{"id":23326,"date":"2026-10-31T02:24:10","date_gmt":"2026-10-31T02:24:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=temps-de-reaction-de-choix"},"modified":"2026-10-31T02:24:10","modified_gmt":"2026-10-31T02:24:10","slug":"temps-de-reaction-de-choix","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=temps-de-reaction-de-choix","title":{"rendered":"Temps de r\u00e9action de choix : Mesure de la d\u00e9cision"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de la psychologie cognitive et de la chronom\u00e9trie mentale r\u00e9side la qu\u00eate fondamentale de quantifier la vitesse \u00e0 laquelle l&rsquo;esprit humain traite l&rsquo;information sensorielle et s\u00e9lectionne une action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Le temps de r\u00e9action de choix constitue l&rsquo;un des paradigmes exp\u00e9rimentaux les plus robustes et influents pour explorer les m\u00e9canismes de la prise de d\u00e9cision, de la discrimination perceptive et de la commande motrice. En mesurant l&rsquo;intervalle temporel qui s\u00e9pare l&rsquo;apparition d&rsquo;un stimulus parmi plusieurs alternatives et l&rsquo;\u00e9mission de la r\u00e9ponse sp\u00e9cifique appropri\u00e9e, ce construit offre une fen\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e sur l&rsquo;architecture fonctionnelle de la cognition humaine.<\/p>\n<h2>Le temps de r\u00e9action de choix<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>temps de r\u00e9action de choix<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;intervalle temporel qui s&rsquo;\u00e9coule entre la pr\u00e9sentation impromptue d&rsquo;un stimulus particulier parmi un ensemble pr\u00e9d\u00e9fini de stimuli possibles et l&rsquo;initiation de la r\u00e9ponse motrice sp\u00e9cifiquement assign\u00e9e \u00e0 ce stimulus distinct. Contrairement aux t\u00e2ches simples o\u00f9 un unique signal d\u00e9clenche un comportement invariable, cette mesure exige la mise en \u0153uvre concomitante d&rsquo;une identification perceptive, d&rsquo;une discrimination cat\u00e9gorielle et d&rsquo;une s\u00e9lection de r\u00e9ponse parmi plusieurs alternatives motrices mutuellement exclusives.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel, le temps de r\u00e9action de choix sert d&rsquo;indice quantitatif pour \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 et la vitesse du traitement de l&rsquo;information par le syst\u00e8me nerveux central. Il refl\u00e8te l&rsquo;int\u00e9gration dynamique de processus s\u00e9quentiels et parall\u00e8les comprenant la transduction sensorielle, la reconnaissance de configurations, la recherche en m\u00e9moire de travail, l&rsquo;\u00e9valuation de r\u00e8gles de correspondance stimulus-r\u00e9ponse et la programmation motrice eff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_cognitive\">psychologie cognitive<\/a> et de la neuropsychologie, ce construit s&rsquo;impose comme un biomarqueur comportemental essentiel permettant de sonder les capacit\u00e9s attentionnelles, la r\u00e9serve cognitive, les alt\u00e9rations neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ainsi que les fluctuations de l&rsquo;\u00e9veil et de la fatigue chez l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression fran\u00e7aise \u00ab temps de r\u00e9action de choix \u00bb est un calque s\u00e9mantique direct du concept anglophone <em>choice reaction time<\/em> (souvent abr\u00e9g\u00e9 <em>CRT<\/em>), lui-m\u00eame h\u00e9rit\u00e9 des travaux pionniers men\u00e9s en allemand au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle sous l&rsquo;appellation <em>Wahlreaktionszeit<\/em>. Le substantif \u00ab temps \u00bb d\u00e9coule du latin <em>tempus<\/em>, signifiant division de la dur\u00e9e, moment ou circonstance. Le terme \u00ab r\u00e9action \u00bb tire son origine du bas latin <em>reactio<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>re-<\/em> (indiquant un retour ou une opposition) et du verbe <em>agere<\/em> (agir, conduire), d\u00e9signant originellement une action r\u00e9ciproque ou cons\u00e9cutive exerc\u00e9e en r\u00e9ponse \u00e0 une force initiale.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab choix \u00bb provient de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>choisir<\/em>, issu du verbe francique <em>kausjan<\/em>, signifiant \u00e9prouver, go\u00fbter ou distinguer, apparent\u00e9 au gothique <em>kausjan<\/em> et \u00e0 l&rsquo;allemand moderne <em>kiesen<\/em>. L&rsquo;int\u00e9gration conjointe de ces termes dans le vocabulaire scientifique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au milieu du XIXe si\u00e8cle, lorsque les physiologistes et psychologues exp\u00e9rimentaux ont cherch\u00e9 \u00e0 formaliser la distinction entre une r\u00e9ponse automatique r\u00e9flexe et une r\u00e9ponse n\u00e9cessitant un acte psychique de s\u00e9lection d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone historique, notamment sous la plume de savants tels qu&rsquo;Alfred Binet et Paul Janet, la formulation \u00ab temps de r\u00e9action complexe \u00bb ou \u00ab temps de r\u00e9action discriminatif \u00bb a parfois coexist\u00e9 avec celle de temps de r\u00e9action de choix, avant que la terminologie standardis\u00e9e n&rsquo;adopte d\u00e9finitivement cette derni\u00e8re pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement les paradigmes associant chaque stimulus \u00e0 sa propre r\u00e9ponse.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab temps de r\u00e9action de choix \u00bb est un groupe nominal masculin singulier invariable au pluriel pour le premier mot (\u00ab les temps de r\u00e9action de choix \u00bb). La prononciation phon\u00e9tique en alphabet phon\u00e9tique international (API) se transcrit : \/t\u0251\u0303 d\u0259 \u0281e.ak.sj\u0254\u0303 d\u0259 \u0283wa\/. L&rsquo;\u00e9lision ne s&rsquo;applique pas devant le substantif \u00ab choix \u00bb, et le \u00ab s \u00bb final de \u00ab temps \u00bb ainsi que le \u00ab x \u00bb final de \u00ab choix \u00bb demeurent muets en fran\u00e7ais standard.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage acad\u00e9mique et les publications de recherche, l&rsquo;expression s&#8217;emploie principalement en fonction de sujet ou de compl\u00e9ment d&rsquo;objet direct ou indirect (\u00ab mesurer le temps de r\u00e9action de choix \u00bb, \u00ab la variance du temps de r\u00e9action de choix \u00bb). Les chercheurs emploient r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;acronyme francis\u00e9 TRC ou l&rsquo;acronyme anglophone internationalis\u00e9 CRT pour all\u00e9ger les analyses statistiques et les descriptions m\u00e9thodologiques.<\/p>\n<p>Bien que des variantes synonymiques telles que \u00ab temps de choix \u00bb, \u00ab temps de r\u00e9ponse \u00e0 choix multiples \u00bb ou \u00ab temps de r\u00e9action disjonctif \u00bb apparaissent occasionnellement dans des textes de psychophysique appliqu\u00e9e, l&rsquo;appellation \u00ab temps de r\u00e9action de choix \u00bb demeure la d\u00e9nomination canonique reconnue par la terminologie psychologique contemporaine.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le temps de r\u00e9action de choix transcende la simple vitesse m\u00e9canique pour constituer une mesure ph\u00e9nom\u00e9nologique et quantitative de la complexit\u00e9 mentale. Dans un dispositif typique, un participant est confront\u00e9 \u00e0 une matrice d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements sensoriels impr\u00e9visibles \u2014 par exemple, l&rsquo;apparition d&rsquo;un voyant lumineux rouge ou vert, ou la diffusion d&rsquo;un son grave ou aigu. \u00c0 chaque \u00e9ventualit\u00e9 est appari\u00e9e une r\u00e9ponse biom\u00e9canique distincte, telle que presser une touche gauche avec l&rsquo;index gauche ou une touche droite avec l&rsquo;index droit. La dur\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9coule entre l&rsquo;av\u00e8nement du signal et le premier mouvement observable constitue le temps de r\u00e9action de choix.<\/p>\n<p>L&rsquo;architecture de cette latence temporelle englobe plusieurs stades op\u00e9ratoires fondamentaux. Le premier stade est la d\u00e9tection sensorielle \u00e9l\u00e9mentaire, o\u00f9 le syst\u00e8me sensoriel convertit l&rsquo;\u00e9nergie physique de l&rsquo;environnement en potentiels d&rsquo;action transmis aux aires corticales primaires. Le second stade concerne la discrimination et l&rsquo;identification du stimulus, phase au cours de laquelle le sujet confronte le signal entrant \u00e0 des repr\u00e9sentations mn\u00e9siques pr\u00e9existantes pour d\u00e9terminer son identit\u00e9 exacte. Le troisi\u00e8me stade implique la s\u00e9lection de la r\u00e9ponse, qui n\u00e9cessite d&rsquo;interroger la r\u00e8gle de compatibilit\u00e9 exp\u00e9rimentale pour choisir le comportement moteur associ\u00e9. Enfin, le quatri\u00e8me stade est l&rsquo;organisation et l&rsquo;ex\u00e9cution motrice, comprenant la programmation de la commande motrice par le cortex pr\u00e9moteur et son envoi via les voies corticospinales vers la musculature p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e du temps de r\u00e9action de choix est intrins\u00e8quement modul\u00e9e par le nombre d&rsquo;alternatives disponibles. Lorsque l&rsquo;incertitude environnementale cro\u00eet, c&rsquo;est-\u00e0-dire lorsque le nombre d&rsquo;associations stimulus-r\u00e9ponse potentielles s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, le temps n\u00e9cessaire pour s\u00e9lectionner la r\u00e9ponse exacte augmente selon une progression pr\u00e9visible. Cette relation s&rsquo;explique par la charge informationnelle accrue impos\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire de travail et par les processus d&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque qui doivent museler les sch\u00e9mas moteurs concurrents avant de lib\u00e9rer la trajectoire comportementale correcte.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9terminant structural r\u00e9side dans la compatibilit\u00e9 stimulus-r\u00e9ponse (effet de compatibilit\u00e9 spatiale ou effet Simon). Lorsque la disposition spatiale du stimulus correspond naturellement \u00e0 celle de la commande motrice (par exemple, un stimulus pr\u00e9sent\u00e9 dans l&rsquo;h\u00e9michamp visuel droit exigeant une r\u00e9ponse de la main droite), le temps de r\u00e9action de choix est consid\u00e9rablement raccourci par rapport aux conditions incompatibles. Ces observations d\u00e9montrent que le traitement perceptivo-moteur ne se r\u00e9sume pas \u00e0 un pipeline passif, mais d\u00e9pend de cartographies c\u00e9r\u00e9brales pr\u00e9-c\u00e2bl\u00e9es et d&rsquo;inf\u00e9rences ex\u00e9cutives complexes.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la mesure des temps de r\u00e9action plonge ses racines dans l&rsquo;astronomie du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 travers la d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00ab \u00e9quation personnelle \u00bb par Friedrich Bessel, qui constatait des divergences syst\u00e9matiques entre astronomes consignant le passage des \u00e9toiles au m\u00e9ridien. N\u00e9anmoins, l&rsquo;\u00e9mancipation du temps de r\u00e9action de choix comme instrument d&rsquo;investigation psychologique formel est incontestablement imputable au m\u00e9decin et physiologiste n\u00e9erlandais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Franciscus_Cornelis_Donders\">Franciscus Cornelis Donders<\/a>.<\/p>\n<p>En 1868, Donders formula sa c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9thode de soustraction, inaugurant la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chronom%C3%A9trie_mentale\">chronom\u00e9trie mentale<\/a>. Donders distingua trois paradigmes exp\u00e9rimentaux fondamentaux : le temps de r\u00e9action \u00ab a \u00bb (r\u00e9action simple \u00e0 un stimulus unique par une r\u00e9ponse unique), le temps de r\u00e9action \u00ab b \u00bb (temps de r\u00e9action de choix, o\u00f9 plusieurs stimuli correspondent chacun \u00e0 une r\u00e9ponse sp\u00e9cifique distincte), et le temps de r\u00e9action \u00ab c \u00bb (temps de r\u00e9action de discrimination ou go\/no-go, o\u00f9 plusieurs stimuli apparaissent mais un seul doit susciter une r\u00e9ponse). En soustrayant le temps \u00ab c \u00bb du temps \u00ab b \u00bb, Donders pr\u00e9tendit isoler la dur\u00e9e exacte requise par le processus mental de s\u00e9lection de la r\u00e9ponse motrice.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, Wilhelm Wundt int\u00e9gra ces protocoles au sein du premier laboratoire de psychologie exp\u00e9rimentale \u00e0 Leipzig. Wundt et ses disciples cherch\u00e8rent \u00e0 affiner la d\u00e9composition des processus psychiques int\u00e9rieurs, bien que la m\u00e9thode soustractive stricte de Donders ait fait l&rsquo;objet de vives controverses quant \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00ab insertion pure \u00bb \u2014 le postulat controvers\u00e9 selon lequel l&rsquo;ajout d&rsquo;une op\u00e9ration mentale ne modifierait en rien la cin\u00e9tique des autres composantes sous-jacentes.<\/p>\n<p>Le tournant quantitatif majeur survint au milieu du XXe si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la th\u00e9orie de l&rsquo;information d\u00e9velopp\u00e9e par Claude Shannon. En 1952, le psychologue britannique William Edmund Hick formula une relation math\u00e9matique rigoureuse liant le temps de r\u00e9action de choix \u00e0 la quantit\u00e9 d&rsquo;information transmise. Ray Hyman corrobora et \u00e9tendit ces conclusions en 1953, consacrant dans l&rsquo;histoire des sciences la formulation universelle de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loi_de_Hick\">loi de Hick<\/a> (ou loi de Hick-Hyman). Dans les d\u00e9cennies 1960 et 1970, Saul Sternberg et Michael Posner perfectionn\u00e8rent encore ces mod\u00e8les en introduisant la m\u00e9thode des facteurs additifs et des protocoles d&rsquo;amor\u00e7age chronom\u00e9trique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les fondements th\u00e9oriques du temps de r\u00e9action de choix reposent \u00e0 l&rsquo;intersection de la cybern\u00e9tique, de la th\u00e9orie de l&rsquo;information et des mod\u00e8les contemporains de la d\u00e9cision s\u00e9quentielle. Le mod\u00e8le pionnier de Hick et Hyman postule que l&rsquo;esprit humain fonctionne comme un canal de communication \u00e0 capacit\u00e9 limit\u00e9e. Selon ce cadre, le temps de r\u00e9action de choix cro\u00eet lin\u00e9airement en fonction de l&rsquo;entropie de l&rsquo;information, exprim\u00e9e par la formule math\u00e9matique :<br \/><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><em>TR = a + b \u00b7 log2(n)<\/em><\/span><br \/>o\u00f9 <em>n<\/em> repr\u00e9sente le nombre d&rsquo;alternatives \u00e9quiprobables, <em>a<\/em> capture la latence sensorimotrice incompressible de base, et <em>b<\/em> figure le taux de traitement de l&rsquo;information par bit cognitif.<\/p>\n<p>Face aux limites du mod\u00e8le de l&rsquo;information pure, les sciences cognitives ont d\u00e9velopp\u00e9 des mod\u00e8les d&rsquo;accumulation s\u00e9quentielle d&rsquo;\u00e9chantillons ou mod\u00e8les de diffusion (notamment le <em>Drift Diffusion Model<\/em> formalis\u00e9 par Roger Ratcliff). Ces th\u00e9ories computationnelles avancent que lors d&rsquo;une t\u00e2che de choix, le cerveau accumule continuellement des indices sensoriels bruit\u00e9s en faveur de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des options concurrentes. Le processus d\u00e9cisionnel est mod\u00e9lis\u00e9 par une particule en mouvement brownien d\u00e9rivant vers l&rsquo;un des deux seuils de d\u00e9cision pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s. Le franchissement d&rsquo;une fronti\u00e8re d\u00e9clenche irr\u00e9vocablement la commande motrice correspondante.<\/p>\n<p>Dans cette perspective computationnelle, le temps de r\u00e9action de choix est d\u00e9compos\u00e9 en deux param\u00e8tres vitaux : le taux de d\u00e9rive (<em>drift rate<\/em>), qui refl\u00e8te la qualit\u00e9 et la vitesse de l&rsquo;extraction de l&rsquo;information perceptive, et l&rsquo;\u00e9cartement des seuils de d\u00e9cision (<em>boundary separation<\/em>), qui mod\u00e9lise le compromis vitesse-pr\u00e9cision d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment adopt\u00e9 par le sujet. Ce paradigme r\u00e9sout avec \u00e9l\u00e9gance le paradoxe des distributions asym\u00e9triques des temps de latence et int\u00e8gre nativement la survenue des erreurs de discrimination.<\/p>\n<p>Enfin, les mod\u00e8les neurophysiologiques actuels ancrent ces formulations th\u00e9oriques dans des r\u00e9seaux cortico-striataux et pari\u00e9to-frontaux. Le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral, l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire et les ganglions de la base agissent de concert comme un syst\u00e8me de seuillage dynamique, modulant l&rsquo;inhibition des programmes moteurs antagonistes par le biais de la voie sous-thalamique hyperdirecte jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une preuve univoque \u00e9merge des cortex associatifs visuels ou auditifs.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse d\u00e9taill\u00e9e du temps de r\u00e9action de choix n\u00e9cessite de distinguer ses divers sous-syst\u00e8mes, ses typologies exp\u00e9rimentales et ses dimensions op\u00e9rationnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase pr\u00e9motrice :<\/strong> Composante centrale d\u00e9butant \u00e0 la pr\u00e9sentation du stimulus et s&rsquo;achevant au d\u00e9clenchement de la premi\u00e8re d\u00e9polarisation \u00e9lectrique du muscle cible (mesur\u00e9e par \u00e9lectromyographie). Elle incorpore la totalit\u00e9 des op\u00e9rations cognitives d&rsquo;encodage, de d\u00e9codage et de d\u00e9cision centrale.<\/li>\n<li><strong>La phase motrice :<\/strong> Intervalle purement p\u00e9riph\u00e9rique entre la premi\u00e8re manifestation \u00e9lectrique intramusculaire et le d\u00e9placement m\u00e9canique effectif de l&rsquo;effecteur corporel (rel\u00e2chement d&rsquo;un micro-interrupteur ou pression sur une touche tactile).<\/li>\n<li><strong>T\u00e2ches de choix binaire (2 choix) :<\/strong> Protocole le plus simple et le plus fr\u00e9quent o\u00f9 deux stimuli antagonistes (par exemple, gauche\/droite, rond\/carr\u00e9) appellent deux r\u00e9ponses distinctes, g\u00e9n\u00e9rant une entropie d&rsquo;un bit d&rsquo;information.<\/li>\n<li><strong>T\u00e2ches de choix multiple (n choix) :<\/strong> Dispositifs incorporant 4, 8, ou davantage de correspondances distinctes, mobilisant des r\u00e9seaux d&rsquo;arbitrage neuronal de plus en plus ramifi\u00e9s et r\u00e9v\u00e9lant la pente individuelle de la loi de Hick.<\/li>\n<li><strong>Le compromis vitesse-pr\u00e9cision (Speed-Accuracy Tradeoff) :<\/strong> Dimension strat\u00e9gique cardinale selon laquelle un individu peut acc\u00e9l\u00e9rer artificiellement son temps de r\u00e9action au d\u00e9triment de l&rsquo;exactitude de ses r\u00e9ponses, ou maximiser sa pr\u00e9cision en augmentant son temps de latence cognitive.<\/li>\n<li><strong>La variabilit\u00e9 intra-individuelle :<\/strong> Fluctuation d&rsquo;essai en essai des temps de latence chez un m\u00eame sujet, dont l&rsquo;analyse via des distributions ex-gaussiennes (param\u00e8tres mu, sigma et tau) renseigne sur l&rsquo;instabilit\u00e9 de l&rsquo;attention ex\u00e9cutive bien au-del\u00e0 de la simple moyenne arithm\u00e9tique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender concr\u00e8tement le fonctionnement du temps de r\u00e9action de choix, consid\u00e9rons la situation paradigmatique de la conduite automobile d&rsquo;urgence. Un conducteur circulant en milieu urbain voit soudainement surgir un obstacle impr\u00e9vu : un pi\u00e9ton traversant depuis la droite ou un v\u00e9hicule effectuant une embard\u00e9e depuis la gauche. Dans cette conjoncture critique, le conducteur ne peut se contenter d&rsquo;un freinage r\u00e9flexe indiff\u00e9renci\u00e9 (temps de r\u00e9action simple) ; il doit identifier la direction du danger, calculer la trajectoire d&rsquo;\u00e9chappement disponible et choisir instantan\u00e9ment entre appliquer un freinage d&rsquo;urgence sur la p\u00e9dale centrale ou imprimer un coup de volant d&rsquo;\u00e9vitement vers la voie libre adjacente. Le d\u00e9lai global d&rsquo;ex\u00e9cution de cette man\u0153uvre appropri\u00e9e est la manifestation directe d&rsquo;un temps de r\u00e9action de choix en conditions r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;ergonomie a\u00e9ronautique militaire, un pilote de chasse en phase d&rsquo;interception re\u00e7oit des alarmes multimodales simultan\u00e9es sur son collimateur t\u00eate haute. Si une menace radar appara\u00eet sur le quadrant sup\u00e9rieur gauche tandis qu&rsquo;une alerte thermique clignote en bas \u00e0 droite, le pilote doit discriminer la priorit\u00e9 absolue de la menace et enclencher la s\u00e9quence sp\u00e9cifique de contre-mesures (leurres infrarouges versus man\u0153uvre d&rsquo;\u00e9vasion barom\u00e9trique). Les \u00e9tudes montrent que sous des facteurs de charge \u00e9lev\u00e9s (acc\u00e9l\u00e9rations gravitationnelles intenses), la phase de s\u00e9lection du choix s&rsquo;allonge notablement, r\u00e9v\u00e9lant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des processus centraux face au stress physiologique.<\/p>\n<p>Un cas clinique illustratif concerne l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un patient de 68 ans adress\u00e9 en consultation pour des troubles subjectifs de la m\u00e9moire et des h\u00e9sitations motrices. Les \u00e9preuves neuropsychologiques standardis\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent un temps de r\u00e9action simple visuel dans la moyenne normative pour son \u00e2ge (240 millisecondes). Cependant, lors du passage \u00e0 un protocole informatis\u00e9 de temps de r\u00e9action de choix \u00e0 quatre alternatives, son temps moyen grimpe de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e \u00e0 950 millisecondes, avec une dispersion marqu\u00e9e des essais les plus lents (augmentation du param\u00e8tre tau de la distribution ex-gaussienne). Cette dissociation \u00e9lective entre une r\u00e9activit\u00e9 motrice brute pr\u00e9serv\u00e9e et un effondrement de la vitesse de s\u00e9lection des r\u00e9ponses oriente le clinicien vers une atteinte sous-cortico-frontale d\u00e9butante de type parkinsonien ou une d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La mesure rigoureuse du temps de r\u00e9action de choix ob\u00e9it \u00e0 des normes m\u00e9trologiques particuli\u00e8rement strictes afin de pr\u00e9venir les artefacts exp\u00e9rimentaux susceptibles de fausser l&rsquo;enregistrement de latences s&rsquo;exprimant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la milliseconde. Historiquement mesur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide du chronoscope m\u00e9canique de Hipp ou du myographe, le temps de r\u00e9action de choix s&rsquo;\u00e9value aujourd&rsquo;hui au moyen de dispositifs informatis\u00e9s de haute pr\u00e9cision logicielle et mat\u00e9rielle, calibr\u00e9s pour surmonter les latences inh\u00e9rentes aux syst\u00e8mes d&rsquo;exploitation conventionnels.<\/p>\n<p>Les protocoles de laboratoire s&rsquo;appuient sur des batteries psychom\u00e9triques informatis\u00e9es renomm\u00e9es, telles que la batterie CANTAB (<em>Cambridge Neuropsychological Test Automated Battery<\/em>, notamment le sous-test RTI &#8211; <em>Reaction Time<\/em>), le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9valuation de Vienne (<em>Vienna Test System<\/em>) ou le dispositif historique de Jensen (<em>Jensen Box<\/em>). Ce dernier appareil pr\u00e9sente un arrangement circulaire de diodes lumineuses encadrant un bouton d&rsquo;attente central (\u00ab bouton de repos \u00bb), permettant de dissocier exp\u00e9rimentalement avec une parfaite pr\u00e9cision le temps de d\u00e9cision (dur\u00e9e pendant laquelle le sujet maintient le bouton central enfonc\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;allumage d&rsquo;une diode p\u00e9riph\u00e9rique) du temps de mouvement (dur\u00e9e n\u00e9cessaire pour d\u00e9placer le doigt du bouton de repos vers la diode cible cibl\u00e9e).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du simple recueil comportemental, les paradigmes contemporains couplent le temps de r\u00e9action de choix \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a> \u00e0 haute densit\u00e9 (potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs). L&rsquo;onde c\u00e9r\u00e9brale P300 (notamment la composante P3b) est scrut\u00e9e comme un indicateur direct de la fin de l&rsquo;\u00e9valuation du stimulus et de la cl\u00f4ture de la discrimination perceptive. De m\u00eame, la n\u00e9gativit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ponse et le potentiel de pr\u00e9paration motrice lat\u00e9ralis\u00e9 (LRP, <em>Lateralized Readiness Potential<\/em>) permettent d&rsquo;isoler avec une exactitude nanom\u00e9trique le moment o\u00f9 le cortex moteur primaire s\u00e9lectionne l&rsquo;effecteur d&rsquo;action, bien avant que le muscle ne produise la moindre force m\u00e9canique d\u00e9celable ext\u00e9rieurement.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Le temps de r\u00e9action de choix d\u00e9ploie ses applications dans une multitude de disciplines appliqu\u00e9es, au premier rang desquelles figurent la m\u00e9decine clinique, la sant\u00e9 au travail et la s\u00e9curit\u00e9 des transports :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neuropsychologie clinique et g\u00e9riatrie :<\/strong> Le TRC constitue un outil diagnostique sensible pour d\u00e9tecter les phases pr\u00e9cliniques du d\u00e9ficit cognitif l\u00e9ger (MCI) et de la maladie d&rsquo;Alzheimer. Le ralentissement pathologique de la d\u00e9cision discriminative pr\u00e9c\u00e8de fr\u00e9quemment la d\u00e9gradation mesurable des scores aux tests mn\u00e9siques traditionnels sur papier.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9decine du sport et commotion c\u00e9r\u00e9brale :<\/strong> Dans les sports de contact (rugby, hockey sur glace, football am\u00e9ricain), les protocoles de choix r\u00e9actionnels mesur\u00e9s sur tablette tactile (tels que le test ImPACT) sont indispensables pour quantifier les micro-s\u00e9quelles c\u00e9r\u00e9brales apr\u00e8s un traumatisme cr\u00e2nien l\u00e9ger et r\u00e9guler le retour s\u00e9curis\u00e9 au jeu (<em>return-to-play<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Ergonomie industrielle et ing\u00e9nierie des interfaces :<\/strong> La conception des cockpits d&rsquo;avions, des salles de contr\u00f4le de centrales nucl\u00e9aires et des tableaux de bord automobiles s&rsquo;appuie directement sur les lois de compatibilit\u00e9 stimulus-r\u00e9ponse du TRC afin de minimiser les temps de bascule et d&rsquo;\u00e9liminer les erreurs de commande des op\u00e9rateurs en situation de crise.<\/li>\n<li><strong>Expertise m\u00e9dico-l\u00e9gale et aptitude \u00e0 la conduite :<\/strong> L&rsquo;\u00e9valuation des conducteurs \u00e2g\u00e9s ou c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s int\u00e8gre fr\u00e9quemment des \u00e9preuves de temps de r\u00e9action de choix sous double t\u00e2che pour d\u00e9terminer si la r\u00e9serve d&rsquo;arbitrage ex\u00e9cutif du sujet demeure compatible avec les exigences s\u00e9curitaires de la circulation routi\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Psychopharmacologie et toxicologie :<\/strong> Le TRC est couramment employ\u00e9 comme crit\u00e8re de jugement clinique majeur pour documenter les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de l&rsquo;alcool, du cannabis, des benzodiaz\u00e9pines ou, inversement, le potentiel th\u00e9rapeutique de substances stimulantes (m\u00e9thylph\u00e9nidate, modafinil) chez les sujets souffrant de troubles d\u00e9ficitaires de l&rsquo;attention avec hyperactivit\u00e9 (TDAH).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle, la litt\u00e9rature empirique consacr\u00e9e au temps de r\u00e9action de choix a accumul\u00e9 un corpus de donn\u00e9es d&rsquo;une formidable densit\u00e9. L&rsquo;un des piliers empiriques les plus document\u00e9s concerne le lien substantiel entre le temps de r\u00e9action de choix et l&rsquo;intelligence psychom\u00e9trique g\u00e9n\u00e9rale (le facteur <em>g<\/em> de Spearman). Les travaux fondateurs d&rsquo;Arthur Jensen, poursuivis et m\u00e9ta-analys\u00e9s par Ian Deary et ses collaborateurs au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, ont mis en \u00e9vidence une corr\u00e9lation n\u00e9gative robuste oscillant entre -0,30 et -0,45 entre le temps de r\u00e9action de choix et les scores aux matrices progressives de Raven ou aux \u00e9chelles de Wechsler.<\/p>\n<p>Ces recherches d\u00e9montrent empiriquement que les individus affichant un quotient intellectuel plus \u00e9lev\u00e9 ne se caract\u00e9risent pas n\u00e9cessairement par des r\u00e9flexes simples beaucoup plus v\u00e9loces, mais traitent l&rsquo;information plus rapidement et de mani\u00e8re beaucoup plus stable (variabilit\u00e9 intra-individuelle moindre) au fur et \u00e0 mesure que la complexit\u00e9 informationnelle de la t\u00e2che cro\u00eet. Les m\u00e9ta-analyses confirment que la pente de la droite de r\u00e9gression de Hick est syst\u00e9matiquement plus plate chez les sujets \u00e0 haut potentiel cognitif, traduisant un co\u00fbt temporel r\u00e9duit pour chaque bit d&rsquo;information suppl\u00e9mentaire trait\u00e9.<\/p>\n<p>Un autre pan monumental de la recherche contemporaine porte sur le vieillissement neurobiologique. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980, le psychologue Timothy Salthouse a forg\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se de la vitesse de traitement (<em>Processing-Speed Theory<\/em>), d\u00e9montrant empiriquement que le d\u00e9clin de la m\u00e9moire de travail, du raisonnement fluide et des fonctions ex\u00e9cutives au cours de la s\u00e9nescence est m\u00e9diatis\u00e9 \u00e0 plus de 70 % par un ralentissement global de la vitesse de traitement de base, dont l&rsquo;allongement progressif du temps de r\u00e9action de choix est l&rsquo;\u00e9talon de mesure le plus fiable.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences int\u00e9gratives, les \u00e9tudes par imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et magn\u00e9toenc\u00e9phalographie ont corrobor\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une dissociation fonctionnelle nette : l&rsquo;encodage perceptif mobilise les aires visuelles ventrales de mani\u00e8re constante quel que soit le nombre d&rsquo;options, tandis que le temps de s\u00e9lection de la r\u00e9ponse corr\u00e8le sp\u00e9cifiquement avec l&rsquo;amplitude d&rsquo;activation du cortex cingulaire ant\u00e9rieur et de l&rsquo;aire motrice pr\u00e9suppl\u00e9mentaire, attestant que le ralentissement li\u00e9 au choix est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9minemment ex\u00e9cutif et comp\u00e9titif.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du temps de r\u00e9action de choix \u00e0 travers divers contextes culturels et linguistiques soul\u00e8ve des questions m\u00e9thodologiques captivantes. Contrairement aux \u00e9preuves psychom\u00e9triques reposant lourdement sur la ma\u00eetrise du lexique, la syntaxe ou des connaissances scolaires, les t\u00e2ches de choix informatis\u00e9es utilisant des signaux lumineux simples et des pressions de boutons pr\u00e9sentent une neutralit\u00e9 culturelle relative tr\u00e8s appr\u00e9ciable dans les \u00e9tudes internationales comparatives.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la recherche transculturelle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la familiarit\u00e9 avec les environnements technologiques, les dispositifs informatis\u00e9s et les jeux vid\u00e9o peut cr\u00e9er des d\u00e9calages initiaux significatifs dans la phase d&rsquo;apprentissage des t\u00e2ches motrices de laboratoire. Des populations issues de milieux hautement num\u00e9ris\u00e9s d\u00e9montrent fr\u00e9quemment une aisance motrice sup\u00e9rieure et une plus grande propension \u00e0 privil\u00e9gier la vitesse par rapport \u00e0 la pr\u00e9cision, tandis que d&rsquo;autres groupes culturels valorisent une strat\u00e9gie d&rsquo;exactitude scrupuleuse, retardant volontairement leur commande motrice pour \u00e9viter toute erreur de discrimination.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le sens de lecture et les conventions spatiales culturellement int\u00e9rioris\u00e9es influencent les effets de compatibilit\u00e9 stimulus-r\u00e9ponse associ\u00e9s au temps de r\u00e9action de choix. Par exemple, l&rsquo;effet SNARC (<em>Spatial-Numerical Association of Response Codes<\/em>), qui montre que les petits nombres sont trait\u00e9s plus rapidement avec la main gauche et les grands nombres avec la main droite chez les locuteurs de langues occidentales \u00e9crites de gauche \u00e0 droite, s&rsquo;inverse ou s&rsquo;att\u00e9nue chez les populations arabophones ou h\u00e9bra\u00efques lisant de droite \u00e0 gauche. Ces variations d\u00e9montrent que m\u00eame un indicateur chronom\u00e9trique aussi basique que le choix moteur demeure profond\u00e9ment influenc\u00e9 par les sch\u00e8mes spatio-moteurs fa\u00e7onn\u00e9s par l&rsquo;environnement socioculturel.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son omnipr\u00e9sence dans les sciences du comportement, le paradigme du temps de r\u00e9action de choix fait l&rsquo;objet de plusieurs r\u00e9serves conceptuelles et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique. La premi\u00e8re controverse majeure concerne l&rsquo;hypoth\u00e8se de modularit\u00e9 s\u00e9quentielle rigide. Les mod\u00e8les fondateurs de Donders postulaient une cha\u00eene d&rsquo;assemblage lin\u00e9aire o\u00f9 chaque \u00e9tape mentale commence strictement lorsque la pr\u00e9c\u00e9dente s&rsquo;ach\u00e8ve. Or, les donn\u00e9es contemporaines de neurophysiologie d\u00e9montrent l&rsquo;existence d&rsquo;un flux continu (<em>continuous flow model<\/em>) : l&rsquo;activit\u00e9 motrice commence \u00e0 se pr\u00e9parer dans les structures motrices sous forme d&rsquo;activation partielle d\u00e8s l&rsquo;\u00e9mergence des premiers indices perceptifs bruts, bien avant que l&rsquo;identification consciente et cat\u00e9gorielle du stimulus ne soit achev\u00e9e.<\/p>\n<p>Une seconde limite \u00e9pist\u00e9mologique tient \u00e0 la validit\u00e9 \u00e9cologique des t\u00e2ches de choix en laboratoire. Presser une touche de clavier en r\u00e9ponse \u00e0 un flash lumineux monochrome sur un \u00e9cran sombre repr\u00e9sente une situation cognitivement appauvrie, d\u00e9contextualis\u00e9e et d\u00e9pourvue de la richesse sensorielle, de la valence \u00e9motionnelle et de l&rsquo;implication corporelle globale qui caract\u00e9risent les choix humains en milieu r\u00e9el. Cette simplification outranci\u00e8re suscite des interrogations quant au transfert pr\u00e9dictif des r\u00e9sultats de laboratoire vers des conduites complexes comme la n\u00e9gociation sociale, le pilotage d&rsquo;engins ou la chirurgie d&rsquo;urgence.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat entourant la th\u00e9orie de la d\u00e9cision optimale et l&rsquo;universalit\u00e9 de la loi de Hick demeure actif. De nombreuses \u00e9tudes ont montr\u00e9 que la lin\u00e9arit\u00e9 logarithmique postul\u00e9e par Hick s&rsquo;effondre lorsque les correspondances stimulus-r\u00e9ponse sont extr\u00eamement surapprises ou hyper-compatibles (comme dans le cas de stimuli point\u00e9s directement du doigt sur une surface tactile). Lorsque la compatibilit\u00e9 \u00e9cologique est parfaite, l&rsquo;accroissement du nombre d&rsquo;alternatives ne g\u00e9n\u00e8re pratiquement aucun surco\u00fbt temporel, ce qui remet en cause l&rsquo;id\u00e9e que le cerveau manipule invariablement l&rsquo;information sous forme d&rsquo;une recherche arborescente binaire rigide.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour dissiper toute ambigu\u00eft\u00e9 th\u00e9orique, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement le temps de r\u00e9action de choix des autres construits chronom\u00e9triques avec lesquels il est fr\u00e9quemment confondu :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Temps de r\u00e9action simple (TRS) :<\/strong> Se caract\u00e9rise par un unique stimulus connu \u00e0 l&rsquo;avance et une unique r\u00e9ponse motrice invariable. Il n&rsquo;implique ni discrimination perceptive entre signaux concurrents, ni s\u00e9lection entre plusieurs r\u00e9ponses motrices, mesurant uniquement la vitesse d&rsquo;alerte sensorimotrice brute.<\/li>\n<li><strong>Temps de r\u00e9action de discrimination (t\u00e2che Go\/No-Go) :<\/strong> Pr\u00e9sente plusieurs stimuli distincts, mais le sujet ne doit \u00e9mettre une r\u00e9ponse motrice que pour un seul stimulus cible pr\u00e9d\u00e9fini, en r\u00e9primant imp\u00e9rativement son geste pour tous les autres leurres. Il mobilise l&rsquo;inhibition motrice d&rsquo;un sch\u00e9ma d&rsquo;action pr\u00e9-activ\u00e9 plut\u00f4t que l&rsquo;arbitrage entre deux effecteurs moteurs distincts.<\/li>\n<li><strong>Temps de mouvement :<\/strong> Repr\u00e9sente l&rsquo;intervalle m\u00e9canique requis pour d\u00e9placer physiquement un membre corporel entre le moment o\u00f9 le geste s&rsquo;amorce et le moment o\u00f9 il atteint sa cible physique. Il s&rsquo;oppose au temps de r\u00e9action (qui mesure la dur\u00e9e de pr\u00e9paration c\u00e9r\u00e9brale ant\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;amorce du mouvement).<\/li>\n<li><strong>Effet Stroop :<\/strong> Paradigme exp\u00e9rimental \u00e9valuant sp\u00e9cifiquement l&rsquo;interf\u00e9rence cognitive et la flexibilit\u00e9 ex\u00e9cutive lors d&rsquo;un choix, o\u00f9 la lecture automatique d&rsquo;un mot interf\u00e8re avec la d\u00e9nomination de sa couleur typographique.<\/li>\n<li><strong>Temps d&rsquo;inspection :<\/strong> Mesure de la dur\u00e9e d&rsquo;exposition visuelle minimale n\u00e9cessaire \u00e0 un sujet pour discriminer correctement un stimulus masqu\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s son apparition, sans qu&rsquo;aucune pression temporelle ne soit exerc\u00e9e sur la vitesse de la r\u00e9ponse motrice du sujet.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, le temps de r\u00e9action de choix constitue une boussole centrale de la psychophysique et des neurosciences cognitives. Il quantifie la dur\u00e9e requise par le cerveau humain pour percevoir, discriminer et s\u00e9lectionner une action adapt\u00e9e face \u00e0 un univers d&rsquo;alternatives multiples et incertaines. H\u00e9ritier des protocoles soustractifs fondateurs de Donders et formalis\u00e9 math\u00e9matiquement par la loi de Hick, il illustre avec pr\u00e9cision les goulots d&rsquo;\u00e9tranglement de l&rsquo;attention et les r\u00e8gles de transmission de l&rsquo;information nerveuse.<\/p>\n<p>\u00c0 travers les mod\u00e8les modernes de diffusion d&rsquo;\u00e9chantillons et les apports de la neuro-imagerie, le temps de r\u00e9action de choix a d\u00e9pass\u00e9 le statut de simple chronom\u00e9trie externe pour devenir une mod\u00e9lisation dynamique des r\u00e9seaux d\u00e9cisionnels cortico-striataux. Sa grande sensibilit\u00e9 psychom\u00e9trique aux variations de l&rsquo;\u00e2ge, aux traumatismes c\u00e9r\u00e9braux l\u00e9gers, aux affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et aux \u00e9tats de fatigue en fait un biomarqueur clinique et ergonomique irrempla\u00e7able dans l&rsquo;arsenal contemporain d&rsquo;\u00e9valuation des capacit\u00e9s c\u00e9r\u00e9brales humaines.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Deary, I. J., Der, G., &#038; Ford, G. (2001). Reaction times and intelligence: Differences in the linear prediction of life expectancy. <em>Intelligence<\/em>, 29(5), 389\u2013420. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0160-2896(01)00062-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0160-2896(01)00062-9<\/a><\/li>\n<li>Donders, F. C. (1969). On the speed of mental processes. <em>Acta Psychologica<\/em>, 30, 412\u2013431. (Article original publi\u00e9 en 1868 en allemand). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(69)90065-1\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(69)90065-1<\/a><\/li>\n<li>Hick, W. E. (1952). On the rate of gain of information. <em>Quarterly Journal of Experimental Psychology<\/em>, 4(1), 11\u201326. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/17470215208416600\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/17470215208416600<\/a><\/li>\n<li>Jensen, A. R. (2006). <em>Clocking the mind: Mental chronometry and individual differences<\/em>. Elsevier. <a href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/book\/9780080449395\/clocking-the-mind\">https:\/\/www.sciencedirect.com\/book\/9780080449395\/clocking-the-mind<\/a><\/li>\n<li>Ratcliff, R., &#038; McKoon, G. (2008). The diffusion decision model: Theory and data for two-choice decision tasks. <em>Neural Computation<\/em>, 20(4), 873\u2013922. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1162\/neco.2008.12-06-420\">https:\/\/doi.org\/10.1162\/neco.2008.12-06-420<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le temps de r\u00e9action de choix mesure l&rsquo;intervalle temporel n\u00e9cessaire pour identifier un stimulus parmi plusieurs options et ex\u00e9cuter la r\u00e9ponse motrice correspondante.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[35057,46,647],"tags":[4269,4522,176,93,2910,13060],"class_list":["post-23326","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-chronometrie-mentale","category-neuropsychologie","category-psychologie-cognitive","tag-chronometrie-mentale","tag-loi-de-hick","tag-prise-de-decision","tag-psychologie-cognitive","tag-temps-de-reaction","tag-vitesse-de-traitement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23326","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23326\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23326"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23326"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23326"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}