{"id":23925,"date":"2026-11-01T01:07:08","date_gmt":"2026-11-01T01:07:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=evaluation-collaborative"},"modified":"2026-11-01T01:07:08","modified_gmt":"2026-11-01T01:07:08","slug":"evaluation-collaborative","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=evaluation-collaborative","title":{"rendered":"\u00c9valuation collaborative : Allier mesure et soin"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique contemporaine s&rsquo;\u00e9loigne progressivement du mod\u00e8le unilat\u00e9ral o\u00f9 l&rsquo;expert d\u00e9tient le monopole de l&rsquo;interpr\u00e9tation diagnostique pour embrasser une approche profond\u00e9ment relationnelle et intersubjective. L&rsquo;<strong>\u00e9valuation collaborative<\/strong> red\u00e9finit le processus psychom\u00e9trique en transformant le patient d&rsquo;un objet d&rsquo;observation passif en un partenaire de recherche actif de son propre fonctionnement psychique. Cette d\u00e9marche clinique novatrice permet non seulement de dresser un profil psychologique rigoureux, mais \u00e9galement d&rsquo;amorcer, d\u00e8s les premi\u00e8res \u00e9tapes du bilan, une dynamique de changement th\u00e9rapeutique mesurable et durable.<\/p>\n<h2>\u00c9valuation collaborative en psychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative est une approche m\u00e9thodologique et clinique de l&rsquo;examen psychologique dans laquelle le clinicien et l&rsquo;examin\u00e9 s&rsquo;engagent comme partenaires \u00e9gaux et co-investigateurs tout au long du processus d&rsquo;\u00e9valuation. Fond\u00e9e sur une \u00e9pist\u00e9mologie humaniste et relationnelle, elle utilise les instruments psychom\u00e9triques et projectifs standardis\u00e9s non pas comme des outils unilat\u00e9raux de cat\u00e9gorisation nosographique, mais comme des m\u00e9diateurs d&rsquo;investigation conjointe con\u00e7us pour r\u00e9pondre aux interrogations existentielles et aux difficult\u00e9s concr\u00e8tes exprim\u00e9es par le patient.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, les donn\u00e9es issues des tests psychologiques (inventaires de personnalit\u00e9, \u00e9preuves d&rsquo;efficience cognitive ou techniques projectives) ne constituent pas des verdicts immuables \u00e9mis par une autorit\u00e9 surplombante. Elles repr\u00e9sentent plut\u00f4t des hypoth\u00e8ses de travail soumises \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration commune entre le praticien et la personne \u00e9valu\u00e9e. Le praticien apporte son expertise psychom\u00e9trique et th\u00e9orique, tandis que le patient apporte son expertise intime sur sa propre exp\u00e9rience v\u00e9cue, permettant d&rsquo;articuler une compr\u00e9hension partag\u00e9e, hautement contextualis\u00e9e et d\u00e9nu\u00e9e de tout biais r\u00e9ificateur.<\/p>\n<p>Par essence, l&rsquo;\u00e9valuation collaborative postule que le simple fait de participer \u00e0 une d\u00e9marche d&rsquo;investigation psychologique participative engendre des effets th\u00e9rapeutiques imm\u00e9diats. En pla\u00e7ant l&rsquo;alliance de travail au centre du protocole, elle r\u00e9duit l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la situation d&rsquo;examen, renforce l&rsquo;agentivit\u00e9 de la personne et installe un cadre s\u00e9curisant propice \u00e0 l&rsquo;exploration d&rsquo;affects douloureux ou de repr\u00e9sentations de soi auparavant cliv\u00e9es ou ignor\u00e9es.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Sur le plan morphologique et \u00e9tymologique, le syntagme \u00ab \u00e9valuation collaborative \u00bb associe deux racines latines distinctes : le pr\u00e9fixe <em>ex-<\/em> accol\u00e9 \u00e0 <em>valere<\/em> (\u00ab faire sortir la valeur de \u00bb, \u00ab appr\u00e9cier la valeur intrins\u00e8que \u00bb) et <em>collaborare<\/em>, compos\u00e9 de <em>cum<\/em> (\u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et <em>laborare<\/em> (\u00ab travailler \u00bb, \u00ab \u0153uvrer p\u00e9niblement \u00bb). Litt\u00e9ralement, l&rsquo;expression d\u00e9signe l&rsquo;action d&rsquo;estimer et de donner du sens \u00e0 travers un labeur men\u00e9 conjointement. Le terme a \u00e9merg\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone sous la d\u00e9nomination de <em>Collaborative Assessment<\/em>, puis a \u00e9volu\u00e9 vers des mod\u00e9lisations formalis\u00e9es telles que la <em>Therapeutic Assessment<\/em> sous l&rsquo;impulsion de psychologues cliniciens am\u00e9ricains d\u00e9sireux de rompre avec le paradigme positiviste traditionnel.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce paradigme dans le champ de la psychologie clinique remonte aux travaux pionniers de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Constance_T._Fischer\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Constance T. Fischer<\/a> dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Duquesne, qui qualifiait initialement sa pratique d&rsquo;\u00e9valuation individualis\u00e9e ou ph\u00e9nom\u00e9nologique (<em>individualized assessment<\/em>). Fischer souhaitait d\u00e9senclaver l&rsquo;usage des tests psychom\u00e9triques en instaurant un dialogue ouvert o\u00f9 le sujet commente ses propres r\u00e9sultats au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;administration. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, Stephen E. Finn et ses coll\u00e8gues ont \u00e9tendu et formalis\u00e9 cette d\u00e9marche sous l&rsquo;appellation d&rsquo;\u00e9valuation th\u00e9rapeutique collaborative, conf\u00e9rant au concept une visibilit\u00e9 internationale au sein de la psychologie clinique, de la neuropsychologie et de l&rsquo;\u00e9valuation de la personnalit\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et morphologie grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement [e.va.l\u0265a.sj\u0254\u0303 k\u0254.la.b\u0254.\u0281a.tiv]. Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;une locution nominale f\u00e9minine, form\u00e9e par le substantif abstrait \u00ab \u00e9valuation \u00bb compl\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab collaborative \u00bb. Au pluriel, elle prend la marque r\u00e9guli\u00e8re \u00ab \u00e9valuations collaboratives \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique et lexical, elle est souvent employ\u00e9e en apposition ou en compl\u00e9ment de d\u00e9termination, par exemple dans les syntagmes \u00ab processus d&rsquo;\u00e9valuation collaborative \u00bb, \u00ab m\u00e9thodologie d&rsquo;\u00e9valuation collaborative \u00bb ou \u00ab mod\u00e8le collaboratif d&rsquo;investigation psychologique \u00bb. Dans les contextes acad\u00e9miques francophones, elle est couramment mise en r\u00e9sonance ou utilis\u00e9e de mani\u00e8re quasi synonyme avec l&rsquo;\u00ab \u00e9valuation th\u00e9rapeutique \u00bb, bien que cette derni\u00e8re fasse g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9f\u00e9rence au protocole semi-structur\u00e9 sp\u00e9cifique d\u00e9pos\u00e9 par Stephen E. Finn.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative repose sur un bouleversement paradigmatique majeur dans la relation d&rsquo;aide et l&rsquo;investigation clinique. Traditionnellement, le mod\u00e8le dominant en psychom\u00e9trie s&rsquo;apparente au mod\u00e8le m\u00e9dical standard : le clinicien est per\u00e7u comme un observateur neutre, objectif et omniscient qui administre des \u00e9preuves standardis\u00e9es \u00e0 un sujet r\u00e9cepteur, puis analyse ces donn\u00e9es de mani\u00e8re unilat\u00e9rale avant de d\u00e9livrer un compte rendu technique r\u00e9dig\u00e9 dans un jargon nosographique souvent obscur pour le profane. L&rsquo;\u00e9valuation collaborative remet fondamentalement en cause cette asym\u00e9trie \u00e9pist\u00e9mique. Elle postule que le savoir sur la vie du patient ne peut \u00eatre dissoci\u00e9 de la signification intime que ce dernier attribue \u00e0 ses sympt\u00f4mes, \u00e0 son histoire et \u00e0 ses relations.<\/p>\n<p>Dans ce mod\u00e8le, l&rsquo;\u00e9valuation psychologique cesse d&rsquo;\u00eatre une proc\u00e9dure purement diagnostique pour devenir une intervention clinique \u00e0 part enti\u00e8re. D\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance, le clinicien invite la personne \u00e0 co-construire les objectifs prioritaires de l&rsquo;examen en formulant des questions cliniques personnalis\u00e9es (\u00ab Pourquoi suis-je incapable de maintenir mes engagements amoureux ? \u00bb, \u00ab Pourquoi mon anxi\u00e9t\u00e9 explose-t-elle lors des transitions professionnelles ? \u00bb). Les instruments de mesure standardis\u00e9s (tels que le MMPI, le NEO-PI, les \u00e9chelles de Wechsler ou les \u00e9preuves projectives) sont alors explicitement pr\u00e9sent\u00e9s comme des lentilles analytiques con\u00e7ues pour r\u00e9pondre ensemble \u00e0 ces interrogations existentielles.<\/p>\n<p>L&rsquo;espace d&rsquo;\u00e9valuation se transforme en un laboratoire d&rsquo;exp\u00e9rimentation relationnelle o\u00f9 les comportements observ\u00e9s en temps r\u00e9el lors de la passation des tests font l&rsquo;objet d&rsquo;une exploration r\u00e9flexive imm\u00e9diate. Si un patient manifeste des signes manifestes d&rsquo;\u00e9vitement ou de perfectionnisme paralysant face \u00e0 une \u00e9preuve cognitive, le clinicien n&rsquo;enregistre pas seulement cet indice sur sa feuille de cotation ; il suspend momentan\u00e9ment le test pour inviter le patient \u00e0 analyser cet \u00e9tat \u00e9motionnel (\u00ab J&rsquo;observe qu&rsquo;en abordant cette t\u00e2che, vous retenez votre respiration et vous vous montrez tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re envers vous-m\u00eame. Est-ce quelque chose qui vous arrive \u00e9galement dans vos r\u00e9unions professionnelles ? \u00bb). Cette approche interactive permet de relier imm\u00e9diatement les donn\u00e9es psychom\u00e9triques brutes au fonctionnement \u00e9cologique de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9valuation collaborative reconna\u00eet l&rsquo;impact \u00e9motionnel et narcissique potentiellement d\u00e9stabilisant des r\u00e9sultats diagnostiques. Au lieu d&rsquo;ass\u00e9ner des conclusions statistiques ou des \u00e9tiquettes nosologiques abruptes, le clinicien propose une synth\u00e8se narrative nuanc\u00e9e o\u00f9 les fragilit\u00e9s d\u00e9cel\u00e9es sont articul\u00e9es aux ressources adaptatives et aux d\u00e9fenses de la personne. Le dialogue continu permet de s&rsquo;assurer que les informations transmises sont psychologiquement int\u00e9grables par le patient, \u00e9vitant ainsi les r\u00e9sistances d\u00e9fensives majeures ou les blessures identitaires cons\u00e9cutives \u00e0 une communication mal ajust\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative s&rsquo;enracine historiquement dans la contestation des approches d\u00e9shumanisantes de la psychiatrie et de la psychom\u00e9trie de l&rsquo;apr\u00e8s-Seconde Guerre mondiale. D\u00e8s les ann\u00e9es 1940 et 1950, Harry Stack Sullivan introduisait la notion de clinicien comme \u00ab observateur participant \u00bb, soulignant que le chercheur ou le th\u00e9rapeute modifie in\u00e9vitablement le champ relationnel qu&rsquo;il tente d&rsquo;observer. Parall\u00e8lement, l&rsquo;approche centr\u00e9e sur la personne de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Carl_Rogers\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Carl Rogers<\/a> d\u00e9montrait l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique puissant d&rsquo;une attitude non directive, empathique et inconditionnellement bienveillante au sein de l&rsquo;alliance d&rsquo;aide.<\/p>\n<p>C&rsquo;est durant les ann\u00e9es 1970 que Constance T. Fischer formalise les premi\u00e8res lignes directrices rigoureuses d&rsquo;une \u00e9valuation psychologique ph\u00e9nom\u00e9nologique. Fischer soutenait que les tests d&rsquo;intelligence et de personnalit\u00e9 devaient \u00eatre exploit\u00e9s non pour r\u00e9ifier les individus dans des cat\u00e9gories immuables, mais pour comprendre la mani\u00e8re singuli\u00e8re dont une personne structure son monde ph\u00e9nom\u00e9nologique. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 des m\u00e9thodes novatrices permettant au patient de lire et de co-\u00e9diter les \u00e9bauches de rapports psychologiques avant leur finalisation administrative, une d\u00e9marche alors jug\u00e9e r\u00e9volutionnaire voire transgressive par les tenants du mod\u00e8le psychom\u00e9trique classique.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1990, Stephen E. Finn, Leonard Handler et leurs coll\u00e8gues ont formalis\u00e9 le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00ab \u00c9valuation Th\u00e9rapeutique \u00bb (<em>Therapeutic Assessment<\/em>), en \u00e9tablissant des protocoles s\u00e9quentiels rigoureux pour les adultes, les adolescents et les familles. Finn a compl\u00e9t\u00e9 l&rsquo;assise ph\u00e9nom\u00e9nologique originelle par les apports de la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement, de la psychanalyse intersubjective et de la psychologie narrative. Des essais cliniques contr\u00f4l\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s \u00e0 partir de cette p\u00e9riode, confirmant que l&rsquo;\u00e9valuation collaborative produit une diminution mesurable de la symptomatologie d\u00e9pressive et anxieuse d\u00e8s la conclusion des s\u00e9ances d&rsquo;\u00e9valuation, consolidant la l\u00e9gitimit\u00e9 empirique du paradigme au sein de la communaut\u00e9 m\u00e9dico-psychologique internationale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le socle th\u00e9orique de l&rsquo;\u00e9valuation collaborative est intrins\u00e8quement int\u00e9gratif, articulant plusieurs courants majeurs de la psychologie contemporaine :<\/p>\n<p>Le premier ancrage r\u00e9side dans la ph\u00e9nom\u00e9nologie et la psychologie humaniste. Selon cette perspective, la r\u00e9alit\u00e9 subjective d&rsquo;un individu constitue la r\u00e9f\u00e9rence premi\u00e8re pour comprendre ses conduites. L&rsquo;\u00e9valuation collaborative rejette la posture de l&rsquo;observateur omniscient d\u00e9tach\u00e9 ; elle adopte le postulat que tout comportement mesur\u00e9 lors d&rsquo;un test prend sens au sein de l&rsquo;\u00e9cologie personnelle de l&rsquo;examin\u00e9. L&#8217;empathie, l&rsquo;\u00e9coute inconditionnelle et la congruence du praticien constituent les catalyseurs indispensables \u00e0 l&rsquo;expression authentique du patient, autorisant ce dernier \u00e0 d\u00e9poser ses d\u00e9fenses habituelles au profit d&rsquo;une introspection partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me fondement th\u00e9orique d\u00e9coule de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Intersubjectivit%C3%A9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">intersubjectivit\u00e9<\/a> et des th\u00e9ories relationnelles en psychodynamique (notamment inspir\u00e9es par Robert Stolorow et Stephen Mitchell). Cette approche con\u00e7oit l&rsquo;\u00e9valuation psychologique comme une rencontre interpersonnelle o\u00f9 les deux protagonistes s&rsquo;influencent mutuellement. Les r\u00e9actions \u00e9motionnelles du clinicien (son contre-transfert), loin d&rsquo;\u00eatre des sources d&rsquo;erreurs m\u00e9thodologiques \u00e0 masquer, constituent des instruments diagnostiques pr\u00e9cieux pour comprendre la dynamique relationnelle que le patient suscite habituellement dans son environnement social. La passation d&rsquo;un test projectif comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_de_Rorschach\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">test de Rorschach<\/a> n&rsquo;est plus envisag\u00e9e comme la lecture brute d&rsquo;un calque projectif inconscient, mais comme une cocr\u00e9ation de sens au sein d&rsquo;une matrice relationnelle partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement d\u00e9velopp\u00e9e par John Bowlby et enrichie par Peter Fonagy offre un cadre d&rsquo;explication crucial pour comprendre les effets th\u00e9rapeutiques de cette pratique. L&rsquo;\u00e9valuation collaborative agit comme une \u00ab base de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb temporaire. Le clinicien offre un \u00e9tayage suffisamment s\u00e9cure pour permettre au sujet d&rsquo;explorer des pans d&rsquo;exp\u00e9rience interne auparavant per\u00e7us comme mena\u00e7ants. Cette s\u00e9curisation favorise la fonction r\u00e9flexive et la mentalisation, rendant possible la r\u00e9vision des mod\u00e8les op\u00e9rants internes (MOI) rigides et n\u00e9gatifs que le patient entretient sur lui-m\u00eame et sur autrui.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative s&rsquo;articule autour d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tapes dynamiques et standardis\u00e9es qui en d\u00e9limitent la pratique clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Co-construction des questions d&rsquo;\u00e9valuation :<\/strong> D\u00e8s l&rsquo;entretien initial, le clinicien aide le patient \u00e0 traduire ses souffrances diffuses en questions explicites et directes qui guideront tout le choix de la batterie de tests psychologiques.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9lection transparente et explicit\u00e9e des instruments :<\/strong> Le clinicien explique le rationnel m\u00e9thodologique derri\u00e8re chaque outil choisi, d\u00e9mystifiant la passation et d\u00e9samor\u00e7ant les fantasmes d&rsquo;intrusion pers\u00e9cutrice.<\/li>\n<li><strong>Administration contextualis\u00e9e et dialogue continu :<\/strong> Les instruments psychom\u00e9triques sont administr\u00e9s selon les r\u00e8gles de fid\u00e9lit\u00e9 standardis\u00e9es, mais sont imm\u00e9diatement suivis d&rsquo;une enqu\u00eate collaborative (\u00ab Comment vous \u00eates-vous senti face \u00e0 cette t\u00e2che ? Qu&rsquo;est-ce qui vous a sembl\u00e9 difficile ? \u00bb).<\/li>\n<li><strong>S\u00e9ances d&rsquo;intervention sur les tests (<em>Assessment Intervention Sessions<\/em>) :<\/strong> Le clinicien utilise d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des \u00e9l\u00e9ments de tests pr\u00e9alablement pass\u00e9s pour reconstituer in vivo les impasses psychologiques du patient et tester conjointement de nouvelles strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation ou de r\u00e9gulation affective.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9ances de restitution dialogique :<\/strong> La communication des conclusions ne prend pas la forme d&rsquo;un monologue professoral. Les r\u00e9sultats sont hi\u00e9rarchis\u00e9s selon le degr\u00e9 de pr\u00e9paration \u00e9motionnelle du patient, class\u00e9s des repr\u00e9sentations compatibles avec son concept de soi jusqu&rsquo;aux donn\u00e9es les plus dissonantes et transformatrices.<\/li>\n<li><strong>Compte rendu narratif co-valid\u00e9 :<\/strong> Le rapport final est r\u00e9dig\u00e9 dans un style personnel, compr\u00e9hensible et empathique, souvent sous la forme d&rsquo;une lettre personnalis\u00e9e adress\u00e9e au patient, int\u00e9grant explicitement ses propres r\u00e9flexions et citations \u00e9mises au cours de l&rsquo;\u00e9valuation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques illustratives<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en pratique de l&rsquo;\u00e9valuation collaborative, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;Adrien, un ing\u00e9nieur de 38 ans orient\u00e9 vers un bilan psychologique en raison d&rsquo;un \u00e9tat d\u00e9pressif chronique r\u00e9sistant aux psychoth\u00e9rapies traditionnelles et d&rsquo;un profond sentiment de \u00ab vide int\u00e9rieur \u00bb. Dans une approche unilat\u00e9rale classique, le psychologue aurait administr\u00e9 le MMPI-2 et le Rorschach, r\u00e9dig\u00e9 une analyse pointant des traits limites et narcissiques, puis envoy\u00e9 une note synth\u00e9tique au m\u00e9decin traitant, laissant Adrien avec le sentiment diffus d&rsquo;\u00eatre un cas pathologique incurablement d\u00e9faillant.<\/p>\n<p>Dans un cadre collaboratif, le bilan d\u00e9bute par la formulation commune des questions d&rsquo;Adrien : \u00ab Pourquoi ai-je l&rsquo;impression permanente de porter un masque social, et d&rsquo;o\u00f9 vient cette terreur panique lorsque mes collaborateurs me f\u00e9licitent ? \u00bb. Lors de la restitution dialogique du MMPI-2, plut\u00f4t que d&rsquo;annoncer une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;\u00e9chelle 2 (D\u00e9pression) et de l&rsquo;\u00e9chelle 4 (D\u00e9viation psychopathique\/Ali\u00e9nation), le clinicien partage les r\u00e9sultats sous forme de m\u00e9taphores : \u00ab Vos r\u00e9ponses indiquent que vous vivez comme une sentinelle post\u00e9e sur une tour de garde, \u00e9puis\u00e9e par la vigilance mais terrifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que si elle s&rsquo;endort, tout s&rsquo;effondrera autour d&rsquo;elle. Est-ce que cela r\u00e9sonne avec votre quotidien ? \u00bb. Adrien fond en larmes, confirmant que cette image d\u00e9crit fid\u00e8lement l&rsquo;obligation qu&rsquo;il s&rsquo;est impos\u00e9e d\u00e8s l&rsquo;enfance de masquer ses faiblesses face \u00e0 des parents impr\u00e9visibles.<\/p>\n<p>Une seconde vignette concerne L\u00e9a, une adolescente de 15 ans d\u00e9scolaris\u00e9e et opposante. Au lieu d&rsquo;administrer le WISC-V comme une \u00e9preuve scolaire normative, la clinicienne invite L\u00e9a \u00e0 observer ses propres oscillations attentionnelles. Lors de l&rsquo;\u00e9preuve des Cubes, lorsque L\u00e9a s&rsquo;exclame \u00ab De toute fa\u00e7on, je suis trop b\u00eate, je laisse tomber \u00bb, la psychologue suspend le chronom\u00e8tre et propose : \u00ab Observons ensemble ce qui vient de se passer dans ton corps. D\u00e8s que le mod\u00e8le devient plus complexe, ta voix baisse et tu abandonnes avant m\u00eame d&rsquo;avoir pos\u00e9 le troisi\u00e8me cube. Comment pourrions-nous essayer ensemble de traverser ce moment o\u00f9 ton cerveau te souffle que tu n&rsquo;y arriveras pas ? \u00bb. Par cette d\u00e9marche, l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;intelligence se mue en une prise de conscience de son sch\u00e9ma de r\u00e9signation acquise et restaure sa motivation d&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<h3>9. Mesure, instrumentation et d\u00e9marches m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative ne compromet en aucun cas la rigueur psychom\u00e9trique ; elle s&rsquo;appuie au contraire sur les outils d&rsquo;\u00e9valuation les plus robustes de la psychologie scientifique contemporaine. La distinction fondamentale r\u00e9side dans l&rsquo;usage clinique et \u00e9pist\u00e9mologique fait de ces instruments. Les inventaires de personnalit\u00e9 standardis\u00e9s, tels que le MMPI-3, le PAI (<em>Personality Assessment Inventory<\/em>) ou les \u00e9chelles d&rsquo;attachement, sont administr\u00e9s dans le respect strict des consignes standardis\u00e9es afin de pr\u00e9server la validit\u00e9 interne et externe des scores statistiques.<\/p>\n<p>Cependant, une fois la phase de passation standardis\u00e9e achev\u00e9e, le clinicien ouvre une phase dite de \u00ab d\u00e9briefing ph\u00e9nom\u00e9nologique \u00bb. Cette s\u00e9quence m\u00e9thodologique consiste \u00e0 revenir sur des items particuliers marqu\u00e9s par le patient, notamment ceux pr\u00e9sentant des r\u00e9ponses extr\u00eames ou atypiques. Le psychologue explore les associations singuli\u00e8res de la personne derri\u00e8re une r\u00e9ponse ferm\u00e9e, transformant une donn\u00e9e quantitative brute en mat\u00e9riau qualitatif hautement informatif sur ses sch\u00e9mas cognitifs et \u00e9motionnels sous-jacents.<\/p>\n<p>Dans le cas des m\u00e9thodes projectives, en particulier le Syst\u00e8me de Cotation Int\u00e9gr\u00e9 ou le R-PAS (<em>Rorschach Performance Assessment System<\/em>), l&rsquo;\u00e9valuation collaborative utilise les r\u00e9ponses projectives comme des microcosmes symboliques des relations interpersonnelles du patient. Loin d&rsquo;interpr\u00e9ter le protocole de fa\u00e7on oraculaire, le clinicien propose au patient d&rsquo;analyser conjointement les percepts formul\u00e9s : \u00ab Vous avez per\u00e7u sur cette planche deux silhouettes qui se disputent un objet bris\u00e9. Nous avons remarqu\u00e9 plus t\u00f4t que les conflits dans votre couple commencent souvent par la peur de briser quelque chose d&rsquo;irr\u00e9parable. Voyez-vous un pont entre ce que vous avez projet\u00e9 sur cette tache et ce que vous vivez avec votre partenaire ? \u00bb.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les champs d&rsquo;application de l&rsquo;\u00e9valuation collaborative couvrent l&rsquo;ensemble du spectre de la sant\u00e9 mentale et s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 des domaines connexes :<\/p>\n<p>En psychopathologie clinique et psychiatrie, elle est particuli\u00e8rement b\u00e9n\u00e9fique pour les patients pr\u00e9sentant des traumatismes complexes, des troubles de la personnalit\u00e9 ou des ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;\u00e9checs th\u00e9rapeutiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Pour ces personnes souvent \u00e9chaud\u00e9es par des relations de soin hi\u00e9rarchiques et stigmatisantes, l&rsquo;engagement dans une d\u00e9marche partenariale restaure une alliance de travail s\u00e9curisante, d\u00e9construit la honte associ\u00e9e au diagnostic psychiatrique et accro\u00eet significativement l&rsquo;adh\u00e9sion ult\u00e9rieure aux traitements prescrits.<\/p>\n<p>Dans le champ de la guidance parentale et de la clinique de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent, l&rsquo;\u00e9valuation collaborative des syst\u00e8mes familiaux permet d&rsquo;associer directement les parents \u00e0 l&rsquo;observation des tests de leur enfant. Plut\u00f4t que de recevoir un rapport d&rsquo;expertise d\u00e9crivant les d\u00e9faillances de leur enfant, les parents sont invit\u00e9s \u00e0 observer les s\u00e9ances derri\u00e8re une vitre sans tain ou par vid\u00e9o, guid\u00e9s par un co-\u00e9valuateur qui les aide \u00e0 d\u00e9coder les manifestations anxieuses ou affectives sous-jacentes aux sympt\u00f4mes d&rsquo;agitation ou d&rsquo;\u00e9chec scolaire. Cette implication conjointe modifie rapidement les attributions n\u00e9gatives intrafamiliales (\u00ab Il n&rsquo;est pas paresseux ou provocateur, il est submerg\u00e9 par la peur de nous d\u00e9cevoir \u00bb).<\/p>\n<p>Enfin, en neuropsychologie et dans le diagnostic des troubles neurod\u00e9veloppementaux chez l&rsquo;adulte (notamment le TDAH et les troubles du spectre de l&rsquo;autisme), l&rsquo;\u00e9valuation collaborative \u00e9vite l&rsquo;\u00e9cueil d&rsquo;une communication d\u00e9ficitaire froide. En explorant avec le sujet comment ses particularit\u00e9s neurocognitives se traduisent concr\u00e8tement dans son quotidien professionnel et social, elle facilite l&rsquo;acceptation de soi et favorise la co-construction de strat\u00e9gies compensatoires adapt\u00e9es aux forces cognitives uniques de la personne.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative fait l&rsquo;objet d&rsquo;un corpus croissant de recherches empiriques d\u00e9montrant son efficacit\u00e9 sur les processus d&rsquo;adh\u00e9sion et les r\u00e9sultats cliniques. L&rsquo;\u00e9tude fondatrice de Finn et Tonsager (1992), men\u00e9e aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9tudiants consultant pour une d\u00e9tresse psychologique importante, a constitu\u00e9 le premier essai randomis\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 comparant l&rsquo;\u00e9valuation collaborative du MMPI-2 \u00e0 une condition contr\u00f4le d&rsquo;\u00e9valuation traditionnelle avec liste d&rsquo;attente. Les r\u00e9sultats ont montr\u00e9 que les participants ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une restitution collaborative ont pr\u00e9sent\u00e9 une baisse significative et imm\u00e9diate de leur d\u00e9tresse symptomatique, une hausse substantielle de leur estime de soi et une esp\u00e9rance de changement accrue, maintenant ces gains lors du suivi longitudinal.<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse majeure publi\u00e9e par Poston et Hanson (2010) dans la revue <em>Psychological Assessment<\/em>, synth\u00e9tisant des dizaines d&rsquo;\u00e9tudes sur l&rsquo;\u00e9valuation th\u00e9rapeutique et collaborative, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une taille d&rsquo;effet moyenne robuste (<em>d<\/em> de Cohen compris entre 0,40 et 0,60) sur des variables vari\u00e9es telles que la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes, l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique future et la compliance th\u00e9rapeutique. Les chercheurs ont conclu que l&rsquo;\u00e9valuation psychologique collaborative poss\u00e8de des effets th\u00e9rapeutiques directs d&rsquo;une amplitude comparable \u00e0 de nombreuses interventions psychoth\u00e9rapeutiques br\u00e8ves standardis\u00e9es.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes men\u00e9es par Smith, Handler et Nash ont examin\u00e9 les m\u00e9canismes sous-jacents de cette efficacit\u00e9. Leurs donn\u00e9es indiquent que le sentiment d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 pleinement entendu et respect\u00e9 durant la passation des tests accro\u00eet la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et r\u00e9duit les m\u00e9canismes d&rsquo;ext\u00e9riorisation de la d\u00e9tresse. De plus, les donn\u00e9es qualitatives soulignent r\u00e9guli\u00e8rement que le rapport \u00e9crit sous forme de lettre empathique est conserv\u00e9 et relu par les patients des mois, voire des ann\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9valuation, fonctionnant comme un objet transitionnel d&rsquo;ancrage th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique conventionnelle est r\u00e9guli\u00e8rement critiqu\u00e9e pour ses biais ethnocentriques et son r\u00f4le historique dans le maintien d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s structurelles, les outils psychom\u00e9triques ayant parfois servi d&rsquo;instruments de s\u00e9lection ou d&rsquo;exclusion d\u00e9favorables aux minorit\u00e9s socioculturelles. Dans ce contexte, l&rsquo;\u00e9valuation collaborative repr\u00e9sente une avanc\u00e9e majeure vers une pratique d\u00e9colonis\u00e9e, \u00e9thique et culturellement humble de la psychom\u00e9trie.<\/p>\n<p>En repla\u00e7ant le patient dans une position d&rsquo;expert de sa propre exp\u00e9rience de vie, le mod\u00e8le collaboratif neutralise les jugements de valeur impos\u00e9s par un cadre culturellement h\u00e9g\u00e9monique. Le clinicien invite explicitement l&rsquo;examin\u00e9 \u00e0 \u00e9clairer la signification de ses comportements \u00e0 la lumi\u00e8re de son identit\u00e9 ethnique, spirituelle, de genre ou de classe sociale. Par exemple, une m\u00e9fiance marqu\u00e9e face aux figures d&rsquo;autorit\u00e9 d\u00e9cel\u00e9e par un inventaire de personnalit\u00e9 ne sera pas automatiquement \u00e9tiquet\u00e9e comme une parano\u00efa clinique, mais r\u00e9\u00e9valu\u00e9e conjointement comme une r\u00e9ponse adaptative l\u00e9gitime face \u00e0 des exp\u00e9riences r\u00e9elles de discrimination ou de pr\u00e9carit\u00e9 institutionnelle.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la mise en \u0153uvre de cette d\u00e9marche exige une grande souplesse culturelle de la part du praticien. Dans certaines cultures collectivistes ou traditionnelles o\u00f9 le r\u00f4le du m\u00e9decin ou du savant est explicitement attendu comme une figure d&rsquo;autorit\u00e9 souveraine et distante, une invitation trop brutale \u00e0 une collaboration \u00e9galitaire peut \u00eatre per\u00e7ue avec perplexit\u00e9 ou ins\u00e9curit\u00e9. L&rsquo;\u00e9valuation collaborative implique donc de n\u00e9gocier la distance relationnelle et le degr\u00e9 d&rsquo;interventionnisme en accord total avec les normes et attentes culturelles du sujet.<\/p>\n<h3>13. D\u00e9bats, critiques et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa reconnaissance croissante, l&rsquo;\u00e9valuation collaborative suscite des d\u00e9bats vigoureux et fait face \u00e0 des limites m\u00e9thodologiques bien identifi\u00e9es :<\/p>\n<p>La critique la plus fr\u00e9quente \u00e9mane des d\u00e9fenseurs orthodoxes de la psychom\u00e9trie standardis\u00e9e. Certains th\u00e9oriciens s&rsquo;inqui\u00e8tent du risque de contamination de la validit\u00e9 \u00e9cologique et psychom\u00e9trique des tests standardis\u00e9s. Lorsque le clinicien intervient durant la passation pour initier un dialogue r\u00e9flexif, il s&rsquo;\u00e9carte des consignes strictes d&rsquo;administration, ce qui pourrait alt\u00e9rer la comparabilit\u00e9 des scores aux tables normatives de r\u00e9f\u00e9rence. En r\u00e9ponse, les praticiens du mod\u00e8le collaboratif rappellent que la standardisation est scrupuleusement pr\u00e9serv\u00e9e durant la phase initiale d&rsquo;enregistrement des scores, et que l&rsquo;exploration dialogique n&rsquo;intervient qu&rsquo;en aval, dans une phase d&rsquo;enqu\u00eate compl\u00e9mentaire explicitement document\u00e9e.<\/p>\n<p>Une autre limite majeure tient aux exigences mat\u00e9rielles, temporelles et \u00e9conomiques du dispositif. L&rsquo;\u00e9valuation collaborative n\u00e9cessite souvent entre quatre et huit s\u00e9ances approfondies r\u00e9parties sur plusieurs semaines, incluant des s\u00e9ances d&rsquo;exp\u00e9rimentation in vivo et des temps d&rsquo;analyse qualitative prolong\u00e9s. Dans des contextes institutionnels publics sous tension budg\u00e9taire et soumis \u00e0 des listes d&rsquo;attente critiques, de tels protocoles sont parfois jug\u00e9s irr\u00e9alistes face aux exigences de rentabilit\u00e9 m\u00e9dico-\u00e9conomique imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le collaboratif n&rsquo;est pas universellement applicable \u00e0 tous les contextes m\u00e9dicol\u00e9gaux ou psychiatriques. En expertise m\u00e9dico-l\u00e9gale ou criminologique, o\u00f9 le praticien a pour mission d&rsquo;\u00e9clairer un tribunal sur la responsabilit\u00e9 ou la dangerosit\u00e9 d&rsquo;un individu dans un cadre non confidentiel, l&rsquo;alliance de travail ne peut pas pr\u00e9tendre \u00e0 une sym\u00e9trie th\u00e9rapeutique totale. De m\u00eame, face \u00e0 des \u00e9tats psychotiques aigus d\u00e9sorganis\u00e9s ou \u00e0 des d\u00e9mences avanc\u00e9es, les capacit\u00e9s m\u00e9tacognitives requises pour une co-investigation critique peuvent \u00eatre temporairement trop d\u00e9grad\u00e9es pour autoriser le d\u00e9ploiement complet du protocole habituel.<\/p>\n<h3>14. Distinctions conceptuelles et termes connexes<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou s\u00e9mantique au sein de la litt\u00e9rature clinique, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;\u00e9valuation collaborative d&rsquo;autres d\u00e9marches proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9valuation traditionnelle (ou mod\u00e8le m\u00e9dical du test) :<\/strong> D\u00e9marche unilat\u00e9rale ax\u00e9e sur l&rsquo;administration normative de tests psychom\u00e9triques o\u00f9 l&rsquo;expert d\u00e9tient l&rsquo;autorit\u00e9 interpr\u00e9tative sans implication active du sujet dans l&rsquo;analyse des donn\u00e9es. L&rsquo;\u00e9valuation collaborative s&rsquo;oppose radicalement \u00e0 ce sch\u00e9ma hi\u00e9rarchique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation th\u00e9rapeutique (<em>Therapeutic Assessment<\/em>) :<\/strong> Mod\u00e8le sp\u00e9cifique, semi-structur\u00e9 et conceptualis\u00e9 par Stephen Finn, caract\u00e9ris\u00e9 par un protocole hautement codifi\u00e9 (\u00e9tapes fixes, s\u00e9ances d&rsquo;intervention sur les tests, fable m\u00e9taphorique \u00e9crite). L&rsquo;\u00e9valuation collaborative est une ombrelle conceptuelle plus vaste int\u00e9grant la m\u00e9thode de Finn ainsi que d&rsquo;autres approches ph\u00e9nom\u00e9nologiques, humanistes ou narratives.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation dynamique (Feuerstein) :<\/strong> M\u00e9thode interactive issue de la psychologie de l&rsquo;\u00e9ducation \u00e9valuant la modifiabilit\u00e9 cognitive et le potentiel d&rsquo;apprentissage via un cycle \u00ab test &#8211; m\u00e9diation &#8211; retest \u00bb. Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation collaborative qui cible principalement la dynamique identitaire et affective globale, l&rsquo;\u00e9valuation dynamique vise en priorit\u00e9 les processus d&rsquo;efficience cognitive et d&rsquo;\u00e9ducabilit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation participative :<\/strong> Terme utilis\u00e9 principalement en \u00e9valuation de programmes sociaux ou en psychologie communautaire, d\u00e9signant l&rsquo;inclusion des parties prenantes dans la mesure de l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;une politique publique. Elle se distingue de l&rsquo;\u00e9valuation collaborative qui d\u00e9signe un face-\u00e0-face clinique individualis\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et enseignements fondamentaux<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, l&rsquo;\u00e9valuation collaborative red\u00e9finit les fronti\u00e8res traditionnelles entre examen psychom\u00e9trique et psychoth\u00e9rapie, \u00e9rigeant la passation des tests en une exp\u00e9rience transformative partag\u00e9e :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, elle repose sur un partenariat \u00e9pist\u00e9mique strict o\u00f9 le clinicien apporte son expertise technique et le patient son savoir exp\u00e9rientiel irrempla\u00e7able, transformant les interrogations de l&rsquo;examin\u00e9 en boussoles m\u00e9thodologiques du bilan.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, les instruments psychom\u00e9triques sont utilis\u00e9s non comme des finalit\u00e9s nosographiques, mais comme des m\u00e9diateurs relationnels favorisant la prise de conscience, l&rsquo;\u00e9laboration symbolique et l&rsquo;exp\u00e9rimentation de nouveaux sch\u00e9mas affectifs en temps r\u00e9el.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, valid\u00e9e par un imposant corpus empirique, elle d\u00e9montre une efficacit\u00e9 clinique tangible et imm\u00e9diate sur l&rsquo;estime de soi, le soulagement symptomatique et la consolidation de l&rsquo;alliance de travail.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, elle humanise l&rsquo;investigation clinique en assurant une restitution dialogique empathique et des synth\u00e8ses narratives r\u00e9dig\u00e9es sans jargon p\u00e9joratif, facilitant l&rsquo;int\u00e9gration harmonieuse des vuln\u00e9rabilit\u00e9s diagnostiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, elle constitue un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9thique clinique et d&rsquo;humilit\u00e9 culturelle indispensable pour appr\u00e9hender la complexit\u00e9 humaine dans le respect absolu de la dignit\u00e9 et de l&rsquo;agentivit\u00e9 du sujet.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Finn, S. E. (2007). <em>In our clients&rsquo; shoes: Theory and techniques of Therapeutic Assessment<\/em>. Lawrence Erlbaum Associates. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203893319\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203893319<\/a><\/li>\n<li>Finn, S. E., &amp; Tonsager, M. E. (1992). Therapeutic effects of providing MMPI-2 self-report feedback to college students. <em>Psychological Assessment<\/em>, 4(3), 278\u2013287. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/1040-3590.4.3.278\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/1040-3590.4.3.278<\/a><\/li>\n<li>Fischer, C. T. (1985). <em>Individualizing psychological assessment<\/em>. Brooks\/Cole Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203776476\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203776476<\/a><\/li>\n<li>Poston, J. M., &amp; Hanson, W. E. (2010). Meta-analysis of psychological assessment as a therapeutic intervention. <em>Psychological Assessment<\/em>, 22(2), 203\u2013212. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/a0018679\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/a0018679<\/a><\/li>\n<li>Smith, J. D., Handler, L., &amp; Nash, M. R. (2010). Therapeutic Assessment for preadolescent boys with externalizing problems: A single-case time-series design. <em>Assessment<\/em>, 17(1), 86\u2013100. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/1073191109348981\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/1073191109348981<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9valuation collaborative en psychologie transforme le bilan psychom\u00e9trique en une d\u00e9marche conjointe et th\u00e9rapeutique, alliant rigueur des tests et alliance soignante.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[5,3,1399],"tags":[2742,40513,23088,18739,40514,18932],"class_list":["post-23925","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-evaluation-psychologique","category-psychologie-clinique","category-psychotherapie","tag-alliance-therapeutique","tag-constance-fischer","tag-evaluation-collaborative","tag-evaluation-therapeutique","tag-psychometrie-relationnelle","tag-stephen-finn"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23925","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23925\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23925"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23925"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23925"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}