{"id":23555,"date":"2026-10-31T11:15:08","date_gmt":"2026-10-31T11:15:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=auto-observation-du-client"},"modified":"2026-10-31T11:15:08","modified_gmt":"2026-10-31T11:15:08","slug":"auto-observation-du-client","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=auto-observation-du-client","title":{"rendered":"Auto-observation : Cl\u00e9 du changement clinique"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;auto-observation du client constitue l&rsquo;une des interventions transversales les plus puissantes et rigoureuses de la psychologie clinique contemporaine. En transformant le sujet en investigateur actif de sa propre ph\u00e9nom\u00e9nologie, cette m\u00e9thode jette un pont fondamental entre l&rsquo;exp\u00e9rience subjective intime et les m\u00e9thodologies empiriques des sciences du comportement. \u00c0 la crois\u00e9e de l&rsquo;\u00e9valuation diagnostique continue et de l&rsquo;action th\u00e9rapeutique directe, la pratique syst\u00e9matique de l&rsquo;enregistrement personnel permet de d\u00e9construire les automatismes dysfonctionnels, de restaurer l&rsquo;agentivit\u00e9 psychologique et d&rsquo;optimiser la pr\u00e9cision des interventions guid\u00e9es par les donn\u00e9es probantes.<\/p>\n<h2>L&rsquo;auto-observation du client (Self-Monitoring)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;auto-observation du client, fr\u00e9quemment d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;appellation d&rsquo;auto-surveillance ou d&rsquo;auto-enregistrement th\u00e9rapeutique, est un processus syst\u00e9matique par lequel un individu observe, consigne et analyse de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et prospective l&rsquo;apparition de ses propres comportements, \u00e9tats affectifs, processus cognitifs ou r\u00e9actions physiologiques dans son milieu de vie naturel.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, cette m\u00e9thode ne se limite pas \u00e0 un simple recueil passif de donn\u00e9es descriptives ; elle constitue une intervention comportementale et m\u00e9tacognitive \u00e0 part enti\u00e8re. En obligeant le sujet \u00e0 porter une attention structur\u00e9e \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements internes ou externes habituellement r\u00e9gis par des automatismes non conscients, l&rsquo;auto-observation modifie intrins\u00e8quement la dynamique fonctionnelle du comportement cible par le ph\u00e9nom\u00e8ne bien document\u00e9 de r\u00e9activit\u00e9 comportementale.<\/p>\n<p>Dans le cadre des approches contemporaines, notamment la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">th\u00e9rapie cognitivo-comportementale<\/a> et les th\u00e9rapies d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement, l&rsquo;auto-observation sert de socle \u00e0 l&rsquo;analyse fonctionnelle, permettant au clinicien et au patient de cor\u00e9aliser une cartographie pr\u00e9cise des ant\u00e9c\u00e9dents, des r\u00e9ponses et des cons\u00e9quences r\u00e9gissant les troubles psychologiques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab auto-observation \u00bb est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe d&rsquo;origine grecque <em>auto-<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2, signifiant \u00ab soi-m\u00eame \u00bb, \u00ab propre \u00e0 soi \u00bb) et du substantif \u00ab observation \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe latin <em>observare<\/em>, lui-m\u00eame form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ob-<\/em> (\u00ab devant \u00bb, \u00ab en vue de \u00bb) et de <em>servare<\/em> (\u00ab garder \u00bb, \u00ab pr\u00eater attention \u00e0 \u00bb, \u00ab conserver \u00bb). Dans son acception litt\u00e9rale et \u00e9tymologique, le terme renvoie donc \u00e0 l&rsquo;acte de veiller d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur soi-m\u00eame ou de garder sous le regard de sa propre conscience un objet d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, le concept a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 sous le vocable <em>client self-monitoring<\/em> ou simplement <em>self-monitoring<\/em>. Le mot <em>monitoring<\/em> tire sa racine du latin <em>monere<\/em>, qui signifie \u00ab avertir \u00bb, \u00ab rappeler \u00bb, \u00ab conseiller \u00bb. Son introduction formelle dans le champ de la psychologie scientifique remonte aux premiers d\u00e9veloppements de l&rsquo;analyse appliqu\u00e9e du comportement (<em>Applied Behavior Analysis<\/em>) \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9 par Mark Snyder en psychologie sociale pour d\u00e9signer la r\u00e9gulation de la pr\u00e9sentation de soi, puis par Donald Meichenbaum et Aaron T. Beck dans le champ cognitif.<\/p>\n<p>En fran\u00e7ais, plusieurs d\u00e9clinaisons lexicales coexistent selon les contextes th\u00e9oriques : \u00ab auto-enregistrement \u00bb, qui met l&rsquo;accent sur la trace \u00e9crite ou num\u00e9rique du comportement ; \u00ab auto-surveillance \u00bb, calque direct de l&rsquo;anglais parfois jug\u00e9 trop inquisitorial ou coercitif dans la relation d&rsquo;aide ; et \u00ab auto-observation \u00bb, terme privil\u00e9gi\u00e9 dans les milieux universitaires et cliniques francophones pour sa neutralit\u00e9 et son alignement avec les processus d&rsquo;introspection contr\u00f4l\u00e9e et de m\u00e9tacognition.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab auto-observation \u00bb est un nom commun f\u00e9minin singulier (pluriel : \u00ab auto-observations \u00bb). Sa transcription phon\u00e9tique standard en alphabet phon\u00e9tique international (API) est [o.to.\u0254b.z\u025b\u0281.va.sj\u0254\u0303]. Dans l&rsquo;expression compl\u00e8te \u00ab auto-observation du client \u00bb, le compl\u00e9ment du nom \u00ab du client \u00bb [dy kli.j\u0251\u0303] sp\u00e9cifie la perspective clinique et collaborative par opposition \u00e0 l&rsquo;auto-observation de laboratoire.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le mot s&rsquo;\u00e9crit g\u00e9n\u00e9ralement avec un trait d&rsquo;union selon l&rsquo;orthographe traditionnelle (\u00ab auto-observation \u00bb), bien que les rectifications orthographiques de 1990 admettent la soudure (\u00ab autoobservation \u00bb), cette derni\u00e8re demeurant n\u00e9anmoins rare dans les publications sp\u00e9cialis\u00e9es francophones pour des raisons de lisibilit\u00e9 phon\u00e9tique. Le terme s&#8217;emploie principalement comme substantif non d\u00e9nombrable pour d\u00e9signer le processus g\u00e9n\u00e9ral (\u00ab l&rsquo;auto-observation favorise l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 th\u00e9rapeutique \u00bb), mais peut prendre une valeur d\u00e9nombrable pour d\u00e9signer des \u00e9pisodes sp\u00e9cifiques ou des fiches de relev\u00e9 (\u00ab analyser les auto-observations recueillies entre deux s\u00e9ances \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;auto-observation du client dans toute sa complexit\u00e9, il convient de distinguer son statut \u00e9pist\u00e9mologique : elle n&rsquo;est ni une pure introspection philosophique non m\u00e9diatis\u00e9e, ni un simple instrument de mesure psychom\u00e9trique standardis\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une prax\u00e9ologie clinique rigoureuse qui articule discrimination perceptive, enregistrement imm\u00e9diat et r\u00e9troaction cognitive.<\/p>\n<p>Le premier niveau de l&rsquo;auto-observation repose sur la discrimination perceptive. Pour qu&rsquo;un individu puisse observer une variable le concernant, il doit pr\u00e9alablement \u00eatre entra\u00een\u00e9 \u00e0 identifier les fronti\u00e8res op\u00e9rationnelles de cette variable. S&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9action \u00e9motionnelle telle que la col\u00e8re ou l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, le client apprend \u00e0 rep\u00e9rer les marqueurs somatiques pr\u00e9curseurs (tachycardie, tension des trap\u00e8zes, alt\u00e9ration du rythme ventilatoire) ou les micro-cognitions intrusives (\u00ab je ne vais pas supporter cela \u00bb). Sans cet \u00e9talonnage pr\u00e9alable, l&rsquo;auto-observation se heurte aux biais d&rsquo;attention s\u00e9lective et \u00e0 l&rsquo;habituation sensorielle.<\/p>\n<p>Le second niveau r\u00e9side dans l&rsquo;enregistrement en temps quasi r\u00e9el (<em>in situ<\/em>). Contrairement aux questionnaires r\u00e9trospectifs qui contraignent le patient \u00e0 reconstruire a posteriori son \u00e9tat psychologique sur la base de souvenirs vuln\u00e9rables aux biais de r\u00e9cence ou d&rsquo;humeur, l&rsquo;auto-enregistrement se d\u00e9ploie dans le contexte temporel et spatial direct o\u00f9 le comportement se manifeste. L&rsquo;\u00e9cart chronologique minimal entre l&rsquo;apparition du ph\u00e9nom\u00e8ne et sa notation \u00e9crite ou num\u00e9rique constitue la condition sine qua non de la validit\u00e9 \u00e9cologique de la mesure.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me niveau concerne l&rsquo;effet de r\u00e9activit\u00e9. En psychologie exp\u00e9rimentale classique, la r\u00e9activit\u00e9 d&rsquo;un instrument de mesure est souvent per\u00e7ue comme un artefact m\u00e9thodologique ind\u00e9sirable qu&rsquo;il convient de minimiser. Dans le cadre clinique de l&rsquo;auto-observation, cette r\u00e9activit\u00e9 est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment exploit\u00e9e comme levier th\u00e9rapeutique. Le simple fait de devoir sortir un carnet ou une application pour consigner une compulsion, une prise alimentaire ou un monologue d&rsquo;autod\u00e9pr\u00e9ciation interrompt la cha\u00eene automatique stimulus-r\u00e9ponse, introduit une pause r\u00e9flexive et active les syst\u00e8mes de r\u00e9gulation de haut niveau situ\u00e9s dans le cortex pr\u00e9frontal.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;auto-observation modifie la dynamique de la relation th\u00e9rapeutique. En confiant au patient le r\u00f4le d&rsquo;observateur scientifique de sa propre vie, le clinicien favorise un rapport d&rsquo;\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal ax\u00e9 sur l&#8217;empirisme collaboratif. Le client cesse d&rsquo;\u00eatre un r\u00e9cipiendaire passif de prescriptions th\u00e9rapeutiques pour devenir le co-investigateur de son propre fonctionnement psychologique, ce qui renforce de mani\u00e8re exponentielle son sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;auto-observation s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;\u00e9volution globale des m\u00e9thodes d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la vie psychique, depuis les aubes de la psychologie exp\u00e9rimentale jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e8re des technologies num\u00e9riques contemporaines.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, Wilhelm Wundt \u00e0 Leipzig et Edward Titchener aux \u00c9tats-Unis ont \u00e9rig\u00e9 l&rsquo;introspection en m\u00e9thode reine de la psychologie structurale. Cependant, cette introspection exp\u00e9rimentale formait des observateurs de laboratoire hautement entra\u00een\u00e9s \u00e0 d\u00e9composer leurs sensations \u00e9l\u00e9mentaires, sans vis\u00e9e th\u00e9rapeutique ni ancrage dans la spontan\u00e9it\u00e9 du quotidien. Les critiques virulentes formul\u00e9es par John B. Watson en 1913 ont temporairement banni l&rsquo;observation de soi du champ de la science comportementale, rel\u00e9guant les \u00e9v\u00e9nements internes au statut de \u00ab bo\u00eete noire \u00bb inaccessible et non scientifique.<\/p>\n<p>Il fallut attendre les ann\u00e9es 1960 et la maturation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Analyse_appliqu%C3%A9e_du_comportement\">analyse appliqu\u00e9e du comportement<\/a> pour que l&rsquo;auto-observation r\u00e9\u00e9merge sous une forme op\u00e9rationnalis\u00e9e. Des chercheurs pionniers tels que B. F. Skinner ont reconnu que les \u00e9v\u00e9nements priv\u00e9s ob\u00e9issaient aux m\u00eames lois de conditionnement que les comportements observables. Les travaux fondateurs de Frederick Kanfer au tournant des ann\u00e9es 1970 sur l&rsquo;autor\u00e9gulation ont formalis\u00e9 le mod\u00e8le triadique comprenant l&rsquo;auto-observation (<em>self-monitoring<\/em>), l&rsquo;auto-\u00e9valuation (<em>self-evaluation<\/em>) et l&rsquo;auto-renforcement (<em>self-reinforcement<\/em>). Kanfer a d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;attention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e port\u00e9e \u00e0 un comportement cible modifiait la fr\u00e9quence de ce dernier, ouvrant la voie \u00e0 l&rsquo;utilisation clinique syst\u00e9matique des registres d&rsquo;auto-surveillance.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1970 et 1980, l&rsquo;av\u00e8nement de la r\u00e9volution cognitive men\u00e9e par Aaron T. Beck a transform\u00e9 les colonnes comportementales simples en outils sophistiqu\u00e9s d&rsquo;enregistrement des pens\u00e9es dysfonctionnelles. Le c\u00e9l\u00e8bre tableau \u00e0 plusieurs colonnes de Beck (situation, \u00e9motion, pens\u00e9e automatique, r\u00e9ponse rationnelle, r\u00e9sultat) est devenu le parangon de l&rsquo;auto-observation cognitive, transposant la m\u00e9thode de l&rsquo;enregistrement des actes vers l&rsquo;analyse critique des sch\u00e9mas de pens\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;\u00e9mergence des th\u00e9rapies de la troisi\u00e8me vague, notamment la th\u00e9rapie bas\u00e9e sur la pleine conscience et la th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT) d\u00e9velopp\u00e9e par Steven C. Hayes, a insuffl\u00e9 une nouvelle orientation : l&rsquo;auto-observation s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9e de la volont\u00e9 de modification imm\u00e9diate pour embrasser une observation non jugeante, d\u00e9centr\u00e9e et orient\u00e9e vers la flexibilit\u00e9 psychologique. Parall\u00e8lement, l&rsquo;essor des smartphones et des dispositifs connect\u00e9s a inaugur\u00e9 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;\u00e9valuation \u00e9cologique momentan\u00e9e (<em>Ecological Momentary Assessment<\/em>, EMA), automatisant et raffinant l&rsquo;\u00e9chantillonnage temporel de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;auto-observation du client s&rsquo;appuie sur un corpus th\u00e9orique robuste et pluridisciplinaire au sein des sciences psychologiques, empruntant conjointement au b\u00e9haviorisme radical, \u00e0 la th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage social, au cognitivisme computationnel et aux neurosciences contemporaines.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique provient de la th\u00e9orie de l&rsquo;autor\u00e9gulation de Frederick Kanfer et de la th\u00e9orie sociale cognitive formul\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Albert_Bandura\">Albert Bandura<\/a>. Selon Bandura, l&rsquo;action humaine est r\u00e9gie par un syst\u00e8me d&rsquo;influence r\u00e9ciproque entre d\u00e9terminants cognitifs, comportementaux et environnementaux. Dans ce cadre, l&rsquo;auto-observation constitue le sous-syst\u00e8me perceptif indispensable qui alimente le jugement r\u00e9flexif. Sans une lecture fid\u00e8le de ses propres performances et contextes d&rsquo;action, le sujet ne peut pas mobiliser de standards personnels ni ajuster ses strat\u00e9gies de coping, ce qui neutralise le d\u00e9veloppement du sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me ancrage repose sur le mod\u00e8le du traitement de l&rsquo;information et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9tacognition\">m\u00e9tacognition<\/a>. La th\u00e9orie cognitive postule que les psychopathologies sont maintenues par des sch\u00e9mas automatiques rigides qui op\u00e8rent sous le seuil de la vigilance consciente. L&rsquo;acte d&rsquo;auto-observation exige un recrutement explicite des fonctions ex\u00e9cutives, for\u00e7ant le passage d&rsquo;un traitement de l&rsquo;information ascendant (guid\u00e9 par les stimuli et les biais automatiques) \u00e0 un traitement descendant contr\u00f4l\u00e9 (guid\u00e9 par les buts et les r\u00e8gles verbales). Cette op\u00e9ration cognitive rel\u00e8ve de la m\u00e9tacognition : le sujet ne se contente plus de penser ou de ressentir, il d\u00e9veloppe des pens\u00e9es sur ses propres pens\u00e9es et \u00e9motions.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurobiologique, l&rsquo;auto-observation recrute les r\u00e9seaux du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et ventrom\u00e9dian, ainsi que le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, impliqu\u00e9s dans la d\u00e9tection des conflits cognitifs, l&rsquo;inhibition des r\u00e9ponses motrices dominantes et la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle descendante. En documentant un \u00e9tat \u00e9motionnel ou une impulsion, l&rsquo;individu active un processus d&rsquo;\u00e9tiquetage affectif (<em>affect labeling<\/em>) qui r\u00e9duit l&rsquo;hyperactivit\u00e9 de l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale, diminuant ainsi l&rsquo;intensit\u00e9 brute de la d\u00e9tresse somatique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre clinique de l&rsquo;auto-observation requiert une stratification pr\u00e9cise de ses multiples dimensions m\u00e9thodologiques et structurelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La cible d&rsquo;observation :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Cibles manifestes (overt) :<\/em> Comportements directement observables et quantifiables par un tiers (fr\u00e9quence des prises alimentaires, nombre de cigarettes fum\u00e9es, \u00e9vitements situationnels, \u00e9pisodes de tricotillomanie).<\/li>\n<li><em>Cibles couvertes (covert) :<\/em> \u00c9v\u00e9nements internes inaccessibles \u00e0 l&rsquo;observation externe directe (pens\u00e9es automatiques n\u00e9gatives, ruminations, obsessions, intensit\u00e9 d&rsquo;une douleur chronique, fluctuations de l&rsquo;humeur ou de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La granularit\u00e9 et les param\u00e8tres de mesure :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Fr\u00e9quence :<\/em> D\u00e9nombrement strict du nombre d&rsquo;occurrences d&rsquo;un comportement discret au cours d&rsquo;un laps de temps d\u00e9fini.<\/li>\n<li><em>Intensit\u00e9 :<\/em> \u00c9valuation subjective, le plus souvent sur une \u00e9chelle de Likert de 0 \u00e0 10 ou une \u00e9chelle visuelle analogique (EVA), mesurant la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un affect ou d&rsquo;une impulsion.<\/li>\n<li><em>Dur\u00e9e et latence :<\/em> Temps total \u00e9coul\u00e9 durant l&rsquo;\u00e9pisode (par exemple, dur\u00e9e d&rsquo;une attaque de panique ou d&rsquo;une crise de pleurs) ou intervalle temporel entre l&rsquo;apparition du d\u00e9clencheur et la r\u00e9ponse comportementale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Le protocole temporel de recueil :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Enregistrement \u00e9v\u00e9nementiel (event-contingent) :<\/em> La consigne impose d&rsquo;enregistrer les donn\u00e9es \u00e0 chaque fois que le comportement ou le sympt\u00f4me cible appara\u00eet dans l&rsquo;environnement.<\/li>\n<li><em>Enregistrement temporel \u00e0 intervalles fixes (time-contingent) :<\/em> Le client consigne son \u00e9tat interne \u00e0 des moments pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s de la journ\u00e9e (par exemple, tous les matins \u00e0 8 h, \u00e0 midi et \u00e0 20 h).<\/li>\n<li><em>Enregistrement par \u00e9chantillonnage al\u00e9atoire (signal-contingent) :<\/em> L&rsquo;enregistrement est d\u00e9clench\u00e9 par des signaux impr\u00e9visibles \u00e9mis par une application num\u00e9rique au fil de la journ\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Le support technique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Supports analogiques :<\/em> Fiches d&rsquo;enregistrement papier, carnets de bord, compteurs manuels (cliqueurs de poche), agendas visuels.<\/li>\n<li><em>Supports digitaux :<\/em> Applications sur t\u00e9l\u00e9phone intelligent, montres connect\u00e9es, formulaires interactifs s\u00e9curis\u00e9s, capteurs physiologiques synchronis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser le fonctionnement de l&rsquo;auto-observation en contexte psychoth\u00e9rapeutique, deux situations cliniques paradigmatiques m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9taill\u00e9es.<\/p>\n<p>Le premier cas concerne une patiente de 34 ans, consultante pour un trouble panique avec agoraphobie. Initialement, la patiente rapporte que ses crises \u00ab surviennent de nulle part \u00bb et de mani\u00e8re \u00ab totalement catastrophique \u00bb. Le th\u00e9rapeute introduit une fiche d&rsquo;auto-observation structur\u00e9e comportant six colonnes : 1) Date et heure, 2) Situation et d\u00e9clencheur environnemental, 3) Sensations corporelles initiales (rythme cardiaque, vertiges), 4) Pens\u00e9es automatiques (\u00ab Je vais avoir un arr\u00eat cardiaque et mourir \u00bb), 5) R\u00e9action comportementale d&rsquo;\u00e9vitement ou d&rsquo;\u00e9chappement, 6) Intensit\u00e9 maximale de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 (0 \u00e0 100). D\u00e8s la premi\u00e8re semaine, la consignation minutieuse r\u00e9v\u00e8le que les crises sont syst\u00e9matiquement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;une hyperventilation subtile survenant dans des lieux chauds ou confin\u00e9s. La r\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;auto-observation a permis \u00e0 la patiente de constater que son anxi\u00e9t\u00e9 atteignait un plateau apr\u00e8s 12 minutes pour ensuite d\u00e9cro\u00eetre spontan\u00e9ment, infirmant son hypoth\u00e8se d&rsquo;une escalade infinie vers la mort. L&rsquo;enregistrement a bris\u00e9 le sentiment d&rsquo;impuissance en d\u00e9montrant l&rsquo;existence de corr\u00e9lations rationnelles entre sensations et cognitions.<\/p>\n<p>Le second cas illustre l&rsquo;usage de l&rsquo;auto-observation dans un trouble du comportement alimentaire (boulimie nerveuse) chez un homme de 22 ans. L&rsquo;intervention cible la cha\u00eene comportementale pr\u00e9c\u00e9dant les \u00e9pisodes d&rsquo;acc\u00e8s hyperphagiques. Le patient est invit\u00e9 \u00e0 consigner en temps r\u00e9el, sur une application mobile d\u00e9di\u00e9e : la composition de la prise alimentaire, le degr\u00e9 de faim physique ressenti (sur une \u00e9chelle de 0 \u00e0 10), les \u00e9motions v\u00e9cues avant l&rsquo;acte, ainsi que le contexte relationnel imm\u00e9diat. L&rsquo;analyse des donn\u00e9es recueillies sur deux semaines met en lumi\u00e8re que 80 % des \u00e9pisodes ne sont pas corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 une privation nutritionnelle biologique mais \u00e0 des interactions professionnelles pr\u00e9cises au cours desquelles le patient \u00e9prouve une incapacit\u00e9 \u00e0 exprimer son d\u00e9saccord. L&rsquo;auto-observation a permis de transf\u00e9rer la cible du traitement du simple contr\u00f4le di\u00e9t\u00e9tique vers l&rsquo;affirmation de soi et la gestion des affects interpersonnels.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 de l&rsquo;auto-observation en tant qu&rsquo;outil d&rsquo;\u00e9valuation d\u00e9pend d&rsquo;exigences m\u00e9thodologiques strictes visant \u00e0 pr\u00e9server la fiabilit\u00e9 m\u00e9trologique des donn\u00e9es recueillies sur le terrain clinique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique par auto-observation s&rsquo;inscrit au sein de l&rsquo;analyse fonctionnelle idiographique (notamment les mod\u00e8les SORC : Stimulus, Organisme, R\u00e9ponse, Cons\u00e9quence, ou le mod\u00e8le BASIC-IDEA de Lazarus). Contrairement aux \u00e9chelles normatives (comme le BDI pour la d\u00e9pression ou le STAI pour l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9) qui mesurent des traits globaux sur une population de r\u00e9f\u00e9rence, l&rsquo;auto-observation quantifie les param\u00e8tres dynamiques intra-individuels dans la temporalit\u00e9 imm\u00e9diate. L&rsquo;adh\u00e9sion au protocole d&rsquo;auto-observation est elle-m\u00eame un indicateur diagnostique : des donn\u00e9es manquantes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es peuvent renseigner le praticien sur des conduites d&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel, une surcharge cognitive ou une r\u00e9sistance li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alliance de travail.<\/p>\n<p>Pour s&rsquo;assurer de la fiabilit\u00e9 de l&rsquo;outil, les cliniciens recourent \u00e0 plusieurs crit\u00e8res de contr\u00f4le : la concordance inter-juges (lorsque l&rsquo;auto-relev\u00e9 du patient peut \u00eatre partiellement corrobor\u00e9 par un proche ou des mesures objectives connect\u00e9es), la consistance temporelle des relev\u00e9s et la latence d&rsquo;enregistrement. Les avanc\u00e9es de l&rsquo;\u00e9chantillonnage tempologique (EMA) int\u00e8grent d\u00e9sormais des m\u00e9tadonn\u00e9es temporelles permettant de v\u00e9rifier si le patient saisit ses entr\u00e9es au moment pr\u00e9cis de l&rsquo;apparition des \u00e9v\u00e9nements ou s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une reconstitution tardive en bloc avant le rendez-vous th\u00e9rapeutique, pratique qui ruine la validit\u00e9 \u00e9cologique de la mesure.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence clinique de l&rsquo;auto-observation en fait un instrument incontournable dans un vaste spectre de contextes d&rsquo;intervention :<\/p>\n<p>En psychoth\u00e9rapie des troubles anxieux et de l&rsquo;humeur, elle constitue le pr\u00e9requis \u00e0 toute restructuration cognitive. Les colonnes de Beck ou les fiches d&rsquo;exposition gradu\u00e9e s&rsquo;appuient sur l&rsquo;observation rigoureuse de la relation entre pens\u00e9es dysfonctionnelles et r\u00e9ponses affectives. Dans la gestion de la d\u00e9pression, l&rsquo;enregistrement des activit\u00e9s quotidiennes crois\u00e9 avec la notation du sentiment de plaisir et de ma\u00eetrise (mod\u00e8le de l&rsquo;activation comportementale) permet de lutter activement contre le retrait social et l&rsquo;anh\u00e9donie.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la m\u00e9decine comportementale et de l&rsquo;addictologie, l&rsquo;auto-observation est appliqu\u00e9e au contr\u00f4le du tabagisme, de la consommation d&rsquo;alcool, des jeux de hasard et d&rsquo;argent, ainsi que de l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique chez les patients souffrant de maladies chroniques (diab\u00e8te, hypertension). L&rsquo;enregistrement des envies irr\u00e9pressibles (<em>craving<\/em>) et des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 contextuelle constitue la premi\u00e8re ligne de d\u00e9fense de la pr\u00e9vention de la rechute.<\/p>\n<p>Dans les contextes scolaires, \u00e9ducatifs et p\u00e9diatriques, l&rsquo;auto-enregistrement comportemental est employ\u00e9 avec succ\u00e8s chez les enfants pr\u00e9sentant un trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">TDAH<\/a>). L&rsquo;enfant apprend \u00e0 cocher sur une grille visuelle s&rsquo;il \u00e9tait attentif \u00e0 la t\u00e2che assign\u00e9e \u00e0 chaque sonnerie d&rsquo;une minuterie, ce qui renforce les capacit\u00e9s d&rsquo;inhibition motrice et d&rsquo;attention soutenue de mani\u00e8re ludique et valorisante.<\/p>\n<p>Enfin, en psychologie du travail, du sport et des organisations, l&rsquo;auto-observation des indicateurs de charge mentale, des niveaux de stress et des routines de performance permet d&rsquo;optimiser l&rsquo;ergonomie cognitive, de pr\u00e9venir l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>) et d&rsquo;accro\u00eetre la pr\u00e9cision des gestes techniques sous pression comp\u00e9titive.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, la litt\u00e9rature scientifique documente abondamment la robustesse et les m\u00e9canismes op\u00e9ratoires de l&rsquo;auto-observation dans les revues internationales index\u00e9es.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses historiques et contemporaines confirment syst\u00e9matiquement la double dimension d&rsquo;\u00e9valuation et de traitement de l&rsquo;outil. Une \u00e9tude fondatrice men\u00e9e par Nelson et Hayes (1981) a d\u00e9montr\u00e9 la puissance du ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9activit\u00e9 : l&rsquo;auto-observation de comportements socialement valoris\u00e9s (par exemple, le temps pass\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier) entra\u00eene une augmentation spontan\u00e9e de leur fr\u00e9quence, tandis que l&rsquo;auto-observation de comportements ind\u00e9sirables (tics verbaux, grignotages impulsifs) engendre une diminution cliniquement significative, m\u00eame en l&rsquo;absence de tout programme de renforcement externe contingent.<\/p>\n<p>Les travaux de Stone et Shiffman (1994, 2002) sur l&rsquo;\u00e9valuation \u00e9cologique momentan\u00e9e ont marqu\u00e9 un saut qualitatif majeur. Leurs recherches comparant les donn\u00e9es r\u00e9trospectives obtenues lors d&rsquo;entretiens cliniques et les donn\u00e9es recueillies en temps r\u00e9el par auto-observation \u00e9lectronique ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des divergences massives, atteignant parfois 40 % d&rsquo;\u00e9cart sur les scores de douleur ou de craving. Les patients ont tendance \u00e0 surestimer consid\u00e9rablement l&rsquo;intensit\u00e9 moyenne de leurs sympt\u00f4mes r\u00e9trospectifs en raison de l&rsquo;impact disproportionn\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel pr\u00e9sent au moment de la passation et du souvenir des pics d&rsquo;intensit\u00e9 (la r\u00e8gle du pic et de la fin d\u00e9crite par Daniel Kahneman).<\/p>\n<p>De r\u00e9centes revues syst\u00e9matiques publi\u00e9es dans des revues comme le <em>Journal of Consulting and Clinical Psychology<\/em> ont r\u00e9examin\u00e9 l&rsquo;auto-observation assist\u00e9e par smartphone. Ces \u00e9tudes r\u00e9v\u00e8lent que si l&rsquo;ergonomie logicielle augmente significativement le taux d&rsquo;adh\u00e9sion au recueil des donn\u00e9es \u00e0 court terme, le facteur d\u00e9terminant de l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique demeure l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9flexive de ces auto-enregistrements au sein des s\u00e9ances avec un praticien. L&rsquo;auto-observation non supervis\u00e9e tend \u00e0 s&rsquo;\u00e9tioler apr\u00e8s 14 \u00e0 21 jours d&rsquo;utilisation, confirmant que l&rsquo;outil ne se substitue pas \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alliance_th%C3%A9rapeutique\">alliance th\u00e9rapeutique<\/a> mais en d\u00e9pend directement.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La pratique de l&rsquo;auto-observation ne s&rsquo;op\u00e8re pas dans un vide culturel ; elle mobilise des repr\u00e9sentations profondes de la r\u00e9flexivit\u00e9, de la vie priv\u00e9e et de l&rsquo;individualit\u00e9 qui diff\u00e8rent radicalement selon les contextes g\u00e9ographiques et socioculturels.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales individualistes, ax\u00e9es sur un mod\u00e8le du soi ind\u00e9pendant, l&rsquo;auto-observation est g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7ue comme un moyen naturel et valorisant de d\u00e9velopper l&rsquo;autonomie, l&rsquo;introspection et la ma\u00eetrise personnelle de ses sympt\u00f4mes. L&rsquo;accent mis sur la responsabilit\u00e9 individuelle et la modification d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de ses propres \u00e9tats affectifs s&rsquo;accorde parfaitement avec l&rsquo;\u00e9thos th\u00e9rapeutique des pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest et d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures collectivistes (notamment en Asie de l&rsquo;Est ou dans certaines soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines et latino-am\u00e9ricaines) r\u00e9gies par un mod\u00e8le du soi interd\u00e9pendant, l&rsquo;auto-observation focalis\u00e9e exclusivement sur les \u00e9tats intimes peut \u00eatre per\u00e7ue avec g\u00eane, voire qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00e9gocentrisme r\u00e9pr\u00e9hensible. Chez certains patients issus de ces contextes, consigner des pens\u00e9es d&rsquo;opposition ou des affects hostiles envers le groupe familial peut engendrer une anxi\u00e9t\u00e9 secondaire accrue ou un sentiment de honte culturelle. Les cliniciens doivent alors adapter les matrices d&rsquo;auto-observation pour y inclure des dimensions relationnelles, harmoniques et syst\u00e9miques (\u00ab comment mon comportement a-t-il affect\u00e9 l&rsquo;\u00e9quilibre du groupe ? \u00bb).<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le niveau de litt\u00e9ratie g\u00e9n\u00e9rale, d&rsquo;aisance num\u00e9rique et les barri\u00e8res linguistiques imposent des ajustements indispensables. Dans les populations vuln\u00e9rables ou peu scolaris\u00e9es, l&rsquo;usage de grilles pictographiques, d&rsquo;\u00e9chelles de visages stylis\u00e9s ou de messages vocaux s\u00e9curis\u00e9s permet de pr\u00e9server la puissance de l&rsquo;auto-observation sans p\u00e9naliser le patient par des exigences textuelles inaccessibles.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son efficacit\u00e9 reconnue, l&rsquo;auto-observation du client suscite plusieurs d\u00e9bats th\u00e9oriques substantiels et soul\u00e8ve des d\u00e9fis cliniques qu&rsquo;il importe de ne point occulter.<\/p>\n<p>Le principal \u00e9cueil r\u00e9side dans la fatigue d&rsquo;auto-observation (<em>monitoring fatigue<\/em>) et l&rsquo;usure de l&rsquo;observance. Remplir des fiches plusieurs fois par jour dans le tourbillon de la vie quotidienne exige une discipline et une charge cognitive consid\u00e9rables. Si la t\u00e2che est trop complexe, trop fr\u00e9quente ou prolong\u00e9e ind\u00fbment sur plusieurs mois, l&rsquo;adh\u00e9sion s&rsquo;effondre, g\u00e9n\u00e9rant chez le client un sentiment d&rsquo;\u00e9chec ou de culpabilit\u00e9 susceptible de d\u00e9grader l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique. Le clinicien doit faire preuve d&rsquo;un sens aigu de l&rsquo;\u00e9conomie proc\u00e9durale : observer peu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments, mais les observer rigoureusement et sur une dur\u00e9e strat\u00e9giquement calibr\u00e9e.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le risque d&rsquo;aggravation iatrog\u00e8ne de l&rsquo;hypervigilance et des ruminations chez certains profils psychopathologiques. Chez un patient souffrant d&rsquo;hypocondrie (trouble \u00e0 anxi\u00e9t\u00e9 de la maladie) ou de trouble obsessionnel-compulsif (TOC), demander de surveiller les pulsations cardiaques, les spasmes musculaires ou la fr\u00e9quence d&rsquo;une pens\u00e9e intrusive peut valider involontairement la menace, intensifier la focalisation attentionnelle s\u00e9lective et amplifier la spirale anxieuse au lieu de la dissiper. Dans ces configurations cliniques particuli\u00e8res, l&rsquo;auto-observation doit \u00eatre mani\u00e9e avec une extr\u00eame prudence et \u00eatre centr\u00e9e sur les compulsions et les \u00e9vitements plut\u00f4t que sur les sensations corporelles brutes.<\/p>\n<p>Enfin, le ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00eame de r\u00e9activit\u00e9, bien qu&rsquo;exploit\u00e9 th\u00e9rapeutiquement, constitue une arme \u00e0 double tranchant pour la recherche scientifique pure. D\u00e8s lors qu&rsquo;un comportement est observ\u00e9 par son propre auteur, sa fr\u00e9quence de base non biais\u00e9e dispara\u00eet irr\u00e9m\u00e9diablement, ce qui rend l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une v\u00e9ritable ligne de base pr\u00e9-th\u00e9rapeutique hautement complexe sur le plan m\u00e9thodologique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>La pr\u00e9cision terminologique \u00e9tant imp\u00e9rative en psychologie scientifique, il convient de distinguer l&rsquo;auto-observation d&rsquo;un ensemble de concepts connexes avec lesquels elle est fr\u00e9quemment confondue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Introspection traditionnelle vs Auto-observation :<\/strong> L&rsquo;introspection philosophique consiste en une contemplation r\u00e9trospective libre et non op\u00e9rationnalis\u00e9e des \u00e9tats de l&rsquo;\u00e2me. L&rsquo;auto-observation clinique est prospective, structur\u00e9e, limit\u00e9e \u00e0 des variables pr\u00e9alablement d\u00e9finies et appuy\u00e9e sur des crit\u00e8res empiriques de notation imm\u00e9diate.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation \u00e9cologique momentan\u00e9e (EMA) :<\/strong> L&rsquo;EMA est un cadre m\u00e9thodologique de recherche et d&rsquo;\u00e9valuation num\u00e9rique en temps r\u00e9el. L&rsquo;auto-observation est le processus psychologique et clinique op\u00e9r\u00e9 par le client, qui peut s&rsquo;incarner \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un dispositif d&rsquo;EMA ou sur de simples supports papier.<\/li>\n<li><strong>Auto-surveillance sociale (Snyder) :<\/strong> En psychologie sociale, l&rsquo;auto-surveillance (<em>self-monitoring<\/em> au sens de Snyder) mesure un trait de personnalit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;adapter sa pr\u00e9sentation de soi en fonction des attentes sociales. L&rsquo;auto-observation du client d\u00e9signe une m\u00e9thode d&rsquo;investigation et d&rsquo;intervention clinique transversale.<\/li>\n<li><strong>Pleine conscience (Mindfulness) vs Auto-observation :<\/strong> Bien que toutes deux requi\u00e8rent une attention port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience pr\u00e9sente, la pleine conscience vise une pr\u00e9sence ouverte, non analytique, sans vis\u00e9e d&rsquo;enregistrement scriptural ou de quantification chiffr\u00e9e, tandis que l&rsquo;auto-observation clinique s&rsquo;appuie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur la consignation m\u00e9trique, la cat\u00e9gorisation conceptuelle et l&rsquo;analyse fonctionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;auto-observation du client repr\u00e9sente l&rsquo;un des piliers cardinaux de la pratique clinique fond\u00e9e sur les preuves. Ses enseignements majeurs se r\u00e9sument ainsi :<\/p>\n<p>Elle op\u00e8re simultan\u00e9ment comme un instrument de mesure \u00e9cologique d&rsquo;une haute pr\u00e9cision et comme un puissant catalyseur de changement comportemental par le biais de la r\u00e9activit\u00e9 r\u00e9flexive.<\/p>\n<p>Son m\u00e9canisme d&rsquo;action fondamental repose sur l&rsquo;interruption des automatismes non conscients, le recrutement des fonctions ex\u00e9cutives m\u00e9tacognitives et le renforcement substantiel du sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sa validit\u00e9 clinique d\u00e9pend de la rigueur de son protocole : op\u00e9rationnalisation limpide de la cible, consignation prospective en temps r\u00e9el et int\u00e9gration collaborative syst\u00e9matique des relev\u00e9s au sein du dialogue th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Elle doit \u00eatre modul\u00e9e en fonction des particularit\u00e9s psychopathologiques individuelles (pour \u00e9viter l&rsquo;exacerbation de l&rsquo;hypervigilance chez les profils anxieux s\u00e9v\u00e8res) et adapt\u00e9e aux singularit\u00e9s socioculturelles de chaque patient.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bandura, A. (1991). Social cognitive theory of self-regulation. <em>Organizational Behavior and Human Decision Processes<\/em>, 50(2), 248\u2013287. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0749-5978(91)90022-L\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0749-5978(91)90022-L<\/a><\/li>\n<li>Beck, A. T., Rush, A. J., Shaw, B. F., &amp; Emery, G. (1979). <em>Cognitive Therapy of Depression<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>Kanfer, F. H. (1970). Self-monitoring: Methodological limitations and clinical applications. <em>Journal of Consulting and Clinical Psychology<\/em>, 35(2), 148\u2013152. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0029874\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0029874<\/a><\/li>\n<li>Nelson, R. O., &amp; Hayes, S. C. (1981). Theoretical explanations for reactivity in self-monitoring. <em>Behavior Modification<\/em>, 5(1), 3\u201314. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/014544558151001\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/014544558151001<\/a><\/li>\n<li>Shiffman, S., Stone, A. A., &amp; Hufford, M. R. (2008). Ecological momentary assessment. <em>Annual Review of Clinical Psychology<\/em>, 4, 1\u201332. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.clinpsy.3.022806.091415\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.clinpsy.3.022806.091415<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;auto-observation du client est une m\u00e9thode clinique syst\u00e9matique par laquelle le patient consigne ses comportements, \u00e9motions et cognitions in situ, conjuguant \u00e9valuation \u00e9cologique et levier th\u00e9rapeutique d&rsquo;autor\u00e9gulation.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[35267,3,5815],"tags":[2222,31702,976,11376,4890,3850,751],"class_list":["post-23555","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodes-devaluation-psychologique","category-psychologie-clinique","category-therapies-cognitivo-comportementales","tag-analyse-fonctionnelle","tag-auto-observation","tag-autoregulation","tag-evaluation-ecologique","tag-metacognition","tag-self-monitoring","tag-therapie-cognitivo-comportementale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23555\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}