{"id":23572,"date":"2026-10-31T11:55:10","date_gmt":"2026-10-31T11:55:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=geropsychologie-clinique"},"modified":"2026-10-31T11:55:10","modified_gmt":"2026-10-31T11:55:10","slug":"geropsychologie-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=geropsychologie-clinique","title":{"rendered":"G\u00e9ropsychologie clinique : comprendre le grand \u00e2ge"},"content":{"rendered":"<p>Face aux bouleversements d\u00e9mographiques majeurs du XXIe si\u00e8cle caract\u00e9ris\u00e9s par l&rsquo;accroissement sans pr\u00e9c\u00e9dent de l&rsquo;esp\u00e9rance de vie, la sant\u00e9 mentale des personnes \u00e2g\u00e9es s&rsquo;impose comme un d\u00e9fi clinique, scientifique et \u00e9thique incontournable. Loin de se r\u00e9duire \u00e0 une simple adaptation des mod\u00e8les th\u00e9rapeutiques con\u00e7us pour les adultes jeunes, l&rsquo;\u00e9tude et le traitement des souffrances psychologiques au cr\u00e9puscule de l&rsquo;existence exigent un cadre th\u00e9orique rigoureux et une \u00e9coute fine des vuln\u00e9rabilit\u00e9s comme des r\u00e9siliences propres au grand \u00e2ge.<\/p>\n<h2>G\u00e9ropsychologie clinique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>g\u00e9ropsychologie clinique<\/strong> est une sous-discipline sp\u00e9cialis\u00e9e de la psychologie clinique et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9rontologie\">g\u00e9rontologie<\/a> consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation, au diagnostic, \u00e0 la pr\u00e9vention et au traitement psychoth\u00e9rapeutique des troubles psychiques, affectifs, cognitifs et comportementaux survenant chez les personnes \u00e2g\u00e9es. Elle articule les connaissances fondamentales relatives au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vieillissement\">vieillissement<\/a> biologique, cognitif, affectif et social afin d&rsquo;optimiser le bien-\u00eatre subjectif, la dignit\u00e9 et la qualit\u00e9 de vie des a\u00een\u00e9s ainsi que de leurs proches aidants.<\/p>\n<p>Cette sp\u00e9cialit\u00e9 transcende la dichotomie r\u00e9ductrice entre d\u00e9clin pathologique et vieillissement normal. Elle envisage la s\u00e9nescence comme une trajectoire d\u00e9veloppementale complexe marqu\u00e9e par des transformations neurobiologiques graduelles, des remaniements identitaires profonds, des deuils successifs, mais \u00e9galement par l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles capacit\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9motionnelle, de r\u00e9gulation affective et de maturation existentielle.<\/p>\n<p>Sur le plan op\u00e9rationnel, le g\u00e9ropsychologue clinicien intervient au carrefour de multiples syst\u00e8mes : le syst\u00e8me nerveux central en \u00e9volution, la personnalit\u00e9 longitudinale du sujet, son entourage familial et le r\u00e9seau m\u00e9dico-social ou institutionnel qui l&rsquo;encadre, requ\u00e9rant ainsi une posture diagnostique et th\u00e9rapeutique \u00e9minemment holistique et biopsychosociale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab g\u00e9ropsychologie clinique \u00bb r\u00e9sulte de l&rsquo;agglutination de plusieurs racines d&rsquo;origine grecque classique. Le pr\u00e9fixe \u00ab g\u00e9ro- \u00bb provient de <em>g\u00earas<\/em> (\u03b3\u1fc6\u03c1\u03b1\u03c2), signifiant \u00ab grand \u00e2ge \u00bb, \u00ab vieillesse \u00bb, intimement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la notion de dignit\u00e9 et d&rsquo;anciennet\u00e9 au sein de la cit\u00e9 antique. Le substantif \u00ab psychologie \u00bb combine quant \u00e0 lui <em>psukh\u00ea<\/em> (\u03c8\u03c5\u03c7\u03ae), renvoyant au souffle vital, \u00e0 l&rsquo;\u00e2me et \u00e0 l&rsquo;esprit, et le suffixe <em>-logia<\/em> (-\u03bb\u03bf\u03b3\u03af\u03b1), issu du verbe <em>legein<\/em> (d\u00e9river un discours rationnel, une science ou une \u00e9tude articul\u00e9e).<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab clinique \u00bb d\u00e9rive du grec <em>klinik\u00ea<\/em> (\u03ba\u03bb\u03b9\u03bd\u03b9\u03ba\u03ae), lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 <em>klin\u00ea<\/em> (le lit), d\u00e9signant originellement la pratique m\u00e9dicale observ\u00e9e au chevet du patient alit\u00e9. Appliqu\u00e9 \u00e0 la psychologie, il \u00e9voque la rencontre singuli\u00e8re, individualis\u00e9e et attentive avec la souffrance d&rsquo;un \u00eatre humain en situation de crise ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le terme compos\u00e9 s&rsquo;est d&rsquo;abord d\u00e9velopp\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone sous la d\u00e9signation <em>clinical geropsychology<\/em>, introduite au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle pour diff\u00e9rencier la recherche g\u00e9rontologique g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;une pratique clinique appliqu\u00e9e, structur\u00e9e autour de comp\u00e9tences standardis\u00e9es, avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9 et naturalis\u00e9 au sein de la francophonie sous les appellations synonymes de \u00ab g\u00e9ropsychologie clinique \u00bb ou parfois de \u00ab psychog\u00e9rontologie clinique \u00bb.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [\u0292e.\u0281\u0254.psi.k\u0254.l\u0254.\u0292i kli.nik]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier. Les formes plurielles (\u00ab g\u00e9ropsychologies cliniques \u00bb) demeurent tr\u00e8s rares et ne sont employ\u00e9es que de mani\u00e8re rh\u00e9torique pour d\u00e9signer la pluralit\u00e9 des traditions th\u00e9oriques ou des orientations \u00e9pist\u00e9mologiques du domaine.<\/p>\n<p>L&rsquo;abr\u00e9viation informelle \u00ab g\u00e9ropsy \u00bb est fr\u00e9quemment employ\u00e9e par les praticiens et les \u00e9quipes hospitali\u00e8res, mais elle demeure circonscrite au registre familier du milieu soignant. Sur le plan d\u00e9rivationnel, le professionnel exer\u00e7ant cette discipline est qualifi\u00e9 de \u00ab g\u00e9ropsychologue \u00bb ou \u00ab g\u00e9ropsychologue clinicien \u00bb (au f\u00e9minin, \u00ab g\u00e9ropsychologue clinicienne \u00bb), et l&rsquo;adjectif aff\u00e9rent est \u00ab g\u00e9ropsychologique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La g\u00e9ropsychologie clinique repose sur la reconnaissance du vieillissement en tant qu&rsquo;\u00e9tape du cycle de vie \u00e0 part enti\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9e par une forte h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interindividuelle. Deux individus \u00e2g\u00e9s de quatre-vingts ans peuvent pr\u00e9senter des profils cognitifs, \u00e9motionnels, m\u00e9dicaux et fonctionnels radicalement oppos\u00e9s. La discipline refuse par cons\u00e9quent l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e du groupe des \u00ab a\u00een\u00e9s \u00bb, distinguant traditionnellement les personnes \u00e2g\u00e9es jeunes (65-74 ans), les personnes d&rsquo;\u00e2ge avanc\u00e9 (75-84 ans) et les grands vieillards ou centenaires (85 ans et plus), dont les probl\u00e9matiques existentielles et sanitaires diff\u00e8rent substantiellement.<\/p>\n<p>Le champ conceptuel de la g\u00e9ropsychologie clinique embrasse l&rsquo;interaction continue entre les alt\u00e9rations neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, les maladies somatiques chroniques, la pharmacoth\u00e9rapie polym\u00e9dicamenteuse et le fonctionnement psychodynamique ou cognitivo-comportemental. Contrairement \u00e0 la psychiatrie g\u00e9riatrique, dont le pivot d&rsquo;action demeure prioritairement nosographique et pharmacologique, la g\u00e9ropsychologie clinique privil\u00e9gie les interventions fond\u00e9es sur la parole, la rem\u00e9diation, l&rsquo;adaptation environnementale et la reconstruction du sens existentiel face aux pertes.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des fondements th\u00e9oriques cardinaux de la discipline r\u00e9side dans la s\u00e9paration m\u00e9ticuleuse entre le d\u00e9clin cognitif b\u00e9nin li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge, le trouble neurocognitif l\u00e9ger (<em>Mild Cognitive Impairment<\/em>) et les \u00e9tats de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mence\">d\u00e9mence<\/a> ou troubles neurocognitifs majeurs (tels que la maladie d&rsquo;Alzheimer, la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence fronto-temporale, la maladie \u00e0 corps de Lewy ou les d\u00e9mences vasculaires). Le clinicien doit savoir d\u00e9crypter si un ralentissement psychomoteur ou des plaintes mn\u00e9siques rel\u00e8vent d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur (\u00ab pseudo-d\u00e9mence d\u00e9pressive \u00bb), d&rsquo;un syndrome dysex\u00e9cutif d\u00e9butant ou d&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 focalis\u00e9e sur la crainte de d\u00e9choir.<\/p>\n<p>La port\u00e9e de cette sp\u00e9cialit\u00e9 inclut \u00e9galement le ph\u00e9nom\u00e8ne complexe du deuil complexe persistant, la gestion de la perte de r\u00f4les sociaux (d\u00e9part \u00e0 la retraite, institutionnalisation, perte du conjoint ou d&rsquo;amis proches), la confrontation directe \u00e0 sa propre finitude et les dynamiques de maltraitance ou de n\u00e9gligence envers les a\u00een\u00e9s. Elle englobe enfin l&rsquo;accompagnement des aidants familiaux, chez qui l&rsquo;\u00e9puisement psychologique, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et la charge \u00e9motionnelle (\u00ab fardeau de l&rsquo;aidant \u00bb) constituent un objet clinique primordial.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Historiquement, la psychologie scientifique a longtemps manifest\u00e9 un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat relatif pour le vieillissement, focalisant ses efforts th\u00e9oriques sur le d\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adulte jeune. Sigmund Freud lui-m\u00eame manifestait un pessimisme notable quant \u00e0 la pertinence de la psychanalyse au-del\u00e0 de la cinquantaine, estimant dans ses premiers \u00e9crits que la plasticit\u00e9 des processus psychiques et l&rsquo;accumulation du mat\u00e9riel m\u00e9moriel rendaient le travail analytique infructueux. C&rsquo;est Carl Gustav Jung qui, le premier parmi les pionniers de la psychanalyse, a r\u00e9habilit\u00e9 la seconde moiti\u00e9 de l&rsquo;existence comme le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;un processus essentiel d&rsquo;individuation et de qu\u00eate de transcendance spirituelle.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, les travaux pionniers de Robert N. Butler ont marqu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure. En 1969, Butler forge le concept d&rsquo;\u00ab \u00e2gisme \u00bb (<em>ageism<\/em>) pour d\u00e9noncer les pr\u00e9jug\u00e9s, les discriminations et les st\u00e9r\u00e9otypes soci\u00e9taux institutionnalis\u00e9s frappant les personnes \u00e2g\u00e9es. Il introduit \u00e9galement la m\u00e9thode de la \u00ab revue de vie \u00bb (<em>life review<\/em>), r\u00e9habilitant la r\u00e9miniscence non comme un signe de s\u00e9nilit\u00e9 ou de radotage st\u00e9rile, mais comme un processus psychologique universel d&rsquo;int\u00e9gration des exp\u00e9riences pass\u00e9es et de r\u00e9conciliation avec sa propre histoire.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, la g\u00e9rontologie comportementale prend un essor consid\u00e9rable sous l&rsquo;impulsion de chercheurs tels que Margaret Gatz, Bob Knight et Gene Cohen, d\u00e9montrant que la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et la flexibilit\u00e9 psychologique persistent bien au-del\u00e0 de ce que pr\u00e9disaient les dogmes d\u00e9ficitaires du si\u00e8cle pass\u00e9. Des structures acad\u00e9miques d\u00e9di\u00e9es voient le jour, notamment la Section 20 (<em>Adult Development and Aging<\/em>) puis la Division 12 Section II (devenue la <em>Society of Clinical Geropsychology<\/em>, Division 12-II de l&rsquo;American Psychological Association).<\/p>\n<p>Un tournant historique et normatif a lieu en 2006 lors de la Conf\u00e9rence de Pikes Peak sur la formation en g\u00e9ropsychologie clinique (<em>Pikes Peak Conference on Training in Clinical Geropsychology<\/em>). Cette rencontre a formellement codifi\u00e9 les comp\u00e9tences minimales indispensables aux cliniciens : connaissances neurobiologiques et neuropsychologiques, \u00e9valuation sp\u00e9cifique, interventions psychoth\u00e9rapeutiques empiriquement valid\u00e9es, prise en compte des contextes de soins interprofessionnels et posture \u00e9thique adapt\u00e9e aux situations d&rsquo;alt\u00e9ration du consentement.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La g\u00e9ropsychologie clinique s&rsquo;appuie sur une mosa\u00efque de cadres th\u00e9oriques robustes, issus \u00e0 la fois de la psychologie du d\u00e9veloppement, des neurosciences et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie\">psychoth\u00e9rapie<\/a> contemporaine. Le mod\u00e8le d\u00e9veloppemental d&rsquo;Erik Erikson constitue un ancrage fondamental avec sa description du huiti\u00e8me stade de l&rsquo;\u00e9volution psychosociale, opposant \u00ab int\u00e9grit\u00e9 personnelle \u00bb et \u00ab d\u00e9sespoir \u00bb. Selon Erikson, l&rsquo;enjeu psychologique ultime du vieillard consiste \u00e0 accueillir l&rsquo;ensemble de son parcours de vie avec bienveillance, sans amertume, sous peine de sombrer dans le m\u00e9pris de soi et la terreur du n\u00e9ant. Plus tard, sa collaboratrice Joan Erikson ajoutera un neuvi\u00e8me stade, propre aux personnes tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es confront\u00e9es au d\u00e9clin corporel manifeste et requ\u00e9rant une transcendance g\u00e9rontologique (la \u00ab g\u00e9rotranscendance \u00bb th\u00e9oris\u00e9e par Lars Tornstam).<\/p>\n<p>Sur le versant cognitif et motivationnel, la th\u00e9orie de la s\u00e9lectivit\u00e9 socio\u00e9motionnelle d\u00e9velopp\u00e9e par Laura Carstensen constitue un apport fondamental. Elle postule que la perception du temps restant influence profond\u00e9ment les priorit\u00e9s individuelles : lorsque l&rsquo;horizon temporel est per\u00e7u comme restreint et limit\u00e9, les individus d\u00e9laissent l&rsquo;acquisition d&rsquo;informations nouvelles ou les r\u00e9seaux relationnels superficiels au profit de buts \u00e9motionnellement signifiants et gratifiants dans l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9claire l&rsquo;\u00ab effet de positivit\u00e9 \u00bb, tendance observ\u00e9e chez de nombreux a\u00een\u00e9s \u00e0 traiter et retenir pr\u00e9f\u00e9rentiellement les stimuli affectifs positifs par rapport aux stimuli aversifs.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de s\u00e9lection, optimisation et compensation (SOC), \u00e9labor\u00e9 par Paul et Margret Baltes, fournit un paradigme d&rsquo;action capital pour l&rsquo;intervention g\u00e9ropsychologique. Il formalise la mani\u00e8re dont un individu en perte d&rsquo;\u00e9nergie ou d&rsquo;aptitudes cognitives\/physiques choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de restreindre son champ d&rsquo;activit\u00e9s \u00e0 des domaines prioritaires (s\u00e9lection), y concentre son entra\u00eenement et ses ressources pour y maintenir une performance \u00e9lev\u00e9e (optimisation) et d\u00e9ploie des proth\u00e8ses techniques ou des strat\u00e9gies d&rsquo;appoint pour pallier ses d\u00e9ficits (compensation).<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le contextuel d&rsquo;adaptation au vieillissement (<em>Contextual Adult Life Span Theory for Adapting Psychotherapy<\/em>, ou CALTAP) con\u00e7u par Bob Knight soutient que les adaptations th\u00e9rapeutiques requises aupr\u00e8s des personnes \u00e2g\u00e9es ne d\u00e9coulent pas d&rsquo;un changement radical de l&rsquo;appareil psychique, mais d&rsquo;une modulation contextuelle li\u00e9e aux \u00e9v\u00e9nements de vie (pertes de statut, maladies physiques, deuils multiples) et aux d\u00e9calages de cohorte socioculturelle, exigeant du praticien une flexibilit\u00e9 communicationnelle et une grande humilit\u00e9 herm\u00e9neutique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;exercice de la g\u00e9ropsychologie clinique s&rsquo;articule autour de multiples axes interd\u00e9pendants qui structurent la pratique quotidienne du psychologue sp\u00e9cialis\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation neurocognitive diff\u00e9rentielle :<\/strong> R\u00e9alisation de bilans approfondis pour discriminer les variations mn\u00e9siques et ex\u00e9cutives inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge physiologique des marqueurs de dysfonctionnements neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs, en int\u00e9grant le niveau socioculturel pr\u00e9morbide et la r\u00e9serve cognitive.<\/li>\n<li><strong>Le diagnostic et le traitement de la psychopathologie g\u00e9riatrique :<\/strong> Prise en charge des tableaux d\u00e9pressifs (souvent atypiques et masqu\u00e9s par des plaintes somatiques), des troubles anxieux tardifs, des troubles bipolaires au grand \u00e2ge, des d\u00e9lires tardifs d&rsquo;apparition s\u00e9nile (paraphr\u00e9nie tardive) et des conduites addictives (d\u00e9pendance aux benzodiaz\u00e9pines et alcoolisme masqu\u00e9).<\/li>\n<li><strong>La gestion non m\u00e9dicamenteuse des sympt\u00f4mes comportementaux et psychologiques de la d\u00e9mence (SCPD) :<\/strong> \u00c9laboration de plans de prise en charge comportementale face aux manifestations d&rsquo;agitation, d&rsquo;agressivit\u00e9 verbale ou physique, d&rsquo;errance motrice, d&rsquo;apathie profonde ou de d\u00e9sinhibition li\u00e9es aux processus d\u00e9mentiels.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;intervention aupr\u00e8s des aidants naturels et familiaux :<\/strong> Mesure de l&rsquo;\u00e9puisement, th\u00e9rapies de soutien, ateliers psycho\u00e9ducatifs et groupes de parole pour pr\u00e9venir l&rsquo;effondrement anxiod\u00e9pressif des conjoints et descendants soignants.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;accompagnement de la fin de vie et des soins palliatifs :<\/strong> Soutien psychologique face aux angoisses existentielles, accompagnement de l&rsquo;agonie, soutien du deuil anticip\u00e9 et pr\u00e9servation de la subjectivit\u00e9 jusqu&rsquo;aux derniers instants de l&rsquo;existence.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation des capacit\u00e9s d\u00e9cisionnelles et du consentement :<\/strong> Expertise \u00e9thique et psychom\u00e9trique relative \u00e0 l&rsquo;aptitude d&rsquo;une personne \u00e2g\u00e9e \u00e0 g\u00e9rer ses biens mat\u00e9riels, consentir \u00e0 un traitement invasif ou choisir son lieu de vie (maintien \u00e0 domicile versus h\u00e9bergement institutionnel).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9pression masqu\u00e9e et pseudo-d\u00e9mence chez un homme veuf.<\/strong> Monsieur B., 79 ans, ancien artisan, est adress\u00e9 par son m\u00e9decin traitant pour une apathie s\u00e9v\u00e8re, des plaintes mn\u00e9siques massives et un amaigrissement inqui\u00e9tant survenus six mois apr\u00e8s la perte de son \u00e9pouse. L&rsquo;entourage craint une maladie d&rsquo;Alzheimer foudroyante. L&rsquo;\u00e9valuation g\u00e9ropsychologique r\u00e9v\u00e8le que M. B. s&rsquo;effondre lors des \u00e9preuves de m\u00e9moire en r\u00e9pondant de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00ab je ne sais pas \u00bb, sans v\u00e9ritable tentative d&rsquo;effort de r\u00e9cup\u00e9ration, alors que les indices mn\u00e9siques facilitent consid\u00e9rablement le rappel. Les sympt\u00f4mes de culpabilit\u00e9 inconsciente, de perte d&rsquo;app\u00e9tit et de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 m\u00e8nent au diagnostic d&rsquo;\u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 s\u00e9v\u00e8re sans caract\u00e9ristiques psychotiques. Une psychoth\u00e9rapie cognitivo-comportementale ax\u00e9e sur l&rsquo;activation comportementale et la restructuration cognitive, combin\u00e9e \u00e0 une coordination avec le m\u00e9decin pour un traitement antid\u00e9presseur, a permis une r\u00e9gression compl\u00e8te des d\u00e9ficits cognitifs per\u00e7us, confirmant le diagnostic d&rsquo;une pseudo-d\u00e9mence d\u00e9pressive.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Agitation disruptive et d\u00e9mence en \u00e9tablissement pour personnes \u00e2g\u00e9es.<\/strong> Madame L., 84 ans, r\u00e9sidente en unit\u00e9 de soins de longue dur\u00e9e atteinte d&rsquo;une d\u00e9mence vasculaire \u00e0 un stade mod\u00e9r\u00e9ment avanc\u00e9, pr\u00e9sente de violentes explosions verbales et des comportements agressifs quotidiens lors des soins d&rsquo;hygi\u00e8ne matinaux. L&rsquo;\u00e9quipe soignante est d\u00e9sempar\u00e9e et sollicite une s\u00e9dation chimique. L&rsquo;analyse fonctionnelle men\u00e9e par le g\u00e9ropsychologue clinique d\u00e9montre que Mme L., atteinte d&rsquo;une aphasie de compr\u00e9hension partielle et de douleurs articulaires non trait\u00e9es au niveau des \u00e9paules, per\u00e7oit l&rsquo;entr\u00e9e abrupte de soignants press\u00e9s comme une agression physique violente dans sa sph\u00e8re intime. En r\u00e9am\u00e9nageant l&rsquo;environnement (\u00e9clairage tamis\u00e9, approche verbale douce et gestuelle lente, musique famili\u00e8re apaisante) et en introduisant une prise en charge antalgique pr\u00e9alable, les \u00e9pisodes d&rsquo;agitation chutent de plus de 80 %, sans aucun recours \u00e0 des neuroleptiques suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation en g\u00e9ropsychologie clinique combine des tests psychom\u00e9triques standardis\u00e9s, des entretiens semi-directifs approfondis avec le patient et son entourage (anamn\u00e8se h\u00e9t\u00e9ro-\u00e9valuative), ainsi que l&rsquo;observation \u00e9cologique en milieu de vie. Les instruments psychom\u00e9triques doivent imp\u00e9rativement poss\u00e9der des normes \u00e9talonn\u00e9es sur des populations de personnes \u00e2g\u00e9es, prenant en compte les effets de l&rsquo;\u00e2ge biologique, du sexe et du niveau socioculturel afin de ne pas surestimer les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives chez des individus peu scolaris\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan cognitif, des instruments de rep\u00e9rage rapide tels que l&rsquo;\u00e9valuation cognitive de Montr\u00e9al (<em>Montreal Cognitive Assessment<\/em> &#8211; MoCA) ou le <em>Mini-Mental State Examination<\/em> (MMSE) sont largement mobilis\u00e9s, bien que le clinicien doive compl\u00e9ter ces criblages par des batteries approfondies ciblant les fonctions ex\u00e9cutives, l&#8217;empan mn\u00e9sique, la m\u00e9moire \u00e9pisodique (par exemple le test de rappel libre \/ rappel indic\u00e9 \u00e0 16 items de Grober et Buschke) et les capacit\u00e9s visuospatiales.<\/p>\n<p>Pour le d\u00e9pistage et la quantification des troubles affectifs, l&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9pression g\u00e9riatrique (<em>Geriatric Depression Scale<\/em> &#8211; GDS), disponible en versions de 30, 15 ou 4 items, constitue la r\u00e9f\u00e9rence internationale. Sa force r\u00e9side dans la minoration des items somatiques (fatigue, troubles du sommeil, baisse de libido), lesquels sont fr\u00e9quemment biais\u00e9s par les pathologies physiques normales ou comorbides de la vieillesse. L&rsquo;inventaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9riatrique (<em>Geriatric Anxiety Inventory<\/em> &#8211; GAI) est similairement utilis\u00e9 pour mesurer l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sans surcharger le tableau par des manifestations neurov\u00e9g\u00e9tatives trompeuses.<\/p>\n<p>L&rsquo;inventaire neuropsychiatrique (<em>Neuropsychiatric Inventory<\/em> &#8211; NPI) sert quant \u00e0 lui \u00e0 quantifier la fr\u00e9quence et la gravit\u00e9 des sympt\u00f4mes comportementaux et psychologiques chez les patients atteints de troubles neurocognitifs, tout en mesurant le niveau de d\u00e9tresse psychologique \u00e9prouv\u00e9 par le soignant r\u00e9f\u00e9rent ou l&rsquo;aidant familial. Enfin, l&rsquo;inventaire du fardeau de Zarit demeure l&rsquo;instrument standard d&rsquo;\u00e9valuation de la surcharge \u00e9motionnelle, relationnelle et financi\u00e8re subie par les aidants naturels.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Le champ d&rsquo;intervention de la g\u00e9ropsychologie clinique s&rsquo;\u00e9tend sur une pluralit\u00e9 de contextes sanitaires et communautaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Milieu hospitalier et consultations m\u00e9moire :<\/strong> Au sein des centres experts de la m\u00e9moire (CMRR) et des unit\u00e9s de court et moyen s\u00e9jour g\u00e9riatrique, le praticien contribue au diagnostic \u00e9tiologique diff\u00e9rentiel et assure le suivi post-annonce des diagnostics neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs majeurs.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tablissements d&rsquo;h\u00e9bergement pour personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes (EHPAD \/ r\u00e9sidences de soins de longue dur\u00e9e) :<\/strong> Le psychologue accompagne l&rsquo;int\u00e9gration d\u00e9licate du nouvel arrivant, met en \u0153uvre des th\u00e9rapies non m\u00e9dicamenteuses individualis\u00e9es, anime des ateliers de stimulation cognitive et forme les \u00e9quipes soignantes \u00e0 la bientraitance et \u00e0 la gestion du refus de soin.<\/li>\n<li><strong>\u00c9quipes mobiles de g\u00e9rontologie et soins \u00e0 domicile :<\/strong> Les interventions directes au domicile du patient permettent d&rsquo;\u00e9valuer la s\u00e9curit\u00e9 psychique, l&rsquo;autonomie pr\u00e9serv\u00e9e et de d\u00e9samorcer les situations d&rsquo;isolement social extr\u00eame ou de syndrome de Diog\u00e8ne tardif.<\/li>\n<li><strong>Pratique lib\u00e9rale et cabinets priv\u00e9s :<\/strong> Consultations individuelles de psychoth\u00e9rapie adapt\u00e9es aux adultes \u00e2g\u00e9s autonomes aux prises avec des deuils r\u00e9cents, des d\u00e9pressions d&rsquo;adaptation ou des angoisses hypocondriaques.<\/li>\n<li><strong>Action m\u00e9dico-l\u00e9gale et comit\u00e9s d&rsquo;\u00e9thique :<\/strong> \u00c9clairage des juges et des tuteurs sur les comp\u00e9tences civiles des patients vuln\u00e9rables et participation active aux r\u00e9flexions coll\u00e9giales relatives \u00e0 la fin de vie, aux directives anticip\u00e9es et aux s\u00e9dations profondes et continues.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique en g\u00e9ropsychologie clinique a battu en br\u00e8che l&rsquo;hypoth\u00e8se d\u00e9su\u00e8te selon laquelle les a\u00een\u00e9s ne r\u00e9pondraient pas favorablement aux interventions psychoth\u00e9rapeutiques. Des m\u00e9ta-analyses majeures, telles que celles conduites par Forrest Scogin, ont amplement d\u00e9montr\u00e9 que la th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) et la th\u00e9rapie interpersonnelle (TIP) produisent des taux de r\u00e9mission d\u00e9pressive tout \u00e0 fait comparables \u00e0 ceux obtenus chez les populations adultes plus jeunes, tout en pr\u00e9sentant un profil de tol\u00e9rance largement sup\u00e9rieur aux pharmacoth\u00e9rapies traditionnelles en raison de l&rsquo;absence d&rsquo;effets secondaires anticholinergiques.<\/p>\n<p>Les recherches empiriques men\u00e9es sur la th\u00e9rapie par la r\u00e9miniscence et la revue de vie (structur\u00e9es par des protocoles standardis\u00e9s tels que ceux d\u00e9velopp\u00e9s par Barbara Haight) r\u00e9v\u00e8lent des effets significatifs et durables sur la diminution de l&rsquo;angoisse existentielle, l&rsquo;augmentation du sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 et l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;humeur d\u00e9pressive chez les personnes institutionnalis\u00e9es ou en d\u00e9but de d\u00e9mence.<\/p>\n<p>Concernant les approches non pharmacologiques des troubles du comportement de la d\u00e9mence, les \u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es randomis\u00e9es dirig\u00e9es par Linda Teri d\u00e9montrent que la formation des soignants et aidants \u00e0 des approches comportementales contextualis\u00e9es \u2014 combinant la planification d&rsquo;activit\u00e9s plaisantes adapt\u00e9es et la modification des ant\u00e9c\u00e9dents environnementaux \u2014 r\u00e9duit notablement l&rsquo;agitation du patient et diminue drastiquement le fardeau de l&rsquo;aidant sans toxicit\u00e9 m\u00e9dicamenteuse.<\/p>\n<p>Les investigations contemporaines en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neuropsychologie\">neuropsychologie<\/a> du grand \u00e2ge mettent par ailleurs en lumi\u00e8re le concept fondamental de r\u00e9serve cognitive (popularis\u00e9 par Yaakov Stern). Ces \u00e9tudes confirment qu&rsquo;un niveau d&rsquo;engagement intellectuel, social et affectif soutenu tout au long de la vie compense de mani\u00e8re substantielle les alt\u00e9rations neuropathologiques c\u00e9r\u00e9brales sous-jacentes, repoussant de plusieurs ann\u00e9es l&rsquo;apparition clinique des sympt\u00f4mes d\u00e9mentiels.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception du vieillissement et des pathologies psychiques de la s\u00e9nescence est tributaire de matrices culturelles h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Dans de nombreuses cultures traditionnelles d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique ou des communaut\u00e9s autochtones d&rsquo;Am\u00e9rique, les personnes \u00e2g\u00e9es jouissent d&rsquo;un statut symbolique \u00e9lev\u00e9, incarnant la m\u00e9moire collective, la sagesse et l&rsquo;autorit\u00e9 morale familiale. Le concept confuc\u00e9en de pi\u00e9t\u00e9 filiale (<em>xiao<\/em>) impose aux descendants une obligation \u00e9thique et affective intangible de prendre soin personnellement de leurs a\u00een\u00e9s au domicile, rendant souvent l&rsquo;institutionnalisation hautement culpabilisante et stigmatisante.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, au sein des soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement industrialis\u00e9es, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des valeurs de productivit\u00e9 marchande, de rapidit\u00e9, d&rsquo;autonomie individuelle absolue et de jeunisme tend \u00e0 invisibiliser la vieillesse et \u00e0 marginaliser les a\u00een\u00e9s, assimilant le d\u00e9clin physique et cognitif \u00e0 une d\u00e9ch\u00e9ance honteuse ou \u00e0 un co\u00fbt \u00e9conomique pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le g\u00e9ropsychologue clinicien doit faire preuve d&rsquo;une rigoureuse comp\u00e9tence transculturelle lors de l&rsquo;administration des \u00e9preuves psychologiques. Les instruments d&rsquo;\u00e9valuation cognitive d\u00e9velopp\u00e9s dans les milieux universitaires occidentaux contiennent des biais linguistiques, historiques et conceptuels manifestes qui peuvent p\u00e9naliser lourdement les personnes \u00e2g\u00e9es issues de minorit\u00e9s ethniques ou de parcours migratoires. Les plaintes somatiques constituent par ailleurs souvent le seul idiome culturellement acceptable pour exprimer une d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re ou une d\u00e9tresse traumatique dans certaines communaut\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La g\u00e9ropsychologie clinique fait face \u00e0 des controverses m\u00e9thodologiques et conceptuelles d&rsquo;envergure. L&rsquo;une des critiques majeures concerne la surm\u00e9dicalisation et la psychiatrisation excessive de r\u00e9actions affectives normales face \u00e0 des pertes r\u00e9elles. D\u00e9finir toute tristesse prolong\u00e9e apr\u00e8s la mort d&rsquo;un conjoint de cinquante ans de vie commune comme un trouble mental passible d&rsquo;intervention imm\u00e9diate court le risque d&rsquo;\u00e9roder le temps incompressible du deuil et de la douleur humaine l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Un d\u00e9bat intense entoure la pr\u00e9valence disproportionn\u00e9e de la prescription de psychotropes (notamment les antipsychotiques atypiques et les benzodiaz\u00e9pines) chez les personnes \u00e2g\u00e9es en d\u00e9tresse \u00e9motionnelle ou en situation de d\u00e9mence. Bien que les soci\u00e9t\u00e9s de g\u00e9riatrie et de g\u00e9ropsychologie alertent constamment sur les risques morbides de ces mol\u00e9cules (chutes, s\u00e9dation excessive, aggravation cognitive, surmortalit\u00e9 vasculaire c\u00e9r\u00e9brale), le manque de psychologues form\u00e9s dans les institutions conduit souvent \u00e0 utiliser ces substances comme des \u00ab camisoles chimiques \u00bb de commodit\u00e9 pour pallier le manque criant de personnel soignant.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la discipline se heurte \u00e0 une limite structurelle : l&rsquo;exclusion r\u00e9currente des personnes tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es et polypathologiques des essais cliniques randomis\u00e9s en sant\u00e9 mentale. Une grande partie des recommandations fond\u00e9es sur les preuves s&rsquo;appuie sur des cohortes d&rsquo;adultes d&rsquo;\u00e2ge moyen, rendant l&rsquo;extrapolation de ces protocoles aux octog\u00e9naires et nonag\u00e9naires d\u00e9licate et parfois hasardeuse sur le plan de la validit\u00e9 \u00e9cologique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Il importe de clarifier les fronti\u00e8res conceptuelles s\u00e9parant la g\u00e9ropsychologie clinique de disciplines voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>G\u00e9riatrie :<\/strong> Branche m\u00e9dicale exerc\u00e9e par des m\u00e9decins sp\u00e9cialistes, centr\u00e9e sur le diagnostic, la physiopathologie et le traitement pharmacologique et somatique des maladies aigu\u00ebs et chroniques survenant chez le sujet \u00e2g\u00e9. Le g\u00e9ropsychologue travaille en \u00e9troite collaboration avec le g\u00e9riatre, mais fonde son action sur les sciences psychologiques et les processus relationnels.<\/li>\n<li><strong>Psychog\u00e9rontologie :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;ensemble des \u00e9tudes psychologiques consacr\u00e9es au vieillissement normal et pathologique, incluant la psychologie cognitive fondamentale, la psychologie sociale et la psychologie d\u00e9veloppementale. La g\u00e9ropsychologie clinique en constitue l&rsquo;application clinique directe, d\u00e9di\u00e9e aux personnes en souffrance psychique.<\/li>\n<li><strong>Neuropsychologie clinique :<\/strong> Sp\u00e9cialit\u00e9 de la psychologie ax\u00e9e sur les relations entre les structures c\u00e9r\u00e9brales et le fonctionnement cognitivo-comportemental, quel que soit l&rsquo;\u00e2ge. Si le g\u00e9ropsychologue clinicien doit poss\u00e9der de solides comp\u00e9tences neuropsychologiques, son champ d&rsquo;action d\u00e9passe largement la seule sph\u00e8re cognitive pour int\u00e9grer les dimensions psychodynamiques, affectives, existentielles et syst\u00e9miques.<\/li>\n<li><strong>Psychiatrie de la personne \u00e2g\u00e9e (ou psychog\u00e9riatrie) :<\/strong> Sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale psychiatrique d\u00e9di\u00e9e aux affections mentales s\u00e9v\u00e8res du grand \u00e2ge, mobilisant l&rsquo;arsenal chimioth\u00e9rapeutique et les hospitalisations sous contrainte, l\u00e0 o\u00f9 le g\u00e9ropsychologue clinicien privil\u00e9gie les psychoth\u00e9rapies, le conseil et la rem\u00e9diation non m\u00e9dicamenteuse.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La g\u00e9ropsychologie clinique s&rsquo;impose aujourd&rsquo;hui comme une discipline scientifique et clinique d&rsquo;une importance soci\u00e9tale capitale, guid\u00e9e par une vision multidimensionnelle du grand \u00e2ge qui conjugue bienveillance \u00e9thique, rigueur psychom\u00e9trique et interventions adapt\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle envisage la vieillesse non pas comme un naufrage in\u00e9luctable et homog\u00e8ne, mais comme une trajectoire d\u00e9veloppementale distincte, jalonn\u00e9e de remaniements psychiques profonds, d&rsquo;opportunit\u00e9s de r\u00e9silience et de d\u00e9fis existentiels majeurs.<\/li>\n<li>Elle excelle dans le diagnostic diff\u00e9rentiel subtil entre vieillissement c\u00e9r\u00e9bral normal, d\u00e9pressions atypiques masqu\u00e9es et processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs d\u00e9butants ou av\u00e9r\u00e9s.<\/li>\n<li>Elle privil\u00e9gie les approches psychoth\u00e9rapeutiques et comportementales empiriquement valid\u00e9es (TCC adapt\u00e9es, th\u00e9rapie par la r\u00e9miniscence, activation comportementale, am\u00e9nagement environnemental des SCPD) pour limiter le recours d\u00e9l\u00e9t\u00e8re aux psychotropes.<\/li>\n<li>Elle inclut de mani\u00e8re indissociable le soutien psychologique aux aidants familiaux et professionnels, piliers invisibles du maintien de la dignit\u00e9 des a\u00een\u00e9s les plus vuln\u00e9rables.<\/li>\n<li>Face \u00e0 l&rsquo;\u00e2gisme persistant des structures m\u00e9dicales et soci\u00e9tales, elle d\u00e9fend la valeur intrins\u00e8que de la parole, du d\u00e9sir et de la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;individu jusqu&rsquo;au terme de sa vie.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychological Association. (2014). Guidelines for psychological practice with older adults. <em>American Psychologist<\/em>, 69(1), 34\u201365. <a href=\"https:\/\/www.apa.org\/practice\/guidelines\/older-adults\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.apa.org\/practice\/guidelines\/older-adults<\/a><\/li>\n<li>Baltes, P. B., &#038; Baltes, M. M. (1990). <em>Successful aging: Perspectives from the behavioral sciences<\/em>. Cambridge University Press.<\/li>\n<li>Butler, R. N. (1969). Age-ism: Another form of bigotry. <em>The Gerontologist<\/em>, 9(4), 243\u2013246. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/geront\/9.4_Part_1.243\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/geront\/9.4_Part_1.243<\/a><\/li>\n<li>Carstensen, L. L., Isaacowitz, D. M., &#038; Charles, S. T. (1999). Taking time seriously: A theory of socioemotional selectivity. <em>American Psychologist<\/em>, 54(3), 165\u2013181. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.54.3.165\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0003-066X.54.3.165<\/a><\/li>\n<li>Knight, B. G. (2004). <em>Psychotherapy with older adults<\/em> (3rd ed.). SAGE Publications.<\/li>\n<li>Scogin, F., Welsh, D., Hanson, A., Stump, J., &#038; Coates, A. (2005). Evidence-based psychotherapies for depression in older adults. <em>Clinical Psychology: Science and Practice<\/em>, 12(3), 222\u2013237. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/clipsy.bpi033\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/clipsy.bpi033<\/a><\/li>\n<li>Teri, L., Logsdon, R. G., &#038; McCurry, S. M. (2008). Nonpharmacological treatment of behavioral disturbance in dementia. <em>Medical Clinics of North America<\/em>, 92(1), 69\u201388. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.mcna.2007.09.005\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.mcna.2007.09.005<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la g\u00e9ropsychologie clinique : son histoire, ses mod\u00e8les th\u00e9oriques, ses m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9valuation et ses approches psychoth\u00e9rapeutiques aupr\u00e8s des a\u00een\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[84,3,1399],"tags":[683,221,31195,20338,751,30539,89],"class_list":["post-23572","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-gerontologie","category-psychologie-clinique","category-psychotherapie","tag-demence","tag-geropsychologie","tag-psychogerontologie","tag-sante-mentale-des-aines","tag-therapie-cognitivo-comportementale","tag-troubles-neurocognitifs","tag-vieillissement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23572\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}