{"id":23486,"date":"2026-10-31T08:33:08","date_gmt":"2026-10-31T08:33:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-creutzfeldt-jakob-prion-demence"},"modified":"2026-10-31T08:33:08","modified_gmt":"2026-10-31T08:33:08","slug":"maladie-de-creutzfeldt-jakob-prion-demence","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=maladie-de-creutzfeldt-jakob-prion-demence","title":{"rendered":"Maladie de Creutzfeldt-Jakob : L&rsquo;\u00e9nigme du prion"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement tragique de la neurologie mol\u00e9culaire et de la psychopathologie organique, la maladie de Creutzfeldt-Jakob repr\u00e9sente l&rsquo;un des d\u00e9fis scientifiques et cliniques les plus redoutables de la m\u00e9decine moderne. Cette enc\u00e9phalopathie subaigu\u00eb rare an\u00e9antit en quelques semaines les structures cognitives et affectives fondamentales de la personnalit\u00e9 humaine, illustrant de mani\u00e8re brutale le substrat biologique de la conscience et des facult\u00e9s mn\u00e9siques. Analyser cette pathologie sous l&rsquo;angle neuropsychologique et psychiatrique permet de saisir la complexit\u00e9 des d\u00e9mences \u00e0 progression fulgurante et les m\u00e9canismes par lesquels une alt\u00e9ration conformationnelle prot\u00e9ique d\u00e9mant\u00e8le l&rsquo;architecture de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>Maladie de Creutzfeldt-Jakob<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>maladie de Creutzfeldt-Jakob<\/strong> (MCJ) est une enc\u00e9phalopathie spongiforme subaigu\u00eb transmissible (ESST) humaine rare, neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, universellement fatale, caus\u00e9e par l&rsquo;accumulation c\u00e9r\u00e9brale d&rsquo;une isoforme anormale et pathologique de la prot\u00e9ine prion cellulaire. Elle se caract\u00e9rise cliniquement par un d\u00e9clin cognitif rapide conduisant \u00e0 une d\u00e9mence profonde, associ\u00e9 \u00e0 des myoclonies, une ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse, des troubles visuels et des sympt\u00f4mes neuropsychiatriques polymorphes.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, l&rsquo;affection se distingue par une alt\u00e9ration globale et destructrice des fonctions instrumentales et ex\u00e9cutives, \u00e9voluant en l&rsquo;espace de quelques mois, voire de quelques semaines. Contrairement aux d\u00e9mences neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives classiques d&rsquo;allure insidieuse telles que la maladie d&rsquo;Alzheimer, la maladie de Creutzfeldt-Jakob impose une rupture biographique foudroyante qui confronte les cliniciens \u00e0 des pr\u00e9sentations psychiatriques initiales trompeuses (d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re, \u00e9tats anxieux paroxystiques, labilit\u00e9 thymique ou \u00e9pisodes psychotiques) masquant temporairement le processus destructif sous-jacent.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue anatomo-pathologique, elle est d\u00e9finie par la triade histologique classique associant une vacuolisation spongieuse du neuropile (spongiose), une gliose astrocytaire r\u00e9actionnelle diffuse et une perte neuronale massive, pr\u00e9dominant dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral, les noyaux gris centraux et le cervelet, sans r\u00e9action inflammatoire conventionnelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab maladie de Creutzfeldt-Jakob \u00bb est un \u00e9ponyme m\u00e9dical forg\u00e9 en hommage aux deux neuropsychiatres allemands qui en d\u00e9crivirent ind\u00e9pendamment les premi\u00e8res observations au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle : <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hans_Gerhard_Creutzfeldt\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">Hans Gerhard Creutzfeldt<\/a> en 1920 et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alfons_Maria_Jakob\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">Alfons Maria Jakob<\/a> entre 1921 et 1923. C&rsquo;est le neuropathologiste Walther Spielmeyer qui, en 1922, proposa pour la premi\u00e8re fois de r\u00e9unir ces observations sous le nom de \u00ab maladie de Creutzfeldt-Jakob \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab prion \u00bb, intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiologie contemporaine de la maladie, a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 en 1982 par le neurologue et biochimiste am\u00e9ricain Stanley B. Prusiner. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un acronyme d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;anglais <em>proteinaceous infectious particle<\/em> (particule prot\u00e9ique infectieuse), d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment invers\u00e9 pour des raisons d&rsquo;euphonie (en modifiant l&rsquo;ordre des lettres en <em>prion<\/em>). Ce n\u00e9ologisme linguistique a marqu\u00e9 une rupture paradigmatique radicale dans l&rsquo;histoire des sciences du vivant en \u00e9liminant toute mention d&rsquo;acide nucl\u00e9ique (ADN ou ARN) au sein d&rsquo;un agent transmissible infectieux.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab spongiforme \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du bas-latin <em>spongia<\/em> (\u00e9ponge) et du suffixe <em>-forme<\/em>, illustre l&rsquo;aspect histologique microscopique du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral l\u00e9s\u00e9, cribl\u00e9 de microvacuoles qui rappellent la texture poreuse d&rsquo;une \u00e9ponge marine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab Creutzfeldt-Jakob \u00bb s&rsquo;articule en fran\u00e7ais g\u00e9n\u00e9ralement sous la transcription approximative \/k\u0281\u00f8tsf\u025blt \u0292ak\u0254b\/ ou respectant la phonologie germanique d&rsquo;origine \/\u02c8k\u0281\u0254\u028ftsf\u025blt \u02c8ja\u02d0k\u0254p\/. Dans le discours m\u00e9dical francophone courant, l&rsquo;usage a consacr\u00e9 l&#8217;emploi du sigle \u00ab MCJ \u00bb (prononc\u00e9 \/\u025bm.se.\u0292i\/), ou \u00ab CJD \u00bb dans les publications et conf\u00e9rences internationales de langue anglaise.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, l&rsquo;expression est un syntagme nominal f\u00e9minin (\u00ab la maladie de Creutzfeldt-Jakob \u00bb). Elle s&#8217;emploie invariablement au singulier en tant qu&rsquo;entit\u00e9 nosologique autonome, bien que l&rsquo;on puisse d\u00e9signer ses sous-groupes nosologiques au pluriel (\u00ab les formes sporadiques, iatrog\u00e8nes ou g\u00e9n\u00e9tiques des maladies de Creutzfeldt-Jakob \u00bb). L&rsquo;adjectif relationnel associ\u00e9 pour d\u00e9signer les entit\u00e9s mol\u00e9culaires ou cliniques est \u00ab prionique \u00bb ou \u00ab li\u00e9 au prion \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La maladie de Creutzfeldt-Jakob se situe \u00e0 un carrefour th\u00e9orique singulier : elle constitue \u00e0 la fois une enc\u00e9phalopathie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, une affection m\u00e9tabolique conformationnelle et une maladie infectieuse non conventionnelle. Sa pathogen\u00e8se repose sur la transconformation d&rsquo;une prot\u00e9ine constitutive de l&rsquo;organisme, la prot\u00e9ine prion cellulaire normale not\u00e9e <strong>PrP<sup>C<\/sup><\/strong> (riche en h\u00e9lices alpha et normalement ancr\u00e9e \u00e0 la membrane des neurones et des cellules gliales), en une isoforme pathologique hautement toxique et r\u00e9sistante aux prot\u00e9ases, d\u00e9nomm\u00e9e <strong>PrP<sup>Sc<\/sup><\/strong> (pour \u00ab scrapie \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la tremblante du mouton) ou <strong>PrP<sup>d<\/sup><\/strong> (pour \u00ab disease \u00bb).<\/p>\n<p>Cette isoforme anormale acquiert un enrichissement consid\u00e9rable en feuillets b\u00eata pliss\u00e9s. Ce basculement st\u00e9rique entra\u00eene une insolubilit\u00e9 dans les d\u00e9tergents non ioniques et une insolite r\u00e9sistance partielle \u00e0 la digestion enzymatique par la prot\u00e9inase K. Selon le mod\u00e8le de nucl\u00e9ation-polym\u00e9risation, la pr\u00e9sence d&rsquo;une mol\u00e9cule anormale sert de matrice thermodynamique ou de \u00ab germe \u00bb : elle recrute les prot\u00e9ines physiologiques saines environnantes et force leur repliement sous la forme pathologique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne auto-entretenu en cha\u00eene g\u00e9n\u00e8re des oligom\u00e8res toxiques, puis des fibrilles amylo\u00efdes insolubles qui s&rsquo;agr\u00e8gent dans les synapses et le cytoplasme p\u00e9risynaptique.<\/p>\n<p>Sur le plan des fonctions c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures, la diss\u00e9mination de cette neurotoxicit\u00e9 prionique d\u00e9clenche une d\u00e9saff\u00e9rentation synaptique catastrophique. Contrairement aux troubles neurocognitifs majeurs \u00e0 cin\u00e9tique lente, la MCJ foudroie les r\u00e9seaux neuronaux en quelques semaines. Les patients perdent la capacit\u00e9 de maintenir un fil de pens\u00e9e ordonn\u00e9, voient leur m\u00e9moire de travail s&rsquo;effondrer et manifestent une d\u00e9sorganisation instrumentale compl\u00e8te : aphasie progressive, apraxie id\u00e9omotrice, agnosie visuelle et d\u00e9sorientation temporo-spatiale globale.<\/p>\n<p>L&rsquo;atteinte des circuits fronto-striataux et limbiques explique l&rsquo;intensit\u00e9 des manifestations neuropsychiatriques qui inaugurent ou ponctuent l&rsquo;affection. Les alt\u00e9rations synaptiques au sein du cortex pr\u00e9frontal dorso-lat\u00e9ral et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur engendrent un \u00e9moussement affectif abrupt, des tableaux d&rsquo;inhibition psychomotrice catatoniforme ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, des \u00e9pisodes de d\u00e9sinhibition maniaque avec agitation psychomotrice et d\u00e9lires pers\u00e9cutoires. L&rsquo;accumulation des agr\u00e9gats dans les noyaux gris centraux (striatum, thalamus) et le syst\u00e8me r\u00e9ticulaire activateur ascendant contribue quant \u00e0 elle aux perturbations massives du cycle veille-sommeil, \u00e0 des \u00e9tats confusionnels fluctuants et \u00e0 l&rsquo;apparition de myoclonies p\u00e9riodiques synchronis\u00e9es.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la maladie de Creutzfeldt-Jakob constitue l&rsquo;une des \u00e9pop\u00e9es les plus fascinantes et controvers\u00e9es de la m\u00e9decine contemporaine, jalonn\u00e9e de remises en question fondamentales du dogme central de la biologie mol\u00e9culaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>1920-1923 : Les premi\u00e8res descriptions cliniques.<\/strong> Hans Gerhard Creutzfeldt d\u00e9crit en 1920 le cas d&rsquo;une jeune femme de 22 ans atteinte d&rsquo;un d\u00e9sordre neuropsychiatrique rapidement fatal (\u00ab pseudosklerosis \u00bb). Peu apr\u00e8s, Alfons Maria Jakob publie une s\u00e9rie de cinq observations similaires d&rsquo;affections neurologiques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives subaigu\u00ebs. Bien que des r\u00e9analyses ult\u00e9rieures aient sugg\u00e9r\u00e9 que certains de ces cas initiaux ne correspondaient pas exactement aux crit\u00e8res modernes de la MCJ, leurs travaux \u00e9tablirent l&rsquo;existence clinique de ce syndrome d\u00e9vastateur.<\/li>\n<li><strong>Ann\u00e9es 1950 : La d\u00e9couverte du Kuru.<\/strong> Carleton Gajdusek et Vincent Zigas \u00e9tudient en Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e une \u00e9pid\u00e9mie d&rsquo;ataxie progressive mortelle frappant le peuple Fore : le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kuru_(maladie)\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">kuru<\/a>. En 1959, le v\u00e9t\u00e9rinaire William Hadlow rel\u00e8ve les similarit\u00e9s histologiques frappantes entre le kuru et la tremblante du mouton (scrapie).<\/li>\n<li><strong>1966-1968 : La preuve de la transmissibilit\u00e9.<\/strong> Gajdusek et ses collaborateurs r\u00e9ussissent \u00e0 transmettre exp\u00e9rimentalement le kuru, puis la MCJ humaine \u00e0 des chimpanz\u00e9s apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d&rsquo;incubation silencieuse. Ces travaux, r\u00e9compens\u00e9s par le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1976, d\u00e9montrent la transmissibilit\u00e9 de ces affections, alors attribu\u00e9es \u00e0 des \u00ab virus lents non conventionnels \u00bb (<em>unconventional slow viruses<\/em>).<\/li>\n<li><strong>1982 : La r\u00e9volution conceptuelle de Stanley Prusiner.<\/strong> Face \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;isoler un g\u00e9nome viral malgr\u00e9 l&rsquo;exposition \u00e0 des radiations d\u00e9truisant les acides nucl\u00e9iques, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stanley_Prusiner\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">Stanley B. Prusiner<\/a> formule l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire de la particule exclusivement prot\u00e9ique (\u00ab prion \u00bb). Cette hypoth\u00e8se, d&rsquo;abord accueillie avec un scepticisme f\u00e9roce par la communaut\u00e9 virologique, est couronn\u00e9e par le prix Nobel en 1997 apr\u00e8s l&rsquo;isolement du g\u00e8ne <em>PRNP<\/em> et la caract\u00e9risation de la prot\u00e9ine.<\/li>\n<li><strong>Ann\u00e9es 1980-1990 : Les trag\u00e9dies des contaminations iatrog\u00e8nes et l&rsquo;ESB.<\/strong> La survenue de centaines de cas de MCJ iatrog\u00e8ne chez des enfants trait\u00e9s pour un retard de croissance par de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hormone_de_croissance\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">hormone de croissance<\/a> extractive contamin\u00e9e pr\u00e9lev\u00e9e sur des cadavres humains d\u00e9clenche une crise sanitaire et \u00e9thique majeure. Simultan\u00e9ment, au Royaume-Uni, l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine (ESB ou \u00ab crise de la vache folle \u00bb) conduit en 1996 \u00e0 l&rsquo;identification d&rsquo;une forme in\u00e9dite chez l&rsquo;\u00eatre humain : le variant de la MCJ (vMCJ), r\u00e9sultant du franchissement de la barri\u00e8re d&rsquo;esp\u00e8ce par voie alimentaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neuropathologiques<\/h3>\n<p>Les th\u00e9ories sous-tendant la compr\u00e9hension de la maladie de Creutzfeldt-Jakob s&rsquo;ancrent dans la biologie structurale des prot\u00e9inopathies et la toxicologie computationnelle des syst\u00e8mes neuronaux. La th\u00e9orie dominante du \u00ab prion seul \u00bb (<em>protein-only hypothesis<\/em>) postule que la conformation spatiale anormale constitue l&rsquo;unique d\u00e9terminant de l&rsquo;infectiosit\u00e9 et de la propagation l\u00e9sionnelle, sans support g\u00e9nomique exog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Sur le plan biochimique, le g\u00e8ne <em>PRNP<\/em>, situ\u00e9 sur le bras court du chromosome 20 (20p13), code pour la PrP<sup>C<\/sup>, une glycoprot\u00e9ine de 253 acides amin\u00e9s attach\u00e9e \u00e0 la membrane externe par une ancre glycosylphosphatidylinositol (GPI). La prot\u00e9ine normale comporte environ 42 % d&rsquo;h\u00e9lices alpha et moins de 3 % de feuillets b\u00eata. Lors du passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat PrP<sup>Sc<\/sup>, la teneur en feuillets b\u00eata s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 43 %, induisant une polym\u00e9risation spontan\u00e9e sous forme de protofilaments h\u00e9lico\u00efdaux r\u00e9sistants.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet neurotoxique d\u00e9coule de plusieurs m\u00e9canismes synergiques : d&rsquo;une part, la perte de la fonction protectrice normale de la PrP<sup>C<\/sup> (qui intervient dans l&rsquo;hom\u00e9ostasie du cuivre, la r\u00e9gulation de la signalisation transsynaptique et la protection contre le stress oxydatif) ; d&rsquo;autre part, un gain de fonction toxique par lequel les oligom\u00e8res solubles interm\u00e9diaires d\u00e9stabilisent la perm\u00e9abilit\u00e9 des membranes synaptiques, provoquent un stress du r\u00e9ticulum endoplasmique (r\u00e9action UPR pour <em>Unfolded Protein Response<\/em>) et activent des voies d&rsquo;apoptose mitochondriale au sein des populations neuronales.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique, le polymorphisme constitutionnel au codon 129 du g\u00e8ne <em>PRNP<\/em> joue un r\u00f4le critique d&rsquo;amplificateur ou de modulateur du risque : les individus homozygotes pour la m\u00e9thionine (Met\/Met) ou pour la valine (Val\/Val) pr\u00e9sentent une susceptibilit\u00e9 consid\u00e9rablement accrue au d\u00e9clenchement d&rsquo;une forme sporadique ou acquise par rapport aux individus h\u00e9t\u00e9rozygotes (Met\/Val), chez qui la divergence structurelle ralentit le processus de nucl\u00e9ation.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, formes cliniques et dimensions<\/h3>\n<p>La nosologie contemporaine subdivise la maladie de Creutzfeldt-Jakob en quatre \u00e9tiologies majeures, chacune poss\u00e9dant des sp\u00e9cificit\u00e9s cliniques, neuropathologiques et \u00e9volutives distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Forme sporadique (sMCJ) :<\/strong> Elle repr\u00e9sente approximativement 85 % de l&rsquo;ensemble des cas diagnostiqu\u00e9s. Elle survient typiquement entre 60 et 75 ans, sans cause environnementale ni mutation g\u00e9n\u00e9tique identifiable. Son incidence mondiale est remarquablement homog\u00e8ne, de l&rsquo;ordre de 1 \u00e0 2 cas par million d&rsquo;habitants et par an. Le d\u00e9but peut \u00eatre brutal ou insidieux, menant au d\u00e9c\u00e8s en une dur\u00e9e m\u00e9diane de 4 \u00e0 6 mois.<\/li>\n<li><strong>Formes g\u00e9n\u00e9tiques ou familiales (gMCJ) :<\/strong> Repr\u00e9sentant 10 \u00e0 15 % des cas, elles sont caus\u00e9es par des mutations autosomiques dominantes ponctuelles ou des insertions de motifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s (octapeptides) dans le g\u00e8ne <em>PRNP<\/em> (la mutation la plus fr\u00e9quente \u00e9tant E200K). Ce groupe englobe \u00e9galement des entit\u00e9s nosologiques \u00e9troitement apparent\u00e9es telles que le syndrome de Gerstmann-Str\u00e4ussler-Scheinker (GSS) et l&rsquo;insomnie fatale familiale (IFF).<\/li>\n<li><strong>Formes iatrog\u00e8nes (iMCJ) :<\/strong> Cons\u00e9quences directes d&rsquo;une transmission nosocomiale accidentelle du prion lors d&rsquo;actes m\u00e9dico-chirurgicaux invasifs : greffes de dure-m\u00e8re d&rsquo;origine cadav\u00e9rique humaine, administration d&rsquo;hormone de croissance extractive hypophysaire avant l&rsquo;av\u00e8nement des mol\u00e9cules recombinantes, greffes de corn\u00e9e ou contamination par instrumentation neurochirurgicale imparfaitement st\u00e9rilis\u00e9e face \u00e0 la r\u00e9sistance exceptionnelle des prions aux proc\u00e9dures thermiques habituelles.<\/li>\n<li><strong>Le variant de la MCJ (vMCJ) :<\/strong> Forme zoonotique transmise \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain par l&rsquo;ingestion de tissus bovins contamin\u00e9s lors de l&rsquo;\u00e9pizootie d&rsquo;enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine. Elle se distingue fondamentalement de la forme sporadique par un \u00e2ge de survenue nettement plus jeune (m\u00e9diane \u00e0 28 ans), une survie prolong\u00e9e (14 mois en moyenne), des sympt\u00f4mes psychiatriques et sensitifs pr\u00e9dominants au premier plan pendant plusieurs mois (d\u00e9pression, douleur thalamique superficielle) et une signature neuropathologique singuli\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par des \u00ab plaques florides \u00bb (noyau amylo\u00efde dense cern\u00e9 d&rsquo;une couronne de vacuoles spongieuses).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique et la d\u00e9sorganisation psychique engendr\u00e9e par la pathologie, deux tableaux cliniques prototypiques peuvent \u00eatre examin\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : Forme sporadique classique \u00e0 d\u00e9but neuropsychiatrique trompeur.<\/strong> Un homme de 64 ans, cadre sup\u00e9rieur dynamique et sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux personnels, consulte pour un syndrome d\u00e9pressif d&rsquo;installation r\u00e9cente, marqu\u00e9 par une asth\u00e9nie globale, un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat professionnel et une anxi\u00e9t\u00e9 matinale inexpliqu\u00e9e. Trait\u00e9 initialement par des antid\u00e9presseurs inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine sans aucune am\u00e9lioration, son \u00e9tat se d\u00e9t\u00e9riore de mani\u00e8re alarmante en l&rsquo;espace de quatre semaines : apparition d&rsquo;oublis massifs, de confusions temporelles et d&rsquo;\u00e9pisodes de panique nocturne au cours desquels il ne reconna\u00eet plus sa chambre. Transf\u00e9r\u00e9 en service de neurologie, l&rsquo;examen met en \u00e9vidence une ataxie de la marche, une dysarthrie c\u00e9r\u00e9belleuse et des myoclonies diffuses d\u00e9clench\u00e9es par les bruits ambiants inattendus (ph\u00e9nom\u00e8ne de sursaut pathologique). L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9v\u00e8le des hypersignaux striataux et corticaux caract\u00e9ristiques en diffusion, tandis que le dosage de la prot\u00e9ine 14-3-3 dans le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal est fortement positif. Le patient sombre dans un mutisme akin\u00e9tique six semaines apr\u00e8s l&rsquo;admission et d\u00e9c\u00e8de des suites d&rsquo;une d\u00e9tresse respiratoire \u00e0 peine quatre mois apr\u00e8s les premi\u00e8res plaintes anxieuses.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : Variant de la maladie chez un sujet jeune.<\/strong> Une femme de 26 ans d\u00e9veloppe un repli social progressif, une anh\u00e9donie et des hallucinations auditives intermittentes de tonalit\u00e9 pers\u00e9cutrice. Devant ce tableau d&rsquo;allure schizophr\u00e9niforme inaugurale, une prise en charge psychiatrique institutionnelle est amorc\u00e9e. Cependant, l&rsquo;apparition au troisi\u00e8me mois de paresth\u00e9sies douloureuses au niveau des membres inf\u00e9rieurs, rebelles aux analg\u00e9siques usuels, et d&rsquo;une d\u00e9marche instable \u00e9veille la suspicion d&rsquo;une organicit\u00e9. L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale montre un hypersignal bilat\u00e9ral et sym\u00e9trique des noyaux pulvinars du thalamus (le \u00ab signe du pulvinar \u00bb). La biopsie des amygdales pharyngiennes confirme la pr\u00e9sence de PrP<sup>Sc<\/sup>. L&rsquo;\u00e9volution se fait vers une r\u00e9gression cognitive et motrice globale, marqu\u00e9e par une c\u00e9cit\u00e9 corticale, menant au d\u00e9c\u00e8s quatorze mois apr\u00e8s les manifestations initiales.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et crit\u00e8res diagnostiques<\/h3>\n<p>La confirmation d\u00e9finitive de la maladie de Creutzfeldt-Jakob a longtemps repos\u00e9 de fa\u00e7on exclusive sur l&rsquo;examen anatomo-pathologique du tissu c\u00e9r\u00e9bral post-mortem ou sur une biopsie c\u00e9r\u00e9brale du vivant du patient (rarement pratiqu\u00e9e en raison des risques op\u00e9ratoires et de contamination du mat\u00e9riel neurochirurgical). Cependant, les crit\u00e8res de classification diagnostique \u00e9tablis par les consortiums internationaux et le Centre europ\u00e9en de pr\u00e9vention et de contr\u00f4le des maladies (ECDC) ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment m\u00e9tamorphos\u00e9s par l&rsquo;introduction de marqueurs paracliniques hautement sensibles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La technique RT-QuIC (Real-Time Quaking-Induced Conversion) :<\/strong> V\u00e9ritable perc\u00e9e diagnostique de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, ce test biochimique amplifie <em>in vitro<\/em> d&rsquo;infimes quantit\u00e9s de PrP<sup>Sc<\/sup> pr\u00e9sentes dans le liquide c\u00e9phalo-rachidien ou les s\u00e9cr\u00e9tions de la muqueuse nasale (brossage olfactif). Il offre une sensibilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 90 % et une sp\u00e9cificit\u00e9 approchant les 99 \u00e0 100 %, permettant de requalifier un diagnostic du statut de \u00ab probable \u00bb \u00e0 celui de quasi-certitude ante-mortem.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) enc\u00e9phalique :<\/strong> Les s\u00e9quences pond\u00e9r\u00e9es en Diffusion (DWI) et en FLAIR r\u00e9v\u00e8lent des hypersignaux pr\u00e9coces caract\u00e9ristiques au sein du ruban cortical (\u00ab cortical ribboning \u00bb) et des structures nucl\u00e9aires profondes (putamen, noyau caud\u00e9). Dans le variant de la maladie, l&rsquo;hypersignal bilat\u00e9ral du pulvinar (\u00ab signe du pulvinar \u00bb ou \u00ab signe de la crosse de hockey \u00bb) pr\u00e9sente une valeur discriminante d\u00e9terminante.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;analyse du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal (LCS) :<\/strong> La d\u00e9tection par m\u00e9thode ELISA ou Western blot de biomarqueurs de souffrance neuronale aigu\u00eb, en particulier la prot\u00e9ine 14-3-3 et la prot\u00e9ine Tau totale (souvent retrouv\u00e9e \u00e0 des taux massifs d\u00e9passant les 1500 \u00e0 2000 pg\/mL), constitue un puissant argument pr\u00e9somptif en faveur d&rsquo;une n\u00e9crose neuronale acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG) :<\/strong> Bien que supplant\u00e9 par l&rsquo;IRM et le RT-QuIC, l&rsquo;EEG conserve une importance historique et pratique. Il objective, au stade d&rsquo;\u00e9tat chez environ deux tiers des patients atteints de sMCJ, un ralentissement diffus du rythme de fond associ\u00e9 \u00e0 des complexes p\u00e9riodiques d&rsquo;ondes triphasiques biphasiques ou diphasiques synchrones et bilat\u00e9rales, survenant \u00e0 une fr\u00e9quence r\u00e9guli\u00e8re d&rsquo;environ 1 cycle par seconde.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuations neuropsychologiques :<\/strong> Bien que rapidement limit\u00e9es par l&rsquo;aggravation foudroyante, les \u00e9chelles cognitives globales (telles que le MMSE ou le MoCA) documentent au d\u00e9part l&rsquo;amorce de la chute des capacit\u00e9s d&rsquo;attention soutenue, de flexibilit\u00e9 mentale et de fluence verbale, avant que l&rsquo;entr\u00e9e dans le mutisme akin\u00e9tique n&rsquo;invalide toute passation de tests psychom\u00e9triques standardis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e neuropsychiatrique<\/h3>\n<p>La prise en charge de la maladie de Creutzfeldt-Jakob repr\u00e9sente l&rsquo;un des exercices les plus exigeants de la pratique neuropsychiatrique et palliative. L&rsquo;absence totale de th\u00e9rapeutique curative ou de traitement modificateur de la maladie d\u00e9place l&rsquo;objectif m\u00e9dical vers un accompagnement symptomatique rigoureux, une s\u00e9dation de la d\u00e9tresse physique et psychique, et un soutien continu aux proches \u00e9prouv\u00e9s par une transformation si brutale de leur parent.<\/p>\n<p>Sur le versant symptomatique psychiatrique, l&rsquo;angoisse paroxystique, les hallucinations visuelles terrifiantes et l&rsquo;agitation motrice n\u00e9cessitent une adaptation pharmacologique prudente. Les cliniciens recourent pr\u00e9f\u00e9rentiellement \u00e0 des antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 faible propension extrapyramidale ou \u00e0 des benzodiaz\u00e9pines d&rsquo;action interm\u00e9diaire (telles que le loraz\u00e9pam). Pour contr\u00f4ler les myoclonies douloureuses et invalidantes qui ponctuent l&rsquo;\u00e9volution, le clonaz\u00e9pam ou le l\u00e9v\u00e9tirac\u00e9tam sont largement employ\u00e9s avec une efficacit\u00e9 appr\u00e9ciable.<\/p>\n<p>Sur le plan organisationnel et \u00e9thique, le diagnostic de suspicion impose l&rsquo;activation imm\u00e9diate de r\u00e9seaux de soins palliatifs interdisciplinaires. Les r\u00e9flexions autour des directives anticip\u00e9es et de la d\u00e9signation d&rsquo;une personne de confiance doivent \u00eatre initi\u00e9es d\u00e8s les premiers jours, car la capacit\u00e9 de discernement juridique et de consentement libre et \u00e9clair\u00e9 du patient est tr\u00e8s pr\u00e9cocement annihil\u00e9e par la d\u00e9ch\u00e9ance corticale. En outre, la d\u00e9couverte d&rsquo;une forme g\u00e9n\u00e9tique impose une consultation de g\u00e9n\u00e9tique m\u00e9dicale avec d\u00e9livrance d&rsquo;un conseil g\u00e9n\u00e9tique pour la descendance et la fratrie, confront\u00e9es au risque de transmission autosomique dominante d&rsquo;une issue fatale incurable.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les investigations scientifiques actuelles se d\u00e9ploient sur plusieurs fronts compl\u00e9mentaires, cherchant \u00e0 d\u00e9jouer l&rsquo;herm\u00e9tisme th\u00e9rapeutique des prions :<\/p>\n<p>Les essais cliniques historiques \u00e9valuant des mol\u00e9cules antiprioniques repurpos\u00e9es \u2014 telles que la quinacrine (antipalud\u00e9en), le polysulfate de pentosan ou la doxycycline (antibiotique de la classe des t\u00e9tracyclines ayant montr\u00e9 des capacit\u00e9s de liaison \u00e0 la PrP) \u2014 ont malheureusement tous conclu \u00e0 une absence de prolongation statistiquement significative de la survie globale chez les patients symptomatiques, soulignant la difficult\u00e9 d&rsquo;intervenir \u00e0 un stade o\u00f9 le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral est d\u00e9j\u00e0 massivement d\u00e9truit.<\/p>\n<p>Les axes de recherche les plus prometteurs s&rsquo;orientent d\u00e9sormais vers l&rsquo;utilisation d&rsquo;<strong>oligonucl\u00e9otides antisens (ASO)<\/strong> con\u00e7us pour faire chuter l&rsquo;expression globale de la PrP<sup>C<\/sup> dans le syst\u00e8me nerveux central. Men\u00e9s notamment par l&rsquo;\u00e9quipe de Sonia Vallabh et Eric Minikel au Broad Institute, ces travaux sur mod\u00e8les murins humanis\u00e9s d\u00e9montrent qu&rsquo;en \u00e9liminant ou en r\u00e9duisant substantiellement le substrat physiologique disponible, on interrompt le cycle de polym\u00e9risation de la PrP<sup>Sc<\/sup> et on recule substantiellement l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;apparition des sympt\u00f4mes chez les porteurs de mutations pr\u00e9disposantes.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres approches explorent l&rsquo;immunoth\u00e9rapie passive \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;anticorps monoclonaux humanis\u00e9s (tels que le PRN100 d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;University College London) ciblant la prot\u00e9ine prion native pour emp\u00eacher son interaction avec les agr\u00e9gats pathologiques. Bien que les premiers essais compassionnels chez l&rsquo;humain aient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un profil d&rsquo;innocuit\u00e9 acceptable et une p\u00e9n\u00e9tration c\u00e9r\u00e9brale partielle, les gains cliniques demeurent modestes lorsque les l\u00e9sions neuronales sont d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9es, ce qui met en relief l&rsquo;importance cruciale d&rsquo;un diagnostic ultra-pr\u00e9coce avant la phase de d\u00e9compensation clinique irr\u00e9versible.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La maladie de Creutzfeldt-Jakob, bien que statistiquement rare, a exerc\u00e9 un impact disproportionn\u00e9 et durable sur la perception soci\u00e9tale du risque m\u00e9dical, de l&rsquo;alimentation industrielle et de la s\u00e9curit\u00e9 des soins de sant\u00e9. L&rsquo;\u00e9pisode de la contamination de l&rsquo;hormone de croissance extractive en France et la crise de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine au Royaume-Uni et en Europe ont catalys\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement du \u00ab principe de pr\u00e9caution \u00bb dans les politiques de sant\u00e9 publique contemporaines.<\/p>\n<p>Ces crises ont profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9 le contrat social unissant les institutions de sant\u00e9 aux citoyens. Les r\u00e8gles d&rsquo;exclusion d\u00e9finitive du don de sang pour toute personne ayant s\u00e9journ\u00e9 au Royaume-Uni pendant la p\u00e9riode de l&rsquo;ESB, les protocoles drastiques de tra\u00e7abilit\u00e9 des dispositifs m\u00e9dicaux r\u00e9utilisables, ainsi que la syst\u00e9matisation de l&rsquo;incin\u00e9ration haute temp\u00e9rature des carcasses animales illustrent comment une entit\u00e9 mol\u00e9culaire invisible et insensible aux processus classiques de d\u00e9sinfection microbiologique a red\u00e9fini les normes d&rsquo;hygi\u00e8ne hospitali\u00e8re et d&rsquo;agronomie globale.<\/p>\n<p>Au niveau symbolique et anthropologique, la maladie suscite un imaginaire anxiog\u00e8ne singulier : celui d&rsquo;un agent d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;ADN et d&rsquo;ARN, dou\u00e9 d&rsquo;une persistance environnementale hors du commun, capable de traverser les barri\u00e8res d&rsquo;esp\u00e8ce et d&rsquo;incuber silencieusement pendant des d\u00e9cennies avant de d\u00e9clencher une liquidation subite et d\u00e9vastatrice de la conscience et des facult\u00e9s humaines.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Plusieurs d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et limites m\u00e9thodologiques persistent au sein de la communaut\u00e9 neuroscientifique entourant le paradigme des prions :<\/p>\n<p>En premier lieu subsiste la controverse historique, aujourd&rsquo;hui marginale mais non enti\u00e8rement \u00e9teinte, sur l&rsquo;existence potentielle de cofacteurs infectieux discrets. Une minorit\u00e9 de chercheurs a sugg\u00e9r\u00e9 que la prot\u00e9ine prion anormale pourrait \u00eatre un composant pathologique majeur ou un chaperon facilitateur, tandis qu&rsquo;un virino ou un fragment d&rsquo;ARN non codant hautement structur\u00e9 dissimul\u00e9 dans les agr\u00e9gats pourrait participer \u00e0 la virulence ou \u00e0 la d\u00e9termination des diff\u00e9rentes souches de prions (qui exhibent des temps d&rsquo;incubation et des profils l\u00e9sionnels singuliers et transmissibles avec fid\u00e9lit\u00e9).<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, le concept de \u00ab transmission \u00bb soul\u00e8ve de complexes questions nosologiques dans le champ des autres prot\u00e9inopathies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. L&rsquo;observation de m\u00e9canismes de propagation \u00ab prion-like \u00bb de cellule \u00e0 cellule pour les agr\u00e9gats de peptide b\u00eata-amylo\u00efde et de prot\u00e9ine tau dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, ou d&rsquo;alpha-synucl\u00e9ine dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Parkinson\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">maladie de Parkinson<\/a>, a suscit\u00e9 d&rsquo;intenses d\u00e9bats : ces affections doivent-elles \u00eatre assimil\u00e9es \u00e0 des maladies \u00e0 prions ? Le consensus actuel r\u00e9serve le terme de prion aux agents capables d&rsquo;une v\u00e9ritable transmission interindividuelle par voie biologique ou environnementale naturelle, \u00e9cartant le raccourci h\u00e2tif assimilant propagation intercellulaire et infectiosit\u00e9 au sens \u00e9pid\u00e9miologique.<\/p>\n<p>Enfin, le diagnostic pr\u00e9coce se heurte \u00e0 des limites concr\u00e8tes. Le diagnostic initial erron\u00e9 reste fr\u00e9quent (survenant chez plus de 70 % des patients lors de leur premi\u00e8re consultation), orientant d&rsquo;abord \u00e0 tort vers une d\u00e9pression tardive, une enc\u00e9phalopathie vasculaire, une d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy ou une enc\u00e9phalite auto-immune paran\u00e9oplasique, retardant l&rsquo;isolement du profil biologique par RT-QuIC et l&rsquo;orientation des familles vers des structures de soutien appropri\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et diagnostics diff\u00e9rentiels<\/h3>\n<p>La distinction rigoureuse entre la maladie de Creutzfeldt-Jakob et plusieurs autres entit\u00e9s nosologiques neurologiques et psychiatriques est capitale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Enc\u00e9phalopathies spongiformes transmissibles (ESST) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;ensemble des maladies caus\u00e9es par des prions chez l&rsquo;humain (MCJ, Kuru, GSS, IFF) et chez l&rsquo;animal (tremblante du mouton, enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine, maladie du d\u00e9p\u00e9rissement chronique des cervid\u00e9s).<\/li>\n<li><strong>Enc\u00e9phalites auto-immunes (ex. anti-VGKC, anti-NMDAR) :<\/strong> Principal diagnostic diff\u00e9rentiel d&rsquo;urgence. Elles peuvent mimer avec une exactitude troublante le d\u00e9clin cognitif subaigu, les myoclonies et les troubles psychiatriques de la MCJ, mais pr\u00e9sentent la particularit\u00e9 d\u00e9cisive d&rsquo;\u00eatre curables ou contr\u00f4lables par immunoth\u00e9rapie (cortico\u00efdes, plasmaph\u00e9r\u00e8se, immunoglobulines intraveineuses).<\/li>\n<li><strong>D\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy :<\/strong> Elle partage avec la MCJ les fluctuations de la vigilance, les sympt\u00f4mes extrapyramidaux et les hallucinations visuelles. Toutefois, sa progression s&rsquo;\u00e9tend sur plusieurs ann\u00e9es et l&rsquo;IRM ne montre pas les hypersignaux corticaux ou striataux caract\u00e9ristiques de la MCJ.<\/li>\n<li><strong>Maladie d&rsquo;Alzheimer \u00e0 progression rapide :<\/strong> Certaines pr\u00e9sentations atypiques de la maladie d&rsquo;Alzheimer \u00e9voluent de fa\u00e7on inhabituellement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e avec des myoclonies tardives, mais la positivit\u00e9 du test RT-QuIC et le profil biomarker dans le LCS (ratios sp\u00e9cifiques p-Tau\/A\u03b242) permettent de trancher formellement.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Gerstmann-Str\u00e4ussler-Scheinker (GSS) :<\/strong> Maladie \u00e0 prions d&rsquo;origine g\u00e9n\u00e9tique autosomique dominante rare, domin\u00e9e par une ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse chronique d&rsquo;\u00e9volution beaucoup plus lente (5 \u00e0 7 ans de survie moyenne) que la MCJ.<\/li>\n<li><strong>Insomnie fatale familiale (IFF) :<\/strong> Autre maladie \u00e0 prions g\u00e9n\u00e9tique, li\u00e9e \u00e0 une mutation D178N sur le g\u00e8ne <em>PRNP<\/em> coupl\u00e9e \u00e0 un codon 129 m\u00e9thionine, caract\u00e9ris\u00e9e par une insomnie rebelle intratable, des dysautonomies neurov\u00e9g\u00e9tatives s\u00e9v\u00e8res et un d\u00e9clin moteur et mn\u00e9sique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La maladie de Creutzfeldt-Jakob demeure l&rsquo;arch\u00e9type des affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives subaigu\u00ebs mortelles, posant un d\u00e9fi scientifique et clinique sans \u00e9quivalent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine :<\/strong> Transconformation anormale de la prot\u00e9ine prion cellulaire PrP<sup>C<\/sup> en PrP<sup>Sc<\/sup> enrichie en feuillets b\u00eata, agissant comme matrice autor\u00e9plicative destructrice.<\/li>\n<li><strong>Formes :<\/strong> 85 % sporadiques, 10 \u00e0 15 % g\u00e9n\u00e9tiques (mutations de <em>PRNP<\/em>), plus rarement iatrog\u00e8nes ou variantes d&rsquo;origine zoonotique (vMCJ).<\/li>\n<li><strong>Clinique :<\/strong> Tr\u00e9pied associant une d\u00e9mence rapidement progressive, des myoclonies stimulog\u00e8nes et un syndrome c\u00e9r\u00e9belleux\/visuel, d\u00e9butant fr\u00e9quemment par des perturbations neuropsychiatriques insidieuses.<\/li>\n<li><strong>Diagnostic biologique ante-mortem :<\/strong> R\u00e9volutionn\u00e9 par la technique de conversion induite par agitation en temps r\u00e9el (RT-QuIC) dans le LCR, l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale en s\u00e9quences de diffusion (ruban cortical, striatum) et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des prot\u00e9ines 14-3-3 et Tau totale.<\/li>\n<li><strong>Pronostic et prise en charge :<\/strong> D\u00e9c\u00e8s in\u00e9luctable survenant habituellement en 4 \u00e0 6 mois pour la forme sporadique. Prise en charge exclusivement palliative, ax\u00e9e sur le confort physique, la s\u00e9dation des manifestations anxieuses et motrices, et l&rsquo;accompagnement \u00e9thique des familles.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Budka, H., Head, M. W., Ironside, J. W., Gambetti, P., Parchi, P., &amp; Zeidler, M. (2019). Sporadic Creutzfeldt-Jakob disease. In <em>Handbook of Clinical Neurology<\/em> (Vol. 153, pp. 155-196). Elsevier. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/B978-0-444-63945-5.00009-4\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/B978-0-444-63945-5.00009-4<\/a><\/li>\n<li>Caughey, B., &amp; Kraus, P. R. (2019). Transmissible spongiform encephalopathies: Prions and their biology. <em>Physiological Reviews<\/em>, 99(2), 1147-1191. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00010.2018\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00010.2018<\/a><\/li>\n<li>Geschwind, M. D. (2015). Prion diseases. <em>Continuum: Lifelong Learning in Neurology<\/em>, 21(6, Neuroinfectious Disease), 1612-1638. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/CON.0000000000000251\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/CON.0000000000000251<\/a><\/li>\n<li>Prusiner, S. B. (1998). Prions. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 95(23), 13363-13383. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.95.23.13363\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.95.23.13363<\/a><\/li>\n<li>Vallabh, S. M., Minikel, E. V., Schreiber, S. L., &amp; Lander, E. S. (2020). Towards a preventive medicine approach to fatal neurodegenerative diseases: The case of genetic prion disease. <em>Lancet Neurology<\/em>, 19(9), 785-794. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(20)30219-X\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(20)30219-X<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La maladie de Creutzfeldt-Jakob est une enc\u00e9phalopathie spongiforme transmissible rare caus\u00e9e par des prions, entra\u00eenant une d\u00e9mence rapidement progressive fatale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,14286,32792],"tags":[39824,39822,30877,39826,39823,39825],"class_list":["post-23486","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychiatrie","category-troubles-neurocognitifs","tag-demence-subaigue","tag-maladie-de-creutzfeldt-jakob","tag-neurodegenerescence","tag-neuropsychopathologie","tag-prion","tag-rt-quic"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23486","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23486\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23486"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23486"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23486"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}