{"id":23649,"date":"2026-10-31T14:53:09","date_gmt":"2026-10-31T14:53:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=clozapine-antipsychotique-atypique"},"modified":"2026-10-31T14:53:09","modified_gmt":"2026-10-31T14:53:09","slug":"clozapine-antipsychotique-atypique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=clozapine-antipsychotique-atypique","title":{"rendered":"Clozapine : L&rsquo;\u00e9talon-or des psychoses r\u00e9sistantes"},"content":{"rendered":"<p>Mol\u00e9cule fondatrice d&rsquo;une nouvelle \u00e8re dans la prise en charge des troubles psychotiques majeurs, la clozapine demeure l&rsquo;intervention pharmacologique la plus efficace et la plus complexe de la psychiatrie contemporaine. Son profil pharmacodynamique singulier et son efficacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e dans les formes r\u00e9fractaires de schizophr\u00e9nie en font un objet d&rsquo;\u00e9tude incontournable pour la recherche translationnelle et la clinique des troubles s\u00e9v\u00e8res du spectre psychotique.<\/p>\n<h2>Clozapine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>clozapine<\/strong> est un agent antipsychotique atypique appartenant \u00e0 la classe chimique des dibenzodiaz\u00e9pines, principalement indiqu\u00e9 dans le traitement de la schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante aux th\u00e9rapeutiques conventionnelles et dans la r\u00e9duction des comportements suicidaires r\u00e9currents chez les patients souffrant de troubles psychotiques. Elle se caract\u00e9rise par une faible propension \u00e0 induire des effets ind\u00e9sirables extrapyramidaux et par l&rsquo;absence d&rsquo;hyperprolactin\u00e9mie notable aux doses th\u00e9rapeutiques usuelles.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, la clozapine se distingue des neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration par une affinit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e et transitoire pour les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, coupl\u00e9e \u00e0 un antagonisme puissant des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT2A, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des interactions polymorphiques avec de multiples sous-types r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques, histaminiques et muscariniques. Cette signature pharmacologique conf\u00e8re \u00e0 la mol\u00e9cule une capacit\u00e9 unique \u00e0 att\u00e9nuer la symptomatologie positive, n\u00e9gative et cognitive chez des patients r\u00e9fractaires aux autres mol\u00e9cules, tout en modulant favorablement l&rsquo;agressivit\u00e9 et le risque suicidaire.<\/p>\n<p>En raison d&rsquo;un risque rare mais potentiellement fatal d&rsquo;agranulocytose, l&rsquo;instauration et le maintien de la clozapine sont rigoureusement conditionn\u00e9s \u00e0 un protocole standardis\u00e9 de surveillance h\u00e9matologique longitudinale, incluant la num\u00e9ration formule sanguine et le d\u00e9compte absolu des polynucl\u00e9aires neutrophiles.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme <em>clozapine<\/em> tire ses racines de la nomenclature syst\u00e9matique de la chimie organique et de la d\u00e9signation commune internationale (DCI) attribu\u00e9e par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a>. Le pr\u00e9fixe ou segment initial d\u00e9coule indirectement de groupements structurels chlor\u00e9s (\u00ab clo- \u00bb pour la pr\u00e9sence de l&rsquo;atome de chlore sur le noyau aromatique), articul\u00e9 avec les formants d\u00e9signant le squelette tricyclique dibenzodiaz\u00e9pine (\u00ab -zapine \u00bb), un suffixe conventionnel r\u00e9serv\u00e9 aux compos\u00e9s h\u00e9t\u00e9rocycliques azot\u00e9s apparent\u00e9s aux diaz\u00e9pines et dibenzoxaz\u00e9pines.<\/p>\n<p>D\u00e9velopp\u00e9e initialement sous le nom de code exp\u00e9rimental HF-1854 par les laboratoires suisses Wander AG \u00e0 Berne dans les ann\u00e9es 1950 et brevet\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, la mol\u00e9cule a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans la litt\u00e9rature francophone et internationale sous le nom commercial originel de Leponex (ou Clozaril dans les pays anglo-saxons), avant que l&rsquo;usage de la d\u00e9nomination commune internationale \u00ab clozapine \u00bb ne devienne pr\u00e9valent dans la litt\u00e9rature psychiatrique, psychopharmacologique et m\u00e9dico-l\u00e9gale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le vocable <strong>clozapine<\/strong> se prononce phon\u00e9tiquement \/kl\u0254.za.pin\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab la clozapine \u00bb, \u00ab une prescription de clozapine \u00bb). Le terme ne poss\u00e8de pas de forme plurielle usuelle lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la substance pharmacologique elle-m\u00eame, bien que l&rsquo;accord grammatical pluriel (\u00ab des clozapines \u00bb) puisse th\u00e9oriquement \u00eatre mobilis\u00e9 pour faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 diff\u00e9rents lots industriels ou formulations gal\u00e9niques g\u00e9n\u00e9riques.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et syntaxique, le mot s&#8217;emploie principalement de mani\u00e8re autonome comme substantif, mais peut \u00e9galement intervenir en apposition ou dans des locutions adjectivales (\u00ab traitement par clozapine \u00bb, \u00ab r\u00e9ponse clozapinique \u00bb, \u00ab clozapinor\u00e9sistance \u00bb). Les d\u00e9riv\u00e9s lexicaux cr\u00e9\u00e9s par la communaut\u00e9 m\u00e9dicale incluent notamment l&rsquo;adjectif \u00ab clozapinique \u00bb pour qualifier les effets ind\u00e9sirables ou les sp\u00e9cificit\u00e9s pharmacologiques propres \u00e0 la mol\u00e9cule, ainsi que le concept clinique de \u00ab clozapino-r\u00e9sistance \u00bb d\u00e9signant l&rsquo;absence de r\u00e9mission clinique malgr\u00e9 un sch\u00e9ma posologique optimal.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension conceptuelle de la clozapine exige d&rsquo;analyser la rupture paradigmatique qu&rsquo;elle a introduite dans la psychopathologie biologique. Jusqu&rsquo;\u00e0 son \u00e9mergence, le dogme neurobiologique dominant postulait que l&rsquo;action th\u00e9rapeutique antipsychotique \u00e9tait intrins\u00e8quement indissociable du blocage massif des r\u00e9cepteurs dopaminergiques striataux et de l&rsquo;apparition conjointe de sympt\u00f4mes extrapyramidaux (rigidit\u00e9, tremblements, akin\u00e9sie). La clozapine a invalid\u00e9 cette corr\u00e9lation historique en apportant la preuve clinique qu&rsquo;une mol\u00e9cule pouvait exercer une action antipsychotique puissante sans induire de catalepsie chez l&rsquo;animal ni de syndrome parkinsonien d\u00e9bilitant chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre clinique de la mol\u00e9cule s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la simple s\u00e9dation ou du contr\u00f4le comportemental. La clozapine intervient principalement dans la prise en charge de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> r\u00e9sistante au traitement (SRT), traditionnellement d\u00e9finie par la persistance de sympt\u00f4mes invalidants malgr\u00e9 l&rsquo;administration successive d&rsquo;au moins deux antipsychotiques diff\u00e9rents \u00e0 des posologies ad\u00e9quates pendant des dur\u00e9es d&rsquo;\u00e9valuation suffisantes. Chez ces patients, dont le pronostic psychosocial est s\u00e9v\u00e8rement ob\u00e9r\u00e9, la clozapine permet d&rsquo;atteindre des taux de r\u00e9mission partielle ou totale inatteignables avec les autres mol\u00e9cules antipsychotiques de premi\u00e8re ou de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Sur le plan dimensionnel, le spectre d&rsquo;action de la clozapine couvre simultan\u00e9ment les manifestations positives (d\u00e9lires, hallucinations, d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e), les manifestations de l&rsquo;humeur, l&rsquo;hostilit\u00e9 impulsive et les comportements suicidaires. Cette propri\u00e9t\u00e9 anti-suicidaire sp\u00e9cifique, formellement reconnue par les agences r\u00e9glementaires internationales, n&rsquo;est partag\u00e9e par aucun autre agent psychotrope dans cette indication, ce qui conf\u00e8re \u00e0 la mol\u00e9cule une valeur heuristique et clinique centrale dans la r\u00e9duction de la surmortalit\u00e9 associ\u00e9e aux troubles psychotiques graves.<\/p>\n<p>Toutefois, les fronti\u00e8res th\u00e9rapeutiques de la clozapine sont circonscrites par un profil de tol\u00e9rance particuli\u00e8rement complexe et contraignant. En dehors du risque h\u00e9matologique majeur que repr\u00e9sente l&rsquo;agranulocytose, son maniement clinique impose une vigilance soutenue face aux risques de myocardite pr\u00e9coce, de cardiomyopathie dilat\u00e9e, de ralentissement s\u00e9v\u00e8re du p\u00e9ristaltisme digestif menant \u00e0 l&rsquo;occlusion intestinale, de prise de poids substantielle et de dysfonctionnements m\u00e9taboliques majeurs (dyslipid\u00e9mie, diab\u00e8te de type 2). L&rsquo;administration de cette mol\u00e9cule rel\u00e8ve donc d&rsquo;une n\u00e9gociation permanente entre un b\u00e9n\u00e9fice clinique souvent irrempla\u00e7able et une gestion rigoureuse des risques somatiques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de la clozapine repr\u00e9sente l&rsquo;un des chapitres les plus singuliers et tumultueux de la pharmacologie moderne. Synth\u00e9tis\u00e9e en 1958 par les chimistes de la firme Wander AG, la mol\u00e9cule se distingue d&#8217;embl\u00e9e des ph\u00e9nothiazines et des butyroph\u00e9nones alors en plein essor. Les premi\u00e8res \u00e9tudes animales r\u00e9v\u00e8lent un comportement d\u00e9concertant : la mol\u00e9cule ne provoque pas de catalepsie chez les rongeurs, ce qui conduit de nombreux pharmacologues \u00e0 douter initialement de son potentiel antipsychotique en vertu des th\u00e9ories de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Cependant, les essais cliniques pr\u00e9liminaires men\u00e9s en Europe au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 et 1970, notamment en Autriche, en Suisse et en Allemagne, confirment une efficacit\u00e9 antipsychotique remarquable, d\u00e9pourvue des effets neurologiques invalidants caract\u00e9ristiques de l&rsquo;halop\u00e9ridol ou de la chlorpromazine. Le m\u00e9dicament est alors commercialis\u00e9 dans plusieurs pays europ\u00e9ens sous le nom de Leponex. Cette phase d&rsquo;expansion conna\u00eet n\u00e9anmoins un arr\u00eat brutal et tragique en 1975, lors de ce que la litt\u00e9rature m\u00e9dicale qualifie d&rsquo;\u00ab \u00e9pid\u00e9mie finlandaise \u00bb : seize patients d\u00e9veloppent une agranulocytose s\u00e9v\u00e8re, entra\u00eenant huit d\u00e9c\u00e8s par sepsis fulminant. Cet \u00e9v\u00e9nement catastrophique conduit au retrait imm\u00e9diat du march\u00e9 ou \u00e0 la restriction drastique de la mol\u00e9cule dans la quasi-totalit\u00e9 des juridictions sanitaires mondiales.<\/p>\n<p>La renaissance de la clozapine s&rsquo;amorce \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 sous l&rsquo;impulsion de chercheurs pionniers, au premier rang desquels figure le psychiatre am\u00e9ricain Herbert Meltzer et l&rsquo;\u00e9quipe de John Kane. En 1988, la publication de l&rsquo;essai clinique princeps multicentrique de Kane et collaborateurs dans les <em>Archives of General Psychiatry<\/em> d\u00e9montre de fa\u00e7on irr\u00e9futable la sup\u00e9riorit\u00e9 statistique et clinique de la clozapine sur la chlorpromazine chez des patients schizophr\u00e8nes confirm\u00e9s r\u00e9sistants. Cette \u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence prouve qu&rsquo;environ 30 % des patients r\u00e9fractaires connaissent une am\u00e9lioration clinique significative sous clozapine.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es probantes incitent la Food and Drug Administration (FDA) aux \u00c9tats-Unis \u00e0 approuver la clozapine en 1989 pour la schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante, sous r\u00e9serve absolue de la mise en place d&rsquo;un registre national de surveillance h\u00e9matologique obligatoire et d&rsquo;un contr\u00f4le hebdomadaire strict des globules blancs. Durant les d\u00e9cennies 1990 et 2000, la clozapine consolide son statut d&rsquo;\u00e9talon-or th\u00e9rapeutique, tandis que l&rsquo;essai international InterSePT (International Suicide Prevention Trial), publi\u00e9 en 2003 par Meltzer et ses coll\u00e8gues, valide son efficacit\u00e9 unique dans la pr\u00e9vention des comportements suicidaires, ouvrant la voie \u00e0 une nouvelle indication formelle.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Les soubassements th\u00e9oriques expliquant l&rsquo;efficacit\u00e9 singuli\u00e8re de la clozapine ont profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la neurobiologie de la psychose. Plusieurs mod\u00e8les pharmacodynamiques et neurochimiques s&rsquo;articulent pour rendre compte de ses propri\u00e9t\u00e9s hors normes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;hypoth\u00e8se du d\u00e9couplage rapide (Hit-and-Run) :<\/strong> Formul\u00e9e notamment par Philip Seeman et Shitij Kapur, cette th\u00e9orie postule que la clozapine se lie de mani\u00e8re relativement l\u00e2che aux r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 du striatum avec une constante de dissociation tr\u00e8s rapide. Contrairement aux neuroleptiques classiques qui occupent plus de 70 \u00e0 80 % des r\u00e9cepteurs D2 de mani\u00e8re prolong\u00e9e \u2014 seuil au-del\u00e0 duquel les sympt\u00f4mes extrapyramidaux apparaissent in\u00e9vitablement \u2014, la clozapine n&rsquo;occupe typiquement que 30 \u00e0 60 % de ces r\u00e9cepteurs, autorisant une transmission dopaminergique basale physiologique tout en att\u00e9nuant les d\u00e9charges pathologiques m\u00e9solimbiques.<\/li>\n<li><strong>Le ratio d&rsquo;antagonisme 5-HT2A \/ D2 :<\/strong> Th\u00e9oris\u00e9e par Herbert Meltzer, cette approche soutient que l&rsquo;atypicit\u00e9 de la mol\u00e9cule repose sur un ratio d&rsquo;affinit\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en faveur du r\u00e9cepteur s\u00e9rotoninergique 5-HT2A par rapport au r\u00e9cepteur D2. En bloquant puissamment les h\u00e9t\u00e9ror\u00e9cepteurs 5-HT2A sur les neurones dopaminergiques de la voie nigrostri\u00e9e et du cortex pr\u00e9frontal, la clozapine d\u00e9sinhibe la lib\u00e9ration locale de dopamine dans ces r\u00e9gions sp\u00e9cifiques, prot\u00e9geant le patient contre le syndrome extrapyramidal et am\u00e9liorant les fonctions ex\u00e9cutives pr\u00e9frontales, tout en maintenant un blocage dans le syst\u00e8me limbique.<\/li>\n<li><strong>La modulation glutamatergique et NMDA :<\/strong> La clozapine exerce une action r\u00e9gulatrice unique sur la neurotransmission glutamatergique, dont l&rsquo;hypofonctionnement au niveau des r\u00e9cepteurs NMDA est central dans la physiopathologie cognitive et n\u00e9gative de la schizophr\u00e9nie. Des travaux exp\u00e9rimentaux d\u00e9montrent que la clozapine agit comme un agoniste indirect ou allost\u00e9rique du site glycinergique du r\u00e9cepteur NMDA et inhibe la recapture synaptique du glutamate, potentialisant ainsi la plasticit\u00e9 synaptique corticale.<\/li>\n<li><strong>Le tropisme neurotrophique et la neuroprotection :<\/strong> Des \u00e9tudes pr\u00e9cliniques mettent en \u00e9vidence la capacit\u00e9 de la clozapine \u00e0 stimuler l&rsquo;expression du BDNF (<em>Brain-Derived Neurotrophic Factor<\/em>) et \u00e0 favoriser la neurogen\u00e8se hippocampique, contrecarrant ainsi les processus neuroprogressifs et atrophiques observ\u00e9s au fil de l&rsquo;\u00e9volution des psychoses chroniques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7. Composantes, dimensions et profils pharmacologiques<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation de la clozapine repose sur un ensemble complexe de propri\u00e9t\u00e9s physico-chimiques, m\u00e9taboliques et r\u00e9ceptor\u00e9elles qui d\u00e9terminent son profil clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signature pharmacodynamique multir\u00e9ceptrice :<\/strong> La mol\u00e9cule affiche un spectre de liaison pan-r\u00e9cepteur comprenant un antagonisme marqu\u00e9 des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques (5-HT2A, 5-HT2C, 5-HT6, 5-HT7), un antagonisme mod\u00e9r\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques (D1, D2, D3, D4, avec une s\u00e9lectivit\u00e9 notable pour le sous-type D4), une forte affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs histaminiques H1 (responsable de la s\u00e9dation et de la prise pond\u00e9rale), un blocage alpha-1 et alpha-2 adr\u00e9nergique (induisant hypotension orthostatique et tachycardie r\u00e9flexe), ainsi qu&rsquo;une interaction agoniste\/antagoniste complexe avec les r\u00e9cepteurs muscariniques (M1 \u00e0 M5), expliquant l&rsquo;hypersalivation paradoxale.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9tabolisation h\u00e9patique et cytochrome P450 :<\/strong> Le catabolisme de la clozapine est principalement m\u00e9di\u00e9 par l&rsquo;isoenzyme h\u00e9patique <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/CYP1A2\">CYP1A2<\/a>, avec des contributions secondaires non n\u00e9gligeables des cytochromes CYP2C19, CYP2D6 et CYP3A4. Cette pharmacocin\u00e9tique implique une sensibilit\u00e9 majeure aux interactions m\u00e9dicamenteuses et aux facteurs environnementaux, en particulier le tabagisme (dont les hydrocarbures polycycliques aromatiques induisent fortement le CYP1A2) et la consommation de caf\u00e9ine (inhibiteur comp\u00e9titif).<\/li>\n<li><strong>Rapport m\u00e9tabolique clozapine \/ norclozapine :<\/strong> Le principal m\u00e9tabolite actif circulant est la N-d\u00e9m\u00e9thylclozapine (norclozapine). Ce m\u00e9tabolite poss\u00e8de des caract\u00e9ristiques distinctes, notamment un pouvoir pro-cognitif partiel via un agonisme allost\u00e9rique des r\u00e9cepteurs muscariniques M1, mais contribue \u00e9galement \u00e0 la toxicit\u00e9 globale et aux troubles m\u00e9taboliques. Le rapport plasmatique clozapine\/norclozapine constitue un marqueur fondamental de l&rsquo;observance, de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;induction ou d&rsquo;inhibition enzymatique, et de l&rsquo;\u00e9quilibre th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<li><strong>Distribution tissulaire et pharmacocin\u00e9tique :<\/strong> La clozapine poss\u00e8de une forte lipophilie, autorisant une travers\u00e9e ais\u00e9e de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Sa liaison aux prot\u00e9ines plasmatiques d\u00e9passe 95 %, avec un volume de distribution \u00e9lev\u00e9 et une demi-vie d&rsquo;\u00e9limination moyenne oscillant entre 12 et 16 heures \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre, justifiant usuellement une administration biquotidienne ou une dose nocturne pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact pratique de la clozapine se r\u00e9v\u00e8le avec acuit\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9tude de situations cliniques concr\u00e8tes repr\u00e9sentatives de la pratique psychiatrique hospitali\u00e8re et ambulatoire.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : Schizophr\u00e9nie parano\u00efde s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9sistante<\/strong><br \/>Monsieur B., \u00e2g\u00e9 de 28 ans, pr\u00e9sente un diagnostic de schizophr\u00e9nie \u00e9voluant depuis six ans. Malgr\u00e9 deux s\u00e9quences successives et bien conduites d&rsquo;olanzapine (20 mg\/jour pendant six mois) puis de palip\u00e9ridone injectable \u00e0 action prolong\u00e9e (150 mg\/mois pendant huit mois), le patient reste en proie \u00e0 des hallucinations acoustico-verbales pers\u00e9cutrices constantes, un d\u00e9lire d&rsquo;influence imp\u00e9n\u00e9trable \u00e0 la critique et une incurie majeure n\u00e9cessitant de multiples hospitalisations sans consentement. Une \u00e9valuation clinique multidisciplinaire confirme l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;impasse th\u00e9rapeutique et pose l&rsquo;indication d&rsquo;un passage \u00e0 la clozapine. Apr\u00e8s un bilan pr\u00e9-th\u00e9rapeutique sans anomalie, une titration lente par paliers de 12,5 mg \u00e0 25 mg est entreprise jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre une posologie de 350 mg par jour, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une clozapin\u00e9mie de 420 ng\/mL. Au bout de douze semaines, les voix hallucinatoires deviennent intermittentes et perdent leur caract\u00e8re injurieux, le d\u00e9lire est enkyst\u00e9 et perd de sa charge anxiog\u00e8ne, permettant \u00e0 Monsieur B. d&rsquo;int\u00e9grer un foyer de post-cure et de reprendre des activit\u00e9s sociales autonomes.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : Psychose dopamino-induite r\u00e9fractaire dans la maladie de Parkinson<\/strong><br \/>Madame V., 71 ans, suivie pour une maladie de Parkinson \u00e9volu\u00e9e trait\u00e9e par l\u00e9vodopa, d\u00e9veloppe des hallucinations visuelles complexes et un d\u00e9lire de jalousie secondaire au traitement dopaminergique. L&rsquo;abaissement de la dopath\u00e9rapie entra\u00eene une akin\u00e9sie grabataire inacceptable, tandis que l&rsquo;utilisation de qu\u00e9tiapine \u00e0 dose progressive reste inefficace sur les ph\u00e9nom\u00e8nes hallucinatoires. Une introduction prudente de clozapine \u00e0 tr\u00e8s faible dose (6,25 mg au coucher, titr\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 25 mg\/jour) permet la disparition compl\u00e8te des hallucinations en trois semaines, sans aucune p\u00e9joration de la fonction motrice parkinsonienne, illustrant la s\u00e9lectivit\u00e9 anatomique et fonctionnelle de la mol\u00e9cule pour les circuits m\u00e9solimbiques aux d\u00e9pens de la voie nigrostri\u00e9e.<\/p>\n<h3>9. Mesure, surveillance et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>La gestion clinique de la clozapine repose sur un cadre de surveillance biologique et pharmacologique hautement formalis\u00e9, visant \u00e0 maximiser l&rsquo;efficacit\u00e9 tout en pr\u00e9venant les accidents iatrog\u00e8nes graves :<\/p>\n<ul>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>Monitorage h\u00e9matologique strict :<\/strong> Le risque d&rsquo;agranulocytose (d\u00e9fini par un taux de polynucl\u00e9aires neutrophiles &lt; 500\/mm\u00b3) culmine durant les dix-huit premi\u00e8res semaines de traitement. Le protocole impose la r\u00e9alisation d&rsquo;une formule sanguine compl\u00e8te hebdomadaire pendant les dix-huit premi\u00e8res semaines, puis mensuelle durant toute la vie du traitement. L&rsquo;apparition d&rsquo;une neutrop\u00e9nie mod\u00e9r\u00e9e (taux compris entre 1000 et 1500\/mm\u00b3) impose une surveillance biologique rapproch\u00e9e bi-hebdomadaire, tandis qu&rsquo;un d\u00e9compte inf\u00e9rieur \u00e0 1000\/mm\u00b3 commande l&rsquo;interruption d\u00e9finitive et imm\u00e9diate du traitement avec interdiction formelle de r\u00e9introduction ult\u00e9rieure sans expertise tertiaire hautement sp\u00e9cialis\u00e9e<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Suivi des concentrations plasmatiques (Clozapin\u00e9mie) :<\/strong> Le dosage plasmatique de la clozapine et de son m\u00e9tabolite, la norclozapine, est un outil fondamental de m\u00e9decine de pr\u00e9cision. La fen\u00eatre th\u00e9rapeutique consensuelle se situe entre 350 ng\/mL et 600 ng\/mL au creux de dose (12 heures post-prise). En de\u00e7\u00e0 de 350 ng\/mL, les taux de r\u00e9ponse sont nettement inf\u00e9rieurs ; au-del\u00e0 de 600 \u00e0 750 ng\/mL, le risque d&rsquo;effets ind\u00e9sirables neurologiques majeurs, notamment les crises convulsives tonico-cloniques, s&rsquo;accro\u00eet de mani\u00e8re exponentielle.<\/li>\n<li><strong>Surveillance cardiologique et m\u00e9tabolique :<\/strong> Le bilan pr\u00e9-th\u00e9rapeutique et le suivi de phase pr\u00e9coce requi\u00e8rent l&rsquo;enregistrement r\u00e9gulier d&rsquo;un \u00e9lectrocardiogramme (pour surveiller l&rsquo;intervalle QTc et d\u00e9pister une tachycardie sinusale persistante) et le dosage de la troponine I\/T coupl\u00e9 \u00e0 la prot\u00e9ine C-r\u00e9active (CRP) afin d&rsquo;exclure une myocardite d\u00e9butante, redout\u00e9e durant le premier mois d&rsquo;exposition. Au long cours, la surveillance inclut une \u00e9chocardiographie annuelle et le suivi strict du profil glyc\u00e9mique, lipidique et de la courbe de masse corporelle.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation du transit digestif :<\/strong> L&rsquo;hypomotilit\u00e9 gastro-intestinale induite par le puissant antagonisme anticholinergique de la clozapine repr\u00e9sente une cause majeure et sous-estim\u00e9e de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9. Une \u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de la constipation doit \u00eatre syst\u00e9matiquement compl\u00e9t\u00e9e, et un traitement laxatif osmotique pr\u00e9ventif instaur\u00e9 d\u00e8s les premiers signes de ralentissement du transit pour parer au volvulus ou \u00e0 l&rsquo;isch\u00e9mie m\u00e9sent\u00e9rique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la clozapine s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des recommandations internationales \u00e9labor\u00e9es par des organismes de r\u00e9f\u00e9rence tels que le <a href=\"https:\/\/www.nice.org.uk\/\">National Institute for Health and Care Excellence<\/a> (NICE), l&rsquo;American Psychiatric Association (APA) et la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9 (HAS) en France :<\/p>\n<p>Dans la schizophr\u00e9nie, la clozapine constitue l&rsquo;option de choix indiscutable apr\u00e8s \u00e9chec document\u00e9 de deux lignes antipsychotiques ad\u00e9quatement conduites. Son initiation ne devrait jamais \u00eatre retard\u00e9e outre mesure, car les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques d\u00e9montrent de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e qu&rsquo;un d\u00e9lai prolong\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la clozapine (souvent de plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;identification de la pharmacor\u00e9sistance) diminue la probabilit\u00e9 ult\u00e9rieure de r\u00e9mission et aggrave l&rsquo;alt\u00e9ration neurocognitive et fonctionnelle du patient.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante, la clozapine trouve des applications cliniques cibl\u00e9es dans les troubles schizo-affectifs r\u00e9sistants, les troubles bipolaires r\u00e9fractaires \u00e0 cycles rapides ou caract\u00e9ris\u00e9s par une instabilit\u00e9 thymique chronique s\u00e9v\u00e8re, ainsi que dans la gestion des \u00e9tats psychotiques associ\u00e9s aux maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, notamment la d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy et la maladie de Parkinson compliqu\u00e9e de d\u00e9lires dopa-induits.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re de la psychiatrie m\u00e9dico-l\u00e9gale et de la criminologie clinique, la clozapine poss\u00e8de une valeur th\u00e9rapeutique d\u00e9montr\u00e9e pour juguler l&rsquo;agressivit\u00e9 persistante, l&rsquo;impulsivit\u00e9 explosive et les passages \u00e0 l&rsquo;acte violents non motiv\u00e9s par un syndrome d\u00e9lirant aigu, r\u00e9duisant de mani\u00e8re significative les s\u00e9jours en unit\u00e9s de soins psychiatriques s\u00e9curis\u00e9es et les mesures d&rsquo;isolement.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et preuves scientifiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 comparative de la clozapine est corrobor\u00e9e par l&rsquo;un des corpus empiriques les plus robustes de la m\u00e9decine factuelle. D\u00e8s 1988, l&rsquo;essai fondateur de Kane et al. \u00e9tablissait une diff\u00e9rence d&rsquo;efficacit\u00e9 spectaculaire face \u00e0 la chlorpromazine (taux de r\u00e9ponse de 30 % contre 4 % dans une cohorte de schizophr\u00e8nes hautement r\u00e9sistants).<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses contemporaines en r\u00e9seau, au premier rang desquelles figure l&rsquo;\u00e9tude monumentale publi\u00e9e par Stefan Leucht et ses collaborateurs dans <em>The Lancet<\/em> en 2013 et mise \u00e0 jour en 2019, ont \u00e9valu\u00e9 des dizaines d&rsquo;antipsychotiques sur des crit\u00e8res d&rsquo;efficacit\u00e9 globale, de r\u00e9duction des sympt\u00f4mes positifs et de pr\u00e9vention des rechutes. La clozapine y \u00e9merge syst\u00e9matiquement au premier rang hi\u00e9rarchique avec la taille d&rsquo;effet la plus \u00e9lev\u00e9e (standardized mean difference d&rsquo;environ 0,88 par rapport au placebo, surpassant notablement tous les autres agents de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration tels que la risp\u00e9ridone, l&rsquo;olanzapine ou l&rsquo;aripiprazole).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude multicentrique CATIE (Clinical Antipsychotic Trials of Intervention Effectiveness) men\u00e9e aux \u00c9tats-Unis a consacr\u00e9 sa deuxi\u00e8me phase \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation des patients ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 une premi\u00e8re ligne d&rsquo;antipsychotiques atypiques. Les r\u00e9sultats, analys\u00e9s par Stroup et al. (2006), ont montr\u00e9 que la clozapine pr\u00e9sentait une efficacit\u00e9 nettement sup\u00e9rieure en mati\u00e8re de maintien du traitement et de d\u00e9lai avant abandon th\u00e9rapeutique compar\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres agents de seconde g\u00e9n\u00e9ration (olanzapine, qu\u00e9tiapine, risp\u00e9ridone), consolidant ainsi son r\u00f4le d&rsquo;ultime recours de haute efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, d&rsquo;immenses cohortes \u00e9pid\u00e9miologiques observationnelles longitudinales en vie r\u00e9elle, men\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de populations enti\u00e8res en Su\u00e8de et en Finlande par Jari Tiihonen et son \u00e9quipe (publi\u00e9es dans <em>The Lancet Psychiatry<\/em> et le <em>JAMA Psychiatry<\/em>), ont mis en \u00e9vidence un r\u00e9sultat paradoxal mais fondamental : en d\u00e9pit de ses risques h\u00e9matologiques et m\u00e9taboliques intrins\u00e8ques, la clozapine est associ\u00e9e \u00e0 la mortalit\u00e9 toutes causes confondues la plus basse parmi l&rsquo;ensemble des antipsychotiques disponibles. Cette r\u00e9duction globale de la mortalit\u00e9 s&rsquo;explique principalement par la diminution massive des d\u00e9c\u00e8s par suicide, l&rsquo;att\u00e9nuation des accidents et une meilleure r\u00e9gulation globale du parcours de soins somatiques et psychiatriques des patients observants.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;implantation et la prescription de la clozapine varient consid\u00e9rablement selon les contextes g\u00e9ographiques, culturels et \u00e9conomiques, r\u00e9v\u00e9lant de profondes disparit\u00e9s dans l&rsquo;acc\u00e8s aux soins psychiatriques tertiaires :<\/p>\n<p>Alors que des pays comme la Finlande, le Danemark, l&rsquo;Australie ou la Nouvelle-Z\u00e9lande pr\u00e9sentent des taux de prescription de clozapine chez les patients schizophr\u00e8nes atteignant 20 \u00e0 30 %, d&rsquo;autres nations occidentales comme les \u00c9tats-Unis, le Royaume-Uni ou la France affichent des taux nettement plus modestes, oscillant souvent entre 5 et 12 %. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, couramment qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab inertie th\u00e9rapeutique \u00bb ou de \u00ab clozaphobie \u00bb institutionnelle par les observateurs cliniques, s&rsquo;explique par la lourdeur per\u00e7ue des contraintes r\u00e9glementaires de prise de sang, la crainte m\u00e9dico-l\u00e9gale des effets ind\u00e9sirables rares et le d\u00e9ficit de formation continue des jeunes psychiatres au maniement de la mol\u00e9cule.<\/p>\n<p>Sur le plan ethnique et pharmacog\u00e9n\u00e9tique, l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;enzyme CYP1A2 et la sensibilit\u00e9 h\u00e9matologique varient largement selon les populations. Par exemple, les personnes d&rsquo;ascendance est-asiatique m\u00e9tabolisent fr\u00e9quemment la clozapine plus lentement que les sujets d&rsquo;ascendance caucasienne, n\u00e9cessitant des posologies cibles quotidiennes souvent inf\u00e9rieures de 30 \u00e0 50 % pour atteindre des concentrations plasmatiques th\u00e9rapeutiques \u00e9quivalentes. De plus, la notion de neutrop\u00e9nie constitutionnelle b\u00e9nigne (NCB) \u2014 fr\u00e9quente chez les personnes d&rsquo;origine africaine subsaharienne ou du Moyen-Orient \u2014 impose une adaptation des valeurs seuils h\u00e9matologiques afin de ne pas exclure injustement ces populations d&rsquo;un traitement salvateur sur la base de crit\u00e8res de num\u00e9ration con\u00e7us pour des normes sanguines caucasiennes.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut singulier de la clozapine suscite d&rsquo;intenses d\u00e9bats cliniques et scientifiques qui mobilisent la psychiatrie contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La \u00ab clozaphobie \u00bb face au sous-usage d\u00e9l\u00e9t\u00e8re :<\/strong> La divergence entre le niveau exceptionnel de preuves scientifiques en faveur de la clozapine et son sous-emploi persistant constitue le d\u00e9bat \u00e9thique et clinique majeur de la discipline. De nombreux experts d\u00e9noncent un retard moyen d&rsquo;instauration de cinq \u00e0 dix ans apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec av\u00e9r\u00e9 des lignes ant\u00e9rieures, exposant les patients \u00e0 une chronicisation invalidante et \u00e0 des cocktails iatrog\u00e8nes de polyth\u00e9rapies antipsychotiques d\u00e9nu\u00e9es de fondement scientifique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;hypomotilit\u00e9 digestive m\u00e9connue :<\/strong> Si la peur de l&rsquo;agranulocytose domine l&rsquo;imaginaire m\u00e9dical, les donn\u00e9es de pharmacovigilance r\u00e9v\u00e8lent que l&rsquo;occlusion intestinale fatale cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;il\u00e9us paralytique induit par la clozapine cause aujourd&rsquo;hui proportionnellement davantage de d\u00e9c\u00e8s \u00e9vitables que les complications h\u00e9matologiques, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 pr\u00e9ventive des monitorages sanguins. Ce constat appelle \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage urgent des priorit\u00e9s de formation m\u00e9dicale.<\/li>\n<li><strong>La question de la clozapino-r\u00e9sistance :<\/strong> Entre 40 et 60 % des patients trait\u00e9s par clozapine ne connaissent qu&rsquo;une r\u00e9ponse partielle ou nulle, constituant le groupe clinique des schizophr\u00e9nies ultra-r\u00e9sistantes. Les strat\u00e9gies de potentialisation (adjonction d&rsquo;un second antipsychotique comme l&rsquo;aripiprazole ou l&rsquo;amisulpride, \u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie d&rsquo;adjonction, modulateurs glutamatergiques) font l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques aux r\u00e9sultats souvent h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, laissant ce segment de patients dans une grande pr\u00e9carit\u00e9 th\u00e9rapeutique.<\/li>\n<li><strong>Le syndrome d&rsquo;arr\u00eat aigu et de rebond cholinergique :<\/strong> L&rsquo;interruption brutale de la clozapine \u2014 qu&rsquo;elle soit motiv\u00e9e par une alerte h\u00e9matologique ou une rupture d&rsquo;observance \u2014 peut d\u00e9clencher une psychose de rebond cataclysmique, de la catatonie, une diaphor\u00e8se profuse et une agitation extr\u00eame dues \u00e0 l&rsquo;hyperactivit\u00e9 de rebond dopaminergique et cholinergique, rendant le sevrage particuli\u00e8rement p\u00e9rilleux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender avec exactitude la position de la clozapine dans la pharmacologie psychiatrique, il convient d&rsquo;\u00e9tablir des distinctions rigoureuses avec les concepts et mol\u00e9cules limitrophes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Antipsychotiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (Typiques) :<\/strong> Repr\u00e9sent\u00e9s par l&rsquo;halop\u00e9ridol et la chlorpromazine, ils bloquent massivement les r\u00e9cepteurs D2 striataux. Contrairement \u00e0 la clozapine, ils poss\u00e8dent un potentiel \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;effets extrapyramidaux, d&rsquo;hyperprolactin\u00e9mie et de dyskin\u00e9sie tardive, et d\u00e9montrent une efficacit\u00e9 limit\u00e9e sur la symptomatologie d\u00e9ficitaire et les psychoses r\u00e9sistantes.<\/li>\n<li><strong>Olanzapine :<\/strong> Mol\u00e9cule structurellement tr\u00e8s proche de la clozapine (d\u00e9riv\u00e9 thi\u00e9nobenzodiaz\u00e9pine), l&rsquo;olanzapine partage un profil r\u00e9cepteur similaire et un risque m\u00e9tabolique comparable (prise de poids, r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;insuline). Toutefois, elle ne poss\u00e8de pas d&rsquo;efficacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e dans la schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante certifi\u00e9e, ne dispose pas de l&rsquo;indication anti-suicide et ne requiert pas de surveillance h\u00e9matologique obligatoire.<\/li>\n<li><strong>Schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante au traitement (SRT) :<\/strong> Entit\u00e9 nosologique d\u00e9finie par l&rsquo;absence d&rsquo;am\u00e9lioration clinique substantielle apr\u00e8s l&rsquo;administration de deux antipsychotiques distincts \u00e0 doses ad\u00e9quates pendant au moins six semaines chacun. C&rsquo;est l&rsquo;indication princeps de la clozapine.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>Agranulocytose iatrog\u00e8ne :<\/strong> Disparition presque compl\u00e8te des granulocytes circulants (&lt; 500 neutrophiles\/mm\u00b3), distincte de la simple neutrop\u00e9nie b\u00e9nigne ou transitoire, repr\u00e9sentant la complication toxique immuno-allergique la plus redout\u00e9e du traitement par clozapine<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Clozapin\u00e9mie :<\/strong> Dosage quantitatif de la concentration s\u00e9rique de clozapine libre et li\u00e9e, utilis\u00e9 pour le suivi th\u00e9rapeutique pharmacologique afin d&rsquo;optimiser le ratio efficacit\u00e9\/toxicit\u00e9, \u00e0 distinguer de la posologie brute administr\u00e9e par voie orale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La clozapine occupe une place sans \u00e9quivalent dans l&rsquo;arsenal psychopharmacologique mondial. Ses caract\u00e9ristiques fondamentales peuvent \u00eatre r\u00e9capitul\u00e9es ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle est la seule mol\u00e9cule ayant prouv\u00e9 une sup\u00e9riorit\u00e9 clinique indiscutable pour la schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante aux traitements, permettant la r\u00e9mission de pr\u00e8s d&rsquo;un tiers des patients en \u00e9chec complet.<\/li>\n<li>Elle exerce une action anti-suicidaire et anti-agressive ind\u00e9pendante de son effet antipsychotique pur, r\u00e9duisant massivement la mortalit\u00e9 globale des personnes souffrant de psychoses s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li>Son atypicit\u00e9 repose sur une dissociation rapide des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 coupl\u00e9e \u00e0 un puissant antagonisme s\u00e9rotoninergique 5-HT2A et un profil pharmacologique pl\u00e9iotrope.<\/li>\n<li>Son utilisation s\u00e9curitaire exige un protocole ind\u00e9passable de suivi h\u00e9matologique (pr\u00e9vention de l&rsquo;agranulocytose) et une surveillance attentive des risques digestifs (hypomotilit\u00e9), m\u00e9taboliques et cardiaques (myocardite).<\/li>\n<li>Le sous-emploi de la clozapine et le retard excessif de son initiation constituent un enjeu \u00e9thique et pronostique majeur de sant\u00e9 publique dans la prise en charge des maladies mentales chroniques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Kane, J., Honigfeld, G., Singer, J., &amp; Meltzer, H. (1988). Clozapine for the treatment-resistant schizophrenic: A double-blind comparison with chlorpromazine. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 45(9), 789\u2013796. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1988.01800330013001\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1988.01800330013001<\/a><\/li>\n<li>Leucht, S., Cipriani, A., Spineli, L., Mavridis, D., \u00d6rey, D., Richter, F., Samara, M., Barbui, C., Engel, R. R., Geddes, J. R., Kissling, W., Stapf, M. P., Lassig, B., Salanti, G., &amp; Davis, J. M. (2013). Comparative efficacy and tolerability of 15 antipsychotic drugs in schizophrenia: A multiple-treatments meta-analysis. <em>The Lancet<\/em>, 382(9896), 951\u2013962. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60733-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60733-3<\/a><\/li>\n<li>Meltzer, H. Y., Alphs, L., Green, A. I., Altamura, A. C., Anand, R., Bertoldi, A., Bourgeois, M., Chouinard, G., Islam, M. Z., Kane, J., Krishnan, R., Lindenmayer, J. P., &amp; Potkin, S. (2003). Clozapine treatment for suicidality in schizophrenia: International Suicide Prevention Trial (InterSePT). <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 60(1), 82\u201391. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.60.1.82\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.60.1.82<\/a><\/li>\n<li>Stroup, T. S., Lieberman, J. A., McEvoy, J. P., Swartz, M. S., Davis, S. M., Rosenheck, R. A., Perkins, D. O., Keefe, R. S., Davis, C. E., Severe, J., Park, S., Guan, N., Hsiao, J. K., &amp; CATIE Investigators. (2006). Effectiveness of clozapine versus olanzapine, quetiapine, and risperidone in patients with schizophrenia who did not respond to prior atypical antipsychotic treatment. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 163(4), 611\u2013622. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.2006.163.4.611\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.2006.163.4.611<\/a><\/li>\n<li>Tiihonen, J., L\u00f6nnqvist, J., Wahlbeck, K., Klaukka, T., Niskanen, L., Tanskanen, A., &amp; Haukka, J. (2009). 11-year follow-up of mortality in patients with schizophrenia: A population-based cohort study (FIN11 study). <em>The Lancet<\/em>, 374(9690), 620\u2013627. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(09)60742-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(09)60742-X<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse encyclop\u00e9dique de la clozapine : pharmacologie, surveillance h\u00e9matologique, indications dans la schizophr\u00e9nie r\u00e9sistante et apport th\u00e9rapeutique majeur.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,7375,40108],"tags":[32627,34912,32628,479,9041,40109],"class_list":["post-23649","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","category-schizophrenie","tag-agranulocytose","tag-antipsychotique-atypique","tag-clozapine","tag-psychiatrie","tag-psychopharmacologie","tag-schizophrenie-resistante"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23649\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23649"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23649"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}