{"id":23618,"date":"2026-10-31T13:43:26","date_gmt":"2026-10-31T13:43:26","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=clonidine-psychopharmacologie-tdah"},"modified":"2026-10-31T13:43:26","modified_gmt":"2026-10-31T13:43:26","slug":"clonidine-psychopharmacologie-tdah","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=clonidine-psychopharmacologie-tdah","title":{"rendered":"Clonidine : R\u00e9gulation Noradr\u00e9nergique et Neuropsychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>La clonidine constitue l&rsquo;un des ponts pharmacologiques les plus remarquables entre la m\u00e9decine cardiovasculaire et la neuropsychiatrie moderne, illustrant la mani\u00e8re dont une mol\u00e9cule initialement con\u00e7ue pour agir sur le syst\u00e8me circulatoire p\u00e9riph\u00e9rique peut r\u00e9volutionner la compr\u00e9hension et le traitement des troubles de l&rsquo;attention, des traumatismes psychiques et des \u00e9tats d&rsquo;hyperactivation autonome. En modulant avec pr\u00e9cision les circuits du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du cortex pr\u00e9frontal, cet agoniste des r\u00e9cepteurs alpha-2 adr\u00e9nergiques offre une voie th\u00e9rapeutique singuli\u00e8re, d\u00e9nu\u00e9e de potentiel addictif, pour apaiser le syst\u00e8me nerveux central en surr\u00e9gime. Son \u00e9tude approfondie r\u00e9v\u00e8le non seulement des m\u00e9canismes neurobiologiques fondamentaux r\u00e9gissant l&rsquo;\u00e9veil, l&rsquo;impulsivit\u00e9 et la m\u00e9moire de travail, mais \u00e9claire \u00e9galement la prise en charge clinique int\u00e9grative des psychopathologies complexes de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adulte.<\/p>\n<h2>Clonidine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La clonidine est un compos\u00e9 pharmaceutique appartenant \u00e0 la classe des agonistes s\u00e9lectifs des r\u00e9cepteurs alpha-2 adr\u00e9nergiques \u00e0 action centrale, ainsi qu&rsquo;aux agonistes des r\u00e9cepteurs des imidazolines. Sur le plan psychiatrique et psychologique, elle agit comme un modulateur sympatholytique majeur, r\u00e9duisant la lib\u00e9ration de noradr\u00e9naline au sein des synapses c\u00e9r\u00e9brales et diminuant ainsi l&rsquo;hypervigilance, l&rsquo;impulsivit\u00e9 et l&rsquo;activation autonomique excessive. Utilis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine comme agent antihypertenseur, la clonidine s&rsquo;est impos\u00e9e en psychopharmacologie comme une alternative th\u00e9rapeutique non stimulante de premier plan.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine, la clonidine intervient principalement dans la prise en charge du trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">TDAH<\/a>), des tics moteurs et vocaux du syndrome de Gilles de la Tourette, des manifestations d&rsquo;hyper\u00e9veil associ\u00e9es au trouble de stress post-traumatique (TSPT), ainsi que dans l&rsquo;att\u00e9nuation du syndrome de sevrage aigu aux substances psychoactives, particuli\u00e8rement les opio\u00efdes et l&rsquo;alcool.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab clonidine \u00bb d\u00e9rive de la nomenclature chimique internationale appliqu\u00e9e aux d\u00e9riv\u00e9s imidazoliniques. Sa racine provient de la contraction lexicale du groupement <em>chloro<\/em> (faisant r\u00e9f\u00e9rence aux deux atomes de chlore pr\u00e9sents en position 2 et 6 sur le noyau aromatique : la 2-(2,6-dichloroanilino)-2-imidazoline) et du suffixe conventionnel <em>-idine<\/em>, couramment employ\u00e9 en pharmacologie pour d\u00e9signer les d\u00e9riv\u00e9s h\u00e9t\u00e9rocycliques azot\u00e9s apparent\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imidazoline.<\/p>\n<p>Historiquement formul\u00e9e dans les laboratoires allemands sous l&rsquo;acronyme de d\u00e9veloppement exp\u00e9rimental St 155, la mol\u00e9cule a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e commercialement sous le nom de \u00ab Catapres \u00bb ou \u00ab Catapressan \u00bb (du pr\u00e9fixe grec <em>kata-<\/em>, indiquant une descente ou une diminution, et du terme latin <em>pressio<\/em>, la pression sanguine). Le terme g\u00e9n\u00e9rique fran\u00e7ais \u00ab clonidine \u00bb s&rsquo;est ensuite universalis\u00e9 au sein de la litt\u00e9rature scientifique et m\u00e9dicale pour d\u00e9signer le chlorhydrate de clonidine en tant que principe actif universel.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se transcrit [kl\u0254.ni.din] en fran\u00e7ais international standard. Du point de vue grammatical, \u00ab clonidine \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab la clonidine \u00bb). Bien qu&rsquo;il d\u00e9signe une entit\u00e9 chimique d\u00e9nombrable au sens mol\u00e9culaire, il est tr\u00e8s majoritairement employ\u00e9 de mani\u00e8re massive ou non comptable pour d\u00e9signer la substance ou la classe th\u00e9rapeutique (par exemple : \u00ab la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique \u00e0 la clonidine \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la pratique clinique et la r\u00e9daction m\u00e9dicale, le mot s&rsquo;associe couramment \u00e0 des qualificatifs pharmacocin\u00e9tiques tels que \u00ab clonidine \u00e0 lib\u00e9ration imm\u00e9diate \u00bb ou \u00ab clonidine \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e \u00bb. Les d\u00e9riv\u00e9s adjectivaux demeurent rares dans la langue fran\u00e7aise, pr\u00e9f\u00e9rant les tournures p\u00e9riphrastiques comme \u00ab les effets induits par la clonidine \u00bb ou \u00ab le protocole de sevrage sous clonidine \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;action de la clonidine en psychologie clinique et en neurobiologie, il est indispensable de d\u00e9crypter son m\u00e9canisme d&rsquo;action au sein du syst\u00e8me noradr\u00e9nergique central. Le principal site d&rsquo;action de la clonidine r\u00e9side dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Locus_c%C5%93ruleus\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">locus c\u0153ruleus<\/a>, un noyau situ\u00e9 dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral qui constitue la source quasi exclusive des projections noradr\u00e9nergiques vers le cortex c\u00e9r\u00e9bral, le syst\u00e8me limbique et la moelle \u00e9pini\u00e8re. Le locus c\u0153ruleus fonctionne comme un stimulateur global de l&rsquo;\u00e9veil, de l&rsquo;alerte et de la vigilance en r\u00e9ponse aux stimuli environnementaux et aux stresseurs.<\/p>\n<p>La clonidine se lie avec une haute affinit\u00e9 aux r\u00e9cepteurs alpha-2 adr\u00e9nergiques pr\u00e9-synaptiques (autor\u00e9cepteurs). Dans des conditions physiologiques normales, ces r\u00e9cepteurs jouent le r\u00f4le de thermostat biologique ou de boucle de r\u00e9troaction n\u00e9gative : lorsqu&rsquo;une quantit\u00e9 suffisante de noradr\u00e9naline est lib\u00e9r\u00e9e dans la fente synaptique, elle active ces r\u00e9cepteurs alpha-2, ce qui ordonne au neurone pr\u00e9-synaptique de freiner la synth\u00e8se et l&rsquo;exocytose de nouvelle noradr\u00e9naline. En mimant l&rsquo;action de la noradr\u00e9naline sur ces autor\u00e9cepteurs, la clonidine induit un puissant signal d&rsquo;inhibition. Le locus c\u0153ruleus r\u00e9duit drastiquement sa fr\u00e9quence de d\u00e9charge, entra\u00eenant une diminution globale du flux noradr\u00e9nergique central et une chute du tonus sympathique p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette r\u00e9gulation n\u00e9gative globale, les travaux de la neurobiologiste Amy Arnsten ont mis en lumi\u00e8re un second m\u00e9canisme central d&rsquo;une importance capitale pour la cognition : l&rsquo;action post-synaptique de la clonidine sur les r\u00e9cepteurs alpha-2A situ\u00e9s sur les \u00e9pines dendritiques des neurones pyramidaux du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_pr%C3%A9frontal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cortex pr\u00e9frontal<\/a>. Dans le cortex pr\u00e9frontal, une transmission noradr\u00e9nergique mod\u00e9r\u00e9e stimule pr\u00e9f\u00e9rentiellement les r\u00e9cepteurs alpha-2A coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gi. Cette activation inhibe l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, abaisse les concentrations d&rsquo;AMP cyclique (AMPc) et entra\u00eene la fermeture des canaux ioniques HCN (canaux cationiques activ\u00e9s par l&rsquo;hyperpolarisation). La fermeture de ces canaux renforce la r\u00e9sistance de la membrane neuronale, ce qui a pour effet d&rsquo;amplifier le signal synaptique entrant et d&rsquo;\u00e9liminer le \u00ab bruit de fond \u00bb neuronal.<\/p>\n<p>Ainsi, la clonidine optimise la connectivit\u00e9 fonctionnelle du r\u00e9seau pr\u00e9frontal en augmentant ce que les neuroscientifiques nomment le rapport signal sur bruit. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se traduit cliniquement par une am\u00e9lioration marqu\u00e9e de la m\u00e9moire de travail, une capacit\u00e9 accrue \u00e0 soutenir l&rsquo;attention soutenue, et une inhibition comportementale plus robuste face aux impulsions distractives. Par cons\u00e9quent, loin d&rsquo;\u00eatre un simple s\u00e9datif descendant, la clonidine op\u00e8re une recalibration neurochimique sophistiqu\u00e9e de l&rsquo;axe cognitivo-\u00e9motionnel.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la clonidine est marqu\u00e9e par le ph\u00e9nom\u00e8ne classique de la s\u00e9rendipit\u00e9 pharmacologique. Synth\u00e9tis\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1962 par le chimiste Peter St\u00e4hle au sein des laboratoires de la firme Boehringer Ingelheim, la mol\u00e9cule \u00e9tait initialement con\u00e7ue pour devenir un d\u00e9congestionnant nasal topique, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;autres d\u00e9riv\u00e9s imidazoliniques comme la naphazoline ou l&rsquo;oxym\u00e9tazoline. Cependant, lors des premiers essais cliniques humains administr\u00e9s par voie intranasale, les volontaires ont manifest\u00e9 non seulement une d\u00e9congestion, mais \u00e9galement une hypotension art\u00e9rielle majeure, une bradycardie marqu\u00e9e et un \u00e9tat de somnolence profonde.<\/p>\n<p>Ces observations fortuites ont conduit \u00e0 r\u00e9orienter le d\u00e9veloppement de la clonidine vers la cardiologie, aboutissant \u00e0 sa commercialisation en Europe \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 comme agent antihypertenseur d&rsquo;action centrale sous le nom de Catapresan. Durant cette p\u00e9riode, la compr\u00e9hension de la clonidine demeurait cantonn\u00e9e \u00e0 son action sur les centres vasomoteurs bulbaires et sur la pression art\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Le tournant psychiatrique s&rsquo;est amorc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 gr\u00e2ce aux travaux pionniers de Mark S. Gold et de ses collaborateurs \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Yale. En 1978, Gold a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;administration de clonidine permettait de supprimer de mani\u00e8re spectaculaire les sympt\u00f4mes v\u00e9g\u00e9tatifs et la d\u00e9tresse psychologique li\u00e9s au syndrome de sevrage des opio\u00efdes. Cette d\u00e9couverte historique a valid\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle les manifestations de sevrage r\u00e9sultent en grande partie d&rsquo;une d\u00e9charge paroxystique et d\u00e9sinhib\u00e9e du locus c\u0153ruleus, confirmant ainsi que la clonidine pouvait moduler directement la souffrance neuropsychologique.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1980 et 1990, Robert D. Hunt et d&rsquo;autres chercheurs en p\u00e9dopsychiatrie ont explor\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la clonidine dans le traitement du TDAH et du syndrome de Gilles de la Tourette chez les enfants intol\u00e9rants ou r\u00e9fractaires aux psychostimulants classiques. Parall\u00e8lement, les recherches de pointe men\u00e9es par le laboratoire d&rsquo;Amy F. T. Arnsten ont d\u00e9finitivement assis la base mol\u00e9culaire de son efficacit\u00e9 sur les fonctions ex\u00e9cutives pr\u00e9frontales. Ces d\u00e9cennies de recherche ont culmin\u00e9 en 2010 avec l&rsquo;approbation formelle par la Food and Drug Administration (FDA) am\u00e9ricaine d&rsquo;une formulation \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e de chlorhydrate de clonidine pour le traitement sp\u00e9cifique du TDAH chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent, tant en monoth\u00e9rapie qu&rsquo;en association avec les stimulants.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique sous-tendant l&rsquo;utilisation de la clonidine en psychologie s&rsquo;articule autour de la th\u00e9orie noradr\u00e9nergique de l&rsquo;\u00e9veil et de la performance ex\u00e9cutive, elle-m\u00eame mod\u00e9lis\u00e9e par la fameuse loi de Yerkes-Dodson revisit\u00e9e par la neuropharmacologie moderne. Selon cette loi en \u00ab U invers\u00e9 \u00bb, le fonctionnement optimal du cortex pr\u00e9frontal n\u00e9cessite un niveau d&rsquo;activation cat\u00e9cholaminergique pr\u00e9cis : un d\u00e9ficit en noradr\u00e9naline (comme dans les \u00e9tats de fatigue intense ou de d\u00e9pression) entra\u00eene une inattention et une apathie, tandis qu&rsquo;un exc\u00e8s massif de noradr\u00e9naline (comme lors d&rsquo;un stress aigu, d&rsquo;un \u00e9tat de panique ou d&rsquo;un traumatisme) active des r\u00e9cepteurs alpha-1 et b\u00eata adr\u00e9nergiques \u00e0 faible affinit\u00e9, ce qui court-circuite le cortex pr\u00e9frontal au profit de r\u00e9ponses de survie r\u00e9flexes m\u00e9di\u00e9es par l&rsquo;amygdale.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, la clonidine agit comme un r\u00e9gulateur hom\u00e9ostatique. En pr\u00e9sence d&rsquo;un hyperfonctionnement noradr\u00e9nergique, comme c&rsquo;est le cas dans le TDAH avec composante hyperactive\/impulsive s\u00e9v\u00e8re ou dans le TSPT, la clonidine ram\u00e8ne les concentrations de noradr\u00e9naline au sommet de la courbe en U invers\u00e9. Elle d\u00e9sactive les r\u00e9ponses de panique amygdaliennes excessives et r\u00e9engage le contr\u00f4le cognitif descendant (<em>top-down control<\/em>) exerc\u00e9 par le lobe frontal sur les structures sous-corticales.<\/p>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique fondamental est celui du dysfonctionnement du syst\u00e8me de filtrage sensoriel et de gating sensorimoteur. Chez les patients souffrant de tics ou de troubles anxieux s\u00e9v\u00e8res, les boucles cortico-striato-thalamo-corticales (CSTC) sont submerg\u00e9es par des impulsions motrices et \u00e9motionnelles non filtr\u00e9es. La clonidine, en abaissant le tonus adr\u00e9nergique modulateur sur les ganglions de la base et le thalamus, restaure l&rsquo;efficience de ce filtrage inhibiteur, contribuant ainsi \u00e0 l&rsquo;att\u00e9nuation des tics et \u00e0 la r\u00e9duction des intrusions traumatiques.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions pharmacologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;action multidimensionnelle de la clonidine s&rsquo;analyse \u00e0 travers plusieurs composantes pharmacologiques, mol\u00e9culaires et cliniques distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Affinit\u00e9 pour les sous-types de r\u00e9cepteurs alpha-2 :<\/strong> La clonidine est un agoniste non s\u00e9lectif des trois sous-types de r\u00e9cepteurs alpha-2 : les r\u00e9cepteurs alpha-2A (pr\u00e9dominants dans le cortex pr\u00e9frontal et le locus c\u0153ruleus, responsables de la r\u00e9gulation cognitive, de la s\u00e9dation et de l&rsquo;effet antihypertenseur), les r\u00e9cepteurs alpha-2B (localis\u00e9s principalement dans la musculature vasculaire p\u00e9riph\u00e9rique, impliqu\u00e9s dans la vasoconstriction initiale transitoire) et les r\u00e9cepteurs alpha-2C (localis\u00e9s dans le striatum et l&rsquo;hippocampe, modulant le traitement \u00e9motionnel et le comportement sensorimoteur).<\/li>\n<li><strong>Interaction avec les r\u00e9cepteurs des imidazolines (I1) :<\/strong> Contrairement \u00e0 la guanfacine, la clonidine poss\u00e8de une forte affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs des imidazolines de type I1 situ\u00e9s dans la r\u00e9gion ventrolat\u00e9rale rostrale du bulbe rachidien. Cette interaction explique en grande partie son effet hypotenseur plus prononc\u00e9 et certaines de ses propri\u00e9t\u00e9s neuroprotectrices.<\/li>\n<li><strong>Formulations gal\u00e9niques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Formulation \u00e0 lib\u00e9ration imm\u00e9diate (orale) :<\/em> Absorption digestive rapide avec un pic plasmatique atteint en 1 \u00e0 3 heures, demi-vie de 8 \u00e0 12 heures, induisant souvent des fluctuations des taux sanguins propices \u00e0 la s\u00e9dation diurne.<\/li>\n<li><em>Formulation \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e :<\/em> Con\u00e7ue pour \u00e9taler l&rsquo;absorption sur 24 heures, att\u00e9nuer les pics s\u00e9riques responsables de l&rsquo;endormissement et maintenir un niveau th\u00e9rapeutique constant tout au long de la journ\u00e9e pour la gestion du TDAH.<\/li>\n<li><em>Formulation transdermique (patch) :<\/em> Permet une lib\u00e9ration continue et stable sur sept jours, particuli\u00e8rement utile chez les patients p\u00e9diatriques pr\u00e9sentant des difficult\u00e9s de d\u00e9glutition ou des profils d&rsquo;observance complexes.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Param\u00e8tres pharmacocin\u00e9tiques :<\/strong> La clonidine poss\u00e8de une liposolubilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, lui permettant de franchir ais\u00e9ment la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barri%C3%A8re_h%C3%A9mato-enc%C3%A9phalique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique<\/a>. Son m\u00e9tabolisme est h\u00e9patique \u00e0 environ 50 %, le reste \u00e9tant excr\u00e9t\u00e9 sous forme inchang\u00e9e par les reins, ce qui impose une vigilance particuli\u00e8re chez les personnes pr\u00e9sentant une alt\u00e9ration de la fonction r\u00e9nale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques illustratives<\/h3>\n<p>Pour mieux cerner la port\u00e9e pratique de la mol\u00e9cule, voici trois cas cliniques repr\u00e9sentatifs illustrant les contextes d&rsquo;indication de la clonidine :<\/p>\n<p><strong>Vignette 1 : TDAH complexe avec tics et insomnie s\u00e9v\u00e8re chez l&rsquo;enfant<\/strong><br \/>\nLucas, 9 ans, pr\u00e9sente un TDAH s\u00e9v\u00e8re \u00e0 pr\u00e9sentation combin\u00e9e, associ\u00e9 \u00e0 des tics moteurs complexes du visage et des \u00e9paules. L&rsquo;introduction d&rsquo;un psychostimulant classique (m\u00e9thylph\u00e9nidate) a permis d&rsquo;am\u00e9liorer sa concentration scolaire, mais a d\u00e9clench\u00e9 une exacerbation marqu\u00e9e des tics moteurs ainsi qu&rsquo;une insomnie d&rsquo;endormissement majeure, l&rsquo;enfant ne parvenant pas \u00e0 s&rsquo;endormir avant 1 heure du matin. Le p\u00e9dopsychiatre d\u00e9cide d&rsquo;adjoindre de la clonidine \u00e0 faible dose le soir au coucher. En l&rsquo;espace de trois semaines, l&rsquo;architecture du sommeil de Lucas est normalis\u00e9e avec un endormissement rapide, les tics moteurs ont r\u00e9gress\u00e9 de plus de 50 % gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9duction du tonus noradr\u00e9nergique central, et son impulsivit\u00e9 r\u00e9siduelle en fin de journ\u00e9e s&rsquo;est consid\u00e9rablement estomp\u00e9e sans alt\u00e9rer ses progr\u00e8s scolaires.<\/p>\n<p><strong>Vignette 2 : Trouble de stress post-traumatique avec hyperactivation autonome chez l&rsquo;adulte<\/strong><br \/>\nMarc, 38 ans, pompier professionnel, a d\u00e9velopp\u00e9 un TSPT chronique \u00e0 la suite d&rsquo;une intervention tragique sur un effondrement d&rsquo;immeuble. Bien qu&rsquo;engag\u00e9 dans une th\u00e9rapie psychologique de d\u00e9sensibilisation, il demeure submerg\u00e9 par une hypervigilance invalidante, des sursauts violents au moindre bruit m\u00e9tallique et des sueurs nocturnes abondantes accompagn\u00e9es de cauchemars r\u00e9currents o\u00f9 son rythme cardiaque s&#8217;emballe au-del\u00e0 de 130 battements par minute. La prescription de clonidine \u00e0 lib\u00e9ration imm\u00e9diate, fractionn\u00e9e le matin et le soir, permet de tamponner l&rsquo;hyperactivit\u00e9 de son locus c\u0153ruleus. Marc rapporte une diminution substantielle de ses sueurs nocturnes, une baisse de la d\u00e9tresse somatique li\u00e9e aux intrusions traumatiques et une capacit\u00e9 restaur\u00e9e \u00e0 s&rsquo;engager sereinement dans sa psychoth\u00e9rapie cognitive et comportementale.<\/p>\n<p><strong>Vignette 3 : Protocole de sevrage aux opio\u00efdes en milieu hospitalier<\/strong><br \/>\nSarah, 29 ans, est hospitalis\u00e9e dans un service d&rsquo;addictologie pour engager un sevrage planifi\u00e9 de la bupr\u00e9norphine. Au deuxi\u00e8me jour d&rsquo;arr\u00eat, elle commence \u00e0 ressentir les prodromes du sevrage aigu : pilo\u00e9rection (\u00ab chair de poule \u00bb), crampes abdominales intenses, mydriase, tremblements, diarrh\u00e9e et anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique. L&rsquo;administration protocolis\u00e9e de clonidine sous surveillance tensionnelle permet de bloquer la d\u00e9charge noradr\u00e9nergique autonome p\u00e9riph\u00e9rique et centrale. Les manifestations physiques du sevrage sont consid\u00e9rablement mod\u00e9r\u00e9es, \u00e9vitant l&rsquo;escalade vers un \u00e9tat de panique et permettant \u00e0 la patiente de traverser cette phase de transition sans rupture de soins.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, posologie et suivi clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la clonidine en sant\u00e9 mentale exige une m\u00e9thodologie rigoureuse d&rsquo;\u00e9valuation initiale et de suivi r\u00e9gulier en raison de ses puissants effets cardiovasculaires. Avant toute instauration th\u00e9rapeutique, le praticien doit r\u00e9aliser une anamn\u00e8se d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 la recherche d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents personnels ou familiaux de bradycardie, d&rsquo;hypotension orthostatique, de syncope ou de troubles de la conduction intracardiaque. La mesure de la pression art\u00e9rielle et de la fr\u00e9quence cardiaque au repos constitue le socle incompressible du bilan pr\u00e9-th\u00e9rapeutique, compl\u00e9t\u00e9e par un \u00e9lectrocardiogramme (ECG) de r\u00e9f\u00e9rence lorsque le profil clinique le commande ou en cas de com\u00e9dication cardiotrope.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle d&rsquo;or de la posologie de la clonidine est le titrage lent et progressif (<em>\u00ab start low, go slow \u00bb<\/em>). Dans le cadre du TDAH p\u00e9diatrique, le traitement d\u00e9bute typiquement \u00e0 0,025 mg ou 0,05 mg par jour, souvent administr\u00e9 le soir pour tirer parti des effets s\u00e9datifs initiaux et minimiser la somnolence diurne. La dose peut \u00eatre augment\u00e9e par paliers hebdomadaires de 0,025 \u00e0 0,05 mg en fonction de la tol\u00e9rance h\u00e9modynamique et de la r\u00e9ponse clinique, pour atteindre une posologie th\u00e9rapeutique moyenne comprise entre 0,1 mg et 0,3 mg par jour, r\u00e9partie en deux \u00e0 trois prises pour les formes \u00e0 lib\u00e9ration imm\u00e9diate, ou en prise biquotidienne pour la forme \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Le suivi au long cours impose la v\u00e9rification p\u00e9riodique de la pression art\u00e9rielle et de la fr\u00e9quence cardiaque, particuli\u00e8rement lors de chaque ajustement posologique. Il convient \u00e9galement de monitorer la tol\u00e9rance subjective, notamment la persistance d&rsquo;une s\u00e9cheresse buccale (x\u00e9rostomie), d&rsquo;une fatigue diurne ou de modifications de l&rsquo;humeur. Un point d&rsquo;une importance m\u00e9dico-l\u00e9gale et clinique absolue est l&rsquo;information imp\u00e9rative d\u00e9livr\u00e9e au patient et \u00e0 sa famille sur le danger d&rsquo;un arr\u00eat brusque du traitement : l&rsquo;interruption soudaine de la clonidine peut d\u00e9clencher une crise hypertensive de rebond potentiellement l\u00e9tale, assortie d&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb explosive caus\u00e9e par une temp\u00eate cat\u00e9cholaminergique r\u00e9flexe.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence clinique de la clonidine en neuropsychiatrie est exceptionnellement vaste, couvrant plusieurs domaines majeurs de la pratique th\u00e9rapeutique contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 :<\/strong> La clonidine est particuli\u00e8rement b\u00e9n\u00e9fique pour cibler les composantes d&rsquo;hyperactivit\u00e9 motrice, d&rsquo;impulsivit\u00e9 verbale et d&rsquo;agressivit\u00e9 r\u00e9active. Elle est souvent privil\u00e9gi\u00e9e lorsque les psychostimulants sont contre-indiqu\u00e9s (pr\u00e9sence de tics s\u00e9v\u00e8res, comorbidit\u00e9 anxieuse \u00e9lev\u00e9e, ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;abus de substances dans l&rsquo;entourage) ou utilis\u00e9e en adjonction aux stimulants pour cr\u00e9er une synergie th\u00e9rapeutique tout en mod\u00e9rant l&rsquo;insomnie de rebond induite par ces derniers.<\/li>\n<li><strong>Troubles \u00e0 tics et syndrome de Gilles de la Tourette :<\/strong> Bien que les antipsychotiques atypiques soient \u00e9galement utilis\u00e9s, la clonidine demeure l&rsquo;une des approches pharmacologiques de premi\u00e8re ligne recommand\u00e9e par les soci\u00e9t\u00e9s savantes internationales, en raison de son profil d&rsquo;effets secondaires plus favorable (absence totale de risque de dyskin\u00e9sie tardive ou de syndrome m\u00e9tabolique).<\/li>\n<li><strong>Trouble de stress post-traumatique et cauchemars traumatiques :<\/strong> Bien que la prazosine (un antagoniste alpha-1 adr\u00e9nergique) soit souvent cit\u00e9e pour les cauchemars du TSPT, la clonidine constitue une option de choix pour traiter l&rsquo;\u00e9tat global d&rsquo;hyper\u00e9veil autonome, la r\u00e9activit\u00e9 disproportionn\u00e9e aux stimuli stressants et les troubles s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;endormissement li\u00e9s aux intrusions mn\u00e9siques.<\/li>\n<li><strong>P\u00e9diatrie comportementale et troubles du neurod\u00e9veloppement :<\/strong> Chez les enfants pr\u00e9sentant un trouble du spectre de l&rsquo;autisme (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Troubles_du_spectre_de_l%27autisme\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">TSA<\/a>) associ\u00e9 \u00e0 une irritabilit\u00e9 marqu\u00e9e, des acc\u00e8s de col\u00e8re s\u00e9v\u00e8res, des st\u00e9r\u00e9otypies motrices et des troubles graves du sommeil, la clonidine apporte fr\u00e9quemment un apaisement notable du niveau d&rsquo;hyperactivation sensorielle globale.<\/li>\n<li><strong>Addictologie et m\u00e9decine du sevrage :<\/strong> Au-del\u00e0 du sevrage des opio\u00efdes, la mol\u00e9cule est r\u00e9guli\u00e8rement employ\u00e9e pour att\u00e9nuer l&rsquo;agitation noradr\u00e9nergique lors du sevrage tabagique ou alcoolique, limitant le recours massif aux benzodiaz\u00e9pines et r\u00e9duisant la d\u00e9tresse somatique per\u00e7ue par le patient.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le corpus de donn\u00e9es empiriques soutenant l&rsquo;utilisation psychiatrique de la clonidine s&rsquo;\u00e9tend sur plus de quatre d\u00e9cennies d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) et de m\u00e9ta-analyses syst\u00e9matiques. Les travaux fondateurs de Connor, Findling et collaborateurs ont largement d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la clonidine dans le TDAH p\u00e9diatrique. Une m\u00e9ta-analyse majeure publi\u00e9e par The MTA Cooperative Group et confirm\u00e9e par des revues syst\u00e9matiques ult\u00e9rieures a quantifi\u00e9 la taille d&rsquo;effet de la clonidine sur les sympt\u00f4mes du TDAH \u00e0 un score de d de Cohen compris entre 0,50 et 0,60, ce qui la situe \u00e0 un niveau d&rsquo;efficacit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9 mais robuste, sup\u00e9rieur \u00e0 celui du placebo et comparable \u00e0 d&rsquo;autres agents non stimulants comme l&rsquo;atomox\u00e9tine.<\/p>\n<p>Dans le domaine des troubles comorbides tics-TDAH, l&rsquo;essai clinique de grande envergure r\u00e9alis\u00e9 par le Tourette&rsquo;s Syndrome Study Group (2002) a compar\u00e9 la clonidine, le m\u00e9thylph\u00e9nidate, leur association et un placebo. Cette \u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la combinaison de la clonidine et du m\u00e9thylph\u00e9nidate offrait la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique la plus performante, tant pour l&rsquo;am\u00e9lioration des fonctions attentionnelles que pour la r\u00e9duction de la fr\u00e9quence et de l&rsquo;intensit\u00e9 des tics moteurs, tout en confirmant la parfaite s\u00e9curit\u00e9 clinique de cette association sous surveillance ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Dans la recherche sur le stress post-traumatique, des \u00e9tudes translationnelles ont mis en \u00e9vidence que l&rsquo;administration pr\u00e9coce de clonidine apr\u00e8s l&rsquo;exposition \u00e0 un choc traumatique pouvait perturber le processus de consolidation de la m\u00e9moire de la peur au sein de l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale. Les m\u00e9ta-analyses contemporaines consacr\u00e9es aux agents modulateurs adr\u00e9nergiques dans le TSPT attestent d&rsquo;une r\u00e9duction significative des scores d&rsquo;hypervigilance sur l&rsquo;\u00e9chelle CAPS (<em>Clinician-Administered PTSD Scale<\/em>), confortant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la mol\u00e9cule dans les protocoles de r\u00e9habilitation psychologique chez les v\u00e9t\u00e9rans de guerre et les victimes de traumatismes civils complexes.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La prescription et la perception de la clonidine varient consid\u00e9rablement d&rsquo;un syst\u00e8me de sant\u00e9 \u00e0 un autre, refl\u00e9tant des sensibilit\u00e9s m\u00e9dicales, culturelles et r\u00e9glementaires contrast\u00e9es. Aux \u00c9tats-Unis, la clonidine b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une visibilit\u00e9 et d&rsquo;une acceptabilit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es dans le champ p\u00e9diatrique depuis l&rsquo;autorisation de mise sur le march\u00e9 officielle de sa formulation \u00e0 lib\u00e9ration prolong\u00e9e pour le TDAH. La culture m\u00e9dicale nord-am\u00e9ricaine privil\u00e9gie fr\u00e9quemment les mol\u00e9cules non stimulantes chez les patients dont l&rsquo;environnement familial ou communautaire pr\u00e9sente un risque d&rsquo;abus ou de d\u00e9tournement des m\u00e9dicaments d&rsquo;ordonnance \u00e0 vis\u00e9e d&rsquo;am\u00e9lioration de la performance cognitive.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les pays francophones europ\u00e9ens, notamment en France, la clonidine a longtemps \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue de mani\u00e8re quasi exclusive comme un antihypertenseur d&rsquo;ancienne g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la m\u00e9decine interne ou \u00e0 la r\u00e9animation. Son usage en psychiatrie de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adulte y a longtemps relev\u00e9 du statut \u00ab hors autorisation de mise sur le march\u00e9 \u00bb (hors-AMM) ou du cadre de prescription compassionnelle. Les cliniciens fran\u00e7ais ont historiquement manifest\u00e9 une plus grande prudence envers les risques h\u00e9modynamiques potentiels, pr\u00e9f\u00e9rant souvent recourir en premi\u00e8re intention aux mol\u00e9cules disposant d&rsquo;une AMM sp\u00e9cifique comme le m\u00e9thylph\u00e9nidate pour le TDAH.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;\u00e9volution r\u00e9cente des recommandations europ\u00e9ennes et l&rsquo;accroissement des donn\u00e9es d&rsquo;innocuit\u00e9 clinique ont favoris\u00e9 une diffusion progressive de la pratique, notamment au sein des centres hospitaliers universitaires sp\u00e9cialis\u00e9s dans les troubles du neurod\u00e9veloppement r\u00e9sistant. Cette transition culturelle s&rsquo;accompagne d&rsquo;une meilleure information des familles, souvent soulag\u00e9es d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une option th\u00e9rapeutique n&rsquo;appartenant pas \u00e0 la cat\u00e9gorie r\u00e9glementaire des stup\u00e9fiants.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>Bien que la clonidine repr\u00e9sente une ressource th\u00e9rapeutique inestimable, son maniement clinique suscite plusieurs d\u00e9bats l\u00e9gitimes et comporte des limites substantielles qui requi\u00e8rent une vigilance constante :<\/p>\n<p>La critique la plus fr\u00e9quente concerne son profil de tol\u00e9rance neurologique et cardiovasculaire. La somnolence diurne, l&rsquo;asth\u00e9nie et les sensations d&rsquo;engourdissement cognitif constituent les effets secondaires les plus fr\u00e9quemment rapport\u00e9s au cours des premi\u00e8res semaines de traitement. Bien que ces manifestations tendent \u00e0 s&rsquo;att\u00e9nuer avec le temps, elles peuvent alt\u00e9rer temporairement les apprentissages scolaires ou l&rsquo;efficacit\u00e9 professionnelle, conduisant \u00e0 des abandons pr\u00e9matur\u00e9s de traitement chez les patients mal avertis.<\/p>\n<p>Le risque h\u00e9modynamique demeure la controverse centrale. La survenue d&rsquo;une bradycardie sinusale ou d&rsquo;une hypotension art\u00e9rielle orthostatique peut provoquer des vertiges, des malaises lipothymiques ou des chutes, en particulier chez les patients \u00e2g\u00e9s ou les enfants tr\u00e8s actifs physiquement. De surcro\u00eet, le ph\u00e9nom\u00e8ne susmentionn\u00e9 de \u00ab rebond hypertensif \u00bb en cas d&rsquo;oubli de plusieurs prises cons\u00e9cutives pose un r\u00e9el probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 chez les populations d&rsquo;adolescents instables ou peu compliants aux soins r\u00e9guliers.<\/p>\n<p>Sur le plan addictologique, bien que la clonidine ne poss\u00e8de aucun potentiel h\u00e9donique intrins\u00e8que direct et n&rsquo;induise pas de d\u00e9pendance psychique par elle-m\u00eame, la litt\u00e9rature m\u00e9dicale a document\u00e9 des situations de m\u00e9susage chez certains usagers de poly-substances. Ces derniers l&rsquo;associent parfois clandestinement aux opio\u00efdes ou aux benzodiaz\u00e9pines dans le but d&rsquo;amplifier et de prolonger les effets s\u00e9datifs de ces substances de rue, imposant aux \u00e9quipes de soins en addictologie un contr\u00f4le strict des d\u00e9livrances en pharmacie.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion diagnostique et th\u00e9rapeutique, il convient de distinguer clairement la clonidine de plusieurs classes de mol\u00e9cules aux profils pharmacologiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Clonidine versus Guanfacine :<\/strong> La guanfacine est \u00e9galement un agoniste alpha-2 adr\u00e9nergique \u00e0 action centrale, mais elle se distingue de la clonidine par sa s\u00e9lectivit\u00e9 quasi exclusive pour le sous-type de r\u00e9cepteur alpha-2A (environ 15 \u00e0 20 fois plus s\u00e9lective que pour les sous-types B et C). La guanfacine n&rsquo;a pratiquement aucune affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs des imidazolines. Sur le plan clinique, cela se traduit par une efficacit\u00e9 cognitive comparable sur le TDAH, mais avec une incidence moindre de s\u00e9dation profonde et de variations tensionnelles brutales, et une demi-vie plasmatique plus longue autorisant une prise quotidienne unique.<\/li>\n<li><strong>Clonidine versus Prazosine :<\/strong> Alors que la clonidine est un <em>agoniste<\/em> des r\u00e9cepteurs pr\u00e9-synaptiques alpha-2 (visant \u00e0 r\u00e9duire globalement la lib\u00e9ration de noradr\u00e9naline), la prazosine est un <em>antagoniste<\/em> s\u00e9lectif des r\u00e9cepteurs post-synaptiques alpha-1 adr\u00e9nergiques. La prazosine est principalement indiqu\u00e9e pour bloquer les effets p\u00e9riph\u00e9riques et centraux de l&rsquo;adr\u00e9naline dans les cauchemars post-traumatiques graves, sans stimuler la boucle d&rsquo;inhibition autor\u00e9ceptrice.<\/li>\n<li><strong>Clonidine versus Psychostimulants (ex. M\u00e9thylph\u00e9nidate, Amph\u00e9tamines) :<\/strong> Les psychostimulants augmentent directement les concentrations de dopamine et de noradr\u00e9naline dans la fente synaptique en bloquant leurs transporteurs de recapture (DAT et NET). Ils agissent comme des acc\u00e9l\u00e9rateurs de la transmission cat\u00e9cholaminergique, tandis que la clonidine freine le d\u00e9bit de noradr\u00e9naline global tout en restaurant localement la signalisation pr\u00e9frontale fine.<\/li>\n<li><strong>Clonidine versus B\u00eata-bloquants (ex. Propranolol) :<\/strong> Le propranolol bloque les r\u00e9cepteurs b\u00eata-1 et b\u00eata-2 adr\u00e9nergiques, ciblant principalement l&rsquo;expression somatique p\u00e9riph\u00e9rique de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance (tremblements, tachycardie, sudation), sans exercer l&rsquo;action modulatrice pr\u00e9frontale directe sur les circuits attentionnels que procure la clonidine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La clonidine est un agoniste central des r\u00e9cepteurs alpha-2 adr\u00e9nergiques qui s&rsquo;est affirm\u00e9 comme un outil pharmacologique fondamental en neuropsychiatrie p\u00e9diatrique et adulte. En inhibant la d\u00e9charge du locus c\u0153ruleus et en fermant les canaux membranaires au niveau des neurones pyramidaux du cortex pr\u00e9frontal, elle exerce un double effet : apaiser l&rsquo;hyperactivit\u00e9 sympathique globale et affiner le traitement de l&rsquo;information cognitive.<\/p>\n<p>Ses applications majeures englobent le TDAH (en monoth\u00e9rapie ou en association avec des stimulants), le syndrome de Gilles de la Tourette, les \u00e9tats de stress post-traumatique marqu\u00e9s par l&rsquo;hypervigilance, l&rsquo;insomnie rebelle du jeune enfant avec trouble neurod\u00e9veloppemental et le soutien au sevrage des substances addictives. Son utilisation impose une surveillance continue des param\u00e8tres cardiovasculaires (pression art\u00e9rielle, pouls) et un sevrage imp\u00e9rativement graduel afin de pr\u00e9venir toute crise hypertensive de rebond. Elle demeure l&rsquo;une des illustrations les plus probantes de l&rsquo;efficience des th\u00e9rapeutiques non dopaminergiques dans la r\u00e9gulation des d\u00e9sordres de l&rsquo;attention et de l&rsquo;\u00e9motion.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Arnsten, A. F. T. (2010). The use of \u03b1-2A-adrenoceptor agonists for the treatment of attention-deficit\/hyperactivity disorder and related disorders. <em>Current Opinion in Pharmacology<\/em>, 10(6), 663-669. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.coph.2010.08.012\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.coph.2010.08.012<\/a><\/li>\n<li>Connor, D. F., Fletcher, K. E., &amp; Swanson, J. M. (1999). A meta-analysis of clonidine for symptoms of attention-deficit\/hyperactivity disorder. <em>Journal of the American Academy of Child &amp; Adolescent Psychiatry<\/em>, 38(12), 1551-1559. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/00004583-199912000-00017\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/00004583-199912000-00017<\/a><\/li>\n<li>Gold, M. S., Redmond, D. E., &amp; Kleber, H. D. (1978). Clonidine blocks acute opiate-withdrawal symptoms. <em>The Lancet<\/em>, 312(8090), 599-602. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(78)92823-3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(78)92823-3<\/a><\/li>\n<li>The Tourette&rsquo;s Syndrome Study Group. (2002). Treatment of ADHD in children with tics: A randomized controlled trial. <em>Neurology<\/em>, 58(4), 527-536. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.58.4.527\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.58.4.527<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le r\u00f4le de la clonidine en psychologie et neuropsychiatrie : m\u00e9canisme d&rsquo;action alpha-2 adr\u00e9nergique, indications dans le TDAH, le TSPT et les tics, posologie et effets.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,6068,7375],"tags":[32121,38623,32139,9041,40044,1192,1245],"class_list":["post-23618","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-pedopsychiatrie","category-psychopharmacologie","tag-adrenergique","tag-clonidine","tag-locus-coeruleus","tag-psychopharmacologie","tag-syndrome-de-la-tourette","tag-tdah","tag-tspt"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23618","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23618\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23618"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23618"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23618"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}