{"id":23367,"date":"2026-10-31T03:59:08","date_gmt":"2026-10-31T03:59:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=chromatine-positive-fondements-cognition"},"modified":"2026-10-31T03:59:08","modified_gmt":"2026-10-31T03:59:08","slug":"chromatine-positive-fondements-cognition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=chromatine-positive-fondements-cognition","title":{"rendered":"Chromatine positive : Fondements et cognition"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration des bases biologiques du comportement et des variations neurod\u00e9veloppementales s&rsquo;est historiquement appuy\u00e9e sur des marqueurs cytog\u00e9n\u00e9tiques fondamentaux, au premier rang desquels figure le statut de <strong>chromatine positive<\/strong>. Ce profil nucl\u00e9aire cellulaire, caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;observation microscopique d&rsquo;une masse condens\u00e9e d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rochromatine sexuelle connue sous le nom de corpuscule de Barr, a r\u00e9volutionn\u00e9 la g\u00e9n\u00e9tique humaine, la neuropsychiatrie infantile et l&rsquo;endocrinologie comportementale. Comprendre les implications d&rsquo;une chromatine positive permet d&rsquo;\u00e9clairer les interactions complexes entre le dosage g\u00e9nique li\u00e9 au chromosome X, l&rsquo;organisation c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9coce et l&rsquo;\u00e9mergence de profils cognitifs et psychopathologiques distinctifs.<\/p>\n<h2>Chromatine positive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le terme <strong>chromatine positive<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;\u00e9tat cytologique d&rsquo;un noyau cellulaire interphasique pr\u00e9sentant un ou plusieurs corpuscules de Barr identifiables, t\u00e9moignant de l&rsquo;inactivation transcriptionnelle d&rsquo;un chromosome X surnum\u00e9raire par rapport au jeu g\u00e9nomique de base. Dans les contextes cliniques, neurod\u00e9veloppementaux et psychologiques, ce statut indique classiquement la pr\u00e9sence d&rsquo;au moins deux chromosomes X chez un individu, d\u00e9finissant le profil typique d&rsquo;une femme euplo\u00efde (46,XX) ou signalant une anomalie gonosomique sp\u00e9cifique, telle que le syndrome de Klinefelter (47,XXY) chez un individu de ph\u00e9notype masculin.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, la d\u00e9couverte de la positivit\u00e9 chromatinienne a permis d&rsquo;\u00e9tablir les bases de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique moderne et de l&rsquo;\u00e9quilibrage du dosage g\u00e9nique entre les sexes. En psychologie et en neuropsychiatrie, la d\u00e9termination de ce statut a historiquement constitu\u00e9 une \u00e9tape diagnostique charni\u00e8re pour \u00e9lucider l&rsquo;\u00e9tiologie g\u00e9n\u00e9tique de certains retards du langage, de d\u00e9ficits ex\u00e9cutifs subtils ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9s socio-\u00e9motionnelles chez des sujets dont le caryotype \u00e9chappait \u00e0 l&rsquo;observation macroscopique imm\u00e9diate.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab chromatine \u00bb d\u00e9rive de la racine grecque <em>chroma<\/em> (\u03c7\u03c1\u1ff6\u03bc\u03b1), qui signifie \u00ab couleur \u00bb, combin\u00e9e avec le suffixe chimique fran\u00e7ais \u00ab -ine \u00bb. Ce terme fut initialement introduit en 1882 par le cytologiste et anatomiste allemand Walther Flemming pour d\u00e9signer la substance intranucl\u00e9aire qui fixait avidement les colorants basiques d&rsquo;aniline lors des \u00e9tudes de division cellulaire. Le qualificatif \u00ab positive \u00bb proc\u00e8de du latin <em>positivus<\/em> (\u00ab formellement \u00e9tabli \u00bb, de <em>ponere<\/em>, \u00ab poser \u00bb), employ\u00e9 ici dans son acception biom\u00e9dicale classique d\u00e9signant la d\u00e9tection av\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un signal biologique ou d&rsquo;un marqueur structurel cible lors d&rsquo;un test standardis\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;association terminologique \u00ab chromatine positive \u00bb (en anglais, <em>chromatin positive<\/em>) s&rsquo;est solidifi\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, au lendemain des d\u00e9couvertes pionni\u00e8res de Murray Barr et Ewart Bertram sur le dimorphisme nucl\u00e9aire des neurones de mammif\u00e8res. L&rsquo;adoption de ce terme dans la litt\u00e9rature francophone s&rsquo;est faite par l&rsquo;interm\u00e9diaire des travaux d&rsquo;endocrinologues, de g\u00e9n\u00e9ticiens et de p\u00e9dopsychiatres qui ont rapidement transpos\u00e9 cette terminologie descriptive dans les protocoles de d\u00e9pistage des alt\u00e9rations du d\u00e9veloppement pubertaire et des troubles neuropsychologiques associ\u00e9s aux anomalies gonosomiques.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la locution nominale f\u00e9minine se prononce phon\u00e9tiquement \/k\u0281\u0254.ma.tin p\u0254.zi.tiv\/. Le mot \u00ab chromatine \u00bb est un nom commun f\u00e9minin singulier invariable sous cette acception diagnostique, tandis que \u00ab positive \u00bb agit en tant qu&rsquo;adjectif qualificatif postpos\u00e9 accord\u00e9 en genre et en nombre. Au pluriel, la forme devient \u00ab chromatines positives \u00bb, bien que cette d\u00e9clinaison soit rare, le syntagme \u00e9tant principalement utilis\u00e9 au singulier ou sous forme attributive dans des tournures diagnostiques (par exemple : \u00ab ce patient pr\u00e9sente un profil \u00e0 chromatine positive \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la formule est couramment employ\u00e9e comme \u00e9pith\u00e8te ou attribut du sujet dans les contextes de biologie m\u00e9dicale, de g\u00e9n\u00e9tique clinique et de neurog\u00e9n\u00e9tique du comportement : \u00ab individu chromatine-positif \u00bb, \u00ab frottis buccal chromatine-positif \u00bb ou encore \u00ab statut chromatinien positif \u00bb. On rel\u00e8ve \u00e9galement l&rsquo;usage substantiv\u00e9 familier \u00ab un sujet chromatine positive \u00bb dans les transcriptions de consultations pluridisciplinaires p\u00e9diatriques et psychiatriques.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La notion de <strong>chromatine positive<\/strong> renvoie directement au ph\u00e9nom\u00e8ne biologique d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Inactivation_du_chromosome_X\">inactivation du chromosome X<\/a>, m\u00e9canisme \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique universel chez les mammif\u00e8res euth\u00e9riens par lequel l&rsquo;expression g\u00e9nique des deux chromosomes X chez la femelle est \u00e9quilibr\u00e9e par rapport \u00e0 celle du m\u00e2le h\u00e9mizygote poss\u00e9dant un seul chromosome X. D\u00e8s les stades pr\u00e9coces du blastocyste embryonnaire, chaque cellule souche somatique proc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;inactivation al\u00e9atoire mais irr\u00e9versible de l&rsquo;un de ses deux gonosomes X. Le chromosome s\u00e9lectionn\u00e9 subit une cascade de modifications \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques coordonn\u00e9es : transcription de l&rsquo;ARN non codant structural <em>XIST<\/em>, m\u00e9thylation \u00e9tendue des \u00eelots CpG au sein des promoteurs g\u00e9niques, hypoac\u00e9tylation des histones et recrutement d&rsquo;histones variantes sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce processus de r\u00e9pression transcriptionnelle globale entra\u00eene une condensation physique majeure de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rochromatine facultative. Cette structure dense vient se plaquer contre la face interne de la membrane nucl\u00e9aire, devenant ais\u00e9ment observable au microscope optique conventionnel sous la forme d&rsquo;un appendice chromophile compact mesurant approximativement un microm\u00e8tre de diam\u00e8tre : le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Corpuscule_de_Barr\">corpuscule de Barr<\/a>. Par cons\u00e9quent, affirmer qu&rsquo;un \u00e9chantillon cellulaire est chromatine positif signifie obligatoirement que les cellules examin\u00e9es poss\u00e8dent au moins deux chromosomes X, dont l&rsquo;un a \u00e9t\u00e9 converti en chromatine sexuelle condens\u00e9e pour maintenir la viabilit\u00e9 hom\u00e9ostatique de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie diff\u00e9rentielle et de la neuropsychiatrie, la port\u00e9e conceptuelle de la chromatine positive d\u00e9passe la simple description histologique. Bien que le chromosome X inactiv\u00e9 soit largement silencieux, environ 15 % des g\u00e8nes qui le composent \u00e9chappent de mani\u00e8re permanente \u00e0 cette r\u00e9pression transcriptionnelle, avec une proportion additionnelle de 10 % affichant une expression variable selon les tissus et les individus. Ces g\u00e8nes d&rsquo;\u00e9chappement, situ\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans les r\u00e9gions pseudoautosomiques (PAR1 et PAR2), induisent des modifications directes du dosage g\u00e9nique.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, chez un individu de caryotype 47,XXY ou 47,XXX, le statut chromatine positif coexiste avec une surexpression de prot\u00e9ines r\u00e9gulatrices synaptiques, de transporteurs membranaires et d&rsquo;enzymes du m\u00e9tabolisme des neurotransmetteurs. Ce micro-d\u00e9s\u00e9quilibre mol\u00e9culaire influence l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9coce, la connectivit\u00e9 cortico-sous-corticale et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux dysfonctions neuro-ex\u00e9cutives, modulant ainsi le profil ph\u00e9notypique, cognitif et psychologique global de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la chromatine positive d\u00e9bute en 1949 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Western Ontario, au Canada. Le neurobiologiste canadien Murray Llewellyn Barr et son \u00e9tudiant chercheur Ewart George Bertram \u00e9tudiaient alors la fatigue neuronale chez le chat en soumettant le nerf hypoglosse \u00e0 une stimulation \u00e9lectrique prolong\u00e9e. En analysant la chromatolyse au sein des motoneurones, Barr remarqua fortuitement une structure nucl\u00e9olaire satellite fonc\u00e9e, constamment pr\u00e9sente dans les cellules nerveuses des chattes femelles mais rigoureusement absente chez les chats m\u00e2les. Les deux chercheurs publi\u00e8rent cette d\u00e9couverte s\u00e9minale dans la revue <em>Nature<\/em> sous le titre <em>A Morphological Distinction between Neurones of the Male and Female, and the Behaviour of the Nucleolar Satellite during Accelerated Nucleoprotein Synthesis<\/em>.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s rapidement, Keith L. Moore et Murray Barr d\u00e9montr\u00e8rent que cette structure d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chromatine\">h\u00e9t\u00e9rochromatine<\/a> sexuelle n&rsquo;\u00e9tait pas restreinte au tissu nerveux f\u00e9lin, mais caract\u00e9risait l&rsquo;ensemble des cellules somatiques des mammif\u00e8res femelles, y compris chez l&rsquo;\u00eatre humain. En 1955, Moore et Barr mirent au point la technique r\u00e9volutionnaire du frottis de la muqueuse buccale (test de la chromatine buccale). Cette m\u00e9thode non invasive permettait d&rsquo;\u00e9valuer la positivit\u00e9 chromatinienne sans biopsie cutan\u00e9e lourde, ouvrant la voie \u00e0 des campagnes de d\u00e9pistage \u00e9pid\u00e9miologique \u00e0 grande \u00e9chelle dans les maternit\u00e9s, les asiles psychiatriques et les centres m\u00e9dico-\u00e9ducatifs pour enfants pr\u00e9sentant une d\u00e9ficience intellectuelle.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel majeur survint au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. En 1959, Patricia Jacobs et J.A. Strong d\u00e9couvrirent que les hommes atteints du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Klinefelter\">syndrome de Klinefelter<\/a> \u00e9taient chromatine positifs, r\u00e9v\u00e9lant la pr\u00e9sence inattendue d&rsquo;un caryotype 47,XXY. En 1961, la g\u00e9n\u00e9ticienne britannique Mary Lyon formula son hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire (l&rsquo;hypoth\u00e8se de Lyon ou lyonisation) : le corpuscule de Barr n&rsquo;est autre qu&rsquo;un chromosome X g\u00e9n\u00e9tiquement inactiv\u00e9, condens\u00e9 al\u00e9atoirement au d\u00e9but de l&rsquo;ontogen\u00e8se pour assurer la compensation de dose. Depuis lors, l&rsquo;analyse de la chromatine positive a transit\u00e9 du statut d&rsquo;outil de criblage cytog\u00e9n\u00e9tique rudimentaire \u00e0 celui de mod\u00e8le exp\u00e9rimental fondamental pour les neurosciences \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques et la g\u00e9n\u00e9tique du comportement.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de la chromatine positive s&rsquo;inscrit au carrefour de trois paradigmes scientifiques majeurs : la th\u00e9orie de la compensation de dose g\u00e9nique, le mod\u00e8le \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique du neurod\u00e9veloppement et la th\u00e9orie du dimorphisme c\u00e9r\u00e9bral sexuel. La th\u00e9orie de la compensation de dose, initi\u00e9e par Mary Lyon, postule que les d\u00e9s\u00e9quilibres quantitatifs d&rsquo;expression des g\u00e8nes li\u00e9s au sexe sont potentiellement d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pour la diff\u00e9renciation cellulaire et la survie de l&rsquo;organisme. L&rsquo;inactivation transcriptionnelle visualis\u00e9e par la positivit\u00e9 chromatinienne permet ainsi aux cellules d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9iser le rapport st\u0153chiom\u00e9trique entre les transcrits issus des autosomes et ceux issus des gonosomes.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, le ph\u00e9nom\u00e8ne de chromatine positive illustre la notion de m\u00e9moire cellulaire mitotique durable. Une fois l&rsquo;inactivation initi\u00e9e par le lncRNA <em>XIST<\/em> durant l&#8217;embryogen\u00e8se pr\u00e9coce, les marques chromatiniennes r\u00e9pressives (comme la trim\u00e9thylation de l&rsquo;histone H3 sur la lysine 27, H3K27me3) sont fid\u00e8lement transmises \u00e0 toutes les cellules filles. Chez les sujets de sexe ph\u00e9notypique masculin pr\u00e9sentant une chromatine positive (47,XXY), cette reprogrammation \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique alt\u00e8re les cascades hormonales f\u0153tales et n\u00e9onatales, notamment la vague de testost\u00e9rone p\u00e9rinatale cruciale pour la masculinisation et la d\u00e9f\u00e9minisation de circuits c\u00e9r\u00e9braux sp\u00e9cifiques comme l&rsquo;aire pr\u00e9optique m\u00e9diane et l&rsquo;amygdale.<\/p>\n<p>Enfin, dans le cadre de la psychologie neurobiologique, le statut chromatinien sert de mod\u00e8le th\u00e9orique d&rsquo;exploration de l&rsquo;impact diff\u00e9rentiel des hormones st\u00e9ro\u00efdes gonadiques par rapport aux effets directs des g\u00e8nes gonosomiques. En comparant des sujets chromatine positifs typiques (46,XX), des sujets chromatine positifs avec masculinisation hormonale (47,XXY) et des sujets chromatine n\u00e9gatifs (46,XY et 45,X), les neuroscientifiques peuvent dissocier l&rsquo;influence des concentrations de testost\u00e9rone ou d&rsquo;\u0153stradiol circulants de l&rsquo;effet direct des g\u00e8nes d&rsquo;\u00e9chappement \u00e0 l&rsquo;inactivation sur la cognition spatiale, la lat\u00e9ralisation h\u00e9misph\u00e9rique et le traitement socio-\u00e9motionnel.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le statut de chromatine positive s&rsquo;analyse selon plusieurs dimensions biologiques, structurales et quantitatives, qui se manifestent au sein du noyau cellulaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Corpuscule de Barr unitaire :<\/strong> Visualisation d&rsquo;une masse h\u00e9t\u00e9rochromatique unique plaqu\u00e9e contre la membrane nucl\u00e9aire interne. C&rsquo;est la configuration classique observ\u00e9e chez les femmes saines de caryotype 46,XX ainsi que chez les hommes pr\u00e9sentant un syndrome de Klinefelter classique (47,XXY).<\/li>\n<li><strong>Corpuscules de Barr multiples (duplicit\u00e9 et triplicit\u00e9) :<\/strong> Pr\u00e9sence de deux corpuscules de Barr distincts chez un m\u00eame sujet (chromatine doublement positive), caract\u00e9ristique des caryotypes \u00e0 trois chromosomes X (47,XXX ou 48,XXYY), ou de trois corpuscules chez des individus \u00e0 quatre chromosomes X (48,XXXX ou 49,XXXXY). La r\u00e8gle cytologique fondamentale de Harnden stipule que le nombre maximal de corpuscules de Barr est \u00e9gal au nombre total de chromosomes X moins un (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"B = n_X - 1\">$B = n_X &#8211; 1$<\/span>).<\/li>\n<li><strong>Morphologie et position nucl\u00e9aire :<\/strong> Le corpuscule se pr\u00e9sente classiquement sous une forme h\u00e9misph\u00e9rique, triangulaire ou plano-convexe d&rsquo;environ 0,8 \u00e0 1,2 microm\u00e8tre de diam\u00e8tre, pr\u00e9f\u00e9rentiellement localis\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du nucl\u00e9oplasme, \u00e9troitement appos\u00e9 contre la lamina nucl\u00e9aire.<\/li>\n<li><strong>Taux de positivit\u00e9 cellulaire (fr\u00e9quence cent\u00e9simale) :<\/strong> Dans un tissu biologique donn\u00e9, toutes les cellules n&rsquo;affichent pas simultan\u00e9ment un corpuscule visible en raison de l&rsquo;orientation spatiale du noyau sous le microscope et des phases du cycle cellulaire. Un frottis est consid\u00e9r\u00e9 comme formellement chromatine positif lorsque 20 % \u00e0 50 % des noyaux examin\u00e9s chez les femmes (ou chez les hommes 47,XXY) exhibent une chromatine sexuelle nette, contre moins de 2 % \u00e0 3 % chez les hommes euplo\u00efdes 46,XY.<\/li>\n<li><strong>Chromatine positive en mosa\u00efque :<\/strong> Situation g\u00e9n\u00e9tique complexe o\u00f9 coexistent des lign\u00e9es cellulaires diff\u00e9rentes au sein du m\u00eame organisme (ex. mosa\u00efque 46,XY\/47,XXY ou 45,X\/46,XX). Le pourcentage de cellules chromatine positives se situe alors dans une zone interm\u00e9diaire atypique, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d&rsquo;expression ph\u00e9notypique et cognitive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux comprendre la signification clinique et neuropsychologique d&rsquo;une chromatine positive, examinons le cas de Julien, un adolescent de 15 ans adress\u00e9 en p\u00e9dopsychiatrie pour des difficult\u00e9s persistantes de communication sociale, une grande passivit\u00e9, une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e en milieu scolaire et des retards sp\u00e9cifiques de lecture et d&rsquo;\u00e9criture non r\u00e9solus par l&rsquo;orthophonie. Sur le plan morphologique, Julien pr\u00e9sente une grande taille par rapport \u00e0 la moyenne familiale, une l\u00e9g\u00e8re gyn\u00e9comastie pubertaire et des testicules de petit volume. Un frottis de la muqueuse jugale met en \u00e9vidence 34 % de noyaux pr\u00e9sentant un corpuscule de Barr p\u00e9riph\u00e9rique net : Julien est formellement identifi\u00e9 comme <strong>chromatine positif<\/strong>. L&rsquo;analyse ult\u00e9rieure par caryotype sanguin confirme un syndrome de Klinefelter (47,XXY). La positivit\u00e9 de la chromatine a permis d&rsquo;orienter le diagnostic \u00e9tiologique vers une anomalie chromosomique sous-jacente, expliquant \u00e0 la fois la vuln\u00e9rabilit\u00e9 langagi\u00e8re, le d\u00e9ficit en testost\u00e9rone et le tableau neuropsychologique anxio-d\u00e9pressif.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple clinique classique concerne Claire, une fillette de 7 ans orient\u00e9e vers un centre de diagnostic des troubles des apprentissages en raison d&rsquo;une dyscalculie d\u00e9veloppementale s\u00e9v\u00e8re, d&rsquo;une dyspraxie visuo-spatiale et d&rsquo;un ralentissement de la vitesse de croissance staturale sans retard intellectuel global. L&rsquo;analyse cytog\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9liminaire r\u00e9v\u00e8le un r\u00e9sultat <strong>chromatine n\u00e9gatif<\/strong> (absence totale de corpuscule de Barr), ce qui est strictement anormal pour une enfant de sexe ph\u00e9notypique f\u00e9minin. Le caryotype confirme un syndrome de Turner (45,X). Dans ce cadre, l&rsquo;absence de chromatine positive (n\u00e9gativit\u00e9 chromatinienne) oriente imm\u00e9diatement les investigations vers la perte d&rsquo;un chromosome X, condition fr\u00e9quemment associ\u00e9e \u00e0 des d\u00e9ficits neurocognitifs visuo-spatiaux et \u00e0 une fragilit\u00e9 ex\u00e9cutive, tout en pr\u00e9servant relativement les comp\u00e9tences verbales.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas concerne une jeune femme de 22 ans \u00e9valu\u00e9e dans le cadre d&rsquo;un suivi pour trouble psychotique d&rsquo;allure schizophr\u00e9nique survenant sur un terrain de difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage scolaire d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e mais diffuses depuis l&rsquo;enfance. Le d\u00e9pistage cytog\u00e9n\u00e9tique identifie la pr\u00e9sence de deux corpuscules de Barr dans une fraction substantielle des noyaux de ses cellules \u00e9pith\u00e9liales : son profil est doublement chromatine positif. Le diagnostic g\u00e9nomique final confirme une trisomie X (caryotype 47,XXX). Cette constatation permet de r\u00e9\u00e9valuer son tableau psychiatrique non pas comme une psychose idiopathique isol\u00e9e, mais comme une manifestation neuropsychiatrique s&rsquo;inscrivant dans le ph\u00e9notype comportemental associ\u00e9 au triple X, o\u00f9 le risque d&rsquo;\u00e9pisodes thymiques et de troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie est statistiquement augment\u00e9.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et m\u00e9thodologie de mesure<\/h3>\n<p>La mise en \u00e9vidence de la chromatine positive s&rsquo;est historiquement appuy\u00e9e sur des m\u00e9thodes de cytologie optique standardis\u00e9es, dont le paradigme de r\u00e9f\u00e9rence est le test du frottis de la muqueuse buccale. La proc\u00e9dure clinique d\u00e9bute par un raclage doux de la paroi jugale interne \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une spatule de bois ou d&rsquo;une curette st\u00e9rile, apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 la flore salivaire superficielle. Le mat\u00e9riel recueilli est imm\u00e9diatement \u00e9tal\u00e9 en couche mince sur une lame de verre d\u00e9graiss\u00e9e, puis fix\u00e9 sans d\u00e9lai dans une solution d&rsquo;alcool \u00e9thylique et d&rsquo;\u00e9ther \u00e0 parts \u00e9gales, ou au moyen d&rsquo;un fixateur spray \u00e0 base d&rsquo;\u00e9thanol pour pr\u00e9server l&rsquo;architecture nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s fixation, la pr\u00e9paration fait l&rsquo;objet d&rsquo;une coloration diff\u00e9rentielle de l&rsquo;ADN nucl\u00e9aire. Les colorations classiques les plus r\u00e9put\u00e9es comprennent le violet de cr\u00e9syl ac\u00e9tique, la coloration de Papanicolaou, le carmin ac\u00e9tique, la fuchsine basique selon la r\u00e9action de Feulgen (sp\u00e9cifique de l&rsquo;acide d\u00e9soxyribonucl\u00e9ique), ou le bleu de cr\u00e9syl brillant. Le biologiste examine ensuite la lame au microscope optique \u00e0 immersion \u00e0 fort grossissement (habituellement 1000\u00d7). L&rsquo;observateur \u00e9value syst\u00e9matiquement entre 100 et 200 noyaux interphasiques intacts, bien \u00e9tal\u00e9s, non r\u00e9tract\u00e9s et exempts de surimposition bact\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Pour qu&rsquo;un noyau soit valid\u00e9 comme pr\u00e9sentant un corpuscule de Barr positif, la masse chromophile doit r\u00e9pondre \u00e0 des crit\u00e8res morphologiques stricts : masse dense homog\u00e8ne d&rsquo;un microm\u00e8tre environ, contact intime avec la membrane nucl\u00e9aire, contours nets et intensit\u00e9 de coloration nettement sup\u00e9rieure \u00e0 celle du nucl\u00e9oplasme environnant. Chez l&rsquo;adulte de caryotype 46,XX, la proportion de cellules positives se situe habituellement entre 20 % et 45 % ; des scores compris entre 5 % et 15 % sont consid\u00e9r\u00e9s comme douteux et imposent l&rsquo;investigation d&rsquo;un mosa\u00efcisme ou d&rsquo;une anomalie structurale du chromosome X. En cytog\u00e9n\u00e9tique contemporaine, cette m\u00e9thode optique historique a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9e ou supplant\u00e9e par des techniques mol\u00e9culaires d&rsquo;hybridation <em>in situ<\/em> en fluorescence (FISH), le caryotype \u00e0 bandes G haute r\u00e9solution, la PCR quantitative et les puces d&rsquo;hybridation g\u00e9nomique comparative (aCGH), qui fournissent une caract\u00e9risation absolue du nombre et de la structure des chromosomes sexuels.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Dans la pratique contemporaine, l&rsquo;identification d&rsquo;une chromatine positive et l&rsquo;analyse de son m\u00e9canisme mol\u00e9culaire sous-jacent trouvent des applications directes dans plusieurs sph\u00e8res de la sant\u00e9 mentale et du neurod\u00e9veloppement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>P\u00e9dopsychiatrie et troubles neurod\u00e9veloppementaux :<\/strong> Le rep\u00e9rage d&rsquo;un statut chromatinien discordant (par exemple chez un jeune gar\u00e7on pr\u00e9sentant des retards d&rsquo;acquisition du langage, un trouble d\u00e9ficitaire de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 ou des difficult\u00e9s d&rsquo;ajustement social) acc\u00e9l\u00e8re l&rsquo;identification d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aneuplo%C3%AFdie\">aneuplo\u00efdie<\/a> gonosomique. Une prise en charge orthophonique, psychomotrice et psycho\u00e9ducative pr\u00e9coce modifie radicalement la trajectoire d\u00e9veloppementale de ces enfants.<\/li>\n<li><strong>Neuropsychologie clinique :<\/strong> L&rsquo;affiliation \u00e0 un groupe chromatine positif atypique (47,XXY ou 47,XXX) oriente le bilan neuropsychologique vers l&rsquo;\u00e9valuation cibl\u00e9e des fonctions ex\u00e9cutives (inhibition, m\u00e9moire de travail, flexibilit\u00e9 mentale) et de la fluence verbale, zones de vuln\u00e9rabilit\u00e9 cognitive \u00e9lectivement document\u00e9es chez ces profils g\u00e9n\u00e9tiques.<\/li>\n<li><strong>Psychiatrie de l&rsquo;adulte :<\/strong> Les adultes chromatine positifs porteurs d&rsquo;un chromosome X surnum\u00e9raire pr\u00e9sentent une pr\u00e9valence accrue de troubles dysthymiques, de labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, de n\u00e9vroses d&rsquo;angoisse et de difficult\u00e9s d&rsquo;insertion socioprofessionnelle, souvent aggrav\u00e9es par un hypogonadisme primaire non suppl\u00e9ment\u00e9. La coordination entre psychiatres et endocrinologues permet d&rsquo;optimiser l&rsquo;humeur et la vitalit\u00e9 cognitive gr\u00e2ce \u00e0 une hormonoth\u00e9rapie androg\u00e9nique substitutive adapt\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9decine de la reproduction et conseil g\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> La d\u00e9termination du statut chromatinien constitue un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 dans l&rsquo;investigation des infertilit\u00e9s primaires chez l&rsquo;homme (azoospermie s\u00e9cr\u00e9toire du syndrome de Klinefelter) et des insuffisances ovariennes pr\u00e9coces ou am\u00e9norrh\u00e9es chez la femme, contextes qui g\u00e9n\u00e8rent une d\u00e9tresse psychologique majeure et n\u00e9cessitent un accompagnement psychoth\u00e9rapeutique sp\u00e9cialis\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle a largement document\u00e9 les r\u00e9percussions c\u00e9r\u00e9brales et comportementales de la pr\u00e9sence d&rsquo;une chromatine positive surnum\u00e9raire chez l&rsquo;homme. Les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique structurelle et fonctionnelle men\u00e9es notamment par Armin Raznahan, Jay Giedd et leurs coll\u00e8gues aux National Institutes of Health (NIH) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les individus 47,XXY (chromatine positifs) pr\u00e9sentent des modifications syst\u00e9matiques du volume c\u00e9r\u00e9bral. Bien que le volume intracr\u00e2nien total soit globalement r\u00e9duit de 5 % \u00e0 8 % par rapport aux t\u00e9moins 46,XY, on observe une r\u00e9duction disproportionn\u00e9e du volume de la substance grise dans le lobe temporal sup\u00e9rieur, l&rsquo;hippocampe, l&rsquo;amygdale et le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, corr\u00e9l\u00e9e aux d\u00e9ficits mesur\u00e9s dans le traitement du langage et la r\u00e9gulation affective.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, les travaux de recherche longitudinaux conduits par Sophie van Rijn et Nicole Tartaglia ont mis en \u00e9vidence un ph\u00e9notype comportemental sp\u00e9cifique chez les sujets masculins chromatine positifs. Ces \u00e9tudes r\u00e9v\u00e8lent une pr\u00e9valence significativement accrue de difficult\u00e9s dans la reconnaissance des \u00e9motions faciales, une baisse de la pr\u00e9cision dans les t\u00e2ches de th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux sympt\u00f4mes du spectre de l&rsquo;autisme, ainsi qu&rsquo;une introversion marqu\u00e9e combin\u00e9e \u00e0 une faible tol\u00e9rance au stress environnemental.<\/p>\n<p>Au niveau cellulaire et mol\u00e9culaire, les recherches contemporaines en neurog\u00e9n\u00e9tique se concentrent sur le r\u00f4le des g\u00e8nes d&rsquo;\u00e9chappement \u00e0 l&rsquo;inactivation du chromosome X. Des g\u00e8nes tels que <em>KDM6A<\/em> (une histone d\u00e9m\u00e9thylase) et <em>NLGN4X<\/em> (codant pour une neuroligine impliqu\u00e9e dans la synaptogen\u00e8se) \u00e9chappent au silence transcriptionnel du corpuscule de Barr. Chez les individus chromatine positifs porteurs de plusieurs X, la surexpression de ces g\u00e8nes perturbe la formation des \u00e9pines dendritiques et l&rsquo;\u00e9quilibre entre neurotransmission excitatrice glutamatergique et inhibitrice GABAergique, fournissant un m\u00e9canisme biologique pr\u00e9cis reliant le statut chromatinien aux ph\u00e9notypes cognitifs observ\u00e9s.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La signification d&rsquo;un diagnostic d&rsquo;anomalie gonosomique r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par un test de chromatine positive est profond\u00e9ment influenc\u00e9e par les repr\u00e9sentations socioculturelles relatives au genre, \u00e0 la masculinit\u00e9 et \u00e0 la normalit\u00e9 corporelle. Dans de nombreuses cultures occidentales contemporaines, l&rsquo;annonce chez un adolescent ou un jeune homme adulte qu&rsquo;il poss\u00e8de un statut chromatine positif et un chromosome sexuel f\u00e9minin suppl\u00e9mentaire (47,XXY) g\u00e9n\u00e8re une crise identitaire profonde. Ce r\u00e9sultat est souvent interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 tort par le patient et sa famille comme une alt\u00e9ration ou une ambigu\u00eft\u00e9 de son identit\u00e9 masculine, favorisant un sentiment de honte, une stigmatisation int\u00e9rioris\u00e9e et un repli social.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les contextes o\u00f9 les variations chromosomiques sont expliqu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide de paradigmes psycho\u00e9ducatifs d\u00e9stigmatisants ax\u00e9s sur la neurodiversit\u00e9, le diagnostic est souvent v\u00e9cu comme un soulagement psychologique. Il permet de d\u00e9culpabiliser le patient et son entourage face \u00e0 des difficult\u00e9s scolaires ou sociales chroniques inexpliqu\u00e9es, transformant l&rsquo;incompr\u00e9hension en une feuille de route pour des am\u00e9nagements \u00e9ducatifs et th\u00e9rapeutiques constructifs.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 ressources m\u00e9dicales limit\u00e9es, la technique de d\u00e9pistage de la chromatine positive par frottis buccal conserve une utilit\u00e9 pratique incontestable. Alors que les techniques de cytog\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire avanc\u00e9e (comme le s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit ou la CGH-array) demeurent financi\u00e8rement inaccessibles pour de nombreuses populations, le test de la chromatine fournit un outil diagnostique peu on\u00e9reux et accessible pour investiguer les retards mentaux syndromiques et les dysg\u00e9n\u00e9sies gonadiques, bien que l&rsquo;interpr\u00e9tation doive toujours int\u00e9grer les limites m\u00e9thodologiques inh\u00e9rentes aux contextes de soins pr\u00e9caires.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur historique inestimable, la d\u00e9termination de la chromatine positive fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques et diagnostiques significatives. La principale limite intrins\u00e8que du test de Barr r\u00e9side dans son taux substantiel de faux n\u00e9gatifs et de faux positifs. Un frottis buccal mal \u00e9tal\u00e9, contamin\u00e9 par des d\u00e9bris cellulaires bact\u00e9riens ou fix\u00e9 trop tardivement peut masquer la pr\u00e9sence d&rsquo;un corpuscule de Barr authentique ou induire une confusion entre un nucl\u00e9ole p\u00e9riph\u00e9rique et de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rochromatine sexuelle.<\/p>\n<p>Une autre controverse historique majeure concerne l&rsquo;utilisation du test de la chromatine positive dans les comp\u00e9titions sportives internationales. Durant les ann\u00e9es 1960 \u00e0 1990, le Comit\u00e9 International Olympique (CIO) a impos\u00e9 le d\u00e9pistage de la chromatine buccale comme test syst\u00e9matique de \u00ab f\u00e9minit\u00e9 \u00bb pour les athl\u00e8tes f\u00e9minines. Ce protocole a provoqu\u00e9 de graves pr\u00e9judices \u00e9thiques, psychologiques et sportifs : des athl\u00e8tes pr\u00e9sentant des conditions g\u00e9n\u00e9tiques complexes comme le syndrome d&rsquo;insensibilit\u00e9 compl\u00e8te aux androg\u00e8nes (caryotype 46,XY, chromatine n\u00e9gative) \u00e9taient injustement disqualifi\u00e9es et expos\u00e9es publiquement, bien qu&rsquo;elles ne disposassent d&rsquo;aucun avantage athl\u00e9tique li\u00e9 \u00e0 la testost\u00e9rone et eussent toujours v\u00e9cu comme des femmes.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan strictement g\u00e9n\u00e9tique, la positivit\u00e9 chromatinienne est incapable de discerner la morphologie fine des chromosomes. Un individu pr\u00e9sentant un chromosome X remani\u00e9 (tel qu&rsquo;une d\u00e9l\u00e9tion partielle ou un isochromosome du bras long du X) appara\u00eetra comme chromatine positif avec un corpuscule de taille anormale sans que l&rsquo;on puisse d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision la nature exacte de la l\u00e9sion g\u00e9n\u00e9tique. C&rsquo;est pourquoi le consensus international restreint d\u00e9sormais l&rsquo;usage de la chromatine buccale au r\u00f4le de test d&rsquo;orientation pr\u00e9liminaire, exigeant obligatoirement un caryotype mol\u00e9culaire pour tout diagnostic formel.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir tout risque de confusion terminologique dans l&rsquo;\u00e9valuation psychologique et m\u00e9dicale, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment la chromatine positive des concepts voisins suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Chromatine n\u00e9gative :<\/strong> Antonyme direct de la chromatine positive, qualifiant un noyau interphasique d\u00e9pourvu de corpuscule de Barr visible. Ce statut correspond classiquement aux hommes normaux 46,XY ou aux femmes atteintes d&rsquo;un syndrome de Turner (45,X).<\/li>\n<li><strong>Corpuscule de Barr :<\/strong> L&rsquo;entit\u00e9 physique et morphologique visualis\u00e9e au microscope, alors que la \u00ab chromatine positive \u00bb d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9tat ou le statut cytologique global de la cellule qui contient ce corpuscule.<\/li>\n<li><strong>Corpuscule Y (ou corpuscule F) :<\/strong> Masse h\u00e9t\u00e9rochromatique fluorescente observ\u00e9e sous coloration \u00e0 la moutarde de quinacrine, correspondant \u00e0 la portion distale hautement condens\u00e9e du bras long du chromosome Y (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Yq12\">$Yq12$<\/span>). La pr\u00e9sence d&rsquo;un corpuscule F d\u00e9finit la positivit\u00e9 du chromosome Y, un statut cytologique distinct de la chromatine de Barr.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9t\u00e9rochromatine constitutive :<\/strong> Chromatine hautement condens\u00e9e et transcriptionnellement silencieuse en permanence dans tous les types cellulaires (comme les r\u00e9gions p\u00e9ricentrom\u00e9riques), par opposition \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rochromatine facultative repr\u00e9sent\u00e9e par la chromatine sexuelle du chromosome X inactiv\u00e9, qui peut \u00eatre silencieuse ou active selon le contexte cellulaire et le sexe biologique.<\/li>\n<li><strong>Caryotype :<\/strong> Repr\u00e9sentation globale ordonn\u00e9e de l&rsquo;ensemble des chromosomes m\u00e9taphasiques d&rsquo;un individu. La chromatine positive fournit une indication indirecte sur le nombre de chromosomes X, tandis que le caryotype identifie directement chaque gonosome et autosome avec une pr\u00e9cision structurelle absolue.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le statut de <strong>chromatine positive<\/strong> repr\u00e9sente une signature cytog\u00e9n\u00e9tique et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique fondamentale, r\u00e9v\u00e9lant la pr\u00e9sence d&rsquo;au moins deux chromosomes X dans les cellules d&rsquo;un individu par l&rsquo;observation d&rsquo;un corpuscule de Barr. Historiquement d\u00e9velopp\u00e9 comme un test simple et non invasif par Murray Barr et Keith Moore, le d\u00e9pistage de la chromatine positive a permis d&rsquo;associer pour la premi\u00e8re fois des profils chromosomiques sp\u00e9cifiques \u00e0 des anomalies pubertaires, des retards de d\u00e9veloppement cognitif et des troubles du comportement.<\/p>\n<p>En psychologie clinique et en neurod\u00e9veloppement, la chromatine positive demeure un concept de r\u00e9f\u00e9rence pour comprendre comment le dosage g\u00e9nique et les g\u00e8nes d&rsquo;\u00e9chappement \u00e0 l&rsquo;inactivation influencent la maturation du syst\u00e8me nerveux central, la r\u00e9gulation des fonctions ex\u00e9cutives et le traitement socio-\u00e9motionnel, notamment dans le cadre du syndrome de Klinefelter (47,XXY) et de la trisomie X (47,XXX). Bien que les techniques cytologiques historiques soient aujourd&rsquo;hui relay\u00e9es par des outils de g\u00e9nomique mol\u00e9culaire de haute pr\u00e9cision, la compr\u00e9hension de la chromatine positive reste indispensable pour appr\u00e9hender les liens intimes reliant l&rsquo;architecture du g\u00e9nome \u00e0 la complexit\u00e9 du comportement humain.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Barr, M. L., &amp; Bertram, E. G. (1949). A morphological distinction between neurones of the male and female, and the behaviour of the nucleolar satellite during accelerated nucleoprotein synthesis. <em>Nature<\/em>, 163(4148), 676\u2013677. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/163676a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/163676a0<\/a><\/li>\n<li>Lyon, M. F. (1961). Gene action in the X-chromosome of the mouse (<em>Mus musculus<\/em> L.). <em>Nature<\/em>, 190(4773), 372\u2013373. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/190372a0\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/190372a0<\/a><\/li>\n<li>Moore, K. L., &amp; Barr, M. L. (1955). Smears from the oral mucosa in the detection of chromosomal sex. <em>The Lancet<\/em>, 266(6881), 57\u201358. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(55)92113-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(55)92113-7<\/a><\/li>\n<li>Raznahan, A., Lee, N. R., Greenstein, D., Wallace, G. L., Blumenthal, J. D., Clasen, L. S., &amp; Giedd, J. N. (2014). Globally divergent but regionally convergent neural correlates of sex chromosome aneuploidies. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 111(44), E4786\u2013E4795. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1408819111\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.1408819111<\/a><\/li>\n<li>van Rijn, S., Swaab, H., Aleman, A., &amp; Kahn, R. S. (2006). X Chromosomal effects on social cognitive processing and emotion regulation: A study with Klinefelter men (47,XXY). <em>Schizophrenia Research<\/em>, 84(2-3), 194\u2013203. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.schres.2006.02.019\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.schres.2006.02.019<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le statut de chromatine positive d\u00e9signe la pr\u00e9sence d&rsquo;un corpuscule de Barr dans le noyau cellulaire, r\u00e9v\u00e9lant au moins deux chromosomes X. Cet article explore ses fondements cytog\u00e9n\u00e9tiques, son r\u00f4le diagnostique et ses r\u00e9percussions neuropsychologiques et cognitives.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3332,46,6870],"tags":[39603,39602,36249,7584,36250,8739,36252],"class_list":["post-23367","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-comportementale","category-neuropsychologie","category-psychobiologie","tag-aneuploidie-sexuelle","tag-chromatine-positive","tag-corpuscule-de-barr","tag-genetique-comportementale","tag-inactivation-du-chromosome-x","tag-neurodeveloppement","tag-syndrome-de-klinefelter"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23367\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}