{"id":23383,"date":"2026-10-31T04:38:10","date_gmt":"2026-10-31T04:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=nombre-de-chromosomes-genetique-psychologie"},"modified":"2026-10-31T04:38:10","modified_gmt":"2026-10-31T04:38:10","slug":"nombre-de-chromosomes-genetique-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=nombre-de-chromosomes-genetique-psychologie","title":{"rendered":"Nombre chromosomique : L&rsquo;architecture du g\u00e9nome"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour fondamental de la g\u00e9n\u00e9tique cellulaire, des neurosciences cognitives et de la psychopathologie d\u00e9veloppementale, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 num\u00e9rique du mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique constitue le socle structural \u00e0 partir duquel s&rsquo;\u00e9rigent les architectures c\u00e9r\u00e9brales et les processus psychiques. Comprendre comment le nombre de chromosomes gouverne l&rsquo;hom\u00e9ostasie biologique permet d&rsquo;\u00e9lucider les trajectoires neurod\u00e9veloppementales atypiques et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s comportementales qui \u00e9mergent d\u00e8s lors que cette constante num\u00e9rique est alt\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h2>Nombre de chromosomes<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Le <strong>nombre de chromosomes<\/strong> d\u00e9signe la quantit\u00e9 quantitativement caract\u00e9ristique, constante et sp\u00e9cifique d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments chromatinins individualis\u00e9s pr\u00e9sents au sein du noyau cellulaire d&rsquo;une esp\u00e8ce biologique donn\u00e9e au cours de la m\u00e9taphase mitotique. Chez l&rsquo;\u00eatre humain normatif, ce nombre s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 quarante-six dans les cellules somatiques diplo\u00efdes (2n = 46) et \u00e0 vingt-trois dans les gam\u00e8tes haplo\u00efdes (n = 23)<\/span>.<\/p>\n<p>En psychologie biologique, en neuropsychiatrie et en cytog\u00e9n\u00e9tique clinique, le nombre chromosomique repr\u00e9sente une variable d&rsquo;observation biom\u00e9trique majeure. Tout \u00e9cart par rapport \u00e0 la valeur modale diplo\u00efde fondamentale alt\u00e8re le dosage g\u00e9nique global, induisant des perturbations profondes de l&rsquo;organogen\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale, de la synaptogen\u00e8se pr\u00e9coce et du m\u00e9tabolisme neuronal. Ces modifications cytog\u00e9n\u00e9tiques se manifestent cliniquement par des profils neurocognitifs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, des troubles de la communication sociale et des trajectoires psychopathologiques singuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Cette constante num\u00e9rique, constitutive de la formule chromosomique ou du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Caryotype\">caryotype<\/a> standardis\u00e9 d&rsquo;un individu, ne refl\u00e8te pas uniquement un d\u00e9compte structural inerte. Elle traduit une r\u00e9gulation dynamique de l&rsquo;expression pang\u00e9nomique dont la stabilit\u00e9 conditionne la maturation des r\u00e9seaux synaptiques, la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale tout au long de la vie et la modulation des r\u00e9ponses affectives et comportementales face \u00e0 l&rsquo;environnement.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression associe le substantif fran\u00e7ais \u00ab nombre \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du latin classique <em>numerus<\/em>, signifiant \u00ab quantit\u00e9 mesurable \u00bb, \u00ab division rythm\u00e9e \u00bb ou \u00ab rang \u00bb, au terme \u00ab chromosome \u00bb, n\u00e9ologisme savant introduit dans la litt\u00e9rature scientifique en 1888 par l&rsquo;anatomiste et biologiste allemand Heinrich Wilhelm Waldeyer. Ce dernier a forg\u00e9 le terme \u00e0 partir des racines grecques anciennes \u03c7\u03c1\u1ff6\u03bc\u03b1 (<em>khr\u00f4ma<\/em>), signifiant \u00ab couleur \u00bb, et \u03c3\u1ff6\u03bc\u03b1 (<em>s\u00f4ma<\/em>), d\u00e9signant le \u00ab corps \u00bb ou la \u00ab mati\u00e8re corporelle tangible \u00bb.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9nomination \u00e9tymologique tire son origine de la remarquable affinit\u00e9 que pr\u00e9sentent ces organites nucl\u00e9aires pour les colorants basiques de laboratoire (tels que la fuchsine basique ou le r\u00e9actif de Giemsa), affinit\u00e9 qui permit aux pionniers de la cytologie optique de les visualiser distinctement lors des phases de division cellulaire. Le terme est entr\u00e9 dans le lexique m\u00e9dical et psychiatrique francophone au tout d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, au confluent des lois red\u00e9couvertes de Gregor Mendel et des travaux fondamentaux de Walter Sutton et Theodor Boveri sur la th\u00e9orie chromosomique de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le domaine des sciences de l&rsquo;esprit et de la psychopathologie d\u00e9veloppementale, l&rsquo;introduction de ce concept a marqu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9terminante. Elle a permis de substituer aux doctrines descriptives de la \u00ab d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00bb ou aux th\u00e9ories psychodynamiques causales non \u00e9tay\u00e9es une compr\u00e9hension organiciste rigoureuse des retards mentaux syndromiques et des perturbations pr\u00e9coces de la maturation c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression nominale masculine \u00ab nombre de chromosomes \u00bb se prononce couramment dans l&rsquo;espace phon\u00e9tique francophone international : \/n\u0254\u0303b\u0281 d\u0259 k\u0281\u0254.m\u0254.zom\/. On rencontre \u00e9galement l&rsquo;adjectif relationnel associ\u00e9 dans les locutions \u00ab nombre chromosomique \u00bb (\/n\u0254\u0303b\u0281 k\u0281\u0254.m\u0254.zo.mik\/) ou \u00ab formule chromosomique \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal compos\u00e9 d&rsquo;un substantif recteur masculin singulier (\u00ab nombre \u00bb) compl\u00e9t\u00e9 par une pr\u00e9position (\u00ab de \u00bb) et un substantif pluriel sans article (\u00ab chromosomes \u00bb). L&rsquo;adjectif \u00ab chromosomique \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le substantif qu&rsquo;il qualifie (par exemple, des \u00ab variations chromosomiques \u00bb).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique et les dossiers d&rsquo;\u00e9valuation neurod\u00e9veloppementale, cette terminologie s&rsquo;int\u00e8gre au sein de formules normalis\u00e9es selon la nomenclature internationale ISCN (<em>International System for Human Cytogenomic Nomenclature<\/em>). On y consigne formellement le nombre total d&rsquo;entit\u00e9s cellulaires suivi de la constitution en gonosomes, \u00e0 l&rsquo;instar de \u00ab 46,XX \u00bb, \u00ab 46,XY \u00bb, \u00ab 47,XX,+21 \u00bb ou \u00ab 45,X \u00bb, articulant rigoureusement la m\u00e9trologie chiffr\u00e9e \u00e0 la s\u00e9miologie cytog\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;organisation cellulaire eucaryote, le nombre de chromosomes circonscrit l&rsquo;agencement compartiment\u00e9 du g\u00e9nome nucl\u00e9aire. Dans chaque noyau de cellule somatique humaine, l&rsquo;acide d\u00e9soxyribonucl\u00e9ique (ADN) double brin ne flotte pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de polym\u00e8re isol\u00e9 ; il est intimement condens\u00e9 et lov\u00e9 autour d&rsquo;octam\u00e8res de prot\u00e9ines basiques appel\u00e9es histones pour former la chromatine. Durant l&rsquo;interphase, cette chromatine adopte une configuration topologique rel\u00e2ch\u00e9e permettant la transcription g\u00e9nique, avant de se condenser massivement lors de la prophase et de la m\u00e9taphase pour former des corpuscules visibles au microscope photonique : les chromosomes.<\/p>\n<p>La constance du nombre chromosomique est garantie par une machinerie enzymatique et m\u00e9canique d&rsquo;une extr\u00eame pr\u00e9cision, r\u00e9gie par le fuseau mitotique et le point de contr\u00f4le de l&rsquo;assemblage du fuseau (<em>Spindle Assembly Checkpoint<\/em>). Au cours de la mitose, la s\u00e9gr\u00e9gation des chromatides s\u0153urs assure la reproduction fid\u00e8le du nombre diplo\u00efde au sein de chaque cellule fille. Lors de la m\u00e9iose, processus exclusif \u00e0 la lign\u00e9e germinale, deux divisions successives pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;un seul cycle de r\u00e9plication permettent la r\u00e9duction exacte de moiti\u00e9 du capital structural, produisant des gam\u00e8tes haplo\u00efdes dont l&rsquo;amphimixie, au moment de la f\u00e9condation, restaure la diplo\u00efdie originelle sp\u00e9cifique de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Pour la psychologie scientifique et les neurosciences comportementales, la r\u00e9gularit\u00e9 du nombre de chromosomes est la condition <em>sine qua non<\/em> d&rsquo;une expression st\u0153chiom\u00e9trique \u00e9quilibr\u00e9e des complexes prot\u00e9iques du syst\u00e8me nerveux central. Le cerveau humain requiert, pour son architecture neuronale et gliale, l&rsquo;expression coordonn\u00e9e de milliers de g\u00e8nes r\u00e9gissant la migration des neuroblastes corticaux, le guidage axonal, la formation des \u00e9pines dendritiques et la synth\u00e8se des neurotransmetteurs. Une rupture num\u00e9rique, qu&rsquo;elle soit par exc\u00e8s ou par d\u00e9faut, g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9r\u00e9gulation globale de la cascade transcriptionnelle par effet de dosage g\u00e9nique (<em>gene dosage effect<\/em>).<\/p>\n<p>Le spectre des cons\u00e9quences d&rsquo;une variation num\u00e9rique chromosomique ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple anomalie morphologique. Il induit une r\u00e9organisation structurelle et fonctionnelle des connectomes c\u00e9r\u00e9braux. Les r\u00e9seaux fronto-striataux, le syst\u00e8me limbique et les circuits temporo-pari\u00e9taux pr\u00e9sentent des alt\u00e9rations de connectivit\u00e9 intrins\u00e8que qui se traduisent par des ph\u00e9notypes neurocomportementaux reconnaissables, caract\u00e9ris\u00e9s par des profils cognitifs sp\u00e9cifiques, des difficult\u00e9s ex\u00e9cutives, des alt\u00e9rations du langage et des variations de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux stresseurs psychosociaux.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la d\u00e9termination du nombre chromosomique chez l&rsquo;\u00eatre humain illustre avec acuit\u00e9 la d\u00e9pendance de la d\u00e9couverte scientifique envers les innovations technologiques et les paradigmes th\u00e9oriques dominants. Durant le dernier quart du XIXe si\u00e8cle, les observations de Walther Flemming en 1882 permirent les premi\u00e8res estimations visuelles, situant approximativement le nombre de filaments intranucl\u00e9aires humains entre vingt et quarante. Les limitations de r\u00e9solution des microscopes optiques et la tendance naturelle des chromosomes m\u00e9taphasiques \u00e0 s&rsquo;agglutiner rendaient le comptage singuli\u00e8rement al\u00e9atoire.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">En 1923, le cytologiste am\u00e9ricain Theophilus Painter publia des travaux fondateurs bas\u00e9s sur des coupes histologiques de tissu testiculaire humain. Initialement ind\u00e9cis entre vingt-trois et vingt-quatre bivalents m\u00e9iotiques, Painter conclut fermement \u00e0 l&rsquo;existence de quarante-huit chromosomes chez l&rsquo;homme. Ce chiffre de 2n = 48 devint un dogme scientifique universellement admis pendant plus de trois d\u00e9cennies, repris m\u00e9caniquement dans tous les manuels de biologie et de m\u00e9decine du monde entier, sans que quiconque ne parvienne \u00e0 le contester exp\u00e9rimentalement<\/span>.<\/p>\n<p>La rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure survint en 1956, lorsque le chercheur sino-am\u00e9ricain Joe Hin Tjio et le g\u00e9n\u00e9ticien su\u00e9dois Albert Levan, travaillant \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lund, publi\u00e8rent un article historique dans la revue <em>Hereditas<\/em>. En perfectionnant la culture de cellules de tissus pulmonaires embryonnaires humains, en utilisant un pr\u00e9traitement \u00e0 la colchicine pour bloquer la mitose en m\u00e9taphase et, surtout, en introduisant un choc hypotonique qui dispersait les chromosomes de fa\u00e7on isol\u00e9e sans les d\u00e9chirer, ils \u00e9tablirent de mani\u00e8re indiscutable que le nombre normal de chromosomes somatiques humains \u00e9tait exactement de quarante-six. Leurs r\u00e9sultats furent confirm\u00e9s la m\u00eame ann\u00e9e par Charles Ford et John Hamerton au Royaume-Uni.<\/p>\n<p>Cette clarification m\u00e9thodologique ouvrit imm\u00e9diatement la voie \u00e0 la r\u00e9volution de la cytog\u00e9n\u00e9tique clinique et neuropsychiatrique. D\u00e8s 1959, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J%C3%A9r%C3%B4me_Lejeune\">J\u00e9r\u00f4me Lejeune<\/a>, Marthe Gautier et Raymond Turpin d\u00e9couvrirent \u00e0 Paris que le syndrome de Down (alors nomm\u00e9 \u00ab mongolisme \u00bb) r\u00e9sultait de la pr\u00e9sence d&rsquo;un quarante-septi\u00e8me chromosome, inaugurant l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;\u00e9tiologie chromosomique des troubles cognitifs majeurs. Dans les ann\u00e9es cons\u00e9cutives, Patricia Jacobs, Paul Polani et Harry Klinefelter d\u00e9crivirent les aneuplo\u00efdies gonosomiques (syndromes de Turner, de Klinefelter et de triple X), connectant pour la premi\u00e8re fois de fa\u00e7on formelle des alt\u00e9rations quantitatives de chromosomes \u00e0 des tableaux comportementaux, psychiatriques et neuropsychologiques sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse du nombre de chromosomes repose sur plusieurs piliers conceptuels majeurs unifiant la g\u00e9nomique structurale et les mod\u00e8les neurocognitifs modernes. Le premier mod\u00e8le th\u00e9orique central est la <strong>th\u00e9orie du d\u00e9s\u00e9quilibre du dosage g\u00e9nique<\/strong> (<em>gene dosage balance hypothesis<\/em>). Selon ce principe, l&rsquo;\u00e9volution biologique a optimis\u00e9 les complexes multiprot\u00e9iques cellulaires pour fonctionner dans des rapports quantitatifs rigoureusement \u00e9quilibr\u00e9s. L&rsquo;addition ou la soustraction d&rsquo;un chromosome entier bouleverse ce ratio st\u0153chiom\u00e9trique, entra\u00eenant l&rsquo;accumulation de sous-unit\u00e9s non assembl\u00e9es ou la carence de prot\u00e9ines r\u00e9gulatrices indispensables, ce qui d\u00e9sorganise les r\u00e9seaux de signalisation cellulaire au cours de la neurogen\u00e8se.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique incontournable est la <strong>th\u00e9orie de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 d\u00e9veloppementale et de la canalisation<\/strong>, formul\u00e9e initialement par Conrad Hal Waddington. Selon ce concept, le g\u00e9nome assure normalement une \u00ab canalisation \u00bb robuste qui prot\u00e8ge l&rsquo;organisme en d\u00e9veloppement contre les micro-perturbations environnementales et stochastiques. Les aneuplo\u00efdies affaiblissent ce tampon d\u00e9veloppemental, rendant la formation des structures c\u00e9r\u00e9brales extr\u00eamement labile. Cette d\u00e9canalisation explique pourquoi, pour une anomalie num\u00e9rique identique, on observe une variance ph\u00e9notypique et psychologique consid\u00e9rable parmi les individus affect\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie, ces perturbations sont conceptualis\u00e9es \u00e0 travers le prisme de la <strong>th\u00e9orie des ph\u00e9notypes neurocomportementaux syndromiques<\/strong>. D\u00e9velopp\u00e9e notamment par des chercheurs comme Robert Hodapp et Elisabeth Dykens, cette approche stipule qu&rsquo;une anomalie du nombre chromosomique ne g\u00e9n\u00e8re pas un d\u00e9ficit intellectuel indiff\u00e9renci\u00e9, mais plut\u00f4t une signature neurocognitive distincte, comportant des pics de comp\u00e9tences relatifs et des zones de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9lectives qui influencent directement l&rsquo;apprentissage, les capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation et le risque de troubles psychiatriques comorbides.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude cytog\u00e9nomique des nombres chromosomiques repose sur une taxonomie rigoureuse qui classe les configurations structurales et leurs d\u00e9viations quantitatives selon diff\u00e9rentes dimensions biologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>L&rsquo;euplo\u00efdie :<\/strong> \u00c9tat physiologique caract\u00e9ris\u00e9 par un nombre de chromosomes qui est un multiple exact du lot haplo\u00efde de base (n). Chez l&rsquo;\u00eatre humain, l&rsquo;euplo\u00efdie somatique standard correspond \u00e0 la diplo\u00efdie (2n = 46 chromosomes, soit 22 paires d&rsquo;autosomes et une paire d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rochromosomes ou gonosomes)<\/span>.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>La polyplo\u00efdie :<\/strong> Pr\u00e9sence de jeux chromosomiques complets surnum\u00e9raires, tels que la triplo\u00efdie (3n = 69 chromosomes) ou la t\u00e9traplo\u00efdie (4n = 92 chromosomes). En pathologie humaine, ces anomalies r\u00e9sultent g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;une dispermie ou d&rsquo;un d\u00e9faut d&rsquo;expulsion d&rsquo;un globule polaire ; elles sont presque invariablement l\u00e9tales <em>in utero<\/em> ou au cours des premi\u00e8res heures de la vie n\u00e9onatale<\/span>.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;aneuplo\u00efdie autosomique :<\/strong> D\u00e9viation num\u00e9rique n&rsquo;impliquant pas un lot complet mais une unit\u00e9 chromosomique isol\u00e9e non sexuelle. Les formes les plus pr\u00e9valentes dans les cohortes cliniques sont :\n<ul>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><em>La trisomie :<\/em> Pr\u00e9sence d&rsquo;un chromosome surnum\u00e9raire (2n+1 = 47), dont la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trisomie_21\">trisomie 21<\/a> constitue l&rsquo;exemple paradigmatique, suivie des trisomies 18 (syndrome d&rsquo;Edwards) et 13 (syndrome de Patau)<\/span>.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><em>La monosomie :<\/em> Perte d&rsquo;un chromosome complet (2n-1 = 45). Chez l&rsquo;\u00eatre humain, les monosomies autosomiques compl\u00e8tes sont syst\u00e9matiquement non viables<\/span>.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;aneuplo\u00efdie gonosomique :<\/strong> Alt\u00e9ration num\u00e9rique touchant s\u00e9lectivement les chromosomes sexuels (X et Y). Moins s\u00e9v\u00e8res sur le plan de la viabilit\u00e9 biologique en raison de l&rsquo;inactivation transcriptionnelle naturelle du chromosome X surnum\u00e9raire (lyonisation) et de la faible densit\u00e9 g\u00e9nique du chromosome Y, ces variations modulent profond\u00e9ment les fonctions cognitives, le comportement socio-\u00e9motionnel et la morphologie :\n<ul>\n<li><em>Syndrome de Turner (45,X) :<\/em> Monosomie du chromosome X chez la femme.<\/li>\n<li><em>Syndrome de Klinefelter (47,XXY) :<\/em> Trisomie gonosomique chez l&rsquo;homme.<\/li>\n<li><em>Syndrome triple X (47,XXX) :<\/em> Trisomie X chez la femme.<\/li>\n<li><em>Syndrome 47,XYY :<\/em> Pr\u00e9sence d&rsquo;un gonosome Y surnum\u00e9raire chez l&rsquo;homme.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;h\u00e9t\u00e9roplo\u00efdie en mosa\u00efque :<\/strong> Coexistence, chez un m\u00eame sujet, d&rsquo;au moins deux lign\u00e9es cellulaires g\u00e9n\u00e9tiquement divergentes quant \u00e0 leur nombre chromosomique (par exemple, 46,XY \/ 47,XY,+21). Issue d&rsquo;une non-disjonction mitotique post-zygotique, la proportion respective des clones euplo\u00efdes et aneuplo\u00efdes au sein du tissu c\u00e9r\u00e9bral conditionne souvent une att\u00e9nuation significative de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du profil neurocognitif.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique fournit des illustrations paradigmatiques de la fa\u00e7on dont le d\u00e9compte chromosomique fa\u00e7onne l&rsquo;expression comportementale et cognitive. Le premier exemple canonique est celui de la trisomie 21 constitutionnelle (47,XX,+21 ou 47,XY,+21). Les enfants porteurs de ce profil pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement un quotient intellectuel situ\u00e9 dans la zone du d\u00e9ficit mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u00e9ger, caract\u00e9ris\u00e9 par une dissociation prononc\u00e9e : une relative pr\u00e9servation des comp\u00e9tences de communication sociale, d&#8217;empathie affective et de traitement visuo-spatial global, contrastant avec des d\u00e9ficits marqu\u00e9s de la m\u00e9moire de travail phonologique, de la syntaxe verbale expressive et des fonctions ex\u00e9cutives. De surcro\u00eet, le surdosage du g\u00e8ne <em>APP<\/em> (prot\u00e9ine pr\u00e9curseur de l&rsquo;amylo\u00efde), localis\u00e9 sur ce chromosome surnum\u00e9raire, induit une neuropathologie de type maladie d&rsquo;Alzheimer quasi universelle d\u00e8s la cinqui\u00e8me d\u00e9cennie de vie.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas clinique hautement instructif est illustr\u00e9 par le syndrome de Klinefelter (47,XXY). Diagnostiqu\u00e9 fr\u00e9quemment avec retard \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte ou lors d&rsquo;\u00e9valuations pour troubles des apprentissages scolaires, ce tableau associe un profil cognitif globalement pr\u00e9serv\u00e9 mais entrav\u00e9 par des dysfonctions ex\u00e9cutives subtiles, des troubles du langage expressif et une vitesse de traitement ralentie. Sur le plan affectif et comportemental, les cohortes d&rsquo;hommes porteurs de cette aneuplo\u00efdie manifestent une pr\u00e9valence accrue de traits anxio-d\u00e9pressifs, d&rsquo;inhibition sociale, d&rsquo;anh\u00e9donie et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux \u00e9pisodes psychotiques, r\u00e9sultant d&rsquo;une synergie complexe entre hypoandrog\u00e9nie biologique et dysconnectivit\u00e9 fronto-temporale li\u00e9e au chromosome X suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, le syndrome de Turner (45,X) met en lumi\u00e8re l&rsquo;impact d&rsquo;une soustraction chromosomique. Ces patientes manifestent typiquement une intelligence verbale parfaitement normale, voire sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne, coupl\u00e9e \u00e0 un profil dysex\u00e9cutif et visuo-spatial tr\u00e8s s\u00e9lectif : difficult\u00e9s en calcul mental (dyscalculie spatiale), alt\u00e9ration des capacit\u00e9s de rotation mentale et d\u00e9fis notables dans la cognition sociale non verbale (notamment le d\u00e9codage des micro-expressions faciales d&rsquo;\u00e9motion n\u00e9gative, imputable \u00e0 une hypoplasie fonctionnelle de l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale).<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation diagnostique du nombre chromosomique a connu une mutation technologique radicale au fil des derni\u00e8res d\u00e9cennies, transitant de la microscopie optique artisanale aux plateformes de bio-informatique g\u00e9nomique \u00e0 haute r\u00e9solution :<\/p>\n<p>La technique de r\u00e9f\u00e9rence classique demeure le <strong>caryotype conventionnel<\/strong> par coloration en bandes (le plus souvent les bandes G obtenues par digestion trypsique suivie du colorant Giemsa). Pratiqu\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;un pr\u00e9l\u00e8vement sanguin p\u00e9riph\u00e9rique sur lymphocytes T stimul\u00e9s par la phytoh\u00e9magglutinine, le caryotype permet d&rsquo;analyser directement au microscope un minimum de vingt \u00e0 trente m\u00e9taphases. Il compte rigoureusement le nombre absolu d&rsquo;entit\u00e9s nucl\u00e9aires et identifie les anomalies num\u00e9riques ainsi que les translocations robertsoniennes ou r\u00e9arrangements structuraux majeurs visibles \u00e0 une r\u00e9solution de cinq \u00e0 dix m\u00e9gabases (Mb).<\/p>\n<p>Lorsque des anomalies num\u00e9riques en mosa\u00efque \u00e0 bas bruit sont suspect\u00e9es cliniquement, ou qu&rsquo;une r\u00e9ponse rapide s&rsquo;av\u00e8re urgente (diagnostic pr\u00e9natal ou n\u00e9onatal), la cytog\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire utilise l&rsquo;<strong>hybridation <em>in situ<\/em> en fluorescence (FISH)<\/strong>. En employant des sondes d&rsquo;ADN centrom\u00e9riques ou sp\u00e9cifiques de loci marqu\u00e9s par des fluorophores, la FISH permet de d\u00e9nombrer avec exactitude les copies chromosomiques cibles au sein de noyaux interphasiques, sans exiger de mise en culture cellulaire prolong\u00e9e, en scannant des centaines de cellules simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, l&rsquo;<strong>analyse chromosomique sur puce \u00e0 ADN<\/strong> (ACPA, ou <em>CMA \/ array-CGH<\/em>) s&rsquo;est impos\u00e9e en premi\u00e8re intention dans le bilan \u00e9tiologique des troubles du neurod\u00e9veloppement, de la d\u00e9ficience intellectuelle inexpliqu\u00e9e et des troubles du spectre de l&rsquo;autisme. Bien que l&rsquo;ACPA d\u00e9tecte principalement les variations du nombre de copies (CNV, microd\u00e9l\u00e9tions et microduplications sous-microscopiques inaccessibles au caryotype standard), les puces fond\u00e9es sur les polymorphismes d&rsquo;un seul nucl\u00e9otide (SNP-array) permettent \u00e9galement d&rsquo;identifier de mani\u00e8re extr\u00eamement sensible les aneuplo\u00efdies compl\u00e8tes, les mosa\u00efques de faible niveau et les disomies uniparentales, o\u00f9 le nombre chromosomique global est quantitativement normal (quarante-six) mais o\u00f9 les deux homologues proviennent anormalement d&rsquo;un seul g\u00e9niteur.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation pr\u00e9cise du nombre de chromosomes rev\u00eat des implications cliniques, psychoth\u00e9rapeutiques et \u00e9ducatives d&rsquo;une port\u00e9e consid\u00e9rable. En psychiatrie de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adulte, l&rsquo;identification d&rsquo;une \u00e9tiologie chromosomique permet d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;errance diagnostique, de d\u00e9culpabiliser durablement les familles confront\u00e9es \u00e0 des tableaux psychopathologiques atypiques et de restructurer le plan de soins autour de protocoles de rem\u00e9diation cognitive cibl\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique et de la psychop\u00e9dagogie, la connaissance du profil neuropsychologique inh\u00e9rent \u00e0 chaque formule chromosomique anormale autorise des adaptations m\u00e9thodologiques individualis\u00e9es. Les \u00e9ducateurs et les orthophonistes peuvent capitaliser sur les forces relatives du patient (par exemple, la m\u00e9moire visuelle globale chez l&rsquo;enfant trisomique 21, ou le lexique verbal chez la jeune fille porteuse d&rsquo;un syndrome de Turner) pour compenser les fonctions d\u00e9ficitaires, comme les capacit\u00e9s d&rsquo;inhibition ou la m\u00e9moire de travail s\u00e9quentielle.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine p\u00e9rinatale et dans le champ du conseil g\u00e9n\u00e9tique, le d\u00e9pistage du nombre chromosomique f\u0153tal a \u00e9t\u00e9 m\u00e9tamorphos\u00e9 par l&rsquo;introduction du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9pistage_pr%C3%A9natal_non_invasif\">d\u00e9pistage pr\u00e9natal non invasif<\/a> (DPNI). Par le s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit de l&rsquo;ADN f\u0153tal libre circulant dans le plasma maternel d\u00e8s la dixi\u00e8me semaine d&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e, les \u00e9quipes soignantes peuvent d\u00e9pister les principales aneuplo\u00efdies avec une sensibilit\u00e9 et une sp\u00e9cificit\u00e9 sup\u00e9rieures \u00e0 99 %. Ces avanc\u00e9es exigent un accompagnement psychologique soutenu pour \u00e9clairer la prise de d\u00e9cision \u00e9thique des parents confront\u00e9s \u00e0 des choix reproductifs complexes.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle contemporaine \u00e0 la crois\u00e9e de la g\u00e9nomique et de la neuropsychologie a d\u00e9montr\u00e9 que les modifications du nombre chromosomique fournissent un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude exp\u00e9rimental exceptionnel pour diss\u00e9quer les bases mol\u00e9culaires des fonctions cognitives sup\u00e9rieures. Des travaux men\u00e9s sur des mod\u00e8les murins de trisomie (comme les souches Ts65Dn et Dp(16)1Yey) ont mis en lumi\u00e8re les m\u00e9canismes synaptiques fins caus\u00e9s par le d\u00e9s\u00e9quilibre quantitatif : une hyperexcitabilit\u00e9 des interneurones inhibiteurs GABAergiques conduisant \u00e0 une extinction pr\u00e9matur\u00e9e de la potentialisation \u00e0 long terme (LTP) au sein de l&rsquo;hippocampe, sous-tendant directement les d\u00e9ficits d&rsquo;encodage mn\u00e9sique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique multimodale (IRM structurale, de diffusion et fonctionnelle au repos) conduites chez l&rsquo;humain ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des endoph\u00e9notypes c\u00e9r\u00e9braux rigoureusement corr\u00e9l\u00e9s au dosage chromosomique. Les travaux de David Raznahan et de ses collaborateurs au National Institute of Mental Health (NIMH) sur de vastes cohortes d&rsquo;individus pr\u00e9sentant des variations gonosomiques (45,X ; 47,XXY ; 47,XXX ; 48,XXYY ; 49,XXXXY) ont mod\u00e9lis\u00e9 l&rsquo;impact d&rsquo;une gradation lin\u00e9aire du nombre de chromosomes sexuels sur l&rsquo;\u00e9paisseur du cortex c\u00e9r\u00e9bral, le volume de la mati\u00e8re grise sous-corticale et la morphom\u00e9trie de la substance blanche. Leurs conclusions d\u00e9montrent que l&rsquo;addition de chromosomes X ou Y exerce des effets diff\u00e9rentiels pr\u00e9cis sur le d\u00e9veloppement cortico-stri\u00e9 et le volume c\u00e9r\u00e9belleux.<\/p>\n<p>En psychiatrie g\u00e9n\u00e9tique, des consortiums internationaux ont \u00e9tay\u00e9 empiriquement le lien entre les aneuplo\u00efdies gonosomiques et le risque major\u00e9 d&rsquo;affections du spectre psychotique et de l&rsquo;autisme. Le taux de pr\u00e9valence de la schizophr\u00e9nie chez les hommes 47,XXY s&rsquo;av\u00e8re statistiquement quatre \u00e0 cinq fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui mesur\u00e9 en population g\u00e9n\u00e9rale euplo\u00efde, ouvrant des pistes novatrices sur le r\u00f4le r\u00e9gulateur des g\u00e8nes gonosomiques \u00e9chappant \u00e0 l&rsquo;inactivation dans la physiopathologie de la neurotransmission dopaminergique et glutamatergique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La mani\u00e8re dont les anomalies du nombre de chromosomes sont per\u00e7ues, v\u00e9cues et prises en charge varie consid\u00e9rablement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre, refl\u00e9tant les syst\u00e8mes philosophiques, les repr\u00e9sentations du handicap et les politiques de sant\u00e9 publique en vigueur. Dans de nombreux pays occidentaux industrialis\u00e9s, la g\u00e9n\u00e9ralisation du diagnostic pr\u00e9natal et du DPNI a entra\u00een\u00e9 une diminution drastique du taux de natalit\u00e9 des enfants porteurs de trisomies autosomiques viables, transformant les cohortes d&rsquo;individus concern\u00e9s en micro-populations de plus en plus rares, ce qui suscite de vifs d\u00e9bats sociologiques sur le d\u00e9pistage eug\u00e9nique implicite.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s du Sud global ou au sein de contextes ruraux \u00e0 ressources m\u00e9dicales contraintes, les anomalies du nombre chromosomique ne font que tr\u00e8s rarement l&rsquo;objet d&rsquo;un diagnostic cytog\u00e9n\u00e9tique formel. Les manifestations comportementales et cognitives associ\u00e9es sont fr\u00e9quemment interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers des prismes spirituels, religieux ou communautaires, oscillant entre la stigmatisation des m\u00e8res tenues pour coupables de la d\u00e9viance d\u00e9veloppementale et l&rsquo;inclusion solidaire de l&rsquo;enfant dans le tissu relationnel \u00e9largi.<\/p>\n<p>Ces disparit\u00e9s culturelles modulent \u00e9galement l&rsquo;acc\u00e8s aux interventions psychologiques et orthophoniques pr\u00e9coces. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique standardis\u00e9e des comp\u00e9tences adaptatives, souvent calibr\u00e9e selon des normes urbaines occidentales, peut m\u00e9conna\u00eetre les comp\u00e9tences fonctionnelles r\u00e9elles d\u00e9velopp\u00e9es par des sujets aneuplo\u00efdes au sein de cultures privil\u00e9giant l&rsquo;autonomie pratique et la participation aux t\u00e2ches collectives quotidiennes plut\u00f4t que les performances acad\u00e9miques abstraites.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut th\u00e9orique accord\u00e9 au nombre chromosomique dans l&rsquo;explication du comportement a fait l&rsquo;objet de s\u00e9v\u00e8res controverses \u00e9pist\u00e9mologiques et \u00e9thiques. L&rsquo;un des \u00e9pisodes les plus sombres de la psychologie m\u00e9dico-l\u00e9gale concerne le pr\u00e9tendu \u00ab mythe du chromosome du crime \u00bb ou \u00ab super-m\u00e2le \u00bb associ\u00e9 au caryotype 47,XYY dans les ann\u00e9es 1960 et 1970. Des publications initiales m\u00e9thodologiquement biais\u00e9es de Patricia Jacobs avaient rapport\u00e9 une surrepr\u00e9sentation d&rsquo;hommes XYY au sein d&rsquo;asiles psychiatriques de haute s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires, conduisant des psychiatres de l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 imputer directement l&rsquo;agressivit\u00e9 et la criminalit\u00e9 \u00e0 ce gonosome surnum\u00e9raire. Il a fallu des d\u00e9cennies d&rsquo;\u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques rigoureuses pour d\u00e9construire ce d\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9tique r\u00e9ducteur, d\u00e9montrant que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des hommes 47,XYY m\u00e8nent une vie exempte de toute violence, leurs difficult\u00e9s scolaires initiales \u00e9tant simplement li\u00e9es \u00e0 des troubles du langage non diagnostiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Une autre limite conceptuelle majeure r\u00e9side dans le <strong>r\u00e9ductionnisme g\u00e9n\u00e9tique lin\u00e9aire<\/strong>. L&rsquo;observation quotidienne des cliniciens montre qu&rsquo;un nombre chromosomique rigoureusement identique (comme 47,XX,+21) peut se traduire par une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique abyssale : un patient pouvant acqu\u00e9rir la lecture, l&rsquo;autonomie professionnelle en milieu adapt\u00e9 et un langage \u00e9labor\u00e9, tandis qu&rsquo;un autre pr\u00e9sentera une d\u00e9ficience intellectuelle s\u00e9v\u00e8re non verbale avec traits autistiques profonds. Ce grand \u00e9cart met en \u00e9chec l&rsquo;illusion d&rsquo;une causalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique simple et impose de prendre en compte :<\/p>\n<ul>\n<li>Les variations de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9nome (m\u00e9thylation de l&rsquo;ADN, modifications d&rsquo;histones) qui modulent l&rsquo;intensit\u00e9 de la transcription sur le chromosome surnum\u00e9raire ;<\/li>\n<li>Le bruit transcriptionnel stochastique durant les stades critiques du neurod\u00e9veloppement embryonnaire ;<\/li>\n<li>La qualit\u00e9 du capital environnemental et de la stimulation affective pr\u00e9coce fournie par les figures d&rsquo;attachement, facteur d\u00e9terminant de la plasticit\u00e9 neuronale compensatoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute confusion conceptuelle en g\u00e9n\u00e9tique comportementale et en psychopathologie, il est indispensable de distinguer le nombre chromosomique d&rsquo;une s\u00e9rie de notions connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Caryotype vs G\u00e9notype :<\/strong> Le caryotype repr\u00e9sente la morphologie macroscopique et l&rsquo;inventaire quantitatif complet des chromosomes au niveau cellulaire, tandis que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9notype\">g\u00e9notype<\/a> renvoie \u00e0 la s\u00e9quence nucl\u00e9otidique exacte et \u00e0 la composition all\u00e9lique fine de l&rsquo;ADN d&rsquo;un individu.<\/li>\n<li><strong>Aneuplo\u00efdie vs Variation du nombre de copies (CNV) :<\/strong> L&rsquo;aneuplo\u00efdie d\u00e9signe la perte ou le gain d&rsquo;un chromosome tout entier (ou d&rsquo;un bras chromosomique majeur), modifiant le nombre absolu de chromosomes visibles, alors que la CNV concerne des microd\u00e9l\u00e9tions ou microduplications d&rsquo;un fragment d&rsquo;ADN (de quelques kilobases \u00e0 quelques m\u00e9gabases), laissant le nombre global de quarante-six chromosomes rigoureusement intact au caryotype standard.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>Plo\u00efdie vs Haplo\u00efdie :<\/strong> La plo\u00efdie indique le nombre de jeux complets de chromosomes (diplo\u00efdie \u00e0 2n, triplo\u00efdie \u00e0 3n), alors que l&rsquo;haplo\u00efdie sp\u00e9cifie l&rsquo;\u00e9tat cellulaire o\u00f9 n&rsquo;existe qu&rsquo;un unique exemplaire de chaque paire (n = 23 dans les gam\u00e8tes humains normaux)<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Disomie uniparentale (UPD) vs Aneuplo\u00efdie :<\/strong> Dans l&rsquo;UPD, la cellule poss\u00e8de un nombre chromosomique normal de quarante-six \u00e9l\u00e9ments, mais une paire donn\u00e9e a \u00e9t\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e exclusivement d&rsquo;un seul g\u00e9niteur (suite \u00e0 un m\u00e9canisme de sauvetage de trisomie par expulsion d&rsquo;un chromosome), provoquant des troubles du neurod\u00e9veloppement par perte de l&#8217;empreinte g\u00e9nomique parentale (comme dans les syndromes de Prader-Willi ou d&rsquo;Angelman).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le nombre de chromosomes repr\u00e9sente une propri\u00e9t\u00e9 cytog\u00e9n\u00e9tique fondamentale de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, dont la valeur canonique somatique est fix\u00e9e \u00e0 quarante-six (vingt-trois paires homologues). Cette organisation macroscopique conditionne l&rsquo;hom\u00e9ostasie du g\u00e9nome et garantit l&rsquo;\u00e9quilibre transcriptionnel n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Les d\u00e9viations num\u00e9riques de cette constante \u2014 regroup\u00e9es sous le terme d&rsquo;aneuplo\u00efdies autosomiques ou gonosomiques \u2014 induisent des modifications du dosage g\u00e9nique qui d\u00e9stabilisent la canalisation neurod\u00e9veloppementale. Loin d&rsquo;engendrer un d\u00e9ficit cognitif amorphe, ces remaniements sculptent des ph\u00e9notypes neurocomportementaux reconnaissables, associant des configurations cognitives singuli\u00e8res, des profils d&rsquo;apprentissage sp\u00e9cifiques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychopathologiques accrues.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation contemporaine de ces anomalies s&rsquo;appuie sur une compl\u00e9mentarit\u00e9 m\u00e9thodologique \u00e9troite entre le caryotype conventionnel, la FISH et les puces \u00e0 ADN chromosomiques. Enfin, la pratique neuropsychologique contemporaine r\u00e9cuse tout d\u00e9terminisme rigide : la trajectoire d\u00e9veloppementale finale d&rsquo;un individu porteur d&rsquo;une variation du nombre de chromosomes \u00e9merge de l&rsquo;interaction dynamique permanente entre son d\u00e9s\u00e9quilibre g\u00e9nomique, sa plasticit\u00e9 synaptique et la richesse de son environnement psychologique et relationnel.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ford, C. E., &#038; Hamerton, J. L. (1956). The chromosomes of man. <em>Nature<\/em>, 178(4541), 1020\u20131023. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/1781020a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/1781020a0<\/a><\/li>\n<li>Jacobs, P. A., Baikie, A. G., Court Brown, W. M., &#038; Strong, J. A. (1959). The somatic chromosomes in Mongolism. <em>The Lancet<\/em>, 273(7075), 710\u2013711. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(59)91892-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(59)91892-6<\/a><\/li>\n<li>Lejeune, J., Gautier, M., &#038; Turpin, R. (1959). \u00c9tude des chromosomes somatiques de neuf enfants mongoliens. <em>Comptes Rendus de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences<\/em>, 248(11), 1721\u20131722.<\/li>\n<li>Raznahan, A., Lee, N. R., Greenstein, D., Wallace, G. L., Blumenthal, J. D., Clasen, L. S., &#038; Giedd, J. N. (2014). Globally divergent but regionally convergent neural correlates of sex chromosome additions in humans. <em>Cerebral Cortex<\/em>, 24(12), 3245\u20133253. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/bht182\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/bht182<\/a><\/li>\n<li>Tjio, J. H., &#038; Levan, A. (1956). The chromosome number of man. <em>Hereditas<\/em>, 42(1\u20102), 1\u20136. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1601-5223.1956.tb03010.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1601-5223.1956.tb03010.x<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nombre de chromosomes, fix\u00e9 \u00e0 46 chez l&rsquo;humain, r\u00e9gule l&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9nique indispensable au neurod\u00e9veloppement. 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