{"id":23851,"date":"2026-10-31T22:30:06","date_gmt":"2026-10-31T22:30:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=theorie-des-reponses-cognitives"},"modified":"2026-10-31T22:30:06","modified_gmt":"2026-10-31T22:30:06","slug":"theorie-des-reponses-cognitives","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=theorie-des-reponses-cognitives","title":{"rendered":"R\u00e9ponse cognitive : L&rsquo;art de convaincre l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de la psychologie sociale contemporaine, la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes r\u00e9gissant le changement d&rsquo;attitude et la persuasion a connu une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure durant la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Longtemps domin\u00e9s par des mod\u00e8les passifs d&rsquo;apprentissage dans lesquels le r\u00e9cepteur assimilait machinalement un message, les chercheurs ont d\u00e9couvert que l&rsquo;individu joue en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00f4le actif et critique dans sa propre persuasion. La th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives postule ainsi que l&rsquo;impact d&rsquo;une communication persuasive d\u00e9pend fondamentalement de la nature, de la valence et du volume des pens\u00e9es autonomes que le r\u00e9cepteur formule au moment pr\u00e9cis o\u00f9 il traite cette information.<\/p>\n<h2>Th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives (en anglais, <em>cognitive response theory<\/em>) est un mod\u00e8le paradigmatique de la psychologie sociale cognitive stipulant que le changement d&rsquo;attitude cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;exposition \u00e0 un message persuasif n&rsquo;est pas d\u00e9termin\u00e9 de mani\u00e8re directe par l&rsquo;apprentissage ou la m\u00e9morisation des arguments pr\u00e9sent\u00e9s, mais plut\u00f4t par les pens\u00e9es priv\u00e9es et spontan\u00e9es \u2013 favorables ou d\u00e9favorables \u2013 g\u00e9n\u00e9r\u00e9es activement par l&rsquo;individu lors de la r\u00e9ception du stimulus.<\/p>\n<p>Formul\u00e9e initialement par Anthony Greenwald \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, cette approche th\u00e9orique red\u00e9finit le r\u00e9cepteur d&rsquo;une communication non plus comme une cible passive stockant des signaux ext\u00e9rieurs, mais comme un participant \u00e9pist\u00e9mique engag\u00e9. Ce dernier fait constamment interagir les arguments re\u00e7us avec son r\u00e9pertoire pr\u00e9existant de croyances, d&rsquo;attitudes, de valeurs et de sch\u00e9mas cognitifs. L&rsquo;attitude finale adopt\u00e9e constitue donc le r\u00e9sultat direct d&rsquo;un processus d&rsquo;auto-persuasion ou de r\u00e9sistance int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, cette th\u00e9orie op\u00e8re une distinction fondamentale entre le contenu manifeste d&rsquo;un message persuasif et la r\u00e9ponse cognitive interne qu&rsquo;il suscite. M\u00eame en pr\u00e9sence d&rsquo;un argumentaire parfaitement structur\u00e9 et \u00e9tay\u00e9 de faits irr\u00e9futables, un sujet peut g\u00e9n\u00e9rer de multiples contre-arguments ou pens\u00e9es de rejet, ce qui neutralisera totalement l&rsquo;effet persuasif vis\u00e9 ou produira un effet boomerang inverse \u00e0 l&rsquo;intention du communicateur.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab r\u00e9ponse cognitive \u00bb puise ses racines \u00e9tymologiques dans les traditions latines philosophique et physiologique. Le substantif \u00ab r\u00e9ponse \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>respondere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>re-<\/em> (qui marque le renvoi, l&rsquo;opposition ou la r\u00e9p\u00e9tition) et de <em>spondere<\/em> (promettre solennellement, s&rsquo;engager). En contexte psychologique, la r\u00e9ponse d\u00e9signe initialement la r\u00e9action motrice ou comportementale d&rsquo;un organisme cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;administration d&rsquo;un stimulus externe.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab cognitive \u00bb provient pour sa part du latin m\u00e9di\u00e9val <em>cognitivus<\/em>, issu du verbe <em>cognoscere<\/em>, combinant <em>cum<\/em> (avec, ensemble) et <em>noscere<\/em> (apprendre, savoir, reconna\u00eetre). Il renvoie ainsi \u00e0 la facult\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9hender le r\u00e9el, de conceptualiser et de structurer des savoirs. L&rsquo;adjonction de cet adjectif au terme \u00ab r\u00e9ponse \u00bb a permis d&rsquo;op\u00e9rer un glissement conceptuel d\u00e9terminant au sein de la discipline : la r\u00e9ponse mesur\u00e9e n&rsquo;est plus un r\u00e9flexe musculaire ou un acte moteur observable, mais un produit mental interne issu d&rsquo;un traitement intellectuel actif.<\/p>\n<p>Le syntagme complet a fait son entr\u00e9e formelle dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique anglophone sous le libell\u00e9 <em>cognitive response approach<\/em> lors de la publication fondatrice d&rsquo;Anthony Greenwald en 1968. Par la suite, la terminologie a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9e dans le corpus francophone de la psychologie sociale sous les appellations de \u00ab th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives \u00bb ou \u00ab approche des r\u00e9ponses cognitives \u00bb, s&rsquo;imposant comme une r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique incontournable pour les sp\u00e9cialistes de la persuasion et de la communication.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, l&rsquo;expression \u00ab th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine structur\u00e9e autour du nom commun noyau \u00ab th\u00e9orie \u00bb, suivi d&rsquo;un syntagme pr\u00e9positionnel compl\u00e9ment de nom au pluriel (\u00ab des r\u00e9ponses cognitives \u00bb). En fran\u00e7ais, l&rsquo;usage privil\u00e9gie la marque du pluriel pour \u00ab r\u00e9ponses cognitives \u00bb, car l&rsquo;individu confront\u00e9 \u00e0 un discours d\u00e9ploie une pluralit\u00e9 de r\u00e9flexions, de doutes, d&rsquo;adh\u00e9sions et d&rsquo;associations mentales distinctes.<\/p>\n<p>La prononciation phon\u00e9tique standardis\u00e9e en fran\u00e7ais international s&rsquo;articule comme suit : \/te.\u0254.\u0281i de \u0281e.p\u0254\u0303s k\u0254\u0261.ni.tiv\/. L&rsquo;accent tonique principal se place naturellement sur la derni\u00e8re syllabe du syntagme (\/tiv\/). Dans la pratique acad\u00e9mique, on rencontre parfois la forme abr\u00e9g\u00e9e \u00ab approche des r\u00e9ponses cognitives \u00bb, ou plus simplement le vocable singulier \u00ab r\u00e9ponse cognitive \u00bb (\/\u0281e.p\u0254\u0303s k\u0254\u0261.ni.tiv\/) lorsqu&rsquo;il est fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une unit\u00e9 d&rsquo;analyse sp\u00e9cifique ou \u00e0 une pens\u00e9e unitaire cod\u00e9e lors d&rsquo;un protocole exp\u00e9rimental.<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique r\u00e9dig\u00e9, l&rsquo;acronyme anglais <em>CRT<\/em> (pour <em>Cognitive Response Theory<\/em>) est parfois conserv\u00e9 par commodit\u00e9 dans les articles internationaux, bien que la litt\u00e9rature francophone privil\u00e9gie la formulation in extenso afin de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 s\u00e9mantique et la clart\u00e9 conceptuelle des \u00e9crits.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives constitue une avanc\u00e9e d\u00e9cisive vis-\u00e0-vis des conceptions strictement behavioristes et des premi\u00e8res th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage social qui dominaient l&rsquo;\u00e9tude de la communication. Dans le sch\u00e9ma classique propos\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cole de Yale, la persuasion \u00e9tait assimil\u00e9e \u00e0 un processus s\u00e9quentiel en plusieurs phases : attention, compr\u00e9hension, apprentissage, r\u00e9tention et acceptation. On postulait implicitement qu&rsquo;une personne qui comprenait et retenait fid\u00e8lement les arguments d&rsquo;un \u00e9metteur modifiait n\u00e9cessairement ses croyances en cons\u00e9quence. Or, de multiples anomalies exp\u00e9rimentales ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la r\u00e9tention m\u00e9morielle des arguments n&rsquo;\u00e9tait que faiblement corr\u00e9l\u00e9e avec l&rsquo;ampleur du changement d&rsquo;attitude effectif.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre cette incoh\u00e9rence, l&rsquo;approche des r\u00e9ponses cognitives sugg\u00e8re que l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;enregistre pas passivement l&rsquo;information re\u00e7ue. D\u00e8s qu&rsquo;un message persuasif lui parvient, le r\u00e9cepteur amorce une activit\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation m\u00e9tabolique interne. Les signaux re\u00e7us entrent en collision avec les connaissances stock\u00e9es dans sa m\u00e9moire \u00e0 long terme, ses exp\u00e9riences biographiques ant\u00e9rieures et ses investissements \u00e9motionnels. De cette confrontation jaillit une s\u00e9rie d&rsquo;id\u00e9es, de d\u00e9ductions, d&rsquo;inf\u00e9rences et de jugements \u00e9valuatifs : ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces pens\u00e9es autog\u00e9n\u00e9r\u00e9es qui constituent les r\u00e9ponses cognitives.<\/p>\n<p>Le principe fondamental de la th\u00e9orie stipule que la persuasion est m\u00e9diatis\u00e9e par la polarit\u00e9 pr\u00e9dominante de ces r\u00e9ponses int\u00e9rieures :<\/p>\n<ul>\n<li>Si le flux de pens\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es est majoritairement favorable aux propositions de l&rsquo;\u00e9metteur (approbations, validations logiques, identification d&rsquo;avantages personnels), le r\u00e9cepteur ajustera son attitude dans le sens pr\u00e9conis\u00e9 par le message.<\/li>\n<li>Si, \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;individu produit principalement des contre-arguments, rel\u00e8ve des faiblesses m\u00e9thodologiques ou met en doute la sinc\u00e9rit\u00e9 de la source, l&rsquo;attitude pr\u00e9alable restera inchang\u00e9e, voire se rigidifiera dans une r\u00e9sistance accrue.<\/li>\n<li>Enfin, si les r\u00e9ponses cognitives sont neutres, hors de propos ou parfaitement \u00e9quilibr\u00e9es entre objections et accords, aucun mouvement attitude ne sera observable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette perspective d\u00e9place radicalement le centre de gravit\u00e9 de la persuasion : ce n&rsquo;est pas le message en soi qui persuade, mais les pens\u00e9es que le message incite l&rsquo;individu \u00e0 formuler. D\u00e8s lors, le communicateur n&rsquo;a plus pour mission de contraindre l&rsquo;esprit d&rsquo;autrui, mais d&rsquo;agencer des amorces discursives capables de stimuler une cha\u00eene d&rsquo;auto-persuasion vertueuse dans le syst\u00e8me cognitif de son interlocuteur.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives s&rsquo;inscrit directement dans la r\u00e9volution cognitive qui a balay\u00e9 la psychologie am\u00e9ricaine entre les ann\u00e9es 1950 et 1970. Jusqu&rsquo;alors, le mod\u00e8le dominant de la communication persuasive reposait sur les travaux pionniers men\u00e9s par Carl Hovland et ses collaborateurs au sein du programme de recherche sur la communication et les attitudes de l&rsquo;universit\u00e9 Yale. Bien que novateurs, les travaux de Hovland consid\u00e9raient le r\u00e9cepteur sous un prisme essentiellement associatif, inspir\u00e9 du conditionnement n\u00e9o-b\u00e9havioriste.<\/p>\n<p>En 1968, le psychologue social Anthony Greenwald publie un chapitre fondateur intitul\u00e9 <em>\u00ab Cognitive Learning, Cognitive Response to Persuasion, and Attitude Change \u00bb<\/em>. Confrontant les limites explicatives des th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage du message, Greenwald d\u00e9montre que la m\u00e9morisation du contenu d\u00e9livr\u00e9 est un pr\u00e9dicteur d\u00e9faillant de l&rsquo;adh\u00e9sion. Il avance l&rsquo;hypoth\u00e8se audacieuse que les r\u00e9ponses cognitives personnelles du sujet constituent le v\u00e9ritable pivot du changement attitude. Cette formulation princeps jette les bases de ce qui deviendra l&rsquo;un des courants les plus prolifiques de la psychologie sociale.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970, des chercheurs comme Thomas Brock, Timothy Brock et David Mess\u00e9 affinent la m\u00e9thodologie d&rsquo;investigation en mettant au point la technique standardis\u00e9e du listage des pens\u00e9es (<em>thought-listing technique<\/em>). Cet outil d&rsquo;\u00e9valuation permet enfin d&rsquo;op\u00e9rationnaliser et de quantifier empiriquement les pens\u00e9es silencieuses des sujets d&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Cette dynamique culmine au tournant des ann\u00e9es 1980 avec les travaux monumentaux de <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Richard_E._Petty\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Richard E. Petty<\/a> et John Cacioppo. Ces auteurs int\u00e8grent la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives dans une mod\u00e9lisation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 double processus : le mod\u00e8le de vraisemblance d&rsquo;\u00e9laboration (<em>Elaboration Likelihood Model<\/em> ou ELM). Dans ce cadre th\u00e9orique \u00e9tendu, les r\u00e9ponses cognitives repr\u00e9sentent le m\u00e9canisme exclusif de la \u00ab voie centrale \u00bb de persuasion, par laquelle un individu analyse m\u00e9thodiquement les arguments rationnels lorsqu&rsquo;il dispose \u00e0 la fois de la motivation et de la capacit\u00e9 cognitive n\u00e9cessaires.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les assises th\u00e9oriques de l&rsquo;approche des r\u00e9ponses cognitives reposent sur plusieurs paradigmes majeurs de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_cognitive\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">psychologie cognitive<\/a> et de la th\u00e9orie du traitement de l&rsquo;information. En premier lieu, la th\u00e9orie adopte le postulat de l&rsquo;\u00eatre humain con\u00e7u comme un processeur d&rsquo;information actif. L&rsquo;esprit n&rsquo;est pas un r\u00e9ceptacle inerte qui accumule des stimuli textuels ou oraux, mais une architecture dynamique r\u00e9gie par des m\u00e9canismes de m\u00e9moire de travail, de m\u00e9moire s\u00e9mantique et de fonctions ex\u00e9cutives.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, cette approche s&rsquo;articule \u00e9troitement avec les th\u00e9ories de la coh\u00e9rence et de la dissonance cognitive formalis\u00e9es par Leon Festinger. Lorsqu&rsquo;une information nouvelle contredit un sch\u00e9ma ancr\u00e9 ou menace l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du syst\u00e8me de valeurs d&rsquo;un individu, une tension psychologique s&rsquo;installe. Pour pr\u00e9server son \u00e9quilibre mental sans modifier ses structures fondamentales, le sujet d\u00e9ploie activement des r\u00e9ponses cognitives d\u00e9fensives sous forme de contre-argumentation ou de d\u00e9valorisation de la source.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, la th\u00e9orie dialogue continuellement avec les th\u00e9ories modernes de la m\u00e9tacognition. Des d\u00e9veloppements r\u00e9cents, incarn\u00e9s par le mod\u00e8le de validation de soi (<em>Self-Validation Hypothesis<\/em>) formul\u00e9 par Petty, Bri\u00f1ol et Tormala, rappellent que la g\u00e9n\u00e9ration de pens\u00e9es ne suffit pas \u00e0 elle seule pour orienter l&rsquo;attitude : encore faut-il que le sujet accorde un degr\u00e9 suffisant de confiance ou de certitude \u00e0 ses propres pens\u00e9es. Une r\u00e9ponse cognitive affect\u00e9e d&rsquo;un fort doute \u00e9pist\u00e9mique n&rsquo;exercera qu&rsquo;une influence marginale sur l&rsquo;attitude finale.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie s&rsquo;adosse au concept d&rsquo;heuristique cognitive th\u00e9oris\u00e9 par Daniel Kahneman et Amos Tversky. Les r\u00e9ponses cognitives ne sont pas toujours le fruit de d\u00e9lib\u00e9rations logiques irr\u00e9prochables : elles peuvent consister en raccourcis interpr\u00e9tatifs, en inf\u00e9rences intuitives ou en jugements sommaires activ\u00e9s en r\u00e9ponse \u00e0 des signaux contextuels p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine des r\u00e9ponses cognitives requiert une d\u00e9composition rigoureuse de leurs dimensions structurales, qualitatives et fonctionnelles. Les chercheurs ont ainsi isol\u00e9 plusieurs composantes analytiques majeures :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La polarit\u00e9 ou valence directionnelle :<\/strong> dimension cardinale qui qualifie l&rsquo;orientation \u00e9valuative de la pens\u00e9e. On distingue habituellement :\n<ul>\n<li><em>Les pens\u00e9es favorables :<\/em> r\u00e9flexions int\u00e9rieures qui corroborent, amplifient ou valident le plaidoyer du message.<\/li>\n<li><em>Les pens\u00e9es d\u00e9favorables ou contre-arguments :<\/em> objections, contestations logiques, r\u00e9serves empiriques ou rejets explicites des propositions avanc\u00e9es.<\/li>\n<li><em>Les pens\u00e9es neutres ou non pertinentes :<\/em> associations d&rsquo;id\u00e9es collat\u00e9rales, consid\u00e9rations p\u00e9riph\u00e9riques ou digressions mentales d\u00e9nu\u00e9es de charge \u00e9valuative vis-\u00e0-vis du th\u00e8me.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La cible cognitive (focalisation de la pens\u00e9e) :<\/strong> d\u00e9termine l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment du dispositif communicatif sur lequel la r\u00e9ponse s&rsquo;attarde. Elle peut cibler :\n<ul>\n<li><em>Le contenu argumentatif :<\/em> examen minutieux de la coh\u00e9rence logique, de la solidit\u00e9 des preuves et des implications des assertions.<\/li>\n<li><em>La source \u00e9mettrice :<\/em> \u00e9valuations spontan\u00e9es de la cr\u00e9dibilit\u00e9, de l&rsquo;expertise per\u00e7ue, de l&rsquo;attractivit\u00e9 physique ou des intentions morales de l&rsquo;orateur (incluant les d\u00e9rogations de source).<\/li>\n<li><em>Le contexte ou le support :<\/em> remarques relatives \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique du m\u00e9dia, \u00e0 l&rsquo;ambiance sonore, au d\u00e9bit de parole ou \u00e0 la mise en page.<\/li>\n<li><em>Le soi (r\u00e9flexivit\u00e9 m\u00e9tacognitive) :<\/em> pens\u00e9es relatives \u00e0 ses propres comp\u00e9tences, \u00e0 sa capacit\u00e9 de jugement ou \u00e0 ses \u00e9tats \u00e9motionnels subjectifs.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;intensit\u00e9 et le volume d&rsquo;\u00e9laboration :<\/strong> mesurent l&rsquo;effort cognitif global investi par l&rsquo;individu dans l&rsquo;analyse du message, quantifiable par le nombre total d&rsquo;id\u00e9es distinctes produites durant l&rsquo;exposition.<\/li>\n<li><strong>La confiance m\u00e9tacognitive :<\/strong> niveau de certitude subjective que le r\u00e9cepteur associe \u00e0 la validit\u00e9 de ses propres pens\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es. Deux contre-arguments tenus pour absolument certains auront un pouvoir d&rsquo;invalidation bien sup\u00e9rieur \u00e0 cinq objections formul\u00e9es avec perplexit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;illustrer la m\u00e9canique op\u00e9rationnelle de la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives, examinons plusieurs sc\u00e9narios concrets issus d&rsquo;environnements vari\u00e9s de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons tout d&rsquo;abord une campagne institutionnelle de sant\u00e9 publique destin\u00e9e \u00e0 inciter des jeunes adultes \u00e0 abandonner le tabagisme. Le message met en exergue : <em>\u00ab Fumer un paquet par jour r\u00e9duit l&rsquo;esp\u00e9rance de vie de dix ans et augmente drastiquement le risque de pathologies cardiovasculaires. \u00bb<\/em> Confront\u00e9 \u00e0 cette assertion :<\/p>\n<ul>\n<li>Un premier individu, motiv\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server sa sant\u00e9, formule la r\u00e9ponse cognitive suivante : <em>\u00ab C&rsquo;est exact, mon oncle a d\u00e9velopp\u00e9 des troubles respiratoires s\u00e9v\u00e8res \u00e0 cause du tabac ; il est crucial que j&rsquo;arr\u00eate avant d&rsquo;endommager mes art\u00e8res. \u00bb<\/em> Cette pens\u00e9e favorable induit une forte corr\u00e9lation positive avec l&rsquo;adoption d&rsquo;un comportement d&rsquo;abstinence.<\/li>\n<li>Un second r\u00e9cepteur, profond\u00e9ment d\u00e9pendant et r\u00e9ticent au changement, oppose imm\u00e9diatement un contre-argument d\u00e9fensif : <em>\u00ab Mon grand-p\u00e8re a fum\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 90 ans sans jamais contracter de maladie grave ; les statistiques m\u00e9dicales sont souvent exag\u00e9r\u00e9es par le gouvernement. \u00bb<\/em> Cette r\u00e9ponse cognitive d\u00e9favorable annule l&rsquo;efficacit\u00e9 du message et renforce son tabagisme par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9actance_(psychologie)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">r\u00e9actance psychologique<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas embl\u00e9matique se rencontre dans le secteur du marketing num\u00e9rique. Lors de la pr\u00e9sentation d&rsquo;un nouveau mod\u00e8le d&rsquo;ordinateur portable haut de gamme vantant une autonomie de batterie record de 24 heures :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;acheteur novice, peu vers\u00e9 dans la technologie, peut g\u00e9n\u00e9rer une r\u00e9ponse superficielle orient\u00e9e vers la source : <em>\u00ab Cette entreprise jouit d&rsquo;une excellente r\u00e9putation internationale, leurs ing\u00e9nieurs doivent certainement dire vrai. \u00bb<\/em><\/li>\n<li>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;expert informatique concevra une objection technique interne : <em>\u00ab Un processeur de cette puissance consomme au bas mot 45 watts sous charge ; atteindre 24 heures d&rsquo;autonomie est mat\u00e9riellement impossible sans brider drastiquement les performances graphiques. \u00bb<\/em> Ici, l&rsquo;expertise pr\u00e9alable induit un contre-argument direct qui paralyse l&rsquo;intention d&rsquo;achat.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation scientifique des r\u00e9ponses cognitives a exig\u00e9 la mise au point d&rsquo;outils m\u00e9thodologiques rigoureux capables de sonder l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 mentale sans alt\u00e9rer artificiellement le flux de conscience des participants. Le protocole exp\u00e9rimental de r\u00e9f\u00e9rence demeure la technique de listage des pens\u00e9es (<em>thought-listing protocol<\/em>), standardis\u00e9e par Brock et formalis\u00e9e par Cacioppo et Petty.<\/p>\n<p>Dans un dispositif de listage de pens\u00e9es typique, les participants sont expos\u00e9s \u00e0 un message persuasif (discours audio, texte, spot publicitaire). Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la diffusion, un formulaire leur est remis avec la consigne stricte de consigner par \u00e9crit, dans des cases d\u00e9limit\u00e9es et dans un temps imparti tr\u00e8s bref (habituellement de deux \u00e0 trois minutes), l&rsquo;ensemble des pens\u00e9es, id\u00e9es, doutes ou r\u00e9actions qui leur ont travers\u00e9 l&rsquo;esprit pendant la r\u00e9ception du message.<\/p>\n<p>La phase subs\u00e9quente consiste en un codage qualitatif et quantitatif des unit\u00e9s de pens\u00e9e recueillies :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cat\u00e9gorisation par des juges ind\u00e9pendants :<\/strong> deux \u00e9valuateurs entra\u00een\u00e9s, travaillant en aveugle vis-\u00e0-vis des hypoth\u00e8ses de recherche, analysent chaque pens\u00e9e isol\u00e9e pour d\u00e9terminer sa polarit\u00e9 (favorable, d\u00e9favorable ou neutre) et sa cible (argument, source, canal ou soi). Le degr\u00e9 de concordance inter-juges est scrupuleusement v\u00e9rifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;indices statistiques tels que le coefficient Kappa de Cohen.<\/li>\n<li><strong>Auto-codage par le participant :<\/strong> dans de nombreux protocoles modernes, il est demand\u00e9 \u00e0 l&rsquo;individu lui-m\u00eame de r\u00e9examiner la liste de ses propres \u00e9nonc\u00e9s et d&rsquo;attribuer un symbole (+ pour favorable, &#8211; pour d\u00e9favorable, 0 pour neutre) ainsi qu&rsquo;une note sur une \u00e9chelle de Likert mesurant la certitude attach\u00e9e \u00e0 chaque \u00e9nonc\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Calcul de l&rsquo;indice de r\u00e9ponse cognitive :<\/strong> un score d&rsquo;\u00e9laboration cognitive est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9tabli en soustrayant le total des pens\u00e9es d\u00e9favorables du total des pens\u00e9es favorables, ou en divisant le nombre de pens\u00e9es favorables par le total cumul\u00e9 des pens\u00e9es polaris\u00e9es. Cet indice constitue la variable m\u00e9diatrice centrale introduite dans les mod\u00e8les de r\u00e9gression structurelle pour pr\u00e9dire l&rsquo;attitude post-exposition.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces protocoles d\u00e9claratifs sont aujourd&rsquo;hui compl\u00e9t\u00e9s par des m\u00e9thodologies physiologiques et neuroscientifiques avanc\u00e9es, telles que l&rsquo;analyse des micro-expressions faciales par \u00e9lectromyographie faciale (EMG) \u2013 permettant de d\u00e9tecter des contractions musculaires imperceptibles du muscle zygomatique (favorable) ou du muscle corrugateur du sourcil (d\u00e9favorable) \u2013 ainsi que l&rsquo;enregistrement des potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs (comme l&rsquo;onde P300 ou N400) par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie lors de la confrontation \u00e0 des assertions contest\u00e9es.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La puissance explicative de la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives lui conf\u00e8re un spectre d&rsquo;applications professionnelles et soci\u00e9tales extr\u00eamement vaste, englobant aussi bien la communication politique que l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique et le management des organisations.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la communication politique et de la conduite des d\u00e9bats \u00e9lectoraux, les strat\u00e8ges utilisent les principes de la th\u00e9orie pour concevoir des arguments qui pr\u00e9viennent la contre-argumentation adverse. Les techniques d&rsquo;inoculation psychologique (fond\u00e9es par William J. McGuire) reposent int\u00e9gralement sur cette m\u00e9canique : en exposant pr\u00e9ventivement l&rsquo;\u00e9lectorat \u00e0 des doses minimes d&rsquo;arguments contradictoires accompagn\u00e9es de leurs r\u00e9futations directes, on stimule la production anticip\u00e9e de r\u00e9ponses cognitives d\u00e9fensives, immunisant ainsi les citoyens contre la propagande concurrente.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique et de la psychologie clinique, l&rsquo;analyse des r\u00e9ponses cognitives s&rsquo;av\u00e8re centrale pour surmonter l&rsquo;ambivalence des patients atteints de maladies chroniques ou d&rsquo;addictions. Au sein des entretiens motivationnels con\u00e7us par Miller et Rollnick, le th\u00e9rapeute s&rsquo;abstient d&rsquo;inculquer des arguments prescriptifs verticaux, car ceux-ci g\u00e9n\u00e8rent presque in\u00e9vitablement des contre-arguments d\u00e9fensifs chez le patient. Il privil\u00e9gie une strat\u00e9gie de questionnement socratique incitant le patient \u00e0 formuler lui-m\u00eame, sous forme d&rsquo;auto-discours \u00e0 voix haute, les arguments l\u00e9gitimant son changement de comportement.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;univers du marketing, de la publicit\u00e9 et de la n\u00e9gociation commerciale, la th\u00e9orie a mis en lumi\u00e8re les dangers des messages hyperboliques. Lorsqu&rsquo;un message publicitaire avance des pr\u00e9tentions excessives, il active imm\u00e9diatement la m\u00e9fiance du consommateur, d\u00e9clenchant une prolif\u00e9ration de d\u00e9rogations de source (<em>\u00ab Ils cherchent uniquement \u00e0 manipuler l&rsquo;acheteur \u00bb<\/em>). Les publicitaires avertis optent donc souvent pour des argumentaires bilat\u00e9raux (qui reconnaissent modestement une petite imperfection du produit pour mieux valoriser ses qualit\u00e9s majeures), ce qui a pour effet de d\u00e9sarmer la contre-argumentation spontan\u00e9e de l&rsquo;audience.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Depuis son \u00e9nonciation par Anthony Greenwald en 1968, la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives a fait l&rsquo;objet de centaines d&rsquo;investigations exp\u00e9rimentales ayant valid\u00e9 sa robustesse statistique et affin\u00e9 ses param\u00e8tres de pr\u00e9diction.<\/p>\n<p>Une exp\u00e9rience pionni\u00e8re men\u00e9e par Petty, Wells et Brock en 1976 a brillamment d\u00e9montr\u00e9 le r\u00f4le causal des r\u00e9ponses cognitives en introduisant une variable de distraction au moment de l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;un message. Les chercheurs ont expos\u00e9 des \u00e9tudiants \u00e0 un discours pr\u00f4nant une augmentation impopulaire des droits de scolarit\u00e9, tout en soumettant certains groupes \u00e0 une t\u00e2che visuelle secondaire distrayante. Les r\u00e9sultats ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne fascinant :<\/p>\n<ul>\n<li>Lorsque les arguments du message \u00e9taient faibles et fallacieux, la distraction emp\u00eachait les auditeurs de formuler leurs contre-arguments habituels, ce qui augmentait paradoxalement la persuasion par rapport au groupe sans distraction.<\/li>\n<li>\u00c0 l&rsquo;inverse, lorsque les arguments \u00e9taient exceptionnellement solides et logiques, la distraction entravait la g\u00e9n\u00e9ration de pens\u00e9es favorables spontan\u00e9es, r\u00e9duisant drastiquement l&rsquo;effet persuasif global.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces observations ont apport\u00e9 la preuve formelle que ce n&rsquo;est pas le message brut qui d\u00e9termine l&rsquo;attitude finale, mais bien la capacit\u00e9 du sujet \u00e0 d\u00e9ployer son travail cognitif interne d&rsquo;approbation ou de r\u00e9futation.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Des synth\u00e8ses m\u00e9ta-analytiques d&rsquo;envergure, notamment celles publi\u00e9es par Alice Eagly et Shelly Chaiken au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, ont confirm\u00e9 que les corr\u00e9lations entre les indices de r\u00e9ponses cognitives et le changement d&rsquo;attitude oscillent r\u00e9guli\u00e8rement entre r = 0,50 et r = 0,70, alors que les corr\u00e9lations entre le rappel mn\u00e9sique brut du message et le changement d&rsquo;attitude plafonnent souvent en de\u00e7\u00e0 de r = 0,20. Ces donn\u00e9es ont d\u00e9finitivement scell\u00e9 le primat du mod\u00e8le cognitif actif sur les mod\u00e8les purement r\u00e9tentionnels<\/span>.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9e et enrichie par la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_interculturelle\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">psychologie interculturelle<\/a>, mettant en relief l&rsquo;impact d\u00e9cisif des normes socioculturelles sur les modes de traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales (caract\u00e9ris\u00e9es par un soi ind\u00e9pendant, notamment en Am\u00e9rique du Nord et en Europe occidentale), la confrontation dialectique, l&rsquo;esprit critique individuel et la recherche de coh\u00e9rence personnelle interne sont fortement valoris\u00e9s. Dans ces contextes, les r\u00e9cepteurs g\u00e9n\u00e8rent spontan\u00e9ment un volume substantiel de contre-arguments rationnels et de validations autonomes fond\u00e9s sur le prisme de leur libert\u00e9 d&rsquo;action individuelle et de leurs droits fondamentaux.<\/p>\n<p>En revanche, au sein des cultures collectivistes et interd\u00e9pendantes (notamment en Asie de l&rsquo;Est et dans certaines soci\u00e9t\u00e9s africaines et latino-am\u00e9ricaines), la nature et la cible des r\u00e9ponses cognitives ob\u00e9issent \u00e0 d&rsquo;autres imp\u00e9ratifs psychosociaux. Comme l&rsquo;ont illustr\u00e9 les travaux de Hazel Markus et Shinobu Kitayama, le soi est profond\u00e9ment interconnect\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9. Par cons\u00e9quent, face \u00e0 une communication persuasive :<\/p>\n<ul>\n<li>Les r\u00e9ponses cognitives portent moins fr\u00e9quemment sur la contestation logique pointilleuse de l&rsquo;argument que sur l&rsquo;harmonie sociale, l&rsquo;impact relationnel de l&rsquo;action pr\u00e9conis\u00e9e et la conformit\u00e9 aux devoirs collectifs.<\/li>\n<li>La contestation ouverte et la formulation de contre-arguments acerbes peuvent \u00eatre v\u00e9cues comme une perturbation inacceptable du lien social, incitant le sujet \u00e0 canaliser ses pens\u00e9es int\u00e9rieures vers des consid\u00e9rations contextuelles ou des consensus implicites.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les professionnels de la communication transculturelle doivent donc adapter la formulation des messages pour harmoniser les propositions avec les repr\u00e9sentations identitaires des publics cibles, \u00e9vitant ainsi de susciter des r\u00e9ponses cognitives conflictuelles involontaires.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son succ\u00e8s th\u00e9orique ind\u00e9niable, l&rsquo;approche des r\u00e9ponses cognitives a suscit\u00e9 plusieurs critiques m\u00e9thodologiques et conceptuelles substantielles au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>La critique la plus tenace concerne la validit\u00e9 \u00e9cologique de la technique du listage des pens\u00e9es. Plusieurs auteurs ont fait valoir que contraindre des individus \u00e0 formaliser par \u00e9crit leurs pens\u00e9es apr\u00e8s coup favorise un processus de rationalisation a posteriori plut\u00f4t qu&rsquo;un reflet fid\u00e8le de l&rsquo;\u00e9tat mental instantan\u00e9 \u00e9prouv\u00e9 pendant le discours. Le sujet d&rsquo;exp\u00e9rience, conscient de la consigne, peut se sentir oblig\u00e9 d&rsquo;inventer des arguments logiques qu&rsquo;il n&rsquo;avait nullement formul\u00e9s spontan\u00e9ment lors de l&rsquo;\u00e9coute du message, biaisant ainsi la mesure exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>Une seconde limite majeure concerne le postulat d&rsquo;un \u00eatre humain hautement rationnel et analytique. Des chercheurs affili\u00e9s aux th\u00e9ories de la cognition chaude (<em>hot cognition<\/em>) et de l&rsquo;inconscient adaptatif ont soulign\u00e9 que la vaste majorit\u00e9 de nos jugements quotidiens s&rsquo;effectuent sans aucune d\u00e9lib\u00e9ration verbale ni g\u00e9n\u00e9ration explicite de r\u00e9ponses cognitives formalis\u00e9es. Les affects implicites, les r\u00e9actions \u00e9motionnelles brutes, le mim\u00e9tisme postural ou les r\u00e9actions somatiques visc\u00e9rales peuvent d\u00e9terminer le changement d&rsquo;attitude de mani\u00e8re quasi instantan\u00e9e, rel\u00e9guant la r\u00e9ponse cognitive verbale au rang de simple justification secondaire superficielle.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant au statut de causalit\u00e9 absolue attribu\u00e9 aux r\u00e9ponses cognitives : les pens\u00e9es cod\u00e9es constituent-elles la cause v\u00e9ritable du changement attitude, ou ne sont-elles qu&rsquo;un sympt\u00f4me parall\u00e8le accompagnant un basculement affectif plus primitif ? La combinaison actuelle des mod\u00e8les cognitifs avec l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle s&rsquo;efforce de r\u00e9soudre ce n\u0153ud \u00e9pist\u00e9mologique en examinant la chronom\u00e9trie milliseconde par milliseconde des r\u00e9seaux neuronaux impliqu\u00e9s.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives avec une rigueur absolue, il convient de la situer par rapport \u00e0 plusieurs concepts connexes voisins au sein de la litt\u00e9rature psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Mod\u00e8le de vraisemblance d&rsquo;\u00e9laboration (ELM) :<\/strong> cadre th\u00e9orique int\u00e9grateur plus large con\u00e7u par Petty et Cacioppo. La th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives ne s&rsquo;y oppose pas ; elle constitue le m\u00e9canisme op\u00e9rationnel exclusif de la \u00ab voie centrale \u00bb de l&rsquo;ELM, tandis que la \u00ab voie p\u00e9riph\u00e9rique \u00bb mobilise des heuristiques sans traitement approfondi des arguments.<\/li>\n<li><strong>Mod\u00e8le heuristique-syst\u00e9matique (HSM) :<\/strong> th\u00e9oris\u00e9 par Alice Eagly et Shelly Chaiken, ce mod\u00e8le distingue le traitement syst\u00e9matique (\u00e9quivalent \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de r\u00e9ponses cognitives rigoureuses) du traitement heuristique (raccourcis d\u00e9cisionnels activ\u00e9s par des r\u00e8gles simples comme <em>\u00ab l&rsquo;expert a toujours raison \u00bb<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Dissonance cognitive :<\/strong> th\u00e9orie de Festinger d\u00e9crivant l&rsquo;inconfort psychologique ressenti face \u00e0 des cognitions incompatibles. Si la dissonance fournit la motivation \u00e9nerg\u00e9tique incitant \u00e0 l&rsquo;action ou au rejet, les r\u00e9ponses cognitives constituent les outils discursifs concrets mobilis\u00e9s par l&rsquo;esprit pour r\u00e9duire cette tension.<\/li>\n<li><strong>Auto-persuasion (<em>Self-Persuasion<\/em>) :<\/strong> concept g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9signant le ph\u00e9nom\u00e8ne par lequel un individu modifie ses propres attitudes sous l&rsquo;effet de sa propre activit\u00e9 intellectuelle. La th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives d\u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment le moteur interne et le mode de fonctionnement de cette auto-persuasion.<\/li>\n<li><strong>Contre-argumentation :<\/strong> sous-composante sp\u00e9cifique de la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives d\u00e9signant exclusivement les pens\u00e9es d\u00e9favorables ou contradictoires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es face \u00e0 un message, \u00e0 l&rsquo;exclusion des pens\u00e9es favorables ou neutres.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives offre une grille d&rsquo;analyse incontournable pour d\u00e9crypter les myst\u00e8res de la persuasion et de l&rsquo;influence psychosociale. Ses enseignements cardinaux s&rsquo;articulent autour des \u00e9l\u00e9ments suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le primat de l&rsquo;activit\u00e9 du r\u00e9cepteur :<\/strong> l&rsquo;efficacit\u00e9 persuasive d&rsquo;une communication ne se mesure pas \u00e0 la qualit\u00e9 intrins\u00e8que des arguments \u00e9mis ni \u00e0 leur m\u00e9morisation passive, mais \u00e0 la tonalit\u00e9 des r\u00e9flexions spontan\u00e9es qu&rsquo;ils provoquent dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;auditeur.<\/li>\n<li><strong>Le m\u00e9canisme de m\u00e9diation cognitive :<\/strong> le changement ou le maintien de l&rsquo;attitude d\u00e9pend de la valence nette (solde positif ou n\u00e9gatif) des pens\u00e9es autog\u00e9n\u00e9r\u00e9es au cours du traitement de l&rsquo;information.<\/li>\n<li><strong>La dualit\u00e9 d&rsquo;impact des arguments :<\/strong> des arguments mal formul\u00e9s, per\u00e7us comme autoritaires ou d\u00e9cal\u00e9s par rapport aux repr\u00e9sentations de la cible, stimulent une contre-argumentation vigoureuse aboutissant \u00e0 un rejet accru du message (effet boomerang).<\/li>\n<li><strong>La centralit\u00e9 du mod\u00e8le dans la cognition sociale :<\/strong> la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives a servi de tremplin aux plus grands mod\u00e8les contemporains de la persuasion, au premier rang desquels figure le mod\u00e8le de vraisemblance d&rsquo;\u00e9laboration (ELM).<\/li>\n<li><strong>Des implications concr\u00e8tes transversales :<\/strong> de la sant\u00e9 publique au marketing en passant par la psychoth\u00e9rapie et la n\u00e9gociation, convaincre exige d&rsquo;abord et avant tout de cr\u00e9er les conditions contextuelles et discursives qui permettront \u00e0 l&rsquo;autre de s&rsquo;auto-persuader.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bri\u00f1ol, P., &amp; Petty, R. E. (2009). Persuasion: Insights from the self-validation hypothesis. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 41, 69-118. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(09)00402-4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(09)00402-4<\/a><\/li>\n<li>Brock, T. C. (1967). Communication disruption and its means of counterargument inhibition. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 6(3), 344\u2013350. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0024726\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0024726<\/a><\/li>\n<li>Cacioppo, J. T., Harkins, S. G., &amp; Petty, R. E. (1981). The nature of attitudes and cognitive responses and their relationships to behavior. In R. E. Petty, T. M. Ostrom, &amp; T. C. Brock (Eds.), <em>Cognitive responses in persuasion<\/em> (pp. 31\u201354). Lawrence Erlbaum Associates.<\/li>\n<li>Eagly, A. H., &amp; Chaiken, S. (1993). <em>The psychology of attitudes<\/em>. Harcourt Brace Jovanovich College Publishers.<\/li>\n<li>Greenwald, A. G. (1968). Cognitive learning, cognitive response to persuasion, and attitude change. In A. G. Greenwald, T. C. Brock, &amp; T. M. Ostrom (Eds.), <em>Psychological foundations of attitudes<\/em> (pp. 147\u2013170). Academic Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/B978-1-4832-3071-9.50012-X\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/B978-1-4832-3071-9.50012-X<\/a><\/li>\n<li>Petty, R. E., &amp; Cacioppo, J. T. (1986). The elaboration likelihood model of persuasion. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 19, 123\u2013205. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60214-2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60214-2<\/a><\/li>\n<li>Petty, R. E., Wells, G. L., &amp; Brock, T. C. (1976). Distraction can enhance or reduce yielding to rhetoric: Thought disruption versus effort justification. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 34(5), 874\u2013884. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.34.5.874\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.34.5.874<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la th\u00e9orie des r\u00e9ponses cognitives en psychologie sociale : comment nos pens\u00e9es autog\u00e9n\u00e9r\u00e9es mod\u00e8lent la persuasion, nos attitudes et nos comportements.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[12455,647,154],"tags":[2827,5308,17169,1922,220,9300],"class_list":["post-23851","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-communication-et-persuasion","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-sociale","tag-attitude","tag-changement-dattitude","tag-modele-elm","tag-persuasion","tag-psychologie-sociale","tag-reponse-cognitive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23851","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23851\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23851"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}