{"id":23463,"date":"2026-10-31T07:36:31","date_gmt":"2026-10-31T07:36:31","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cortex-circumstrie"},"modified":"2026-10-31T07:36:31","modified_gmt":"2026-10-31T07:36:31","slug":"cortex-circumstrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cortex-circumstrie","title":{"rendered":"Cortex circumstri\u00e9 : Cl\u00e9 de vo\u00fbte de la vision"},"content":{"rendered":"<p>Situ\u00e9 au c\u0153ur des r\u00e9seaux visuels du cerveau des primates, le cortex circumstri\u00e9 constitue l&rsquo;interface architecturale indispensable par laquelle les informations sensorielles primaires se transforment en perceptions conscientes et complexes. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple corridor de transmission passive, cet ensemble n\u00e9ocortical d\u00e9ploie une organisation computationnelle hautement hi\u00e9rarchis\u00e9e, orchestrant la d\u00e9composition et l&rsquo;int\u00e9gration simultan\u00e9es des flux de couleur, de forme, de profondeur et de mouvement. Comprendre ses m\u00e9canismes, ses connexions et ses pathologies permet d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;un des plus grands myst\u00e8res des neurosciences cognitives : la gen\u00e8se de l&rsquo;exp\u00e9rience visuelle unifi\u00e9e.<\/p>\n<h2>Cortex circumstri\u00e9<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>cortex circumstri\u00e9<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des zones n\u00e9ocorticales visuelles d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur qui ceinturent imm\u00e9diatement le cortex visuel primaire (ou cortex stri\u00e9 \/ aire 17 de Brodmann). Sur le plan cytoarchitectonique et fonctionnel, cette bande corticale englobe principalement les aires 18 et 19 de Brodmann, correspondant aux aires visuelles extrastri\u00e9es pr\u00e9coces telles que V2, V3, V4 et l&rsquo;aire temporale moyenne (MT\/V5). Il assure le traitement interm\u00e9diaire et l&rsquo;aiguillage des signaux visuels issus de la strie de Gennari vers les voies associatives sup\u00e9rieures temporales et pari\u00e9tales.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature neuroanatomique et neurophysiologique, le terme est fr\u00e9quemment employ\u00e9 comme un quasi-synonyme fonctionnel de cortex visuel associatif pr\u00e9coce ou de ceinture p\u00e9ristri\u00e9e. Contrairement au cortex stri\u00e9 qui contient une repr\u00e9sentation cartographique \u00e9l\u00e9mentaire et point par point du champ visuel r\u00e9tinien, le cortex circumstri\u00e9 se caract\u00e9rise par des champs r\u00e9cepteurs neuronaux de dimensions nettement plus vastes, sensibles \u00e0 des configurations g\u00e9om\u00e9triques complexes, \u00e0 la disparit\u00e9 binoculaire, \u00e0 la constance des couleurs et aux vecteurs cin\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9gion joue un r\u00f4le charni\u00e8re dans la s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle des stimuli lumineux. Elle re\u00e7oit des aff\u00e9rences massives de l&rsquo;aire V1 et projette de fa\u00e7on s\u00e9lective vers les deux grandes routes du traitement cortical : le faisceau ventral (\u00ab voie du quoi \u00bb), orient\u00e9 vers la reconnaissance morphologique et s\u00e9mantique des objets, et le faisceau dorsal (\u00ab voie du o\u00f9\/comment \u00bb), d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;analyse spatiale et au guidage de l&rsquo;action motrice guid\u00e9e par la vision.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le substantif compos\u00e9 \u00ab cortex circumstri\u00e9 \u00bb puise ses racines directement dans la nomenclature latine anatomique et descriptive. Le premier terme, <em>cortex<\/em>, signifie litt\u00e9ralement en latin \u00ab \u00e9corce \u00bb ou \u00ab enveloppe \u00bb, d\u00e9signant en neurologie la substance grise superficielle tapissant les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux. Le pr\u00e9fixe spatial <em>circum-<\/em> se traduit par \u00ab autour de \u00bb, \u00ab aux environs de \u00bb ou \u00ab encerclant \u00bb. Il est associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;adjectif <em>striatus<\/em> (\u00ab stri\u00e9 \u00bb, \u00ab rainur\u00e9 \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>striare<\/em>, creuser de sillons ou marquer de raies).<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab stri\u00e9 \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence sur le plan anatomique \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre strie de Gennari \u2014 une \u00e9paisse bande horizontale de fibres my\u00e9linis\u00e9es traversant la couche IV du cortex visuel primaire, mise en \u00e9vidence en 1782 par l&rsquo;anatomiste italien Francesco Gennari. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;expression latinis\u00e9e originelle <em>cortex circumstriatus<\/em> qualifiait morphologiquement les zones adjacentes qui \u00ab contournent le cortex pourvu de stries \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression est entr\u00e9e formellement dans le lexique biom\u00e9dical et neurophysiologique anglophone sous la forme <em>circumstriate cortex<\/em> ou <em>circumstriate belt<\/em> au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970, notamment sous la plume de chercheurs \u00e9tudiant les connexions visuelles chez les primates non humains, \u00e0 l&rsquo;instar de Bertram G. Cragg, Mortimer Mishkin et Leslie Ungerleider. En fran\u00e7ais, la terminologie s&rsquo;est stabilis\u00e9e sous la d\u00e9nomination \u00ab cortex circumstri\u00e9 \u00bb, c\u00f4toyant les expressions \u00ab cortex p\u00e9ristri\u00e9 \u00bb (d&rsquo;origine grecque, <em>peri-<\/em> signifiant \u00e9galement autour) et \u00ab cortex parastri\u00e9 \u00bb pour d\u00e9crire avec exactitude cette topographie concentrique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab cortex circumstri\u00e9 \u00bb se prononce dans le syst\u00e8me phon\u00e9tique international (API) : <strong>[k\u0254\u0281.t\u025bks si\u0281.k\u0254\u0303.st\u0281i.e]<\/strong>. L&rsquo;\u00e9lision ne s&rsquo;applique pas, et la c\u00e9sure syllabique naturelle s&rsquo;\u00e9tablit en deux syntagmes phonologiques majeurs : <em>cor-tex<\/em> d&rsquo;une part, et <em>cir-cum-stri\u00e9<\/em> d&rsquo;autre part, o\u00f9 le segment \u00ab circum- \u00bb conserve la voyelle nasale ant\u00e9rieure ferm\u00e9e \/\u0254\u0303\/ ou centrale \/\u0153\u0303\/ selon les variantes dialectales du fran\u00e7ais standard acad\u00e9mique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, le terme est un syntagme nominal masculin singulier. Au pluriel, il devient \u00ab les cortex circumstri\u00e9s \u00bb (bien que la forme plurielle soit rarement employ\u00e9e dans la mesure o\u00f9 elle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;entit\u00e9 bilat\u00e9rale globale ou aux cortex circumstri\u00e9s des deux h\u00e9misph\u00e8res). L&rsquo;adjectif relationnel \u00ab circumstri\u00e9 \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il qualifie : on parle ainsi d&rsquo;une \u00ab zone circumstri\u00e9e \u00bb, de \u00ab ceintures circumstri\u00e9es \u00bb ou d&rsquo;\u00ab aff\u00e9rences circumstri\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>En pratique r\u00e9dactionnelle scientifique, ce terme s&rsquo;utilise principalement comme compl\u00e9ment de localisation ou sujet dans l&rsquo;\u00e9tude des voies visuelles aff\u00e9rentes et eff\u00e9rentes. Il s&rsquo;associe r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des adjectifs fonctionnels ou anatomiques, comme dans les syntagmes \u00ab cortex circumstri\u00e9 post\u00e9rieur \u00bb, \u00ab contingent circumstri\u00e9 ventral \u00bb ou encore \u00ab ablation circumstri\u00e9e bilat\u00e9rale \u00bb dans le cadre de protocoles de neuropsychologie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour comprendre pleinement la port\u00e9e conceptuelle du cortex circumstri\u00e9, il convient de le resituer dans l&rsquo;architecture globale du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_visuel\">cortex visuel<\/a> des mammif\u00e8res sup\u00e9rieurs. Alors que le cortex stri\u00e9 (V1) d\u00e9compose le signal lumineux r\u00e9tinien brut en une myriade d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d&rsquo;orientation, de contrastes locaux et de fr\u00e9quences spatiales \u00e9l\u00e9mentaires, le cortex circumstri\u00e9 assure une reconstruction analytique de ces fragments sensoriels. Il s&rsquo;\u00e9tend sur une large portion de la face lat\u00e9rale, m\u00e9diale et ventrale du lobe occipital, occupant la majeure partie des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aires_de_Brodmann\">aires de Brodmann<\/a> 18 et 19.<\/p>\n<p>Sur le plan cytoarchitectonique, le cortex circumstri\u00e9 se distingue de la zone stri\u00e9e par l&rsquo;absence abrupte de la ligne de Gennari dans sa couche granuleuse interne (couche IV). Alors que V1 pr\u00e9sente une couche IV exceptionnellement d\u00e9velopp\u00e9e et sous-divis\u00e9e (IVa, IVb, IVc\u03b1, IVc\u03b2), les aires circumstri\u00e9es pr\u00e9sentent une structure laminaire typique du n\u00e9ocortex homotypique granulaire ou eulamin\u00e9, o\u00f9 les couches pyramidales supragranulaires (II et III) et infragranulaires (V et VI) d\u00e9veloppent une connectivit\u00e9 horizontale et r\u00e9ciproque beaucoup plus dense.<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation interne du cortex circumstri\u00e9 n&rsquo;est pas homog\u00e8ne ; elle est compos\u00e9e d&rsquo;une mosa\u00efque de sous-r\u00e9gions r\u00e9tinotopiquement organis\u00e9es qui maintiennent chacune une carte d\u00e9form\u00e9e de l&rsquo;h\u00e9michamp visuel controlat\u00e9ral, un ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le nom de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Retinotopie\">r\u00e9tinotopie<\/a>. \u00c0 mesure que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loigne de la fronti\u00e8re du cortex stri\u00e9, le facteur de grossissement cortical (le rapport entre la surface de cortex allou\u00e9e et l&rsquo;angle visuel per\u00e7u) diminue progressivement pour la fov\u00e9a, tandis que la taille des champs r\u00e9cepteurs augmente exponentiellement, permettant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;invariances perceptives fondamentales telles que l&rsquo;invariance de translation ou d&rsquo;\u00e9chelle.<\/p>\n<p>Sur le plan computationnel, le cortex circumstri\u00e9 repr\u00e9sente le premier carrefour o\u00f9 les informations visuelles subissent un traitement fonctionnel en parall\u00e8le tout en b\u00e9n\u00e9ficiant de m\u00e9canismes r\u00e9troactifs (feedback). Les neurones qui le composent ne r\u00e9pondent plus seulement \u00e0 des stimuli g\u00e9om\u00e9triques stricts ; ils int\u00e8grent le contexte spatial global, d\u00e9tectent les contours illusoires cr\u00e9\u00e9s par le cerveau (comme le triangle de Kanizsa), diff\u00e9rencient le mouvement d&rsquo;un objet par rapport au fond statique et calibrent la perception color\u00e9e en fonction des variations de l&rsquo;illuminant ambiant.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique et jalons scientifiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification et la caract\u00e9risation du cortex circumstri\u00e9 ont franchi plusieurs \u00e9tapes charni\u00e8res au cours des XIXe et XXe si\u00e8cles. D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, les anatomistes Theodor Meynert et Paul Flechsig ont cherch\u00e9 \u00e0 isoler les zones corticales terminales sensorielles des zones dites d&rsquo;association. Cependant, c&rsquo;est l&rsquo;anatomiste australien Alfred Walter Campbell qui, en 1905, d\u00e9crivit pour la premi\u00e8re fois avec pr\u00e9cision une bande bordant l&rsquo;aire visuelle primaire, qu&rsquo;il nomma \u00ab cortex visuo-psychique \u00bb (par opposition au \u00ab cortex visuo-sensoriel \u00bb de l&rsquo;aire stri\u00e9e), pr\u00e9figurant la notion de traitement secondaire perceptif.<\/p>\n<p>En 1909, Korbinian Brodmann formalisa sa c\u00e9l\u00e8bre cartographie cytoarchitectonique du cerveau humain. Il attribua le num\u00e9ro 17 au cortex stri\u00e9, et les num\u00e9ros 18 (aire parastri\u00e9e) et 19 (aire p\u00e9ristri\u00e9e) \u00e0 la bande p\u00e9riph\u00e9rique qui forme le cortex circumstri\u00e9. Parall\u00e8lement, Constantin von Economo et Georg N. Koskinas d\u00e9sign\u00e8rent ces secteurs sous les termes d&rsquo;aires <em>OB<\/em> et <em>OA<\/em> en 1925, insistant sur les modifications de la densit\u00e9 cellulaire et la disparition de la strie gennarienne aux abords de la scissure calcarine.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement des m\u00e9thodes de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale argentique (techniques de Nauta et Gygax) puis du tra\u00e7age axonal par peroxydase de raifort (HRP) r\u00e9volutionna la compr\u00e9hension du cortex circumstri\u00e9. Les travaux pionniers de Hans Kuypers, Deepak Pandya et Kathleen Rockland mirent en \u00e9vidence des projections feedforward pr\u00e9cises quittant les couches supragranulaires de V1 pour faire relais dans le cortex circumstri\u00e9 avant d&rsquo;atteindre le lobe temporal inf\u00e9rieur.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction des micro\u00e9lectrodes d&rsquo;enregistrement cellulaire par David Hubel et Torsten Wiesel \u2014 qui leur valut le prix Nobel en 1981 \u2014 combin\u00e9e aux travaux fondamentaux de Semir Zeki et John Allman sur les singes du Nouveau et de l&rsquo;Ancien Monde, permit de d\u00e9montrer que le cortex circumstri\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas une zone associative informe, mais une juxtaposition rigoureuse d&rsquo;aires sp\u00e9cialis\u00e9es (V2, V3, V4, MT), chacune dot\u00e9e d&rsquo;une machinerie mol\u00e9culaire et modulaire d\u00e9di\u00e9e \u00e0 des attributs perceptifs distincts.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et mod\u00e8les neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse moderne du cortex circumstri\u00e9 repose sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques majeurs de la cognition visuelle. Le cadre le plus influent demeure le mod\u00e8le des deux <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Voies_visuelles\">voies visuelles<\/a> corticales, formalis\u00e9 en 1982 par Leslie Ungerleider et Mortimer Mishkin, puis revisit\u00e9 en 1992 par Melvyn Goodale et David Milner. Dans cette mod\u00e9lisation, le cortex circumstri\u00e9 agit comme une aiguille d&rsquo;orientation : les contingents cellulaires de V2 et V3 envoient des informations tant vers la voie ventrale occipito-temporale (\u00ab vision pour la perception \u00bb) que vers la voie dorsale occipito-pari\u00e9tale (\u00ab vision pour l&rsquo;action \u00bb).<\/p>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique fondamental est le mod\u00e8le hi\u00e9rarchique distribu\u00e9 propos\u00e9 par Daniel Felleman et David Van Essen en 1991. En analysant les patrons laminaires de terminaison des axones corticaux, ces auteurs ont positionn\u00e9 les sous-divisions du cortex circumstri\u00e9 aux niveaux hi\u00e9rarchiques interm\u00e9diaires (niveaux 2 \u00e0 4 d&rsquo;une \u00e9chelle qui en compte 10). Ces aires re\u00e7oivent des connexions ascendantes (\u00ab feedforward \u00bb) traversant la couche IV, tout en \u00e9tant soumises \u00e0 un flux descendant massif (\u00ab feedback \u00bb) \u00e9manant des cortex pr\u00e9frontal, temporal et pari\u00e9tal, se terminant en dehors de la couche IV.<\/p>\n<p>Ce double flux anatomique sous-tend la th\u00e9orie computationnelle du codage pr\u00e9dictif (<em>predictive coding<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9e par Rajesh Rao, Dana Ballard et Karl Friston. Selon cette perspective, le cortex circumstri\u00e9 ne se contente pas de relayer passivement des signaux sensoriels ascendants ; il compare en permanence les pr\u00e9dictions descendantes \u00e9mises par les aires cognitives sup\u00e9rieures avec le signal d&rsquo;erreur visuel venant du cortex stri\u00e9. Cette boucle dynamique permet une stabilisation rapide de la sc\u00e8ne visuelle face au bruit sensoriel.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de l&rsquo;int\u00e9gration des traits (<em>Feature Integration Theory<\/em>), inspir\u00e9e des travaux d&rsquo;Anne Treisman, trouve son substrat biologique au sein du cortex circumstri\u00e9. C&rsquo;est en son sein que les diff\u00e9rents canaux d&rsquo;information s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s d\u00e8s la r\u00e9tine et le corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral (voies magnocellulaire, parvocellulaire et koniocellulaire) commencent \u00e0 converger pour former des unit\u00e9s perceptives stables avant toute cat\u00e9gorisation s\u00e9mantique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>Le cortex circumstri\u00e9 n&rsquo;est pas une structure monolithique ; il se compose de plusieurs sous-unit\u00e9s fonctionnelles distinctes, r\u00e9parties entre l&rsquo;aire 18 et l&rsquo;aire 19 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Aire V2 (Cortex visuel secondaire \/ Aire 18 de Brodmann) :<\/strong> Imm\u00e9diatement contigu\u00eb \u00e0 V1, l&rsquo;aire V2 forme une ceinture compl\u00e8te autour de celle-ci. Elle se singularise sur le plan histochimique par des bandes altern\u00e9es r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par la cytochrome oxydase : les bandes sombres \u00e9paisses (sensibles \u00e0 la disparit\u00e9 binoculaire et au mouvement), les bandes sombres fines (sp\u00e9cialis\u00e9es dans la couleur et la saturation) et les bandes p\u00e2les ou interbandes (d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l&rsquo;orientation spatiale et aux contours illusoires).<\/li>\n<li><strong>Aire V3 (Aire 19 ant\u00e9rieure et ventro-dorsale) :<\/strong> Traditionnellement subdivis\u00e9e en V3 dorsale (V3d) et V3 ventrale (parfois qualifi\u00e9e de V8 ou VP pour <em>ventral posterior<\/em>). Elle joue un r\u00f4le majeur dans l&rsquo;analyse des formes globales en mouvement, la st\u00e9r\u00e9opsie dynamique et l&rsquo;int\u00e9gration des coordonn\u00e9es spatiales \u00e0 moyenne port\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Aire V4 (Complexe occipital ventral circumstri\u00e9) :<\/strong> Localis\u00e9e le long de la circonvolution linguale et fusiforme post\u00e9rieure, l&rsquo;aire V4 est hautement sp\u00e9cialis\u00e9e dans le traitement chromatique sophistiqu\u00e9 (constance de la couleur face aux changements d&rsquo;\u00e9clairage) et la discrimination de formes g\u00e9om\u00e9triques complexes ou courb\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Aire MT \/ V5 (Aire temporale moyenne \/ occipito-temporale) :<\/strong> Situ\u00e9e \u00e0 la jonction entre le lobe occipital circonstri\u00e9 et la portion caudale du sillon temporal sup\u00e9rieur, cette aire est presque exclusivement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la perception des vecteurs cin\u00e9matiques, \u00e0 la d\u00e9tection de la vitesse et \u00e0 la trajectoire des objets dans l&rsquo;espace tridimensionnel.<\/li>\n<li><strong>Aire V3A :<\/strong> R\u00e9gion visuelle log\u00e9e pr\u00e8s du sillon intrapari\u00e9tal, caract\u00e9ris\u00e9e par une haute sensibilit\u00e9 \u00e0 la direction du mouvement et \u00e0 la coh\u00e9rence du flux optique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le d\u00e9placement du sujet lui-m\u00eame dans son environnement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es neuropsychologiques issues de l\u00e9sions focales du cortex circumstri\u00e9 fournissent des illustrations saisissantes de son r\u00f4le fonctionnel s\u00e9lectif dans la perception humaine :<\/p>\n<p>Un cas clinique embl\u00e9matique est celui de la patiente \u00ab L.M. \u00bb, document\u00e9 par Josef Zihl et ses collaborateurs en 1983. \u00c0 la suite d&rsquo;un infarctus c\u00e9r\u00e9bral bilat\u00e9ral et sym\u00e9trique touchant les aires circumstri\u00e9es lat\u00e9rales et la r\u00e9gion MT\/V5, cette patiente d\u00e9veloppa une akin\u00e9topsie c\u00e9r\u00e9brale pure. Elle \u00e9tait parfaitement capable de reconna\u00eetre les objets, de lire et d&rsquo;identifier les teintes chromatiques, mais elle ne percevait plus le mouvement continu. Les objets en d\u00e9placement lui apparaissaient sous la forme d&rsquo;instantan\u00e9s successifs immobiles ; lorsqu&rsquo;elle versait du th\u00e9 dans une tasse, le liquide semblait gel\u00e9, et elle ne s&rsquo;apercevait du d\u00e9bordement que lorsque la tasse \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pleine.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple clinique classique concerne l&rsquo;achromatopsie c\u00e9r\u00e9brale centrale, cons\u00e9cutive \u00e0 des l\u00e9sions isch\u00e9miques ou traumatiques du cortex circumstri\u00e9 ventral (particuli\u00e8rement le complexe V4 \/ gyrus lingual et fusiforme). Les patients atteints d\u00e9crivent leur environnement visuel comme ayant perdu toute chromaticit\u00e9, apparaissant dans des d\u00e9grad\u00e9s de gris \u00ab sales \u00bb ou \u00ab plomb\u00e9s \u00bb. Bien que leur acuit\u00e9 visuelle demeure conserv\u00e9e et que leurs photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens fonctionnent normalement, le cortex circumstri\u00e9 endommag\u00e9 ne parvient plus \u00e0 synth\u00e9tiser les longueurs d&rsquo;onde lumineuses en signaux de couleur perceptibles.<\/p>\n<p>Enfin, dans le domaine de la perception des formes, les atteintes de l&rsquo;aire circumstri\u00e9e V2 entra\u00eenent fr\u00e9quemment une incapacit\u00e9 \u00e0 percevoir les figures amorphes ou les contours subjectifs. Alors qu&rsquo;un sujet sain per\u00e7oit spontan\u00e9ment des bordures virtuelles liant des \u00e9l\u00e9ments g\u00e9om\u00e9triques fragment\u00e9s (comme les figures d&rsquo;Edgar Rubin ou de Gaetano Kanizsa), un individu pr\u00e9sentant une d\u00e9saff\u00e9rentation du cortex circumstri\u00e9 pr\u00e9coce ne per\u00e7oit que des \u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s sans parvenir \u00e0 clore la forme per\u00e7ue en un tout unifi\u00e9.<\/p>\n<h3>9. Mesure, cartographie et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration structurelle et fonctionnelle du cortex circumstri\u00e9 s&rsquo;appuie sur un arsenal m\u00e9thodologique de pointe issu de la biophysique et de la neuropsychologie clinique. L&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence chez l&rsquo;\u00eatre humain est l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\">IRMf<\/a>) coupl\u00e9e \u00e0 la cartographie r\u00e9tinotopique par balayage d&rsquo;ondes p\u00e9riodiques (stimuli en secteurs tournants et anneaux concentriques dilat\u00e9s). Cette technique permet de d\u00e9limiter avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique les fronti\u00e8res des aires circumstri\u00e9es V2, V3 et V4 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;inversion de la polarit\u00e9 du champ visuel le long des m\u00e9ridiens horizontaux et verticaux.<\/p>\n<p>En compl\u00e9ment de la r\u00e9tinotopie classique, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique \u00e0 haut champ (7 Tesla et plus) permet aujourd&rsquo;hui d&rsquo;observer l&rsquo;organisation laminaire interne et les bandes de cytochrome oxydase du cortex circumstri\u00e9 <em>in vivo<\/em>, approchant la r\u00e9solution spatiale des \u00e9tudes histologiques post-mortem. L&rsquo;imagerie du tenseur de diffusion (DTI) et la tractographie permettent quant \u00e0 elles de reconstruire les faisceaux de substance blanche qui unissent le cortex circumstri\u00e9 aux p\u00f4les temporaux et pari\u00e9taux, tels que le faisceau longitudinal inf\u00e9rieur et le faisceau occipito-frontal vertical.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et les potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV) de haute densit\u00e9 temporelle permettent de mesurer le d\u00e9cours chronologique du traitement de l&rsquo;information. L&rsquo;onde P100 (survenant approximativement 100 millisecondes apr\u00e8s l&rsquo;apparition du stimulus) traduit la premi\u00e8re vague de propagation synaptique entre le cortex stri\u00e9 et le cortex circumstri\u00e9, tandis que des ondes plus tardives (N170, P200) refl\u00e8tent les computations r\u00e9entrantes au sein des aires circumstri\u00e9es ventrales.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique et clinique, l&rsquo;\u00e9valuation des dysfonctionnements du cortex circumstri\u00e9 repose sur des batteries neuropsychologiques standardis\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;image du test de r\u00e9tention visuelle de Benton, de la batterie VOSP (<em>Visual Object and Space Perception Battery<\/em>) ou du test de reconnaissance des figures enchev\u00eatr\u00e9es de Poppelreuter, qui permettent d&rsquo;isoler les d\u00e9ficits d&rsquo;int\u00e9gration des contours, de st\u00e9r\u00e9opsie ou d&rsquo;orientation spatiale.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude approfondie du cortex circumstri\u00e9 rev\u00eat une importance capitale dans de nombreux champs m\u00e9dicaux, chirurgicaux et technologiques. En neurologie clinique, la localisation exacte de cette zone conditionne l&rsquo;interpr\u00e9tation diagnostique des agnosies visuelles aperceptives \u2014 pathologies dans lesquelles les patients ne peuvent plus former une repr\u00e9sentation perceptuelle coh\u00e9rente d&rsquo;un objet malgr\u00e9 des yeux intacts \u2014 ainsi que du syndrome de Balint ou du syndrome de Bonnet (hallucinations visuelles complexes chez les patients souffrant de d\u00e9aff\u00e9rentation sensorielle).<\/p>\n<p>En neurochirurgie oncologique et de l&rsquo;\u00e9pilepsie, la cartographie perop\u00e9ratoire du cortex circumstri\u00e9 par stimulations \u00e9lectriques corticales directes chez le patient \u00e9veill\u00e9 est indispensable lors de r\u00e9sections de tumeurs situ\u00e9es dans les lobes occipitaux ou temporo-occipitaux. Elle \u00e9vite d&rsquo;induire des d\u00e9ficits perceptifs irr\u00e9versibles, tels que des scotomes complexes, des perturbations du champ visuel p\u00e9riph\u00e9rique ou une perte de la perception des couleurs.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale et du d\u00e9veloppement de proth\u00e8ses visuelles corticales destin\u00e9es aux personnes aveugles, la ceinture circumstri\u00e9e repr\u00e9sente une cible d&rsquo;int\u00e9r\u00eat alternatif ou compl\u00e9mentaire \u00e0 l&rsquo;aire V1. Les implants micro-\u00e9lectroniques stimulant s\u00e9lectivement des groupes neuronaux dans les aires 18 et 19 permettent de g\u00e9n\u00e9rer des phosph\u00e8nes structur\u00e9s de plus haut niveau, facilitant la navigation spatiale autonome sans surcharger la topographie d\u00e9licate de la strie gennarienne primaire.<\/p>\n<p>Enfin, les algorithmes de vision par ordinateur et les r\u00e9seaux de neurones artificiels convolutifs profonds (CNN) s&rsquo;inspirent directement de la disposition \u00e9tag\u00e9e du cortex circumstri\u00e9. Les couches interm\u00e9diaires des r\u00e9seaux modernes r\u00e9pliquent math\u00e9matiquement les op\u00e9rations des neurones de V2 et V4, int\u00e9grant des filtres de Gabor initiaux pour extraire des textures complexes, des surfaces tridimensionnelles et des r\u00e9gularit\u00e9s statistiques, d\u00e9montrant ainsi la valeur translationnelle fondamentale de cette architecture biologique.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines en neurobiologie mol\u00e9culaire et cognitive ont profond\u00e9ment enrichi notre compr\u00e9hension de la connectivit\u00e9 circumstri\u00e9e. Les travaux dirig\u00e9s par David Van Essen, Semir Zeki et Margaret Livingstone ont d\u00e9montr\u00e9 que le traitement de l&rsquo;information visuelle au sein de cette r\u00e9gion est sous-tendu par une s\u00e9gr\u00e9gation biochimique remarquable, gouvern\u00e9e par la distribution diff\u00e9rentielle des sous-unit\u00e9s des r\u00e9cepteurs glutamatergiques AMPA et NMDA ainsi que par l&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9tabolique de la cytochrome oxydase.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes longitudinales en neuro-imagerie ont \u00e9galement mis en \u00e9vidence la plasticit\u00e9 synaptique exceptionnelle du cortex circumstri\u00e9 chez les sujets priv\u00e9s de vision d\u00e8s la naissance. Des chercheurs comme Alvaro Pascual-Leone et Franco Lepore ont d\u00e9montr\u00e9 que, chez les personnes aveugles pr\u00e9coces, les aires circumstri\u00e9es occipitales (notamment V2 et V3) sont massivement recrut\u00e9es pour traiter des informations tactiles (lecture de l&rsquo;alphabet Braille) et auditives (\u00e9cholocalisation spatiale). Cette r\u00e9allocation cross-modale prouve que les computations g\u00e9om\u00e9triques du cortex circumstri\u00e9 peuvent fonctionner ind\u00e9pendamment de l&rsquo;entr\u00e9e sensorielle lumineuse primaire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches sur la conscience visuelle et le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab vision aveugle \u00bb (<em>blindsight<\/em>), explor\u00e9 initialement par Lawrence Weiskrantz et Petra Stoerig, ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence de voies directes contournant le cortex stri\u00e9 : des projections sous-corticales issues du colliculus sup\u00e9rieur et du pulvinar thalamique se projettent directement sur certaines zones circumstri\u00e9es (notamment MT\/V5 et V4). Ces connexions extrag\u00e9niculo-stri\u00e9es expliquent pourquoi certains patients corticalement aveugles \u00e0 la suite d&rsquo;une destruction compl\u00e8te de V1 conservent une capacit\u00e9 inconsciente \u00e0 d\u00e9tecter la direction d&rsquo;un mouvement ou la pr\u00e9sence d&rsquo;une lumi\u00e8re sans pour autant en faire l&rsquo;exp\u00e9rience visuelle subjective consciente.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;architecture macro-anatomique du cortex circumstri\u00e9 soit universelle au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la neuro-imagerie interculturelle et la psychologie cognitive ont d\u00e9montr\u00e9 que le fonctionnement et la connectivit\u00e9 fonctionnelle de cette r\u00e9gion peuvent \u00eatre modul\u00e9s par des facteurs environnementaux, linguistiques et \u00e9ducatifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;apprentissage de la lecture constitue l&rsquo;un des exemples les plus manifestes de cette plasticit\u00e9 culturelle. Comme l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 Stanislas Dehaene et ses collaborateurs dans leurs travaux sur le \u00ab recyclage neuronal \u00bb, l&rsquo;acquisition de la litt\u00e9ratie entra\u00eene une sp\u00e9cialisation fonctionnelle d&rsquo;un sous-secteur du cortex circumstri\u00e9 et fusiforme de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche : la zone de la forme visuelle des mots (<em>Visual Word Form Area<\/em> ou VWFA). Chez les individus alphab\u00e9tis\u00e9s, cette zone circumstri\u00e9e ventrale r\u00e9oriente ses algorithmes de reconnaissance morphologique (initialement d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l&rsquo;identification de formes naturelles) vers le d\u00e9codage rapide des graph\u00e8mes, des lettres et des caract\u00e8res typographiques.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les travaux de recherche comparant les populations occidentales et d&rsquo;Asie orientale sur l&rsquo;exploration de sc\u00e8nes visuelles (th\u00e9orie du traitement holistique versus analytique men\u00e9e par Richard Nisbett) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des activations diff\u00e9rentielles au sein des aires circumstri\u00e9es pr\u00e9coces. Les participants issus de cultures valorisant l&rsquo;attention contextuelle globale pr\u00e9sentent une modulation top-down plus marqu\u00e9e sur les aires circumstri\u00e9es lors de la d\u00e9tection des relations spatiales p\u00e9riph\u00e9riques, tandis que les sujets focalis\u00e9s sur les cibles centrales sollicitent pr\u00e9f\u00e9rentiellement les r\u00e9seaux circumstri\u00e9s fov\u00e9aux.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les variations linguistiques dans le lexique des couleurs (par exemple, la distinction grammaticale entre plusieurs nuances de bleu dans certaines langues comme le russe ou le grec) induisent des r\u00e9ponses neurophysiologiques discriminantes plus rapides dans le cortex circumstri\u00e9 ventral (V4) de ces locuteurs, d\u00e9montrant une interaction subtile entre conventions culturelles et codage perceptif pr\u00e9coce.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la formule \u00ab cortex circumstri\u00e9 \u00bb a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 des neuroanatomistes contemporains. La principale critique tient \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9cision inh\u00e9rente \u00e0 ce terme descriptif purement topographique. \u00c0 l&rsquo;origine, qualifier de circumstri\u00e9e l&rsquo;ensemble de la mati\u00e8re grise bordant V1 masquait l&rsquo;extr\u00eame h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 fonctionnelle, cytoarchitectonique et my\u00e9loarchitectonique de la r\u00e9gion, amalgamant sous un m\u00eame vocable des aires aussi dissemblables que V2 (r\u00e9tinotopique stricte) et le cortex inf\u00e9rotemporal post\u00e9rieur (d\u00e9pourvu de cartographie spatiale stricte).<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans la d\u00e9limitation exacte des fronti\u00e8res inter-aires. Alors que la fronti\u00e8re entre le cortex stri\u00e9 et le cortex circumstri\u00e9 est spectaculaire et sans \u00e9quivoque (marqu\u00e9e par l&rsquo;interruption subite de la strie de Gennari), les fronti\u00e8res internes s\u00e9parant V2, V3 et V4 demeurent particuli\u00e8rement fluctuantes d&rsquo;un individu \u00e0 un autre, variant selon la profondeur et la giration des sillons occipitaux. Certains anatomistes contestent m\u00eame l&rsquo;homologie stricte entre l&rsquo;organisation des sous-divisions circumstri\u00e9es chez les rongeurs, les carnivores et les primates, incitant \u00e0 une grande prudence dans l&rsquo;extrapolation inter-esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le classique fond\u00e9 sur une stricte hi\u00e9rarchie ascendante partant du cortex stri\u00e9 vers le cortex circumstri\u00e9 a \u00e9t\u00e9 largement remis en question par les d\u00e9couvertes sur les projections thalamo-corticales directes. L&rsquo;existence de connexions massives et parall\u00e8les entre le pulvinar, les corps genouill\u00e9s lat\u00e9raux et diff\u00e9rentes portions du cortex circumstri\u00e9 sans \u00e9tape obligatoire par V1 a forc\u00e9 les neuroscientifiques \u00e0 abandonner la vision d&rsquo;un syst\u00e8me visuel s\u00e9quentiel au profit d&rsquo;un mod\u00e8le en r\u00e9seau massivement interconnect\u00e9 et r\u00e9entrant.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions terminologiques<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion lexicale dans l&rsquo;analyse de la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement les notions suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cortex stri\u00e9 (V1 \/ Aire 17) :<\/strong> Aire visuelle primaire caract\u00e9ris\u00e9e histologiquement par la strie de Gennari. Il constitue la porte d&rsquo;entr\u00e9e corticale des signaux g\u00e9niculo-stri\u00e9s, alors que le cortex circumstri\u00e9 l&rsquo;entoure et en recueille les eff\u00e9rences directes.<\/li>\n<li><strong>Cortex extrastri\u00e9 :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des aires visuelles situ\u00e9es en dehors du cortex stri\u00e9. Bien que tr\u00e8s proche de \u00ab cortex circumstri\u00e9 \u00bb, le concept de cortex extrastri\u00e9 est plus \u00e9tendu, incluant \u00e9galement des zones distantes des lobes pari\u00e9tal et temporal qui ne bordent pas physiquement la r\u00e9gion stri\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Cortex p\u00e9ristri\u00e9 :<\/strong> D\u00e9signe plus particuli\u00e8rement l&rsquo;aire 19 de Brodmann, occupant la couronne p\u00e9riph\u00e9rique externe, tandis que l&rsquo;aire 18 est traditionnellement qualifi\u00e9e d&rsquo;aire parastri\u00e9e (intercal\u00e9e entre V1 et l&rsquo;aire p\u00e9ristri\u00e9e). Le cortex circumstri\u00e9 regroupe traditionnellement ces deux zones.<\/li>\n<li><strong>Voie ventrale et voie dorsale :<\/strong> Grands faisceaux cortico-corticaux qui \u00e9mergent des sous-r\u00e9gions du cortex circumstri\u00e9. Le cortex circumstri\u00e9 constitue la matrice d&rsquo;origine commune \u00e0 partir de laquelle s&rsquo;op\u00e8re la s\u00e9gr\u00e9gation de ces deux grands axes de traitement cognitif.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agnosie_visuelle\">Agnosie visuelle<\/a> :<\/strong> Cons\u00e9quence clinique neuropsychologique fr\u00e9quente des l\u00e9sions des aires circumstri\u00e9es et associatives, \u00e0 distinguer de la c\u00e9cit\u00e9 corticale provoqu\u00e9e par la destruction du cortex stri\u00e9 lui-m\u00eame.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le cortex circumstri\u00e9 correspond \u00e0 la ceinture de cortex visuel associatif d&rsquo;ordre interm\u00e9diaire qui borde le cortex stri\u00e9 primaire (V1). Compos\u00e9 principalement des aires 18 et 19 de Brodmann (englobant les complexes fonctionnels V2, V3, V4 et MT\/V5), il se caract\u00e9rise sur le plan anatomique par la disparition de la strie de Gennari et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une organisation laminaire homotypique riche en connexions horizontales et r\u00e9entrantes.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, cette r\u00e9gion ne se limite pas \u00e0 un simple passage passif de donn\u00e9es, mais assure l&rsquo;analyse, l&rsquo;assemblage et la s\u00e9gr\u00e9gation en parall\u00e8le des diff\u00e9rents attributs de la vision : st\u00e9r\u00e9opsie, disparit\u00e9 binoculaire, contours illusoires, constance des teintes et dynamique vectorielle des mouvements. Il distribue ensuite ces repr\u00e9sentations \u00e9labor\u00e9es vers le faisceau ventral (pour l&rsquo;identification perceptuelle) et le faisceau dorsal (pour la localisation spatiale et l&rsquo;action motrice).<\/p>\n<p>Les atteintes bilat\u00e9rales ou unilat\u00e9rales de ses diff\u00e9rentes sous-r\u00e9gions sont \u00e0 l&rsquo;origine de syndromes neuropsychologiques dissoci\u00e9s hautement sp\u00e9cifiques, tels que l&rsquo;achromatopsie centrale, l&rsquo;akin\u00e9topsie ou diverses formes d&rsquo;agnosies visuelles. Aujourd&rsquo;hui explor\u00e9 par r\u00e9tinotopie en IRMf \u00e0 ultra-haut champ et \u00e9lectrophysiologie unitaire, le cortex circumstri\u00e9 demeure au centre des mod\u00e8les contemporains de perception pr\u00e9dictive et de r\u00e9habilitation sensorielle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cragg, B. G., &#038; Ainsworth, A. (1969). The topography of the afferent projections in the circumstriate cortex of the monkey studied by the Nauta method. <em>Vision Research<\/em>, 9(7), 733-747. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0042-6989(69)90011-5\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0042-6989(69)90011-5<\/a><\/li>\n<li>Felleman, D. J., &#038; Van Essen, D. C. (1991). Distributed hierarchical processing in the primate cerebral cortex. <em>Cerebral Cortex<\/em>, 1(1), 1-47. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/1.1.1\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/1.1.1<\/a><\/li>\n<li>Goodale, M. A., &#038; Milner, A. D. (1992). Separate visual pathways for perception and action. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 15(1), 20-25. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(92)90344-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(92)90344-8<\/a><\/li>\n<li>Hubel, D. H., &#038; Wiesel, T. N. (1965). Receptive fields and functional architecture in two nonstriate visual areas (18 and 19) of the cat. <em>Journal of Neurophysiology<\/em>, 28(2), 229-289. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1965.28.2.229\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/jn.1965.28.2.229<\/a><\/li>\n<li>Ungerleider, L. G., &#038; Mishkin, M. (1982). Two cortical visual systems. In D. J. Ingle, M. A. Goodale, &#038; R. J. W. Mansfield (Eds.), <em>Analysis of Visual Behavior<\/em> (pp. 549-586). MIT Press.<\/li>\n<li>Zeki, S. (1978). Uniformity and diversity of structure and function in rhesus monkey prestriate visual cortex. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 277(1), 273-290. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1978.sp012272\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1978.sp012272<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cortex circumstri\u00e9 regroupe les aires visuelles n\u00e9ocorticales qui entourent le cortex stri\u00e9 primaire. 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