{"id":23327,"date":"2026-10-31T02:25:28","date_gmt":"2026-10-31T02:25:28","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=choice-shift-deplacement-du-choix-psychologie"},"modified":"2026-10-31T02:25:28","modified_gmt":"2026-10-31T02:25:28","slug":"choice-shift-deplacement-du-choix-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=choice-shift-deplacement-du-choix-psychologie","title":{"rendered":"Choice shift : Pourquoi le groupe radicalise les choix"},"content":{"rendered":"<p>Le comportement d\u00e9cisionnel humain subit de profondes m\u00e9tamorphoses d\u00e8s lors qu&rsquo;un individu cesse de d\u00e9lib\u00e9rer de mani\u00e8re isol\u00e9e pour s&rsquo;int\u00e9grer au sein d&rsquo;un collectif. Longtemps per\u00e7ue comme un m\u00e9canisme mod\u00e9rateur favorisant le compromis ti\u00e8de et la recherche d&rsquo;un juste milieu, l&rsquo;interaction collective produit fr\u00e9quemment le r\u00e9sultat inverse : une amplification marqu\u00e9e des penchants initiaux des participants. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne fondamental de la psychologie sociale, d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;anglicisme de <em>choice shift<\/em> ou traduit en fran\u00e7ais par le terme de d\u00e9placement du choix, met en lumi\u00e8re la fa\u00e7on dont les d\u00e9lib\u00e9rations de groupe propulsent les jugements individuels vers des positions nettement plus audacieuses ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, excessivement prudentes.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9placement du choix (Choice Shift)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>d\u00e9placement du choix<\/strong> (ou <em>choice shift<\/em>) d\u00e9signe la modification syst\u00e9matique de la d\u00e9cision, du jugement ou de la prise de risque adopt\u00e9e par un groupe \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une discussion collective, comparativement \u00e0 la moyenne arithm\u00e9tique des d\u00e9cisions pr\u00e9-d\u00e9lib\u00e9ratoires formul\u00e9es individuellement par ses membres. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne met en \u00e9vidence le fait qu&rsquo;une d\u00e9cision prise en concertation ne se r\u00e9sume presque jamais \u00e0 un simple compromis statistique ou \u00e0 un barycentre des pr\u00e9f\u00e9rences individuelles initiales.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, ce d\u00e9placement s&rsquo;op\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement dans le sens de la tendance pr\u00e9existante dominante au sein du groupe. Lorsqu&rsquo;une majorit\u00e9 de participants manifeste au pr\u00e9alable une disposition favorable \u00e0 la prise de risque, l&rsquo;\u00e9change interactif engendre une translation vers des alternatives consid\u00e9rablement plus t\u00e9m\u00e9raires, processus historiquement qualifi\u00e9 de <em>risky shift<\/em> (d\u00e9placement vers le risque). \u00c0 l&rsquo;inverse, si l&rsquo;inclination initiale penche vers la circonspection et la r\u00e9serve, la discussion aboutit \u00e0 un renforcement de la prudence collective, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>cautious shift<\/em> (d\u00e9placement vers la prudence). Le d\u00e9placement du choix constitue ainsi l&rsquo;anc\u00eatre conceptuel et la manifestation d\u00e9cisionnelle concr\u00e8te du paradigme plus vaste de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polarisation_de_groupe\">polarisation de groupe<\/a>.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la stricte prise de risque probabiliste, le d\u00e9placement du choix englobe les jugements \u00e9valuatifs, les verdicts juridiques, les allocations de ressources financi\u00e8res et les prises de position \u00e9thiques ou politiques. Il illustre la fa\u00e7on dont l&rsquo;interaction discursive, l&rsquo;exposition \u00e0 de nouveaux arguments et les dynamiques de comparaison interpersonnelle modifient la structure cognitive et normative des d\u00e9cideurs, consolidant des choix qui auraient sembl\u00e9 excessifs \u00e0 chacun des membres pris individuellement.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression anglaise <em>choice shift<\/em> est compos\u00e9e du substantif <em>choice<\/em>, issu de l&rsquo;anglo-normand et de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>chois<\/em> (action de choisir, discernement, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe germanique francique <em>kausjan<\/em>, signifiant go\u00fbter, tester ou \u00e9prouver), et du substantif <em>shift<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du vieil anglais <em>sciftan<\/em> signifiant diviser, d\u00e9placer, r\u00e9arranger ou changer de direction. Litt\u00e9ralement, le syntagme renvoie donc \u00e0 un glissement, une d\u00e9rive ou une translation de l&rsquo;option choisie.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone de psychologie sociale et de sociologie cognitive, le terme est le plus souvent traduit par les locutions <strong>d\u00e9placement du choix<\/strong>, <strong>glissement du choix<\/strong> ou <strong>translation d\u00e9cisionnelle<\/strong>. Initialement restreint dans les ann\u00e9es 1960 au vocable <em>risky shift<\/em> (glissement vers le risque), le concept a \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9 <em>choice shift<\/em> par les chercheurs lorsque des investigations syst\u00e9matiques ont \u00e9tabli que le d\u00e9placement n&rsquo;\u00e9tait pas unilat\u00e9ralement orient\u00e9 vers l&rsquo;audace, mais pouvait s&rsquo;effectuer dans les deux sens de l&rsquo;axe prudent-risqu\u00e9 selon l&rsquo;amorce initiale du collectif.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans le champ acad\u00e9mique s&rsquo;est consolid\u00e9e au cours de la transition conceptuelle entre la th\u00e8se originelle de James Stoner en 1961 et les travaux int\u00e9grateurs de Serge Moscovici, Willem Doise, David Myers et George Bishop au tournant des d\u00e9cennies 1960 et 1970. D\u00e8s lors, le mot a int\u00e9gr\u00e9 les lexiques de la psychologie des organisations et de la th\u00e9orie de la d\u00e9cision collective.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&#8217;emprunt direct s&rsquo;\u00e9crit <em>choice shift<\/em> (en italique selon l&rsquo;usage typographique pour les termes issus d&rsquo;une autre langue) ou se d\u00e9cline sous ses formes traduites nominales masculines : <strong>le d\u00e9placement du choix<\/strong> ou <strong>le glissement du choix<\/strong>.<\/p>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, la prononciation anglaise standardis\u00e9e se transcrit phon\u00e9tiquement \/t\u0283\u0254\u026as \u0283\u026aft\/. En milieu universitaire francophone, les sp\u00e9cialistes utilisent indiff\u00e9remment l&rsquo;anglicisme phon\u00e9tis\u00e9 ou la traduction fran\u00e7aise standardis\u00e9e : [de.plas.m\u0251\u0303 dy \u0283wa]. Au pluriel, on \u00e9crira <em>des d\u00e9placements de choix<\/em> ou, si le terme anglais est conserv\u00e9, <em>des choice shifts<\/em>.<\/p>\n<p>Du point de vue syntaxique, il s&#8217;emploie principalement comme un syntagme nominal compl\u00e9ment de verbes d&rsquo;observation ou d&rsquo;analyse : \u00ab observer un d\u00e9placement du choix \u00bb, \u00ab mesurer l&rsquo;ampleur du <em>choice shift<\/em> \u00bb, \u00ab les d\u00e9terminants psychosociaux du d\u00e9placement du choix \u00bb. Il est parfois employ\u00e9 en apposition descriptive pour caract\u00e9riser une d\u00e9cision coll\u00e9giale divergente des avis initiaux.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le d\u00e9placement du choix dans toute sa complexit\u00e9, il convient d&rsquo;analyser la rupture qu&rsquo;il a op\u00e9r\u00e9e avec les th\u00e9ories classiques de la psychologie des foules et de la dynamique de groupe. Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence des travaux de Gustave Le Bon sur la massification puis des recherches de Muzafer Sherif sur la normalisation, la doctrine dominante stipulait que le groupe exer\u00e7ait une force mod\u00e9ratrice et inhibitrice. Selon cette conception classique, les divergences individuelles \u00e9taient cens\u00e9es se neutraliser mutuellement par convergence vers une norme moyenne consensuelle, exempte d&rsquo;asp\u00e9rit\u00e9s et hostile aux extr\u00eames. Le d\u00e9placement du choix a magistralement r\u00e9fut\u00e9 ce postulat du nivellement m\u00e9diocre en d\u00e9montrant que l&rsquo;interaction sociale sert fr\u00e9quemment de catalyseur d&rsquo;extr\u00e9misation.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur du ph\u00e9nom\u00e8ne repose sur la divergence quantitative et qualitative entre deux moments distincts du protocole exp\u00e9rimental : le stade pr\u00e9-d\u00e9lib\u00e9ratif individuel et le stade post-d\u00e9lib\u00e9ratif collectif (suivi du stade post-d\u00e9lib\u00e9ratif individuel cons\u00e9cutif). Avant toute discussion, chaque sujet est invit\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer des sc\u00e9narios d\u00e9cisionnels complexes, tels que des dilemmes de choix (<em>Choice Dilemmas Questionnaire<\/em>). Les sujets doivent d\u00e9cider du niveau minimal de probabilit\u00e9 de succ\u00e8s qu&rsquo;ils exigeraient avant de recommander une d\u00e9cision avantageuse mais potentiellement d\u00e9sastreuse en cas d&rsquo;\u00e9chec. Une fois les r\u00e9ponses individuelles recueillies, les participants se rassemblent en comit\u00e9s pour d\u00e9battre et formuler une d\u00e9cision collective consensuelle sur les m\u00eames dilemmes. Le d\u00e9placement du choix est constat\u00e9 lorsque la d\u00e9cision du comit\u00e9 diff\u00e8re significativement de la moyenne math\u00e9matique des \u00e9valuations individuelles formul\u00e9es en amont.<\/p>\n<p>Ce glissement d\u00e9cisionnel ne se limite pas \u00e0 un effet temporaire d&rsquo;imposition sociale ou de simple conformit\u00e9 de fa\u00e7ade. Les \u00e9tudes longitudinales et post-exp\u00e9rimentales attestent que les participants, lorsqu&rsquo;ils sont r\u00e9interrog\u00e9s individuellement et anonymement apr\u00e8s la r\u00e9union, conservent la nouvelle position acquise durant la d\u00e9lib\u00e9ration. Ce constat prouve qu&rsquo;un v\u00e9ritable r\u00e9alignement cognitif interne s&rsquo;est produit. Le groupe ne s&rsquo;est pas born\u00e9 \u00e0 forcer la main de ses participants ; il a restructur\u00e9 durablement leur cadre d&rsquo;\u00e9valuation du probl\u00e8me, leurs crit\u00e8res de pond\u00e9ration des risques et la hi\u00e9rarchie de leurs pr\u00e9f\u00e9rences subjectives.<\/p>\n<p>L&rsquo;amplitude du d\u00e9placement du choix varie en fonction de plusieurs variables mod\u00e9ratrices : le niveau de coh\u00e9sion interne du collectif, la nature des enjeux per\u00e7us, l&rsquo;asym\u00e9trie d&rsquo;expertise entre les intervenants et l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 id\u00e9ologique de d\u00e9part. Plus le groupe pr\u00e9sente une tonalit\u00e9 initiale partag\u00e9e et une faible diversit\u00e9 d&rsquo;opinions contradictoires, plus la translation finale vers l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;attitude s&rsquo;av\u00e8re spectaculaire et robuste.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte du d\u00e9placement du choix constitue l&rsquo;un des accidents exp\u00e9rimentaux les plus c\u00e9l\u00e8bres de la psychologie sociale contemporaine. En 1961, James A. F. Stoner pr\u00e9parait sa th\u00e8se de master \u00e0 la Sloan School of Management du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Massachusetts_Institute_of_Technology\">MIT<\/a>). Stoner postulait initialement, en accord avec les th\u00e9ories organisationnelles de l&rsquo;\u00e9poque et l&rsquo;adage populaire voulant que les comit\u00e9s noient les initiatives courageuses, que les groupes d&rsquo;\u00e9tudiants en gestion prendraient des d\u00e9cisions plus frileuses et conservatrices que les individus travaillant isol\u00e9ment. \u00c0 sa grande stupeur, les donn\u00e9es exp\u00e9rimentales r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent l&rsquo;exact contraire : sur une s\u00e9rie de dilemmes hypoth\u00e9tiques impliquant des trajectoires professionnelles, les groupes opt\u00e8rent unanimement pour des choix nettement plus risqu\u00e9s que la moyenne de leurs membres constitutifs. Ce r\u00e9sultat inattendu fut baptis\u00e9 le <em>risky shift<\/em> (glissement vers le risque).<\/p>\n<p>Durant toute la d\u00e9cennie 1960, une v\u00e9ritable fr\u00e9n\u00e9sie acad\u00e9mique s&#8217;empara des laboratoires de recherche nord-am\u00e9ricains et europ\u00e9ens. Des centaines d&rsquo;exp\u00e9rimentations tent\u00e8rent de r\u00e9pliquer les r\u00e9sultats de Stoner en variant les populations (cadres d&rsquo;entreprise, \u00e9tudiants, officiers militaires, juristes). Toutefois, des anomalies commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9merger. En 1965, Allan Kahan, puis d&rsquo;autres chercheurs comme Nordh\u00f8i, d\u00e9couvrirent certains dilemmes sp\u00e9cifiques au sein desquels la discussion collective provoquait invariablement un d\u00e9placement vers la prudence accrue (<em>cautious shift<\/em>). Par exemple, face \u00e0 un dilemme o\u00f9 un m\u00e9decin devait d\u00e9cider d&rsquo;op\u00e9rer un patient au risque de provoquer sa mort imm\u00e9diate, les groupes se montraient bien plus h\u00e9sitants et conservateurs que les individus isol\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 du risque comme vecteur unique \u00e9tait donc invalid\u00e9e. La perc\u00e9e th\u00e9orique d\u00e9cisive eut lieu en 1969 gr\u00e2ce aux travaux des psychologues sociaux fran\u00e7ais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Serge_Moscovici\">Serge Moscovici<\/a> et Marisa Zavalloni. Dans leur article fondateur publi\u00e9 dans le <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, ils d\u00e9montr\u00e8rent que le glissement vers le risque n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un cas particulier d&rsquo;une loi psychosociale beaucoup plus g\u00e9n\u00e9rale : la <strong>polarisation collective<\/strong>. Moscovici et Zavalloni prouv\u00e8rent que l&rsquo;interaction de groupe d\u00e9place syst\u00e9matiquement les attitudes moyennes vers le p\u00f4le pr\u00e9alablement favoris\u00e9 par la distribution initiale des jugements. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;expression g\u00e9n\u00e9rique <em>choice shift<\/em> s&rsquo;imposa d\u00e9finitivement dans la communaut\u00e9 scientifique internationale pour d\u00e9signer ce transfert d\u00e9cisionnel, englobant de mani\u00e8re coh\u00e9rente aussi bien le surcro\u00eet de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 que le renforcement de la r\u00e9serve.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Pour expliquer les causes profondes du d\u00e9placement du choix, la psychologie sociale a d\u00e9velopp\u00e9 plusieurs cadres th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires, dont deux dominent largement la litt\u00e9rature scientifique :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie des arguments persuasifs (Persuasive Arguments Theory &#8211; PAT) :<\/strong> Formul\u00e9e et formalis\u00e9e par Eugene Burnstein et Amiram Vinokur au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, cette approche cognitive repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se du traitement rationnel de l&rsquo;information. Selon la PAT, pour tout dilemme ou choix donn\u00e9, il existe dans la culture ou le r\u00e9pertoire social un ensemble fini d&rsquo;arguments favorables et d\u00e9favorables. Lorsqu&rsquo;un individu r\u00e9fl\u00e9chit seul, il n&rsquo;a acc\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 un sous-ensemble limit\u00e9 de ces arguments, g\u00e9n\u00e9ralement ceux qui soutiennent la direction vers laquelle penche d\u00e9j\u00e0 son inclination personnelle. Lors du d\u00e9bat de groupe, les membres mettent en commun leurs r\u00e9serves argumentatives respectives. Chaque individu est alors expos\u00e9 \u00e0 de nouveaux arguments persuasifs, valides et in\u00e9dits pour lui, qui corroborent tous la direction initiale pr\u00e9dominante. La d\u00e9couverte de ces justifications suppl\u00e9mentaires renforce la conviction des participants et provoque un glissement m\u00e9canique de la d\u00e9cision finale vers cette direction dominante.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la comparaison sociale (Social Comparison Theory) :<\/strong> \u00c9labor\u00e9e \u00e0 partir des axiomes de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Leon_Festinger\">Leon Festinger<\/a> et appliqu\u00e9e \u00e0 la polarisation par Robert Baron, David Myers et Helmut Lamm, cette perspective d&rsquo;inspiration motivationnelle et normative stipule que les \u00eatres humains sont anim\u00e9s par le d\u00e9sir perp\u00e9tuel de projeter une image sociale favorable tout en pr\u00e9servant une estime de soi positive. Dans la plupart des cultures occidentales, certaines valeurs (l&rsquo;audace dans l&rsquo;entrepreneuriat ou la compassion envers la vie humaine) jouissent d&rsquo;une forte d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale. Avant la rencontre, chaque participant suppose souvent qu&rsquo;il incarne cette valeur id\u00e9ale mieux que la moyenne de ses pairs. Cependant, lors de la mise en commun, l&rsquo;individu d\u00e9couvre avec consternation que d&rsquo;autres membres partagent, voire d\u00e9passent, son niveau d&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 cette valeur. Se sentant menac\u00e9 dans sa singularit\u00e9 positive ou d\u00e9sireux d&rsquo;appara\u00eetre comme un parangon de vertu collective, le sujet r\u00e9ajuste sa position vers une extr\u00e9mit\u00e9 plus affirm\u00e9e afin de restaurer son statut valorisant. Cette surench\u00e8re comp\u00e9titive d\u00e9place l&rsquo;ensemble du groupe.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;auto-cat\u00e9gorisation (Self-Categorization Theory) :<\/strong> D\u00e9riv\u00e9e de l&rsquo;approche de l&rsquo;identit\u00e9 sociale d\u00e9velopp\u00e9e par John Turner et Michael Hogg, cette th\u00e9orie conceptualise le d\u00e9placement du choix non pas comme une comp\u00e9tition interindividuelle, mais comme la recherche d&rsquo;une norme intragroupe saillante et prototypique. Face \u00e0 un enjeu de d\u00e9cision, les membres cherchent \u00e0 d\u00e9finir l&rsquo;identit\u00e9 de leur groupe par contraste avec d&rsquo;autres groupes ext\u00e9rieurs r\u00e9els ou imaginaires. Pour maximiser la distinction positive du \u00ab nous \u00bb par rapport au \u00ab eux \u00bb, la norme du groupe se cristallise sur une position distincte et plus extr\u00eame que la simple moyenne des positions des membres. Les participants int\u00e9riorisent cette norme prototypique polaris\u00e9e, ce qui engendre le glissement d\u00e9cisionnel observ\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la diffusion de la responsabilit\u00e9 (Diffusion of Responsibility) :<\/strong> Historiquement invoqu\u00e9e par Wallach, Kogan et Bem au d\u00e9but des recherches sur le <em>risky shift<\/em>, cette hypoth\u00e8se sugg\u00e8re que la prise de d\u00e9cision collective dilue le fardeau moral et psychologique des cons\u00e9quences n\u00e9fastes potentielles. Se sentant collectivement prot\u00e9g\u00e9s par l&rsquo;anonymat relatif du groupe (\u00ab nous avons d\u00e9cid\u00e9 ensemble, personne n&rsquo;est coupable \u00e0 lui seul \u00bb), les individus osent s&rsquo;aventurer vers des solutions p\u00e9rilleuses qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient jamais assum\u00e9es en nom propre.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;anatomie structurelle du d\u00e9placement du choix se d\u00e9compose en un r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments fonctionnels et d&rsquo;expressions typologiques bien document\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La direction du d\u00e9placement (Directionalit\u00e9) :<\/strong> Ce param\u00e8tre d\u00e9termine la polarit\u00e9 terminale adopt\u00e9e par le groupe. Il se subdivise classiquement en :\n<ul>\n<li><em>D\u00e9placement vers le risque (Risky Shift) :<\/em> Transition vers des probabilit\u00e9s de succ\u00e8s plus faibles en \u00e9change de gains substantiels, pr\u00e9dominant lorsque les options initiales incitent \u00e0 l&rsquo;action offensive, \u00e0 l&rsquo;innovation ou \u00e0 la rupture.<\/li>\n<li><em>D\u00e9placement vers la prudence (Cautious Shift) :<\/em> Transition vers la s\u00e9curisation maximale des acquis et l&rsquo;aversion aigu\u00eb aux pertes, pr\u00e9dominant lorsque l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique, la s\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8re absolue ou la survie d&rsquo;autrui sont explicitement mises en balance.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;amplitude du d\u00e9placement (Magnitude) :<\/strong> Distance statistique standardis\u00e9e (souvent mesur\u00e9e par le <em>d<\/em> de Cohen ou le d\u00e9placement net sur une \u00e9chelle de Likert) s\u00e9parant la moyenne des r\u00e9ponses pr\u00e9-d\u00e9lib\u00e9ratoires individuelles de la d\u00e9cision finale coll\u00e9giale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;internalisation versus la conformit\u00e9 publique :<\/strong> Dimension fondamentale \u00e9valuant si le d\u00e9placement r\u00e9sulte d&rsquo;une conversion cognitive authentique et p\u00e9renne (l&rsquo;individu change v\u00e9ritablement d&rsquo;avis dans ses choix priv\u00e9s subs\u00e9quents) ou d&rsquo;une simple acceptation superficielle et transitoire destin\u00e9e \u00e0 apaiser le groupe (conformit\u00e9 complaisante).<\/li>\n<li><strong>La saillance normative initiale (Pente culturelle) :<\/strong> Orientation affective et axiologique partag\u00e9e par la culture environnante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;objet du dilemme. Le d\u00e9placement s&rsquo;op\u00e8re presque in\u00e9luctablement dans le sens de la pente culturelle dominante (par exemple, le courage h\u00e9ro\u00efque face \u00e0 l&rsquo;oppression ou la prudence scrupuleuse en mati\u00e8re m\u00e9dicale).<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9pertoire argumentatif disponible :<\/strong> Volume, originalit\u00e9 et persuasion intrins\u00e8que des arguments partag\u00e9s durant les d\u00e9bats, formant le substrat cognitif indispensable \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement des opinions vers l&rsquo;un des p\u00f4les.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser la m\u00e9canique concr\u00e8te du d\u00e9placement du choix, plusieurs illustrations issues de contextes r\u00e9els et exp\u00e9rimentaux m\u00e9ritent un examen approfondi :<\/p>\n<p><strong>Le dilemme de carri\u00e8re de Stoner (Sc\u00e9nario de recherche classique) :<\/strong> Un jeune ing\u00e9nieur talentueux mais aux revenus modestes travaille dans une entreprise technologique bien \u00e9tablie avec un emploi \u00e0 vie garanti. Une jeune entreprise naissante (start-up) lui propose un poste cl\u00e9 assorti d&rsquo;une part de capital mais d&rsquo;un avenir tr\u00e8s incertain. Le sujet doit indiquer la probabilit\u00e9 minimale de r\u00e9ussite de la start-up (1 chance sur 10, 3 sur 10, 5 sur 10, etc.) qu&rsquo;il exige pour recommander \u00e0 l&rsquo;ing\u00e9nieur de quitter son emploi stable. Pris isol\u00e9ment, les sujets exigent par exemple une probabilit\u00e9 minimale moyenne de 5 chances sur 10 (soit 50 % de chances de survie de la jeune entreprise). R\u00e9unis en groupe de discussion durant vingt minutes, ces m\u00eames sujets finissent par adopter collectivement un seuil abaiss\u00e9 \u00e0 2 ou 3 chances sur 10, incitant vivement le protagoniste \u00e0 tenter sa chance malgr\u00e9 un risque objectif d&rsquo;\u00e9chec de 70 \u00e0 80 %. C&rsquo;est l&rsquo;illustration canonique du d\u00e9placement vers le risque.<\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9lib\u00e9rations de jurys d&rsquo;assises (Domaine judiciaire) :<\/strong> Des simulations rigoureuses de cours de justice men\u00e9es par des juristes et des psychologues d\u00e9montrent que lorsqu&rsquo;une majorit\u00e9 relative de jur\u00e9s entre dans la salle des d\u00e9lib\u00e9rations avec une inclinaison initiale mod\u00e9r\u00e9e vers la culpabilit\u00e9 de l&rsquo;accus\u00e9, la confrontation verbale engendre un d\u00e9placement vers des peines de prison beaucoup plus lourdes que la moyenne des peines initialement envisag\u00e9es \u00e0 titre individuel. Inversement, si le doute raisonnable habite initialement une courte majorit\u00e9, le groupe glisse de fa\u00e7on spectaculaire vers l&rsquo;acquittement pur et simple ou vers une cl\u00e9mence radicale, balayant les h\u00e9sitations m\u00e9dianes.<\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement en capital-risque (Monde des affaires) :<\/strong> Au sein des comit\u00e9s d&rsquo;investissement financiers, un projet technologique disruptif suscite souvent chez les analystes individuels un accueil ti\u00e8de mais curieux (par exemple une note d&rsquo;opportunit\u00e9 de 6 sur 10). Au terme d&rsquo;un s\u00e9minaire d&rsquo;arbitrage o\u00f9 chacun apporte des donn\u00e9es prospectives enthousiastes sur la transformation des march\u00e9s, le comit\u00e9 vote massivement pour engager des dizaines de millions d&rsquo;euros sur une valorisation sp\u00e9culative disproportionn\u00e9e. Le groupe a \u00e9limin\u00e9 les doutes individuels par validation r\u00e9ciproque de l&rsquo;audace concurrentielle.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation scientifique du d\u00e9placement du choix s&rsquo;appuie sur une m\u00e9thodologie quantitative standardis\u00e9e \u00e9tablie depuis les ann\u00e9es 1960 et perfectionn\u00e9e par la psychom\u00e9trie exp\u00e9rimentale :<\/p>\n<p>Le protocole exp\u00e9rimental canonique se structure en trois ou quatre phases successives rigoureusement contr\u00f4l\u00e9es :<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Phase 1 (Pr\u00e9-test individuel isol\u00e9) :<\/strong> Les participants remplissent de mani\u00e8re anonyme et individuelle un instrument standardis\u00e9, traditionnellement le <em>Choice Dilemmas Questionnaire<\/em> (CDQ) de Wallach et Kogan. Ce questionnaire propose 12 sc\u00e9narios r\u00e9alistes o\u00f9 un personnage fictif fait face \u00e0 un choix crucial opposant une issue s\u00fbre mais m\u00e9diocre \u00e0 une issue risqu\u00e9e mais extr\u00eamement gratifiante. Les sujets indiquent pour chaque dilemme la probabilit\u00e9 minimale d&rsquo;efficacit\u00e9 acceptable (g\u00e9n\u00e9ralement gradu\u00e9e en 1\/10, 3\/10, 5\/10, 7\/10, 9\/10).<\/li>\n<li><strong>Phase 2 (Interaction et d\u00e9cision collective) :<\/strong> Les sujets sont r\u00e9unis en petits comit\u00e9s (habituellement compos\u00e9s de 3 \u00e0 7 individus). Ils re\u00e7oivent pour consigne de d\u00e9battre librement et d&rsquo;aboutir \u00e0 un consensus unanime formel sur le niveau de probabilit\u00e9 \u00e0 recommander pour chaque dilemme. L&rsquo;\u00e9change est chronom\u00e9tr\u00e9, enregistr\u00e9 et analys\u00e9 par des observateurs (comptabilisation du nombre d&rsquo;arguments formul\u00e9s par p\u00f4le).<\/li>\n<li><strong>Phase 3 (Post-test individuel cons\u00e9cutif) :<\/strong> Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la s\u00e9paration du groupe, chaque individu r\u00e9\u00e9value isol\u00e9ment les m\u00eames sc\u00e9narios sous le sceau du secret. Cette phase permet de dissocier le d\u00e9placement collectif de surface d&rsquo;un changement d&rsquo;attitude int\u00e9rioris\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Phase 4 facultative (Post-test diff\u00e9r\u00e9) :<\/strong> \u00c9valuation men\u00e9e plusieurs jours ou semaines plus tard pour mesurer la persistance mn\u00e9sique et attitudinale de la translation d\u00e9cisionnelle.<\/li>\n<\/ol>\n<p>L&rsquo;analyse statistique repose sur le calcul du score de diff\u00e9rence : la moyenne arithm\u00e9tique des scores individuels de la Phase 1 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_1\">$M_1$<\/span>) est compar\u00e9e par des tests d&rsquo;\u00e9chantillons appari\u00e9s (tests t de Student ou analyses de variance \u00e0 mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es) \u00e0 la note consensuelle de la Phase 2 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_2\">$M_2$<\/span>), puis aux scores individuels de la Phase 3 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_3\">$M_3$<\/span>). On conclut \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un <em>choice shift<\/em> d\u00e8s lors que la diff\u00e9rence <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_2 - M_1\">$M_2 &#8211; M_1$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_3 - M_1\">$M_3 &#8211; M_1$<\/span> atteint un seuil de significativit\u00e9 statistique (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"p &lt; 0{,}05\">$p &lt; 0{,}05$<\/span>) dans une direction pr\u00e9dictible par rapport au point m\u00e9dian neutre.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du d\u00e9placement du choix transcende le cadre universitaire pour s&rsquo;\u00e9riger en outil critique d&rsquo;audit organisationnel et strat\u00e9gique :<\/p>\n<p><strong>Gouvernance d&rsquo;entreprise et comit\u00e9s de direction :<\/strong> Dans le management strat\u00e9gique, les fusions-acquisitions, les lancements de produits de rupture ou les restructurations massives sont d\u00e9cid\u00e9s par des coll\u00e8ges de dirigeants. Si les membres fondateurs partagent d\u00e9j\u00e0 une vision expansionniste, la d\u00e9lib\u00e9ration ferm\u00e9e peut propulser le conseil vers des paris financiers hasardeux mettant en p\u00e9ril la solvabilit\u00e9 de l&rsquo;organisation. L&rsquo;introduction institutionnalis\u00e9e d&rsquo;un avocat du diable ou de sous-groupes d&rsquo;\u00e9valuation contradictoire constitue la parade organisationnelle directe contre les d\u00e9rives du d\u00e9placement du choix.<\/p>\n<p><strong>Gestion des crises de s\u00e9curit\u00e9 et du renseignement :<\/strong> Dans les cellules militaires ou de diplomatie d&rsquo;urgence, la pression temporelle et l&rsquo;illusion de coh\u00e9sion peuvent inciter les \u00e9tats-majors \u00e0 basculer vers des ripostes disproportionn\u00e9es ou des frappes pr\u00e9ventives irr\u00e9versibles. La prise en compte du d\u00e9placement du choix permet de formaliser des protocoles d&rsquo;alerte obligeant les analystes \u00e0 examiner syst\u00e9matiquement les cons\u00e9quences de sc\u00e9narios de prudence absolue.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9cisions coll\u00e9giales en sant\u00e9 publique :<\/strong> Les comit\u00e9s de bio\u00e9thique et les r\u00e9unions de concertation pluridisciplinaire (RCP) en oncologie sont quotidiennement confront\u00e9s au ph\u00e9nom\u00e8ne. Selon la culture hospitali\u00e8re locale, les r\u00e9unions d&rsquo;\u00e9quipes peuvent glisser vers un acharnement th\u00e9rapeutique agressif (d\u00e9placement vers l&rsquo;audace interventionniste) ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, vers une abstention excessivement conservatrice face \u00e0 des traitements innovants mais risqu\u00e9s. Sensibiliser les praticiens \u00e0 ces biais dynamiques am\u00e9liore l&rsquo;ind\u00e9pendance de jugement des soignants.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, la litt\u00e9rature scientifique s&rsquo;est enrichie de donn\u00e9es quantitatives massives attestant de la robustesse empirique du d\u00e9placement du choix \u00e0 travers des centaines d&rsquo;\u00e9chantillons exp\u00e9rimentaux :<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse majeure r\u00e9alis\u00e9e par Daniel Isenberg en 1986, examinant des d\u00e9cennies de travaux sur les dynamiques de d\u00e9lib\u00e9ration, a d\u00e9montr\u00e9 que la th\u00e9orie des arguments persuasifs et la th\u00e9orie de la comparaison sociale op\u00e8rent concomitamment lors des d\u00e9placements de choix, bien que leurs poids respectifs fluctuent selon la t\u00e2che. Lorsque la t\u00e2che d\u00e9cisionnelle implique des jugements intellectifs ou logiques (o\u00f9 il existe une solution objectivement plus correcte), l&rsquo;apport d&rsquo;arguments persuasifs constitue le pr\u00e9dicteur principal du glissement. En revanche, lorsque la d\u00e9cision convoque des jugements de valeurs, des consid\u00e9rations affectives ou des arbitrages \u00e9thiques, la dynamique de comparaison sociale devient le m\u00e9canisme moteur pr\u00e9pond\u00e9rant.<\/p>\n<p>Les recherches ult\u00e9rieures men\u00e9es par Myers et Bishop ont explor\u00e9 l&rsquo;impact du d\u00e9placement du choix sur les pr\u00e9jug\u00e9s et les attitudes raciales. En r\u00e9unissant des \u00e9tudiants pr\u00e9sentant des attitudes raciales pr\u00e9alablement mod\u00e9r\u00e9es ou progressistes d&rsquo;une part, et des \u00e9tudiants manifestant des st\u00e9r\u00e9otypes hostiles d&rsquo;autre part, ils ont constat\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s discussion entre pairs partageant le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit, les participants tol\u00e9rants devenaient encore plus tol\u00e9rants et engag\u00e9s, tandis que les groupes intol\u00e9rants radicalisaient profond\u00e9ment leurs pr\u00e9jug\u00e9s discriminatoires. Ces donn\u00e9es soulignent que le <em>choice shift<\/em> n&rsquo;est pas confin\u00e9 aux probabilit\u00e9s de paris mais fa\u00e7onne l&rsquo;ossature id\u00e9ologique soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e8re num\u00e9rique contemporaine, les exp\u00e9rimentations sur les r\u00e9seaux sociaux et les forums en ligne (Suler, 2004 ; Sunstein, 2002) confirment une amplification spectaculaire du d\u00e9placement du choix dans les environnements virtuels. La communication m\u00e9diatis\u00e9e par ordinateur, caract\u00e9ris\u00e9e par un filtrage algorithmique r\u00e9duisant l&rsquo;exposition \u00e0 la contradiction et accentuant le renforcement de chambre d&rsquo;\u00e9cho, d\u00e9clenche des glissements de choix beaucoup plus rapides et extr\u00eames que les r\u00e9unions en face-\u00e0-face, illustrant l&rsquo;actualit\u00e9 br\u00fblante du concept.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;orientation du d\u00e9placement du choix sont \u00e9troitement tributaires de la matrice axiologique et culturelle au sein de laquelle \u00e9volue le collectif :<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales individualistes (notamment aux \u00c9tats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni ou en Europe du Nord), l&rsquo;esprit d&rsquo;entreprise, la disposition \u00e0 braver l&rsquo;inconnu, l&rsquo;audace comp\u00e9titive et la proactivit\u00e9 sont hautement valoris\u00e9s socialement. D\u00e8s lors, face \u00e0 des sc\u00e9narios \u00e9conomiques ou d&rsquo;opportunit\u00e9 individuelle, la \u00ab pente culturelle \u00bb initiale penche naturellement vers le risque, favorisant massivement des <em>risky shifts<\/em> lors des d\u00e9lib\u00e9rations. L&rsquo;individu craint d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 mou ou timor\u00e9 par ses pairs.<\/p>\n<p>En contraste, dans les cultures collectivistes \u00e0 fort \u00e9vitement de l&rsquo;incertitude et soucieuses de l&rsquo;harmonie holistique (comme au Japon, en Cor\u00e9e du Sud ou dans plusieurs pays d&rsquo;Asie du Sud-Est), la pr\u00e9servation de la coh\u00e9sion communautaire, le respect des traditions, la loyaut\u00e9 organisationnelle et la minimisation du risque pour le groupe constituent les normes pr\u00e9valentes. Par cons\u00e9quent, les recherches transculturelles men\u00e9es notamment par Hinoki et d&rsquo;autres chercheurs comparatistes indiquent que les m\u00eames dilemmes de d\u00e9cision d\u00e9clenchent bien plus fr\u00e9quemment des d\u00e9placements vers la prudence (<em>cautious shift<\/em>) dans ces soci\u00e9t\u00e9s. Le groupe agit comme un amortisseur prot\u00e9geant ses membres de l&rsquo;imprudence individuelle qui pourrait d\u00e9stabiliser le bien commun.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la dynamique de prise de parole diff\u00e8re selon les contextes culturels. Dans les environnements \u00e0 forte distance hi\u00e9rarchique, le d\u00e9placement du choix est souvent polaris\u00e9 non pas par le consensus spontan\u00e9 de pairs \u00e9gaux, mais par l&rsquo;inclination du membre le plus \u00e2g\u00e9 ou le plus haut grad\u00e9, laquelle aimante instantan\u00e9ment les r\u00e9alignements des subordonn\u00e9s, modifiant ainsi le r\u00f4le th\u00e9orique de la comparaison sociale interindividuelle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que solidement document\u00e9, le cadre conceptuel du d\u00e9placement du choix a suscit\u00e9 d&rsquo;intenses d\u00e9bats th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<p><strong>La validit\u00e9 \u00e9cologique du Choice Dilemmas Questionnaire (CDQ) :<\/strong> La principale critique adress\u00e9e aux premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations de recherches concerne le caract\u00e8re artificiel et d\u00e9sincarn\u00e9 des sc\u00e9narios utilis\u00e9s. Dans le questionnaire classique de Wallach et Kogan, les participants \u00e9mettent des recommandations hypoth\u00e9tiques pour des personnages fictifs sans subir la moindre cons\u00e9quence mat\u00e9rielle, juridique ou \u00e9motionnelle en cas d&rsquo;erreur dramatique. Plusieurs d\u00e9tracteurs ont soutenu que le d\u00e9placement vers le risque observ\u00e9 en laboratoire refl\u00e9tait une d\u00e9sinvolture ludique propre aux \u00e9tudiants test\u00e9s plut\u00f4t qu&rsquo;une r\u00e9elle propension \u00e0 jouer sa propre existence ou ses capitaux r\u00e9els dans le monde professionnel.<\/p>\n<p><strong>Le statut du compromis : le contre-mod\u00e8le du centrisme de groupe :<\/strong> Certains th\u00e9oriciens de la psychologie des organisations rappellent que le d\u00e9placement du choix n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9 absolue de toute r\u00e9union de travail. Lorsque les groupes sont compos\u00e9s de sous-factions fortement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, avec des individus repr\u00e9sentant des int\u00e9r\u00eats irr\u00e9conciliables ou des ancrages id\u00e9ologiques sym\u00e9triquement oppos\u00e9s, l&rsquo;interaction ne d\u00e9bouche pas sur une polarisation mais sur une impasse conflictuelle ou sur un compromis n\u00e9goci\u00e9 centriste. Le d\u00e9placement du choix requiert imp\u00e9rativement un accord minimal initial sur la valence de l&rsquo;objectif pour pouvoir s&rsquo;enclencher.<\/p>\n<p><strong>Superposition et confusion avec la polarisation :<\/strong> Un d\u00e9bat \u00e9pist\u00e9mologique a longtemps oppos\u00e9 les partisans du maintien strict du vocable <em>choice shift<\/em> et les tenants du concept globalisant de \u00ab polarisation d&rsquo;attitude \u00bb. Certains chercheurs jugent que continuer \u00e0 s\u00e9parer la translation des choix discrets d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et la radicalisation des attitudes sous-jacentes de l&rsquo;autre rel\u00e8ve d&rsquo;une redondance conceptuelle inutile. D&rsquo;autres maintiennent qu&rsquo;un choix d&rsquo;action implique une contrainte comportementale op\u00e9rationnelle et des arbitrages de probabilit\u00e9 qui ne se confondent pas avec une vague opinion politique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute ambigu\u00eft\u00e9 th\u00e9orique, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment le d\u00e9placement du choix de plusieurs concepts voisins de la psychologie sociale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Polarisation de groupe (Group Polarization) :<\/strong> Concept plus large et englobant. La polarisation d\u00e9signe l&rsquo;amplification g\u00e9n\u00e9rale de toute attitude, croyance ou sentiment collectif cons\u00e9cutive \u00e0 la discussion. Le <em>choice shift<\/em> constitue la manifestation d\u00e9cisionnelle sp\u00e9cifique et mesurable de la polarisation lorsqu&rsquo;un choix discret ou un arbitrage de risque explicite doit \u00eatre formul\u00e9 par le collectif.<\/li>\n<li><strong>Pens\u00e9e de groupe (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pens%C3%A9e_de_groupe\">Groupthink<\/a>) :<\/strong> Concept formul\u00e9 par Irving Janis d\u00e9crivant une d\u00e9t\u00e9rioration pathologique de l&rsquo;efficacit\u00e9 mentale, de la lucidit\u00e9 critique et du jugement moral au sein de groupes hautement coh\u00e9sifs obs\u00e9d\u00e9s par l&rsquo;unanimit\u00e9. Si le <em>groupthink<\/em> produit fr\u00e9quemment des d\u00e9cisions excessivement t\u00e9m\u00e9raires (pouvant ressembler \u00e0 un glissement vers le risque), il s&rsquo;agit d&rsquo;un dysfonctionnement organisationnel complexe impliquant des illusions d&rsquo;invuln\u00e9rabilit\u00e9 et d&rsquo;autocensure, alors que le d\u00e9placement du choix est un m\u00e9canisme sociocognitif universel survenant m\u00eame dans des groupes temporaires parfaitement rationnels.<\/li>\n<li><strong>Normalisation :<\/strong> Processus document\u00e9 par Muzafer Sherif selon lequel des individus confront\u00e9s \u00e0 une situation ambigu\u00eb et d\u00e9pourvus de norme pr\u00e9\u00e9tablie convergent mutuellement vers une moyenne m\u00e9diane consensuelle. La normalisation implique un nivellement centralis\u00e9 des opinions, tandis que le <em>choice shift<\/em> implique un d\u00e9placement asym\u00e9trique vers une extr\u00e9mit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Conformisme (Effet Asch) :<\/strong> Alignement public d&rsquo;un individu isol\u00e9 sur la position manifestement erron\u00e9e d&rsquo;une majorit\u00e9 unanime dans le but d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;exclusion. Le conformisme est une capitulation unilat\u00e9rale d&rsquo;un sujet face \u00e0 une norme de pression sociale d\u00e9j\u00e0 existante, tandis que le d\u00e9placement du choix est un mouvement collectif coordonn\u00e9 \u00e9mergeant du d\u00e9bat lui-m\u00eame.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le d\u00e9placement du choix (<em>choice shift<\/em>) est un processus psychosocial cardinal qui bouleverse notre compr\u00e9hension de la d\u00e9lib\u00e9ration collective. Loin de repr\u00e9senter un gage automatique de mod\u00e9ration et d&rsquo;\u00e9quilibre, la r\u00e9union d&rsquo;individus amplifie g\u00e9n\u00e9ralement les inclinations d\u00e9cisionnelles d\u00e9j\u00e0 latentes chez ses membres.<\/p>\n<p>D\u00e9couvert initialement sous la forme du \u00ab glissement vers le risque \u00bb (<em>risky shift<\/em>) par Stoner en 1961, puis universalis\u00e9 sous les concepts de d\u00e9placement du choix et de polarisation collective par Moscovici et Zavalloni, le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9montre que la discussion am\u00e8ne les comit\u00e9s \u00e0 adopter des postures soit nettement plus audacieuses, soit beaucoup plus conservatrices que la moyenne de leurs membres individuels.<\/p>\n<p>Deux m\u00e9canismes cognitifs et psychosociaux majeurs alimentent conjointement ce ph\u00e9nom\u00e8ne : la mise en commun d&rsquo;arguments persuasifs originaux soutenant la direction dominante (th\u00e9orie des arguments persuasifs) et l&rsquo;envie concurrentielle d&rsquo;incarner les id\u00e9aux socioculturels les plus prestigieux au sein du groupe (th\u00e9orie de la comparaison sociale).<\/p>\n<p>Reconna\u00eetre l&rsquo;existence et la vigueur du d\u00e9placement du choix s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour quiconque pilote des conseils d&rsquo;administration, des jurys de tribunaux, des coll\u00e8ges m\u00e9dicaux ou des cellules de crise. Sans protocoles structur\u00e9s de d\u00e9bat contradictoire, le groupe risque \u00e0 tout instant de transformer une simple inclination initiale en un pari coll\u00e9gial d\u00e9mesur\u00e9.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Burnstein, E., &amp; Vinokur, A. (1977). Persuasive argumentation and social comparison as determinants of attitude polarization. <em>Journal of Experimental Social Psychology<\/em>, 13(4), 315-332. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0022-1031(77)80002-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0022-1031(77)80002-6<\/a><\/li>\n<li>Isenberg, D. J. (1986). Group polarization: A critical review and meta-analysis. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 50(6), 1141-1151. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.50.6.1141\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.50.6.1141<\/a><\/li>\n<li>Moscovici, S., &amp; Zavalloni, M. (1969). The group as a polarizer of attitudes. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 12(2), 125-135. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0027568\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0027568<\/a><\/li>\n<li>Myers, D. G., &amp; Lamm, H. (1976). The group polarization phenomenon. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 83(4), 602-627. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.83.4.602\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.83.4.602<\/a><\/li>\n<li>Stoner, J. A. F. (1961). <em>A comparison of individual and group decisions involving risk<\/em> (Th\u00e8se de master in\u00e9dite, Massachusetts Institute of Technology). Repris dans Stoner, J. A. F. (1968). Risky and cautious shifts in group decisions: The influence of widely held values. <em>Journal of Experimental Social Psychology<\/em>, 4(4), 442-459. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0022-1031(68)90069-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0022-1031(68)90069-3<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9placement du choix (choice shift) d\u00e9signe le ph\u00e9nom\u00e8ne psychosocial par lequel la d\u00e9cision issue d&rsquo;une discussion de groupe s&rsquo;av\u00e8re syst\u00e9matiquement plus extr\u00eame ou risqu\u00e9e que la moyenne des jugements formul\u00e9s isol\u00e9ment par ses membres.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[4021,36823,154],"tags":[39534,39535,3745,27179,220,4025],"class_list":["post-23327","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-dynamique-de-groupe","category-processus-decisionnels","category-psychologie-sociale","tag-choice-shift","tag-deplacement-du-choix","tag-polarisation-de-groupe","tag-prise-de-decision-collective","tag-psychologie-sociale","tag-risky-shift"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23327","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23327\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23327"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23327"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23327"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}