{"id":23685,"date":"2026-10-31T16:16:19","date_gmt":"2026-10-31T16:16:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=groupe-en-coaction"},"modified":"2026-10-31T16:16:19","modified_gmt":"2026-10-31T16:16:19","slug":"groupe-en-coaction","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=groupe-en-coaction","title":{"rendered":"Groupe en coaction : Le pouvoir de la pr\u00e9sence"},"content":{"rendered":"<p>La simple pr\u00e9sence d&rsquo;autrui au cours d&rsquo;une activit\u00e9 individuelle constitue l&rsquo;un des objets d&rsquo;\u00e9tude les plus fondateurs et fascinants de la psychologie sociale exp\u00e9rimentale. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;\u00e9tudiants planchant silencieusement dans une biblioth\u00e8que universitaire ou de sportifs s&rsquo;entra\u00eenant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur des tapis de course, la juxtaposition d&rsquo;individus ex\u00e9cutant des t\u00e2ches similaires sans interaction verbale imm\u00e9diate transforme subtilement mais puissamment leurs performances et leurs processus cognitifs.<\/p>\n<h2>Groupe en coaction : D\u00e9finition et port\u00e9e th\u00e9orique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychologie sociale, un <strong>groupe en coaction<\/strong> (ou <em>groupe de coaction<\/em>) d\u00e9signe un rassemblement d&rsquo;individus qui r\u00e9alisent simultan\u00e9ment, dans un m\u00eame espace physique ou perceptif, une t\u00e2che identique ou comparable de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, sans interaction directe, sans coop\u00e9ration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et sans mise en commun formelle de leurs r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Contrairement au groupe en interaction, o\u00f9 la communication et l&rsquo;interd\u00e9pendance fonctionnelle sont indispensables \u00e0 l&rsquo;atteinte d&rsquo;un objectif collectif, le groupe en coaction repose exclusivement sur la copr\u00e9sence active. Chaque membre agit pour son propre compte, tout en demeurant expos\u00e9 aux indices sensoriels, moteurs et comportementaux \u00e9mis par ses pairs, ce qui engendre des ph\u00e9nom\u00e8nes psychologiques sp\u00e9cifiques tels que la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facilitation_sociale\">facilitation sociale<\/a> ou l&rsquo;inhibition sociale.<\/p>\n<p>Ce concept sert de paradigme fondamental pour \u00e9tudier les effets purs de la pr\u00e9sence sociale sur l&rsquo;activation physiologique, l&rsquo;allocation des ressources attentionnelles, la motivation comp\u00e9titive implicite et l&rsquo;efficience motrice ou cognitive de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab coaction \u00bb est un calque du n\u00e9ologisme anglais <em>coaction<\/em>, introduit dans la litt\u00e9rature psychosociale au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Il est forg\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe latin <em>co-<\/em> (d\u00e9riv\u00e9 de <em>cum<\/em>, signifiant \u00ab avec \u00bb, \u00ab ensemble \u00bb) et du substantif <em>actio<\/em> (action, fait d&rsquo;agir, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>agere<\/em>, faire, mouvoir, conduire). Litt\u00e9ralement, la coaction d\u00e9signe le fait d&rsquo;\u00ab agir ensemble \u00bb ou d&rsquo;\u00ab agir en concomitance \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab groupe \u00bb trouve son origine dans l&rsquo;italien <em>gruppo<\/em> (anciennement <em>groppo<\/em>), terme technique utilis\u00e9 dans les beaux-arts d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle pour d\u00e9signer plusieurs figures peintes ou sculpt\u00e9es formant un ensemble coh\u00e9rent, lui-m\u00eame issu d&rsquo;une racine germanique occidentale d\u00e9signant un n\u0153ud ou un assemblage rond. En fran\u00e7ais, la r\u00e9union des deux termes sous la locution \u00ab groupe en coaction \u00bb ou \u00ab situation de coaction \u00bb s&rsquo;est formalis\u00e9e avec l&rsquo;institutionnalisation de la psychologie sociale exp\u00e9rimentale francophone dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, notamment sous l&rsquo;influence des travaux traduits de Floyd Allport et de Robert Zajonc.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se prononce <strong>\/\u0261\u0281up \u0251\u0303 k\u0254.ak.sj\u0254\u0303\/<\/strong> en fran\u00e7ais standard. Le substantif \u00ab groupe \u00bb est un nom masculin singulier, suivi de la pr\u00e9position \u00ab en \u00bb et du substantif f\u00e9minin singulier \u00ab coaction \u00bb (qui s&rsquo;articule en trois syllabes distinctes : co-ac-tion, sans diphtongaison du hiatus initial).<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, on rencontre fr\u00e9quemment la variante pr\u00e9positionnelle \u00ab groupe de coaction \u00bb ou encore les locutions adverbiales et adjectivales \u00ab en situation de coaction \u00bb et \u00ab sujets coactifs \u00bb (du latin m\u00e9di\u00e9val <em>coactivus<\/em>). Dans la litt\u00e9rature savante francophone, l&rsquo;expression s&#8217;emploie principalement au singulier g\u00e9n\u00e9rique pour qualifier une modalit\u00e9 exp\u00e9rimentale ou organisationnelle, mais s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement au pluriel (\u00ab des groupes en coaction \u00bb) pour d\u00e9crire des cohortes observ\u00e9es au sein de protocoles empiriques.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation d&rsquo;un groupe en coaction exige une distinction rigoureuse entre la simple copr\u00e9sence passive et l&rsquo;activit\u00e9 parall\u00e8le conjointe. Dans une situation d&rsquo;audience passive (\u00e9tudi\u00e9e sous le concept d&rsquo;effet d&rsquo;audience), un individu ex\u00e9cute une t\u00e2che sous le regard d&rsquo;observateurs qui n&rsquo;accomplissent aucune action concurrente. Dans le groupe en coaction, chaque individu est \u00e0 la fois acteur de sa propre t\u00e2che et observateur p\u00e9riph\u00e9rique de l&rsquo;action d\u00e9ploy\u00e9e par autrui. Cette r\u00e9ciprocit\u00e9 dynamique cr\u00e9e un environnement psycho-environnemental unique caract\u00e9ris\u00e9 par un flux continu de stimuli comparatifs.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre du groupe en coaction exclut toute interd\u00e9pendance des r\u00e9sultats ou des moyens. Les membres ne partagent pas une note globale, ne se r\u00e9partissent pas les sous-t\u00e2ches et ne coordonnent pas leurs gestes pour parvenir \u00e0 une \u0153uvre commune. Si deux ouvriers assemblent conjointement le m\u00eame moteur, ils constituent un groupe interactif collaboratif ; s&rsquo;ils assemblent chacun leur propre moteur sur des \u00e9tablis contigus, ils forment un groupe en coaction. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;absence de coordination fonctionnelle combin\u00e9e \u00e0 la proximit\u00e9 spatio-temporelle qui permet d&rsquo;isoler l&rsquo;impact psychologique de la pr\u00e9sence active d&rsquo;autrui sur le comportement individuel.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitif et affectif, la situation de coaction d\u00e9clenche une cascade de m\u00e9diations internes. Elle g\u00e9n\u00e8re une vigilance accrue quant \u00e0 l&rsquo;allure de travail des voisins, active des m\u00e9canismes de comparaison sociale spontan\u00e9e et \u00e9l\u00e8ve l&rsquo;\u00e9veil psychophysiologique g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;organisme. Les individus ajustent inconsciemment leur cadence motrice, modulent leur pers\u00e9v\u00e9rance face \u00e0 la fatigue et subissent une restriction de leur champ attentionnel, orientant prioritairement leur concentration vers les indices centraux de la t\u00e2che ou vers les stimuli sociaux distrayants.<\/p>\n<p>Il convient de souligner que la fronti\u00e8re de la coaction s&rsquo;\u00e9tend d\u00e9sormais au-del\u00e0 de la contigu\u00eft\u00e9 spatiale classique. Avec le d\u00e9veloppement des technologies num\u00e9riques, les chercheurs en ergonomie et en psychologie contemporaine identifient des formes de \u00ab coaction virtuelle \u00bb ou asynchrone, o\u00f9 des usagers travaillent simultan\u00e9ment sur des interfaces connect\u00e9es, conscients de l&rsquo;activit\u00e9 en temps r\u00e9el de leurs pairs \u00e0 travers des indicateurs visuels (avatars actifs, flux de frappe, jauges d&rsquo;activit\u00e9), reproduisant ainsi la dynamique fondamentale du groupe en coaction traditionnel.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du groupe en coaction se confond avec l&rsquo;acte de naissance de la psychologie sociale exp\u00e9rimentale. En 1898, le psychologue am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Norman_Triplett\">Norman Triplett<\/a> publie ce qui est universellement consid\u00e9r\u00e9 comme la premi\u00e8re \u00e9tude empirique de la discipline. Intrigu\u00e9 par les statistiques officielles de la Ligue cycliste am\u00e9ricaine montrant que les coureurs atteignaient des vitesses sup\u00e9rieures lorsqu&rsquo;ils roulaient contre d&rsquo;autres cyclistes plut\u00f4t que seuls contre la montre, Triplett con\u00e7oit une exp\u00e9rience de laboratoire impliquant 40 enfants. Ces derniers doivent enrouler le fil d&rsquo;un moulinet de canne \u00e0 p\u00eache aussi vite que possible, soit isol\u00e9ment, soit par paires travaillant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Triplett observe que la majorit\u00e9 des enfants enroulent le fil plus rapidement en situation de coaction, un ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;il attribue \u00e0 une lib\u00e9ration d&rsquo;\u00e9nergie nerveuse stimul\u00e9e par l&rsquo;instinct de comp\u00e9tition.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1920, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Floyd_Henry_Allport\">Floyd Henry Allport<\/a> approfondit syst\u00e9matiquement ce protocole \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Harvard. Conscient que la comp\u00e9tition d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e pouvait biaiser les observations de Triplett, Allport prend soin d&rsquo;\u00e9liminer explicitement toute consigne de rivalit\u00e9. Il demande \u00e0 ses sujets d&rsquo;effectuer des t\u00e2ches diverses \u2014 barrer des voyelles dans un texte, faire des calculs arithm\u00e9tiques ou produire des arguments logiques \u2014 en situation d&rsquo;isolement ou en groupe de coaction assis autour d&rsquo;une table sans communication. En 1920 et 1924, Allport formalise le terme de \u00ab facilitation sociale \u00bb (<em>social facilitation<\/em>) pour d\u00e9crire l&rsquo;accroissement quantitatif de la r\u00e9ponse provoqu\u00e9 par la vue et l&rsquo;ou\u00efe d&rsquo;autres individus effectuant les m\u00eames mouvements. Il note toutefois un paradoxe fondamental : si la coaction am\u00e9liore la vitesse motrice et la productivit\u00e9 quantitative, elle d\u00e9grade souvent la qualit\u00e9 des productions intellectuelles complexes.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la litt\u00e9rature scientifique s&rsquo;enlise dans des r\u00e9sultats contradictoires : certains chercheurs rapportent une am\u00e9lioration des performances en coaction, tandis que d&rsquo;autres constatent une d\u00e9t\u00e9rioration marqu\u00e9e (inhibition sociale). En 1965, le psychologue <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_Zajonc\">Robert Zajonc<\/a> propose une synth\u00e8se th\u00e9orique r\u00e9volutionnaire dans la revue <em>Science<\/em>. En int\u00e9grant les th\u00e9ories comportementalistes de l&rsquo;apprentissage (notamment la th\u00e9orie de la pulsion de Clark Hull et Kenneth Spence), Zajonc postule que la copr\u00e9sence d&rsquo;autrui \u00e9l\u00e8ve le niveau g\u00e9n\u00e9ral de pulsion (<em>drive<\/em>), ce qui facilite l&rsquo;\u00e9mission des \u00ab r\u00e9ponses dominantes \u00bb (les habitudes bien apprises et les t\u00e2ches simples) mais entrave l&rsquo;acquisition et l&rsquo;\u00e9mission des \u00ab r\u00e9ponses non dominantes \u00bb (les t\u00e2ches complexes ou nouvelles).<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de Zajonc, les ann\u00e9es 1970 et 1980 voient l&rsquo;\u00e9mergence de mod\u00e8les explicatifs concurrents centr\u00e9s sur la cognition sociale. Nickolas Cottrell (1968) d\u00e9montre que la simple pr\u00e9sence ne suffit pas et que l&rsquo;effet de coaction repose sur l&rsquo;\u00ab appr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9valuation \u00bb. Robert Baron (1986) d\u00e9veloppe la th\u00e9orie de la distraction-conflit, montrant que les pairs coactifs cr\u00e9ent un conflit de partage de l&rsquo;attention. Dans les d\u00e9cennies suivantes, les recherches se d\u00e9placent vers la neurobiologie, l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale et les environnements de travail informatis\u00e9s, confirmant la persistance et la plasticit\u00e9 des dynamiques de coaction.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des groupes en coaction mobilise plusieurs paradigmes th\u00e9oriques majeurs qui s&rsquo;articulent autour de dimensions physiologiques, cognitives et motivationnelles.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique est le <strong>mod\u00e8le du drive ou de la pulsion de Zajonc<\/strong>. Selon cette perspective biopsychologique, l&rsquo;apparition d&rsquo;un cong\u00e9n\u00e8re actif constitue un stimulus social biologiquement significatif qui induit un \u00e9tat d&rsquo;alerte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et non sp\u00e9cifique. Chez l&rsquo;\u00eatre humain comme chez de nombreuses esp\u00e8ces animales, autrui repr\u00e9sente une source potentielle d&rsquo;opportunit\u00e9s, de menaces ou d&rsquo;impr\u00e9vus comportementaux. Cette activation physiologique augmente la probabilit\u00e9 d&rsquo;ext\u00e9riorisation des r\u00e9ponses dominantes dans le r\u00e9pertoire de l&rsquo;individu. Lorsque la t\u00e2che est simple, r\u00e9p\u00e9titive ou automatis\u00e9e (par exemple, taper une s\u00e9quence de touches famili\u00e8re), la r\u00e9ponse dominante correspond \u00e0 la r\u00e9ponse correcte : la performance en situation de coaction s&rsquo;en trouve facilit\u00e9e. En revanche, face \u00e0 un probl\u00e8me d&rsquo;alg\u00e8bre abstrait ou \u00e0 une t\u00e2che de cr\u00e9ativit\u00e9 conceptuelle, les r\u00e9ponses correctes ne sont pas dominantes et n\u00e9cessitent une exploration cognitive flexible : l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du drive favorise des r\u00e9ponses erron\u00e9es ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, provoquant une inhibition sociale.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre explicatif r\u00e9side dans la <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9valuation<\/strong> formul\u00e9e par Nickolas Cottrell et ses collaborateurs. Selon cette th\u00e9orie sociocognitive, l&rsquo;activation n&rsquo;est pas un r\u00e9flexe inn\u00e9 face \u00e0 la simple pr\u00e9sence physique, mais une r\u00e9action conditionn\u00e9e par l&rsquo;histoire d&rsquo;apprentissage social. Tout au long de sa socialisation, l&rsquo;individu apprend que ses performances sont constamment jug\u00e9es, r\u00e9compens\u00e9es ou sanctionn\u00e9es par ses pairs. D\u00e8s lors, la pr\u00e9sence d&rsquo;autres individus accomplissant la m\u00eame t\u00e2che active une anticipation anxieuse du jugement social. Dans un groupe en coaction, le sujet pr\u00e9sume que ses voisins observent sa vitesse, son aisance ou ses h\u00e9sitations, ce qui suscite une motivation d&rsquo;auto-pr\u00e9sentation et une pr\u00e9occupation pour son statut, modifiant ainsi son niveau d&rsquo;effort et sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress d&rsquo;\u00e9valuation.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me pilier est la <strong>th\u00e9orie de la distraction-conflit<\/strong> \u00e9labor\u00e9e par Robert S. Baron. Ce mod\u00e8le cognitivement \u00e9conomique propose que la pr\u00e9sence de partenaires de coaction g\u00e9n\u00e8re une surcharge attentionnelle. L&rsquo;individu est confront\u00e9 \u00e0 un conflit d&rsquo;arbitrage interne : il doit allouer une part de son attention \u00e0 la t\u00e2che \u00e0 accomplir, tout en consacrant in\u00e9vitablement une fraction de ses ressources perceptives \u00e0 la surveillance de ses homologues (comparaison sociale, analyse de leur rythme sonore ou gestuel). Ce conflit d&rsquo;orientation cognitive induit une \u00e9l\u00e9vation de la tension psychologique. Face \u00e0 cette surcharge, l&rsquo;organisme proc\u00e8de \u00e0 un r\u00e9tr\u00e9cissement attentionnel (illustr\u00e9 par la loi de Yerkes-Dodson et les travaux de Easterbrook), filtrant les indices p\u00e9riph\u00e9riques pour se concentrer sur les indices primaires. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne optimise les performances sur des t\u00e2ches simples (o\u00f9 l&rsquo;\u00e9limination des distractions p\u00e9riph\u00e9riques est b\u00e9n\u00e9fique), mais p\u00e9nalise lourdement les t\u00e2ches n\u00e9cessitant une int\u00e9gration d&rsquo;informations multiples et dispers\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, la <strong>th\u00e9orie de la comparaison sociale<\/strong> de Leon Festinger apporte un \u00e9clairage indispensable sur la dynamique motivationnelle de la coaction. En l&rsquo;absence de crit\u00e8res objectifs absolus pour mesurer son efficacit\u00e9, l&rsquo;\u00eatre humain utilise ses pairs comme \u00e9talons de r\u00e9f\u00e9rence. Dans un groupe en coaction, la visibilit\u00e9 imm\u00e9diate du comportement d&rsquo;autrui fournit un \u00e9talonnage instantan\u00e9 : constater qu&rsquo;un voisin progresse plus rapidement induit une menace pour l&rsquo;estime de soi qui pousse \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration motrice, tandis qu&rsquo;observer un retardataire peut procurer un sentiment de r\u00e9assurance temporaire ou inciter \u00e0 maintenir un \u00e9cart comp\u00e9titif favorable.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La structure et l&rsquo;impact d&rsquo;un groupe en coaction s&rsquo;analysent \u00e0 travers un ensemble de dimensions structurales et psychologiques bien d\u00e9finies :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La simultan\u00e9it\u00e9 temporelle :<\/strong> Les sujets ex\u00e9cutent leurs t\u00e2ches respectives de fa\u00e7on synchrone. L&rsquo;alignement temporel amplifie la perception des cadences de travail, des pauses et des acc\u00e9l\u00e9rations d&rsquo;autrui.<\/li>\n<li><strong>La contigu\u00eft\u00e9 spatiale et perceptive :<\/strong> La proximit\u00e9 physique permet la r\u00e9ception d&rsquo;indices multimodaux (bruits de frappe de clavier, soupirs, froissements de papier, postures corporelles). Ces stimuli sensoriels alimentent en continu le sentiment de copr\u00e9sence.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ind\u00e9pendance instrumentale et fonctionnelle :<\/strong> Aucune division du travail n&rsquo;intervient entre les membres. L&rsquo;interruption de l&rsquo;activit\u00e9 par un individu n&#8217;emp\u00eache mat\u00e9riellement pas les autres de poursuivre leur propre t\u00e2che.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;identicit\u00e9 ou similitude de la t\u00e2che :<\/strong> La coaction est d&rsquo;autant plus pr\u00e9gnante que les individus s&rsquo;adonnent \u00e0 une t\u00e2che rigoureusement identique. Lorsque les t\u00e2ches diff\u00e8rent substantiellement, les possibilit\u00e9s de comparaison sociale directe diminuent, r\u00e9duisant l&rsquo;amplitude des effets de facilitation.<\/li>\n<li><strong>La typologie selon la visibilit\u00e9 des r\u00e9sultats :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Coaction \u00e0 visibilit\u00e9 imm\u00e9diate :<\/em> Chaque participant peut voir instantan\u00e9ment l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;avancement des productions d&rsquo;autrui (ex. : empilement de pi\u00e8ces manufactur\u00e9es).<\/li>\n<li><em>Coaction \u00e0 visibilit\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e ou masqu\u00e9e :<\/em> Les participants per\u00e7oivent l&rsquo;effort physique mais n&rsquo;ont pas acc\u00e8s aux r\u00e9sultats finaux de leurs pairs avant la fin de l&rsquo;\u00e9preuve (ex. : examen \u00e9crit sous surveillance).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La typologie selon le niveau de similarit\u00e9 cat\u00e9gorielle :<\/strong> La coaction entre pairs homog\u00e8nes (m\u00eame statut, m\u00eame tranche d&rsquo;\u00e2ge) engendre une intensit\u00e9 comparative plus forte qu&rsquo;une situation o\u00f9 les individus appartiennent \u00e0 des groupes sociaux asym\u00e9triques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation des groupes en coaction s&rsquo;applique \u00e0 une multitude de contextes de la vie quotidienne, acad\u00e9mique et professionnelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9ducatif, une <strong>salle d&rsquo;examen universitaire<\/strong> repr\u00e9sente l&rsquo;arch\u00e9type du groupe en coaction formel. Cent cinquante \u00e9tudiants sont assis \u00e0 des tables individuelles align\u00e9es, confront\u00e9s \u00e0 la m\u00eame \u00e9preuve \u00e9crite. Aucun \u00e9change n&rsquo;est autoris\u00e9. Pourtant, l&rsquo;atmosph\u00e8re est satur\u00e9e d&rsquo;indices coactifs : le crissement fr\u00e9n\u00e9tique des stylos, le bruit des pages que l&rsquo;on tourne, la posture tendue des voisins de rang\u00e9e. Pour un \u00e9tudiant ma\u00eetrisant parfaitement son sujet, cette \u00e9mulation latente agit comme un stimulant qui acc\u00e9l\u00e8re le flux d&rsquo;\u00e9criture. \u00c0 l&rsquo;inverse, pour un \u00e9tudiant h\u00e9sitant confront\u00e9 \u00e0 une dissertation conceptuelle complexe, entendre ses camarades tourner leurs feuilles apr\u00e8s seulement vingt minutes accro\u00eet l&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9valuation, sature sa m\u00e9moire de travail et pr\u00e9cipite le blocage cognitif.<\/p>\n<p>Dans le secteur du travail tertiaire, les configurations de <strong>bureaux paysagers (\u00ab open spaces \u00bb) non collaboratifs<\/strong> mat\u00e9rialisent la coaction moderne. Des analystes de donn\u00e9es ou des r\u00e9dacteurs travaillent sur leurs \u00e9crans respectifs sans projet commun imm\u00e9diat. La pr\u00e9sence de coll\u00e8gues concentr\u00e9s cr\u00e9e une norme comportementale implicite d&rsquo;assiduit\u00e9 qui freine la procrastination et stimule l&rsquo;engagement dans les t\u00e2ches de saisie routini\u00e8re. Cependant, lorsque ces employ\u00e9s doivent \u00e9laborer des synth\u00e8ses strat\u00e9giques d\u00e9licates, le bourdonnement ambiant et la pr\u00e9sence constante de coll\u00e8gues en mouvement sollicitent excessivement leur contr\u00f4le ex\u00e9cutif, d\u00e9gradant la finesse de leur r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Dans le domaine sportif, les <strong>s\u00e9ances d&rsquo;entra\u00eenement de course de fond sur piste<\/strong> illustrent la puissance de la coaction motrice. Des coureurs effectuant chacun une s\u00e9rie d&rsquo;intervalles individuels maintiennent des allures plus \u00e9lev\u00e9es et rapportent une perception de l&rsquo;effort physique (score d&rsquo;effort per\u00e7u de Borg) inf\u00e9rieure \u00e0 celle mesur\u00e9e lorsqu&rsquo;ils r\u00e9alisent rigoureusement la m\u00eame s\u00e9ance en solitaire. La pr\u00e9sence d&rsquo;autres corps en mouvement synchronise les rythmes biom\u00e9caniques et mobilise des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques sous-conscientes.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude scientifique des groupes en coaction s&rsquo;appuie sur des protocoles quantitatifs rigoureux con\u00e7us pour isoler l&rsquo;effet social de toute variable confondante comme la communication ou la r\u00e9compense financi\u00e8re directe.<\/p>\n<p>Le dispositif exp\u00e9rimental classique repose sur un <strong>plan factoriel comparatif intra-sujet ou inter-sujets<\/strong> opposant deux conditions princeps : la condition \u00ab isol\u00e9 \u00bb (le sujet travaille seul dans une pi\u00e8ce insonoris\u00e9e) et la condition \u00ab en coaction \u00bb (le sujet effectue la m\u00eame t\u00e2che aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;un ou plusieurs comparses ou participants r\u00e9actifs). Les chercheurs manipulent fr\u00e9quemment la complexit\u00e9 de la t\u00e2che (t\u00e2che simple ou automatis\u00e9e versus t\u00e2che complexe ou novatrice) afin de tester les postulats de Zajonc.<\/p>\n<p>Les indicateurs de performance se divisent en mesures quantitatives et qualitatives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Vitesse et volume d&rsquo;ex\u00e9cution :<\/strong> Nombre de mots dactylographi\u00e9s par minute, temps de r\u00e9action simple ou de choix mesur\u00e9 en millisecondes, cadence motrice enregistr\u00e9e par tachym\u00e9trie.<\/li>\n<li><strong>Taux d&rsquo;erreur et exactitude :<\/strong> Nombre d&rsquo;omissions, de faux positifs dans des \u00e9preuves d&rsquo;attention s\u00e9lective, ou score de pr\u00e9cision logique dans des \u00e9preuves de raisonnement d\u00e9ductif.<\/li>\n<li><strong>Indicateurs psychophysiologiques :<\/strong> Enregistrement de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrodermale (conductance cutan\u00e9e r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;\u00e9veil du syst\u00e8me nerveux autonome sympathique), \u00e9lectrocardiographie pour calculer la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (indicateur de la charge mentale et du stress d&rsquo;\u00e9valuation), et suivi du tonus musculaire via \u00e9lectromyographie faciale.<\/li>\n<li><strong>Trajectom\u00e9trie oculaire (Eye-tracking) :<\/strong> Mesure pr\u00e9cise de la dur\u00e9e et de la fr\u00e9quence des saccades visuelles orient\u00e9es vers les partenaires de coaction, permettant de quantifier objectivement le niveau de distraction sociale et de surveillance comparative.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelles auto-rapport\u00e9es :<\/strong> Questionnaires \u00e9valuant l&rsquo;effort per\u00e7u, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuation de situation (comme le STAI de Spielberger) et le sentiment de comp\u00e9tition subjective ressenti pendant la passation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;ing\u00e9nierie ergonomique, la gestion des espaces scolaires et le management organisationnel tirent des b\u00e9n\u00e9fices substantiels d&rsquo;une application m\u00e9thodique des principes r\u00e9gissant les groupes en coaction.<\/p>\n<p>En <strong>milieu \u00e9ducatif<\/strong>, la structuration des temps d&rsquo;\u00e9tude tire profit de ce levier social. Les salles d&rsquo;\u00e9tude silencieuses et les biblioth\u00e8ques capitalisent directement sur la coaction positive. L&rsquo;enseignant averti utilise la mise en coaction pour les s\u00e9ances d&rsquo;entra\u00eenement intensif ou d&rsquo;automatisation des comp\u00e9tences (exercices de calcul mental, m\u00e9morisation lexicale, r\u00e9p\u00e9tition de gestes techniques). Inversement, pour les phases d&rsquo;apprentissage initial d&rsquo;un concept abstrait difficile ou la r\u00e9solution de probl\u00e8mes ouverts in\u00e9dits, l&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;espaces isol\u00e9s ou prot\u00e9g\u00e9s du regard des pairs est pr\u00e9conis\u00e9 afin d&rsquo;\u00e9pargner aux apprenants les effets paralysants de l&rsquo;inhibition sociale.<\/p>\n<p>Dans le <strong>secteur professionnel et organisationnel<\/strong>, l&rsquo;am\u00e9nagement des environnements de travail gagne \u00e0 moduler la coaction en fonction de la nature des postes. Pour des activit\u00e9s standardis\u00e9es, r\u00e9p\u00e9titives ou de contr\u00f4le de flux, le regroupement des salari\u00e9s dans des modules visuellement partag\u00e9s \u00e9l\u00e8ve la vigilance et la productivit\u00e9 sans n\u00e9cessiter de micro-management coercitif. En revanche, pour les d\u00e9partements de recherche, de conception architecturale ou d&rsquo;analyse juridique complexe, l&rsquo;imposition de situations de coaction continue engendre une fatigue cognitive pr\u00e9matur\u00e9e et appauvrit l&rsquo;originalit\u00e9 des solutions d\u00e9velopp\u00e9es. Les entreprises contemporaines adoptent ainsi des configurations de bureaux flexibles (<em>activity-based working<\/em>), offrant des espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la concentration solitaire et d&rsquo;autres r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la coaction productive.<\/p>\n<p>Dans le domaine du <strong>bien-\u00eatre et du sport pour la sant\u00e9<\/strong>, la cr\u00e9ation d&rsquo;espaces de travail partag\u00e9s (coworking) et l&rsquo;essor des cours de fitness collectifs sans chor\u00e9graphie interactive reposent sur la coaction. Les t\u00e9l\u00e9travailleurs fr\u00e9quentent les tiers-lieux non pas n\u00e9cessairement pour collaborer avec d&rsquo;autres entrepreneurs, mais pour s&rsquo;impr\u00e9gner de l&rsquo;\u00e9lan besogneux du groupe coactif, surmontant ainsi la d\u00e9motivation inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;isolement domestique.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle, la litt\u00e9rature exp\u00e9rimentale a consolid\u00e9 notre compr\u00e9hension des m\u00e9canismes sous-jacents aux groupes en coaction, dissipant les ambigu\u00eft\u00e9s initiales gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9ta-analyses exhaustives et des paradigmes sophistiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des \u00e9tudes empiriques les plus rigoureuses a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par <strong>Charles Bond et Linda Titus (1983)<\/strong>. Leur m\u00e9ta-analyse, portant sur 241 \u00e9tudes ind\u00e9pendantes et englobant plus de 24 000 participants, a confirm\u00e9 la robustesse des effets de coaction et d&rsquo;audience th\u00e9oris\u00e9s par Zajonc. Les auteurs ont \u00e9tabli que la pr\u00e9sence d&rsquo;autrui accro\u00eet de mani\u00e8re statistiquement significative la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution pour les t\u00e2ches simples, tout en r\u00e9duisant la pr\u00e9cision et la qualit\u00e9 pour les t\u00e2ches complexes. Bien que la taille d&rsquo;effet globale demeure mod\u00e9r\u00e9e, elle s&rsquo;av\u00e8re hautement consistante \u00e0 travers une grande vari\u00e9t\u00e9 de populations et de protocoles.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres recherches fondamentales ont cherch\u00e9 \u00e0 trancher la controverse entre le mod\u00e8le de la simple pr\u00e9sence (Zajonc) et le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9valuation (Cottrell). Dans une exp\u00e9rience ing\u00e9nieuse, Markus (1978) a observ\u00e9 des sujets enfilant des v\u00eatements familiers (chaussures ordinaires, t\u00e2che simple) ou des v\u00eatements inhabituels de laboratoire (chaussettes amples de contention et blouses nou\u00e9es dans le dos, t\u00e2che complexe non dominante). Les sujets ex\u00e9cutaient ces gestes soit seuls, soit en pr\u00e9sence d&rsquo;un individu ayant les yeux band\u00e9s et le dos tourn\u00e9 (simple pr\u00e9sence), soit en pr\u00e9sence d&rsquo;un observateur attentif. Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que la simple pr\u00e9sence d&rsquo;une personne incapable d&rsquo;\u00e9valuer la t\u00e2che suffisait \u00e0 moduler la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution des sujets par rapport \u00e0 la condition d&rsquo;isolement total, validant partiellement l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;activation fondamentale de Zajonc, tout en r\u00e9v\u00e9lant que l&rsquo;anticipation d&rsquo;une \u00e9valuation amplifiait encore l&rsquo;amplitude du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les recherches en neurosciences cognitives ont explor\u00e9 les corr\u00e9lats neurobiologiques de la coaction. Des \u00e9tudes men\u00e9es par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) ont montr\u00e9 que le travail en pr\u00e9sence de cong\u00e9n\u00e8res modifie la dynamique des ondes th\u00eata et alpha dans le cortex pr\u00e9frontal, t\u00e9moignant d&rsquo;une modulation directe du contr\u00f4le inhibiteur et de la charge mentale de travail. D&rsquo;autres travaux exploitant l&rsquo;oculom\u00e9trie ont confirm\u00e9 que le regard des individus s&rsquo;oriente spontan\u00e9ment et involontairement vers leurs coacteurs toutes les quelques dizaines de secondes, confirmant que l&rsquo;appareil attentionnel humain demeure continuellement scind\u00e9 entre la t\u00e2che et l&rsquo;environnement social imm\u00e9diat.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La quasi-totalit\u00e9 des mod\u00e8les pionniers de la coaction ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s au sein de contextes occidentaux, individualistes et comp\u00e9titifs (dits contextes WEIRD : <em>Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic<\/em>). L&rsquo;\u00e9largissement interculturel des recherches a mis en \u00e9vidence des variations notables dans l&rsquo;expression des effets de coaction.<\/p>\n<p>Dans les <strong>soci\u00e9t\u00e9s collectivistes<\/strong> (notamment en Asie de l&rsquo;Est), o\u00f9 l&rsquo;interd\u00e9pendance du soi est pr\u00e9valente, la sensibilit\u00e9 \u00e0 la copr\u00e9sence est structurellement plus \u00e9lev\u00e9e. D\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, les individus sont socialis\u00e9s \u00e0 percevoir le groupe comme une unit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence morale et comportementale. En cons\u00e9quence, les effets d&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9valuation se manifestent plus vigoureusement dans les groupes en coaction en Asie orientale, g\u00e9n\u00e9rant une conformit\u00e9 de rythme plus marqu\u00e9e. La peur de perdre la face (<em>loss of face<\/em>) peut cependant induire une inhibition sociale plus s\u00e9v\u00e8re face \u00e0 des t\u00e2ches complexes, en raison d&rsquo;une pression normative int\u00e9rioris\u00e9e particuli\u00e8rement intense.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la nature de la comparaison sociale en situation de coaction varie selon l&rsquo;orientation culturelle. Dans les cultures valorisant fortement la comp\u00e9tition interindividuelle, le partenaire de coaction est prioritairement per\u00e7u comme un rival \u00e0 surpasser, stimulant des comportements d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration motrice et de d\u00e9passement unilat\u00e9ral. Dans les cultures pr\u00f4nant l&rsquo;harmonie communautaire et l&rsquo;\u00e9galitarisme, le coacteur sert plut\u00f4t de rep\u00e8re d&rsquo;ajustement mod\u00e9rateur : les sujets ont tendance \u00e0 calibrer leur vitesse pour rester dans la moyenne du groupe, \u00e9vitant \u00e0 la fois de para\u00eetre trop lents ou d&rsquo;exhiber une sup\u00e9riorit\u00e9 ostentatoire qui romprait la coh\u00e9sion implicite.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que le concept de groupe en coaction soit un \u00e9difice v\u00e9n\u00e9rable de la psychologie, il fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>La critique principale concerne la <strong>difficult\u00e9 op\u00e9rationnelle \u00e0 isoler une situation de coaction \u00ab pure \u00bb<\/strong>. D\u00e8s lors que deux \u00eatres humains partagent une pi\u00e8ce, il est presque impossible de garantir l&rsquo;absence totale d&rsquo;interactions subtiles : des micro-expressions faciales, des variations dans la respiration, ou la direction fugitive d&rsquo;un regard constituent des actes communicatifs involontaires. De fait, de nombreux auteurs soulignent que le groupe en coaction n&rsquo;est jamais exempt de repr\u00e9sentations partag\u00e9es et de projections fantasmatiques, ce qui fragilise l&rsquo;hypoth\u00e8se comportementaliste stricte d&rsquo;un simple effet m\u00e9canique de la pr\u00e9sence physique.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat r\u00e9current oppose l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;activation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (drive inn\u00e9) aux th\u00e9ories purement attentionnelles. Les d\u00e9tracteurs du mod\u00e8le de Zajonc font valoir que la notion de \u00ab pulsion g\u00e9n\u00e9rale \u00bb demeure un construit abstrait et difficilement falsifiable sur le plan strictement physiologique. Les donn\u00e9es d&rsquo;imagerie moderne tendent \u00e0 montrer que l&rsquo;activation c\u00e9r\u00e9brale en pr\u00e9sence d&rsquo;autrui refl\u00e8te des m\u00e9canismes distincts d&rsquo;attention s\u00e9lective, de traitement socio-\u00e9motionnel et de contr\u00f4le ex\u00e9cutif, plut\u00f4t qu&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation indiff\u00e9renci\u00e9e de l&rsquo;\u00e9nergie nerveuse.<\/p>\n<p>Enfin, les limites \u00e9cologiques des exp\u00e9riences historiques de laboratoire sont r\u00e9guli\u00e8rement point\u00e9es du doigt. Obliger des \u00e9tudiants volontaires \u00e0 barrer des lettres ou \u00e0 r\u00e9soudre des anagrammes artificielles sous la surveillance d&rsquo;un comparse impassible ne reproduit que tr\u00e8s imparfaitement les situations \u00e9cologiques r\u00e9elles de travail ou de vie sociale. Dans le monde contemporain, o\u00f9 les t\u00e2ches sont souvent hybrides, fragment\u00e9es et m\u00e9diatis\u00e9es par des interfaces num\u00e9riques, l&rsquo;effet de la simple coaction physique peut se trouver dilu\u00e9 ou supplant\u00e9 par d&rsquo;autres variables plus influentes comme la clart\u00e9 des objectifs personnels, le niveau d&rsquo;expertise intrins\u00e8que ou le sens per\u00e7u de la mission.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le groupe en coaction avec rigueur, il est indispensable de le distinguer nettement de concepts voisins de la psychodynamique de groupe :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Groupe en interaction (Interacting group) :<\/strong> Contrairement au groupe en coaction o\u00f9 les membres travaillent parall\u00e8lement sans communication, le groupe en interaction implique des \u00e9changes d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s, une n\u00e9gociation des r\u00f4les, une coordination verbale et une interd\u00e9pendance fonctionnelle pour atteindre un but commun partag\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Effet d&rsquo;audience (Audience effect) :<\/strong> L&rsquo;effet d&rsquo;audience concerne la situation o\u00f9 une personne agit sous le regard d&rsquo;un ou plusieurs observateurs totalement passifs qui n&rsquo;effectuent pas la t\u00e2che. Dans la coaction, chaque personne est simultan\u00e9ment ex\u00e9cutante et spectatrice de ses pairs.<\/li>\n<li><strong>Paresse sociale (Social loafing \/ Fl\u00e2nerie sociale) :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9crit par Ringelmann et formalis\u00e9 par Latan\u00e9, Harkins et Williams, dans lequel un individu fournit moins d&rsquo;effort physique ou cognitif lorsque son travail est fondu dans une performance collective globale non identifiable. Dans le groupe en coaction, la performance individuelle demeure strictement distincte et attribuable, ce qui pr\u00e9vient g\u00e9n\u00e9ralement la paresse sociale et favorise plut\u00f4t la facilitation.<\/li>\n<li><strong>Facilitation sociale (Social facilitation) :<\/strong> Cons\u00e9quence comportementale fr\u00e9quente de la coaction, d\u00e9signant l&rsquo;am\u00e9lioration de la performance motrice ou de la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution sur des t\u00e2ches simples en pr\u00e9sence d&rsquo;autrui. La coaction est la situation contextuelle ; la facilitation est l&rsquo;une de ses manifestations comportementales possibles.<\/li>\n<li><strong>Inhibition sociale (Social inhibition) :<\/strong> Manifestation comportementale oppos\u00e9e \u00e0 la facilitation, caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9gradation de la performance, de la flexibilit\u00e9 cognitive ou de la cr\u00e9ativit\u00e9 lors de l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une t\u00e2che complexe en situation de copr\u00e9sence ou de coaction.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le groupe en coaction repr\u00e9sente une configuration psychosociale sp\u00e9cifique o\u00f9 des individus accomplissent la m\u00eame activit\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, synchrone et sans communication formelle au sein d&rsquo;un m\u00eame environnement perceptif.<\/p>\n<p>Mis en \u00e9vidence d\u00e8s 1898 par Norman Triplett et approfondi par Floyd Allport puis Robert Zajonc, ce paradigme a permis d&rsquo;\u00e9tablir que la simple pr\u00e9sence conjointe d&rsquo;autrui n&rsquo;est jamais neutre : elle suscite une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;activation psychophysiologique, mobilise des m\u00e9canismes d&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9valuation, induit une surcharge d&rsquo;arbitrage attentionnel et d\u00e9clenche des processus spontan\u00e9s de comparaison sociale.<\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la situation de coaction exerce un effet de facilitation sur les t\u00e2ches automatis\u00e9es, simples et bien ma\u00eetris\u00e9es, amplifiant le volume et la cadence de production. En revanche, elle g\u00e9n\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;inhibition sociale sur les t\u00e2ches nouvelles, hautement conceptuelles ou complexes, dont les d\u00e9marches de r\u00e9solution exigent une vaste amplitude attentionnelle et une relative s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>La ma\u00eetrise de ces dynamiques demeure essentielle aujourd&rsquo;hui pour concevoir des dispositifs p\u00e9dagogiques efficients, optimiser l&rsquo;ergonomie des espaces professionnels et appr\u00e9hender les nouvelles formes de copr\u00e9sence num\u00e9rique dans notre soci\u00e9t\u00e9 hyperconnect\u00e9e.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Allport, F. H. (1920). The influence of the group upon association and thought. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 3(3), 159\u2013182. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0067891\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0067891<\/a><\/li>\n<li>Allport, F. H. (1924). <em>Social psychology<\/em>. Houghton Mifflin.<\/li>\n<li>Baron, R. S. (1986). Distraction-conflict theory: Progress and problems. <em>Advances in Experimental Social Psychology<\/em>, 19, 1\u201340. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60211-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0065-2601(08)60211-7<\/a><\/li>\n<li>Bond, C. F., &amp; Titus, L. J. (1983). Social facilitation: A meta-analysis of 241 studies. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 94(2), 265\u2013292. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.94.2.265\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.94.2.265<\/a><\/li>\n<li>Cottrell, N. B., Wack, D. L., &amp; Sekerak, G. J. (1968). Social facilitation of dominant responses by the presence of an audience and the mere presence of others. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 9(3), 245\u2013250. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0025902\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0025902<\/a><\/li>\n<li>Markus, H. (1978). The effect of mere presence on social facilitation: An unobtrusive test. <em>Journal of Experimental Social Psychology<\/em>, 14(4), 389\u2013397. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0022-1031(78)90034-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0022-1031(78)90034-3<\/a><\/li>\n<li>Triplett, N. (1898). The dynamogenic factors in pacemaking and competition. <em>The American Journal of Psychology<\/em>, 9(4), 507\u2013533. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1412188\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1412188<\/a><\/li>\n<li>Zajonc, R. B. (1965). Social facilitation. <em>Science<\/em>, 149(3681), 269\u2013274. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.149.3681.269\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.149.3681.269<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le groupe en coaction d\u00e9signe un rassemblement d&rsquo;individus accomplissant simultan\u00e9ment et sans interaction directe une m\u00eame t\u00e2che, modifiant la performance par facilitation ou inhibition sociale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[4021,154,1486],"tags":[40174,3073,40173,2329,28816,40175,220],"class_list":["post-23685","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-dynamique-de-groupe","category-psychologie-sociale","category-sciences-cognitives","tag-coaction","tag-facilitation-sociale","tag-groupe-en-coaction","tag-inhibition-sociale","tag-performance-collective","tag-presence-dautrui","tag-psychologie-sociale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23685\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23685"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}