{"id":23703,"date":"2026-10-31T16:56:32","date_gmt":"2026-10-31T16:56:32","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sevrage-cocaine-neurobiologie-clinique"},"modified":"2026-10-31T16:56:32","modified_gmt":"2026-10-31T16:56:32","slug":"sevrage-cocaine-neurobiologie-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sevrage-cocaine-neurobiologie-clinique","title":{"rendered":"Sevrage de la coca\u00efne : Neurobiologie et clinique"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9r\u00e9gulation affective aigu\u00eb et un effondrement du tonus dopaminergique central, le sevrage de la coca\u00efne constitue l&rsquo;une des phases les plus critiques et p\u00e9rilleuses du trouble de l&rsquo;usage de substances psychoactives. Loin de se limiter \u00e0 une simple fatigue transitoire, ce processus psychopathologique confronte le patient \u00e0 une angoisse existentielle majeure, \u00e0 une ananh\u00e9donie profonde et \u00e0 un risque suicidaire pr\u00e9gnant. Comprendre les m\u00e9canismes intimes de cette rupture neurobiologique s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour tout clinicien engag\u00e9 dans le traitement des addictions contemporaines.<\/p>\n<h2>Sevrage de la coca\u00efne<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>sevrage de la coca\u00efne<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des sympt\u00f4mes cliniques, \u00e9motionnels, cognitifs et neurobiologiques qui se manifestent \u00e0 la suite de la cessation abrupte ou de la r\u00e9duction substantielle d&rsquo;une consommation prolong\u00e9e et massive de cette substance stimulante. Diagnostiqu\u00e9 selon les classifications internationales sous l&rsquo;appellation de syndrome de sevrage aux stimulants, il se distingue par une alt\u00e9ration majeure de l&rsquo;humeur, une inhibition psychomotrice prononc\u00e9e et une perturbation s\u00e9v\u00e8re des fonctions v\u00e9g\u00e9tatives et h\u00e9doniques fondamentales.<\/p>\n<p>Contrairement aux syndromes de sevrage provoqu\u00e9s par les d\u00e9presseurs du syst\u00e8me nerveux central comme l&rsquo;alcool ou les opio\u00efdes, le sevrage de la coca\u00efne n&rsquo;engendre que rarement des d\u00e9faillances v\u00e9g\u00e9tatives directement l\u00e9tales telles que le delirium tremens ou les d\u00e9charges adr\u00e9nergiques neuromusculaires massives. N\u00e9anmoins, il se caract\u00e9rise par une intensit\u00e9 affective redoutable o\u00f9 dominent la dysphorie, l&rsquo;anh\u00e9donie, l&rsquo;\u00e9puisement psychophysique, des perturbations du sommeil et un \u00e9tat de manque compulsif d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>craving<\/em>. Cette souffrance psychique aigu\u00eb s&rsquo;enracine dans des perturbations fonctionnelles c\u00e9r\u00e9brales profondes, touchant les r\u00e9seaux m\u00e9socorticolimbiques responsables de la motivation, de l&rsquo;\u00e9valuation du renforcement et de la r\u00e9gulation de l&rsquo;affectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, ce syndrome constitue une \u00e9preuve de vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame au cours de laquelle le risque de rechute imm\u00e9diate est maximal, aliment\u00e9 par le besoin compulsif de soulager la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle par une nouvelle prise de toxique. Sa prise en charge requiert ainsi une compr\u00e9hension holistique combinant l&rsquo;\u00e9valuation psychiatrique du risque suicidaire, la surveillance m\u00e9dicale des comorbidit\u00e9s somatiques et l&rsquo;instauration imm\u00e9diate d&rsquo;un cadre th\u00e9rapeutique soutenant.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme <em>sevrage<\/em> provient du latin vulgaire <em>seperare<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du latin classique <em>separare<\/em>, signifiant \u00ab s\u00e9parer \u00bb, \u00ab disjoindre \u00bb ou \u00ab isoler \u00bb. Initialement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon d\u00e9finitif de l&rsquo;allaitement maternel chez l&rsquo;enfant ou le jeune animal, le vocable s&rsquo;est progressivement \u00e9tendu au champ biom\u00e9dical et toxicologique au cours du XIXe et du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer la rupture pharmacologique brutale ou progressive entre un organisme vivant et une substance exog\u00e8ne dont il est devenu d\u00e9pendant.<\/p>\n<p>Le mot <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coca%C3%AFne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">coca\u00efne<\/a> trouve son origine dans le terme quechua <em>kuka<\/em>, d\u00e9signant l&rsquo;arbuste <em>Erythroxylum coca<\/em> dont les feuilles sont mastiqu\u00e9es depuis des mill\u00e9naires par les peuples andins pour leurs propri\u00e9t\u00e9s stimulantes et adaptog\u00e8nes. Le compos\u00e9 alcalo\u00efde pur a \u00e9t\u00e9 isol\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1855 par le chimiste allemand Friedrich Gaedcke, qui le nomma initialement <em>\u00e9rythroxyline<\/em>, avant qu&rsquo;Albert Niemann ne perfectionne sa purification en 1859-1860 et ne forge le terme moderne en adjoignant au radical indig\u00e8ne le suffixe chimique <em>-ine<\/em> (d\u00e9signant les alcalo\u00efdes azot\u00e9s).<\/p>\n<p>L&rsquo;expression combin\u00e9e \u00ab sevrage de la coca\u00efne \u00bb a fait son entr\u00e9e formelle dans la nosographie psychiatrique internationale dans le sillage des travaux de la neuropsychiatrie am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1980, en particulier sous l&rsquo;influence des recherches de Frank Gawin et Herbert Kleber. Auparavant, la doctrine m\u00e9dicale dominante consid\u00e9rait erron\u00e9ment la coca\u00efne comme une substance incapable d&rsquo;induire une v\u00e9ritable \u00ab d\u00e9pendance physique \u00bb, r\u00e9servant le concept de sevrage aux mol\u00e9cules occasionnant des signes physiques visc\u00e9raux ostensibles.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : <strong>[s\u0259v\u0281a\u0292 d\u0259 la k\u0254ka.in]<\/strong>. Le terme <em>sevrage<\/em> est un nom commun masculin singulier, tandis que <em>coca\u00efne<\/em> est un nom commun f\u00e9minin singulier, ici pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la pr\u00e9position \u00e9lid\u00e9e et de l&rsquo;article d\u00e9fini contract\u00e9. Le terme s&#8217;emploie \u00e9galement sous les variantes syntaxiques \u00ab sevrage coca\u00efnique \u00bb (o\u00f9 l&rsquo;adjectif relationnel remplace le compl\u00e9ment de nom) ou \u00ab sevrage \u00e0 la coca\u00efne \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature nosologique francophone contemporaine, notamment au sein des traductions officielles du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR) et de la Classification internationale des maladies (CIM-11), on rencontre plus largement la formule g\u00e9n\u00e9rique \u00ab Sevrage d&rsquo;autres stimulants ou de la coca\u00efne \u00bb (<em>Cocaine withdrawal<\/em> en anglais), attestant de l&rsquo;alignement des crit\u00e8res cliniques sur l&rsquo;ensemble de la classe des sympathomim\u00e9tiques d&rsquo;action centrale.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le sevrage de la coca\u00efne repr\u00e9sente la manifestation clinique \u00e9clatante d&rsquo;une rupture hom\u00e9ostatique au sein du syst\u00e8me nerveux central. Durant les phases d&rsquo;intoxication chronique, la coca\u00efne bloque de fa\u00e7on puissante les transporteurs pr\u00e9synaptiques des monoamines, au premier rang desquels figure le transporteur de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">dopamine<\/a> (DAT), mais \u00e9galement ceux de la s\u00e9rotonine (SERT) et de la noradr\u00e9naline (NET). Cette inhibition pharmacologique provoque une accumulation massive de neurom\u00e9diateurs dans la fente synaptique, stimulant intens\u00e9ment les r\u00e9cepteurs post-synaptiques et d\u00e9clenchant une cascade d&rsquo;effets euphorisants, moteurs et psychiques.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette hyperstimulation artificielle et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, le cerveau met en \u0153uvre des m\u00e9canismes neurochimiques de contre-r\u00e9gulation afin de pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9quilibre cellulaire : c&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne de plasticit\u00e9 neuroadaptative opposante. L&rsquo;organisme diminue la sensibilit\u00e9 et la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs post-synaptiques dopaminergiques de type D2 (ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>downregulation<\/em>), r\u00e9duit l&rsquo;activit\u00e9 de la tyrosine hydroxylase (enzyme limitante de la synth\u00e8se de dopamine) et alt\u00e8re la transcription g\u00e9nique par le biais de facteurs nucl\u00e9aires tels que DeltaFosB et CREB (cAMP response element-binding protein).<\/p>\n<p>Lorsque la mol\u00e9cule cesse brutalement d&rsquo;agir, ces contre-adaptations ne disparaissent pas instantan\u00e9ment : elles se trouvent d\u00e9masqu\u00e9es. La concentration extracellulaire de dopamine s&rsquo;effondre bien en de\u00e7\u00e0 des niveaux physiologiques de base, plongeant les voies m\u00e9solimbiques et m\u00e9socorticales dans un \u00e9tat d&rsquo;hypodopaminergie profonde. Cette \u00ab faillite chimique \u00bb se traduit sur le plan subjectif par un effondrement affectif complet o\u00f9 le sujet perd toute capacit\u00e9 \u00e0 ressentir du plaisir face aux renfor\u00e7ateurs naturels du quotidien : c&rsquo;est l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anhedonie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">anh\u00e9donie<\/a> clinique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9r\u00e9gulation des syst\u00e8mes du stress central vient aggraver le tableau. L&rsquo;interruption de la prise active l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et d\u00e9clenche une lib\u00e9ration massive de facteur de lib\u00e9ration de la corticotropine (CRF) dans l&rsquo;amygdale \u00e9tendue, ainsi qu&rsquo;une hyperactivit\u00e9 de la dynorphine au niveau du r\u00e9cepteur opio\u00efde kappa. Cette dynamique neurobiologique transforme le sevrage en une exp\u00e9rience de terreur psychique sourde, caract\u00e9ris\u00e9e par une intol\u00e9rance totale au stress, de l&rsquo;irritabilit\u00e9, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et une propension marqu\u00e9e aux id\u00e9ations parano\u00efdes ou auto-agressives.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement et \u00e9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la conceptualisation du sevrage coca\u00efnique est marqu\u00e9e par un revirement th\u00e9orique majeur au sein de la psychiatrie et de l&rsquo;addictologie modernes. D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, Sigmund Freud d\u00e9crivit avec acuit\u00e9, dans ses \u00e9crits de jeunesse (notamment dans son essai <em>\u00dcber Coca<\/em> en 1884), la phase de d\u00e9tresse psychologique cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;effet stimulant, tout en sous-estimant tragiquement son potentiel addictog\u00e8ne lorsqu&rsquo;il tenta d&rsquo;en faire un rem\u00e8de contre le morphinisme de son ami Ernst von Fleischl-Marxow. Tr\u00e8s vite, la multiplication des cas de d\u00e9pendance s\u00e9v\u00e8re sonna le glas de cet enthousiasme initial.<\/p>\n<p>Toutefois, tout au long de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, un dogme scientifique rigide s&rsquo;est impos\u00e9 dans la m\u00e9decine occidentale : une v\u00e9ritable d\u00e9pendance ne pouvait \u00eatre reconnue que si elle s&rsquo;accompagnait d&rsquo;un syndrome de sevrage physique ostensible et mesurable, calqu\u00e9 sur le mod\u00e8le classique des opiac\u00e9s ou de l&rsquo;\u00e9thanol (vomissements, diarrh\u00e9es, convulsions, tremblements v\u00e9g\u00e9tatifs). La coca\u00efne n&rsquo;engendrant pas ces manifestations corporelles spectaculaires, elle fut rel\u00e9gu\u00e9e durant plusieurs d\u00e9cennies au rang de substance n&rsquo;entra\u00eenant qu&rsquo;une simple \u00ab d\u00e9pendance psychologique \u00bb b\u00e9nigne, cens\u00e9e \u00eatre d\u00e9pourvue d&rsquo;un authentique substrat biologique de sevrage.<\/p>\n<p>Ce paradigme r\u00e9ducteur a vol\u00e9 en \u00e9clats au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 avec l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie massive de consommation de crack (coca\u00efne base fum\u00e9e) aux \u00c9tats-Unis et l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences mol\u00e9culaires. En 1986, Frank H. Gawin et Herbert D. Kleber publi\u00e8rent dans les <em>Archives of General Psychiatry<\/em> une \u00e9tude s\u00e9minale qui r\u00e9volutionna la compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne. Ils y d\u00e9crivirent minutieusement le d\u00e9cours temporel du sevrage sous la forme d&rsquo;un mod\u00e8le triphasique (le \u00ab crash \u00bb, le \u00ab sevrage proprement dit \u00bb et \u00ab l&rsquo;extinction \u00bb), d\u00e9montrant que la souffrance neuropsychiatrique ressentie r\u00e9sultait d&rsquo;alt\u00e9rations synaptiques tout aussi tangibles que les d\u00e9sordres visc\u00e9raux observ\u00e9s lors du sevrage aux narcotiques.<\/p>\n<p>Cette perc\u00e9e scientifique permit l&rsquo;int\u00e9gration officielle du diagnostic de sevrage de la coca\u00efne dans la troisi\u00e8me \u00e9dition r\u00e9vis\u00e9e du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III-R) en 1987. Depuis lors, l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle men\u00e9e notamment par Nora Volkow a corrobor\u00e9 ce mod\u00e8le en visualisant <em>in vivo<\/em> le d\u00e9ficit prolong\u00e9 de transporteurs et de r\u00e9cepteurs dopaminergiques chez les sujets abstinents, conf\u00e9rant au sevrage de la coca\u00efne son statut incontest\u00e9 de maladie neurologique et psychiatrique complexe.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique, la compr\u00e9hension moderne du sevrage s&rsquo;articule autour du <strong>mod\u00e8le des processus opposants<\/strong> initialement formul\u00e9 par Richard Solomon et John Corbit, puis transpos\u00e9 \u00e0 la neurobiologie de l&rsquo;addiction par George Koob et Michel Le Moal sous le concept d&rsquo;allostasie. Selon cette approche, l&rsquo;administration d&rsquo;une substance psychoactive d\u00e9clenche un \u00ab processus A \u00bb h\u00e9donique, positif et euphorisant, auquel l&rsquo;organisme r\u00e9pond imm\u00e9diatement en mobilisant un \u00ab processus B \u00bb aversif, compensatoire et r\u00e9ducteur. \u00c0 mesure que les consommations se r\u00e9p\u00e8tent, le processus A s&rsquo;\u00e9mousse par tol\u00e9rance, tandis que le processus B gagne en amplitude, en persistance et en inertie. Le sevrage repr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment la domination sans partage de ce processus B pathologique lorsque la mol\u00e9cule dispara\u00eet de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Au niveau cellulaire, le sevrage implique principalement l&rsquo;\u00e9puisement des stocks v\u00e9siculaires de dopamine dans l&rsquo;aire tegmentale ventrale (VTA) et le noyau accumbens, structure ma\u00eetresse du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_de_r%C3%A9compense\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">syst\u00e8me de r\u00e9compense<\/a>. Cette hypodopaminergie r\u00e9sulte \u00e0 la fois d&rsquo;une recapture bloqu\u00e9e de fa\u00e7on prolong\u00e9e suivie d&rsquo;une d\u00e9gradation enzymatique accrue par la monoamine oxydase (MAO) et la cat\u00e9chol-O-m\u00e9thyltransf\u00e9rase (COMT), et d&rsquo;une diminution drastique de la synth\u00e8se <em>de novo<\/em> du neurom\u00e9diateur.<\/p>\n<p>En compl\u00e9ment de la dopamine, la transmission s\u00e9rotoninergique subit une d\u00e9sorganisation majeure, expliquant l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 profonde, les troubles du contr\u00f4le des impulsions et l&rsquo;humeur d\u00e9pressive survenant lors du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sevrage_(toxicologie)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">sevrage<\/a>. Par ailleurs, les circuits noradr\u00e9nergiques du locus coeruleus, un temps surexcit\u00e9s, basculent dans une forme d&rsquo;\u00e9puisement p\u00e9riph\u00e9rique qui contraste avec une hypersensibilit\u00e9 centrale au stress m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;amygdale. Enfin, la transmission glutamatergique au sein du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian se trouve durablement alt\u00e9r\u00e9e, r\u00e9duisant drastiquement les capacit\u00e9s de contr\u00f4le ex\u00e9cutif et de prise de d\u00e9cision, ce qui emp\u00eache le patient d&rsquo;opposer une r\u00e9sistance cognitive efficace aux pulsions de r\u00e9alimentation toxique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, phases et dimensions<\/h3>\n<p>Le syndrome de sevrage de la coca\u00efne se d\u00e9ploie selon une temporalit\u00e9 dynamique et se d\u00e9compose en dimensions symptomatiques pr\u00e9cises qui \u00e9voluent au fil des semaines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Phase 1 : Le \u00ab Crash \u00bb (effondrement aigu, 24 \u00e0 72 heures) :<\/strong> Cette premi\u00e8re \u00e9tape survient imm\u00e9diatement apr\u00e8s la fin d&rsquo;un \u00e9pisode de consommation compulsive (binge). Elle se caract\u00e9rise par une chute brutale de l&rsquo;humeur, une anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique, un abattement physique total, une agitation psychomotrice c\u00e9dant rapidement le pas \u00e0 une asth\u00e9nie \u00e9crasante, une hyperphagie compensatrice et une hypersomnie prolong\u00e9e \u00e9maill\u00e9e de micro-r\u00e9veils angoissants et de cauchemars intenses. Le craving, initialement f\u00e9roce, peut temporairement s&rsquo;att\u00e9nuer \u00e0 mesure que le sujet sombre dans un sommeil comateux de r\u00e9cup\u00e9ration.<\/li>\n<li><strong>Phase 2 : Le sevrage proprement dit (1 \u00e0 10 semaines) :<\/strong> Marquant le retour progressif \u00e0 la veille vigile, cette phase est le c\u0153ur du trouble. L&rsquo;hypersomnie laisse place \u00e0 des insomnies s\u00e9v\u00e8res avec alt\u00e9ration de l&rsquo;architecture du sommeil paradoxal (rebond de sommeil REM). C&rsquo;est la p\u00e9riode de l&rsquo;anh\u00e9donie maximale, de la d\u00e9pression sans larmes, du vide existentiel et d&rsquo;une apathie motrice invalidante. Le craving ressurgit de fa\u00e7on cyclique, insidieuse et violente, fr\u00e9quemment d\u00e9clench\u00e9 par des indices environnementaux (stimuli conditionn\u00e9s), exposant l&rsquo;individu \u00e0 un risque immense de rechute.<\/li>\n<li><strong>Phase 3 : L&rsquo;extinction (plusieurs mois \u00e0 ann\u00e9es) :<\/strong> Au cours de cette phase d&rsquo;\u00e9volution prolong\u00e9e, l&rsquo;humeur de base et les rythmes circadiens se normalisent peu \u00e0 peu. Cependant, des r\u00e9miniscences soudaines et puissantes de craving peuvent survenir \u00e0 tout moment, de mani\u00e8re inattendue, lors de la r\u00e9exposition \u00e0 des contextes, des lieux, des personnes ou des \u00e9tats \u00e9motionnels autrefois associ\u00e9s \u00e0 la consommation de coca\u00efne.<\/li>\n<li><strong>La dimension affective et thymique :<\/strong> Comprend la dysphorie, la tristesse diffuse, l&rsquo;irritabilit\u00e9 explosive, l&rsquo;angoisse panique et le d\u00e9sespoir morose, fr\u00e9quemment accompagn\u00e9s de pens\u00e9es de ruine ou d&rsquo;autolyse.<\/li>\n<li><strong>La dimension cognitive et ex\u00e9cutive :<\/strong> Se manifeste par des difficult\u00e9s de concentration soutenue, un ralentissement id\u00e9atoire, des d\u00e9ficits de la m\u00e9moire de travail et une alt\u00e9ration de l&rsquo;inhibition motrice et verbale.<\/li>\n<li><strong>La dimension somatique et neurov\u00e9g\u00e9tative :<\/strong> Inclut des myalgies diffuses, des c\u00e9phal\u00e9es de tension, des frissons, une sensation de froid int\u00e9rieur, des tremblements distaux, des crampes abdominales et une modification globale de l&rsquo;app\u00e9tit.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le sevrage aigu post-binge en milieu hospitalier<\/strong><br \/>\nJulien, 34 ans, cadre financier, est admis aux urgences psychiatriques apr\u00e8s un \u00e9pisode ininterrompu de consommation de crack de 48 heures au cours duquel il a inhal\u00e9 plusieurs grammes de produit. \u00c0 son admission, il pr\u00e9sente un tableau caract\u00e9ristique de phase de crash : bradypsychie extr\u00eame, regard atone, propos d\u00e9cousus et tremblements mod\u00e9r\u00e9s des extr\u00e9mit\u00e9s. Julien exprime un d\u00e9go\u00fbt absolu de lui-m\u00eame, r\u00e9p\u00e9tant que sa vie est ruin\u00e9e et manifestant des id\u00e9es suicidaires sans plan concret imm\u00e9diat. Plac\u00e9 dans un environnement calme et s\u00e9curis\u00e9, il sombre rapidement dans un sommeil profond de pr\u00e8s de 18 heures d&rsquo;affil\u00e9e. \u00c0 son r\u00e9veil, il d\u00e9vore voracement deux plateaux-repas cons\u00e9cutifs, mais t\u00e9moigne d&rsquo;une angoisse d&rsquo;an\u00e9antissement grandissante et d&rsquo;un besoin obsessionnel de contacter son fournisseur pour \u00ab faire taire cette douleur \u00bb, illustrant le basculement rapide vers la seconde phase du sevrage.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : L&rsquo;anh\u00e9donie prolong\u00e9e en ambulatoire<\/strong><br \/>\nSarah, 28 ans, consommatrice r\u00e9guli\u00e8re de coca\u00efne par voie nasale depuis quatre ans, entame une d\u00e9marche de sevrage complet sous supervision addictologique ambulatoire apr\u00e8s trois semaines d&rsquo;arr\u00eat. Elle rapporte au clinicien une plainte singuli\u00e8re : bien qu&rsquo;elle n&rsquo;ait plus de sympt\u00f4mes physiques directs et qu&rsquo;elle r\u00e9ussisse \u00e0 dormir six heures par nuit, elle se d\u00e9crit comme un \u00ab fant\u00f4me \u00e9motionnel \u00bb. Elle est incapable d&rsquo;\u00e9prouver de la joie lors de ses interactions familiales, a perdu toute libido et n&rsquo;arrive \u00e0 trouver d&rsquo;int\u00e9r\u00eat ni dans son travail ni dans ses loisirs artistiques pass\u00e9s. Cette anh\u00e9donie profonde et invalidante, typique de l&rsquo;hypodopaminergie de la phase 2, la pousse \u00e0 rationaliser une \u00e9ventuelle \u00ab consommation r\u00e9cr\u00e9ative unique \u00bb, r\u00e9v\u00e9lant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par ce d\u00e9ficit h\u00e9donique prolong\u00e9.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et instruments de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse d&rsquo;un sevrage de la coca\u00efne requiert une d\u00e9marche s\u00e9miologique standardis\u00e9e, visant \u00e0 la fois \u00e0 quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du syndrome, \u00e0 monitorer l&rsquo;\u00e9tat de manque et \u00e0 d\u00e9pister les risques psychiatriques imm\u00e9diats. Le diagnostic repose formellement sur les crit\u00e8res du DSM-5, qui exigent la survenue d&rsquo;une humeur dysphorique accompagn\u00e9e d&rsquo;au moins deux des sept signes suivants apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat ou la r\u00e9duction d&rsquo;un usage prolong\u00e9 : fatigue, r\u00eaves intenses et d\u00e9sagr\u00e9ables, insomnie ou hypersomnie, augmentation de l&rsquo;app\u00e9tit, ralentissement ou agitation psychomotrice.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, plusieurs instruments valid\u00e9s permettent d&rsquo;objectiver la progression clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle CSSA (Cocaine Selective Severity Assessment) :<\/strong> \u00c9chelle de r\u00e9f\u00e9rence administr\u00e9e par un clinicien en 18 items, \u00e9valuant l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes sp\u00e9cifiques tels que le craving, la d\u00e9pression, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la fatigue, les perturbations de l&rsquo;app\u00e9tit et les signes v\u00e9g\u00e9tatifs au cours des 24 derni\u00e8res heures. Un score \u00e9lev\u00e9 est hautement pr\u00e9dictif de rechute pr\u00e9coce et permet d&rsquo;ajuster l&rsquo;intensit\u00e9 des interventions de soutien.<\/li>\n<li><strong>Le Questionnaire de Craving pour la Coca\u00efne (Cocaine Craving Questionnaire &#8211; CCQ) :<\/strong> D\u00e9clin\u00e9 sous forme compl\u00e8te ou br\u00e8ve (CCQ-Brief, CCQ-Now), il permet de diss\u00e9quer les composantes subjectives du manque (anticipation du soulagement, intention d&rsquo;usage, perte de contr\u00f4le per\u00e7ue).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;Inventaire de D\u00e9pression de Beck (BDI) et l&rsquo;\u00e9chelle MADRS :<\/strong> Utilis\u00e9s pour surveiller le niveau d&rsquo;effondrement thymique et discriminer la d\u00e9pression pharmacologique transitoire du sevrage d&rsquo;un \u00e9ventuel \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur comorbide ant\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9pistage toxicologique urinaire :<\/strong> Indispensable pour confirmer la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;abstinence, le principal m\u00e9tabolite de la coca\u00efne, la benzoylecgonine, restant d\u00e9tectable dans les urines pendant deux \u00e0 quatre jours apr\u00e8s un usage occasionnel, et jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e0 deux semaines chez les consommateurs massifs et chroniques en raison de son accumulation dans les tissus adipeux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et prise en charge th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique du sevrage de la coca\u00efne demeure un d\u00e9fi m\u00e9dical consid\u00e9rable, car il n&rsquo;existe \u00e0 ce jour aucun traitement pharmacologique de substitution ayant re\u00e7u une autorisation de mise sur le march\u00e9 officielle avec un niveau de preuve \u00e9quivalent \u00e0 celui de la m\u00e9thadone pour les opio\u00efdes ou de la substitution nicotinique pour le tabac. L&rsquo;approche clinique repose donc sur une combinaison pragmatique de soutien symptomatique, de psychoth\u00e9rapie structur\u00e9e et d&rsquo;am\u00e9nagements environnementaux.<\/p>\n<p>Sur le versant m\u00e9dical, plusieurs strat\u00e9gies pharmacologiques \u00ab hors AMM \u00bb sont fr\u00e9quemment explor\u00e9es par les \u00e9quipes sp\u00e9cialis\u00e9es pour soulager la d\u00e9tresse du patient. Les antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques ou mixtes n&rsquo;ont pas d\u00e9montr\u00e9 d&rsquo;efficacit\u00e9 robuste pour r\u00e9duire le craving dans la phase aigu\u00eb, mais ils conservent une indication imp\u00e9rative si un trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 persiste au-del\u00e0 de trois \u00e0 quatre semaines d&rsquo;abstinence. Pour restaurer transitoirement le tonus dopaminergique sans induire de renforcement addictif, des agonistes indirects ou des modulateurs tels que le bupropion, le modafinil ou l&rsquo;amantadine ont fait l&rsquo;objet de nombreux essais cliniques, montrant des r\u00e9sultats modestes mais encourageants chez des sous-groupes de patients sp\u00e9cifiques. Les stabilisateurs de l&rsquo;humeur et anti\u00e9pileptiques modulateurs du GABA et du glutamate, comme le topiramate ou la N-ac\u00e9tylcyst\u00e9ine (antioxydant modulant les \u00e9changes cystine\/glutamate), sont \u00e9galement \u00e9tudi\u00e9s pour juguler l&rsquo;impulsivit\u00e9 et le craving contextuel.<\/p>\n<p>Le pilier th\u00e9rapeutique fondamental demeure la prise en charge psychosociale et comportementale. Les th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC), ax\u00e9es sur la pr\u00e9vention de la rechute, l&rsquo;identification des d\u00e9clencheurs internes et externes et l&rsquo;acquisition de strat\u00e9gies de coping, constituent le traitement de premier choix. L&rsquo;approche par <strong>renforcement communautaire (CRA)<\/strong>, souvent coupl\u00e9e \u00e0 la <strong>gestion des contingences (Contingency Management)<\/strong> \u2014 un dispositif accordant des r\u00e9compenses mat\u00e9rielles ou des bons d&rsquo;achat en \u00e9change d&rsquo;\u00e9chantillons urinaires attestant de l&rsquo;abstinence \u2014 affiche la plus grande efficacit\u00e9 empirique d\u00e9montr\u00e9e pour maintenir les patients engag\u00e9s dans les soins durant les semaines p\u00e9rilleuses du sevrage pr\u00e9coce.<\/p>\n<h3>11. Recherche scientifique et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations neurobiologiques contemporaines ont profond\u00e9ment \u00e9clair\u00e9 les bases c\u00e9r\u00e9brales du sevrage coca\u00efnique gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;imagerie par \u00e9mission de positons (TEP) et \u00e0 l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf). Les travaux pionniers de Nora Volkow ont d\u00e9montr\u00e9 que les patients abstinents pr\u00e9sentent une diminution frappante de la disponibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques striataux D2 qui peut persister pendant de longs mois, voire des ann\u00e9es, apr\u00e8s la derni\u00e8re consommation. Ce d\u00e9ficit structurel et fonctionnel corr\u00e8le directement avec le niveau d&rsquo;hypom\u00e9tabolisme mesur\u00e9 dans le cortex orbitofrontal et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, expliquant l&rsquo;incapacit\u00e9 chronique des patients \u00e0 r\u00e9guler leurs impulsions et \u00e0 r\u00e9agir de fa\u00e7on adapt\u00e9e aux motivations naturelles.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche fondamentale s&rsquo;est concentr\u00e9e sur les m\u00e9canismes de plasticit\u00e9 synaptique au sein des synapses glutamatergiques du noyau accumbens. Des chercheurs comme Peter Kalivas ont mis en \u00e9vidence une alt\u00e9ration de l&rsquo;hom\u00e9ostasie du glutamate cons\u00e9cutive \u00e0 la sous-r\u00e9gulation du transporteur glial GLT-1 lors du sevrage. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne induit une hyperexcitabilit\u00e9 pathologique des circuits cortico-striataux lors de la confrontation \u00e0 des stimuli associ\u00e9s \u00e0 la drogue, fournissant une explication m\u00e9canistique \u00e0 la brutalit\u00e9 des rechutes survenant m\u00eame apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d&rsquo;extinction.<\/p>\n<p>Les pistes th\u00e9rapeutiques les plus r\u00e9centes explorent la neuromodulation non invasive. La stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (rTMS) appliqu\u00e9e sur le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral (DLPFC) fait l&rsquo;objet de larges essais randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s. Les r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires indiquent que la stimulation corticale permet de r\u00e9activer les voies ex\u00e9cutives d\u00e9faillantes, de restaurer partiellement la connectivit\u00e9 fonctionnelle fronto-striatale et de diminuer de fa\u00e7on significative l&rsquo;intensit\u00e9 du craving chez les patients en phase de sevrage subaigu.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du sevrage de la coca\u00efne sont intimement modul\u00e9es par les contextes socioculturels et les modes de consommation adopt\u00e9s par les usagers. Il existe une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 clinique consid\u00e9rable entre l&rsquo;usage nasal de chlorhydrate de coca\u00efne (\u00ab sniff \u00bb), souvent int\u00e9gr\u00e9 dans des contextes festifs, professionnels ou festifs-nocturnes chez des sujets conservant une certaine insertion sociale, et l&rsquo;usage de coca\u00efne bas\u00e9e fum\u00e9e (\u00ab crack \u00bb) ou inject\u00e9e (\u00ab slam \u00bb), fr\u00e9quemment associ\u00e9 \u00e0 des contextes de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame, de marginalisation urbaine et de polyconsommation chaotique.<\/p>\n<p>Le sevrage du crack se distingue g\u00e9n\u00e9ralement par une survenue beaucoup plus fulgurante, un effondrement psychique d&rsquo;une violence inou\u00efe et une dissociation affective plus marqu\u00e9e, d\u00e9coulant de la cin\u00e9tique pharmacocin\u00e9tique ultra-rapide de l&rsquo;inhalation pulmonaire qui sature instantan\u00e9ment les r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux. Chez ces usagers hautement vuln\u00e9rables, les sympt\u00f4mes de sevrage sont fr\u00e9quemment exacerb\u00e9s par la malnutrition, la dette de sommeil chronique, l&rsquo;absence de logement stable et la pr\u00e9gnance des traumatismes psychiques complexes sous-jacents.<\/p>\n<p>En outre, la stigmatisation soci\u00e9tale pesant sur les usagers de coca\u00efne constitue un frein massif \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s aux dispositifs de sevrage. La peur des poursuites judiciaires, la honte ressentie face \u00e0 la perte de contr\u00f4le et la m\u00e9connaissance du fait que le sevrage engendre une r\u00e9elle souffrance neurobiologique conduisent de nombreuses personnes \u00e0 vivre leur d\u00e9tresse dans l&rsquo;isolement le plus complet. Les approches transculturelles soulignent \u00e9galement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;adapter les interventions th\u00e9rapeutiques aux repr\u00e9sentations de la sant\u00e9 mentale et de l&rsquo;addiction propres \u00e0 chaque communaut\u00e9, en veillant \u00e0 ne pas r\u00e9duire la personne en sevrage \u00e0 son seul d\u00e9sordre synaptique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites nosologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa reconnaissance m\u00e9dicale, le syndrome de sevrage de la coca\u00efne continue de susciter des controverses et des d\u00e9bats conceptuels au sein de la communaut\u00e9 addictologique internationale. L&rsquo;une des critiques historiques les plus tenaces repose sur l&rsquo;absence de biomarqueurs univoques ou de signes vitaux objectifs permettant de d\u00e9limiter formellement le sevrage, \u00e0 la diff\u00e9rence des variations h\u00e9modynamiques et thermiques nettes observ\u00e9es lors du sevrage des opiac\u00e9s ou de l&rsquo;alcool. Cette variabilit\u00e9 interindividuelle pousse certains auteurs \u00e0 questionner le caract\u00e8re pr\u00e9dictible du mod\u00e8le triphasique de Gawin et Kleber, estimant qu&rsquo;une proportion notable d&rsquo;usagers ne traverse pas ces phases de mani\u00e8re lin\u00e9aire mais exp\u00e9rimente plut\u00f4t une d\u00e9tresse \u00e9motionnelle fluctuante et hautement d\u00e9pendante de l&rsquo;environnement imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat fondamental concerne la fronti\u00e8re nosologique entre le syndrome de sevrage proprement dit et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une comorbidit\u00e9 psychiatrique ind\u00e9pendante d\u00e9masqu\u00e9e par l&rsquo;arr\u00eat du toxique. Il s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement ardu pour le clinicien de distinguer une d\u00e9pression pharmacologique transitoire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;hypodopaminergie aigu\u00eb d&rsquo;un trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 pr\u00e9existant que la coca\u00efne servait \u00e0 auto-m\u00e9diquer. De m\u00eame, les \u00e9tats d&rsquo;agitation anxieuse ou les \u00e9l\u00e9ments pers\u00e9cutoires mineurs observ\u00e9s au d\u00e9but du sevrage soul\u00e8vent la question de leur chevauchement avec des troubles de la personnalit\u00e9 limite ou des spectres psychotiques d\u00e9butants.<\/p>\n<p>Enfin, le manque persistant d&rsquo;innovations pharmacoth\u00e9rapeutiques valid\u00e9es soul\u00e8ve une frustration \u00e9thique et clinique majeure. Certains chercheurs d\u00e9plorent le manque d&rsquo;investissements industriels dans le d\u00e9veloppement de mol\u00e9cules cibl\u00e9es pour le sevrage de la coca\u00efne, soulignant que l&rsquo;absence de traitement m\u00e9dicamenteux homologu\u00e9 contribue \u00e0 d\u00e9valoriser la reconnaissance de ce trouble aupr\u00e8s du grand public et des syst\u00e8mes de sant\u00e9, perp\u00e9tuant le mythe injuste d&rsquo;un trouble purement moral relevant uniquement de la volont\u00e9 individuelle.<\/p>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin de garantir une pr\u00e9cision diagnostique optimale, il convient de distinguer clairement le sevrage de la coca\u00efne de plusieurs concepts psychiatriques et toxicologiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Intoxication par la coca\u00efne :<\/strong> Repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9tat aigu caract\u00e9ris\u00e9 par une hyperactivit\u00e9 psychomotrice, une euphorie expansive, de la tachycardie, une mydriase et une vigilance exacerb\u00e9e r\u00e9sultant de la pr\u00e9sence active de la mol\u00e9cule dans l&rsquo;organisme, soit l&rsquo;exact miroir physiologique du sevrage.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de sevrage prolong\u00e9 (PAWS &#8211; Post-Acute Withdrawal Syndrome) :<\/strong> Se distingue du sevrage aigu par sa dur\u00e9e pouvant s&rsquo;\u00e9tendre sur des mois ou des ann\u00e9es. Il englobe une anh\u00e9donie subaigu\u00eb persistante, une r\u00e9activit\u00e9 \u00e9mouss\u00e9e aux r\u00e9compenses et une labilit\u00e9 affective r\u00e9siduelle li\u00e9es \u00e0 la lenteur de la neuroplasticit\u00e9 restauratrice c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li><strong>Tol\u00e9rance \u00e0 la coca\u00efne :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne pharmacologique d&rsquo;adaptation caract\u00e9ris\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;augmenter progressivement les doses pour obtenir un effet d&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9quivalente. La tol\u00e9rance peut coexister avec le sevrage mais renvoie \u00e0 l&rsquo;exposition au produit plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 son retrait.<\/li>\n<li><strong>Sevrage des opio\u00efdes :<\/strong> Contrairement au sevrage coca\u00efnique domin\u00e9 par l&rsquo;effondrement psychique et la l\u00e9thargie, le sevrage des opio\u00efdes se manifeste par un orage neurov\u00e9g\u00e9tatif p\u00e9riph\u00e9rique spectaculaire (rhinorrh\u00e9e, larmoiement, pilo\u00e9rection, diarrh\u00e9es motrices, vomissements et algies musculaires intenses).<\/li>\n<li><strong>Trouble d\u00e9pressif majeur (non induit) :<\/strong> Bien que ph\u00e9notypiquement similaire \u00e0 la phase dysphorique du sevrage, il survient en l&rsquo;absence de cessation r\u00e9cente de toxique et n\u00e9cessite des crit\u00e8res temporels sp\u00e9cifiques de p\u00e9rennit\u00e9 ind\u00e9pendants de l&rsquo;\u00e9limination pharmacologique d&rsquo;une substance psychoactive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le sevrage de la coca\u00efne est un syndrome neuropsychiatrique s\u00e9v\u00e8re cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;interruption d&rsquo;une consommation massive et chronique, sous-tendu par un \u00e9tat d&rsquo;hypodopaminergie centrale aigu\u00eb et une hyperactivation des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux du stress. Loin d&rsquo;\u00eatre une simple manifestation de paresse ou de d\u00e9prime passag\u00e8re, il plonge le patient dans une \u00e9preuve clinique d\u00e9coup\u00e9e en phases dynamiques, domin\u00e9es par une fatigue \u00e9crasante, une anh\u00e9donie profonde, une d\u00e9sorganisation du sommeil et un \u00e9tat de manque compulsif g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;un risque \u00e9lev\u00e9 de r\u00e9cidive toxique et de suicide.<\/p>\n<p>Son diagnostic repose sur l&rsquo;identification rigoureuse des crit\u00e8res nosologiques et peut \u00eatre quantifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;outils clinim\u00e9triques valid\u00e9s tels que l&rsquo;\u00e9chelle CSSA. En l&rsquo;absence actuelle de traitement pharmacologique substitutif sp\u00e9cifique approuv\u00e9 par les agences r\u00e9glementaires, la prise en charge repose de mani\u00e8re primordiale sur l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique, le confinement environnemental protecteur, la gestion des contingences et les psychoth\u00e9rapies cognitives et comportementales ax\u00e9es sur la restructuration du syst\u00e8me motivationnel.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Gawin, F. H., &#038; Kleber, H. D. (1986). Abstinence symptomatology and psychiatric impairment in 100 outpatients treated for cocaine abuse: A prospective study. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 43(2), 107-113. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1986.01800020013003\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1986.01800020013003<\/a><\/li>\n<li>Kampman, K. M., Volpicelli, J. R., McGinnis, D. E., Alterman, A. I., Weinrieb, R. M., D&rsquo;Angelo, L., &#038; Epperson, L. E. (1998). Reliability and validity of the Cocaine Selective Severity Assessment. <em>Addictive Behaviors<\/em>, 23(4), 449-461. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0306-4603(98)00008-8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0306-4603(98)00008-8<\/a><\/li>\n<li>Koob, G. F., &#038; Le Moal, M. (2001). Drug addiction, dysregulation of reward, and allostasis. <em>Neuropsychopharmacology<\/em>, 24(2), 97-129. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0893-133X(00)00195-0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0893-133X(00)00195-0<\/a><\/li>\n<li>Volkow, N. D., Fowler, J. S., Wang, G. J., Swanson, J. M., &#038; Telang, F. (2007). Dopamine in drug abuse and addiction: Results of imaging studies and treatment implications. <em>Archives of Neurology<\/em>, 64(11), 1575-1579. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneur.64.11.1575\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneur.64.11.1575<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sevrage de la coca\u00efne est un syndrome neuropsychiatrique provoqu\u00e9 par l&rsquo;arr\u00eat brutal d&rsquo;un usage chronique, marqu\u00e9 par une hypodopaminergie aigu\u00eb, une anh\u00e9donie profonde et un risque \u00e9lev\u00e9 de rechute.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,3800,958],"tags":[1260,964,15405,12352,1377,6411,40203],"class_list":["post-23703","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-neurosciences-comportementales","category-psychiatrie-clinique","tag-addiction","tag-anhedonie","tag-craving","tag-dependance","tag-dopamine","tag-neurobiologie","tag-sevrage-cocaine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23703\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}