{"id":23693,"date":"2026-10-31T16:33:23","date_gmt":"2026-10-31T16:33:23","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tremblement-grossier-semiologie-clinique"},"modified":"2026-10-31T16:33:23","modified_gmt":"2026-10-31T16:33:23","slug":"tremblement-grossier-semiologie-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=tremblement-grossier-semiologie-clinique","title":{"rendered":"Tremblement grossier : S\u00e9miologie clinique"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par des oscillations rythmiques lentes et d&rsquo;amplitude particuli\u00e8rement marqu\u00e9e, le tremblement grossier repr\u00e9sente l&rsquo;une des anomalies motrices les plus frappantes \u00e0 la fronti\u00e8re de la neurologie, de la pharmacologie et de la neuropsychiatrie. Qu&rsquo;il surgisse \u00e0 la suite d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement iatrog\u00e8ne lors d&rsquo;un traitement thymor\u00e9gulateur, au d\u00e9cours d&rsquo;une l\u00e9sion du tronc c\u00e9r\u00e9bral ou dans le cadre d&rsquo;un trouble neurologique fonctionnel, son apparition bouleverse profond\u00e9ment l&rsquo;autonomie motrice \u00e9l\u00e9mentaire et suscite une d\u00e9tresse psychologique consid\u00e9rable chez le patient. Une compr\u00e9hension s\u00e9miologique rigoureuse s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour d\u00e9celer son \u00e9tiologie sous-jacente, distinguer les atteintes sous-corticales des manifestations psychog\u00e8nes et instaurer une prise en charge th\u00e9rapeutique cibl\u00e9e et personnalis\u00e9e.<\/p>\n<h2>Le tremblement grossier (Coarse Tremor)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le tremblement grossier (fr\u00e9quemment d\u00e9nomm\u00e9 tremblement \u00e0 grande amplitude ou <em>coarse tremor<\/em> dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale anglophone) d\u00e9signe un mouvement involontaire, oscillatoire et r\u00e9gulier d&rsquo;un ou plusieurs segments corporels, caract\u00e9ris\u00e9 par une fr\u00e9quence basse (g\u00e9n\u00e9ralement comprise entre 2 et 5 hertz) et une amplitude visuellement ample et d\u00e9stabilisante. Contrairement aux tremblements fins et rapides observ\u00e9s lors des \u00e9tats d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou des dysfonctions thyro\u00efdiennes, cette perturbation motrice d\u00e9place de mani\u00e8re spectaculaire les membres affect\u00e9s par rapport \u00e0 leur axe d&rsquo;\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et neuropsychiatrique, ce trouble cin\u00e9tique ne constitue pas une entit\u00e9 nosologique autonome, mais un signe clinique cardinal traduisant une dysfonction s\u00e9v\u00e8re des boucles de r\u00e9gulation sensorimotrices. On l&rsquo;observe notamment dans les intoxications pharmacologiques aigu\u00ebs (particuli\u00e8rement par les sels de lithium ou les antid\u00e9presseurs tricycliques), lors des \u00e9tats de sevrage \u00e9thylique aigu comme le d\u00e9lirium tremens, dans les l\u00e9sions structurales c\u00e9r\u00e9belleuses ou rubro-thalamiques, ainsi que dans les manifestations conversives ou fonctionnelles s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact du tremblement \u00e0 grande amplitude d\u00e9passe largement la simple alt\u00e9ration motrice m\u00e9canique : il engendre une d\u00e9gradation drastique de la qualit\u00e9 de vie, alt\u00e8re l&rsquo;alimentation, l&rsquo;\u00e9criture et l&rsquo;hygi\u00e8ne personnelle, et induit un sentiment aigu d&rsquo;impuissance physique favorisant l&rsquo;isolement social, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire et les d\u00e9compensations d\u00e9pressives secondaires.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab tremblement \u00bb est issu de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>trembler<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du latin populaire <em>tremulare<\/em>, fr\u00e9quentatif du verbe latin classique <em>tremere<\/em>, qui signifie \u00ab s&rsquo;agiter d&rsquo;un mouvement convulsif \u00bb, \u00ab fr\u00e9mir \u00bb ou \u00ab trembler de peur \u00bb. Historiquement, la racine indo-europ\u00e9enne <em>*trem-<\/em> renvoie \u00e0 une vibration saccad\u00e9e ou \u00e0 une secousse r\u00e9flexe corporelle provoqu\u00e9e par une force ext\u00e9rieure ou une \u00e9motion indicible. Le qualificatif \u00ab grossier \u00bb, du bas-latin <em>grossus<\/em> (signifiant \u00e9pais, dense, lourd ou peu raffin\u00e9), a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 par la s\u00e9miologie m\u00e9dicale fran\u00e7aise pour qualifier un ph\u00e9nom\u00e8ne physique dont le grain ou l&rsquo;ondulation est massif, visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu sans appareil grossissant, par contraste avec les mouvements qualifi\u00e9s de \u00ab d\u00e9li\u00e9s \u00bb ou \u00ab fins \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, l&rsquo;expression <em>coarse tremor<\/em> est apparue au XIXe si\u00e8cle dans les trait\u00e9s de neurologie compar\u00e9e afin de distinguer les secousses amples des patients parkinsoniens ou c\u00e9r\u00e9belleux des micromouvements physiologiques exag\u00e9r\u00e9s d\u00e9sign\u00e9s comme <em>fine tremors<\/em>. L&rsquo;int\u00e9gration du terme en neuropsychiatrie s&rsquo;est stabilis\u00e9e au milieu du XXe si\u00e8cle, notamment avec l&rsquo;av\u00e8nement des premiers psychotropes de synth\u00e8se et l&rsquo;observation syst\u00e9matique des effets toxiques de la lithi\u00e9mie sur le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_extrapyramidal\">syst\u00e8me extrapyramidal<\/a> et les structures c\u00e9r\u00e9belleuses.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/t\u0281\u0251\u0303.bl\u0259.m\u0251\u0303 \u0261\u0281o.sje\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : des tremblements grossiers). Les formes synonymes admises dans le registre m\u00e9dical et clinique comprennent \u00ab tremblement \u00e0 large amplitude \u00bb, \u00ab tremblement ample \u00bb ou \u00ab tremblement \u00e0 basse fr\u00e9quence et grande amplitude \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le terme s&#8217;emploie principalement comme compl\u00e9ment d&rsquo;objet ou sujet d&rsquo;un \u00e9tat pathologique dans les observations d&rsquo;admission psychiatrique : \u00ab Le patient pr\u00e9sente un tremblement grossier des extr\u00e9mit\u00e9s sup\u00e9rieures lors des \u00e9preuves posturales. \u00bb En pratique nosologique internationale, la d\u00e9signation anglaise \u00ab coarse tremor \u00bb demeure fr\u00e9quemment rencontr\u00e9e entre parenth\u00e8ses dans les publications scientifiques francophones afin de standardiser les comparaisons \u00e9lectrophysiologiques.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, le tremblement grossier se situe \u00e0 l&rsquo;intersection de la biom\u00e9canique musculaire et du contr\u00f4le neurologique central. Toute activit\u00e9 motrice humaine r\u00e9sulte d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique permanent entre les muscles agonistes et antagonistes, modul\u00e9 par des r\u00e9troactions aff\u00e9rentes sensorielles et des boucles de r\u00e9troaction centrales reliant le cortex c\u00e9r\u00e9bral, les noyaux gris centraux, le cervelet et le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Lorsque ces m\u00e9canismes oscillatoires intrins\u00e8ques perdent leur capacit\u00e9 de synchronisation fine ou subissent une d\u00e9sinhibition massive, les impulsions neuronales se regroupent en salves p\u00e9riodiques de grande amplitude, provoquant des d\u00e9placements angulaires articulaires tr\u00e8s prononc\u00e9s.<\/p>\n<p>Contrairement au tremblement physiologique exacerb\u00e9 qui oscille g\u00e9n\u00e9ralement entre 8 et 12 Hz et demeure \u00e0 peine perceptible sans mise en tension posturale particuli\u00e8re, le tremblement \u00e0 grande amplitude pr\u00e9sente une p\u00e9riodicit\u00e9 lente oscillant entre 2,5 et 5 Hz. Cette basse fr\u00e9quence relative conf\u00e8re au mouvement son aspect majestueux, spectaculaire et incapacitant. Les articulations proximales (\u00e9paules, coudes, hanches) sont fr\u00e9quemment recrut\u00e9es aux c\u00f4t\u00e9s des articulations distales (poignets, doigts), ce qui entra\u00eene une trajectoire erratique des membres dans l&rsquo;espace tridimensionnel et une incapacit\u00e9 quasi totale \u00e0 accomplir des t\u00e2ches requ\u00e9rant de la pr\u00e9cision motrice fine.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re psychologique et comportementale, ce sympt\u00f4me cr\u00e9e un cercle vicieux particuli\u00e8rement pernicieux. L&rsquo;irruption d&rsquo;un tremblement ample perturbe l&rsquo;image corporelle, g\u00e9n\u00e8re une vive stigmatisation per\u00e7ue lors des interactions interpersonnelles et provoque une hyper-focalisation attentionnelle sur la commande motrice. Or, l&rsquo;effort conscient d\u00e9ploy\u00e9 par le patient pour inhiber volontairement une oscillation m\u00e9canique amplifie fr\u00e9quemment l&rsquo;activation adr\u00e9nergique centrale, exacerbant en retour l&rsquo;intensit\u00e9 des secousses musculaires.<\/p>\n<p>Sur le continuum \u00e9tiologique, le clinicien doit soigneusement appr\u00e9cier les conditions d&rsquo;apparition de ce tremblement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Au repos :<\/strong> le membre est soutenu contre la gravit\u00e9 et ne participe \u00e0 aucun mouvement intentionnel, comme dans les formes \u00e9volu\u00e9es de la maladie de Parkinson o\u00f9 le classique mouvement d&rsquo;\u00ab \u00e9miettement \u00bb prend une ampleur d\u00e9sorganisatrice.<\/li>\n<li><strong>En posture :<\/strong> le membre lutte activement contre la pesanteur (position du serment, bras tendus en avant), r\u00e9v\u00e9lant une instabilit\u00e9 tonique souvent li\u00e9e \u00e0 une toxicit\u00e9 pharmacologique ou m\u00e9tabolique.<\/li>\n<li><strong>\u00c0 l&rsquo;action ou intention :<\/strong> l&rsquo;oscillation s&rsquo;amplifie de mani\u00e8re dramatique au fur et \u00e0 mesure que la cible est approch\u00e9e (tremblement c\u00e9r\u00e9belleux cin\u00e9tique majeur ou tremblement de Holmes), t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9faillance du r\u00e9tro-contr\u00f4le proprioceptif rapide.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation des tremblements remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine, o\u00f9 Galien distinguait d\u00e9j\u00e0 le <em>tromos<\/em> (tremblement provoqu\u00e9 ou \u00e9motionnel) du <em>palmos<\/em> (secousse rythmique constante ou palpitation musculaire). Cependant, durant de nombreux si\u00e8cles, les secousses amples et lentes \u00e9taient indistinctement confondues avec la chor\u00e9e, les myoclonies, l&rsquo;\u00e9pilepsie partielle ou les manifestations de possession d\u00e9moniaque.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, en 1817, James Parkinson publie son c\u00e9l\u00e8bre <em>Essay on the Shaking Palsy<\/em>, dans lequel il isole avec pr\u00e9cision la paralysie agitante. Il y d\u00e9crit les secousses motrices involontaires de repos, sans toutefois disposer des moyens \u00e9lectrophysiologiques n\u00e9cessaires pour quantifier formellement l&rsquo;amplitude ou la fr\u00e9quence m\u00e9canique. C&rsquo;est \u00e0 Jean-Martin Charcot et aux cliniciens de l&rsquo;\u00c9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re, dans le dernier tiers du XIXe si\u00e8cle, que l&rsquo;on doit les premi\u00e8res distinctions ph\u00e9nom\u00e9nologiques capitales entre le tremblement de repos parkinsonien et le tremblement d&rsquo;intention ample et saccad\u00e9 caract\u00e9ristique de la scl\u00e9rose en plaques, immortalis\u00e9 sous le terme de \u00ab triade de Charcot \u00bb.<\/p>\n<p>Durant le premier conflit mondial, l&rsquo;observation des soldats traumatis\u00e9s par les bombardements (\u00ab obusite \u00bb ou <em>shell shock<\/em>) a confront\u00e9 les psychiatres et neurologues de l&rsquo;\u00e9poque, tels que Joseph Babinski et Jules Froment, \u00e0 des tremblements g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, amples et incoercibles. Babinski introduit alors la notion de \u00ab pithiatisme \u00bb pour d\u00e9signer ces tremblements spectaculaires r\u00e9versibles par la persuasion, posant les bases de la conceptualisation des tremblements fonctionnels ou psychog\u00e8nes contemporains.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;introduction du carbonate de lithium en psychiatrie par John Cade en 1949, puis sa g\u00e9n\u00e9ralisation pour le traitement du trouble bipolaire par Mogens Schou dans les ann\u00e9es 1960, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au monde m\u00e9dical l&rsquo;importance du tremblement grossier comme signal d&rsquo;alarme pharmacologique. Alors qu&rsquo;un tremblement fin \u00e9tait reconnu comme un effet secondaire b\u00e9nin fr\u00e9quent, l&rsquo;apparition d&rsquo;un tremblement ample et d\u00e9sorganis\u00e9 a \u00e9t\u00e9 corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une toxicit\u00e9 lithique potentiellement l\u00e9tale, transformant l&rsquo;examen des mouvements oscillatoires en un imp\u00e9ratif de surveillance clinique de routine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un tremblement \u00e0 grande amplitude implique la perturbation de vastes r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux hautement interconnect\u00e9s. Les deux architectures neuronales pr\u00e9pond\u00e9rantes impliqu\u00e9es sont la boucle cortico-striato-pallido-thalamo-corticale (syst\u00e8me des ganglions de la base) et le r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bello-rubro-olivo-c\u00e9r\u00e9belleux (triangle de Guillain-Mollaret).<\/p>\n<p>Dans les mod\u00e8les computationnels du contr\u00f4le moteur, le cervelet agit comme un simulateur pr\u00e9dictif interne charg\u00e9 d&rsquo;ajuster en temps r\u00e9el la force, la direction et le freinage du mouvement volontaire en int\u00e9grant les r\u00e9troactions proprioceptives. Lorsqu&rsquo;une l\u00e9sion isch\u00e9mique, tumorale, d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative ou toxique interrompt les voies eff\u00e9rentes c\u00e9r\u00e9belleuses (notamment au niveau du p\u00e9doncule c\u00e9r\u00e9belleux sup\u00e9rieur ou du noyau dentel\u00e9), le syst\u00e8me nerveux central devient incapable d&rsquo;amortir les corrections d&rsquo;erreur motrice. Le sujet d\u00e9passe sa cible (hyperm\u00e9trie) et tente une surcorrection brutale qui d\u00e9passe la trajectoire en sens inverse, cr\u00e9ant une oscillation ample, saccad\u00e9e et progressive qui culmine \u00e0 la fin du geste.<\/p>\n<p>Le tremblement rubral ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tremblement_(m%C3%A9decine)\">tremblement<\/a> m\u00e9senc\u00e9phalique de Holmes illustre le dysfonctionnement coupl\u00e9 de ces deux syst\u00e8mes. R\u00e9sultant d&rsquo;une l\u00e9sion touchant simultan\u00e9ment les projections nigrostri\u00e9es dopaminergiques et les aff\u00e9rences dentato-rubro-thalamiques, il produit un tremblement hybride remarquable par sa tr\u00e8s basse fr\u00e9quence (souvent inf\u00e9rieure \u00e0 4 Hz), son amplitude gigantesque et son expression combin\u00e9e au repos, en posture et lors de l&rsquo;action intentionnelle.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurochimique, la gen\u00e8se des tremblements amples toxiques implique une alt\u00e9ration majeure de l&rsquo;hom\u00e9ostasie des neurotransmetteurs. Une inhibition excessive de la transmission gabaergique c\u00e9r\u00e9belleuse ou un exc\u00e8s de transmission glutamatergique entra\u00eene une hypersynchronisation des d\u00e9charges des cellules de Purkinje. Dans le cas du sevrage \u00e9thylique aigu, la d\u00e9sinhibition soudaine des r\u00e9cepteurs NMDA coupl\u00e9e \u00e0 une sous-activation des r\u00e9cepteurs GABA-A induit un orage noradr\u00e9nergique central et p\u00e9riph\u00e9rique, provoquant un tremblement postural et cin\u00e9tique grossier accompagn\u00e9 d&rsquo;un tableau confusionnel et v\u00e9g\u00e9tatif s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse s\u00e9miologique d&rsquo;un tremblement grossier n\u00e9cessite une d\u00e9composition m\u00e9thodique selon plusieurs axes cliniques distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La fr\u00e9quence d&rsquo;oscillation :<\/strong> Typiquement comprise entre 2 et 5 cycles par seconde (Hz), cette cadence lente diff\u00e9rencie nettement le tremblement grossier des tremblements d&rsquo;action rapides (8 \u00e0 12 Hz) ou du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tremblement_essentiel\">tremblement essentiel<\/a> classique (4 \u00e0 8 Hz).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;amplitude spatiale :<\/strong> Elle est d\u00e9finie par l&rsquo;ampleur du d\u00e9placement angulaire du segment corporel mobilis\u00e9. Dans les formes s\u00e9v\u00e8res, le d\u00e9placement d&rsquo;un poignet ou d&rsquo;un membre entier peut d\u00e9passer 10 \u00e0 20 centim\u00e8tres, rendant impossible la pr\u00e9hension ou la station assise stable.<\/li>\n<li><strong>Le mode d&rsquo;activation pr\u00e9f\u00e9rentiel :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Tremblement de repos grossier :<\/em> typique des syndromes parkinsoniens \u00e9volu\u00e9s ou de certaines enc\u00e9phalopathies m\u00e9taboliques.<\/li>\n<li><em>Tremblement postural ample :<\/em> provoqu\u00e9 par le maintien actif d&rsquo;une attitude contre la pesanteur, fr\u00e9quent dans les intoxications pharmacologiques et les sevrages.<\/li>\n<li><em>Tremblement d&rsquo;intention cin\u00e9tique :<\/em> maximal \u00e0 l&rsquo;approche de la cible lors de l&rsquo;\u00e9preuve doigt-nez ou talon-genou, pathognomonique d&rsquo;une atteinte c\u00e9r\u00e9belleuse.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La topographie et la sym\u00e9trie :<\/strong> Le tremblement peut \u00eatre strictement unilat\u00e9ral (orientant vers une l\u00e9sion focale du tronc c\u00e9r\u00e9bral ou des noyaux gris centraux), asym\u00e9trique, ou sym\u00e9triquement bilat\u00e9ral et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (sugg\u00e9rant une \u00e9tiologie toxique, m\u00e9tabolique, iatrog\u00e8ne ou fonctionnelle).<\/li>\n<li><strong>La distractibilit\u00e9 et la variabilit\u00e9 :<\/strong> Une caract\u00e9ristique fondamentale permettant de suspecter une composante psychog\u00e8ne ou fonctionnelle r\u00e9side dans la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence sous l&rsquo;effet de stimuli ext\u00e9rieurs ou la disparition du tremblement lorsque l&rsquo;attention du patient est enti\u00e8rement d\u00e9tourn\u00e9e par une t\u00e2che cognitive complexe.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mieux appr\u00e9hender les multiples facettes de cette manifestation motrice, l&rsquo;examen de trois situations cliniques contrast\u00e9es s&rsquo;av\u00e8re \u00e9clairant :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;intoxication lithique chez une patiente bipolaire<\/strong><br \/>\nMadame D., 52 ans, suivie pour un trouble bipolaire de type I stabilis\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es sous carbonate de lithium, consulte en urgence pour l&rsquo;apparition brutale d&rsquo;un tremblement spectaculaire des deux membres sup\u00e9rieurs. \u00c0 l&rsquo;examen, le tremblement est bilat\u00e9ral, pr\u00e9sent au maintien d&rsquo;attitude et consid\u00e9rablement major\u00e9 lors du mouvement intentionnel. Ses mains oscillent avec une amplitude telle qu&rsquo;elle ne parvient plus \u00e0 porter un verre d&rsquo;eau \u00e0 ses l\u00e8vres sans le renverser. L&rsquo;interrogatoire r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9shydratation r\u00e9cente cons\u00e9cutive \u00e0 une gastro-ent\u00e9rite aigu\u00eb conjugu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autom\u00e9dication par un anti-inflammatoire non st\u00e9ro\u00efdien (AINS). Le dosage s\u00e9rique en urgence confirme une lithi\u00e9mie toxique \u00e0 2,1 mEq\/L (pour une zone th\u00e9rapeutique vis\u00e9e de 0,6 \u00e0 0,8 mEq\/L). Le tremblement grossier repr\u00e9sentait ici le signe avant-coureur neurologique d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie lithique majeure.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Le tremblement fonctionnel post-traumatique<\/strong><br \/>\nMonsieur T., 34 ans, victime d&rsquo;un accident de la circulation sans traumatisme cr\u00e2nien objectivable ni l\u00e9sion rachidienne, d\u00e9veloppe deux mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement un tremblement tr\u00e8s ample et continu de la jambe droite. L&rsquo;oscillation est lente, d\u00e9sordonn\u00e9e, et se propage parfois au tronc lors de la station debout. L&rsquo;examen neurologique sp\u00e9cialis\u00e9 met en \u00e9vidence une variabilit\u00e9 consid\u00e9rable de la fr\u00e9quence oscillatoire, une fatigabilit\u00e9 atypique et le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;entra\u00eenement : lorsque le m\u00e9decin demande au patient de battre une cadence m\u00e9tronomique rapide avec sa main gauche, le tremblement de la jambe droite synchronise sa fr\u00e9quence sur celle du membre sup\u00e9rieur avant de s&rsquo;att\u00e9nuer temporairement. Le diagnostic retenu est celui d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_neurologique_fonctionnel\">trouble neurologique fonctionnel<\/a> (trouble de conversion), n\u00e9cessitant une prise en charge psychoth\u00e9rapeutique pluridisciplinaire combinant psycho\u00e9ducation, th\u00e9rapie cognitivo-comportementale et kin\u00e9sith\u00e9rapie de reprogrammation motrice.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Le tremblement de Holmes post-vasculaire<\/strong><br \/>\nMonsieur V., 68 ans, a pr\u00e9sent\u00e9 six mois auparavant un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral isch\u00e9mique du m\u00e9senc\u00e9phale sup\u00e9rieur gauche. Progressivement, s&rsquo;est install\u00e9 dans le bras droit un tremblement involontaire d&rsquo;une rare intensit\u00e9. Le membre droit tremble de mani\u00e8re rythmique au repos (environ 3 Hz), mais d\u00e8s que le patient tente d&rsquo;attraper un objet, l&rsquo;amplitude des secousses devient d\u00e9mesur\u00e9e, le bras effectuant des embard\u00e9es violentes qui heurtent le torse ou la table. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) confirme une l\u00e9sion atteignant la voie dentato-rubro-thalamique et la substance noire. Ce tremblement grossier composite r\u00e9siste aux pharmacoth\u00e9rapies conventionnelles de premi\u00e8re ligne et justifie une discussion pour stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde du noyau ventral interm\u00e9diaire du thalamus.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et diagnostic<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation clinique d&rsquo;un tremblement grossier repose sur une m\u00e9thodologie rigoureuse d\u00e9butant par l&rsquo;observation visuelle arm\u00e9e et se prolongeant, si n\u00e9cessaire, par des enregistrements instrumentaux de pointe. L&rsquo;examen direct explore successivement le sujet au repos complet (membres soutenus et rel\u00e2ch\u00e9s), lors du maintien de postures anti-gravitaires (\u00e9preuve des bras tendus, doigts \u00e9cart\u00e9s), au cours de gestes guid\u00e9s par la cible (\u00e9preuve de l&rsquo;index sur le nez) et lors d&rsquo;activit\u00e9s praxiques (\u00e9criture d&rsquo;une phrase, dessin de la spirale d&rsquo;Archim\u00e8de, manipulation d&rsquo;une tasse).<\/p>\n<p>Pour quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne et mesurer son retentissement fonctionnel, plusieurs \u00e9chelles standardis\u00e9es valid\u00e9es sur le plan international sont couramment employ\u00e9es en pratique hospitali\u00e8re et en recherche translationnelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de Fahn-Tolosa-Marin (FTMRS) :<\/strong> \u00c9chelle de r\u00e9f\u00e9rence mesurant la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 clinique du tremblement dans diff\u00e9rentes parties du corps, les capacit\u00e9s motrices sp\u00e9cifiques (dessiner, verser de l&rsquo;eau) et le handicap fonctionnel subjectif global sur des scores scor\u00e9s de 0 \u00e0 4.<\/li>\n<li><strong>La sous-\u00e9chelle motrice de l&rsquo;UPDRS (Unified Parkinson&rsquo;s Disease Rating Scale &#8211; Partie III) :<\/strong> Sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9e aux anomalies du mouvement dans les pathologies extrapyramidales, elle \u00e9value isol\u00e9ment l&rsquo;amplitude du tremblement de repos et du tremblement postural\/cin\u00e9tique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rom\u00e9trie triaxiale et l&rsquo;\u00e9lectromyographie de surface (EMG) :<\/strong> Ces enregistrements neurophysiologiques permettent d&rsquo;objectiver avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique la fr\u00e9quence exacte en hertz, le profil spectral harmonique, l&rsquo;amplitude r\u00e9elle en microvolts et le mode de contraction des muscles agonistes-antagonistes (d\u00e9charges synchrones ou altern\u00e9es). L&rsquo;enregistrement simultan\u00e9 de deux membres distincts permet d&rsquo;objectiver l&rsquo;entra\u00eenement ou le verrouillage de fr\u00e9quence typique des troubles fonctionnels.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le versant anamnestique et biologique, l&rsquo;apparition d&rsquo;un tremblement ample exige un bilan exhaustif : dosages sanguins des \u00e9lectrolytes, de la fonction r\u00e9nale, de la cr\u00e9atinin\u00e9mie, des enzymes h\u00e9patiques, de la c\u00e9rul\u00e9oplasmine (pour \u00e9liminer une maladie de Wilson chez le sujet jeune), un bilan thyro\u00efdien et des dosages m\u00e9dicamenteux sanguins cibl\u00e9s (lithi\u00e9mie, valproate de sodium, ciclosporine, tricycliques, neuroleptiques).<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>Dans la pratique neuropsychiatrique courante, le tremblement \u00e0 grande amplitude constitue une urgence d&rsquo;\u00e9valuation relative, car il indique souvent un point de bascule entre une tol\u00e9rance pharmacologique acceptable et un surdosage engageant le pronostic vital ou neurologique du patient. En psychiatrie de liaison, l&rsquo;apparition d&rsquo;un tremblement ample chez un patient sous psychotrope doit imm\u00e9diatement conduire \u00e0 la recherche de signes associ\u00e9s de toxicit\u00e9 centrale : confusion mentale, ataxie \u00e0 la marche, dysarthrie, nystagmus, rigidit\u00e9 musculaire ou instabilit\u00e9 tensionnelle.<\/p>\n<p>Dans la gestion du sevrage alcoolique au sein des services d&rsquo;addictologie ou de r\u00e9animation, l&rsquo;amplification du tremblement postural en tremblement grossier g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 repr\u00e9sente l&rsquo;un des crit\u00e8res de majoration du score de Cushman ou de l&rsquo;\u00e9chelle CIWA-Ar (Clinical Institute Withdrawal Assessment for Alcohol). Ce signe d\u00e9clenche l&rsquo;intensification protocolaire imm\u00e9diate de la s\u00e9dation par benzodiaz\u00e9pines \u00e0 demi-vie longue afin de pr\u00e9venir l&rsquo;\u00e9volution fatale vers le d\u00e9lirium tremens ou les crises convulsives g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le domaine des troubles \u00e0 symptomatologie somatique et des troubles moteurs fonctionnels, la mise en \u00e9vidence des caract\u00e9ristiques d&rsquo;un tremblement grossier non organique (variabilit\u00e9 paradoxale, distractibilit\u00e9 compl\u00e8te, modification lors des t\u00e2ches d&rsquo;interf\u00e9rence cognitive) rev\u00eat une importance th\u00e9rapeutique majeure. Elle \u00e9vite la multiplication d&rsquo;explorations invasives, pr\u00e9vient l&rsquo;escalade th\u00e9rapeutique m\u00e9dicamenteuse iatrog\u00e8ne et permet d&rsquo;amorcer pr\u00e9cocement une alliance th\u00e9rapeutique bienveillante fond\u00e9e sur la communication transparente du diagnostic fonctionnel.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en neuro-imagerie fonctionnelle et en connectomique a profond\u00e9ment renouvel\u00e9 notre compr\u00e9hension des tremblements lents et amples. Les travaux pionniers utilisant l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et la tractographie par tenseur de diffusion ont mis en \u00e9vidence que les tremblements grossiers, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;origine l\u00e9sionnelle (tremblement de Holmes) ou d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, ne r\u00e9sultent pas de l&rsquo;atteinte d&rsquo;un foyer anatomique unique, mais d&rsquo;une rupture de connectivit\u00e9 au sein de vastes circuits en r\u00e9seau (l&rsquo;approche <em>network lesion-mapping<\/em> port\u00e9e notamment par Michael D. Fox et ses collaborateurs).<\/p>\n<p>Ces \u00e9tudes d\u00e9montrent que les l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales responsables de tremblements amples et incoercibles, bien qu&rsquo;\u00e9parpill\u00e9es anatomiquement entre le cortex pr\u00e9moteur, le thalamus ventrolat\u00e9ral, le noyau rouge, l&rsquo;olive bulbaire et les noyaux dentel\u00e9s c\u00e9r\u00e9belleux, convergent toutes vers un r\u00e9seau fonctionnel unique centr\u00e9 sur le cervelet et les ganglions de la base. Cette d\u00e9couverte a ouvert la voie \u00e0 des interventions cibl\u00e9es in\u00e9dites utilisant les ultrasons focalis\u00e9s de haute intensit\u00e9 guid\u00e9s par IRM (MRgFUS) pour r\u00e9aliser des thalamotomies non invasives chez des patients atteints de tremblements invalidants pharmaco-r\u00e9sistants.<\/p>\n<p>Sur le plan de la psychiatrie biologique, les recherches actuelles men\u00e9es sur les biomarqueurs du stress oxydatif et de la neuro-inflammation analysent comment des agressions m\u00e9taboliques aigu\u00ebs alt\u00e8rent sp\u00e9cifiquement l&rsquo;activit\u00e9 des interneurones inhibiteurs parvalbumine-positifs du cervelet. Ces alt\u00e9rations microstructurales provoquent une d\u00e9synchronisation des trains d&rsquo;ondes neuronaux et expliquent l&rsquo;\u00e9mergence des tremblements lents et hyper-amples lors des intoxications aux m\u00e9taux lourds ou aux agents chimioth\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;un tremblement corporel de forte amplitude varient significativement selon les contextes socioculturels et les repr\u00e9sentations populaires de la maladie mentale et neurologique. Dans de nombreuses cultures traditionnelles, une agitation motrice spectaculaire et involontaire n&rsquo;est pas d&#8217;embl\u00e9e conceptualis\u00e9e comme un d\u00e9r\u00e8glement neurochimique ou une atteinte structurale du n\u00e9vraxe, mais peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une possession spirituelle, une punition ancestrale ou le stigmate d&rsquo;une faute morale commise par le lignage.<\/p>\n<p>En contexte occidental contemporain, le tremblement grossier charrie une charge stigmatisante sp\u00e9cifique, fr\u00e9quemment associ\u00e9e dans l&rsquo;imaginaire collectif \u00e0 l&rsquo;alcoolisme chronique d\u00e9compens\u00e9, au sevrage de substances illicites ou \u00e0 la s\u00e9nescence physique avanc\u00e9e. Cette stigmatisation sociale entra\u00eene un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;auto-isolement marqu\u00e9 chez les patients jeunes ou professionnellement actifs souffrant d&rsquo;un tremblement s\u00e9v\u00e8re (qu&rsquo;il soit li\u00e9 \u00e0 un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_extrapyramidal\">syndrome extrapyramidal<\/a> d&rsquo;origine m\u00e9dicamenteuse ou \u00e0 une pathologie g\u00e9n\u00e9tique telle que la maladie de Wilson). Le regard d&rsquo;autrui interpr\u00e9tant \u00e0 tort l&rsquo;oscillation motrice comme le reflet d&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 extr\u00eame ou d&rsquo;une fragilit\u00e9 \u00e9motionnelle amplifie le stress social per\u00e7u et aggrave par r\u00e9troaction motrice le tremblement lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;acc\u00e8s aux th\u00e9rapeutiques de pointe (stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde, surveillance biologique rapproch\u00e9e des traitements thymor\u00e9gulateurs, unit\u00e9s de r\u00e9\u00e9ducation motrice sp\u00e9cialis\u00e9es) demeure tr\u00e8s in\u00e9gal selon les r\u00e9gions du globe et le niveau socio-\u00e9conomique des syst\u00e8mes de sant\u00e9, exposant les populations vuln\u00e9rables des pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire \u00e0 des formes chroniques tr\u00e8s handicapantes de tremblements iatrog\u00e8nes non pris en charge.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats conceptuels et s\u00e9miologiques les plus vifs en neuropsychiatrie concerne la fronti\u00e8re diagnostique entre les tremblements moteurs organiques complexes et les tremblements fonctionnels psychog\u00e8nes. Historiquement, une vision binaire r\u00e9ductionniste opposait les atteintes structurelles \u00ab vraies \u00bb aux manifestations somatomorphes consid\u00e9r\u00e9es comme purement \u00ab imaginaires \u00bb ou relevant de la simulation. La nosographie moderne a abandonn\u00e9 ce clivage simpliste, reconnaissant le trouble neurologique fonctionnel comme une alt\u00e9ration bien r\u00e9elle du traitement c\u00e9r\u00e9bral pr\u00e9dictif et du contr\u00f4le d&rsquo;attention motrice au sein du r\u00e9seau fronto-striatal.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique r\u00e9currente r\u00e9side dans la classification nosographique du tremblement de Holmes. Alors que certains neurologues ont longtemps d\u00e9fendu une appellation purement anatomique (\u00ab tremblement rubral \u00bb ou \u00ab tremblement m\u00e9senc\u00e9phalique \u00bb), des \u00e9tudes autopsiques et radiologiques pouss\u00e9es ont prouv\u00e9 que le noyau rouge en tant que tel n&rsquo;\u00e9tait ni n\u00e9cessaire ni suffisant pour g\u00e9n\u00e9rer cette oscillation lente et g\u00e9ante. L&rsquo;appellation consensuelle actuelle met plut\u00f4t l&rsquo;accent sur la rupture simultan\u00e9e des circuits reliant le cervelet et la voie dopaminergique nigrostri\u00e9e, illustrant la difficult\u00e9 d&rsquo;assigner une signature anatomique stricte \u00e0 des mouvements oscillatoires complexes.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan pharmacologique, le risque majeur de sous-estimation s\u00e9miologique r\u00e9side dans la banalisation du tremblement induit par les neuroleptiques ou le lithium. Qualifier h\u00e2tivement un tremblement ample d&rsquo;\u00ab effet secondaire ordinaire \u00bb expose le patient \u00e0 un retard diagnostique pr\u00e9judiciable face \u00e0 un syndrome malin des neuroleptiques d\u00e9butant ou \u00e0 une intoxication lithique avanc\u00e9e pouvant entra\u00eener des s\u00e9quelles neurologiques c\u00e9r\u00e9belleuses irr\u00e9versibles (syndrome SILENT : <em>Syndrome of Irreversible Lithium-Effectuated Neurotoxicity<\/em>).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>La pr\u00e9cision du diagnostic requiert une diff\u00e9renciation rigoureuse entre le tremblement grossier et d&rsquo;autres anomalies du mouvement cin\u00e9tique ou postural :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Tremblement fin :<\/strong> Oscillation rapide (8 \u00e0 12 Hz) et de faible amplitude, presque imperceptible au repos, typiquement observ\u00e9e dans le tremblement physiologique accentu\u00e9 par le stress, l&rsquo;exc\u00e8s de caf\u00e9ine, la nicotine ou l&rsquo;hyperthyro\u00efdie d\u00e9butante. Le tremblement grossier s&rsquo;en distingue par sa cadence beaucoup plus lente et ses amples d\u00e9placements segmentaires.<\/li>\n<li><strong>Myoclonies :<\/strong> Secousses musculaires soudaines, br\u00e8ves, asynchrones et non rythmiques, comparables \u00e0 des d\u00e9charges \u00e9lectriques isol\u00e9es (positives lors d&rsquo;une contraction, n\u00e9gatives lors d&rsquo;une chute brutale du tonus ou <em>flapping tremor<\/em> \/ ast\u00e9rixis). \u00c0 l&rsquo;inverse, le tremblement grossier conserve une structure fondamentalement oscillatoire, continue et p\u00e9riodique.<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9e :<\/strong> Mouvements involontaires brusques, non r\u00e9p\u00e9titifs, totalement impr\u00e9visibles et anarchiques, circulant d&rsquo;un segment corporel \u00e0 un autre de mani\u00e8re pseudo-dansante. Le tremblement \u00e0 grande amplitude conserve quant \u00e0 lui une direction st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et un rythme oscillatoire r\u00e9gulier.<\/li>\n<li><strong>Dystonie avec tremblement :<\/strong> Contractions musculaires soutenues provoquant des postures anormales et des torsions segmentaires fixes. Si une composante oscillatoire est pr\u00e9sente (tremblement dystonique), elle est typiquement modul\u00e9e ou annul\u00e9e par un \u00ab geste antagoniste \u00bb tactile pr\u00e9cis (<em>sensory trick<\/em>), ce qui n&rsquo;est pas le cas des tremblements grossiers m\u00e9taboliques ou c\u00e9r\u00e9belleux.<\/li>\n<li><strong>Ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse :<\/strong> Trouble de la coordination g\u00e9n\u00e9rale des mouvements et de l&rsquo;\u00e9quilibre. Bien que l&rsquo;ataxie s&rsquo;accompagne tr\u00e8s fr\u00e9quemment d&rsquo;un tremblement intentionnel ample d&rsquo;origine c\u00e9r\u00e9belleuse, elle englobe des d\u00e9ficits plus vastes incluant la dysm\u00e9trie, l&rsquo;adiadococin\u00e9sie et la dysarthrie scand\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le tremblement grossier constitue un signe clinique d&rsquo;une importance diagnostique et pronostique majeure, n\u00e9cessitant une analyse s\u00e9miologique fine et une prise en charge multidisciplinaire rigoureuse :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signature biom\u00e9canique :<\/strong> Il se d\u00e9finit par une basse fr\u00e9quence oscillatoire (environ 2 \u00e0 5 Hz) et une grande amplitude spatiale de d\u00e9placement des membres, mobilisant souvent les ceintures et les articulations proximales.<\/li>\n<li><strong>Causes multiples :<\/strong> Ses \u00e9tiologies majeures regroupent la toxicit\u00e9 m\u00e9dicamenteuse aigu\u00eb (sels de lithium, psychotropes), les \u00e9tats de sevrage s\u00e9v\u00e8re (d\u00e9lirium tremens \u00e9thylique), les l\u00e9sions structurales c\u00e9r\u00e9bello-rubro-thalamiques (tremblement de Holmes post-AVC ou tumoral) et les troubles moteurs fonctionnels psychog\u00e8nes.<\/li>\n<li><strong>Alerte en sant\u00e9 mentale :<\/strong> Chez tout patient trait\u00e9 par thymor\u00e9gulateurs ou antipsychotiques, le passage d&rsquo;un tremblement fin tol\u00e9r\u00e9 \u00e0 un tremblement ample et d\u00e9sorganis\u00e9 constitue une urgence toxicologique imposant la v\u00e9rification imm\u00e9diate des constantes m\u00e9taboliques et sanguines.<\/li>\n<li><strong>Approche diagnostique :<\/strong> La distinction s&rsquo;appuie sur l&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9thodique au repos, en posture et \u00e0 l&rsquo;action, l&rsquo;exploration de la distractibilit\u00e9 attentionnelle et l&rsquo;utilisation d&rsquo;outils quantitatifs standardis\u00e9s (\u00e9chelles FTMRS, UPDRS, acc\u00e9l\u00e9rom\u00e9trie).<\/li>\n<li><strong>Gestion th\u00e9rapeutique :<\/strong> Le traitement d\u00e9pend strictement de l&rsquo;\u00e9tiologie : arr\u00eat ou adaptation des mol\u00e9cules toxiques, suppl\u00e9ance dopaminergique ou anticholinergique cibl\u00e9e, th\u00e9rapies cognitivo-comportementales de reprogrammation motrice dans les atteintes fonctionnelles, et neurochirurgie fonctionnelle (stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde ou ultrasons focalis\u00e9s) dans les formes l\u00e9sionnelles pharmaco-r\u00e9sistantes invalidantes.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bhatia, K. P., Bain, P., Bajaj, N., Elble, R. J., Hallett, M., Louis, E. D., Raethjen, J., Stamelou, M., Testa, C. M., &amp; Deuschl, G. (2018). Consensus statement on the classification of tremors. from the task force on tremor of the International Parkinson and Movement Disorder Society. <em>Movement Disorders<\/em>, 33(1), 75\u201387. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.27121\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.27121<\/a><\/li>\n<li>Deuschl, G., Bain, P., &amp; Brin, M. (1998). Consensus statement of the Movement Disorder Society on Tremor. Ad Hoc Scientific Committee. <em>Movement Disorders<\/em>, 13(Suppl 3), 2\u201323. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.870131303\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.870131303<\/a><\/li>\n<li>Espay, A. J., Aybek, S., Carson, A., Edwards, M. J., Goldstein, L. H., Hallett, M., LaFaver, K., LaFrance, W. C., Lang, A. E., Nicholson, T., Nielsen, G., Reuber, M., Schwingenschuh, P., Voon, V., Stone, J., &amp; Morgante, F. (2018). Current concepts in diagnosis and treatment of functional neurological disorders. <em>JAMA Neurology<\/em>, 75(9), 1132\u20131141. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamaneurol.2018.1264\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamaneurol.2018.1264<\/a><\/li>\n<li>Louis, E. D. (2001). Clinical practice: Essential tremor. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 345(12), 887\u2013891. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMcp010928\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMcp010928<\/a><\/li>\n<li>Raina, G. B., Cersosimo, M. G., Folgar, S., Giugni, J. C., Calandra, C., Paviolo, J. P., Tkachuk, V., Zu\u00f1iga Ramirez, C., Tschopp, F., Caltana, L., &amp; Micheli, F. E. (2016). Holmes tremor: Clinical features, etiology, and treatment in a series of 24 patients. <em>Neurology<\/em>, 86(8), 731\u2013738. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/WNL.0000000000002400\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/WNL.0000000000002400<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le tremblement grossier d\u00e9signe une oscillation involontaire lente et de forte amplitude traduisant une dysfonction neurologique, une toxicit\u00e9 ou un trouble fonctionnel.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[14286,7375,31773],"tags":[40186,38041,30801,40187,40188,40185,35093],"class_list":["post-23693","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychiatrie","category-psychopharmacologie","category-semiologie-medicale","tag-coarse-tremor","tag-mouvements-anormaux","tag-semiologie-neurologique","tag-toxicite-lithium","tag-tremblement-de-holmes","tag-tremblement-grossier","tag-trouble-moteur-fonctionnel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23693","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23693\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23693"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23693"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23693"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}