{"id":23299,"date":"2026-10-31T01:26:11","date_gmt":"2026-10-31T01:26:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=figure-complexe-enfants-neuropsychologie"},"modified":"2026-10-31T01:26:11","modified_gmt":"2026-10-31T01:26:11","slug":"figure-complexe-enfants-neuropsychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=figure-complexe-enfants-neuropsychologie","title":{"rendered":"Figure complexe chez l&rsquo;enfant : Guide neuropsychologique"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour du d\u00e9veloppement moteur, des capacit\u00e9s perceptives et de l&rsquo;architecture ex\u00e9cutive, l&rsquo;exploration des aptitudes visuo-constructives offre une fen\u00eatre unique sur la maturation c\u00e9r\u00e9brale p\u00e9diatrique. Le test de la figure complexe pour enfants s&rsquo;impose comme un instrument d&rsquo;\u00e9valuation incontournable, r\u00e9v\u00e9lant la mani\u00e8re dont les jeunes sujets per\u00e7oivent, structurent, reproduisent et m\u00e9morisent des configurations spatiales \u00e9labor\u00e9es. En examinant minutieusement tant le produit final que la dynamique strat\u00e9gique du trac\u00e9, le clinicien acc\u00e8de \u00e0 une compr\u00e9hension fine des interactions entre perception visuelle, motricit\u00e9 fine et planification cognitive.<\/p>\n<h2>Test de la figure complexe pour enfants<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>test de la figure complexe pour enfants<\/strong> est une \u00e9preuve d&rsquo;\u00e9valuation visuo-constructive, perceptive et mn\u00e9sique non verbale con\u00e7ue pour analyser l&rsquo;organisation spatiale, les strat\u00e9gies de planification et la r\u00e9tention mn\u00e9sique chez le sujet p\u00e9diatrique. Il consiste principalement en la copie minutieuse d&rsquo;une figure g\u00e9om\u00e9trique abstraite d\u00e9nu\u00e9e de signification s\u00e9mantique directe, g\u00e9n\u00e9ralement suivie d&rsquo;une ou plusieurs \u00e9preuves de reproduction de m\u00e9moire sans mod\u00e8le pr\u00e9alable. Dans la tradition clinique francophone et internationale, cette \u00e9preuve fait r\u00e9f\u00e9rence soit \u00e0 l&rsquo;utilisation adapt\u00e9e de la figure classique d&rsquo;Andr\u00e9 Rey (Figure A) pour les enfants d&rsquo;\u00e2ge scolaire, soit \u00e0 sa variante simplifi\u00e9e express\u00e9ment \u00e9labor\u00e9e pour les jeunes enfants (Figure B ou \u00ab Baby Rey \u00bb), ainsi qu&rsquo;\u00e0 des protocoles standardis\u00e9s d\u00e9riv\u00e9s tels que l&rsquo;adaptation p\u00e9diatrique du <em>Children&rsquo;s Complex Figure Test<\/em>.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 d&rsquo;une simple t\u00e2che de dessin graphique, cette \u00e9preuve mesure l&rsquo;efficience avec laquelle un enfant appr\u00e9hende une structure globale et articule ses d\u00e9tails internes de mani\u00e8re coh\u00e9rente. L&rsquo;examinateur analyse le niveau de fid\u00e9lit\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique, le placement des sous-unit\u00e9s, le respect des proportions, mais surtout le type d&rsquo;approche m\u00e9thodologique adopt\u00e9 (synth\u00e9tique, globale ou purement analytique et juxtapos\u00e9e). Les \u00e9preuves subs\u00e9quentes de rappel imm\u00e9diat et de rappel diff\u00e9r\u00e9 permettent d&rsquo;isoler l&rsquo;apport des processus mn\u00e9siques visuels par rapport aux comp\u00e9tences praxiques initiales.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et d\u00e9veloppemental, ce test constitue une pierre angulaire du bilan psychologique et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neuropsychologie\">neuropsychologie<\/a> clinique de l&rsquo;enfant. Il permet de discriminer des d\u00e9ficits relevant des troubles du neurod\u00e9veloppement, tels que le trouble d\u00e9veloppemental de la coordination, le trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9, les troubles sp\u00e9cifiques des apprentissages ou les s\u00e9quelles d&rsquo;atteintes c\u00e9r\u00e9brales pr\u00e9coces, offrant une cartographie pr\u00e9cieuse de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cognitive p\u00e9diatrique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab test de la figure complexe pour enfants \u00bb d\u00e9rive d&rsquo;une terminologie clinique hybride enracin\u00e9e dans le fran\u00e7ais acad\u00e9mique du milieu du XXe si\u00e8cle et enrichie par la psychom\u00e9trie anglo-saxonne ult\u00e9rieure (<em>Children&rsquo;s Complex Figure Test<\/em>). Le terme \u00ab figure \u00bb provient du latin <em>figura<\/em>, signifiant \u00ab forme \u00bb, \u00ab conformation \u00bb, \u00ab mod\u00e8le \u00bb ou \u00ab repr\u00e9sentation plastique \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>fingere<\/em>, qui renvoie \u00e0 l&rsquo;acte de fa\u00e7onner, modeler ou concevoir par l&rsquo;esprit. Dans le contexte de la psychologie de la forme (<em>Gestaltpsychologie<\/em>), la figure d\u00e9signe l&rsquo;entit\u00e9 visuelle qui se d\u00e9tache d&rsquo;un fond perceptif.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab complexe \u00bb trouve sa racine dans le latin <em>complexus<\/em>, participe pass\u00e9 de <em>complecti<\/em>, qui signifie \u00ab embrasser \u00bb, \u00ab enlacer \u00bb ou \u00ab contenir plusieurs choses \u00e0 la fois \u00bb. Ce mot insiste sur la nature non \u00e9l\u00e9mentaire du stimulus, qui assemble de multiples sous-composants g\u00e9om\u00e9triques intriqu\u00e9s au sein d&rsquo;une armature g\u00e9n\u00e9rale. Le qualificatif \u00ab pour enfants \u00bb circonscrit le champ d&rsquo;application ontog\u00e9n\u00e9tique, traduisant l&rsquo;effort constant des psychologues pour calibrer la difficult\u00e9 des stimuli aux paliers d\u00e9veloppementaux de la petite enfance et de l&rsquo;\u00e2ge scolaire.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, l&rsquo;outil s&rsquo;est d&rsquo;abord d\u00e9velopp\u00e9 sous l&rsquo;appellation francophone de \u00ab Test de copie et de reproduction de m\u00e9moire de figures g\u00e9om\u00e9triques complexes \u00bb, formalis\u00e9 par le psychologue suisse Andr\u00e9 Rey en 1941, avant que les versions anglophones ne cristallisent l&rsquo;acronyme RCFT (<em>Rey Complex Figure Test<\/em>) ou CCFT dans le cadre d&rsquo;adaptations ou de protocoles normatifs sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la population p\u00e9diatrique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, la d\u00e9nomination fran\u00e7aise se transcrit conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international : [t\u025bst d\u0259 la fi.\u0261y\u0281 k\u0254\u0303.pl\u025bks pu\u0281 \u0251\u0303.f\u0251\u0303]. L&rsquo;acronyme anglophone parfois rencontr\u00e9 dans les milieux de recherche francophones, CCFT, s&rsquo;articule g\u00e9n\u00e9ralement lettre par lettre sous la prononciation anglaise [si\u02d0-si\u02d0-\u025bf-ti\u02d0] ou francis\u00e9e [se-se-\u025bf-te].<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, la locution est un syntagme nominal masculin singulier compos\u00e9 (\u00ab un test de la figure complexe pour enfants \u00bb, \u00ab les tests de figures complexes \u00bb). Le terme \u00ab test \u00bb y est le nom recteur, compl\u00e9t\u00e9 par deux groupes pr\u00e9positionnels subordonn\u00e9s successifs sp\u00e9cifiant l&rsquo;objet de l&rsquo;\u00e9preuve (\u00ab de la figure complexe \u00bb) et sa population cible (\u00ab pour enfants \u00bb).<\/p>\n<p>En pratique clinique et neuropsychologique, les praticiens emploient r\u00e9guli\u00e8rement des raccourcis m\u00e9tonymiques tels que \u00ab la Rey pour enfants \u00bb, \u00ab la Figure B de Rey \u00bb, ou encore \u00ab l&rsquo;\u00e9preuve de reproduction de figure complexe \u00bb. L&rsquo;usage exige que l&rsquo;adjectif \u00ab complexe \u00bb s&rsquo;accorde en genre avec la \u00ab figure \u00bb f\u00e9minine, tandis que le compl\u00e9ment \u00ab pour enfants \u00bb conserve sa marque du pluriel, refl\u00e9tant le public vis\u00e9.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le test de la figure complexe pour enfants ne sollicite pas une facult\u00e9 psychique unitaire, mais orchestre une cha\u00eene d&rsquo;op\u00e9rations neurocognitives imbriqu\u00e9es. Face au stimulus, l&rsquo;enfant doit d&rsquo;abord exercer une perception globale et analytique : il doit balayer visuellement l&rsquo;image, en extraire une structure d&rsquo;ensemble (le rectangle central, les diagonales et les m\u00e9diatrices dans le cas de la Figure A, ou les formes ma\u00eetresses imbriqu\u00e9es dans le cas de la Figure B) tout en pr\u00eatant attention \u00e0 une constellation d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments internes et d&rsquo;appendices p\u00e9riph\u00e9riques. Cette \u00e9tape perceptivo-visuelle met en jeu le traitement dorsal occipito-pari\u00e9tal li\u00e9 \u00e0 la localisation spatiale ainsi que la voie ventrale occipito-temporale impliqu\u00e9e dans l&rsquo;identification des formes.<\/p>\n<p>Dans un second temps interviennent les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fonctions_%C3%A9x%C3%A9cutives\">fonctions ex\u00e9cutives<\/a>, notamment la planification motrice et la flexibilit\u00e9 cognitive. Pour reproduire le mod\u00e8le avec exactitude, l&rsquo;enfant ne peut se contenter d&rsquo;un recopiage lin\u00e9aire et d\u00e9sordonn\u00e9 sans risquer une distorsion spatiale majeure. Il doit inhiber la tendance imm\u00e9diate \u00e0 tracer des d\u00e9tails frappants mais secondaires pour privil\u00e9gier l&rsquo;ancrage pr\u00e9alable du cadre structural. Ce processus exige le d\u00e9ploiement d&rsquo;une strat\u00e9gie raisonn\u00e9e, la hi\u00e9rarchisation des \u00e9tapes de reproduction et l&rsquo;auto-surveillance continue de la progression par rapport au mod\u00e8le original.<\/p>\n<p>L&rsquo;ex\u00e9cution mat\u00e9rielle fait appel aux comp\u00e9tences visuo-motrices et aux praxies graphiques. L&rsquo;enfant doit manipuler son instrument scripteur avec une coordination motrice fine appropri\u00e9e, respecter la lin\u00e9arit\u00e9, la convergence des intersections, les angles et les proportions. La r\u00e9ussite de cette phase d\u00e9pend de l&rsquo;absence d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Apraxie\">apraxie<\/a> constructive ou de difficult\u00e9s graphomotrices s\u00e9v\u00e8res qui viendraient masquer un niveau de perception pourtant pr\u00e9serv\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, les \u00e9preuves de rappel diff\u00e9r\u00e9 interrogent la formation, le stockage et la r\u00e9cup\u00e9ration de traces mn\u00e9siques visuelles non verbalisables. Lors de la phase de copie, l&rsquo;enfant encode la figure de mani\u00e8re explicite ou incidente ; la qualit\u00e9 de l&rsquo;organisation strat\u00e9gique initiale conditionne directement la solidit\u00e9 de l&rsquo;encodage mn\u00e9sique. Un sujet ayant appr\u00e9hend\u00e9 la figure comme un ensemble g\u00e9om\u00e9trique hi\u00e9rarchis\u00e9 retiendra une structure mentale robuste, alors qu&rsquo;un enfant ayant juxtapos\u00e9 des fragments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes pr\u00e9sentera un rappel pauvre, morcel\u00e9 et hautement d\u00e9sorganis\u00e9 lors de la restitution diff\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de ce paradigme d&rsquo;\u00e9valuation remonte aux travaux pionniers du psychologue genevois <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Andr%C3%A9_Rey_(psychologue)\">Andr\u00e9 Rey<\/a>. En 1941, au sein de l&rsquo;Institut des sciences de l&rsquo;\u00e9ducation (Institut Jean-Jacques Rousseau) de Gen\u00e8ve, Rey con\u00e7oit une figure g\u00e9om\u00e9trique abstraite pour examiner les perturbations cons\u00e9cutives \u00e0 des traumatismes cr\u00e2nioc\u00e9r\u00e9braux chez les adultes et les enfants, cherchant \u00e0 dissocier le retard intellectuel g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;un trouble sp\u00e9cifique de l&rsquo;organisation visuo-spatiale.<\/p>\n<p>En 1944, Paul-Alexandre Osterrieth, \u00e9l\u00e8ve et collaborateur de Rey, standardise rigoureusement l&rsquo;\u00e9preuve dans sa monographie fondamentale intitul\u00e9e <em>Le test de copie d&rsquo;une figure complexe<\/em>. Osterrieth introduit un syst\u00e8me de cotation pr\u00e9cis en 18 \u00e9l\u00e9ments (pour un total de 36 points) et, surtout, \u00e9tablit une classification devenue canonique des diff\u00e9rents types de reproduction selon l&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9tique observ\u00e9 au cours du d\u00e9veloppement infantile, d\u00e9montrant que l&rsquo;approche globale structur\u00e9e n&rsquo;appara\u00eet que progressivement vers l&rsquo;\u00e2ge de 9 \u00e0 10 ans.<\/p>\n<p>Constatant que la figure classique (la Figure A) s&rsquo;av\u00e9rait d&rsquo;une complexit\u00e9 prohibitive pour les enfants de moins de 7 ou 8 ans, Andr\u00e9 Rey formalise en 1959 la Figure B. Plus compacte, cette variante repose sur quatre figures g\u00e9om\u00e9triques principales (un grand carr\u00e9, un cercle, un triangle rectangle et un rectangle allong\u00e9) associ\u00e9es \u00e0 onze \u00e9l\u00e9ments secondaires agenc\u00e9s selon des principes clairs d&rsquo;inclusion et d&rsquo;intersection, devenant l&rsquo;outil standard pour la tranche d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et le d\u00e9but du primaire (de 4 \u00e0 8 ans).<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1980 et 1990, la neuropsychologie p\u00e9diatrique nord-am\u00e9ricaine formalise de nouveaux \u00e9talonnages et des protocoles standardis\u00e9s sous l&rsquo;appellation g\u00e9n\u00e9rique de <em>Children&rsquo;s Complex Figure Test<\/em> ou de manuels r\u00e9vis\u00e9s (tels que ceux publi\u00e9s par John E. Meyers et K. R. Meyers, ou encore par Edith Kaplan sous l&rsquo;approche du <em>Boston Process Approach<\/em>). Ces chercheurs introduisent des syst\u00e8mes informatis\u00e9s, des scores de reconnaissance par choix forc\u00e9 et des crit\u00e8res normatifs quantitatifs fins pour objectiver la planification, la m\u00e9moire de travail et la m\u00e9moire visuelle \u00e0 long terme chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le test de la figure complexe s&rsquo;enracine dans les th\u00e9ories de la <em>Gestalt<\/em> ou psychologie de la forme, \u00e9labor\u00e9es notamment par Max Wertheimer, Wolfgang K\u00f6hler et Kurt Koffka. Selon ce cadre th\u00e9orique, la perception humaine ne consiste pas en la juxtaposition passive d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments sensoriels discrets, mais en l&rsquo;appr\u00e9hension imm\u00e9diate de formes globales unifi\u00e9es r\u00e9gies par des lois d&rsquo;organisation (loi de bonne forme, loi de proximit\u00e9, loi de fermeture). La r\u00e9alisation de la figure teste la capacit\u00e9 de l&rsquo;enfant \u00e0 extraire la <em>Gestalt<\/em> pr\u00e9pond\u00e9rante du mod\u00e8le plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;\u00e9garer dans un assemblage fragment\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s.<\/p>\n<p>Le second grand pilier conceptuel provient de la psychologie g\u00e9n\u00e9tique de Jean Piaget et B\u00e4rbel Inhelder. Leurs travaux sur le d\u00e9veloppement de l&rsquo;espace chez l&rsquo;enfant ont mis en \u00e9vidence que les relations spatiales topologiques (voisinage, s\u00e9paration, ordre, enveloppement) sont ma\u00eetris\u00e9es bien avant les relations spatiales projectives et euclidiennes (conservation des parall\u00e8les, angles, proportions m\u00e9triques). La figure complexe illustre cette trajectoire : les jeunes enfants parviennent \u00e0 maintenir une proximit\u00e9 relative entre les parties sans r\u00e9ussir \u00e0 respecter les axes de coordonn\u00e9es cart\u00e9siennes indispensables \u00e0 la stabilit\u00e9 de la figure.<\/p>\n<p>Enfin, la neuropsychologie cognitive moderne et les mod\u00e8les des neurosciences d\u00e9veloppementales fournissent le troisi\u00e8me ancrage th\u00e9orique du test. Le mod\u00e8le de Baddeley concernant la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_travail\">m\u00e9moire de travail<\/a> \u00e9claire le fonctionnement du calepin visuo-spatial lors des allers-retours entre le stimulus et le dessin de l&rsquo;enfant. De m\u00eame, les mod\u00e8les ex\u00e9cutifs de Luria et les th\u00e9ories fronto-pari\u00e9tales contemporaines expliquent comment le contr\u00f4le inhibiteur et la m\u00e9moire de travail permettent au sujet de suspendre l&rsquo;impulsivit\u00e9 du trac\u00e9 pour pr\u00e9server le plan d&rsquo;ensemble.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration et l&rsquo;analyse de cette \u00e9preuve reposent sur plusieurs dimensions m\u00e9triques, qualitatives et proc\u00e9durales indispensables :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La variante de stimulus administr\u00e9e<\/strong> : la <em>Figure A<\/em> (con\u00e7ue par Rey, compos\u00e9e de 18 unit\u00e9s distinctes r\u00e9parties autour d&rsquo;un grand rectangle \u00e0 croix centrale, adapt\u00e9e d\u00e8s 8 ans et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte) ou la <em>Figure B<\/em> (con\u00e7ue sp\u00e9cifiquement pour les 4-8 ans, associant 11 \u00e9l\u00e9ments \u00e9l\u00e9mentaires imbriqu\u00e9s).<\/li>\n<li><strong>La phase de copie directe<\/strong> : l&rsquo;enfant dispose du mod\u00e8le sous les yeux sans contrainte temporelle formelle et doit le reproduire le plus fid\u00e8lement possible ; l&rsquo;examinateur utilise couramment des crayons de couleurs successives \u00e0 des intervalles r\u00e9guliers pour enregistrer la s\u00e9quence exacte d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/li>\n<li><strong>La phase de rappel imm\u00e9diat (ou apr\u00e8s un bref d\u00e9lai)<\/strong> : apr\u00e8s retrait inopin\u00e9 du mod\u00e8le et de la copie, l&rsquo;enfant doit redessiner la figure de m\u00e9moire, sollicitant les r\u00e9serves de la m\u00e9moire de travail et la m\u00e9moire \u00e0 court terme visuo-spatiale.<\/li>\n<li><strong>La phase de rappel diff\u00e9r\u00e9<\/strong> : administr\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement 20 \u00e0 30 minutes plus tard, apr\u00e8s une t\u00e2che intercalaire non visuo-spatiale, cette \u00e9tape teste la consolidation en m\u00e9moire \u00e9pisodique visuelle \u00e0 long terme.<\/li>\n<li><strong>La phase de reconnaissance<\/strong> : pr\u00e9sente dans les versions standardis\u00e9es nord-am\u00e9ricaines (syst\u00e8me Meyers ou Kaplan), elle propose un ensemble d&rsquo;items cibles et de distracteurs g\u00e9om\u00e9triques afin de dissocier un d\u00e9ficit de r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique d&rsquo;un d\u00e9ficit d&rsquo;encodage pur.<\/li>\n<li><strong>Le type de construction g\u00e9n\u00e9tique (selon Osterrieth)<\/strong> : classification ordonn\u00e9e du trac\u00e9 allant du Type I (construction sur l&rsquo;armature centrale, signe de maturit\u00e9), en passant par le Type II (d\u00e9tails attenants \u00e0 l&rsquo;armature), le Type III (contour g\u00e9n\u00e9ral externe ferm\u00e9 puis remplissage), le Type IV (juxtaposition de d\u00e9tails de proche en proche sans plan d&rsquo;ensemble), jusqu&rsquo;au Type VII (gribouillage informe).<\/li>\n<li><strong>Les m\u00e9triques temporelles<\/strong> : enregistrement rigoureux du temps total de passation pour chaque phase, discriminant l&rsquo;impulsivit\u00e9 de la lenteur ex\u00e9cutive compensatoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Consid\u00e9rons le cas clinique de Julien, un gar\u00e7on de 9 ans et demi adress\u00e9 en consultation pour des difficult\u00e9s d&rsquo;\u00e9criture manuscrite et une agitation psychomotrice en classe, avec une suspicion clinique de TDAH. Lors de la copie de la Figure A, Julien d\u00e9bute imm\u00e9diatement par les d\u00e9tails minuscules p\u00e9riph\u00e9riques (la croix sup\u00e9rieure gauche, le cadran \u00e0 quatre points), sans jamais tracer les lignes directrices du rectangle central. Il juxtapose ensuite les segments de proche en proche (Type IV d&rsquo;Osterrieth). Bien que les d\u00e9tails soient tous individuellement reconnaissables, la figure globale est \u00e9tir\u00e9e, d\u00e9pourvue de sym\u00e9trie et \u00e9cras\u00e9e sur la droite. Au rappel diff\u00e9r\u00e9, incapable de s&rsquo;appuyer sur une trame organis\u00e9e, Julien ne restitue que trois fragments isol\u00e9s sans liens spatiaux coh\u00e9rents. Ce profil refl\u00e8te un d\u00e9ficit primaire des fonctions ex\u00e9cutives (planification et contr\u00f4le inhibiteur), la graphomotricit\u00e9 pure \u00e9tant quant \u00e0 elle pr\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre profil clinique est illustr\u00e9 par Chlo\u00e9, \u00e2g\u00e9e de 6 ans, \u00e9valu\u00e9e au moyen de la Figure B dans le cadre d&rsquo;un bilan pour maladresse motrice et difficult\u00e9s d&rsquo;habillage (suspicion de trouble d\u00e9veloppemental de la coordination). Chlo\u00e9 comprend parfaitement la logique de la figure et commente oralement sa d\u00e9marche : \u00ab Je fais d&rsquo;abord le grand carr\u00e9, puis le rond au milieu \u00bb. Cependant, lorsqu&rsquo;elle tente de fermer le carr\u00e9 ou de relier le triangle sur la bordure, ses traits manquent de pr\u00e9cision, d\u00e9passent les intersections ou s&rsquo;arr\u00eatent avant la jonction, traduisant une dyspraxie visuo-constructive. En revanche, lors de l&rsquo;\u00e9preuve de rappel de m\u00e9moire, elle restitue la bonne organisation relationnelle de tous les \u00e9l\u00e9ments, attestant d&rsquo;une excellente m\u00e9moire visuo-spatiale et d&rsquo;une planification conceptuelle intacte malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9cueil de la r\u00e9alisation motrice.<\/p>\n<p>Enfin, le cas d&rsquo;Adrien, 11 ans, victime d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien cons\u00e9cutif \u00e0 un accident de la voie publique : lors de la copie de la Figure A, Adrien r\u00e9alise un dessin g\u00e9om\u00e9triquement satisfaisant selon une strat\u00e9gie de Type I en un temps norm\u00e9. Cependant, lors du rappel \u00e0 30 minutes, le score s&rsquo;effondre de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e par rapport aux enfants de son \u00e2ge, et l&rsquo;\u00e9preuve de reconnaissance confirme l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 distinguer les vrais motifs de la figure parmi des distracteurs. Ce profil met en exergue une amn\u00e9sie ant\u00e9rograde visuelle pure cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;atteinte hippocampique ou temporale interne, sans alt\u00e9ration des praxies constructives ni de la planification frontale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>La quantification des productions enfantines repose sur des grilles d&rsquo;\u00e9valuation rigoureusement \u00e9talonn\u00e9es. Pour la Figure A, le syst\u00e8me standardis\u00e9 d&rsquo;Osterrieth divise le dessin en 18 unit\u00e9s structurales et ornementales. Chaque unit\u00e9 est not\u00e9e de 0 \u00e0 2 points selon deux crit\u00e8res stricts : l&rsquo;exactitude de la forme (dessin correct ou d\u00e9form\u00e9) et la conformit\u00e9 de l&#8217;emplacement (bonne position relative dans la figure). Un \u00e9l\u00e9ment correct et bien plac\u00e9 re\u00e7oit 2 points ; correct mais mal plac\u00e9, ou d\u00e9form\u00e9 mais bien plac\u00e9, il re\u00e7oit 1 point ; s&rsquo;il est \u00e0 la fois d\u00e9form\u00e9 et mal plac\u00e9 mais reconnaissable, il obtient 0,5 point ; un \u00e9l\u00e9ment absent ou totalement m\u00e9connaissable re\u00e7oit 0 point. Le score total maximal est de 36 points pour chaque passation (copie, rappel imm\u00e9diat, rappel diff\u00e9r\u00e9).<\/p>\n<p>Pour la Figure B, le bar\u00e8me le plus r\u00e9pandu \u00e9value les 11 constituants g\u00e9om\u00e9triques sur une \u00e9chelle semblable ou adapt\u00e9e (scores totaux variant de 11 \u00e0 31 points selon les grilles modernis\u00e9es ou les adaptations francophones telles que celle de Mesmin ou Lef\u00e8vre). L&rsquo;analyse psychom\u00e9trique contemporaine convertit ces notes brutes en notes standardis\u00e9es (notes Z, percentiles ou notes d&rsquo;\u00e9chelle T) stratifi\u00e9es par tranches d&rsquo;\u00e2ge semestrielles ou annuelles, compte tenu de l&rsquo;\u00e9volution fulgurante des comp\u00e9tences constructives entre 4 et 12 ans.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Sur le plan de la fid\u00e9lit\u00e9, les coefficients de corr\u00e9lation inter-juges sont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9lev\u00e9s lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;appliquent au score global de copie (souvent sup\u00e9rieurs \u00e0 r = 0,90 apr\u00e8s un entra\u00eenement ad\u00e9quat du clinicien), bien que l&rsquo;accord diminue l\u00e9g\u00e8rement pour l&rsquo;attribution des types d&rsquo;Osterrieth ou l&rsquo;analyse des distorsions subtiles. La validit\u00e9 convergente est solidement \u00e9tablie par de fortes corr\u00e9lations avec d&rsquo;autres \u00e9preuves spatiales et constructives (telles que le subtest des Cubes des \u00e9chelles de Wechsler, WISC et WPPSI, ou le test de r\u00e9tention visuelle de Benton)<\/span>.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>En neuropsychologie clinique p\u00e9diatrique, le test de la figure complexe pour enfants intervient de fa\u00e7on quasi syst\u00e9matique dans le bilan des troubles des apprentissages (dysgraphie, dyscalculie spatiale, dyspraxie). Il permet de rep\u00e9rer pr\u00e9cocement les faiblesses du versant perceptivo-moteur qui entravent l&rsquo;acquisition de l&rsquo;\u00e9criture manuscrite et la ma\u00eetrise de la g\u00e9om\u00e9trie scolaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la p\u00e9dopsychiatrie et des troubles neurod\u00e9veloppementaux, l&rsquo;\u00e9preuve fournit des indices sensibles sur le profil cognitif des enfants porteurs de troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA). Ces enfants manifestent fr\u00e9quemment un biais de traitement orient\u00e9 vers les d\u00e9tails locaux (coh\u00e9rence centrale faible), dessinant minutieusement chaque fragment p\u00e9riph\u00e9rique avant de r\u00e9aliser la trame g\u00e9n\u00e9rale, tout en obtenant parfois un score final remarquable en termes d&rsquo;exactitude formelle.<\/p>\n<p>En neurologie p\u00e9diatrique et en r\u00e9\u00e9ducation, le test constitue un outil longitudinal irrempla\u00e7able pour documenter la r\u00e9cup\u00e9ration fonctionnelle apr\u00e8s un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral p\u00e9diatrique, une r\u00e9section de tumeur c\u00e9r\u00e9brale ou une crise d&rsquo;\u00e9pilepsie du lobe temporal ou frontal. La comparaison des profils au fil des ann\u00e9es permet d&rsquo;adapter les am\u00e9nagements scolaires (temps suppl\u00e9mentaire, utilisation d&rsquo;outils num\u00e9riques pour pallier la dysgraphie) et d&rsquo;orienter les prises en charge en ergoth\u00e9rapie et en rem\u00e9diation cognitive.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et les \u00e9tudes de l\u00e9sions p\u00e9diatriques confirment l&rsquo;activation de r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux distribu\u00e9s au cours de la passation du test. Les travaux de Denckla (1996) et d&rsquo;Akshoomoff (2002) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l&rsquo;efficacit\u00e9 strat\u00e9gique lors de la copie d\u00e9pend \u00e9troitement de la maturation de la substance blanche pr\u00e9frontale et du corps calleux. L&rsquo;organisation de Type I d&rsquo;Osterrieth (armature centrale prioritaire) ne devient majoritaire qu&rsquo;autour de l&rsquo;\u00e2ge de 9-10 ans, co\u00efncidant avec la pouss\u00e9e my\u00e9log\u00e9n\u00e9tique des faisceaux fronto-striataux.<\/p>\n<p>Des recherches men\u00e9es sur des cohortes d&rsquo;enfants \u00e9pileptiques (notamment par Jokeit et al., ainsi que par Helmstaedter) ont mis en lumi\u00e8re une dissociation h\u00e9misph\u00e9rique relative lors des \u00e9preuves de figures complexes : les l\u00e9sions ou foyers \u00e9pileptog\u00e8nes de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit entra\u00eenent typiquement des omissions spatiales, une perte de l&rsquo;agencement global et des distorsions topologiques, tandis que les atteintes temporales gauches pr\u00e9servent l&rsquo;ossature globale mais peuvent alt\u00e9rer le d\u00e9tail et la r\u00e9tention verbale associ\u00e9e, bien que cette lat\u00e9ralisation soit moins rigide chez l&rsquo;enfant en raison de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes contemporaines (Waber &#038; Holmes, 1995 ; Karapetsas &#038; Kantas, 2001) ont valid\u00e9 le <em>Developmental Scoring System<\/em> (DSS), un syst\u00e8me d&rsquo;analyse ax\u00e9 sp\u00e9cifiquement sur les processus de d\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant. Leurs r\u00e9sultats montrent que le niveau organisationnel (style de planification) pr\u00e9dit les r\u00e9ussites acad\u00e9miques en math\u00e9matiques et en lecture bien plus efficacement que le score brut de conformit\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que le test de la figure complexe pour enfants soit r\u00e9put\u00e9 \u00ab non verbal \u00bb et affranchi des barri\u00e8res linguistiques directes, la recherche transculturelle souligne que la familiarit\u00e9 avec les outils graphiques (crayons, papier) et la scolarisation formelle influencent notablement les performances. Les enfants issus de cultures ou de contextes socio-\u00e9conomiques o\u00f9 le dessin g\u00e9om\u00e9trique et la manipulation de symboles abstraits sont peu valoris\u00e9s accusent souvent un d\u00e9calage par rapport aux normes \u00e9tablies dans les pays industrialis\u00e9s occidentaux.<\/p>\n<p>Le sens pr\u00e9f\u00e9rentiel de lecture et d&rsquo;\u00e9criture joue \u00e9galement un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la directionnalit\u00e9 du trac\u00e9 et la strat\u00e9gie de balayage visuel. Des \u00e9tudes men\u00e9es aupr\u00e8s d&rsquo;enfants scolaris\u00e9s dans des langues s\u00e9mitiques (arabe, h\u00e9breu) ont mis en \u00e9vidence une propension accrue \u00e0 explorer et entamer la copie de la figure \u00e0 partir du quadrant sup\u00e9rieur droit, contrastant avec l&rsquo;orientation gauche-droite dominante observ\u00e9e chez les enfants francophones ou anglophones, sans que cette diff\u00e9rence ne traduise une anomalie neurod\u00e9veloppementale.<\/p>\n<p>Il est donc essentiel pour le psychologue d&#8217;employer des \u00e9talonnages locaux valid\u00e9s et de contextualiser l&rsquo;interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;histoire \u00e9ducative, du milieu socioculturel et des pratiques de socialisation graphique de l&rsquo;enfant examin\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa valeur clinique incontestable, le test de la figure complexe chez l&rsquo;enfant fait l&rsquo;objet de plusieurs r\u00e9serves m\u00e9thodologiques. La principale critique concerne l&rsquo;interd\u00e9pendance massive entre la motricit\u00e9 fine et la cognition visuo-spatiale : un enfant pr\u00e9sentant un trouble moteur s\u00e9v\u00e8re (paralysie c\u00e9r\u00e9brale, tremblement essentiel, dysgraphie motrice) \u00e9chouera lourdement au test sans que ses comp\u00e9tences perceptives ou strat\u00e9giques pures ne soient n\u00e9cessairement alt\u00e9r\u00e9es, conduisant au risque de faux positifs d&rsquo;apraxie constructive.<\/p>\n<p>Une seconde controverse porte sur la subjectivit\u00e9 inh\u00e9rente aux grilles de cotation traditionnelles. Bien que les crit\u00e8res d&rsquo;Osterrieth ou de Rey soient formalis\u00e9s, l&rsquo;attribution d&rsquo;un demi-point ou d&rsquo;un point entier pour une distorsion angulaire d\u00e9pend de l&rsquo;appr\u00e9ciation clinique du correcteur. Pour pallier cette faiblesse, plusieurs auteurs pr\u00e9conisent l&rsquo;adoption de grilles de cotation quantitatives informatis\u00e9es par tablettes graphiques num\u00e9riques, permettant d&rsquo;enregistrer objectivement la pression du stylet, la vitesse cin\u00e9matique et les temps de pause en l&rsquo;air.<\/p>\n<p>Enfin, la validit\u00e9 \u00e9cologique de la t\u00e2che est parfois questionn\u00e9e : reproduire une figure g\u00e9om\u00e9trique abstraite d\u00e9nu\u00e9e de sens dans un cadre d&rsquo;examen silencieux ne pr\u00e9dit que partiellement l&rsquo;aptitude d&rsquo;un enfant \u00e0 naviguer dans un espace tridimensionnel r\u00e9el ou \u00e0 planifier des actions complexes dans sa vie quotidienne scolaire et familiale.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion nosologique et clinique, il convient de distinguer le test de la figure complexe pour enfants d&rsquo;autres instruments psychom\u00e9triques similaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Figure complexe de Rey-Osterrieth (Figure A) classique<\/strong> : version originelle standard de l&rsquo;adulte et de l&rsquo;adolescent, \u00e9galement utilis\u00e9e chez l&rsquo;enfant d\u00e8s 8 ou 9 ans, mais trop complexe pour les jeunes enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire.<\/li>\n<li><strong>Figure B de Rey (\u00ab Baby Rey \u00bb)<\/strong> : variante simplifi\u00e9e cr\u00e9\u00e9e par Andr\u00e9 Rey en 1959 sp\u00e9cifiquement pour les enfants de 4 \u00e0 8 ans, articul\u00e9e autour de 4 formes ma\u00eetresses et 11 \u00e9l\u00e9ments secondaires.<\/li>\n<li><strong>Test de r\u00e9tention visuelle de Benton<\/strong> : \u00e9preuve de reproduction de 10 planches successives de figures g\u00e9om\u00e9triques simples, davantage centr\u00e9e sur la m\u00e9moire imm\u00e9diate \u00e0 court terme que sur la planification d&rsquo;une architecture complexe unique.<\/li>\n<li><strong>Test de d\u00e9veloppement de l&rsquo;int\u00e9gration visuo-motrice (VMI de Beery-Buktenica)<\/strong> : s\u00e9rie de figures g\u00e9om\u00e9triques de complexit\u00e9 gradu\u00e9e croissante (de la ligne verticale aux formes imbriqu\u00e9es), \u00e9valuant l&rsquo;int\u00e9gration perceptivo-motrice \u00e9l\u00e9mentaire sans exiger l&rsquo;organisation strat\u00e9gique globale d&rsquo;une figure unique intriqu\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Subtest des Cubes (WISC\/WPPSI)<\/strong> : \u00e9preuve constructive tridimensionnelle manipulatoire chronom\u00e9tr\u00e9e, \u00e9valuant l&rsquo;analyse visuo-spatiale sans faire appel au graphisme ni \u00e0 la m\u00e9moire diff\u00e9r\u00e9e sans mod\u00e8le.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le test de la figure complexe pour enfants demeure l&rsquo;une des investigations neuropsychologiques les plus riches et les plus discriminatives de l&rsquo;enfance. Ses dimensions fondamentales s&rsquo;articulent autour des \u00e9l\u00e9ments suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Il explore l&rsquo;interaction dynamique entre la perception spatiale, les praxies constructives, les fonctions ex\u00e9cutives de planification et la m\u00e9moire visuo-spatiale \u00e9pisodique.<\/li>\n<li>Il se d\u00e9cline sous deux formes majeures : la Figure A (accessible d\u00e8s 8 ans) et la Figure B simplifi\u00e9e (indispensable entre 4 et 8 ans pour \u00e9viter l&rsquo;effet de plancher).<\/li>\n<li>L&rsquo;observation clinique du d\u00e9roulement du dessin (type de strat\u00e9gie selon Osterrieth) est encore plus informative sur la maturit\u00e9 cognitive que la note brute finale.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9preuve de m\u00e9moire (rappel imm\u00e9diat ou diff\u00e9r\u00e9) permet de dissocier un trouble d&rsquo;encodage et de r\u00e9cup\u00e9ration mn\u00e9sique d&rsquo;un d\u00e9ficit d&rsquo;ex\u00e9cution visuo-motrice.<\/li>\n<li>Son utilisation judicieuse \u00e9claire le diagnostic diff\u00e9rentiel du TDAH, du trouble d\u00e9veloppemental de la coordination, des troubles des apprentissages et des s\u00e9quelles de l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales p\u00e9diatriques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Akshoomoff, N. A. (2002). Use of the Rey-Osterrieth Complex Figure Test with children. <em>The Clinical Neuropsychologist<\/em>, 16(2), 113\u2013126. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1076\/clin.16.2.113.13988\">https:\/\/doi.org\/10.1076\/clin.16.2.113.13988<\/a><\/li>\n<li>Lef\u00e8vre, F., Danis, A., &amp; Mesmin, C. (2007). Reproduction d&rsquo;une figure complexe par des enfants d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire : Analyse de la Figure B de Rey. <em>L&rsquo;Ann\u00e9e psychologique<\/em>, 107(3), 369\u2013394. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/psy_0003-5033_2007_num_107_3_30983\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/psy_0003-5033_2007_num_107_3_30983<\/a><\/li>\n<li>Meyers, J. E., &amp; Meyers, K. R. (1995). <em>Rey Complex Figure Test and Recognition Trial (RCFT): Professional Manual<\/em>. Psychological Assessment Resources. <a href=\"https:\/\/www.parinc.com\">https:\/\/www.parinc.com<\/a><\/li>\n<li>Osterrieth, P. A. (1944). Le test de copie d&rsquo;une figure complexe : Contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la perception et de la m\u00e9moire. <em>Archives de Psychologie<\/em>, 30, 206\u2013356.<\/li>\n<li>Rey, A. (1941). L&rsquo;examen psychologique dans les cas d&rsquo;enc\u00e9phalopathie traumatique : Les probl\u00e8mes. <em>Archives de Psychologie<\/em>, 28, 286\u2013340.<\/li>\n<li>Rey, A. (1959). <em>Test de copie et de reproduction de m\u00e9moire de figures g\u00e9om\u00e9triques complexes<\/em>. \u00c9ditions du Centre de Psychologie Appliqu\u00e9e (ECPA).<\/li>\n<li>Waber, D. P., &amp; Holmes, J. M. (1995). Assessing children&rsquo;s copy productions of the Rey-Osterrieth Complex Figure: Marker scores. <em>The Clinical Neuropsychologist<\/em>, 9(3), 242\u2013248. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/13854049508401358\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/13854049508401358<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le test de la figure complexe pour enfants est une \u00e9preuve neuropsychologique \u00e9valuant les comp\u00e9tences visuo-constructives, la planification et la m\u00e9moire spatiale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,3,2],"tags":[63,39487,39486,1949,27069,27194,36765],"class_list":["post-23299","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychologie-clinique","category-psychometrie","tag-evaluation-psychologique","tag-figure-b-de-rey","tag-figure-de-rey","tag-fonctions-executives","tag-memoire-visuo-spatiale","tag-neuropsychologie-pediatrique","tag-praxies-constructives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23299\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}