{"id":23722,"date":"2026-10-31T17:42:13","date_gmt":"2026-10-31T17:42:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cocontraction-musculaire-controle-moteur"},"modified":"2026-10-31T17:42:13","modified_gmt":"2026-10-31T17:42:13","slug":"cocontraction-musculaire-controle-moteur","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cocontraction-musculaire-controle-moteur","title":{"rendered":"Cocontraction : M\u00e9canisme et r\u00e9gulation motrice"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement de la neurophysiologie, de la biom\u00e9canique et de la psychologie motrice, l&rsquo;organisation spatio-temporelle de l&rsquo;action humaine d\u00e9pend d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique entre rel\u00e2chement et tension musculaire. La capacit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux central \u00e0 stabiliser une articulation face aux perturbations de l&rsquo;environnement ou aux \u00e9tats d&rsquo;agitation \u00e9motionnelle repose fondamentalement sur la modulation conjointe des forces musculaires oppos\u00e9es. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne neuromusculaire, loin d&rsquo;\u00eatre un simple gaspillage \u00e9nerg\u00e9tique, constitue une strat\u00e9gie d&rsquo;adaptation comportementale et biom\u00e9canique essentielle face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 et au stress.<\/p>\n<h2>Cocontraction musculaire<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>cocontraction<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;activation simultan\u00e9e de deux ou plusieurs muscles antagonistes agissant de mani\u00e8re oppos\u00e9e autour d&rsquo;une m\u00eame articulation fonctionnelle. Ce processus neuromoteur augmente la raideur articulaire globale et renforce la stabilit\u00e9 m\u00e9canique sans n\u00e9cessairement produire de d\u00e9placement angulaire visible.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie motrice et des neurosciences comportementales, la cocontraction est reconnue comme une modalit\u00e9 centrale de gestion de l&rsquo;incertitude environnementale et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 motrice. Lorsqu&rsquo;un individu est confront\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che nouvelle, complexe ou per\u00e7ue comme mena\u00e7ante, le syst\u00e8me nerveux central recrute conjointement les fl\u00e9chisseurs et les extenseurs pour restreindre la libert\u00e9 de mouvement de l&rsquo;appareil musculosquelettique. Cette strat\u00e9gie permet de pr\u00e9server la trajectoire d\u00e9sir\u00e9e contre les perturbations ext\u00e9rieures, mais entra\u00eene en contrepartie une baisse du rendement m\u00e9tabolique et une sensation d&rsquo;effort subjectif accrue.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et fonctionnel, ce m\u00e9canisme illustre l&rsquo;intrication \u00e9troite entre le syst\u00e8me musculosquelettique et les processus cognitivo-affectifs. Une activation antagoniste excessive ou inadapt\u00e9e dans le temps peut devenir pathologique, refl\u00e9tant des alt\u00e9rations neurologiques du contr\u00f4le moteur ou l&rsquo;expression somatique d&rsquo;une tension psychique prolong\u00e9e, telle qu&rsquo;observ\u00e9e dans les troubles anxieux ou les somatisations motrices chroniques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab cocontraction \u00bb est un n\u00e9ologisme scientifique construit \u00e0 partir du pr\u00e9fixe latin <em>co-<\/em> (variante de <em>cum<\/em>, signifiant \u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb ou \u00ab conjointement \u00bb) et du substantif \u00ab contraction \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe latin <em>contrahere<\/em>, qui signifie \u00ab tirer ensemble \u00bb, \u00ab resserrer \u00bb ou \u00ab r\u00e9duire \u00bb. La combinaison morphologique exprime litt\u00e9ralement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un resserrement simultan\u00e9 de structures anatomiques distinctes concourant \u00e0 un m\u00eame \u00e9tat m\u00e9canique.<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;expression a fait son apparition dans la litt\u00e9rature biom\u00e9canique et neurophysiologique anglophone sous la forme <em>co-contraction<\/em> ou <em>coactivation<\/em> au cours du XXe si\u00e8cle, notamment afin de d\u00e9crire les exceptions manifestes au principe de l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque th\u00e9oris\u00e9 par Sir Charles Sherrington. En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;orthographe a oscill\u00e9 entre le terme avec trait d&rsquo;union (\u00ab co-contraction \u00bb) et la forme soud\u00e9e (\u00ab cocontraction \u00bb), cette derni\u00e8re s&rsquo;\u00e9tant impos\u00e9e dans les nomenclatures acad\u00e9miques contemporaines en physiologie de l&rsquo;exercice, en m\u00e9decine physique et de r\u00e9adaptation, ainsi qu&rsquo;en ergonomie cognitive.<\/p>\n<p>L&rsquo;assimilation du terme dans le champ psychologique et psychomoteur s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e parall\u00e8lement aux d\u00e9veloppements des th\u00e9ories du sch\u00e9ma corporel et du tonus \u00e9motionnel initi\u00e9es par des th\u00e9oriciens tels que Henri Wallon et Julian de Ajuriaguerra. Dans ce contexte \u00e9largi, le mot a d\u00e9pass\u00e9 sa dimension purement m\u00e9canique pour caract\u00e9riser le verrouillage tonico-\u00e9motionnel qui fige la motricit\u00e9 volontaire en pr\u00e9sence d&rsquo;un affect aversif ou d&rsquo;une menace per\u00e7ue.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard international, le substantif s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la forme \/k\u0254.k\u0254\u0303.t\u0281ak.sj\u0254\u0303\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin, invariable dans sa racine mais soumis aux r\u00e8gles r\u00e9guli\u00e8res du pluriel (\u00ab des cocontractions \u00bb). Sur le plan morphosyntaxique, il peut \u00eatre employ\u00e9 de mani\u00e8re autonome ou compl\u00e9t\u00e9 par un syntagme pr\u00e9positionnel sp\u00e9cifiant le groupe musculaire ou l&rsquo;articulation concern\u00e9e (par exemple, \u00ab la cocontraction du complexe biceps-triceps \u00bb ou \u00ab la cocontraction agoniste-antagoniste \u00e0 la cheville \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique, le terme fonctionne fr\u00e9quemment comme un descripteur d&rsquo;\u00e9tat neuromusculaire quantifiable via l&rsquo;\u00e9lectromyographie. On rencontre r\u00e9guli\u00e8rement des d\u00e9rivations p\u00e9riph\u00e9riques, bien que moins conventionnelles, comme le verbe \u00ab cocontracter \u00bb ou l&rsquo;adjectif \u00ab cocontractant \u00bb, qui servent \u00e0 d\u00e9signer les unit\u00e9s motrices participant solidairement \u00e0 cette co-activation m\u00e9canique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la cocontraction dans toute sa complexit\u00e9, il est indispensable de comprendre le paradoxe m\u00e9canique qu&rsquo;elle introduit au sein du syst\u00e8me locomoteur. Habituellement, le mouvement volontaire fluide ob\u00e9it \u00e0 une r\u00e9partition \u00e9conomique des r\u00f4les : le muscle agoniste se contracte pour imprimer une acc\u00e9l\u00e9ration au segment osseux tandis que le muscle antagoniste s&rsquo;\u00e9tire passivement sous l&rsquo;action d&rsquo;une d\u00e9charge inhibitrice m\u00e9dullaire. La cocontraction rompt temporairement avec cette alternance fluide en imposant une commande motrice bilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Cette activation simultan\u00e9e a pour cons\u00e9quence premi\u00e8re d&rsquo;augmenter l&rsquo;imp\u00e9dance m\u00e9canique de l&rsquo;articulation, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa r\u00e9sistance intrins\u00e8que \u00e0 toute force d\u00e9formante externe. En rigidifiant la jonction osseuse, le syst\u00e8me nerveux central privil\u00e9gie la pr\u00e9cision de la posture ou de la trajectoire au d\u00e9triment de la d\u00e9pense m\u00e9tabolique. Le corps humain \u00e9change ainsi du co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique contre de la s\u00e9curit\u00e9 dynamique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La modulation de la raideur articulaire :<\/strong> En faisant varier la tension conjointe des agonistes et antagonistes, les centres moteurs sup\u00e9rieurs r\u00e9gulent finement la r\u00e9sistance \u00e9lastique de l&rsquo;articulation sans modifier la position d&rsquo;\u00e9quilibre articulaire.<\/li>\n<li><strong>La compensation des d\u00e9lais sensoriels :<\/strong> Les boucles r\u00e9flexes proprioceptives et visuelles imposent un temps de latence de plusieurs dizaines de millisecondes pour corriger une perturbation inattendue. La raideur g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la cocontraction r\u00e9agit instantan\u00e9ment, en vertu des propri\u00e9t\u00e9s visco\u00e9lastiques pures du tissu musculaire, absorbant le choc avant m\u00eame que le syst\u00e8me nerveux n&rsquo;ait le temps de traiter l&rsquo;information.<\/li>\n<li><strong>La stabilisation axiale et proximale :<\/strong> La cha\u00eene cin\u00e9tique humaine exige une base fixe pour permettre des mouvements distaux fins. La cocontraction des muscles du tronc (stabilisation lombaire) ou de l&rsquo;\u00e9paule offre un ancrage solide \u00e0 l&rsquo;action des mains ou des pieds.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan psychophysiologique, la cocontraction constitue l&rsquo;effecteur p\u00e9riph\u00e9rique privil\u00e9gi\u00e9 de l&rsquo;hyperarousal et des r\u00e9ponses d&rsquo;alerte. Lorsqu&rsquo;un individu \u00e9prouve une appr\u00e9hension, le syst\u00e8me nerveux autonome sympathique et les voies r\u00e9ticulo-spinales augmentent le gain des motoneurones gamma, ce qui sensibilise les fuseaux neuromusculaires et induit une pr\u00e9-tension bilat\u00e9rale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de raideur induite par le stress traduit l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;impr\u00e9paration motrice ou de sid\u00e9ration d\u00e9fensive, o\u00f9 l&rsquo;organisme h\u00e9site entre la fuite et le combat, pr\u00e9parant les articulations \u00e0 amortir d&rsquo;\u00e9ventuels impacts physiques.<\/p>\n<p>Toutefois, la persistance d&rsquo;une telle commande motrice en dehors des phases d&rsquo;apprentissage ou de menace imm\u00e9diate pr\u00e9sente des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Elle provoque une compression excessive des surfaces cartilagineuses articulaires, acc\u00e9l\u00e8re la fatigue p\u00e9riph\u00e9rique par accumulation de m\u00e9tabolites acides et engendre une alt\u00e9ration du sch\u00e9ma moteur, aboutissant \u00e0 une motricit\u00e9 rigide, hach\u00e9e et d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;adaptabilit\u00e9 plastique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de la cocontraction a \u00e9merg\u00e9 en opposition dialectique avec les premiers dogmes de la neurophysiologie r\u00e9flexe. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les travaux pionniers de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Charles_Scott_Sherrington\">Sir Charles Scott Sherrington<\/a> sur l&rsquo;organisation de la moelle \u00e9pini\u00e8re ont mis en lumi\u00e8re la <em>loi de l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque<\/em> (loi de Sherrington). Selon cette th\u00e9orie fondamentale, l&rsquo;excitation des motoneurones d&rsquo;un groupe agoniste s&rsquo;accompagne obligatoirement de l&rsquo;inhibition synaptique des motoneurones de l&rsquo;antagoniste correspondant. Ce paradigme a longtemps domin\u00e9 la physiologie, r\u00e9duisant la cocontraction \u00e0 une anomalie ou \u00e0 une simple erreur d&rsquo;ex\u00e9cution motrice.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930 et 1940, le biom\u00e9canicien et physiologiste sovi\u00e9tique <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nikola%C3%AF_Bernstein\">Nikola\u00ef Bernstein<\/a> a profond\u00e9ment transform\u00e9 cette perspective en introduisant le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab probl\u00e8me des degr\u00e9s de libert\u00e9 \u00bb. Bernstein a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;appareil locomoteur humain comporte un nombre de degr\u00e9s de libert\u00e9 articulaires et musculaires largement sup\u00e9rieur \u00e0 ce qui est strictement n\u00e9cessaire pour accomplir une trajectoire donn\u00e9e. Il a postul\u00e9 que lors des phases initiales de l&rsquo;apprentissage d&rsquo;un geste moteur, le syst\u00e8me nerveux r\u00e9sout temporairement cette redondance complexe en \u00ab gelant \u00bb les degr\u00e9s de libert\u00e9 superflus par une forte cocontraction agoniste-antagoniste, avant de rel\u00e2cher progressivement cette contrainte au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;expertise se d\u00e9veloppe.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectromyographie\">\u00e9lectromyographie<\/a> de surface et le d\u00e9veloppement de la th\u00e9orie du contr\u00f4le d&rsquo;imp\u00e9dance par Neville Hogan au Massachusetts Institute of Technology ont offert un ancrage math\u00e9matique et m\u00e9canique rigoureux \u00e0 la cocontraction. Hogan a mod\u00e9lis\u00e9 l&rsquo;appareil neuromusculaire non pas comme un simple g\u00e9n\u00e9rateur de force ou de trajectoire cin\u00e9matique, mais comme un syst\u00e8me programmable capable d&rsquo;ajuster son imp\u00e9dance m\u00e9canique (raideur, amortissement, inertie) aux contraintes interactives de la t\u00e2che.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, les sciences du sport et la psychologie cognitive ont explor\u00e9 l&rsquo;impact de l&rsquo;\u00e9tat psychologique de l&rsquo;athl\u00e8te ou du travailleur sur le recrutement antagoniste. D\u00e8s les ann\u00e9es 1990, des chercheurs ont mis en \u00e9vidence la fa\u00e7on dont l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance induit une r\u00e9\u00e9mergence involontaire de la cocontraction chez des experts chevronn\u00e9s, un ph\u00e9nom\u00e8ne couramment d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab choking under pressure \u00bb (\u00e9touffement sous pression), confirmant ainsi le statut de la cocontraction comme biomarqueur d&rsquo;interface psycho-neuro-m\u00e9canique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude contemporaine de la cocontraction s&rsquo;appuie sur plusieurs corpus th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires qui articulent la neurophysiologie computationnelle et la psychologie cognitive :<\/p>\n<p>En premier lieu, la <strong>th\u00e9orie du point d&rsquo;\u00e9quilibre<\/strong> (hypoth\u00e8se lambda), formalis\u00e9e par Anatol Feldman, avance que le contr\u00f4le moteur central ne sp\u00e9cifie pas directement des trajectoires musculaires d\u00e9taill\u00e9es ni des patterns de forces complexes. Le cerveau fixerait plut\u00f4t un seuil d&rsquo;activation pour la longueur musculaire des agonistes et des antagonistes. Dans ce cadre, la commande motrice se scinde en deux commandes distinctes : la commande de d\u00e9placement (coordonn\u00e9e <em>R<\/em> pour <em>reciprocal<\/em>) qui d\u00e9place le point d&rsquo;\u00e9quilibre spatial de l&rsquo;articulation, et la commande de coactivation (coordonn\u00e9e <em>C<\/em>) qui abaisse simultan\u00e9ment le seuil d&rsquo;activation des deux muscles sans changer la position moyenne du membre. L&rsquo;augmentation de la commande <em>C<\/em> entra\u00eene une cocontraction pure qui augmente la raideur articulaire sans alt\u00e9rer la cin\u00e9matique.<\/p>\n<p>En second lieu, les mod\u00e8les de la <strong>commande optimale avec co\u00fbt de variance finale<\/strong> (notamment d\u00e9velopp\u00e9s par Daniel Wolpert et Robert van Beers) expliquent la cocontraction par l&rsquo;existence du \u00ab bruit moteur \u00bb neuromusculaire. Le syst\u00e8me nerveux est intrins\u00e8quement bruit\u00e9 : plus la commande motrice est \u00e9lev\u00e9e, plus la variabilit\u00e9 du signal \u00e9lectrique est importante. D\u00e8s lors, le cerveau doit r\u00e9soudre un arbitrage entre la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique et la variabilit\u00e9 terminale. En pr\u00e9sence d&rsquo;une t\u00e2che exigeant une extr\u00eame pr\u00e9cision spatiale dans un champ de forces instable, le contr\u00f4leur optimal opte pour une cocontraction accrue, car la rigidification articulaire qui en r\u00e9sulte supprime les perturbations dues au bruit neuromusculaire interne.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan des <strong>th\u00e9ories psychologiques de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9<\/strong>, le mod\u00e8le de l&rsquo;efficacit\u00e9 du traitement cognitif (Eysenck) et les th\u00e9ories de la charge allostatique postulent que l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 alt\u00e8re l&rsquo;allocation attentionnelle et amplifie les m\u00e9canismes de r\u00e9troaction aux d\u00e9pens de la commande pr\u00e9dictive anticip\u00e9e (feedforward). En r\u00e9ponse \u00e0 cette ins\u00e9curit\u00e9 cognitive, le syst\u00e8me moteur recourt \u00e0 une r\u00e9gulation par hypervigilance somatique, mat\u00e9rialis\u00e9e au niveau m\u00e9dullaire par une d\u00e9sinhibition de l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque Ia et une cocontraction protectrice diffuse.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La cocontraction neuromusculaire n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne unitaire et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 ; elle se d\u00e9cline en diverses modalit\u00e9s fonctionnelles en fonction du contexte environnemental et de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;organisme :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cocontraction anticipatoire (proactive ou feedforward) :<\/strong> Mise en \u0153uvre avant m\u00eame qu&rsquo;une perturbation m\u00e9canique n&rsquo;intervienne. Elle r\u00e9sulte d&rsquo;une pr\u00e9diction motrice bas\u00e9e sur les mod\u00e8les internes du cervelet face \u00e0 un risque connu (par exemple, le renforcement de la musculature de la cheville avant de poser le pied sur une surface per\u00e7ue comme glissante).<\/li>\n<li><strong>Cocontraction r\u00e9flexe (r\u00e9active ou feedback) :<\/strong> D\u00e9clench\u00e9e par les aff\u00e9rences sensorielles proprioceptives ou vestibulaires en r\u00e9ponse directe \u00e0 un d\u00e9s\u00e9quilibre soudain et impr\u00e9vu, mobilisant les circuits r\u00e9flexes poly-synaptiques pour verrouiller l&rsquo;articulation chahut\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Cocontraction tonique globale :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par un fond d&rsquo;activation bilat\u00e9rale permanent, sans corr\u00e9lation avec une dynamique de mouvement imm\u00e9diate. Elle est fr\u00e9quemment observ\u00e9e dans les \u00e9tats d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, le stress post-traumatique ou l&rsquo;hypothermie (frisson thermique).<\/li>\n<li><strong>Cocontraction phasique cibl\u00e9e :<\/strong> Activation transitoire intervenant \u00e0 un moment pr\u00e9cis de la trajectoire, par exemple \u00e0 la fin d&rsquo;un mouvement balistique rapide pour freiner le membre et prot\u00e9ger l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la capsule articulaire contre la luxation ou l&rsquo;hyper-extension.<\/li>\n<li><strong>Cocontraction d&rsquo;apprentissage :<\/strong> Manifestation typique du novice qui compense son d\u00e9ficit de coordination temporelle en verrouillant l&rsquo;ensemble des segments articulaires impliqu\u00e9s afin de s\u00e9curiser l&rsquo;ex\u00e9cution de la t\u00e2che motrice.<\/li>\n<li><strong>Cocontraction pathologique :<\/strong> Perte involontaire et permanente de l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque r\u00e9sultant de l\u00e9sions des voies pyramidales, extrapyramidales ou de dysfonctions des interneurones m\u00e9dullaires (retrouv\u00e9e dans la spasticit\u00e9, la dystonie ou la rigidit\u00e9 parkinsonienne).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux comprendre la transition entre m\u00e9canisme adaptatif sain et d\u00e9rive dysfonctionnelle, examinons deux situations repr\u00e9sentatives de la dynamique de cocontraction :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;apprentissage instrumental et l&rsquo;impact de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance<\/strong><br \/>Un pianiste d\u00e9butant s&rsquo;exerce sur un passage technique rapide. Durant les premi\u00e8res s\u00e9ances, l&rsquo;enregistrement \u00e9lectromyographique r\u00e9v\u00e8le une cocontraction massive et permanente des muscles fl\u00e9chisseurs et extenseurs des doigts et de l&rsquo;avant-bras. Ses doigts frappent les touches avec une raideur excessive, le geste manque de nuance et l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve se plaint d&rsquo;une fatigue pr\u00e9coce et de douleurs musculaires. Apr\u00e8s plusieurs semaines de pratique, une r\u00e9gulation motrice optimale s&rsquo;\u00e9tablit : la cocontraction diminue drastiquement, c\u00e9dant la place \u00e0 une alternance fluide d&rsquo;activation agoniste et d&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque antagoniste, n&rsquo;intervenant que sous forme de micro-impulsions stabilisatrices lors des grands sauts d&rsquo;octaves. Toutefois, lors de son premier examen public, sous l&rsquo;effet du trac intense (stress d&rsquo;\u00e9valuation sociale), le musicien subit une r\u00e9gression motrice involontaire : la cocontraction antagoniste r\u00e9appara\u00eet brutalement, bloquant la v\u00e9locit\u00e9 digitale et illustrant la sensibilit\u00e9 du contr\u00f4le moteur fin \u00e0 la charge \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : La peur de chuter chez la personne \u00e2g\u00e9e<\/strong><br \/>Une femme de 78 ans ayant fait une chute sans blessure corporelle grave d\u00e9veloppe un syndrome post-chute associ\u00e9 \u00e0 une anxi\u00e9t\u00e9 motrice aigu\u00eb (peur panique de retomber). Lors de la d\u00e9ambulation en ligne droite sur sol plat, l&rsquo;analyse biom\u00e9canique montre une augmentation spectaculaire de la cocontraction entre le quadriceps et les ischio-jambiers, ainsi qu&rsquo;entre le muscle tibial ant\u00e9rieur et le triceps sural. Cette rigidification continue de la jambe limite consid\u00e9rablement la flexion du genou en phase pendulaire et r\u00e9duit la longueur du pas. Bien que cette strat\u00e9gie vise inconsciemment \u00e0 stabiliser la jambe face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu, elle produit l&rsquo;effet inverse : la marche devient hyper-rigide, incapable d&rsquo;absorber les irr\u00e9gularit\u00e9s minimes du terrain, ce qui majore paradoxalement le risque d&rsquo;un nouveau tr\u00e9buchement.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La quantification de la cocontraction constitue un enjeu majeur en recherche neurophysiologique et en biom\u00e9canique clinique, reposant principalement sur l&rsquo;enregistrement de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectromyographique de surface (sEMG) synchronis\u00e9e :<\/p>\n<p>L&rsquo;approche classique consiste \u00e0 recueillir le signal \u00e9lectromyographique des paires agonistes-antagonistes, \u00e0 filtrer et redresser les signaux, puis \u00e0 calculer l&rsquo;enveloppe lin\u00e9aire (souvent normalis\u00e9e par rapport \u00e0 la contraction volontaire maximale, ou MVC). Plusieurs formulations math\u00e9matiques permettent ensuite d&rsquo;extraire un <em>Indice de Cocontraction<\/em> (CCI, pour <em>Co-Contraction Index<\/em>). La m\u00e9thode la plus r\u00e9pandue, d\u00e9velopp\u00e9e par Rudolph et al. ou Falconer et Winter, compare le niveau d&rsquo;amplitude du signal du muscle le moins actif \u00e0 la somme des activations des deux muscles sur une fen\u00eatre temporelle donn\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Indice d&rsquo;activation partag\u00e9e :<\/strong> Calcul de l&rsquo;int\u00e9grale temporelle de la zone de chevauchement o\u00f9 agoniste et antagoniste sont simultan\u00e9ment au-dessus de leur ligne de base de repos.<\/li>\n<li><strong>Ratio d&rsquo;imp\u00e9dance dynamique :<\/strong> Utilisation d&rsquo;algorithmes pond\u00e9rant la tension \u00e9lectrique relative par les bras de levier anatomiques pour estimer le moment net r\u00e9sultant et la rigidit\u00e9 nette conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;articulation.<\/li>\n<li><strong>Perturbations m\u00e9caniques robotis\u00e9es :<\/strong> Emploi d&rsquo;exosquelettes ou de manipulateurs robotiques (tels que le syst\u00e8me KINARM) qui appliquent des micro-d\u00e9placements impr\u00e9vus \u00e0 un membre. La mesure de la force de rappel imm\u00e9diate (avant toute intervention r\u00e9flexe volontaire) permet d&rsquo;estimer directement la raideur intrins\u00e8que d\u00e9coulant de la cocontraction en place.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lastographie ultrasonore par ondes de cisaillement :<\/strong> Cette technique d&rsquo;imagerie moderne mesure en temps r\u00e9el la propagation des ondes au sein des fibres musculaires, \u00e9valuant le niveau de raideur tissulaire passive et active sans d\u00e9pendre exclusivement des artefacts \u00e9lectriques inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;EMG de surface.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La ma\u00eetrise et la compr\u00e9hension de la cocontraction ouvrent des applications concr\u00e8tes dans de multiples disciplines :<\/p>\n<p>En <strong>r\u00e9\u00e9ducation neurologique et psychomotricit\u00e9<\/strong>, la r\u00e9adaptation post-accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral (AVC) est souvent confront\u00e9e \u00e0 une cocontraction anormale due \u00e0 la spasticit\u00e9 ou \u00e0 la perte de s\u00e9lectivit\u00e9 motrice. Les th\u00e9rapeutes utilisent des techniques de biofeedback \u00e9lectromyographique afin de r\u00e9apprendre aux patients \u00e0 rel\u00e2cher l&rsquo;antagoniste durant l&rsquo;effort agoniste, restaurant ainsi l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle des articulations cl\u00e9s. En psychomotricit\u00e9, le travail sur la r\u00e9gulation tonico-\u00e9motionnelle aide les enfants souffrant de dyspraxie ou de troubles anxieux \u00e0 abaisser leur niveau de contraction r\u00e9siduelle pour gagner en aisance motrice.<\/p>\n<p>En <strong>ergonomie et sant\u00e9 au travail<\/strong>, les gestes professionnels r\u00e9p\u00e9titifs r\u00e9alis\u00e9s sous stress cognitif ou temporel induisent des niveaux de cocontraction \u00e9lev\u00e9s dans la r\u00e9gion cervico-scapulaire (muscles trap\u00e8zes et scal\u00e8nes). Cette pr\u00e9-tension musculaire continue comprime les gaines synoviales, entrave la microcirculation locale et constitue l&rsquo;un des d\u00e9terminants majeurs des troubles musculosquelettiques (TMS). L&rsquo;am\u00e9nagement ergonomique des postes vise \u00e0 minimiser l&rsquo;incertitude environnementale et la tension psychologique pour diminuer cette suractivation m\u00e9canique de protection.<\/p>\n<p>Dans le domaine du <strong>sport de haut niveau<\/strong>, l&rsquo;optimisation des performances repose sur l&rsquo;\u00e9limination des cocontractions parasites. Un sprinter ou un nageur d&rsquo;\u00e9lite ne se distingue pas uniquement par sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer une force agoniste colossale, mais surtout par son aptitude \u00e0 rel\u00e2cher instantan\u00e9ment le groupe musculaire antagoniste durant la phase propulsive. Cette coordination fine, travaill\u00e9e par l&rsquo;imagerie mentale et la relaxation proprioceptive, r\u00e9duit le co\u00fbt m\u00e9tabolique et repousse le seuil d&rsquo;\u00e9puisement tout en diminuant le risque de d\u00e9chirure musculaire cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;opposition violente d&rsquo;un antagoniste trop rigide.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration empirique de la cocontraction a consid\u00e9rablement progress\u00e9 gr\u00e2ce aux travaux combinant l&rsquo;imagerie fonctionnelle et la mod\u00e9lisation neurom\u00e9canique :<\/p>\n<p>Les recherches men\u00e9es par Carlo De Luca et ses collaborateurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la cocontraction n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;une simple fuite du signal moteur ou d&rsquo;un \u00e9chec de l&rsquo;inhibition, mais provient d&rsquo;une commande descendante d\u00e9di\u00e9e issue du cortex moteur primaire et des noyaux gris centraux, projet\u00e9e via des pools sp\u00e9cifiques d&rsquo;interneurones m\u00e9dullaires pr\u00e9-synaptiques. Ces \u00e9tudes ont clarifi\u00e9 la distinction entre l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque r\u00e9flexe au niveau spinal et la modulation supraspinale d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la rigidit\u00e9 articulaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine du contr\u00f4le de l&rsquo;imp\u00e9dance face \u00e0 l&rsquo;incertitude, les travaux exp\u00e9rimentaux de Paul Gribble et David Ostry ont prouv\u00e9 que lorsqu&rsquo;un sujet humain effectue des mouvements de pointage dans un champ de force instable (divergent), le cerveau r\u00e9pond initialement en augmentant la cocontraction g\u00e9n\u00e9rale du bras pour r\u00e9duire les erreurs de d\u00e9viation. Au fur et \u00e0 mesure que le sujet int\u00e8gre le champ de force, le contr\u00f4le moteur \u00e9volue vers une strat\u00e9gie de compensation directionnelle cibl\u00e9e, abaissant la cocontraction aux seuls moments critiques de l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux en psychophysiologie de van Die\u00ebn et ses \u00e9quipes ont document\u00e9 l&rsquo;effet direct du stress mental (induit exp\u00e9rimentalement par des t\u00e2ches d&rsquo;arithm\u00e9tique sous contrainte temporelle ou des menaces de choc \u00e9lectrique mineur) sur la cocontraction des muscles du tronc (\u00e9recteurs du rachis et abdominaux). Les sujets stress\u00e9s pr\u00e9sentent une sur-stabilisation lombaire continue, multipliant par deux la charge compressive subie par les disques intervert\u00e9braux, ce qui corrobore le lien direct entre charge psychique, cocontraction somatique et pr\u00e9valence des lombalgies chroniques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que les voies neuro-anatomiques de la cocontraction soient universellement partag\u00e9es par l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la mani\u00e8re dont le corps r\u00e9gule ou exprime cette tension articulaire varie selon les repr\u00e9sentations culturelles de l&rsquo;effort, du contr\u00f4le de soi et de l&rsquo;expressivit\u00e9 \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales industrialis\u00e9es, marqu\u00e9es par des imp\u00e9ratifs d&rsquo;hyper-productivit\u00e9 et une valorisation de la tension volontaire, la pr\u00e9valence des troubles toniques li\u00e9s au stress (nuque raidie, crispation mandibulaire via la cocontraction des mass\u00e9ters et temporaux) est largement document\u00e9e. La r\u00e9ponse corporelle dominante face \u00e0 la menace ou \u00e0 la surcharge mentale prend la forme d&rsquo;un armement musculaire permanent, souvent normalis\u00e9 par les individus jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la douleur physique apparaisse.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, plusieurs traditions corporelles et martiales orientales (telles que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tai-chi-chuan\">Tai-chi-chuan<\/a>, le Qi Gong ou le yoga traditionnel) reposent sur une d\u00e9construction m\u00e9thodique et explicite de la cocontraction r\u00e9flexe. L&rsquo;enseignement de ces disciplines insiste sur le concept de <em>Song<\/em> (rel\u00e2chement dynamique vigilant en pens\u00e9e chinoise), qui prescrit l&rsquo;\u00e9limination de toute force antagoniste inutile pour permettre la libre circulation de la force cin\u00e9tique. Les pratiquants experts apprennent \u00e0 substituer la raideur produite par la cocontraction musculaire par une organisation posturale squelettique align\u00e9e avec la gravit\u00e9, t\u00e9moignant de la mall\u00e9abilit\u00e9 \u00e9ducative et culturelle des automatismes d&rsquo;imp\u00e9dance motrice.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le concept de cocontraction fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats scientifiques, tant sur le plan de sa mesure que sur celui de son interpr\u00e9tation fonctionnelle :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse majeure concerne les <strong>m\u00e9thodologies de calcul par EMG<\/strong>. Il n&rsquo;existe \u00e0 l&rsquo;heure actuelle aucun consensus international absolu sur la formule math\u00e9matique id\u00e9ale de l&rsquo;indice de cocontraction. Selon que l&rsquo;indice pond\u00e8re davantage le niveau absolu de tension du muscle le plus faible ou le ratio relatif entre les deux signaux, les r\u00e9sultats d&rsquo;une m\u00eame exp\u00e9rience peuvent diverger consid\u00e9rablement. De plus, le signal EMG de surface est sujet \u00e0 des artefacts physiques complexes, notamment la conduction crois\u00e9e (<em>cross-talk<\/em>), qui se produit lorsque l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique d&rsquo;un muscle volumineux est capt\u00e9e \u00e0 tort par l&rsquo;\u00e9lectrode plac\u00e9e sur le muscle antagoniste voisin, surestimant artificiellement la cocontraction r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Un second point de friction r\u00e9side dans le <strong>statut adaptatif versus inadapt\u00e9<\/strong> de la cocontraction dans le vieillissement. Si une majorit\u00e9 de chercheurs consid\u00e8rent que la cocontraction accrue des personnes \u00e2g\u00e9es est une compensation protectrice efficace face \u00e0 la d\u00e9gradation des aff\u00e9rences sensorielles et \u00e0 la fonte musculaire (sarcop\u00e9nie), d&rsquo;autres auteurs soulignent qu&rsquo;elle constitue en r\u00e9alit\u00e9 un cercle vicieux. En augmentant la rigidit\u00e9, la cocontraction emp\u00eache les ajustements posturaux rapides et adaptatifs n\u00e9cessaires pour rattraper un d\u00e9s\u00e9quilibre impr\u00e9vu, pr\u00e9cipitant l&rsquo;issue catastrophique de la chute.<\/p>\n<p>Enfin, dans le champ de la psychiatrie et de la psychosomatique, la d\u00e9marcation entre une cocontraction fonctionnelle induite par un \u00e9tat de stress transitoire et une v\u00e9ritable catatonie ou dystonie de conversion demeure difficile \u00e0 tracer avec certitude. La sur-m\u00e9dicalisation de ces \u00e9tats moteurs de verrouillage sous forme de pathologies neurologiques structurelles occulte parfois des conflits psychiques sous-jacents qui s&rsquo;expriment primitivement par une mise sous tension corporelle bilat\u00e9rale indissoluble.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou conceptuel, il est essentiel de distinguer la cocontraction de plusieurs notions neuromusculaires et psychomotrices voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Inhibition r\u00e9ciproque :<\/strong> M\u00e9canisme neurophysiologique antagoniste direct de la cocontraction, par lequel l&rsquo;activation motrice d&rsquo;un agoniste provoque, via un interneurone inhibiteur spinal (Ia), le rel\u00e2chement passif concomitant du muscle oppos\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Co-activation :<\/strong> Terme souvent employ\u00e9 comme synonyme dans la litt\u00e9rature anglophone, mais qui poss\u00e8de une acception plus large ; la co-activation peut d\u00e9signer la contraction simultan\u00e9e de plusieurs muscles synergistes participant au m\u00eame mouvement (et pas n\u00e9cessairement de paires antagonistes oppos\u00e9es).<\/li>\n<li><strong>Raideur articulaire (joint stiffness) :<\/strong> Propri\u00e9t\u00e9 m\u00e9canique passive et active d\u00e9finie par le rapport entre la variation de force appliqu\u00e9e et la variation de d\u00e9placement r\u00e9sultante. La cocontraction est l&rsquo;un des moyens physiologiques pour moduler activement la raideur articulaire, mais la raideur d\u00e9pend \u00e9galement des propri\u00e9t\u00e9s visco\u00e9lastiques intrins\u00e8ques des tendons, fascias et capsules.<\/li>\n<li><strong>Spasticit\u00e9 :<\/strong> Trouble moteur caract\u00e9ris\u00e9 par une augmentation vitesse-d\u00e9pendante du r\u00e9flexe myotatique cons\u00e9cutif \u00e0 une l\u00e9sion de la voie pyramidale. Si la spasticit\u00e9 favorise l&rsquo;apparition de cocontractions involontaires lors du mouvement, elle rel\u00e8ve d&rsquo;une d\u00e9sinhibition r\u00e9flexe pathologique et non d&rsquo;une strat\u00e9gie d&rsquo;imp\u00e9dance adaptative normale.<\/li>\n<li><strong>Dystonie :<\/strong> Syndrome neurologique caract\u00e9ris\u00e9 par des contractions musculaires soutenues ou intermittentes, provoquant des mouvements anormaux r\u00e9p\u00e9titifs ou des postures contraintes. La cocontraction agoniste-antagoniste y est permanente, chaotique et ind\u00e9pendante des n\u00e9cessit\u00e9s m\u00e9caniques de l&rsquo;environnement.<\/li>\n<li><strong>Tonus musculaire :<\/strong> \u00c9tat permanent de tension r\u00e9siduelle l\u00e9g\u00e8re qui persiste dans un muscle sain au repos. La cocontraction repr\u00e9sente une \u00e9l\u00e9vation volontaire ou inconsciente, phasique ou tonique, bien au-del\u00e0 de ce niveau basal de repos.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La cocontraction musculaire s&rsquo;impose comme une composante cardinale du comportement sensori-moteur humain, articulant \u00e9troitement les imp\u00e9ratifs m\u00e9caniques du mouvement et les \u00e9tats affectifs internes :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle consiste en l&rsquo;activation concomitante de muscles antagonistes agissant autour d&rsquo;une articulation, r\u00e9gulant activement la raideur m\u00e9canique de cette derni\u00e8re.<\/li>\n<li>Elle constitue une r\u00e9ponse adaptative fondamentale du syst\u00e8me nerveux face \u00e0 l&rsquo;incertitude environnementale, \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 de la t\u00e2che ou \u00e0 l&rsquo;apprentissage d&rsquo;un geste nouveau (gel des degr\u00e9s de libert\u00e9 selon Bernstein).<\/li>\n<li>Elle permet d&rsquo;absorber instantan\u00e9ment les perturbations ext\u00e9rieures sans attendre le traitement temporellement diff\u00e9r\u00e9 des boucles r\u00e9flexes et de r\u00e9duire la variabilit\u00e9 caus\u00e9e par le bruit moteur interne.<\/li>\n<li>Elle repr\u00e9sente le corr\u00e9lat neuromoteur direct de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, du stress psychosocial et de l&rsquo;hyperarousal, se traduisant par une rigidification posturale de d\u00e9fense corporelle.<\/li>\n<li>Son utilisation excessive ou pathologique entra\u00eene un co\u00fbt m\u00e9tabolique massif, une usure pr\u00e9matur\u00e9e des articulations, des douleurs musculaires chroniques et une perte de fluidit\u00e9 cin\u00e9matique.<\/li>\n<li>Son \u00e9valuation repose principalement sur le recueil \u00e9lectromyographique de surface (sEMG) et le calcul d&rsquo;indices d&rsquo;activation conjointe (CCI).<\/li>\n<li>La r\u00e9\u00e9ducation kin\u00e9sith\u00e9rapique, l&rsquo;ergonomie, la psychomotricit\u00e9 et les disciplines psycho-corporelles visent \u00e0 r\u00e9apprendre \u00e0 l&rsquo;individu \u00e0 moduler ou inhiber cette cocontraction pour retrouver une flexibilit\u00e9 motrice optimale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bernstein, N. A. (1967). <em>The co-ordination and regulation of movements<\/em>. Pergamon Press.<\/li>\n<li>De Luca, C. J., &amp; Mambrito, B. (1987). Voluntary control of motor units in human antagonist muscles: Coactivation and reciprocal inhibition. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 58(3), 525\u2013542. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1987.58.3.525\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1987.58.3.525<\/a><\/li>\n<li>Feldman, A. G. (1986). Once more on the equilibrium-point hypothesis (lambda model) for motor control. <em>Journal of Motor Behavior<\/em>, 18(1), 17\u201354. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00222895.1986.10735369\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00222895.1986.10735369<\/a><\/li>\n<li>Gribble, P. L., Mullin, L. I., Cothros, N., &amp; Mattar, A. (2003). Role of cocontraction in arm movement accuracy. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 89(5), 2396\u20132405. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.01020.2002\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.01020.2002<\/a><\/li>\n<li>Hogan, N. (1984). Adaptive control of mechanical impedance by coactivation of antagonist muscles. <em>IEEE Transactions on Automatic Control<\/em>, 29(8), 681\u2013690. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1109\/TAC.1984.1103644\">https:\/\/doi.org\/10.1109\/TAC.1984.1103644<\/a><\/li>\n<li>Sherrington, C. S. (1906). <em>The integrative action of the nervous system<\/em>. Yale University Press.<\/li>\n<li>van Die\u00ebn, J. H., Kingma, I., &amp; van der Bug, P. (2003). Evidence for a role of trunk muscle cocontraction in spine stabilization: A review. <em>Journal of Electromyography and Kinesiology<\/em>, 13(4), 333\u2013346. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1050-6411(03)00041-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1050-6411(03)00041-5<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les m\u00e9canismes de la cocontraction musculaire : d\u00e9finition, contr\u00f4le d&rsquo;imp\u00e9dance, neurophysiologie motrice et impact de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sur la raideur articulaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[32686,459,2411],"tags":[1562,40246,37397,6407,1726,11821],"class_list":["post-23722","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-controle-moteur","category-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-biomecanique","tag-cocontraction","tag-electromyographie","tag-inhibition-reciproque","tag-psychomotricite","tag-raideur-articulaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23722","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23722\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23722"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23722"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23722"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}