{"id":23784,"date":"2026-10-31T20:00:05","date_gmt":"2026-10-31T20:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=modification-cognitive-du-comportement"},"modified":"2026-10-31T20:00:05","modified_gmt":"2026-10-31T20:00:05","slug":"modification-cognitive-du-comportement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=modification-cognitive-du-comportement","title":{"rendered":"Modification cognitive du comportement : Penser pour agir"},"content":{"rendered":"<p>Au confluent des sciences de l\u2019apprentissage et du cognitivisme clinique, la modification cognitive du comportement repr\u00e9sente une avanc\u00e9e d\u00e9cisive dans l\u2019explication de l\u2019autor\u00e9gulation humaine. Cette approche th\u00e9rapeutique et psycho\u00e9ducative postule que nos dialogues int\u00e9rieurs modulent directement nos affects et nos actions manifestes. En int\u00e9grant la m\u00e9diation verbale au c\u0153ur du changement comportemental, elle offre des outils pragmatiques pour transformer les pens\u00e9es dysfonctionnelles en leviers d\u2019adaptation durables.<\/p>\n<h2>Modification cognitive du comportement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La modification cognitive du comportement d\u00e9signe une approche th\u00e9rapeutique et psycho\u00e9ducative qui cherche \u00e0 modifier les comportements manifestes et inadapt\u00e9s en ciblant et en restructurant syst\u00e9matiquement les processus cognitifs sous-jacents, en particulier le dialogue int\u00e9rieur et les auto-instructions. Fond\u00e9e sur la pr\u00e9misse que les cognitions jouent un r\u00f4le de m\u00e9diation causal dans la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle et comportementale \u00e0 l\u2019environnement, cette d\u00e9marche outille l\u2019individu afin qu\u2019il devienne son propre agent de changement.<\/p>\n<p>D\u00e9velopp\u00e9e initialement par Donald Meichenbaum dans les ann\u00e9es 1970, cette approche postule que ce que les individus se disent \u00e0 eux-m\u00eames avant, pendant et apr\u00e8s une situation probl\u00e9matique d\u00e9termine largement leur niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, leur sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle et la r\u00e9ussite de leurs strat\u00e9gies de r\u00e9solution de probl\u00e8mes. Contrairement aux formes strictement m\u00e9canistes du b\u00e9haviorisme radical, la modification cognitive du comportement accorde un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;autor\u00e9gulation verbale, guidant le sujet vers une prise de conscience m\u00e9tacognitive de ses pens\u00e9es automatiques afin de substituer des consignes constructives aux discours d\u00e9faitistes.<\/p>\n<p>Dans le paysage des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapies_cognitivo-comportementales\">th\u00e9rapies cognitivo-comportementales<\/a>, la modification cognitive du comportement constitue une passerelle fondamentale unissant le conditionnement op\u00e9rant aux th\u00e9rapies s\u00e9mantiques de Beck et d&rsquo;Ellis. Elle ne se borne pas \u00e0 \u00e9liminer un sympt\u00f4me par contingence de renforcement externe, mais installe des r\u00e9pertoires de comp\u00e9tences cognitives adaptatives permettant la g\u00e9n\u00e9ralisation et le maintien \u00e0 long terme des progr\u00e8s th\u00e9rapeutiques et scolaires.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L\u2019expression d\u00e9coule directement de la locution anglophone <em>cognitive behavior modification<\/em> (abr\u00e9g\u00e9e en CBM), forg\u00e9e par le psychologue Donald Meichenbaum \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et formalis\u00e9e dans son ouvrage s\u00e9minal de 1977. Chaque terme composant cette d\u00e9signation poss\u00e8de un ancrage linguistique et conceptuel pr\u00e9cis au sein des sciences humaines.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab cognitif \u00bb d\u00e9rive du latin <em>cognitio<\/em> (\u00ab action d&rsquo;apprendre, connaissance, examen judiciaire \u00bb), issu du verbe <em>cognoscere<\/em> (\u00ab conna\u00eetre, apprendre, \u00e9tudier \u00bb), unissant le pr\u00e9fixe <em>co-<\/em> (renfor\u00e7ant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;ensemble ou d&rsquo;ach\u00e8vement) \u00e0 <em>gnoscere<\/em> (\u00ab savoir \u00bb). Dans le lexique psychologique contemporain, il renvoie \u00e0 l&rsquo;ensemble des op\u00e9rations mentales de traitement de l&rsquo;information : perception, m\u00e9moire, raisonnement, imagerie mentale et discours int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab comportement \u00bb proc\u00e8de de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>comporter<\/em> (lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au latin <em>comportare<\/em>, \u00ab transporter ensemble \u00bb, ayant \u00e9volu\u00e9 tardivement en latin m\u00e9di\u00e9val vers \u00ab se conduire d&rsquo;une certaine fa\u00e7on \u00bb). En psychologie, il d\u00e9signe la r\u00e9ponse observable ou mesurable d&rsquo;un organisme confront\u00e9 \u00e0 un ensemble de stimuli environnementaux ou internes. Enfin, le substantif \u00ab modification \u00bb s&rsquo;enracine dans le latin <em>modificatio<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>modus<\/em> (\u00ab mesure, mani\u00e8re, limite \u00bb) et de <em>facere<\/em> (\u00ab faire \u00bb), \u00e9voquant une alt\u00e9ration r\u00e9gl\u00e9e, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et proportionn\u00e9e. La conjonction de ces termes souligne explicitement la volont\u00e9 d\u2019alt\u00e9rer le comportement externe en modulant la mesure et la teneur des repr\u00e9sentations internes.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : \/m\u0254.di.fi.ka.sj\u0254\u0303 k\u0254\u0261.ni.tiv dy k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303\/. En fran\u00e7ais qu\u00e9b\u00e9cois ou dans certains cercles universitaires francophones, on rencontre \u00e9galement les variantes \u00ab modification cognitivo-comportementale \u00bb (\/m\u0254.di.fi.ka.sj\u0254\u0303 k\u0254\u0261.ni.to k\u0254\u0303.p\u0254\u0281.t\u0259.m\u0251\u0303.tal\/) ou \u00ab modification du comportement cognitif \u00bb, bien que la formulation \u00ab modification cognitive du comportement \u00bb demeure la plus rigoureusement fid\u00e8le au texte original de Meichenbaum.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier (\u00ab une modification cognitive du comportement \u00bb). Le substantif t\u00eate (\u00ab modification \u00bb) est qualifi\u00e9 par l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab cognitive \u00bb et compl\u00e9t\u00e9 par le groupe pr\u00e9positionnel d\u00e9terminatif \u00ab du comportement \u00bb. Le terme s&#8217;emploie principalement de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique et ne s&rsquo;utilise que tr\u00e8s rarement au pluriel (\u00ab des modifications cognitives du comportement \u00bb d\u00e9signant alors des protocoles ou des interventions sp\u00e9cifiques plut\u00f4t que le paradigme th\u00e9orique en lui-m\u00eame).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La modification cognitive du comportement s&rsquo;articule autour du postulat selon lequel les \u00eatres humains ne sont pas de simples r\u00e9cepteurs passifs de contingences environnementales, mais des agents actifs qui construisent des repr\u00e9sentations s\u00e9mantiques de leur r\u00e9alit\u00e9. Le comportement n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;une liaison directe stimulus-r\u00e9ponse (S-R), mais r\u00e9sulte d&rsquo;une boucle m\u00e9diatis\u00e9e par l&rsquo;organisme (S-O-R), au sein de laquelle les verbalisations internes jouent le r\u00f4le de signaux directeurs. D\u00e8s lors qu&rsquo;un individu est confront\u00e9 \u00e0 une situation stressante ou \u00e0 une t\u00e2che complexe, il engage spontan\u00e9ment un soliloque int\u00e9rieur. Lorsque ce soliloque est satur\u00e9 d&rsquo;injonctions catastrophistes, d&rsquo;autocritiques virulentes ou de doutes quant \u00e0 sa propre comp\u00e9tence, l&rsquo;organisme r\u00e9agit par une d\u00e9r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et des conduites d&rsquo;\u00e9vitement ou d&rsquo;inhibition.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur du paradigme r\u00e9side dans l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 l&rsquo;autor\u00e9gulation par l&rsquo;entremise du discours int\u00e9rieur (<em>self-talk<\/em>). Meichenbaum a mis en lumi\u00e8re le fait que le changement comportemental durable suit un processus triphasique s\u00e9quentiel. Dans un premier temps, l&rsquo;individu doit d\u00e9velopper une auto-observation rigoureuse de ses propres sch\u00e9mas de pens\u00e9e et de ses postures corporelles. Il s&rsquo;agit d&rsquo;identifier les moments pr\u00e9cis o\u00f9 s&rsquo;enclenchent les auto-affirmations n\u00e9gatives et d&rsquo;en mesurer l&rsquo;impact d\u00e9sorganisateur sur le comportement.<\/p>\n<p>Dans un deuxi\u00e8me temps, le patient ou l&rsquo;apprenant apprend \u00e0 \u00e9mettre des pens\u00e9es et des comportements incompatibles avec le sch\u00e9ma dysfonctionnel. Par exemple, au lieu de formuler des jugements globaux d&rsquo;incomp\u00e9tence (\u00ab Je vais \u00e9chouer, c&rsquo;est impossible \u00bb), le sujet s&rsquo;exerce \u00e0 d\u00e9composer le probl\u00e8me et \u00e0 s&rsquo;adresser des consignes op\u00e9rationnelles d&rsquo;orientation (\u00ab Respire calmement, d\u00e9finis d&rsquo;abord la premi\u00e8re \u00e9tape \u00bb). Ce dialogue alternatif modifie la valence de l&rsquo;\u00e9tat interne et restaure les capacit\u00e9s ex\u00e9cutives du sujet.<\/p>\n<p>Dans un troisi\u00e8me temps, le th\u00e9rapeute s&rsquo;assure de la consolidation de ce nouveau r\u00e9pertoire verbal et comportemental dans le milieu naturel du sujet. La modification cognitive du comportement ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une autosuggestion positive superficielle : elle associe syst\u00e9matiquement la verbalisation r\u00e9flexive \u00e0 des exercices de mise en situation concr\u00e8te, de mod\u00e9lisation comportementale et de renforcement graduel. Elle transforme le patient en un chercheur actif de son propre fonctionnement psychologique, capable d&rsquo;analyser ses boucles de r\u00e9troaction et d&rsquo;ajuster ses strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L\u2019av\u00e8nement de la modification cognitive du comportement s&rsquo;inscrit au sein de ce que les historiens de la psychologie qualifient de r\u00e9volution cognitive des ann\u00e9es 1960 et 1970. Jusqu&rsquo;alors, la psychologie clinique appliqu\u00e9e \u00e9tait largement domin\u00e9e par deux courants antith\u00e9tiques : la psychanalyse et la th\u00e9rapie comportementale classique d&rsquo;ob\u00e9dience op\u00e9rante ou r\u00e9pondante, incarn\u00e9e par B.F. Skinner, John B. Watson et Joseph Wolpe. Bien que la modification comportementale classique ait d\u00e9montr\u00e9 une r\u00e9elle efficacit\u00e9 pour traiter des phobies sp\u00e9cifiques ou corriger des comportements au sein d&rsquo;institutions ferm\u00e9es, elle butait sur le probl\u00e8me r\u00e9current de la rechute et sur l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;expliquer pourquoi des patients pr\u00e9sentaient des r\u00e9actions totalement divergentes face \u00e0 des contingences objectives identiques.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que Donald Meichenbaum, alors chercheur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Waterloo au Canada, mena des exp\u00e9riences pionni\u00e8res aupr\u00e8s d&rsquo;enfants hospitalis\u00e9s pour des troubles du comportement et d&rsquo;enfants cat\u00e9goris\u00e9s comme impulsifs ou hyperactifs. Constatant que les punitions ou les r\u00e9compenses ext\u00e9rieures ne suffisaient pas \u00e0 installer un contr\u00f4le ex\u00e9cutif p\u00e9renne, Meichenbaum s&rsquo;inspira des travaux du psychologue sovi\u00e9tique <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lev_Vygotski\">Lev Vygotski<\/a> et de son collaborateur Alexandre Louria sur le d\u00e9veloppement du langage chez l&rsquo;enfant. Vygotski avait d\u00e9montr\u00e9 que le langage remplit initialement une fonction de communication sociale avant d&rsquo;\u00eatre int\u00e9rioris\u00e9 sous forme de langage \u00e9gocentrique, puis de pens\u00e9e verbale pure servant \u00e0 guider l&rsquo;action volontaire.<\/p>\n<p>Meichenbaum fit l&rsquo;hypoth\u00e8se clinique que les enfants impulsifs ne souffraient pas n\u00e9cessairement d&rsquo;un d\u00e9ficit intellectuel, mais d&rsquo;un dysfonctionnement dans la trajectoire d&rsquo;int\u00e9riorisation de ce guidage verbal : ils omettaient de se parler \u00e0 eux-m\u00eames avant d&rsquo;agir. En 1971, Meichenbaum et Goodman publi\u00e8rent une \u00e9tude devenue classique d\u00e9montrant qu&rsquo;un protocole d&rsquo;entra\u00eenement aux auto-instructions (<em>Self-Instructional Training<\/em>) permettait \u00e0 ces enfants d&rsquo;accro\u00eetre substantiellement leur inhibition motrice et leurs scores aux tests d&rsquo;attention.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es qui suivirent, Meichenbaum \u00e9largit son mod\u00e8le \u00e0 la prise en charge de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de la col\u00e8re et des traumatismes chez l&rsquo;adulte, aboutissant en 1977 \u00e0 la publication de son ouvrage magistral <em>Cognitive-Behavior Modification: An Integrative Approach<\/em>. Simultan\u00e9ment, Albert Ellis d\u00e9veloppait sa th\u00e9rapie rationnelle-\u00e9motive et Aaron T. Beck structurait la th\u00e9rapie cognitive de la d\u00e9pression. Toutefois, la modification cognitive du comportement se distingua par son ancrage m\u00e9thodologique profond\u00e9ment issu du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/B%C3%A9haviorisme\">b\u00e9haviorisme<\/a> appliqu\u00e9, conservant les techniques d&rsquo;analyse fonctionnelle, de jeu de r\u00f4le et d&rsquo;\u00e9valuation empirique continue propres aux comportementalistes, tout en y int\u00e9grant la cognition comme variable m\u00e9diatrice de premier ordre.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La modification cognitive du comportement repose sur une synth\u00e8se th\u00e9orique int\u00e9grant trois courants majeurs de la psychologie contemporaine : les th\u00e9ories socio-cognitives de l&rsquo;apprentissage, les mod\u00e8les de traitement de l&rsquo;information et la th\u00e9orie vygotskienne de la m\u00e9diation s\u00e9miotique.<\/p>\n<p>Sur le plan d\u00e9veloppemental et psycholinguistique, la th\u00e9orie s&rsquo;appuie directement sur la loi de double formation des fonctions psychologiques sup\u00e9rieures formul\u00e9e par Lev Vygotski. Selon cette perspective, toute fonction cognitive appara\u00eet deux fois dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;individu : d&rsquo;abord au niveau interpsychologique (entre les personnes, par le dialogue avec un adulte guidant), puis au niveau intrapsychologique (au sein de l&rsquo;enfant lui-m\u00eame, par le langage int\u00e9rieur). Alexandre Louria a document\u00e9 empiriquement la fa\u00e7on dont l&rsquo;injonction verbale externe de l&rsquo;adulte prend progressivement le pas sur l&rsquo;attraction r\u00e9flexe des stimuli environnementaux. La modification cognitive du comportement transpose ce processus naturel au cadre de la psychoth\u00e9rapie : le th\u00e9rapeute mod\u00e9lise \u00e0 haute voix les op\u00e9rations de pens\u00e9e, que le patient s&rsquo;approprie progressivement jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles deviennent un discours int\u00e9rieur automatis\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;apprentissage social, la d\u00e9marche est tributaire de la th\u00e9orie sociocognitive d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Albert_Bandura\">Albert Bandura<\/a>, particuli\u00e8rement en ce qui concerne l&rsquo;apprentissage vicariant (ou modelage) et le sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle (<em>self-efficacy<\/em>). Meichenbaum soutient que l&rsquo;exposition \u00e0 un mod\u00e8le id\u00e9al ou sans faille s&rsquo;av\u00e8re souvent d\u00e9courageante pour un patient en difficult\u00e9. Il pr\u00e9conise l&rsquo;utilisation de \u00ab mod\u00e8les d&rsquo;adaptation \u00bb (<em>coping models<\/em>), qui montrent explicitement leurs doutes et leurs h\u00e9sitations initiales, mais d\u00e9montrent la fa\u00e7on de surmonter ces \u00e9cueils au moyen d&rsquo;instructions verbales correctrices. Cette exp\u00e9rience v\u00e9cue renforce la croyance de l&rsquo;individu en ses propres capacit\u00e9s \u00e0 r\u00e9guler son comportement.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le int\u00e8gre le paradigme cybern\u00e9tique du traitement de l&rsquo;information et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9tacognition\">m\u00e9tacognition<\/a>. L&rsquo;individu est con\u00e7u comme un syst\u00e8me autor\u00e9gul\u00e9 fonctionnant par boucles de r\u00e9troaction (semblables au mod\u00e8le TOTE : Test-Operate-Test-Exit de Miller, Galanter et Pribram). Les cognitions interviennent comme des op\u00e9rations de contr\u00f4le strat\u00e9gique : elles permettent de d\u00e9finir le probl\u00e8me, de g\u00e9n\u00e9rer des alternatives d&rsquo;action, d&rsquo;anticiper les cons\u00e9quences et d&rsquo;\u00e9valuer la congruence entre le but fix\u00e9 et la performance obtenue.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre clinique et p\u00e9dagogique de la modification cognitive du comportement repose sur un ensemble de composantes proc\u00e9durales interconnect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;entra\u00eenement aux auto-instructions (EAI) :<\/strong> Proc\u00e9dure embl\u00e9matique structur\u00e9e en cinq \u00e9tapes progressives visant le transfert du contr\u00f4le de l&rsquo;action depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur vers le discours interne int\u00e9rioris\u00e9 du patient.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 l&rsquo;inoculation du stress (EIS \/ SIT) :<\/strong> Macro-intervention en trois phases (conceptualisation, acquisition et consolidation des comp\u00e9tences, mise en application sur le terrain) destin\u00e9e \u00e0 pr\u00e9munir l&rsquo;individu contre l&rsquo;impact d\u00e9sorganisateur des agents stressants futurs.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9solution cognitive de probl\u00e8mes :<\/strong> M\u00e9thodologie s\u00e9quentielle apprenant au sujet \u00e0 freiner ses impulsions imm\u00e9diates pour formuler le probl\u00e8me, envisager des solutions divergentes, peser le rapport co\u00fbts-b\u00e9n\u00e9fices de chaque option et r\u00e9ajuster son plan d&rsquo;action en cas d&rsquo;insucc\u00e8s.<\/li>\n<li><strong>La mod\u00e9lisation par imitation de comp\u00e9tences d&rsquo;adaptation :<\/strong> Technique o\u00f9 le clinicien ou un pair verbalise \u00e0 haute voix ses h\u00e9sitations, ses erreurs et les auto-affirmations correctrices qu&rsquo;il d\u00e9ploie pour r\u00e9soudre une difficult\u00e9 sous les yeux du patient.<\/li>\n<li><strong>La restructuration s\u00e9mantique du dialogue int\u00e9rieur :<\/strong> Rep\u00e9rage syst\u00e9matique des phrases int\u00e9rieures autodestructrices ou rigides et substitution de formules souples, centr\u00e9es sur l&rsquo;action plut\u00f4t que sur la validation de la valeur personnelle.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;auto-renforcement contingent :<\/strong> Apprentissage par le sujet de l&rsquo;attribution interne de ses r\u00e9ussites, concr\u00e9tis\u00e9e par des auto-f\u00e9licitations verbales explicites visant \u00e0 consolider son sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la m\u00e9canique de l&rsquo;entra\u00eenement aux auto-instructions, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve de huit ans, Julien, pr\u00e9sentant une impulsivit\u00e9 majeure lors des exercices de g\u00e9om\u00e9trie : d\u00e8s la consigne \u00e9nonc\u00e9e, il trace des lignes d\u00e9sordonn\u00e9es sans utiliser sa r\u00e8gle, \u00e9choue et s&#8217;emporte en affirmant qu&rsquo;il est \u00ab nul \u00bb. Le protocole de modification cognitive du comportement se d\u00e9roule comme suit :<\/p>\n<p>Dans un premier temps (mod\u00e9lisation cognitive), l&rsquo;\u00e9ducateur r\u00e9alise lui-m\u00eame l&rsquo;exercice devant Julien en verbalisant toutes ses \u00e9tapes mentales : \u00ab Voyons ce qu&rsquo;on me demande : je dois relier le point A au point B. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il me faut ? Une r\u00e8gle bien droite et un crayon taill\u00e9. Je pose ma r\u00e8gle, doucement, sans trembler. Si elle bouge, ce n&rsquo;est pas grave, je la remets en place. Voil\u00e0, c&rsquo;est trac\u00e9 nettement, j&rsquo;ai bien travaill\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Dans les \u00e9tapes suivantes, Julien ex\u00e9cute la t\u00e2che sous la dict\u00e9e explicite de l&rsquo;intervenant (guidage externe ouvert), puis en pronon\u00e7ant lui-m\u00eame ces consignes \u00e0 haute voix (auto-guidage ouvert), puis en chuchotant les ordres (auto-guidage estomp\u00e9), pour aboutir \u00e0 un guidage purement silencieux (auto-instruction implicite). Julien a int\u00e9rioris\u00e9 un algorithme verbal de temporisation et de planification qui s&rsquo;interpose entre l&rsquo;impulsion motrice brute et l&rsquo;action finale.<\/p>\n<p>Dans le domaine adulte, consid\u00e9rons le protocole d&rsquo;inoculation du stress appliqu\u00e9 \u00e0 Claire, une cadre sup\u00e9rieure souffrant de crises de panique lors de r\u00e9unions strat\u00e9giques. Lors de la phase de conceptualisation, Claire comprend que son activation physiologique (tachycardie, transpiration) est imm\u00e9diatement interpr\u00e9t\u00e9e par un discours int\u00e9rieur de catastrophe : \u00ab Je vais perdre le fil, tout le monde va voir que je panique, ma r\u00e9putation est ruin\u00e9e \u00bb. Durant la phase d&rsquo;acquisition, elle \u00e9labore un r\u00e9pertoire personnalis\u00e9 d&rsquo;auto-instructions pour chaque moment critique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement :<\/p>\n<p>Avant la r\u00e9union (pr\u00e9paration) : \u00ab Tu ma\u00eetrises ton sujet, pr\u00e9pare tes notes, respire profond\u00e9ment. \u00bb<br \/>Au moment de prendre la parole (confrontation) : \u00ab Va doucement, regarde une personne \u00e0 la fois, le stress est juste une mont\u00e9e d&rsquo;\u00e9nergie que tu peux canaliser. \u00bb<br \/>En cas de mont\u00e9e d&rsquo;angoisse aigu\u00eb (gestion des sentiments de d\u00e9passement) : \u00ab Ne lutte pas contre la tension, elle va redescendre d&rsquo;elle-m\u00eame, prends une inspiration lente, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une sensation temporaire. \u00bb<br \/>Apr\u00e8s l&rsquo;intervention (auto-renforcement) : \u00ab Tu as men\u00e9 la r\u00e9union \u00e0 terme malgr\u00e9 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est une nette progression par rapport au mois dernier. Bravo. \u00bb<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9valuation au sein de la modification cognitive du comportement ob\u00e9it aux exigences de la psychologie scientifique : les variables cibl\u00e9es doivent \u00eatre op\u00e9rationnalis\u00e9es, quantifi\u00e9es et suivies de mani\u00e8re longitudinale.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse fonctionnelle constitue la premi\u00e8re \u00e9tape diagnostique. Le clinicien emploie des grilles comportementales inspir\u00e9es du mod\u00e8le SORKC (Stimulus, Organisme, R\u00e9ponse, Contingence, Cons\u00e9quence) ou de la grille d&rsquo;\u00e9valuation comportementale et cognitive de Kanfer et Saslow. Ces outils permettent d&rsquo;identifier les d\u00e9clencheurs situationnels pr\u00e9cis, le contenu qualitatif exact du dialogue int\u00e9rieur concomitant et les cons\u00e9quences imm\u00e9diates maintenant le trouble comportemental.<\/p>\n<p>Pour \u00e9valuer le dialogue int\u00e9rieur lui-m\u00eame, la recherche et la clinique utilisent des m\u00e9thodes directes et indirectes. Les m\u00e9thodes directes comprennent l&rsquo;enregistrement en temps r\u00e9el par la technique de \u00ab pens\u00e9e \u00e0 haute voix \u00bb (<em>think-aloud technique<\/em>) ou la m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9chantillonnage des pens\u00e9es (<em>thought-sampling method<\/em>), o\u00f9 le patient note imm\u00e9diatement ce qu&rsquo;il se disait sur un journal de bord ou une application mobile lors du retentissement d&rsquo;un signal al\u00e9atoire. Les m\u00e9thodes indirectes reposent sur des questionnaires standardis\u00e9s valid\u00e9s psychom\u00e9triquement, tels que l&rsquo;\u00c9chelle des auto-instructions de Meichenbaum, le Questionnaire des pens\u00e9es automatiques (ATQ de Hollon et Kendall) ou l&rsquo;Inventaire du discours int\u00e9rieur li\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che.<\/p>\n<p>La mesure du comportement manifeste recourt \u00e0 l&rsquo;observation directe standardis\u00e9e (comptage de la fr\u00e9quence des comportements d&rsquo;\u00e9vitement, temps de latence avant la prise de d\u00e9cision motrice, dur\u00e9e du maintien de l&rsquo;attention sur t\u00e2che) et \u00e0 des mesures physiologiques de r\u00e9activit\u00e9 au stress (variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque, conductance cutan\u00e9e) permettant de valider objectivement l&rsquo;efficacit\u00e9 des strat\u00e9gies d&rsquo;inoculation.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La modification cognitive du comportement s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e bien au-del\u00e0 de son champ initial d&rsquo;application p\u00e9diatrique pour devenir une approche polyvalente mobilis\u00e9e dans de multiples contextes professionnels :<\/p>\n<p>En psychopathologie clinique, les protocoles d&rsquo;inoculation du stress (SIT) constituent des interventions de r\u00e9f\u00e9rence recommand\u00e9es pour la pr\u00e9vention et le traitement de l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique (ESPT), notamment chez les v\u00e9t\u00e9rans de guerre, les victimes d&rsquo;agressions et les personnels de secours. La m\u00e9thode s&rsquo;est \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e tr\u00e8s efficace dans le traitement des troubles anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, des phobies sociales et de la gestion de la douleur chronique, o\u00f9 la restructuration des auto-d\u00e9clarations modifie l&rsquo;interpr\u00e9tation de la nociception et r\u00e9duit l&rsquo;impuissance acquise.<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9ducatif et scolaire, la modification cognitive du comportement repr\u00e9sente le socle des interventions d&rsquo;aide aux enfants pr\u00e9sentant un trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH), des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de la lecture ou des troubles du spectre de l&rsquo;autisme sans d\u00e9ficit intellectuel. L&rsquo;enseignement de routines m\u00e9tacognitives et d&rsquo;auto-instructions permet \u00e0 ces \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9guler leur agitation motrice et d&rsquo;am\u00e9liorer leur autonomie face aux consignes scolaires.<\/p>\n<p>En psychologie du sport et de la performance, les athl\u00e8tes de haut niveau s&rsquo;entra\u00eenent de fa\u00e7on syst\u00e9matique \u00e0 l&rsquo;usage d&rsquo;un discours int\u00e9rieur dirig\u00e9 pour optimiser leur concentration sous pression, neutraliser les pens\u00e9es parasites avant une comp\u00e9tition d\u00e9cisive et soutenir leur motivation lors des phases d&rsquo;\u00e9puisement physique ou de r\u00e9\u00e9ducation cons\u00e9cutive \u00e0 une blessure.<\/p>\n<p>Dans le milieu organisationnel et professionnel, ces protocoles sont employ\u00e9s pour former les n\u00e9gociateurs, les cadres dirigeants et les professions \u00e0 haut niveau de stress (pilotes de ligne, chirurgiens, policiers) \u00e0 garder leur sang-froid et \u00e0 pr\u00e9server leurs capacit\u00e9s d&rsquo;analyse critique au c\u0153ur des situations d&rsquo;urgence.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, la modification cognitive du comportement fait l&rsquo;objet d&rsquo;un examen scientifique rigoureux. Les m\u00e9ta-analyses publi\u00e9es au fil des d\u00e9cennies ont syst\u00e9matiquement appuy\u00e9 son efficacit\u00e9 clinique et p\u00e9dagogique, tout en clarifiant ses m\u00e9canismes d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes initiales de Meichenbaum et Goodman (1971), puis de Camp et ses collaborateurs (1977) avec le programme \u00ab Think Aloud \u00bb, ont d\u00e9montr\u00e9 des tailles d&rsquo;effet substantielles sur la r\u00e9duction des erreurs impulsives au test des figures appareill\u00e9es de Kagan (MFFT). Les enfants entra\u00een\u00e9s aux auto-instructions pr\u00e9sentaient non seulement un ralentissement b\u00e9n\u00e9fique de leur temps de r\u00e9ponse, mais surtout un saut qualitatif dans la pr\u00e9cision de leurs r\u00e9solutions conceptuelles.<\/p>\n<p>Concernant l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 l&rsquo;inoculation du stress, une m\u00e9ta-analyse majeure men\u00e9e par Saunders, Driskell, Johnston et Salas (1996) portant sur 37 \u00e9tudes ind\u00e9pendantes a conclu que le protocole SIT est hautement efficace pour r\u00e9duire l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance et accro\u00eetre la r\u00e9ussite des t\u00e2ches sous stress aigu, confirmant que les b\u00e9n\u00e9fices sont maximaux lorsque l&rsquo;entra\u00eenement combine une formation th\u00e9orique \u00e0 des exercices pratiques d&rsquo;exposition gradu\u00e9e.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les recherches issues des neurosciences cognitives ont apport\u00e9 un \u00e9clairage biologique fascinant sur ces m\u00e9canismes. Des \u00e9tudes en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;utilisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de strat\u00e9gies de r\u00e9gulation par auto-instruction active le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et ventrolat\u00e9ral. Cette activation engendre une inhibition descendante (<em>top-down regulation<\/em>) sur l&rsquo;amygdale et les structures limbiques sous-corticales responsables de l&rsquo;alarme \u00e9motionnelle, validant sur le plan neuroanatomique l&rsquo;hypoth\u00e8se de Meichenbaum quant au r\u00f4le mod\u00e9rateur du langage sur la r\u00e9activit\u00e9 affective primaire.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles<\/h3>\n<p>L\u2019application de la modification cognitive du comportement ne saurait s&rsquo;abstraire des variables socioculturelles propres aux populations concern\u00e9es. Initialement formul\u00e9e au sein de cultures occidentales hautement individualistes et ax\u00e9es sur l&rsquo;agentivit\u00e9 personnelle, l&rsquo;approche accorde une valeur primordiale \u00e0 l&rsquo;autonomie, au contr\u00f4le de soi et \u00e0 l&rsquo;affirmation individuelle.<\/p>\n<p>Toutefois, dans les soci\u00e9t\u00e9s collectivistes ou au sein de certaines communaut\u00e9s traditionnelles, le mod\u00e8le d&rsquo;un dialogue int\u00e9rieur affirm\u00e9 et autonome peut entrer en friction avec des normes valorisant l&rsquo;harmonie communautaire, l&rsquo;acceptation fataliste des \u00e9preuves ou la d\u00e9f\u00e9rence absolue envers l&rsquo;autorit\u00e9 familiale ou religieuse. Dans ces contextes, un discours int\u00e9rieur ax\u00e9 uniquement sur \u00ab mes besoins \u00bb ou \u00ab mon contr\u00f4le de la situation \u00bb peut \u00eatre per\u00e7u comme narcissique ou d\u00e9stabilisant pour le tissu relationnel. Les cliniciens doivent imp\u00e9rativement adapter les auto-instructions pour qu&rsquo;elles r\u00e9sonnent avec les valeurs du patient, en int\u00e9grant par exemple des dimensions de solidarit\u00e9, de pers\u00e9v\u00e9rance morale ou de spiritualit\u00e9 adaptative.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le statut accord\u00e9 au langage verbal varie selon les cultures. Si les approches occidentales privil\u00e9gient l&rsquo;expression verbale explicite pour r\u00e9soudre les dilemmes affectifs, d&rsquo;autres traditions valorisent le silence, la m\u00e9ditation contemplative ou des m\u00e9diations somatiques non verbales. L&rsquo;adaptation transculturelle de la modification cognitive du comportement exige donc d&rsquo;\u00e9valuer la fa\u00e7on dont le patient con\u00e7oit son propre dialogue int\u00e9rieur et d&rsquo;ajuster le niveau d&rsquo;explicitation verbale pour \u00e9viter une posture th\u00e9rapeutique per\u00e7ue comme intrusive ou dogmatique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa robustesse th\u00e9orique et son succ\u00e8s pratique, la modification cognitive du comportement a suscit\u00e9 plusieurs critiques et d\u00e9bats conceptuels au fil de son histoire :<\/p>\n<p>La critique comportementaliste radicale : D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1970, des behavioristes stricts ont soutenu que le dialogue int\u00e9rieur n&rsquo;est pas une cause d\u00e9terminante du comportement, mais simplement un autre comportement verbal collat\u00e9ral (un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne produit par les m\u00eames contingences de renforcement externes). Selon cette ligne de pens\u00e9e, modifier les pens\u00e9es sans restructurer les contingences r\u00e9elles de l&rsquo;environnement n&rsquo;offre aucune garantie de p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p>La question du co\u00fbt cognitif chez les populations vuln\u00e9rables : L&rsquo;entra\u00eenement aux auto-instructions exige une charge mentale et des fonctions ex\u00e9cutives op\u00e9rationnelles. Chez des enfants pr\u00e9sentant une d\u00e9ficience intellectuelle s\u00e9v\u00e8re, un \u00e9tat maniaque ou une d\u00e9mence d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, la capacit\u00e9 de maintenir une consigne de pens\u00e9e verbale en m\u00e9moire de travail est trop compromise pour que la m\u00e9diation op\u00e8re efficacement. Dans ces situations, les m\u00e9thodes b\u00e9havioristes directes (renforcement mat\u00e9riel, guidage physique) demeurent incontournables.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat avec la \u00ab troisi\u00e8me vague \u00bb des TCC : L&rsquo;essor des th\u00e9rapies d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT) et de la pleine conscience a mis en question la volont\u00e9 syst\u00e9matique de modifier ou de contr\u00f4ler le contenu des pens\u00e9es. Les tenants de l&rsquo;approche contextuelle soutiennent qu&rsquo;ordonner \u00e0 un patient de remplacer une pens\u00e9e anxiog\u00e8ne par une instruction rassurante peut parfois renforcer une lutte \u00e9puisante contre ses propres \u00e9tats internes (l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel). Ils pr\u00e9conisent plut\u00f4t la d\u00e9fusion cognitive et l&rsquo;observation sans jugement de la pens\u00e9e, sugg\u00e9rant que changer la relation \u00e0 la pens\u00e9e est souvent plus lib\u00e9rateur que de s&rsquo;\u00e9puiser \u00e0 r\u00e9\u00e9crire le sc\u00e9nario du discours int\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender avec exactitude la sp\u00e9cificit\u00e9 de la modification cognitive du comportement, il convient de la situer par rapport aux concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Th\u00e9rapie cognitive classique (Aaron Beck) :<\/strong> Si les deux approches partagent le constat de la m\u00e9diation cognitive, la th\u00e9rapie de Beck cible principalement les sch\u00e9mas profonds inconscients et les distorsions cognitives (catastrophisme, pens\u00e9e dichotomique), tandis que la modification de Meichenbaum est plus comportementale, directive et focalis\u00e9e sur le guidage de l&rsquo;action pas \u00e0 pas par le dialogue int\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapie rationnelle-\u00e9motive comportementale (Albert Ellis) :<\/strong> L&rsquo;approche d&rsquo;Ellis repose sur la dispute philosophique et s\u00e9mantique directe des croyances irrationnelles (exigences absolues, dramatisations), l\u00e0 o\u00f9 la modification cognitive du comportement privil\u00e9gie l&rsquo;apprentissage p\u00e9dagogique de r\u00e9pertoires d&rsquo;action et la mod\u00e9lisation comportementale progressive.<\/li>\n<li><strong>Modification du comportement traditionnelle :<\/strong> Le mod\u00e8le b\u00e9havioriste op\u00e9rant modifie la conduite exclusivement par manipulation des ant\u00e9c\u00e9dents environnementaux et des cons\u00e9quences (renforcements\/punitions) en ignorant la bo\u00eete noire mentale, tandis que la modification cognitive du comportement place les \u00e9v\u00e9nements internes au centre de l&rsquo;\u00e9quation fonctionnelle.<\/li>\n<li><strong>Entra\u00eenement aux comp\u00e9tences sociales (SST) :<\/strong> Le d\u00e9veloppement des habilet\u00e9s sociales constitue un sous-ensemble comportemental fr\u00e9quemment utilis\u00e9 conjointement avec la modification cognitive du comportement, mais cette derni\u00e8re y ajoute l&rsquo;ingr\u00e9dient d\u00e9terminant de l&rsquo;autor\u00e9gulation verbale avant l&rsquo;interaction sociale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La modification cognitive du comportement repr\u00e9sente un tournant int\u00e9gratif d\u00e9cisif de la psychologie contemporaine, reposant sur des fondements th\u00e9oriques inalt\u00e9rables :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle unit la rigueur m\u00e9thodologique du b\u00e9haviorisme exp\u00e9rimental \u00e0 la reconnaissance de la puissance m\u00e9diatrice des processus cognitifs humains.<\/li>\n<li>Elle postule que nos comportements manifestes et nos \u00e9motions sont directement influenc\u00e9s par la teneur et la structure de notre discours int\u00e9rieur.<\/li>\n<li>L&rsquo;entra\u00eenement aux auto-instructions permet de transposer l&rsquo;autorit\u00e9 de guidage de l&rsquo;adulte vers le langage int\u00e9rieur de l&rsquo;enfant ou du patient, favorisant une autonomie ex\u00e9cutive durable.<\/li>\n<li>L&rsquo;inoculation du stress pr\u00e9pare m\u00e9thodiquement l&rsquo;individu \u00e0 affronter l&rsquo;adversit\u00e9 future par la conceptualisation du stress, l&rsquo;apprentissage d&rsquo;auto-d\u00e9clarations constructives et la confrontation gradu\u00e9e in vivo.<\/li>\n<li>L&rsquo;efficacit\u00e9 de cette m\u00e9thode est \u00e9tay\u00e9e par un corpus imposant d&rsquo;\u00e9tudes empiriques et par les neurosciences cognitives, confirmant le pouvoir du langage verbal sur la r\u00e9gulation de l&rsquo;alarme \u00e9motionnelle sous-corticale.<\/li>\n<li>Elle constitue un outil transversal mobilis\u00e9 avec succ\u00e8s dans la sant\u00e9 mentale, l&rsquo;\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e, le sport de comp\u00e9tition et les organisations professionnelles \u00e0 haut risque.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bandura, A. (1977). <em>Social Learning Theory<\/em>. Prentice-Hall.<\/li>\n<li>Beck, A. T. (1979). <em>Cognitive Therapy of Depression<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>Camp, B. W., Blom, G. E., Hebert, F., &amp; van Doorninck, W. J. (1977). \u00ab Think aloud \u00bb: A program for developing self-control in young aggressive boys. <em>Journal of Abnormal Child Psychology<\/em>, 5(2), 157\u2013169.<\/li>\n<li>Ellis, A. (1962). <em>Reason and Emotion in Psychotherapy<\/em>. Lyle Stuart.<\/li>\n<li>Meichenbaum, D. (1977). <em>Cognitive-Behavior Modification: An Integrative Approach<\/em>. Plenum Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4684-2847-6\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-1-4684-2847-6<\/a><\/li>\n<li>Meichenbaum, D., &amp; Goodman, J. (1971). Training impulsive children to talk to themselves: A means of developing self-control. <em>Journal of Abnormal Psychology<\/em>, 77(2), 115\u2013126. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0030773\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0030773<\/a><\/li>\n<li>Saunders, T., Driskell, J. E., Johnston, J. H., &amp; Salas, E. (1996). The effect of stress inoculation training on anxiety and performance. <em>Journal of Occupational Health Psychology<\/em>, 1(2), 170\u2013186. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/1076-8998.1.2.170\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/1076-8998.1.2.170<\/a><\/li>\n<li>Vygotski, L. S. (1934\/1997). <em>Pens\u00e9e et langage<\/em> (F. S\u00e8ve, trad.). La Dispute.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La modification cognitive du comportement est une approche int\u00e9grative qui utilise le discours int\u00e9rieur et l&rsquo;autor\u00e9gulation pour transformer les pens\u00e9es et actions inadapt\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[647,1399,5815],"tags":[40326,976,40327,12121,36517,12120,289],"class_list":["post-23784","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-cognitive","category-psychotherapie","category-therapies-cognitivo-comportementales","tag-auto-instructions","tag-autoregulation","tag-discours-interieur","tag-donald-meichenbaum","tag-gestion-du-comportement","tag-inoculation-du-stress","tag-tcc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23784\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}