{"id":23291,"date":"2026-10-31T01:08:16","date_gmt":"2026-10-31T01:08:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=psychose-infantile"},"modified":"2026-10-31T01:08:16","modified_gmt":"2026-10-31T01:08:16","slug":"psychose-infantile","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=psychose-infantile","title":{"rendered":"Psychose infantile : Comprendre les ruptures pr\u00e9coces"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;irruption d&rsquo;un trouble psychotique au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie constitue l&rsquo;une des \u00e9preuves cliniques les plus d\u00e9routantes et complexes de la psychiatrie contemporaine. Confrontant les cliniciens \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9ration pr\u00e9coce des liens intersubjectifs, de l&rsquo;organisation de la pens\u00e9e et du rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e, cette affection bouleverse la trajectoire d\u00e9veloppementale de l&rsquo;enfant ainsi que l&rsquo;ensemble de son \u00e9cologie familiale. Saisir la nature profonde de la psychose infantile exige de conjuguer une rigueur nosographique irr\u00e9prochable avec une compr\u00e9hension fine des processus neurobiologiques et psychodynamiques qui sous-tendent la structuration du psychisme en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h2>Psychose infantile<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>psychose infantile<\/strong> d\u00e9signe un ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne d&rsquo;affections psychiatriques s\u00e9v\u00e8res d\u00e9butant au cours de l&rsquo;enfance, caract\u00e9ris\u00e9es par une alt\u00e9ration fondamentale de l&rsquo;appr\u00e9hension du r\u00e9el, un dysfonctionnement cognitif majeur, des perturbations du sentiment d&rsquo;identit\u00e9 corporelle et psychique, ainsi qu&rsquo;une d\u00e9sorganisation de la communication et des conduites relationnelles. Historiquement englobante, cette notion renvoie aujourd&rsquo;hui principalement aux formes pr\u00e9coces ou tr\u00e8s pr\u00e9coces de troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie et aux d\u00e9compensations psychotiques aigu\u00ebs ou affectives de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, ce trouble se manifeste par la perte des fronti\u00e8res entre le monde interne et l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur, entra\u00eenant des manifestations positives telles que des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hallucination\">hallucinations<\/a> et des id\u00e9es d\u00e9lirantes polymorphes, associ\u00e9es \u00e0 des manifestations n\u00e9gatives comme le repli autistique, l&rsquo;\u00e9moussement affectif et une r\u00e9gression marqu\u00e9e des acquisitions motrices et langagi\u00e8res. La psychose de l&rsquo;enfant ne correspond pas \u00e0 une simple transposition de la symptomatologie adulte, car elle s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;un appareil psychique et d&rsquo;un syst\u00e8me nerveux central en pleine maturation anatomique et fonctionnelle.<\/p>\n<p>Dans la nosographie internationale contemporaine (DSM-5-TR et CIM-11), le vocable g\u00e9n\u00e9rique de \u00ab psychose infantile \u00bb a \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9construit au profit d&rsquo;entit\u00e9s sp\u00e9cifiques, au premier rang desquelles figurent la schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but pr\u00e9coce (survenant avant l&rsquo;\u00e2ge de dix-huit ans) et la schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but tr\u00e8s pr\u00e9coce (d\u00e9butant avant l&rsquo;\u00e2ge de treize ans), tout en \u00e9tant rigoureusement d\u00e9marqu\u00e9e des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Troubles_du_spectre_de_l%27autisme\">troubles du spectre de l&rsquo;autisme<\/a>.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab psychose \u00bb trouve ses racines dans le grec ancien <em>psych\u0113<\/em> (\u03c8\u03c5\u03c7\u03ae), d\u00e9signant le souffle vital, l&rsquo;esprit ou l&rsquo;\u00e2me, compl\u00e9t\u00e9 du suffixe m\u00e9dical <em>-\u014dsis<\/em> (-\u03c9\u03c3\u03b9\u03c2), employ\u00e9 pour d\u00e9signer un \u00e9tat morbide, une affection chronique ou une alt\u00e9ration pathologique non inflammatoire. Forg\u00e9 en 1845 par le m\u00e9decin et philosophe autrichien Ernst von Feuchtersleben dans son trait\u00e9 <em>Lehrbuch der \u00e4rztlichen Seelenheilkunde<\/em>, le terme visait initialement \u00e0 distinguer les maladies mentales intrins\u00e8ques (\u00ab psychoses \u00bb) des affections nerveuses p\u00e9riph\u00e9riques (\u00ab n\u00e9vroses \u00bb).<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab infantile \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du latin classique <em>infantilis<\/em>, issu de <em>infans<\/em> (\u00ab celui qui ne parle pas encore \u00bb), compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>in-<\/em> et du participe pr\u00e9sent du verbe <em>fari<\/em> (\u00ab parler \u00bb). L&rsquo;adjonction de cet adjectif au terme de psychose a \u00e9merg\u00e9 au cours du XXe si\u00e8cle afin de sp\u00e9cifier les manifestations d\u00e9lirantes, dissociatives ou gravement r\u00e9gressives survenant chez l&rsquo;individu avant l&rsquo;acc\u00e8s complet \u00e0 la maturit\u00e9 pubertaire et linguistique.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans la litt\u00e9rature psychiatrique remonte aux travaux du psychiatre italien Sante De Sanctis en 1906, qui d\u00e9crivit sous le nom de <em>dementia praecocissima<\/em> des \u00e9tats de d\u00e9ch\u00e9ance psychique survenant chez de jeunes enfants, pr\u00e9figurant l&rsquo;individualisation ult\u00e9rieure des psychoses infantiles pr\u00e9coces par les courants psychanalytiques et ph\u00e9nom\u00e9nologiques europ\u00e9ens.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [psi.koz \u025b\u0303.f\u0251\u0303.til]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin, constitu\u00e9 du substantif \u00ab psychose \u00bb et de l&rsquo;adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te \u00ab infantile \u00bb. Le pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab psychoses infantiles \u00bb [psi.koz z\u203f\u025b\u0303.f\u0251\u0303.til].<\/p>\n<p>Sur le plan stylistique et acad\u00e9mique, l&rsquo;expression est fr\u00e9quemment substitu\u00e9e par des d\u00e9signations plus descriptives telles que \u00ab troubles psychotiques \u00e0 d\u00e9but p\u00e9diatrique \u00bb, \u00ab schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but tr\u00e8s pr\u00e9coce \u00bb (<em>very early-onset schizophrenia<\/em> ou VEOS) ou \u00ab \u00e9tats psychotiques de l&rsquo;enfant \u00bb. Dans le contexte francophone, les psychiatres et psychologues d&rsquo;orientation psychodynamique conservent volontiers l&rsquo;usage de \u00ab psychoses infantiles \u00bb au pluriel pour souligner la diversit\u00e9 des organisations d\u00e9fensives face \u00e0 l&rsquo;angoisse d&rsquo;an\u00e9antissement.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La psychose infantile constitue une d\u00e9r\u00e9gulation fondamentale de l&rsquo;ontogen\u00e8se psychologique. Contrairement \u00e0 l&rsquo;adulte, dont la d\u00e9compensation psychotique survient au sein d&rsquo;une structure de personnalit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 \u00e9labor\u00e9e et cristallis\u00e9e, l&rsquo;enfant qui pr\u00e9sente un trouble psychotique subit une distorsion intrins\u00e8que de la mise en place m\u00eame des structures \u00e9l\u00e9mentaires du moi. Le trouble affecte concomitamment l&rsquo;int\u00e9gration somatopsychique, c&rsquo;est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre son propre corps comme une entit\u00e9 distincte et coh\u00e9rente, et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;intersubjectivit\u00e9 secondaire, qui autorise la distinction entre la r\u00e9alit\u00e9 psychique interne et la r\u00e9alit\u00e9 perceptive externe.<\/p>\n<p>La s\u00e9miologie de la psychose chez l&rsquo;enfant se caract\u00e9rise par une expressivit\u00e9 variable, hautement tributaire de son stade de d\u00e9veloppement cognitif et \u00e9motionnel. Les id\u00e9es d\u00e9lirantes, lorsqu&rsquo;elles existent, manquent fr\u00e9quemment de la syst\u00e9matisation logique observ\u00e9e chez l&rsquo;adulte. Elles prennent une forme fluide, magique ou fantastique, se m\u00ealant \u00e9troitement aux m\u00e9canismes normaux de l&rsquo;imaginaire infantile mais avec une charge d&rsquo;angoisse paroxystique et une impossibilit\u00e9 totale pour l&rsquo;enfant de s&rsquo;en distancier. L&rsquo;alt\u00e9ration du sens de la r\u00e9alit\u00e9 se manifeste par la conviction in\u00e9branlable d&rsquo;\u00eatre envahi par des entit\u00e9s monstrueuses, de subir des transformations corporelles atroces ou d&rsquo;\u00eatre contr\u00f4l\u00e9 par des forces ext\u00e9rieures malveillantes.<\/p>\n<p>Les hallucinations, principalement auditives (voix commentatives ou imp\u00e9ratives) et visuelles, sont fr\u00e9quemment rapport\u00e9es dans les formes document\u00e9es de schizophr\u00e9nie de l&rsquo;enfant. Ces hallucinations acoustico-verbales s&rsquo;accompagnent souvent d&rsquo;une perplexit\u00e9 anxieuse profonde. L&rsquo;enfant peut adopter des postures d&rsquo;\u00e9coute, manifester des sursauts inexpliqu\u00e9s, dialoguer avec des interlocuteurs invisibles en dehors de tout cadre de jeu symbolique, ou manifester une terreur panique face \u00e0 des perceptions c\u00e9nesth\u00e9siques d\u00e9sagr\u00e9ables, d\u00e9crivant par exemple des br\u00fblures internes ou des organes d\u00e9vor\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le versant d\u00e9sorganis\u00e9 et n\u00e9gatif, la psychose infantile entra\u00eene une dislocation du discours (d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e, paralogismes, n\u00e9ologismes herm\u00e9tiques, diffluence id\u00e9ique) et une r\u00e9gression des capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation psychosociale. L&rsquo;enfant perd l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour ses pairs, d\u00e9laisse le jeu cr\u00e9atif au profit de rituels st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et rigides d\u00e9pourvus de flexibilit\u00e9 symbolique, et manifeste un \u00e9moussement des affects ou une discordance affective marqu\u00e9e (rires immotiv\u00e9s, explosions de rage sans facteur d\u00e9clenchant discernable). Le cours de la pens\u00e9e peut subir des barrages psychiques ou des extinctions brusques qui entravent l&rsquo;apprentissage scolaire.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement et \u00e9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la psychose infantile est marqu\u00e9e par de profondes ruptures paradigmatiques et des controverses nosographiques qui ont travers\u00e9 le XXe si\u00e8cle. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les pionniers de la psychiatrie moderne, notamment Emil Kraepelin, consid\u00e9raient la d\u00e9mence pr\u00e9coce comme une affection frappant quasi exclusivement la jeunesse post-pubertaire. C&rsquo;est en 1906 que le psychiatre italien Sante De Sanctis soutient l&rsquo;existence d&rsquo;une pathologie propre \u00e0 l&rsquo;enfance, caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9gradation intellectuelle et motrice pr\u00e9coce, qu&rsquo;il nomme <em>dementia praecocissima catatonica<\/em>.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;entre-deux-guerres et l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, sous l&rsquo;impulsion de la psychanalyse d&rsquo;enfants men\u00e9e par Melanie Klein, Anna Freud puis Donald Woods Winnicott, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat clinique s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 vers les anomalies relationnelles archa\u00efques. Melanie Klein postula l&rsquo;existence d&rsquo;une phase schizoparano\u00efde constitutive du d\u00e9veloppement normal du nourrisson, sugg\u00e9rant que la fixation ou la r\u00e9gression \u00e0 ce stade d&rsquo;angoisse de morcellement pouvait engendrer des d\u00e9sorganisations psychotiques chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>En 1943, Leo Kanner publie sa description fondatrice de \u00ab l&rsquo;autisme infantile pr\u00e9coce \u00bb au sein de laquelle il qualifie initialement le trouble d&rsquo;affection psychotique inn\u00e9e du contact affectif. Simultan\u00e9ment, Margaret Mahler \u00e9labore sa th\u00e9orie des psychoses infantiles, distinguant la psychose autistique de la \u00ab psychose symbiotique \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;enfant est incapable d&rsquo;\u00e9laborer la s\u00e9paration psychique d&rsquo;avec la m\u00e8re, entra\u00eenant une panique de fusion-annihilation d\u00e8s que l&rsquo;autonomie est requise. Pendant des d\u00e9cennies, notamment dans l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/P%C3%A9dopsychiatrie\">p\u00e9dopsychiatrie<\/a> (incarn\u00e9e par Roger Mis\u00e8s et la CFTMEA), les termes d&rsquo;autisme et de psychose infantile ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s de mani\u00e8re quasi synonyme ou compl\u00e9mentaire pour d\u00e9signer l&rsquo;ensemble des troubles envahissants du d\u00e9veloppement pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>La rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure survient en 1980 avec la publication du DSM-III par l&rsquo;Association am\u00e9ricaine de psychiatrie. Ce manuel officialise la s\u00e9paration radicale entre, d&rsquo;une part, les troubles envahissants du d\u00e9veloppement (englobant l&rsquo;autisme de Kanner) et, d&rsquo;autre part, les troubles psychotiques de l&rsquo;enfant, qui sont d\u00e9sormais assujettis aux m\u00eames crit\u00e8res op\u00e9rationnels diagnostiques que la schizophr\u00e9nie adulte. Cette d\u00e9cision, confirm\u00e9e par les travaux \u00e9pid\u00e9miologiques et g\u00e9n\u00e9tiques des ann\u00e9es 1990 et 2000 men\u00e9s notamment par Michael Rutter et Judith Rapoport, a conduit \u00e0 r\u00e9server le terme de psychose aux manifestations caract\u00e9ris\u00e9es par la perte de l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 et la pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes psychotiques francs, red\u00e9finissant ainsi les fronti\u00e8res cliniques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension moderne de la psychose infantile repose sur le <strong>mod\u00e8le neurod\u00e9veloppemental<\/strong>. Selon cette approche conceptuelle, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychotique pr\u00e9coce d\u00e9coule d&rsquo;interactions anormales entre un terrain g\u00e9n\u00e9tique complexe et des agressions environnementales pr\u00e9coces survenant durant les phases critiques de la maturation c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;hypoth\u00e8se du double impact (<em>two-hit model<\/em>) sugg\u00e8re qu&rsquo;une anomalie neurod\u00e9veloppementale pr\u00e9coce (li\u00e9e \u00e0 des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques, \u00e0 une hypoxie p\u00e9rinatale ou \u00e0 des infections gestationnelles) cr\u00e9e une vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique sous-jacente, laquelle d\u00e9compense lors d&rsquo;une phase ult\u00e9rieure sous l&rsquo;influence du stress environnemental ou d&rsquo;un \u00e9lagage synaptique anormal.<\/p>\n<p>Au niveau de la neurochimie et de la neuroanatomie fonctionnelle, les anomalies de la connectivit\u00e9 corticale, les perturbations de la maturation de la substance blanche et un exc\u00e8s d&rsquo;\u00e9lagage synaptique au niveau du cortex pr\u00e9frontal et des zones temporo-pari\u00e9tales jouent un r\u00f4le de premier plan. Les alt\u00e9rations de la neurotransmission dopaminergique m\u00e9solimbique et m\u00e9socorticale, coupl\u00e9es \u00e0 des dysfonctionnements du syst\u00e8me glutamatergique (notamment des r\u00e9cepteurs NMDA) et gabaergique, constituent les assises neurobiologiques des distorsions perceptives et de la fragmentation du cours de la pens\u00e9e observ\u00e9es chez le jeune patient.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et psychodynamique, l&rsquo;organisation psychotique est comprise comme l&rsquo;\u00e9chec de la constitution d&rsquo;un sentiment continu d&rsquo;exister. Face \u00e0 des angoisses d&rsquo;an\u00e9antissement ou d&rsquo;intrusion massive, l&rsquo;enfant \u00e9rige des m\u00e9canismes de d\u00e9fense archa\u00efques : clivage du moi, identification projective massive, d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 et retrait complet de l&rsquo;investissement libidinal des objets ext\u00e9rieurs. La psychose appara\u00eet alors comme un compromis d\u00e9fensif d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server les rudiments d&rsquo;un moi menac\u00e9 d&rsquo;effondrement psychique total.<\/p>\n<p>Les th\u00e9ories cognitives de la psychose p\u00e9diatrique mettent en avant des d\u00e9ficits pr\u00e9coces et s\u00e9v\u00e8res de la m\u00e9tacognition et de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (l&rsquo;aptitude \u00e0 attribuer correctement des intentions et des \u00e9tats mentaux \u00e0 autrui). Ces dysfonctionnements engendrent un biais d&rsquo;attribution d&rsquo;intentions hostiles et une propension aux conclusions h\u00e2tives (<em>jumping to conclusions<\/em>), emp\u00eachant l&rsquo;enfant d&rsquo;ordonner de mani\u00e8re coh\u00e9rente les indices sociaux et favorisant l&rsquo;\u00e9laboration de distorsions parano\u00efdes.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La nosologie clinique contemporaine segmente les manifestations psychotiques infantiles selon leur chronologie, leur constellation s\u00e9miologique et leur \u00e9tirage dimensionnel :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but tr\u00e8s pr\u00e9coce (VEOS &#8211; <em>Very Early-Onset Schizophrenia<\/em>) :<\/strong> D\u00e9butant rigoureusement avant le treizi\u00e8me anniversaire, cette forme rare et d\u00e9vastatrice se caract\u00e9rise par une pr\u00e9dominance de sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs insidieux, de graves anomalies pr\u00e9morbides du langage et de la motricit\u00e9, et une r\u00e9sistance th\u00e9rapeutique plus fr\u00e9quente que dans les formes adultes.<\/li>\n<li><strong>La schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but pr\u00e9coce (EOS &#8211; <em>Early-Onset Schizophrenia<\/em>) :<\/strong> Survenant entre l&rsquo;\u00e2ge de treize et dix-huit ans, elle marque la transition vers les tableaux cliniques comparables \u00e0 ceux du jeune adulte, avec une pr\u00e9sence plus structur\u00e9e d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes et de syndromes dissociatifs.<\/li>\n<li><strong>Les psychoses affectives \u00e0 d\u00e9but p\u00e9diatrique :<\/strong> Comprennent les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs avec caract\u00e9ristiques psychotiques congruentes ou non \u00e0 l&rsquo;humeur, ainsi que les \u00e9pisodes maniaques avec d\u00e9lire de grandeur, m\u00e9galomanie ou hallucinations, s&rsquo;inscrivant dans le spectre des troubles bipolaires \u00e0 d\u00e9but pr\u00e9coce.<\/li>\n<li><strong>La psychose organique ou secondaire :<\/strong> \u00c9tats d\u00e9lirants et hallucinatoires directement imputables \u00e0 une condition m\u00e9dicale g\u00e9n\u00e9rale sous-jacente, telle qu&rsquo;une enc\u00e9phalite auto-immune (notamment \u00e0 anticorps anti-r\u00e9cepteur NMDA), une comitialit\u00e9 (\u00e9pilepsie temporale), une maladie m\u00e9tabolique (maladie de Wilson, leucodystrophies) ou une intoxication iatrog\u00e8ne ou toxique.<\/li>\n<li><strong>La dimension positive (psychotique active) :<\/strong> Hallucinations acoustico-verbales, illusions sensorielles, interpr\u00e9tations d\u00e9lirantes bizarres, sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 et de menace vitale.<\/li>\n<li><strong>La dimension n\u00e9gative (d\u00e9ficitaire) :<\/strong> Retrait affectif profond, apragmatisme, pauvret\u00e9 du contenu de la pens\u00e9e (alogie), n\u00e9gligence des soins personnels et anesth\u00e9sie \u00e9motionnelle apparente.<\/li>\n<li><strong>La dimension d\u00e9sorganis\u00e9e (formelle) :<\/strong> Ruptures du cours de la pens\u00e9e, mani\u00e9risme moteur, incongruit\u00e9 de l&rsquo;affect, soliloquies et bizarreries comportementales extr\u00eames.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations pratiques<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique de la psychose chez l&rsquo;enfant, deux vignettes cliniques synth\u00e9tiques permettent d&rsquo;illustrer la diversit\u00e9 d&rsquo;expression de ce tableau :<\/p>\n<p><strong>Vignette 1 : D\u00e9compensation psychotique aigu\u00eb \u00e0 d\u00e9but tr\u00e8s pr\u00e9coce (VEOS).<\/strong><br \/>\nJulien, un gar\u00e7on \u00e2g\u00e9 de huit ans et demi sans ant\u00e9c\u00e9dent d\u00e9veloppemental notable hormis une l\u00e9g\u00e8re maladresse motrice, commence \u00e0 pr\u00e9senter une baisse brutale de ses performances scolaires. En l&rsquo;espace de trois mois, ses parents notent une transformation insidieuse de son comportement : il s&rsquo;isole dans sa chambre, se couvre les oreilles en hurlant que des \u00ab haut-parleurs cach\u00e9s dans les prises \u00e9lectriques \u00bb lui ordonnent de s&rsquo;arracher la peau. En consultation p\u00e9dopsychiatrique, l&rsquo;enfant manifeste une angoisse majeure, le regard fix\u00e9 vers un angle vide de la pi\u00e8ce. Il murmure des phrases incoh\u00e9rentes, marqu\u00e9es par des associations phon\u00e9tiques arbitraires (\u00ab la colle qui vole sur le bol qui rigole \u00bb), et exprime la certitude in\u00e9branlable que son cerveau est remplac\u00e9 par du m\u00e9tal liquide. Julien pr\u00e9sente ici une triade classique : hallucinations auditives imp\u00e9ratives, id\u00e9es d\u00e9lirantes hypocondriaques et d&rsquo;influence non syst\u00e9matis\u00e9es, et d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e avec perte totale du sens de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Vignette 2 : Psychose affective bipolaire avec traits psychotiques.<\/strong><br \/>\nClara, une fillette de onze ans, est admise aux urgences p\u00e9diatriques dans un \u00e9tat d&rsquo;agitation motrice paroxystique. Depuis deux semaines, son temps de sommeil est r\u00e9duit \u00e0 moins de trois heures par nuit sans qu&rsquo;elle n&rsquo;exprime de fatigue. Elle affirme avec exaltation avoir \u00e9t\u00e9 choisie par des entit\u00e9s extraterrestres pour sauver la Terre de la destruction thermique. Elle distribue ses affaires scolaires \u00e0 ses camarades, court sans arr\u00eat dans les couloirs en chantant \u00e0 tue-t\u00eate et dit entendre les pens\u00e9es de ses enseignants comme des sifflements m\u00e9talliques. L&rsquo;examen somatique exclut toute intoxication. Le tableau juxtapose une excitation psychomotrice s\u00e9v\u00e8re, une m\u00e9galomanie d\u00e9lirante et des alt\u00e9rations perceptives, signant une d\u00e9compensation maniaque avec caract\u00e9ristiques psychotiques.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation diagnostique d&rsquo;une suspicion de psychose chez l&rsquo;enfant requiert une d\u00e9marche clinique rigoureuse, pluridisciplinaire et \u00e9tal\u00e9e dans le temps. En l&rsquo;absence de tout biomarqueur sanguin ou d&rsquo;imagerie univoque, le diagnostic repose sur un faisceau d&rsquo;arguments cliniques et paracliniques standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique et s\u00e9miologique, les praticiens s&rsquo;appuient sur des entretiens diagnostiques semi-structur\u00e9s valid\u00e9s pour la p\u00e9diatrie, tels que la <em>Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia for School-Age Children<\/em> (K-SADS) ou la <em>Child and Adolescent Psychiatric Assessment<\/em> (CAPA). L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;intensit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9volution des sympt\u00f4mes psychotiques recourt fr\u00e9quemment \u00e0 l&rsquo;adaptation pour enfants de l&rsquo;\u00e9chelle des syndromes positif et n\u00e9gatif (PANSS) ainsi qu&rsquo;\u00e0 la <em>Brief Psychiatric Rating Scale for Children<\/em> (BPRS-C).<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel impose d&rsquo;\u00e9carter imp\u00e9rativement plusieurs entit\u00e9s trompeuses :<\/p>\n<ul>\n<li>Les ph\u00e9nom\u00e8nes imaginaires normaux et les compagnons imaginaires de la petite enfance, dans lesquels l&rsquo;enfant maintient une capacit\u00e9 de bascule volontaire entre jeu et r\u00e9alit\u00e9 sans angoisse d\u00e9sorganisatrice ;<\/li>\n<li>Les troubles du spectre de l&rsquo;autisme, o\u00f9 les st\u00e9r\u00e9otypies, le repli social et les alt\u00e9rations du langage ne s&rsquo;accompagnent pas d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes \u00e9volutives ni d&rsquo;hallucinations d&rsquo;apparition tardive ;<\/li>\n<li>Les manifestations dissociatives s\u00e9v\u00e8res secondaires \u00e0 un trouble de stress post-traumatique complexe ou \u00e0 des abus graves ;<\/li>\n<li>Les causes organiques imposant un bilan biologique et neurologique d&rsquo;exclusion exhaustif : IRM c\u00e9r\u00e9brale haute r\u00e9solution, \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG) de veille et de sommeil prolong\u00e9, bilan m\u00e9tabolique, recherche d&rsquo;anticorps antineuronaux par ponction lombaire (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Enc%C3%A9phalite_limbique\">enc\u00e9phalite auto-immune<\/a>) et criblage toxicologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge de la psychose infantile constitue une urgence th\u00e9rapeutique et n\u00e9cessite une strat\u00e9gie multimodale, int\u00e9grative et coordonn\u00e9e, associant chimioth\u00e9rapie psychotrope, psychoth\u00e9rapie individuelle, soutien institutionnel et guidance parentale intensive.<\/p>\n<p>Le volet pharmacologique s&rsquo;appuie principalement sur les antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration (atypiques) tels que la risp\u00e9ridone, l&rsquo;aripiprazole ou l&rsquo;olanzapine. En raison de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue du syst\u00e8me nerveux p\u00e9diatrique aux effets ind\u00e9sirables neurologiques (sympt\u00f4mes extrapyramidaux) et m\u00e9taboliques (prise de poids rapide, dyslipid\u00e9mie, r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;insuline), la prescription impose une titration lente (<em>start low, go slow<\/em>) et une surveillance clinique et paraclinique m\u00e9ticuleuse. Dans les formes pharmaco-r\u00e9sistantes de schizophr\u00e9nie tr\u00e8s pr\u00e9coce, la clozapine demeure le traitement de r\u00e9f\u00e9rence le plus efficace, malgr\u00e9 les imp\u00e9ratifs de surveillance h\u00e9matologique hebdomadaire.<\/p>\n<p>Sur le plan psychoth\u00e9rapeutique, les interventions cognitivo-comportementales adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;enfant ciblent la gestion de l&rsquo;angoisse, l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 et la r\u00e9duction de l&rsquo;impact \u00e9motionnel des hallucinations. Les approches psychodynamiques et institutionnelles (en h\u00f4pital de jour ou en centre m\u00e9dico-psycho-p\u00e9dagogique) offrent un \u00e9tayage relationnel stable pour restructurer les enveloppes psychiques d\u00e9faillantes \u00e0 travers des ateliers de m\u00e9diation th\u00e9rapeutique (modelage, peinture, contes, pataugeoire th\u00e9rapeutique).<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement scolaire par des am\u00e9nagements sp\u00e9cialis\u00e9s (projets personnalis\u00e9s de scolarisation, accompagnants d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves en situation de handicap &#8211; AESH) et les programmes de psycho\u00e9ducation familiale s&rsquo;av\u00e8rent indispensables pour pr\u00e9server l&rsquo;insertion communautaire de l&rsquo;enfant et pr\u00e9venir l&rsquo;\u00e9puisement des aidants naturels.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les investigations men\u00e9es au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies ont permis de clarifier la physiopathologie singuli\u00e8re de la schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but p\u00e9diatrique. Les travaux pionniers coordonn\u00e9s par Judith Rapoport au National Institute of Mental Health (NIMH) sur une cohorte longitudinale d&rsquo;enfants atteints de schizophr\u00e9nie tr\u00e8s pr\u00e9coce (VEOS) ont d\u00e9montr\u00e9 par imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale une vague dynamique et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de perte de substance grise corticale, d\u00e9butant dans les lobes pari\u00e9taux post\u00e9rieurs avant de se propager vers les r\u00e9gions frontales et temporales au cours de l&rsquo;adolescence, un profil qui repr\u00e9sente une exag\u00e9ration pathologique de l&rsquo;\u00e9lagage synaptique physiologique.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique, les \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS) et de s\u00e9quen\u00e7age d&rsquo;exome ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les formes p\u00e9diatriques de psychose portent une charge g\u00e9n\u00e9tique consid\u00e9rablement plus lourde que les formes d\u00e9butant \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. On observe une surrepr\u00e9sentation marqu\u00e9e de variations du nombre de copies (CNV &#8211; <em>Copy Number Variations<\/em>) d\u00e9l\u00e9t\u00e8res et de mutations rares <em>de novo<\/em>. L&rsquo;exemple le plus document\u00e9 est le syndrome de microd\u00e9l\u00e9tion 22q11.2 (syndrome v\u00e9lo-cardio-facial), au cours duquel pr\u00e8s de 30 % des enfants porteurs d\u00e9veloppent un trouble psychotique franc \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de l&rsquo;adolescence.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des trajectoires pronostiques \u00e0 long terme par des \u00e9quipes europ\u00e9ennes et nord-am\u00e9ricaines montre que l&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9coce de d\u00e9but constitue un pr\u00e9dicteur robuste de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Les r\u00e9missions compl\u00e8tes demeurent minoritaires, mais l&rsquo;instauration ultra-pr\u00e9coce d&rsquo;une intervention int\u00e9gr\u00e9e d\u00e8s les prodromes ou le premier \u00e9pisode permet d&rsquo;infl\u00e9chir positivement la d\u00e9t\u00e9rioration cognitive et d&rsquo;am\u00e9liorer substantiellement le fonctionnement adaptatif \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation et l&rsquo;expression clinique des ruptures psychotiques chez l&rsquo;enfant varient de fa\u00e7on sensible selon les contextes culturels et les syst\u00e8mes de croyances partag\u00e9s. Dans de nombreuses cultures traditionnelles d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, d&rsquo;Am\u00e9rique latine ou d&rsquo;Asie du Sud, la perception de voix ou la vision d&rsquo;anc\u00eatres d\u00e9funts par un enfant ne sont pas d&#8217;embl\u00e9e \u00e9tiquet\u00e9es comme des hallucinations morbides, mais peuvent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es comme des exp\u00e9riences chamaniques, des dons de double-vue ou des communications spirituelles l\u00e9gitimes tant qu&rsquo;elles ne s&rsquo;accompagnent pas de souffrance subjective ou de d\u00e9sorganisation du lien social.<\/p>\n<p>Inversement, le stigmate entourant les troubles mentaux s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;enfant dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es retarde fr\u00e9quemment la d\u00e9marche de consultation des parents, ces derniers craignant une exclusion scolaire irr\u00e9versible ou l&rsquo;assignation d\u00e9finitive d&rsquo;une tare psychiatrique. La psychiatrie transculturelle souligne l&rsquo;importance d&rsquo;analyser le syndrome psychotique \u00e0 la lumi\u00e8re des codes culturels familiaux pour \u00e9viter les erreurs diagnostiques, consistant soit \u00e0 sur-pathologiser des repr\u00e9sentations m\u00e9taphoriques culturelles, soit \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre une d\u00e9tresse psychotique authentique sous pr\u00e9texte de relativisme culturel.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Le champ de la psychose infantile a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;affrontements th\u00e9oriques d&rsquo;une rare intensit\u00e9. La premi\u00e8re controverse majeure concerne l&rsquo;abandon du concept fran\u00e7ais de \u00ab psychose infantile \u00bb au profit de la cat\u00e9gorisation unique d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Troubles_du_spectre_de_l%27autisme\">autisme<\/a> d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> de l&rsquo;autre. Plusieurs cliniciens de l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise soutiennent que cette dichotomie biom\u00e9dicale rigide laisse sans r\u00e9ponse des enfants pr\u00e9sentant des \u00e9tats limites complexes ou des \u00ab dysharmonies psychotiques \u00bb, caract\u00e9ris\u00e9es par des angoisses massives, des d\u00e9rapages de la pens\u00e9e sans autisme av\u00e9r\u00e9 ni crit\u00e8res stricts de schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans le risque de surdiagnostic et de surm\u00e9dicalisation des exp\u00e9riences hallucinatoires b\u00e9nignes de l&rsquo;enfant. Les enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines indiquent qu&rsquo;entre 5 % et 10 % des enfants de la population g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9clarent entendre des voix ou vivre des ph\u00e9nom\u00e8nes sensoriels inhabituels sans jamais d\u00e9velopper de pathologie psychiatrique. Qualifier pr\u00e9matur\u00e9ment ces ph\u00e9nom\u00e8nes de \u00ab sympt\u00f4mes pr\u00e9-psychotiques \u00bb expose \u00e0 une prescription inappropri\u00e9e d&rsquo;antipsychotiques chez des sujets au cerveau immature.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat entourant les interventions pr\u00e9coces lors des \u00ab \u00e9tats mentaux \u00e0 ultra-haut risque \u00bb (UHR) soul\u00e8ve d&rsquo;\u00e9pineuses questions \u00e9thiques : le b\u00e9n\u00e9fice pr\u00e9ventif potentiel d&rsquo;une th\u00e9rapie pharmacologique pr\u00e9coce doit \u00eatre constamment mis en balance avec le risque de proph\u00e9tie autor\u00e9alisatrice, d&rsquo;\u00e9tiquetage p\u00e9joratif et d&rsquo;effets secondaires iatrog\u00e8nes irr\u00e9versibles chez le tr\u00e8s jeune individu.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nomenclature en sant\u00e9 mentale de l&rsquo;enfant, il importe de distinguer la psychose infantile des entit\u00e9s diagnostiques p\u00e9riph\u00e9riques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA) :<\/strong> Troubles neurod\u00e9veloppementaux apparaissant d\u00e8s les premi\u00e8res \u00e9tapes du d\u00e9veloppement, caract\u00e9ris\u00e9s par des alt\u00e9rations de la communication sociale et des int\u00e9r\u00eats restreints, sans perte de contact avec la r\u00e9alit\u00e9, sans hallucinations ni d\u00e9lire formel constitu\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Schizophr\u00e9nie \u00e0 d\u00e9but tr\u00e8s pr\u00e9coce (VEOS) :<\/strong> D\u00e9signation nosographique formelle de la forme pr\u00e9pubertaire (avant 13 ans) de la schizophr\u00e9nie, r\u00e9pondant aux m\u00eames crit\u00e8res diagnostiques que le trouble adulte (hallucinations, id\u00e9es d\u00e9lirantes, d\u00e9sorganisation, sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs).<\/li>\n<li><strong>Exp\u00e9riences psychotiques transitoires de l&rsquo;enfant :<\/strong> \u00c9pisodes hallucinatoires ou id\u00e9es de pers\u00e9cution brefs et isol\u00e9s survenant souvent en contexte f\u00e9brile, de privation de sommeil ou de stress aigu, sans d\u00e9sorganisation durable de la pens\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Dysharmonie \u00e9volutive \/ Dysharmonie psychotique :<\/strong> Concept de la classification fran\u00e7aise (CFTMEA) d\u00e9signant des enfants pr\u00e9sentant une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 marqu\u00e9e du d\u00e9veloppement des diff\u00e9rentes lign\u00e9es fonctionnelles, associ\u00e9e \u00e0 des failles de la relation d&rsquo;objet et des angoisses archa\u00efques sans repli autistique complet.<\/li>\n<li><strong>Compagnons imaginaires :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne normal du d\u00e9veloppement psychologique de l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et scolaire, o\u00f9 l&rsquo;entit\u00e9 imaginaire est parfaitement reconnue comme telle par l&rsquo;enfant qui conserve la ma\u00eetrise ludique de la situation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La psychose infantile constitue une alt\u00e9ration neurod\u00e9veloppementale et psychopathologique majeure, rare dans ses formes caract\u00e9ris\u00e9es avant la pubert\u00e9, qui menace l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la structuration psychique de l&rsquo;enfant. Elle associe des perturbations s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9, des hallucinations, des d\u00e9sorganisations de la pens\u00e9e et un repli relationnel lourd de cons\u00e9quences adaptatives.<\/p>\n<p>Son approche nosologique s&rsquo;est profond\u00e9ment transform\u00e9e, abandonnant la confusion historique avec l&rsquo;autisme au profit d&rsquo;un alignement sur les crit\u00e8res de la schizophr\u00e9nie et des troubles de l&rsquo;humeur psychotiques de l&rsquo;adulte. Sa prise en charge doit \u00eatre pr\u00e9coce, multidisciplinaire et int\u00e9gr\u00e9e, associant un volet somatique et pharmacologique scrupuleux, une psychoth\u00e9rapie structurante, des am\u00e9nagements p\u00e9dagogiques sur mesure et une alliance th\u00e9rapeutique \u00e9troite avec l&rsquo;entourage familial.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Asarnow, R. F., &amp; Forsyth, J. K. (2013). Genetics of childhood-onset schizophrenia. <em>Child and Adolescent Psychiatric Clinics of North America<\/em>, 22(4), 675\u2013687. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/24012235\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/24012235\/<\/a><\/li>\n<li>De Sanctis, S. (1906). Sopra alcune forme di demenza precocissima. <em>Rivista Sperimentale di Freniatria e Medicina Legale delle Alienazioni Mentali<\/em>, 32, 141\u2013165.<\/li>\n<li>Kanner, L. (1943). Autistic disturbances of affective contact. <em>Nervous Child<\/em>, 2(3), 217\u2013250.<\/li>\n<li>Mahler, M. S. (1952). On child psychosis and schizophrenia: Autistic and symbiotic infantile psychoses. <em>The Psychoanalytic Study of the Child<\/em>, 7(1), 286\u2013305. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00797308.1952.11823164\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00797308.1952.11823164<\/a><\/li>\n<li>Mis\u00e8s, R., Fortineau, J., Jeammet, P., Lang, J. L., Mazet, P., Plantade, A., &amp; Qu\u00e9mada, N. (2002). <em>Classification fran\u00e7aise des troubles mentaux de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent (CFTMEA R-2000)<\/em>. \u00c9ditions du Copes.<\/li>\n<li>Rapoport, J. L., Giedd, J. N., &amp; Gogtay, N. (2012). Neurodevelopmental model of schizophrenia: Update 2012. <em>Molecular Psychiatry<\/em>, 17(12), 1228\u20131238. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/mp.2012.23\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/mp.2012.23<\/a><\/li>\n<li>Rutter, M. (1972). Childhood schizophrenia reconsidered. <em>Journal of Autism and Childhood Schizophrenia<\/em>, 2(4), 315\u2013337. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01537622\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF01537622<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La psychose infantile d\u00e9signe un ensemble d&rsquo;affections psychiatriques p\u00e9diatriques s\u00e9v\u00e8res alt\u00e9rant le contact avec la r\u00e9alit\u00e9, la pens\u00e9e et la vie affective.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[15781,6068,1388],"tags":[39472,10442,26198,14359,39471,33794],"class_list":["post-23291","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurodeveloppement","category-pedopsychiatrie","category-psychopathologie-clinique","tag-hallucinations-enfant","tag-pedopsychiatrie","tag-psychose-infantile","tag-sante-mentale-pediatrique","tag-schizophrenie-tres-precoce","tag-troubles-psychotiques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23291\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23291"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23291"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}