{"id":23345,"date":"2026-10-31T03:08:13","date_gmt":"2026-10-31T03:08:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=choree-mouvements-involontaires-neuropsychiatrie"},"modified":"2026-10-31T03:08:13","modified_gmt":"2026-10-31T03:08:13","slug":"choree-mouvements-involontaires-neuropsychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=choree-mouvements-involontaires-neuropsychiatrie","title":{"rendered":"Chor\u00e9e : Mouvements involontaires et neuropsychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>La chor\u00e9e repr\u00e9sente l&rsquo;une des manifestations motrices les plus fascinantes et d\u00e9concertantes de la neurologie et de la neuropsychiatrie, se traduisant par des mouvements involontaires, arythmiques, brefs et impr\u00e9visibles migrant d&rsquo;une partie du corps \u00e0 une autre. Bien au-del\u00e0 de son expression motrice \u00e9vidente, ce ph\u00e9nom\u00e8ne clinique constitue une fen\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e sur le dysfonctionnement profond des circuits fronto-striataux, reliant intimement la r\u00e9gulation du geste aux sph\u00e8res \u00e9motionnelles, comportementales et cognitives de l&rsquo;esprit humain. Comprendre la chor\u00e9e exige ainsi de transcender la simple s\u00e9miologie neurologique pour embrasser la complexit\u00e9 biopsychosociale des pathologies sous-jacentes, qu&rsquo;elles soient neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, auto-immunes, vasculaires ou m\u00e9taboliques.<\/p>\n<h2>Chor\u00e9e : Analyse clinique, psychopathologique et neurofonctionnelle<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>chor\u00e9e<\/strong> est un syndrome d&rsquo;hyperkin\u00e9sie involontaire caract\u00e9ris\u00e9 par des contractions musculaires soudaines, br\u00e8ves, non st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, arythmiques et sans finalit\u00e9 apparente, qui se d\u00e9placent continuellement et de mani\u00e8re al\u00e9atoire d&rsquo;un segment corporel \u00e0 un autre. Au repos comme lors de l&rsquo;activit\u00e9, ces mouvements anormaux s&rsquo;int\u00e8grent souvent de mani\u00e8re subreptice aux gestes volontaires normaux du patient, qui tente fr\u00e9quemment de les camoufler par une gesticulation semi-volontaire appel\u00e9e parakin\u00e9sie.<\/p>\n<p>Dans le domaine neuropsychiatrique et psychologique, la chor\u00e9e n&rsquo;est pas uniquement consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9sordre moteur isol\u00e9, mais comme le reflet d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement fonctionnel plus vaste des circuits cortico-sous-corticaux, particuli\u00e8rement au sein des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a>. Ce d\u00e9r\u00e8glement engendre de mani\u00e8re concomitante une instabilit\u00e9 motrice, une vuln\u00e9rabilit\u00e9 affective marqu\u00e9e, des alt\u00e9rations ex\u00e9cutives progressives et des perturbations notables du comportement socio-\u00e9motionnel.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, le ph\u00e9notype chor\u00e9ique se distingue par sa variabilit\u00e9 d&rsquo;intensit\u00e9, pouvant osciller entre une simple agitation motrice distale discr\u00e8te et des d\u00e9ferlements hyperkin\u00e9tiques massifs et invalidants touchant le tronc, le cou, la face et les quatre membres. L&rsquo;observation clinique attentive r\u00e9v\u00e8le que ces mouvements augmentent significativement lors des \u00e9tats de tension \u00e9motionnelle ou de sollicitation cognitive, tandis qu&rsquo;ils diminuent g\u00e9n\u00e9ralement pendant la relaxation et disparaissent totalement au cours du sommeil lent profond.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab chor\u00e9e \u00bb puise son origine \u00e9tymologique directe dans le grec ancien <em>choreia<\/em> (\u03c7\u03bf\u03c1\u03b5\u03af\u03b1), qui d\u00e9signe l&rsquo;action de danser en cadence ou la \u00ab danse en ch\u0153ur \u00bb au sein du th\u00e9\u00e2tre grec antique, terme lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 de <em>choros<\/em> (\u03c7\u03bf\u03c1\u03cc\u03c2), l&rsquo;assembl\u00e9e des chanteurs et danseurs. Cette m\u00e9taphore chor\u00e9graphique fut adopt\u00e9e en raison de la nature saccad\u00e9e, sautillante et apparemment orchestr\u00e9e des mouvements pathologiques, rappelant une gestuelle dansante involontaire et d\u00e9sordonn\u00e9e.<\/p>\n<p>La transmission du terme dans le lexique m\u00e9dical s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;interm\u00e9diaire du latin m\u00e9di\u00e9val sous l&rsquo;appellation <em>chorea Sancti Viti<\/em>, ou \u00ab chor\u00e9e de Saint-Guy \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence aux p\u00e8lerinages populaires effectu\u00e9s pour implorer la gu\u00e9rison d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;agitation convulsive et d&rsquo;extases collectives. C&rsquo;est au XVIe si\u00e8cle que le m\u00e9decin et alchimiste Paracelse (Theophrastus von Hohenheim) entreprit de s\u00e9culariser le concept en proposant le terme <em>chorea lasciva<\/em> pour la distinguer des causes religieuses ou superstitieuses.<\/p>\n<p>Au cours des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, l&rsquo;av\u00e8nement de la nosographie moderne a d\u00e9finitivement dissoci\u00e9 le terme des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;hyst\u00e9rie collective pour l&rsquo;ancrer fermement dans la nomenclature des d\u00e9sordres moteurs organiques. Thomas Sydenham en 1686, puis George Huntington en 1872, ont conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la terminologie ses lettres de noblesse nosologiques respectives, consacrant l&rsquo;\u00e9volution du mot depuis la m\u00e9taphore d&rsquo;une danse mystique vers un descripteur s\u00e9miologique rigoureux du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le mot <strong>chor\u00e9e<\/strong> se prononce couramment [k\u0254.\u0281e] (ko-r\u00e9). L&rsquo;association phon\u00e9tique initiale de la consonne occlusive v\u00e9laire sourde [k] pour transcrire le digraphe \u00ab ch \u00bb d\u00e9coule directement de l&rsquo;\u00e9tymon grec, selon les r\u00e8gles phon\u00e9tiques fran\u00e7aises habituelles applicables aux termes hell\u00e9niques d&rsquo;origine savante.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab chor\u00e9e \u00bb est un nom commun f\u00e9minin invariable au singulier (une chor\u00e9e, la chor\u00e9e) et s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement au pluriel (des chor\u00e9es). Il engendre plusieurs d\u00e9riv\u00e9s lexicaux couramment usit\u00e9s dans le discours clinique : l&rsquo;adjectif \u00ab chor\u00e9ique \u00bb (d\u00e9crivant le mouvement ou le sujet affect\u00e9), l&rsquo;adjectif \u00ab chor\u00e9oath\u00e9tosique \u00bb (qualifiant l&rsquo;association intriqu\u00e9e de chor\u00e9e et d&rsquo;ath\u00e9tose), ou encore le substantif compos\u00e9 \u00ab chor\u00e9oath\u00e9tose \u00bb.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage contemporain, le terme s&#8217;emploie tant au sens strict d\u00e9signant le sympt\u00f4me \u00e9l\u00e9mentaire (le geste chor\u00e9ique) qu&rsquo;au sens nosographique m\u00e9tonymique pour d\u00e9signer des affections compl\u00e8tes caract\u00e9ris\u00e9es au premier plan par cette anomalie motrice, telles que la chor\u00e9e de Sydenham ou la chor\u00e9e gravidique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La chor\u00e9e s&rsquo;inscrit au sein des syndromes extrapyramidaux hyperkin\u00e9tiques, repr\u00e9sentant une faillite de la filtration et de l&rsquo;inhibition des programmes moteurs non d\u00e9sir\u00e9s par les structures c\u00e9r\u00e9brales sous-corticales. Contrairement aux tremblements qui sont rythmiques et oscillatoires, ou aux tics qui sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;un besoin irr\u00e9pressible et peuvent \u00eatre temporairement supprim\u00e9s par un effort de volont\u00e9, le mouvement chor\u00e9ique est intrins\u00e8quement impr\u00e9visible, non soutenu et affranchi de tout contr\u00f4le direct de l&rsquo;inhibition volontaire.<\/p>\n<p>Le champ expressif de la chor\u00e9e est particuli\u00e8rement vaste et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Au niveau facial, elle se traduit par des mimiques soudaines, des clignements de paupi\u00e8res spontan\u00e9s, des mouvements de protrusion de la langue (parfois qualifi\u00e9e de \u00ab langue en trompette \u00bb ou de signe du \u00ab cam\u00e9l\u00e9on \u00bb), des froncements de sourcils et des rictus inattendus. Au niveau des membres, elle g\u00e9n\u00e8re des flexions et extensions rapides des doigts, des mouvements d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;\u00e9paule et des d\u00e9robements articulaires des genoux qui perturbent s\u00e9v\u00e8rement la fluidit\u00e9 de la marche, conf\u00e9rant au patient une allure dandinante, titubante et heurt\u00e9e.<\/p>\n<p>Une dimension fondamentale de la chor\u00e9e r\u00e9side dans son imbrication constante avec le tonus musculaire et la posture. Elle s&rsquo;associe presque invariablement \u00e0 une hypotonie musculaire de fond et au ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;impersistance motrice, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;incapacit\u00e9 de maintenir une contraction musculaire soutenue. Cette impersistance s&rsquo;observe ais\u00e9ment lors de l&rsquo;\u00e9preuve de la poign\u00e9e de main, dite \u00ab poign\u00e9e du trayeur \u00bb (<em>milkmaid&rsquo;s grip<\/em>), o\u00f9 la pression exerc\u00e9e par les doigts du patient se rel\u00e2che et se r\u00e9tablit sans cesse de mani\u00e8re rythmique et incontr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le paradigme psychologique et neuropsychiatrique, la chor\u00e9e ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res du corps moteur ; elle partage ses substrats neuronaux avec les circuits r\u00e9gissant le jugement, le traitement de la r\u00e9compense et la r\u00e9gulation affective. Les m\u00eames boucles de r\u00e9troaction qui \u00e9chouent \u00e0 inhiber une saccade motrice superflue \u00e9chouent souvent \u00e0 inhiber une impulsion verbale, une saute d&rsquo;humeur explosive ou un sch\u00e9ma cognitif pers\u00e9v\u00e9rant, faisant de la chor\u00e9e un syndrome global de desinhibition neuropsychique.<\/p>\n<p>Enfin, les limites conceptuelles de la chor\u00e9e touchent aux notions d&rsquo;agentivit\u00e9 et de conscience de soi motrice. Confront\u00e9s \u00e0 ces gestes non sollicit\u00e9s, de nombreux individus mettent en place des m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation psychologique complexes : certains int\u00e8grent imm\u00e9diatement le spasme involontaire dans un mouvement socialement acceptable, comme rajuster leurs cheveux ou regarder leur montre, pr\u00e9servant ainsi temporairement l&rsquo;illusion de ma\u00eetrise motrice face au regard d&rsquo;autrui, tandis que d&rsquo;autres sombrent dans une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9vitement social s\u00e9v\u00e8re caus\u00e9e par l&rsquo;ali\u00e9nation de leur propre motricit\u00e9.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la chor\u00e9e s&rsquo;enracine dans les \u00e9pisodes m\u00e9di\u00e9vaux de \u00ab manie dansante \u00bb ou d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mies de danse collective observ\u00e9es en Europe entre le XIVe et le XVIIe si\u00e8cle, notamment \u00e0 Strasbourg en 1518. Ces crises collectives, qui poussaient des foules enti\u00e8res \u00e0 danser jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement physique voire la mort, \u00e9taient alors attribu\u00e9es \u00e0 des mal\u00e9dictions d\u00e9moniaques ou \u00e0 des col\u00e8res c\u00e9lestes, que l&rsquo;on tentait d&rsquo;apaiser par des p\u00e8lerinages consacr\u00e9s \u00e0 saint Guy ou \u00e0 saint Jean.<\/p>\n<p>La rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure survient avec le clinicien anglais Thomas Sydenham qui, dans son trait\u00e9 <em>Schedula Monitoria<\/em> en 1686, d\u00e9crit avec une minutie exemplaire la forme post-streptococcique infantile sous le nom de <em>Chorea Minor<\/em>, ult\u00e9rieurement baptis\u00e9e <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chor%C3%A9e_de_Sydenham\">chor\u00e9e de Sydenham<\/a>. Sydenham identifie clairement la nature non volontaire et la morbidit\u00e9 physique de la maladie, extrayant pour la premi\u00e8re fois la chor\u00e9e du registre de la folie religieuse ou de l&rsquo;hyst\u00e9rie de masse.<\/p>\n<p>Le tournant fondamental du XIXe si\u00e8cle est marqu\u00e9 par la communication historique du jeune m\u00e9decin am\u00e9ricain George Huntington en 1872 devant l&rsquo;Acad\u00e9mie m\u00e9dicale de Meigs and Mason dans l&rsquo;Ohio. Dans son article fondateur intitul\u00e9 <em>On Chorea<\/em>, Huntington \u00e9tablit la triade classique de ce qui deviendra la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Huntington\">maladie de Huntington<\/a> : son caract\u00e8re strictement h\u00e9r\u00e9ditaire \u00e0 transmission autosomique dominante, son association indissociable \u00e0 des troubles cognitifs et psychiatriques majeurs conduisant au d\u00e9clin mental et au suicide, et sa progression in\u00e9luctable chez l&rsquo;adulte.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les figures fondatrices de la neuropsychiatrie fran\u00e7aise et europ\u00e9enne, telles que Jean-Martin Charcot, Georges Gilles de la Tourette et Kinnier Wilson, int\u00e8grent la chor\u00e9e dans le champ d&rsquo;investigation des affections des noyaux gris centraux. Les observations neuropathologiques de C\u00e9cile et Oskar Vogt identifient progressivement le striatum comme le si\u00e8ge anatomopathologique central de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence chor\u00e9ique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e8re mol\u00e9culaire moderne culmine en 1993 avec l&rsquo;identification du g\u00e8ne <em>HTT<\/em> codant pour la prot\u00e9ine huntingtine sur le chromosome 4 par le consortium international de recherche sur la maladie de Huntington. Cette d\u00e9couverte a r\u00e9volutionn\u00e9 la compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9tique des maladies par expansion de triplets CAG r\u00e9p\u00e9titifs, \u00e9tablissant un lien direct entre anomalie g\u00e9n\u00e9tique, alt\u00e9ration synaptique striatale et d\u00e9sorganisation chor\u00e9ique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La physiopathologie de la chor\u00e9e repose sur les mod\u00e8les classiques de l&rsquo;architecture fonctionnelle des boucles motrices cortico-striato-pallido-thalamo-corticales. Selon le mod\u00e8le connexionniste standard des ganglions de la base, le contr\u00f4le moteur volontaire d\u00e9coule d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique entre deux voies parall\u00e8les antagonistes issues du striatum (noyau caud\u00e9 et putamen) : la \u00ab voie directe \u00bb pro-motrice et la \u00ab voie indirecte \u00bb anti-motrice.<\/p>\n<p>La voie directe, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;expression de r\u00e9cepteurs dopaminergiques D1 et de neurotransmetteurs inhibiteurs (GABA et substance P), projette directement vers le complexe interne du globus pallidus (GPi) et la substance noire r\u00e9ticul\u00e9e (SNr). Son activation d\u00e9sinhibe le thalamus moteur et favorise le mouvement. \u00c0 l&rsquo;inverse, la voie indirecte, riche en r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 et en enk\u00e9phalines, transmet ses signaux inhibiteurs au segment externe du globus pallidus (GPe), qui contr\u00f4le \u00e0 son tour le noyau sous-thalamique de Luys, exer\u00e7ant un frein puissant sur le thalamus moteur.<\/p>\n<p>La chor\u00e9e r\u00e9sulte fondamentalement d&rsquo;une d\u00e9faillance \u00e9lective pr\u00e9coce de la voie indirecte. La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence progressive ou le blocage fonctionnel des neurones \u00e9pineux moyens striataux exprimant les r\u00e9cepteurs D2 entra\u00eene une d\u00e9sinhibition anormale du GPe, qui supprime l&rsquo;action excitatrice r\u00e9gulatrice du noyau sous-thalamique. Priv\u00e9s de leur frein modulateur sous-thalamique, le GPi et la SNr ne parviennent plus \u00e0 inhiber le complexe ventro-lat\u00e9ral du thalamus. Ce dernier, en \u00e9tat d&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 permanente, bombarde le cortex moteur de d\u00e9charges glutamatergiques incontr\u00f4l\u00e9es, provoquant les mouvements chor\u00e9iques involontaires.<\/p>\n<p>Sur le plan neurochimique, la chor\u00e9e s&rsquo;analyse comme un \u00e9tat d&rsquo;hyperactivit\u00e9 dopaminergique relative coupl\u00e9e \u00e0 un d\u00e9ficit de la neurotransmission gabaergique et cholinergique au niveau striatal. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre explique pourquoi les antagonistes des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 (antipsychotiques) ainsi que les d\u00e9pl\u00e9teurs pr\u00e9synaptiques de dopamine, tels que la t\u00e9trab\u00e9nazine et la deut\u00e9trab\u00e9nazine inhibant le transporteur v\u00e9siculaire VMAT2, constituent les th\u00e9rapeutiques symptomatiques de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Enfin, les neurosciences cognitives soulignent que les alt\u00e9rations morphologiques et m\u00e9taboliques du striatum n&rsquo;affectent pas seulement le cortex moteur primaire. Les boucles associatives et limbiques traversant la t\u00eate du noyau caud\u00e9 sont pr\u00e9cocement alt\u00e9r\u00e9es. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne explique l&rsquo;intrication physiopathologique indissociable entre les hyperkin\u00e9sies chor\u00e9iques et les manifestations neuropsychiatriques, les deux ordres de sympt\u00f4mes \u00e9manant d&rsquo;une seule et m\u00eame anomalie du traitement de l&rsquo;information sous-corticale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la diversit\u00e9 clinique de la chor\u00e9e, la nosologie m\u00e9dicale et neurologique distingue plusieurs typologies majeures \u00e9tablies selon l&rsquo;\u00e9tiologie, le mode d&rsquo;apparition et la topographie corporelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Chor\u00e9es h\u00e9r\u00e9ditaires et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives :<\/strong> Domin\u00e9es au premier chef par la maladie de Huntington, cette cat\u00e9gorie inclut \u00e9galement les syndromes \u00ab Huntington-like \u00bb (HDL1, HDL2, HDL3), les neuroacanthocytoses (chor\u00e9oacanthocytose, syndrome de McLeod), les ataxies spinoc\u00e9r\u00e9belleuses (notamment SCA17), la maladie de Wilson et l&rsquo;atrophie dentato-rubro-pallido-luysienne (DRPLA).<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9es auto-immunes et post-infectieuses :<\/strong> Comprenant la classique chor\u00e9e de Sydenham survenant apr\u00e8s une pharyngite \u00e0 streptocoque du groupe A chez l&rsquo;enfant, la chor\u00e9e gravidique apparaissant lors de la grossesse, les vascularites syst\u00e9miques comme le lupus \u00e9ryth\u00e9mateux diss\u00e9min\u00e9, le syndrome des anticorps antiphospholipides (SAPL) et les enc\u00e9phalites auto-immunes \u00e0 anticorps anti-r\u00e9cepteurs synaptiques ou paran\u00e9oplasiques.<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9es iatrog\u00e8nes et m\u00e9dicamenteuses :<\/strong> Induites par l&rsquo;exposition aigu\u00eb ou chronique \u00e0 des agents pharmacologiques modulant la dopamine, notamment les dyskin\u00e9sies tardives aux neuroleptiques, les surdosages en L-Dopa chez les patients parkinsoniens, ou l&rsquo;intoxication aux amph\u00e9tamines, \u00e0 la coca\u00efne, aux anticholinergiques et aux anti\u00e9pileptiques (ph\u00e9nyto\u00efne).<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9es vasculaires et m\u00e9taboliques :<\/strong> Secondaires \u00e0 des accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux isch\u00e9miques ou h\u00e9morragiques touchant le noyau sous-thalamique ou le striatum, ou provoqu\u00e9es par des d\u00e9sordres m\u00e9taboliques syst\u00e9miques s\u00e9v\u00e8res, au premier rang desquels figure le syndrome d&rsquo;h\u00e9michor\u00e9e-h\u00e9miballisme associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hyperglyc\u00e9mie sans c\u00e9tose chez le patient diab\u00e9tique \u00e2g\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Variantes dimensionnelles et topographiques :<\/strong> La s\u00e9miologie clinique distingue l&rsquo;<em>h\u00e9michor\u00e9e<\/em> (restreinte \u00e0 un seul h\u00e9micorps, t\u00e9moignant d&rsquo;une l\u00e9sion sous-corticale controlat\u00e9rale unilat\u00e9rale) et le <em>ballisme<\/em>, consid\u00e9r\u00e9 comme une forme proximale violente, explosive et de grande amplitude du mouvement chor\u00e9ique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation concr\u00e8te des manifestations chor\u00e9iques permet de mieux saisir l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des tableaux cliniques et leurs r\u00e9percussions biopsychologiques.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9but insidieux d&rsquo;une maladie de Huntington chez l&rsquo;adulte d&rsquo;\u00e2ge moyen<\/strong><br \/>\nUn homme de 42 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux personnels d\u00e9clar\u00e9s, est orient\u00e9 en consultation neuropsychiatrique par sa conjointe pour des changements marqu\u00e9s du caract\u00e8re apparus depuis deux ans, associant une irritabilit\u00e9 explosive, un retrait social progressif et une anxi\u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re. En milieu professionnel, ses coll\u00e8gues lui reprochent une maladresse inhabituelle et une agitation motrice permanente. \u00c0 l&rsquo;examen clinique attentif, le praticien note des mouvements discrets mais incessants d&rsquo;extension des orteils, des flexions involontaires des doigts lorsqu&rsquo;il parle, ainsi que des clignements oculaires fr\u00e9quents qu&rsquo;il maquille en se frottant le front ou en ajustant ses lunettes. L&rsquo;\u00e9preuve de motilit\u00e9 oculaire d\u00e9montre un ralentissement des saccades volontaires et une incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir la langue protruse plus de dix secondes. L&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique r\u00e9v\u00e8le le d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 de sa m\u00e8re en institution psychiatrique avec un diagnostic erron\u00e9 de schizophr\u00e9nie tardive. L&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9tique confirme la pr\u00e9sence de 43 triplets CAG sur un all\u00e8le du g\u00e8ne <em>HTT<\/em>, caract\u00e9risant le tableau classique d&rsquo;une maladie de Huntington combinant prodromes psychiatriques et chor\u00e9e d\u00e9butante.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Chor\u00e9e post-infectieuse aigu\u00eb de l&rsquo;enfant (Sydenham)<\/strong><br \/>\nUne fillette de 9 ans est amen\u00e9e en p\u00e9diatrie en raison de troubles soudains de la motricit\u00e9 fine et de l&rsquo;\u00e9criture apparus au cours des quinze derniers jours. Sa ma\u00eetresse a signal\u00e9 une d\u00e9gradation brutale de ses performances scolaires, des acc\u00e8s de pleurs immotiv\u00e9s et une maladresse majeure marqu\u00e9e par des verres syst\u00e9matiquement bris\u00e9s \u00e0 table. L&rsquo;examen somatique met en \u00e9vidence une labilit\u00e9 \u00e9motionnelle intense, des secousses musculaires d\u00e9sordonn\u00e9es et asym\u00e9triques des membres sup\u00e9rieurs, une d\u00e9marche instable et une impersistance de la pr\u00e9hension (\u00ab poign\u00e9e du trayeur \u00bb). L&rsquo;interrogatoire retrouve un \u00e9pisode de pharyngite f\u00e9brile non trait\u00e9e six semaines plus t\u00f4t. Le bilan biologique r\u00e9v\u00e8le un taux d&rsquo;antistreptolysines O (ASLO) tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et une prot\u00e9ine C-r\u00e9active mod\u00e9r\u00e9ment augment\u00e9e. L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale \u00e9limine une \u00e9tiologie tumorale ou vasculaire. Le diagnostic de chor\u00e9e de Sydenham est retenu, et l&rsquo;introduction d&rsquo;une antibioprophylaxie par p\u00e9nicilline associ\u00e9e \u00e0 une corticoth\u00e9rapie courte permet la r\u00e9solution compl\u00e8te des signes chor\u00e9iques et des perturbations affectives en quelques semaines.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et instruments de mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative et qualitative de la chor\u00e9e repose sur des examens cliniques standardis\u00e9s, la paraclinique morphologique et biologique, et des \u00e9chelles valid\u00e9es internationalement \u00e0 vis\u00e9e d&rsquo;\u00e9valuation clinique et de recherche th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9talon-or pour quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la chor\u00e9e dans le cadre de la maladie de Huntington est la sous-\u00e9chelle motrice de l&rsquo;<strong>UHDRS<\/strong> (<em>Unified Huntington&rsquo;s Disease Rating Scale<\/em>). Cette \u00e9chelle examine sept r\u00e9gions corporelles sp\u00e9cifiques (visage, l\u00e8vres\/m\u00e2choire, langue, et chacun des quatre membres) et attribue \u00e0 chaque r\u00e9gion un score de 0 (absence de chor\u00e9e) \u00e0 4 (chor\u00e9e continue et invalidante), g\u00e9n\u00e9rant un score total maximal de 28 points. L&rsquo;UHDRS int\u00e8gre \u00e9galement l&rsquo;\u00e9valuation du ballisme, de l&rsquo;impersistance motrice et de la dysarthrie chor\u00e9ique.<\/p>\n<p>Dans le contexte des mouvements anormaux induits par les traitements pharmacologiques, on recourt \u00e0 l&rsquo;<strong>AIMS<\/strong> (<em>Abnormal Involuntary Movement Scale<\/em>). Cette \u00e9chelle standardis\u00e9e \u00e9value la pr\u00e9sence et l&rsquo;intensit\u00e9 des mouvements chor\u00e9oath\u00e9tosiques et des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dyskin%C3%A9sie\">dyskin\u00e9sies<\/a> tardives au niveau orofacial, des extr\u00e9mit\u00e9s et du tronc, tout en quantifiant le degr\u00e9 de g\u00eane subjective et de conscience du trouble par le patient.<\/p>\n<p>Le bilan diagnostique paraclinique requiert syst\u00e9matiquement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) enc\u00e9phalique :<\/strong> Elle recherche une atrophie s\u00e9lective de la t\u00eate des noyaux caud\u00e9s avec dilatation ventriculaire frontale en ailes de papillon (typique de la maladie de Huntington), des anomalies de signal striatal en T1 (h\u00e9michor\u00e9e diab\u00e9tique) ou des l\u00e9sions isch\u00e9miques localis\u00e9es du noyau sous-thalamique.<\/li>\n<li><strong>Le profil biologique et m\u00e9tabolique approfondi :<\/strong> Glyc\u00e9mie \u00e0 jeun, h\u00e9moglobine glyqu\u00e9e, frottis sanguin \u00e0 la recherche d&rsquo;acanthocytes, bilan cuprique complet (c\u00e9rul\u00e9oplasmine, cupr\u00e9mie, cuprurie des 24 heures) pour exclure une maladie de Wilson.<\/li>\n<li><strong>Le bilan immunologique et infectieux :<\/strong> Titrage des anticorps antistreptococciques, anticorps antinucl\u00e9aires, anticoagulant circulant, anticorps antiphospholipides et panel d&rsquo;anticorps onconeuronaux ou anti-enc\u00e9phalites auto-immunes.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire :<\/strong> D\u00e9termination cibl\u00e9e du nombre de r\u00e9p\u00e9titions trinucl\u00e9otidiques CAG dans le g\u00e8ne <em>HTT<\/em> apr\u00e8s recueil d&rsquo;un consentement \u00e9clair\u00e9 formel et respect d&rsquo;un protocole d&rsquo;accompagnement g\u00e9n\u00e9tique multidisciplinaire strict.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection de la chor\u00e9e rev\u00eat une port\u00e9e m\u00e9dicale et humaine consid\u00e9rable, car elle modifie radicalement la trajectoire diagnostique et th\u00e9rapeutique du patient. En consultation de psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale, identifier un mouvement chor\u00e9ique discret chez un individu consultant pour d\u00e9pression r\u00e9sistante, manie atypique ou trouble de la personnalit\u00e9 permet d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;errance diagnostique en r\u00e9orientant rapidement les investigations vers une origine organique ou neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique pharmacologique, la gestion de la chor\u00e9e d\u00e9pend strictement de son \u00e9tiologie. Dans les atteintes neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, la prise en charge vise \u00e0 att\u00e9nuer l&rsquo;intensit\u00e9 des mouvements sans aggraver la raideur motrice sous-jacente ni induire de d\u00e9pression iatrog\u00e8ne. Les inhibiteurs de VMAT2 (t\u00e9trab\u00e9nazine, deut\u00e9trab\u00e9nazine) sont privil\u00e9gi\u00e9s pour r\u00e9duire la charge dopaminergique pr\u00e9synaptique, tandis que les antipsychotiques atypiques (olanzapine, risp\u00e9ridone, qu\u00e9tiapine) sont fr\u00e9quemment utilis\u00e9s en cas de coexistence de sympt\u00f4mes psychotiques ou d&rsquo;agressivit\u00e9 majeure.<\/p>\n<p>L&rsquo;intervention pratique ne saurait toutefois se limiter \u00e0 la pharmacoth\u00e9rapie. Une prise en charge globale requiert une collaboration pluridisciplinaire \u00e9troite impliquant kin\u00e9sith\u00e9rapeutes, ergoth\u00e9rapeutes, orthophonistes et neuropsychologues. La r\u00e9\u00e9ducation logop\u00e9dique pr\u00e9vient les fausses routes asphyxiques induites par les spasmes pharyngolaryng\u00e9s inopin\u00e9s, tandis que l&rsquo;ergoth\u00e9rapie adapte l&rsquo;environnement mat\u00e9riel (fauteuils coques adapt\u00e9s, ustensiles de repas lest\u00e9s, protections d&rsquo;angle) afin de pr\u00e9venir les traumatismes secondaires aux chutes et aux embard\u00e9es motrices violentes.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re psychologique et de soutien aux aidants, la chor\u00e9e impose un accompagnement psychologique intensif. L&rsquo;\u00e9puisement des proches aidants est fr\u00e9quent face \u00e0 une affection d\u00e9gradant de fa\u00e7on simultan\u00e9e le sch\u00e9ma moteur, la cognition et le caract\u00e8re de leur proche. Le conseil g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9dictif repr\u00e9sente un pan \u00e9thique capital, particuli\u00e8rement pour les apparent\u00e9s asymptomatiques au premier degr\u00e9 souhaitant savoir s&rsquo;ils sont porteurs de la mutation causale.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine consacr\u00e9e \u00e0 la chor\u00e9e et \u00e0 ses m\u00e9canismes sous-jacents se d\u00e9ploie activement autour de la neurog\u00e9n\u00e9tique translationnelle, de la neuro-imagerie fonctionnelle et des th\u00e9rapeutiques mol\u00e9culaires innovantes.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes pionni\u00e8res men\u00e9es par le r\u00e9seau d&rsquo;investigateurs de la cohorte prospective internationale REGISTRY et Enroll-HD ont document\u00e9 de mani\u00e8re longitudinale l&rsquo;histoire naturelle des affections chor\u00e9iques. Ces travaux empiriques ont d\u00e9montr\u00e9 que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 motrice de la chor\u00e9e dans la maladie de Huntington suit fr\u00e9quemment une courbe en cloche au fil des d\u00e9cennies : les mouvements anormaux s&rsquo;amplifient durant les phases initiales et interm\u00e9diaires de la pathologie, avant de r\u00e9gresser progressivement au profit d&rsquo;un tableau rigide, hypokin\u00e9tique et dystonique pr\u00e9dominant au stade terminal de la maladie.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences computationnelles, des \u00e9tudes utilisant la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) et l&rsquo;IRM fonctionnelle au repos ont prouv\u00e9 que la rupture de connectivit\u00e9 fonctionnelle entre le striatum dorsal et l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire pr\u00e9c\u00e8de de plusieurs ann\u00e9es l&rsquo;apparition clinique effective des secousses chor\u00e9iques. Ces donn\u00e9es soulignent l&rsquo;existence d&rsquo;une longue phase pr\u00e9clinique durant laquelle des processus compensateurs corticaux parviennent \u00e0 masquer temporairement le dysfonctionnement striatal progressif.<\/p>\n<p>Le champ le plus prometteur concerne les th\u00e9rapies modulatrices de l&rsquo;expression g\u00e9nique. Les essais cliniques r\u00e9cents explorant l&rsquo;utilisation d&rsquo;oligonucl\u00e9otides antisens (ASO) intrath\u00e9caux et de microARN transport\u00e9s par des vecteurs viraux ad\u00e9no-associ\u00e9s (AAV) visent \u00e0 faire taire le g\u00e8ne mut\u00e9 et \u00e0 abaisser la concentration de huntingtine toxique dans le striatum et le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Si certains essais pr\u00e9coces ont rencontr\u00e9 des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques concernant le dosage et la neuro-inflammation secondaire, cette voie de recherche demeure l&rsquo;espoir majeur pour stopper l&rsquo;\u00e9volution de la chor\u00e9e \u00e0 sa source \u00e9tiologique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue de la chor\u00e9e varie profond\u00e9ment selon les contextes socioculturels, historiques et g\u00e9ographiques. Historiquement stigmatis\u00e9e en Occident sous l&rsquo;appellation infamante de \u00ab danse de Saint-Guy \u00bb, la personne atteinte a longtemps \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e socialement, suspect\u00e9e de possession d\u00e9moniaque ou d&rsquo;alcoolisme chronique en raison de sa d\u00e9marche titubante et de ses mimiques incontr\u00f4lables.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, les mouvements involontaires restent encore aujourd&rsquo;hui interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers le prisme de causalit\u00e9s magico-religieuses, de mal\u00e9dictions ancestrales ou de sorcellerie familiale. Ces repr\u00e9sentations culturelles favorisent le secret, l&rsquo;isolement familial forc\u00e9 et retardent consid\u00e9rablement la consultation des structures m\u00e9dicales et neurologiques sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;\u00e9mergence des associations de patients et de familles \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale a favoris\u00e9 une refonte de la perception publique des maladies chor\u00e9iques. Les mouvements associatifs ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9mystifier la pathologie, luttant \u00e9nergiquement contre la discrimination \u00e0 l&#8217;embauche et favorisant l&rsquo;int\u00e9gration de protocoles de soins palliatifs pr\u00e9coces respectant la dignit\u00e9 intrins\u00e8que des personnes en perte d&rsquo;autonomie gestuelle.<\/p>\n<p>Il existe \u00e9galement d&rsquo;importantes disparit\u00e9s g\u00e9ographiques dans l&rsquo;incidence des diff\u00e9rentes chor\u00e9es. Alors que la maladie de Huntington pr\u00e9sente une pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9e dans les populations d&rsquo;origine caucasienne (environ 5 \u00e0 10 cas pour 100 000 habitants), elle s&rsquo;av\u00e8re nettement plus rare en Asie orientale (environ 0,5 pour 100 000 au Japon). Parall\u00e8lement, la chor\u00e9e de Sydenham, devenue exceptionnelle dans les pays industrialis\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;antibioth\u00e9rapie syst\u00e9matique des infections \u00e0 streptocoque, demeure un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique r\u00e9current dans plusieurs pays en voie de d\u00e9veloppement en lien avec le rhumatisme articulaire aigu.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites nosologiques<\/h3>\n<p>Le statut nosologique de la chor\u00e9e suscite des d\u00e9bats cliniques r\u00e9currents au sein de la communaut\u00e9 des neurologues et neuropsychiatres sp\u00e9cialis\u00e9s dans les troubles du mouvement. L&rsquo;une des controverses les plus tenaces concerne la d\u00e9limitation stricte entre la chor\u00e9e, l&rsquo;ath\u00e9tose et la dystonie. De nombreux auteurs remettent en cause l&rsquo;autonomie s\u00e9miologique de l&rsquo;ath\u00e9tose, sugg\u00e9rant qu&rsquo;elle ne constitue qu&rsquo;une forme lente et distale de chor\u00e9e compliqu\u00e9e de postures dystoniques fixes, d&rsquo;o\u00f9 l&#8217;emploi fr\u00e9quent du terme syncr\u00e9tique \u00ab chor\u00e9oath\u00e9tose \u00bb.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat th\u00e9orique majeur concerne l&rsquo;impact du traitement purement symptomatique de la chor\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tat psychologique des patients. La suppression pharmacologique agressive des hyperkin\u00e9sies par les antagonistes dopaminergiques peut pr\u00e9cipiter une s\u00e9dation majeure, une apathie d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, un syndrome d\u00e9pressif s\u00e9v\u00e8re ou une akin\u00e9sie iatrog\u00e8ne souvent plus invalidante au quotidien que les mouvements chor\u00e9iques eux-m\u00eames. Plusieurs experts plaident d\u00e9sormais pour une abstention th\u00e9rapeutique pharmacologique raisonn\u00e9e tant que la chor\u00e9e n&rsquo;induit pas de douleur, de d\u00e9s\u00e9quilibre postural majeur ou de g\u00eane fonctionnelle invalidante constat\u00e9e par le patient lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Enfin, la question de l&rsquo;anosognosie fr\u00e9quente des mouvements chor\u00e9iques fait l&rsquo;objet de vives discussions. Nombre de patients sous-estiment significativement la pr\u00e9sence et l&rsquo;ampleur de leurs secousses motrices. Les chercheurs d\u00e9battent quant \u00e0 savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9ni d\u00e9fensif psychologique face \u00e0 une pathologie d\u00e9gradante ou d&rsquo;un d\u00e9ficit neuropsychologique direct caus\u00e9 par l&rsquo;interruption des circuits fronto-pari\u00e9taux impliqu\u00e9s dans le contr\u00f4le de l&rsquo;agentivit\u00e9 motrice et la perception kinesth\u00e9sique interne.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et diagnostics diff\u00e9rentiels<\/h3>\n<p>Une s\u00e9miologie rigoureuse impose de diff\u00e9rencier clairement la chor\u00e9e d&rsquo;autres syndromes moteurs involontaires pr\u00e9sentant parfois des similitudes superficielles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ath\u00e9tose :<\/strong> Se caract\u00e9rise par des mouvements lents, sinueux, ondulatoires et reptiliens touchant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les extr\u00e9mit\u00e9s distales des membres (doigts, poignets), alors que la chor\u00e9e est rapide, vive, br\u00e8ve et touche l&rsquo;ensemble des segments corporels.<\/li>\n<li><strong>Ballisme :<\/strong> Mouvements involontaires violents, de projection brutale et de tr\u00e8s grande amplitude impliquant les segments proximaux des membres (\u00e9paules, hanches), le plus souvent sous la forme d&rsquo;un h\u00e9miballisme unilat\u00e9ral secondaire \u00e0 une atteinte du noyau sous-thalamique.<\/li>\n<li><strong>Myoclonies :<\/strong> Secousses musculaires soudaines, ultra-br\u00e8ves (aspect de d\u00e9charge \u00e9lectrique), souvent st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es ou rythmiques, rythm\u00e9es par une contraction focale ou multifocale, d\u00e9pourvues de l&rsquo;illusion de geste coordonn\u00e9 propre \u00e0 la chor\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Tics moteurs :<\/strong> Mouvements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, intermittents et r\u00e9p\u00e9titifs, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;une sensation pr\u00e9monitoire d&rsquo;inconfort interne imp\u00e9rieux, temporairement r\u00e9pressibles par la volont\u00e9, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du caract\u00e8re impr\u00e9visible, non st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et irr\u00e9pressible de la chor\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Tremblement :<\/strong> Mouvement involontaire rythmique et oscillatoire r\u00e9gulier autour d&rsquo;un axe articulaire d&rsquo;\u00e9quilibre fixe, au repos, au maintien d&rsquo;attitude ou lors de l&rsquo;action intentionnelle, diff\u00e9rant diam\u00e9tralement de l&rsquo;anarchie motrice arythmique chor\u00e9ique.<\/li>\n<li><strong>Akathisie :<\/strong> \u00c9tat subjectif d&rsquo;impatience motrice et de besoin irr\u00e9pressible de bouger continuellement (notamment les membres inf\u00e9rieurs), d&rsquo;origine iatrog\u00e8ne li\u00e9e aux antipsychotiques, conduisant \u00e0 des mouvements semi-volontaires pour soulager l&rsquo;inconfort, sans d\u00e9charges chor\u00e9iques intrins\u00e8ques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La chor\u00e9e s&rsquo;impose comme un d\u00e9sordre moteur arch\u00e9typique r\u00e9sultant de la faillite des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition sous-corticaux coordonn\u00e9s par les ganglions de la base, particuli\u00e8rement au sein de la voie indirecte striato-pallidale. Elle se manifeste par des mouvements brefs, impr\u00e9visibles, arythmiques et nomades, souvent masqu\u00e9s par le patient au moyen de gestes de compensation semi-volontaires.<\/p>\n<p>Son approche nosologique impose de d\u00e9passer l&rsquo;aspect strictement somatique pour int\u00e9grer la dimension neuropsychiatrique indissociable qui l&rsquo;accompagne dans la majorit\u00e9 de ses \u00e9tiologies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, auto-immunes ou m\u00e9taboliques. La maladie de Huntington demeure l&rsquo;\u00e9talon-or des chor\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiques de l&rsquo;adulte, associant inexorablement l&rsquo;hyperkin\u00e9sie motrice \u00e0 des troubles affectifs, des modifications comportementales majeures et un d\u00e9clin cognitif ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>Le diagnostic moderne de la chor\u00e9e repose sur une d\u00e9marche clinique m\u00e9ticuleuse corrobor\u00e9e par l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale, la biologie approfondie et les tests g\u00e9n\u00e9tiques cibl\u00e9s. La prise en charge th\u00e9rapeutique exige un \u00e9quilibre subtil entre modulation pharmacologique dopaminergique (d\u00e9pl\u00e9teurs de VMAT2, antipsychotiques) et approches de soutien non pharmacologiques pluridisciplinaires, dans le but constant de pr\u00e9server la qualit\u00e9 de vie, l&rsquo;autonomie fonctionnelle et la s\u00e9curit\u00e9 du patient.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bates, G. P., Dorsey, R., Gusella, J. F., Hayden, M. R., Kay, C., Leavitt, B. R., Nance, M., Ross, C. A., Scahill, R. I., Wetzel, R., Wild, E. J., &amp; Tabrizi, S. J. (2015). Huntington disease. <em>Nature Reviews Disease Primers<\/em>, 1, 15005. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2015.5\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2015.5<\/a><\/li>\n<li>Cardoso, F., Seppi, K., Mestre, T. A., Ferreira, J. J., &amp; Goetz, C. G. (2019). The Movement Disorder Society Evidence-Based Medicine Review: Pharmacological interventions for chorea in Huntington&rsquo;s disease. <em>Movement Disorders<\/em>, 34(7), 963-973. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.27743\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.27743<\/a><\/li>\n<li>Huntington, G. (1872). On Chorea. <em>The Medical and Surgical Reporter<\/em>, 26(15), 317-321.<\/li>\n<li>Walker, F. O. (2007). Huntington&rsquo;s disease. <em>The Lancet<\/em>, 369(9557), 218-228. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(07)60111-1\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(07)60111-1<\/a><\/li>\n<li>Wild, E. J., &amp; Tabrizi, S. J. (2014). Targets for future clinical trials in Huntington&rsquo;s disease: What&rsquo;s in the pipeline? <em>Movement Disorders<\/em>, 29(11), 1434-1445. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.26007\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.26007<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez une \u00e9tude clinique approfondie de la chor\u00e9e : s\u00e9miologie, physiopathologie des ganglions de la base, \u00e9tiologies, diagnostic et prise en charge.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,14286,31585],"tags":[39562,39563,36163,7228,35797,35205,1434],"class_list":["post-23345","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neuropsychiatrie","category-troubles-du-mouvement","tag-choree","tag-choree-de-sydenham","tag-dyskinesie","tag-ganglions-de-la-base","tag-maladie-de-huntington","tag-mouvements-involontaires","tag-neuropsychiatrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23345\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}