{"id":23768,"date":"2026-10-31T19:24:11","date_gmt":"2026-10-31T19:24:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cogentin-benztropine-usages-effets-extrapyramidaux"},"modified":"2026-10-31T19:24:11","modified_gmt":"2026-10-31T19:24:11","slug":"cogentin-benztropine-usages-effets-extrapyramidaux","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cogentin-benztropine-usages-effets-extrapyramidaux","title":{"rendered":"Cogentin : Ma\u00eetriser les effets extrapyramidaux"},"content":{"rendered":"<p>Le Cogentin, d\u00e9signation commerciale du m\u00e9sylate de benztropine, repr\u00e9sente un pilier historique et th\u00e9rapeutique incontournable de la neuropsychopharmacologie contemporaine. Con\u00e7u initialement pour pallier les perturbations motrices iatrog\u00e8nes issues de l&rsquo;introduction des neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, ce compos\u00e9 anticholinergique central a profond\u00e9ment transform\u00e9 la prise en charge clinique des d\u00e9sordres du mouvement d&rsquo;origine m\u00e9dicamenteuse. Une compr\u00e9hension rigoureuse de ses propri\u00e9t\u00e9s pharmacodynamiques, de ses indications d&rsquo;urgence et de ses limites cognitives demeure indispensable pour tout clinicien \u0153uvrant dans le champ de la sant\u00e9 mentale et des neurosciences appliqu\u00e9es.<\/p>\n<h2>Cogentin (Benztropine)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>Cogentin<\/strong> est une formulation pharmaceutique dont le principe actif est le <strong>m\u00e9sylate de benztropine<\/strong>, un agent pharmacologique de synth\u00e8se combinant des propri\u00e9t\u00e9s structurelles d\u00e9riv\u00e9es de la tropine et du diph\u00e9nylm\u00e9thane. Il agit principalement comme un antagoniste comp\u00e9titif central des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, tout en exer\u00e7ant une action inhibitrice secondaire sur le recaptage de la dopamine. Sur le plan nosologique, il est classifi\u00e9 parmi les antiparkinsoniens anticholinergiques \u00e0 vis\u00e9e correctrice.<\/p>\n<p>En pratique clinique, le Cogentin est pr\u00e9f\u00e9rentiellement mobilis\u00e9 pour le traitement et la prophylaxie des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_extrapyramidal\">syndromes extrapyramidaux<\/a> (SEP) induits par les m\u00e9dicaments antagonistes des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, notamment les antipsychotiques classiques ou atypiques, ainsi que les anti\u00e9m\u00e9tiques centraux. Il est \u00e9galement indiqu\u00e9 comme traitement d&rsquo;appoint dans la maladie de Parkinson idiopathique, bien que cet usage ait r\u00e9gress\u00e9 au profit des dopath\u00e9rapies modernes.<\/p>\n<p>Son m\u00e9canisme fondamental repose sur la restauration de la balance hom\u00e9ostasique entre la transmission dopaminergique et la transmission cholinergique au sein des ganglions de la base, particuli\u00e8rement dans le striatum, att\u00e9nuant ainsi la rigidit\u00e9 musculaire, le tremblement de repos et les spasmes musculaires involontaires aigus.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable commercial <em>Cogentin<\/em> a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 au milieu du XXe si\u00e8cle par les laboratoires Merck &amp; Co., probablement par condensation morphologique inspir\u00e9e du terme anglais <em>congener<\/em> (cong\u00e9n\u00e8re chimique ou substance apparent\u00e9e) et du radical <em>tropine<\/em>, rappelant son ascendance mol\u00e9culaire atropinique. Le pr\u00e9fixe \u00e9voque \u00e9galement la dimension cognitive ou r\u00e9gulatrice de la commande motrice centrale.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9rique, le terme <strong>benztropine<\/strong> (ou <em>benzatropine<\/em> selon la D\u00e9nomination Commune Internationale, DCI) r\u00e9sulte d&rsquo;une fusion n\u00e9ologique explicite : le pr\u00e9fixe <em>benz-<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence au groupement benzhydryle (diph\u00e9nylm\u00e9thyle) constitutif de son architecture chimique, tandis que la racine <em>-tropine<\/em> renvoie au noyau tropanique, d\u00e9riv\u00e9 azot\u00e9 bicyclique caract\u00e9ristique des alcalo\u00efdes de la famille des Solanac\u00e9es tels que l&rsquo;atropine ou la scopolamine. Le sel d&rsquo;addition, le <em>m\u00e9sylate<\/em>, provient de l&rsquo;acide m\u00e9thanesulfonique (CH3SO3H), utilis\u00e9 pour stabiliser et solubiliser la mol\u00e9cule pour une biodisponibilit\u00e9 optimale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la francophonie m\u00e9dicale, la prononciation standardis\u00e9e s&rsquo;\u00e9tablit selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la transcription \/k\u0254.\u0292\u0251\u0303.t\u025b\u0303\/ pour l&rsquo;appellation commerciale fran\u00e7aise, ou \/ko\u028a\u02c8d\u0292\u025bn.t\u026an\/ lors de l&rsquo;\u00e9vocation de la litt\u00e9rature anglo-saxonne. La d\u00e9signation g\u00e9n\u00e9rique se transcrit \/b\u025b\u0303z.t\u0281\u0254.pin\/ pour \u00ab benztropine \u00bb et \/m\u025b.zi.lat d\u0259 b\u025b\u0303z.t\u0281\u0254.pin\/ pour sa forme saline compl\u00e8te.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, <em>Cogentin<\/em> s&#8217;emploie comme un nom propre masculin invariable (\u00ab le Cogentin administr\u00e9 par voie intramusculaire \u00bb). Le g\u00e9n\u00e9rique <em>benztropine<\/em> est un substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab la benztropine est prescrite \u00bb). Dans le lexique professionnel, on retrouve fr\u00e9quemment l&rsquo;adjectivisation d\u00e9riv\u00e9e \u00ab benztropinique \u00bb pour qualifier une impr\u00e9gnation m\u00e9dicamenteuse ou un protocole th\u00e9rapeutique sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;amplitude d&rsquo;action du Cogentin, il convient d&rsquo;analyser la neurochimie des voies motrices sous-corticales. Le contr\u00f4le harmonieux du tonus musculaire et de l&rsquo;initiation motrice d\u00e9pend d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique complexe et mutuellement antagoniste entre deux grands syst\u00e8mes de neurotransmission : le syst\u00e8me dopaminergique nigrostri\u00e9 (qui exerce un contr\u00f4le globalement inhibiteur sur la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine) et le syst\u00e8me cholinergique striatal intrins\u00e8que (compos\u00e9 d&rsquo;interneurones g\u00e9ants \u00e0 ac\u00e9tylcholine, qui stimulent l&rsquo;activit\u00e9 motrice involontaire).<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un individu re\u00e7oit un traitement antipsychotique, en particulier un neuroleptique de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (tel que l&rsquo;halop\u00e9ridol ou la chlorpromazine) ou un agent de seconde g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 fort potentiel de liaison D2 (comme la risp\u00e9ridone \u00e0 posologie \u00e9lev\u00e9e), un blocage substantiel des r\u00e9cepteurs dopaminergiques striataux se produit. Selon les mod\u00e8les neurobiologiques pr\u00e9valents, d\u00e8s lors que l&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs D2 d\u00e9passe le seuil critique de 78 \u00e0 80 %, le frein inhibiteur dopaminergique physiologique est brutalement rompu. Cette d\u00e9sinhibition entra\u00eene une hyperactivit\u00e9 cholinergique relative ou absolue dans le striatum, caract\u00e9ris\u00e9e par une lib\u00e9ration massive d&rsquo;ac\u00e9tylcholine sur les r\u00e9cepteurs muscariniques postsynaptiques.<\/p>\n<p>Cette hypercholinergie striatale sous-tend directement l&rsquo;\u00e9mergence des manifestations motrices extrapyramidales : la rigidit\u00e9 plastique (\u00ab roue dent\u00e9e \u00bb), le tremblement de posture et de repos, la bradykin\u00e9sie et les crises de dystonie aigu\u00eb. Le Cogentin intervient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce carrefour en tant qu&rsquo;inhibiteur comp\u00e9titif. En saturant les r\u00e9cepteurs muscariniques (notamment les sous-types M1, M2 et M4 abondamment distribu\u00e9s dans le n\u00e9ostriatum), il neutralise l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;activit\u00e9 ac\u00e9tylcholinomim\u00e9tique et r\u00e9tablit de fa\u00e7on artificielle l&rsquo;hom\u00e9ostasie striatale rompue par l&rsquo;antagonisme dopaminergique.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, l&rsquo;action du Cogentin ne se cantonne pas au n\u00e9ostriatum. Sa lipophilie remarquable lui conf\u00e8re une diffusion ubiquitaire dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;enc\u00e9phale ainsi que dans les tissus p\u00e9riph\u00e9riques d\u00e9pendants du syst\u00e8me nerveux parasympathique. Cette absence de s\u00e9lectivit\u00e9 striato-sp\u00e9cifique absolue explique pourquoi le Cogentin g\u00e9n\u00e8re, de concert avec son b\u00e9n\u00e9fice moteur, une cascade d&rsquo;effets secondaires muscariniques p\u00e9riph\u00e9riques (s\u00e9cheresse buccale, mydriase, constipation, tachycardie) et centraux (troubles mn\u00e9siques, confusion mentale, att\u00e9nuation des capacit\u00e9s d&rsquo;attention), qui d\u00e9limitent strictement sa fen\u00eatre th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la benztropine s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la r\u00e9volution psychopharmacologique des ann\u00e9es 1950. Synth\u00e9tis\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 au sein des d\u00e9partements de recherche de Merck Sharp &amp; Dohme, la mol\u00e9cule a \u00e9t\u00e9 officiellement approuv\u00e9e par la <a href=\"https:\/\/www.fda.gov\/\">Food and Drug Administration<\/a> (FDA) am\u00e9ricaine en 1954, \u00e0 une \u00e9poque charni\u00e8re o\u00f9 la psychiatrie d&rsquo;asile amor\u00e7ait une m\u00e9tamorphose radicale.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte concomitante de la chlorpromazine par Jean Delay et Pierre Deniker en France en 1952 avait inaugur\u00e9 l&rsquo;\u00e8re des neuroleptiques. Si ces mol\u00e9cules permettaient enfin de juguler les d\u00e9lires et les hallucinations de la schizophr\u00e9nie, leur d\u00e9ploiement massif s&rsquo;est imm\u00e9diatement heurt\u00e9 \u00e0 un obstacle majeur : l&rsquo;apparition spectaculaire d&rsquo;effets ind\u00e9sirables neurologiques pseudo-parkinsoniens et de crises dystoniques effroyables pour les patients. Les psychiatres et neurologues ont alors compris que la tol\u00e9rance et la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;antipsychoth\u00e9rapie d\u00e9pendaient imp\u00e9rativement d&rsquo;un traitement correcteur.<\/p>\n<p>Le Cogentin s&rsquo;est rapidement impos\u00e9 comme l&rsquo;agent de r\u00e9f\u00e9rence en Am\u00e9rique du Nord pour contrer ces effets iatrog\u00e8nes, tandis que l&rsquo;Europe recourait parall\u00e8lement au trihexyph\u00e9nidyle (Artane). Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;usage du Cogentin \u00e9tait quasi syst\u00e9matique : la quasi-totalit\u00e9 des patients hospitalis\u00e9s sous neuroleptiques recevait pr\u00e9ventivement ou curativement une dose quotidienne de benztropine. Cette pratique de co-prescription automatique a cependant commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre remise en question dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, avec la documentation croissante des risques cognitifs \u00e0 long terme et l&rsquo;identification de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dyskin%C3%A9sie_tardive\">dyskin\u00e9sie tardive<\/a>, une complication motrice redoutable que les anticholinergiques ne pr\u00e9viennent pas et peuvent m\u00eame aggraver.<\/p>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement des antipsychotiques de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (dits \u00ab atypiques \u00bb) \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, caract\u00e9ris\u00e9s par une dissociation rapide des r\u00e9cepteurs D2 et une composante antagoniste 5-HT2A protectrice contre les SEP, a progressivement r\u00e9duit le recours syst\u00e9matique au Cogentin au long cours. Toutefois, il demeure aujourd&rsquo;hui un agent d&rsquo;urgence fondamental et irrempla\u00e7able dans les services d&rsquo;accueil psychiatrique et de m\u00e9decine d&rsquo;urgence.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et pharmacologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan structurel, le m\u00e9sylate de benztropine (formule brute C21H25NO \u00b7 CH4O3S) est une mol\u00e9cule hybride combinant le squelette de l&rsquo;atropine et celui de la diph\u00e9nhydramine (un antihistaminique H1 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration). Cette dualit\u00e9 conf\u00e8re au compos\u00e9 une pharmacologie multi-cible singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Son m\u00e9canisme d&rsquo;action pr\u00e9dominant r\u00e9side dans son affinit\u00e9 nanomolaire pour les r\u00e9cepteurs cholinergiques muscariniques centraux et p\u00e9riph\u00e9riques (sous-types M1 \u00e0 M5), o\u00f9 il agit comme un antagoniste comp\u00e9titif classique. En bloquant la liaison de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine sur les r\u00e9cepteurs M1 situ\u00e9s sur les \u00e9pines dendritiques des neurones \u00e9pineux moyens (MSN) du striatum, le Cogentin r\u00e9duit les courants post-synaptiques excitateurs et normalise les patrons de d\u00e9charge motrice perturb\u00e9s par le blocage D2.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la benztropine pr\u00e9sente une propri\u00e9t\u00e9 pharmacologique additionnelle souvent n\u00e9glig\u00e9e : une capacit\u00e9 d&rsquo;inhibition mod\u00e9r\u00e9e mais significative du transporteur de la dopamine (DAT). En limitant la recapture de la dopamine r\u00e9siduelle au sein de la fente synaptique nigrostri\u00e9e, elle tend \u00e0 prolonger et \u00e0 amplifier le signal dopaminergique endog\u00e8ne disponible, potentialisant ainsi son action pro-motrice. Elle poss\u00e8de \u00e9galement une faible activit\u00e9 antihistaminique p\u00e9riph\u00e9rique et centrale issue de son analogie structurelle avec la diph\u00e9nhydramine.<\/p>\n<p>Sur le plan pharmacocin\u00e9tique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Absorption :<\/strong> Excellente r\u00e9sorption par voie orale, bien que ralentie par son propre effet anticholinergique sur la motilit\u00e9 gastrique. L&rsquo;effet clinique d\u00e9bute dans les 60 minutes apr\u00e8s ingestion orale. Par voie intramusculaire (IM) ou intraveineuse (IV), l&rsquo;action th\u00e9rapeutique commence en quelques minutes (environ 5 \u00e0 15 minutes).<\/li>\n<li><strong>Distribution :<\/strong> Forte fixation aux prot\u00e9ines plasmatiques (environ 95 %) et volume de distribution \u00e9tendu t\u00e9moignant d&rsquo;un passage ais\u00e9 de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique en raison de sa liposolubilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9tabolisme :<\/strong> H\u00e9patique \u00e9tendu, impliquant les enzymes du cytochrome P450, par le biais de r\u00e9actions de N-oxydation, de N-d\u00e9m\u00e9thylation et de glucuronoconjugaison.<\/li>\n<li><strong>\u00c9limination :<\/strong> Demi-vie plasmatique prolong\u00e9e, estim\u00e9e entre 12 et 24 heures (pouvant s&rsquo;\u00e9tendre jusqu&rsquo;\u00e0 36 heures chez certains patients ou en cas de traitement chronique), autorisant une prise quotidienne unique ou fractionn\u00e9e en deux prises. L&rsquo;excr\u00e9tion s&rsquo;effectue principalement par voie r\u00e9nale sous forme de m\u00e9tabolites et de compos\u00e9 inchang\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, formes et posologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation rationnelle du Cogentin requiert une ma\u00eetrise rigoureuse de ses formes gal\u00e9niques, de sa posologie et des protocoles d&rsquo;ajustement th\u00e9rapeutique en psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale et de liaison :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Formes orales (comprim\u00e9s s\u00e9cables) :<\/strong> D\u00e9clin\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement sous des dosages de 0,5 mg, 1 mg et 2 mg de m\u00e9sylate de benztropine. Ces pr\u00e9sentations permettent une titration fine et un sevrage progressif sans effet de rebond cholinergique brutal.<\/li>\n<li><strong>Forme injectable (ampoules pour injection) :<\/strong> Solution dos\u00e9e \u00e0 1 mg\/mL (ampoules de 2 mL, soit 2 mg au total), administrable par voie intramusculaire profonde ou intraveineuse lente. C&rsquo;est la forme d&rsquo;urgence absolue pour le traitement des urgences neurologiques dystoniques.<\/li>\n<li><strong>Posologie dans les dystonies aigu\u00ebs induites :<\/strong> L&rsquo;administration d&rsquo;urgence requiert typiquement 1 \u00e0 2 mg en IM ou IV directe lente. Si le spasme ne r\u00e9gresse pas dans les 15 \u00e0 30 minutes, une seconde injection de 1 \u00e0 2 mg peut \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e (sans d\u00e9passer la dose de charge s\u00e9curitaire). Un relais oral de 1 \u00e0 2 mg deux fois par jour est ensuite maintenu pendant 24 \u00e0 48 heures pour pr\u00e9venir les r\u00e9cidives.<\/li>\n<li><strong>Posologie dans le parkinsonisme m\u00e9dicamenteux :<\/strong> La posologie initiale recommand\u00e9e est de 0,5 mg \u00e0 1 mg par jour, administr\u00e9e de pr\u00e9f\u00e9rence au coucher afin de minimiser l&rsquo;impact de la s\u00e9dation diurne. La dose peut \u00eatre progressivement incr\u00e9ment\u00e9e par paliers de 0,5 mg tous les quelques jours jusqu&rsquo;\u00e0 obtention de l&rsquo;effet clinique recherch\u00e9, sans d\u00e9passer la posologie maximale usuelle de 4 \u00e0 6 mg par jour.<\/li>\n<li><strong>Dur\u00e9e de prescription :<\/strong> Il est fortement d\u00e9conseill\u00e9 de prescrire le Cogentin de mani\u00e8re ind\u00e9finie. Les recommandations psychiatriques pr\u00e9conisent une r\u00e9\u00e9valuation syst\u00e9matique apr\u00e8s 4 \u00e0 12 semaines d&rsquo;antipsychoth\u00e9rapie stable, suivie d&rsquo;une tentative de sevrage d\u00e9gressif \u00e9tal\u00e9 sur plusieurs semaines pour v\u00e9rifier si la tol\u00e9rance au neuroleptique s&rsquo;est \u00e9tablie.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas cliniques illustratifs<\/h3>\n<p>Les vignettes cliniques suivantes illustrent la diversit\u00e9 des situations de prescription et les d\u00e9fis diagnostiques inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;usage de la benztropine :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Crise oculogyre aigu\u00eb aux urgences psychiatriques.<\/strong><br \/>\nUn homme de 22 ans, hospitalis\u00e9 depuis 36 heures pour un premier \u00e9pisode psychotique d&rsquo;allure schizophr\u00e9niforme, a re\u00e7u une titration rapide d&rsquo;halop\u00e9ridol (5 mg deux fois par jour). Au matin du deuxi\u00e8me jour, il pr\u00e9sente un torticolis spasmodique violent, une hyperextension douloureuse du tronc et une fixation forc\u00e9e du regard vers le haut (crise oculogyre), accompagn\u00e9e d&rsquo;une angoisse panique intense. L&rsquo;interne de garde suspecte imm\u00e9diatement une dystonie aigu\u00eb neuroleptique et administre 2 mg de m\u00e9sylate de benztropine par voie intraveineuse lente. En moins de 8 minutes, la d\u00e9contraction musculaire s&rsquo;op\u00e8re de mani\u00e8re spectaculaire, le regard redevient mobile et la douleur cesse. Un relais oral de 2 mg\/jour de benztropine est prescrit pendant 5 jours, parall\u00e8lement \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation \u00e0 la baisse de la dose de neuroleptique et au passage programm\u00e9 vers un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Syndrome confusionnel iatrog\u00e8ne chez une patiente \u00e2g\u00e9e.<\/strong><br \/>\nUne femme de 69 ans, suivie pour un trouble schizo-affectif stabilis\u00e9 de longue date sous fluph\u00e9nazine (2,5 mg\/jour), prend conjointement 2 mg de Cogentin chaque soir depuis plus de dix ans. R\u00e9cemment, sa famille consulte en g\u00e9riatrie en raison d&rsquo;oublis massifs, de d\u00e9sorientation spatiale vesp\u00e9rale, de chutes inexpliqu\u00e9es et d&rsquo;\u00e9pisodes de r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb. Le bilan cognitif objective un score bas au MMSE (21\/30) avec des d\u00e9ficits s\u00e9v\u00e8res de la m\u00e9moire de travail et de l&rsquo;encodage. L&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale identifie un syndrome anticholinergique central insidieux surajout\u00e9. Un sevrage tr\u00e8s progressif du Cogentin est planifi\u00e9 sur une p\u00e9riode de 6 semaines, associ\u00e9 \u00e0 un changement de neuroleptique vers la qu\u00e9tiapine \u00e0 faible dose. \u00c0 3 mois post-sevrage, les \u00e9pisodes confusionnels ont enti\u00e8rement disparu, le r\u00e9sidu post-mictionnel s&rsquo;est normalis\u00e9 et le score cognitif est remont\u00e9 \u00e0 26\/30, confirmant le caract\u00e8re iatrog\u00e8ne r\u00e9versible de l&rsquo;atteinte.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : Le pi\u00e8ge diff\u00e9rentiel de l&rsquo;akathisie versus agitation psychotique.<\/strong><br \/>\nUn patient de 34 ans trait\u00e9 par aripiprazole rapporte une impossibilit\u00e9 physique absolue de rester assis, un besoin irr\u00e9pressible de pi\u00e9tiner et une tension interne insupportable. L&rsquo;\u00e9quipe soignante non avertie interpr\u00e8te initialement cette agitation comme une recrudescence de ses sympt\u00f4mes psychotiques et s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 augmenter la posologie d&rsquo;aripiprazole. Une expertise psychiatrique rectifie le diagnostic : il s&rsquo;agit d&rsquo;une akathisie iatrog\u00e8ne s\u00e9v\u00e8re. Bien que le Cogentin soit parfois test\u00e9 dans ce contexte, sa r\u00e9ponse sur l&rsquo;akathisie pure s&rsquo;av\u00e8re souvent d\u00e9cevante comparativement aux b\u00eatabloquants (propranolol) ou aux benzodiaz\u00e9pines. Une dose test de 1 mg de Cogentin n&rsquo;apportant aucun soulagement apr\u00e8s 48 heures, le praticien opte judicieusement pour l&rsquo;introduction de propranolol \u00e0 40 mg\/jour et une r\u00e9duction de l&rsquo;aripiprazole, r\u00e9solvant rapidement l&rsquo;akathisie sans alourdir le fardeau anticholinergique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et suivi th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration rationnelle de Cogentin impose une quantification rigoureuse des sympt\u00f4mes moteurs et des effets ind\u00e9sirables tout au long de la cure. Le clinicien ne doit jamais naviguer \u00e0 l&rsquo;aveugle, mais s&rsquo;appuyer sur des instruments standardis\u00e9s valid\u00e9s par les neurosciences comportementales.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique aux manifestations parkinsoniennes s&rsquo;effectue id\u00e9alement \u00e0 l&rsquo;aide de l&rsquo;<strong>\u00e9chelle de Simpson-Angus (SAS)<\/strong>, qui mesure la rigidit\u00e9 des membres, la d\u00e9marche, la saillie de la glabelle et l&rsquo;hypersalivation sur une cotation standardis\u00e9e. L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;akathisie n\u00e9cessite quant \u00e0 elle la passation de l&rsquo;<strong>\u00e9chelle de Barnes (BARS, <em>Barnes Akathisia Rating Scale<\/em>)<\/strong>, permettant de dissocier la composante subjective de l&rsquo;agitation motrice objective.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la surveillance clinique doit imp\u00e9rativement int\u00e9grer l&rsquo;\u00e9chelle <strong>AIMS (<em>Abnormal Involuntary Movement Scale<\/em>)<\/strong>. Cette \u00e9tape est cruciale : le Cogentin ne traite pas la dyskin\u00e9sie tardive et son maintien imprudent chez un patient pr\u00e9sentant des mouvements chor\u00e9oath\u00e9to\u00efdes bucco-linguo-faciaux d\u00e9butants risque de masquer le syndrome extrapyramidal tout en d\u00e9masquant ou aggravant irr\u00e9m\u00e9diablement la dyskin\u00e9sie tardive sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le versant des effets iatrog\u00e8nes, le suivi implique :<\/p>\n<ul>\n<li>Le calcul syst\u00e9matique du <em>Score de Charge Anticholinergique<\/em> (\u00e9chelle ACB, <em>Anticholinergic Cognitive Burden<\/em>), particuli\u00e8rement chez les sujets recevant simultan\u00e9ment d&rsquo;autres mol\u00e9cules atropiniques (antid\u00e9presseurs tricycliques, antihistaminiques, spasmolytiques).<\/li>\n<li>La mesure p\u00e9riodique de la pression intraoculaire chez les patients \u00e0 risque ou \u00e2g\u00e9s de plus de 50 ans, afin d&rsquo;\u00e9carter un glaucome \u00e0 angle ferm\u00e9 m\u00e9connu.<\/li>\n<li>La surveillance de la tension art\u00e9rielle et du rythme cardiaque (recherche de tachycardie sinusale induite).<\/li>\n<li>Le d\u00e9pistage de la r\u00e9tention urinaire (palpation d&rsquo;un globe v\u00e9sical chez l&rsquo;homme porteur d&rsquo;une hypertrophie b\u00e9nigne de la prostate) et du ralentissement du transit digestif pouvant \u00e9voluer vers un il\u00e9us paralytique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La pertinence contemporaine du Cogentin se concentre sur des sc\u00e9narios cliniques hautement sp\u00e9cifiques o\u00f9 la rapidit\u00e9 et la puissance de sa pharmacodynamie s&rsquo;av\u00e8rent salvatrices :<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie d&rsquo;urgence et de liaison<\/strong>, l&rsquo;injection intramusculaire de benztropine constitue le traitement de premier choix devant toute dystonie aigu\u00eb neuroleptique mena\u00e7ante, notamment le trismus, l&rsquo;opisthotonos, la crise oculogyre et la redoutable dystonie laryng\u00e9e. Cette derni\u00e8re repr\u00e9sente une d\u00e9tresse respiratoire obstructive aigu\u00eb potentiellement l\u00e9tale, qu&rsquo;une injection rapide de benztropine permet de d\u00e9samorcer sans intubation orotrach\u00e9ale dans une grande majorit\u00e9 de cas.<\/p>\n<p>En <strong>milieu d&rsquo;hospitalisation de crise<\/strong>, l&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement antipsychotique incisif chez un patient na\u00eff de traitement ou pr\u00e9sentant des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 majeurs (jeune homme muscl\u00e9, polymorphisme g\u00e9n\u00e9tique des cytochromes, doses d&rsquo;attaque \u00e9lev\u00e9es) justifie parfois une prophylaxie br\u00e8ve par Cogentin durant les deux premi\u00e8res semaines, p\u00e9riode o\u00f9 surviennent plus de 90 % des dystonies aigu\u00ebs.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les contre-indications formelles doivent \u00eatre scrupuleusement respect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>Glaucome \u00e0 angle ferm\u00e9 ou \u00e0 angle \u00e9troit non op\u00e9r\u00e9 (risque de c\u00e9cit\u00e9 par blocage pupillaire aigu).<\/li>\n<li>Hypertrophie prostatique symptomatique avec r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb r\u00e9currente.<\/li>\n<li>Myasth\u00e9nie grave (<em>Myasthenia Gravis<\/em>), l&rsquo;antagonisme muscarinique aggravant l&rsquo;\u00e9puisement synaptique.<\/li>\n<li>Occlusion gastro-intestinale m\u00e9canique, m\u00e9gac\u00f4lon toxique ou il\u00e9us paralytique.<\/li>\n<li>Dyskin\u00e9sie tardive \u00e9tablie (o\u00f9 l&rsquo;anticholinergique aggrave la symptomatologie par hypersensibilisation des r\u00e9cepteurs D2 d\u00e9nud\u00e9s).<\/li>\n<li>Enfants de moins de 3 ans et administration prudente chez les femmes enceintes ou allaitantes (franchit le placenta et diminue la lactation).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale a largement document\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9cologie th\u00e9rapeutique de la benztropine au fil des d\u00e9cennies. Les revues syst\u00e9matiques de la Collaboration Cochrane (notamment les m\u00e9ta-analyses conduites par Rathbone et al.) ont confirm\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 incontestable des anticholinergiques comme la benztropine comparativement au placebo pour la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes parkinsoniens d&rsquo;origine m\u00e9dicamenteuse et des crises dystoniques aigu\u00ebs.<\/p>\n<p>Cependant, les recherches contemporaines men\u00e9es en neuropsychologie cognitive ont jet\u00e9 une lumi\u00e8re crue sur les co\u00fbts c\u00e9r\u00e9braux de cette th\u00e9rapeutique. Des \u00e9tudes de cohorte longitudinales men\u00e9es par des \u00e9quipes universitaires (telles que celles dirig\u00e9es par Campbell, Boustani ou encore Gray et collaborateurs) ont d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re reproductible qu&rsquo;une exposition cumulative \u00e9lev\u00e9e aux anticholinergiques de type benztropine est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration significative des performances cognitives dans les domaines de la m\u00e9moire \u00e9pisodique, de la vitesse de traitement de l&rsquo;information et des fonctions ex\u00e9cutives. Plus pr\u00e9occupant encore, une charge anticholinergique prolong\u00e9e chez les patients atteints de troubles psychiatriques chroniques est associ\u00e9e \u00e0 une augmentation statistiquement significative du risque incident de d\u00e9mence et d&rsquo;atrophie hippocampique.<\/p>\n<p>Sur le front de la prophylaxie, les essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s r\u00e9cents concluent que la prescription pr\u00e9ventive syst\u00e9matique de Cogentin lors de l&rsquo;instauration d&rsquo;un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration (comme l&rsquo;olanzapine, la qu\u00e9tiapine ou la clozapine) n&rsquo;apporte aucun b\u00e9n\u00e9fice clinique mesurable en raison de la tr\u00e8s faible incidence d&rsquo;effets extrapyramidaux avec ces mol\u00e9cules, tout en exposant inutilement les patients aux toxicit\u00e9s cognitives et m\u00e9taboliques de l&rsquo;antagonisme cholinergique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la benztropine pr\u00e9sente d&rsquo;importantes disparit\u00e9s g\u00e9ographiques et culturelles qui refl\u00e8tent les traditions de pratique m\u00e9dicale nationales et les structures de remboursement des syst\u00e8mes de sant\u00e9. En Am\u00e9rique du Nord (\u00c9tats-Unis et Canada), le Cogentin est historiquement l&rsquo;anticholinergique correcteur le plus couramment prescrit, pr\u00e9sent dans tous les chariots d&rsquo;urgence psychiatrique hospitaliers.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans l&rsquo;espace francophone europ\u00e9en (notamment en France, en Belgique et en Suisse), la benztropine est beaucoup moins prescrite sous cette marque, au profit d&rsquo;autres cong\u00e9n\u00e8res anticholinergiques historiquement implant\u00e9s tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trihexyph%C3%A9nidyle\">trihexyph\u00e9nidyle<\/a> (Artane, Parkinane), le bip\u00e9rid\u00e8ne (Akineton) ou la tropat\u00e9pine (Leptocur). Bien que partageant la m\u00eame classe pharmaco-th\u00e9rapeutique, ces mol\u00e9cules pr\u00e9sentent de l\u00e9g\u00e8res variations d&rsquo;affinit\u00e9 pour les sous-types de r\u00e9cepteurs et des demi-vies distinctes qui ont forg\u00e9 les habitudes des \u00e9coles de psychiatrie locales.<\/p>\n<p>Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne contextuel majeur concerne le m\u00e9susage et le potentiel d&rsquo;abus du Cogentin. Dans divers milieux carc\u00e9raux ou chez des usagers de substances souffrant de comorbidit\u00e9s psychiatriques, la benztropine fait l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9tournement \u00e0 vis\u00e9e r\u00e9cr\u00e9ative. \u00c0 doses supra-th\u00e9rapeutiques, ses propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques et son impact sur la recapture dopaminergique peuvent induire un \u00e9tat d&rsquo;euphorie, des hallucinations sensorielles et une d\u00e9sinhibition comportementale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, parfois d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab toxicomanie aux antiparkinsoniens \u00bb, exige des psychiatres une vigilance accrue lors de la d\u00e9livrance d&rsquo;ordonnances dans les populations vuln\u00e9rables.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et effets ind\u00e9sirables<\/h3>\n<p>La place du Cogentin dans l&rsquo;arsenal psychiatrique moderne fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats acad\u00e9miques, articul\u00e9s autour de plusieurs probl\u00e9matiques nosologiques et toxicologiques :<\/p>\n<p><strong>Le toxidrome anticholinergique :<\/strong> L&rsquo;un des risques les plus graves li\u00e9s \u00e0 la benztropine est le surdosage ou l&rsquo;accumulation menant au syndrome anticholinergique central et p\u00e9riph\u00e9rique aigu. La formule mn\u00e9motechnique classique de la toxicologie r\u00e9sume ce tableau clinique dramatique : \u00ab Rouge comme une tomate \u00bb (flushing cutan\u00e9 par vasodilatation r\u00e9flexe), \u00ab Chaud comme un feu \u00bb (anhidrose avec hyperthermie maligne par blocage de la sudation), \u00ab Sec comme un os \u00bb (x\u00e9rostomie totale, muqueuse dess\u00e9ch\u00e9e), \u00ab Aveugle comme une taupe \u00bb (mydriase ar\u00e9active avec cyclopl\u00e9gie et vision trouble), et \u00ab Fou comme un li\u00e8vre \u00bb (agitation motrice d\u00e9sordonn\u00e9e, hallucinations visuelles terrifiantes, d\u00e9lire onirique et coma). Chez un patient psychiatrique, cette confusion d\u00e9lirante est fr\u00e9quemment m\u00e9prise pour une aggravation de la psychose schizophr\u00e9nique, incitant \u00e0 tort \u00e0 augmenter la dose d&rsquo;antipsychotique, ce qui pr\u00e9cipite un \u00e9tat de danger vital extr\u00eame.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;interf\u00e9rence avec la r\u00e9habilitation psychosociale :<\/strong> Les critiques contemporaines mettent en exergue l&rsquo;effet n\u00e9faste de l&rsquo;impr\u00e9gnation anticholinergique sur les programmes de rem\u00e9diation cognitive. En bloquant la plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans le cortex pr\u00e9frontal et l&rsquo;hippocampe, le Cogentin entrave directement la consolidation des acquis d&rsquo;apprentissage, sabotant ainsi les efforts de r\u00e9insertion socio-professionnelle des patients stabilis\u00e9s sur le plan psychotique.<\/p>\n<p><strong>Le dilemme de la dyskin\u00e9sie tardive :<\/strong> Alors que le Cogentin soulage les sympt\u00f4mes parkinsoniens aigus, il aggrave de fa\u00e7on quasi constante la dyskin\u00e9sie tardive. Cette dysharmonie clinique d\u00e9coule de la physiopathologie de la dyskin\u00e9sie tardive, qui implique une sur-sensibilisation des r\u00e9cepteurs D2 striataux cons\u00e9cutive \u00e0 un blocage prolong\u00e9. L&rsquo;introduction d&rsquo;un anticholinergique abaisse le seuil de d\u00e9charge striatale et amplifie les mouvements anormaux involontaires. La prescription de benztropine pour un tremblement chez un patient qui pr\u00e9sente simultan\u00e9ment des dyskin\u00e9sies linguales expose ce dernier \u00e0 une aggravation irr\u00e9m\u00e9diable de son handicap moteur.<\/p>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Une rigueur terminologique et diagnostique impose de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment le Cogentin de ses compos\u00e9s voisins et des syndromes cliniques qu&rsquo;il c\u00f4toie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Trihexyph\u00e9nidyle (Artane) :<\/strong> Anticholinergique de synth\u00e8se majeur en Europe. Contrairement au Cogentin qui est plus s\u00e9datif, le trihexyph\u00e9nidyle poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s psychostimulantes et antid\u00e9pressives l\u00e9g\u00e8res plus marqu\u00e9es, ce qui lui conf\u00e8re un risque de d\u00e9tournement et d&rsquo;addiction r\u00e9cr\u00e9ative significativement plus \u00e9lev\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Bip\u00e9rid\u00e8ne (Akineton) :<\/strong> Autre antagoniste muscarinique central, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme pr\u00e9sentant une s\u00e9lectivit\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement plus forte pour les r\u00e9cepteurs M1 et une demi-vie plus br\u00e8ve, disponible \u00e9galement en ampoules injectables d&rsquo;urgence.<\/li>\n<li><strong>Amantadine :<\/strong> Mol\u00e9cule antivirale reconnue pour ses propri\u00e9t\u00e9s antiparkinsoniennes. Son m\u00e9canisme n&rsquo;est pas anticholinergique mais pro-dopaminergique et antagoniste des r\u00e9cepteurs NMDA du glutamate. L&rsquo;amantadine constitue une alternative pr\u00e9cieuse au Cogentin chez les patients \u00e2g\u00e9s ou \u00e0 haut risque de d\u00e9clin cognitif car elle n&rsquo;entra\u00eene pas de charge anticholinergique.<\/li>\n<li><strong>Diph\u00e9nhydramine (Benadryl) :<\/strong> Antihistaminique H1 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration dot\u00e9 d&rsquo;une forte composante anticholinergique. Parfois employ\u00e9 par voie parent\u00e9rale en alternative de seconde intention pour juguler une dystonie aigu\u00eb lorsque la benztropine n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement accessible.<\/li>\n<li><strong>Syndrome extrapyramidal (SEP) versus Dyskin\u00e9sie tardive :<\/strong> Le SEP est pr\u00e9coce, r\u00e9versible et s&rsquo;am\u00e9liore spectaculairement sous Cogentin ; la dyskin\u00e9sie tardive est retard\u00e9e (mois ou ann\u00e9es de traitement), souvent irr\u00e9versible, et s&rsquo;aggrave formellement sous Cogentin.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le Cogentin (m\u00e9sylate de benztropine) demeure une arme pharmacologique fondamentale en neuropsychiatrie, \u00e0 la condition expresse d&rsquo;\u00eatre mani\u00e9 avec une pr\u00e9cision chirurgicale et une vigilance constante quant \u00e0 ses r\u00e9percussions holistiques sur le syst\u00e8me nerveux central :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Indication reine :<\/strong> Le traitement en urgence des crises de dystonie aigu\u00eb m\u00e9dicamenteuse induites par les antipsychotiques (voie IM\/IV, 1 \u00e0 2 mg) et le contr\u00f4le symptomatique \u00e0 court terme du parkinsonisme iatrog\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme primordial :<\/strong> Antagonisme comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine au niveau du n\u00e9ostriatum, restaurant la balance motrice dopamine-ac\u00e9tylcholine perturb\u00e9e par le blocage des r\u00e9cepteurs D2.<\/li>\n<li><strong>Innocuit\u00e9 cognitive limit\u00e9e :<\/strong> Risque majeur de syndrome confusionnel, de troubles mn\u00e9siques graves et d&rsquo;aggravation du d\u00e9clin cognitif \u00e0 long terme en raison de sa charge anticholinergique \u00e9lev\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>R\u00e8gle d&rsquo;or th\u00e9rapeutique :<\/strong> Prescrire \u00e0 la dose efficace la plus faible possible, r\u00e9\u00e9valuer continuellement le besoin apr\u00e8s quelques semaines, et proscrire la co-prescription automatique \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Contre-indication cardinale :<\/strong> Inefficace et formellement d\u00e9l\u00e9t\u00e8re dans le cadre de la dyskin\u00e9sie tardive \u00e9tablie.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2020). <em>The American Psychiatric Association Practice Guideline for the Treatment of Patients With Schizophrenia<\/em> (3rd ed.). American Psychiatric Association Publishing. <a href=\"https:\/\/psychiatryonline.org\/doi\/book\/10.1176\/appi.books.9780890424841\">https:\/\/psychiatryonline.org\/doi\/book\/10.1176\/appi.books.9780890424841<\/a><\/li>\n<li>Gray, S. L., Anderson, M. L., Dublin, S., Hanlon, J. T., Hubbard, R., Walker, R., Yu, O., Crane, P. K., &amp; Larson, E. B. (2015). Cumulative use of strong anticholinergics and incident dementia: A prospective cohort study. <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, 175(3), 401\u2013407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740<\/a><\/li>\n<li>National Center for Biotechnology Information. (2024). <em>Benztropine<\/em>. PubChem Compound Summary for CID 2348. <a href=\"https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Benztropine\">https:\/\/pubchem.ncbi.nlm.nih.gov\/compound\/Benztropine<\/a><\/li>\n<li>Rathbone, J., Soares-Weiser, K., &amp; Adams, C. E. (2010). Anticholinergics for neuroleptic-induced acute akathisia. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, (2), CD003727. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD003727.pub3\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD003727.pub3<\/a><\/li>\n<li>Stahl, S. M. (2021). <em>Stahl&rsquo;s Essential Psychopharmacology: Neuroscientific Basis and Practical Applications<\/em> (5th ed.). Cambridge University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Cogentin (benztropine) est un anticholinergique central de r\u00e9f\u00e9rence pour le traitement des effets extrapyramidaux induits par les antipsychotiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,7375],"tags":[32735,36783,40315,31805,32736,9247,479],"class_list":["post-23768","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-anticholinergique","tag-benztropine","tag-cogentin","tag-dystonie-aigue","tag-effets-extrapyramidaux","tag-neuroleptiques","tag-psychiatrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23768","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23768\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23768"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23768"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23768"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}