diff\u00e9rentiels des canaux rouge-vert et bleu-jaune. Bien que le spectrophotom\u00e8tre mesure une puret\u00e9 physique oscillant entre 10 % et 95 %, le sujet d\u00e9crit tous les \u00e9chantillons comme des nuances indiff\u00e9renci\u00e9es d&rsquo;un m\u00eame gris uniforme, illustrant la dissociation radicale entre le signal physique externe et sa transduction mentale.<\/p>\n<p>Un autre exemple concret se manifeste dans le design des interfaces utilisateur et les tests ergonomiques destin\u00e9s aux conducteurs de v\u00e9hicules nocturnes. Les feux de signalisation d&rsquo;urgence emploient des filtres et des diodes \u00e9lectroluminescentes pr\u00e9sentant une puret\u00e9 d&rsquo;excitation sup\u00e9rieure \u00e0 85 %. En situation de brouillard dense ou de pluie battante, la lumi\u00e8re ambiante r\u00e9trodiffuse la lumi\u00e8re des phares, superposant un voile achromatique parasite qui fait chuter la puret\u00e9 effective atteignant la pupille du conducteur. La psychophysique montre que lorsque la puret\u00e9 per\u00e7ue tombe en de\u00e7\u00e0 d&rsquo;un seuil critique de 15 %, le temps de r\u00e9action cognitive pour discriminer un feu rouge de d\u00e9tresse augmente de plus de 400 millisecondes, un d\u00e9lai pouvant entra\u00eener des cons\u00e9quences s\u00e9curitaires majeures.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La quantification de la puret\u00e9 de la couleur s&rsquo;effectue au moyen d&rsquo;instruments objectifs de mesure physique et de protocoles psychophysiques standardis\u00e9s qui sondent les limites sensorielles humaines :<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue objectif, le protocole standardis\u00e9 s&rsquo;appuie sur le <strong>spectroradiom\u00e8tre<\/strong>. Cet appareil d\u00e9compose la lumi\u00e8re incidente \u00e0 travers un r\u00e9seau de diffraction optique et enregistre la densit\u00e9 spectrale d&rsquo;\u00e9nergie sur chaque tranche de un \u00e0 cinq nanom\u00e8tres entre 380 et 780 nm. Les valeurs tri-stimulus (X, Y, Z) sont ensuite d\u00e9duites par int\u00e9gration num\u00e9rique en utilisant les fonctions colorim\u00e9triques de l&rsquo;observateur de r\u00e9f\u00e9rence CIE 1931. Une fois les coordonn\u00e9es de chromaticit\u00e9 x et y calcul\u00e9es selon les formules canoniques, la puret\u00e9 d&rsquo;excitation est d\u00e9riv\u00e9e g\u00e9om\u00e9triquement par la formule :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><em>p_e = (x &#8211; x_w) \/ (x_d &#8211; x_w)<\/em> (ou l&rsquo;\u00e9quivalent sur l&rsquo;axe y), o\u00f9 (x, y) repr\u00e9sentent les coordonn\u00e9es de l&rsquo;\u00e9chantillon, (x_w, y_w) le point achromatique de r\u00e9f\u00e9rence (tel que l&rsquo;illuminant normalis\u00e9 D65), et (x_d, y_d) les coordonn\u00e9es de la longueur d&rsquo;onde dominante sur le locus spectral<\/span>.<\/p>\n<p>Sur le versant psychophysique et diagnostique, on mesure la sensibilit\u00e9 humaine aux variations de puret\u00e9 au moyen de la t\u00e2che de <strong>seuil de discrimination de puret\u00e9<\/strong> (souvent d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de <em>color purity threshold<\/em> ou <em>colorimetric purity discrimination function<\/em>). \u00c0 l&rsquo;aide d&rsquo;un colorim\u00e8tre de Maxwell ou d&rsquo;un moniteur cathodique\/OLED rigoureusement calibr\u00e9, on pr\u00e9sente au sujet un champ visuel bipartite. Une moiti\u00e9 pr\u00e9sente un stimulus achromatique de r\u00e9f\u00e9rence, tandis que l&rsquo;autre moiti\u00e9 re\u00e7oit un m\u00e9lange de ce blanc et d&rsquo;une quantit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e de lumi\u00e8re monochromatique. Par la m\u00e9thode des limites, des stimuli constants ou au moyen d&rsquo;un escalier adaptatif (par exemple, la proc\u00e9dure de Levitt en choix forc\u00e9 \u00e0 2 intervalles), on d\u00e9termine la quantit\u00e9 minimale d&rsquo;\u00e9nergie monochromatique indispensable pour que le participant d\u00e9tecte une teinte color\u00e9e avec un taux de r\u00e9ussite statistiquement sup\u00e9rieur au hasard (usuellement fix\u00e9 \u00e0 75 % ou 79,4 %).<\/p>\n<p>Les cliniciens recourent \u00e9galement \u00e0 des tests psychom\u00e9triques standardis\u00e9s comme le <strong>Farnsworth-Munsell 100 Hue Test<\/strong> ou le <em>Lanthony Desaturated Panel D-15<\/em>. Ce dernier outil \u00e9value sp\u00e9cifiquement l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la discrimination \u00e0 de tr\u00e8s faibles niveaux de puret\u00e9 chromatique, permettant de d\u00e9celer des anomalies pr\u00e9coces de la vision des couleurs induites par des pathologies r\u00e9tiniennes ou des intoxications neurotoxiques industrielles.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de la puret\u00e9 de la couleur d\u00e9passe largement le cadre du laboratoire et irrigue de nombreux domaines appliqu\u00e9s de la psychologie, de l&rsquo;ing\u00e9nierie et des arts :<\/p>\n<p>En <strong>ergonomie cognitive et conception d&rsquo;affichages<\/strong>, l&rsquo;ing\u00e9nierie moderne des technologies d&rsquo;\u00e9cran (\u00e9crans Quantum Dot, micro-LED et OLED) d\u00e9ploie des sources spectrales de tr\u00e8s haute puret\u00e9 d&rsquo;excitation afin d&rsquo;\u00e9largir le gamut de couleur (espaces colorim\u00e9triques DCI-P3 et Rec. 2020). L&rsquo;optimisation de la puret\u00e9 permet de concevoir des aides visuelles pour l&rsquo;aviation civile ou la t\u00e9l\u00e9chirurgie, o\u00f9 le guidage par le regard et l&rsquo;attention s\u00e9lective d\u00e9pendent de contrastes de puret\u00e9 imm\u00e9diats, per\u00e7us sans effort cognitif parasitaire.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <strong>psychologie clinique et de la neuropsychologie<\/strong>, l&rsquo;\u00e9valuation de la d\u00e9tection de puret\u00e9 sert de biomarqueur fonctionnel non invasif. Des diminutions significatives du seuil de sensibilit\u00e9 \u00e0 la puret\u00e9 dans l&rsquo;axe bleu-jaune sont document\u00e9es comme des manifestations infracliniques tr\u00e8s pr\u00e9coces de la r\u00e9tinopathie diab\u00e9tique, du glaucome \u00e0 angle ouvert, ou encore d&rsquo;atteintes neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la maladie de Parkinson, souvent avant m\u00eame que le patient ne ressente une alt\u00e9ration de son acuit\u00e9 visuelle classique spatiale.<\/p>\n<p>Dans le domaine du <strong>marketing visuel et de la psychologie du consommateur<\/strong>, la puret\u00e9 chromatique des emballages et des interfaces commerciales est calibr\u00e9e pour d\u00e9clencher des r\u00e9ponses affectives et conatives sp\u00e9cifiques. Les recherches en psychologie environnementale montrent que les objets affichant une haute puret\u00e9 chromatique attirent le r\u00e9flexe d&rsquo;orientation attentionnelle de fa\u00e7on ascendante (<em>bottom-up<\/em>), suscitant des inf\u00e9rences implicites de fra\u00eecheur, d&rsquo;\u00e9nergie ou d&rsquo;urgence, tandis que les couleurs \u00e0 faible puret\u00e9 (d\u00e9satur\u00e9es ou pastel) induisent des \u00e9tats psychologiques de calme, d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance ou de neutralit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration empirique de la puret\u00e9 de la couleur a donn\u00e9 lieu \u00e0 des d\u00e9couvertes majeures qui ont fa\u00e7onn\u00e9 les mod\u00e8les actuels de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vision_des_couleurs\">vision des couleurs<\/a> et du traitement de l&rsquo;information sensorielle :<\/p>\n<p>L&rsquo;un des r\u00e9sultats les plus robustes de la psychophysique sensorielle est la <strong>courbe de discrimination de la puret\u00e9 en fonction de la longueur d&rsquo;onde<\/strong>, mise en lumi\u00e8re par les travaux princeps de Deane B. Judd et Frank J. Verriest. Cette fonction empirique en forme de \u00ab U \u00bb invers\u00e9 d\u00e9montre que le seuil de d\u00e9tection de la puret\u00e9 varie drastiquement selon la zone spectrale consid\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;\u0153il humain montre une sensibilit\u00e9 maximale pour d\u00e9tecter une infime impuret\u00e9 color\u00e9e dans le blanc lorsqu&rsquo;on injecte des radiations bleues (autour de 440 nm) ou rouges (autour de 650 nm), mais n\u00e9cessite jusqu&rsquo;\u00e0 dix fois plus d&rsquo;\u00e9nergie lumineuse monochromatique pour d\u00e9tecter du jaune-vert (vers 570 nm), zone o\u00f9 le signal d&rsquo;opposition est naturellement amorti par la sommation pond\u00e9r\u00e9e des c\u00f4nes L et M.<\/p>\n<p>Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne empirique cardinal li\u00e9 \u00e0 la puret\u00e9 est l&rsquo;<strong>effet Abney<\/strong>, document\u00e9 d\u00e8s 1909 par William de Wiveleslie Abney. Cet effet psychophysique stipule que lorsqu&rsquo;on dilue progressivement une lumi\u00e8re spectrale pure avec de la lumi\u00e8re blanche achromatique neutre pour faire chuter sa puret\u00e9 d&rsquo;excitation, la tonalit\u00e9 per\u00e7ue ne reste pas constante mais subit une d\u00e9rive angulaire subtile. Par exemple, un rouge monochromatique dilu\u00e9 de blanc tend perceptuellement vers une nuance bleu\u00e2tre ou violac\u00e9e. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne met en d\u00e9faut l&rsquo;hypoth\u00e8se simpliste de lin\u00e9arit\u00e9 des m\u00e9canismes d&rsquo;int\u00e9gration chromatique et a forc\u00e9 les neurobiologistes contemporains \u00e0 int\u00e9grer des termes non lin\u00e9aires dans les \u00e9quations simulant le codage des signaux au sein du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle \u00e0 tr\u00e8s haut champ (IRMf 7 Tesla) men\u00e9es par Conway et ses collaborateurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;organisations modulaires hautement sp\u00e9cialis\u00e9es au sein des aires visuelles corticales V2, V3 et V4, commun\u00e9ment appel\u00e9es \u00ab globs \u00bb chromatiques. Les neurones log\u00e9s dans ces structures pr\u00e9sentent des taux de d\u00e9charge qui sont non pas de simples r\u00e9ponses spectrales, mais qui codent de fa\u00e7on conjointe la puret\u00e9 et la direction chromatique, validant au niveau cellulaire les postulats des mod\u00e8les psychophysiques sur l&rsquo;espace tridimensionnel des couleurs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La mani\u00e8re dont la puret\u00e9 de la couleur est cat\u00e9goris\u00e9e, valoris\u00e9e et nomm\u00e9e varie substantiellement d&rsquo;une communaut\u00e9 linguistique et culturelle \u00e0 une autre, soulevant des d\u00e9bats fascinants entre le relativisme linguistique et l&rsquo;universalisme cognitif :<\/p>\n<p>Les travaux fondateurs des anthropologues et linguistes Brent Berlin et Paul Kay en 1969 ont \u00e9tabli une s\u00e9quence universelle pour l&rsquo;\u00e9mergence lexicale des termes fondamentaux de couleur. Cependant, les recherches ult\u00e9rieures de Barbara Saunders et John Lucy ont mis en lumi\u00e8re que dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles sans \u00e9criture ou non industrialis\u00e9es (comme chez les Berinmo de Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e ou les chasseurs-cueilleurs Hadza de Tanzanie), les vocables utilis\u00e9s pour d\u00e9crire les couleurs ne s\u00e9parent pas la teinte abstraite de la puret\u00e9 mat\u00e9rielle ou de la texture de surface. Chez les Berinmo, par exemple, le terme qualifiant ce qu&rsquo;un observateur occidental d\u00e9crirait comme un rouge de haute puret\u00e9 fait intrins\u00e8quement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la consistance et \u00e0 la fra\u00eecheur du sang d&rsquo;animal ou de la s\u00e8ve v\u00e9g\u00e9tale, liant l&rsquo;indice perceptif \u00e0 une valence \u00e9cologique imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Dans les cultures d&rsquo;Asie orientale, particuli\u00e8rement au Japon, l&rsquo;esth\u00e9tique traditionnelle formalis\u00e9e autour du concept de <em>Wabi-sabi<\/em> valorise pr\u00e9f\u00e9rentiellement les teintes \u00e0 tr\u00e8s faible puret\u00e9, rompues par les effets du temps, de l&rsquo;alt\u00e9ration et de l&rsquo;ombre (tons terreux, ocres cendr\u00e9s, gris\u00e9s subtils). Cette sensibilit\u00e9 esth\u00e9tique s&rsquo;oppose historiquement aux canons visuels des cultures occidentales contemporaines, massivement impr\u00e9gn\u00e9es depuis la r\u00e9volution industrielle par la fabrication de pigments synth\u00e9tiques \u00e0 puret\u00e9 \u00e9clatante (comme les couleurs azo\u00efques ou le bleu outremer artificiel), qui associent spontan\u00e9ment haute puret\u00e9, vitalit\u00e9, modernit\u00e9 technologique et attractivit\u00e9 visuelle.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, des \u00e9tudes inter-populations ont explor\u00e9 si la discrimination du seuil de puret\u00e9 variait selon les environnements g\u00e9ographiques et l&rsquo;exposition au rayonnement ultraviolet. Les donn\u00e9es indiquent que si la structure r\u00e9tinienne sous-jacente conf\u00e8re des seuils de d\u00e9tection de puret\u00e9 quasi universels \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat physiologique normal, la rapidit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s lexical et le classement cat\u00e9goriel des nuances semi-pures sont fortement fa\u00e7onn\u00e9s par l&rsquo;environnement s\u00e9mantique et la richesse du r\u00e9pertoire de vocabulaire technique partag\u00e9 par les locuteurs.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur heuristique inestimable, le concept de puret\u00e9 de la couleur fait l&rsquo;objet de vives controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 des sciences de la vision :<\/p>\n<p>La principale critique concerne le <strong>caract\u00e8re conventionnel et simplificateur des espaces colorim\u00e9triques lin\u00e9aires<\/strong> comme le syst\u00e8me CIE 1931 xy. Dans cet espace, deux segments de m\u00eame longueur repr\u00e9sentant une variation de puret\u00e9 de 0,2 ne correspondent pas du tout \u00e0 des \u00e9carts perceptifs \u00e9gaux pour l&rsquo;\u0153il humain. Cette non-uniformit\u00e9 flagrante a n\u00e9cessit\u00e9 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;espaces de chromaticit\u00e9 transform\u00e9s (comme le CIE 1976 UCS, puis les espaces CIELAB et CIELUV), mais m\u00eame ces derniers \u00e9chouent \u00e0 capturer fid\u00e8lement toutes les non-lin\u00e9arit\u00e9s psychophysiques de la puret\u00e9, notamment aux tr\u00e8s hautes luminances o\u00f9 intervient le ph\u00e9nom\u00e8ne de saturation de saturation neuronale (effet Bezold-Br\u00fccke).<\/p>\n<p>Un second point de friction r\u00e9side dans la tentation r\u00e9ductionniste consistant \u00e0 fusionner puret\u00e9 physique et saturation ph\u00e9nom\u00e9nologique. Les psychologues structuralistes et les th\u00e9oriciens de la Gestalt ont maintes fois rappel\u00e9 que la couleur per\u00e7ue n&rsquo;est jamais le produit isol\u00e9 d&rsquo;un faisceau optique ponctuel, mais \u00e9merge d&rsquo;un processus contextuel global impliquant l&rsquo;interaction spatiale, la constance de la couleur et les contrastes simultan\u00e9s. Ainsi, un stimulus de puret\u00e9 spectrale moyenne peut para\u00eetre extr\u00eamement pur s&rsquo;il est ench\u00e2ss\u00e9 dans un environnement totalement achromatique, ou inversement sembler enti\u00e8rement d\u00e9lav\u00e9 s&rsquo;il est entour\u00e9 de teintes d&rsquo;une puret\u00e9 plus flamboyante.<\/p>\n<p>Enfin, certains th\u00e9oriciens contemporains de la cognition incarn\u00e9e et de l&rsquo;approche \u00e9nactive contestent l&rsquo;usage des stimuli de puret\u00e9 spectrale pure (lumi\u00e8res monochromatiques de laboratoire) comme repr\u00e9sentatifs du fonctionnement \u00e9cologique de la vision. Dans les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels r\u00e9els, les objets n&rsquo;\u00e9mettent jamais d&rsquo;ondes isol\u00e9es ; concevoir l&rsquo;appareil visuel comme un simple analyseur de puret\u00e9 spectrom\u00e9trique fausse la compr\u00e9hension de son r\u00f4le adaptatif r\u00e9el, qui consiste \u00e0 extraire les signatures de r\u00e9flectance spectrale stables des surfaces physiques sous des illuminations naturelles hautement variables.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute d\u00e9rive terminologique fr\u00e9quente dans la litt\u00e9rature psychologique, il importe de distinguer la puret\u00e9 de la couleur des concepts adjacents suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Saturation :<\/strong> Contrairement \u00e0 la puret\u00e9 qui est une mesure physique ou colorim\u00e9trique objective relative \u00e0 un illuminant de r\u00e9f\u00e9rence, la saturation d\u00e9signe l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle subjective de l&rsquo;intensit\u00e9 chromatique d&rsquo;un stimulus par rapport \u00e0 sa propre luminance.<\/li>\n<li><strong>Tonalit\u00e9 (ou teinte) :<\/strong> La teinte r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la qualit\u00e9 de base de la couleur (rouge, vert, bleu, jaune), corr\u00e9l\u00e9e principalement \u00e0 la longueur d&rsquo;onde dominante du spectre, tandis que la puret\u00e9 d\u00e9finit la force ou l&rsquo;absence de dilution de cette teinte.<\/li>\n<li><strong>Luminance :<\/strong> Grandeur physique photom\u00e9trique mesurant la quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie lumineuse \u00e9mise ou r\u00e9fl\u00e9chie par une surface dans une direction donn\u00e9e, pond\u00e9r\u00e9e par la sensibilit\u00e9 spectrale humaine ; la puret\u00e9 s&rsquo;\u00e9value ind\u00e9pendamment de la luminance absolue, bien que celle-ci module sa perception.<\/li>\n<li><strong>Clart\u00e9 :<\/strong> Estimation subjective de la luminance d&rsquo;une zone visuelle jug\u00e9e par comparaison avec une zone voisine apparaissant comme blanche ou de r\u00e9f\u00e9rence.<\/li>\n<li><strong>Chroma :<\/strong> Terme introduit par le syst\u00e8me de Munsell pour mesurer la diff\u00e9rence perceptible d&rsquo;une couleur par rapport \u00e0 un gris neutre poss\u00e9dant exactement la m\u00eame clart\u00e9, repr\u00e9sentant une approximation standardis\u00e9e de la puret\u00e9 dans les nuanciers de pigments mat\u00e9riels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La puret\u00e9 de la couleur constitue un param\u00e8tre fondamental \u00e0 la crois\u00e9e de la photom\u00e9trie, de la colorim\u00e9trie et de la psychophysique de la perception visuelle. Elle exprime math\u00e9matiquement et physiquement la pr\u00e9pond\u00e9rance d&rsquo;une composante spectrale monochromatique par rapport \u00e0 un rayonnement achromatique \u00e9talon. Comprise sous les formes norm\u00e9es de puret\u00e9 d&rsquo;excitation et de puret\u00e9 colorim\u00e9trique, elle sert de substrat objectif \u00e0 la dimension ph\u00e9nom\u00e9nologique de la saturation.<\/p>\n<p>Sur le plan biologique, son traitement mobilise les architectures r\u00e9tiniennes des c\u00f4nes L, M et S avant d&rsquo;\u00eatre r\u00e9organis\u00e9 au sein des canaux opponents sous-corticaux et des modules de neurones sp\u00e9cialis\u00e9s du cortex visuel extrastri\u00e9 (aire V4). La sensibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain \u00e0 la puret\u00e9 n&rsquo;est pas lin\u00e9aire, pr\u00e9sentant une forte disparit\u00e9 spectrale marqu\u00e9e par une relative insensibilit\u00e9 dans la zone des jaunes et des verts par rapport aux extr\u00e9mit\u00e9s bleues et rouges du spectre visible.<\/p>\n<p>Mesurable par spectroradiom\u00e9trie et par des protocoles psychophysiques de d\u00e9tection de seuil, la puret\u00e9 de la couleur trouve des applications d\u00e9cisives dans le calibrage des syst\u00e8mes opto\u00e9lectroniques contemporains, le diagnostic ophtalmologique et neurologique pr\u00e9coce, et l&rsquo;ergonomie visuelle. Elle rappelle avec \u00e9clat que la vision des couleurs n&rsquo;est pas une simple copie m\u00e9canique du monde physique, mais une construction active et hautement r\u00e9gul\u00e9e par le syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Abney, W. de W. (1909). On the change of hue of spectrum colours by dilution with white light. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series A, Containing Papers of a Mathematical and Physical Character<\/em>, 83(560), 120\u2013127. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspa.1909.0084\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspa.1909.0084<\/a><\/li>\n<li>Commission Internationale de l&rsquo;\u00c9clairage. (2018). <em>Colorimetry<\/em> (4th ed., CIE 015:2018). CIE Central Bureau. <a href=\"https:\/\/cie.co.at\/publications\/colorimetry-4th-edition\">https:\/\/cie.co.at\/publications\/colorimetry-4th-edition<\/a><\/li>\n<li>Hurvich, L. M., &amp; Jameson, D. (1957). An opponent-process theory of color vision. <em>Psychological Review<\/em>, 64(6, Pt. 1), 384\u2013404. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0041403\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0041403<\/a><\/li>\n<li>Judd, D. B. (1932). Chromaticity sensibility to stimulus differences. <em>Journal of the Optical Society of America<\/em>, 22(2), 72\u2013108. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1364\/JOSA.22.000072\">https:\/\/doi.org\/10.1364\/JOSA.22.000072<\/a><\/li>\n<li>Wyszecki, G., &amp; Stiles, W. S. (1982). <em>Color science: Concepts and methods, quantitative data and formulae<\/em> (2nd ed.). John Wiley &amp; Sons. <a href=\"https:\/\/www.wiley.com\/en-us\/Color+Science%3A+Concepts+and+Methods%2C+Quantitative+Data+and+Formulae%2C+2nd+Edition-p-9780471021063\">https:\/\/www.wiley.com\/en-us\/Color+Science%3A+Concepts+and+Methods%2C+Quantitative+Data+and+Formulae%2C+2nd+Edition-p-9780471021063<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La puret\u00e9 de la couleur quantifie la part d&rsquo;\u00e9nergie spectrale pure d&rsquo;un stimulus optique, constituant le corr\u00e9lat physique de la saturation perceptive.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1387,4095,5106],"tags":[30898,1127,40666,40665,31333,6762],"class_list":["post-23997","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-perception-visuelle","category-psychophysique","tag-colorimetrie","tag-psychophysique","tag-purete-dexcitation","tag-purete-de-la-couleur","tag-saturation","tag-vision-des-couleurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23997","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23997\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23997"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23997"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23997"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}