{"id":23241,"date":"2026-10-30T23:15:12","date_gmt":"2026-10-30T23:15:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=respiration-de-cheyne-stokes"},"modified":"2026-10-30T23:15:12","modified_gmt":"2026-10-30T23:15:12","slug":"respiration-de-cheyne-stokes","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=respiration-de-cheyne-stokes","title":{"rendered":"Respiration de Cheyne-Stokes : Les rythmes de l&rsquo;apn\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9e par une oscillation p\u00e9riodique remarquable de la dynamique ventilatoire, la respiration de Cheyne-Stokes constitue l&rsquo;une des manifestations physiopathologiques les plus fascinantes \u00e0 l&rsquo;intersection de la neurologie, de la cardiologie et de la m\u00e9decine du sommeil. Ce trouble du rythme respiratoire, oscillant entre hyperpn\u00e9e en crescendo-decrescendo et apn\u00e9es centrales prolong\u00e9es, d\u00e9sorganise profond\u00e9ment l&rsquo;architecture du sommeil, l&rsquo;oxyg\u00e9nation c\u00e9r\u00e9brale et l&rsquo;hom\u00e9ostasie neuropsychologique des patients qui en sont affect\u00e9s. Comprendre les fondements de ce ph\u00e9nom\u00e8ne permet d&rsquo;\u00e9clairer les m\u00e9canismes intimes de la r\u00e9gulation v\u00e9g\u00e9tative et les r\u00e9percussions cognitives majeures induites par l&rsquo;instabilit\u00e9 h\u00e9modynamique et gazeuse nocturne.<\/p>\n<h2>Respiration de Cheyne-Stokes<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>respiration de Cheyne-Stokes<\/strong> est un profil de respiration p\u00e9riodique caract\u00e9ris\u00e9 par une alternance rythmique et cyclique de phases d&rsquo;hyperpn\u00e9e progressive en crescendo-decrescendo et de phases d&rsquo;hypopn\u00e9e ou d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Apn%C3%A9e_du_sommeil\">apn\u00e9e du sommeil<\/a> d&rsquo;origine centrale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9coule d&rsquo;une instabilit\u00e9 des boucles de r\u00e9trocontr\u00f4le chimique et neurologique r\u00e9gissant la commande ventilatoire dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique, ce dysfonctionnement se manifeste principalement lorsque les m\u00e9canismes de r\u00e9troaction hom\u00e9ostasique sont perturb\u00e9s par un d\u00e9lai de circulation sanguine allong\u00e9, une sensibilit\u00e9 anormale des ch\u00e9mor\u00e9cepteurs centraux et p\u00e9riph\u00e9riques au dioxyde de carbone (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CO_2\">$CO_2$<\/span>), ou encore des l\u00e9sions structurales du syst\u00e8me nerveux central. Contrairement aux apn\u00e9es obstructives o\u00f9 les efforts musculaires respiratoires persistent contre un obstacle m\u00e9canique pharyng\u00e9, la respiration de Cheyne-Stokes est d\u00e9finie par l&rsquo;absence temporaire et p\u00e9riodique de toute commande motrice ventilatoire transmise aux muscles effecteurs.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Respiration_de_Cheyne-Stokes\">respiration de Cheyne-Stokes<\/a> est r\u00e9pertori\u00e9e comme une sous-cat\u00e9gorie majeure des syndromes d&rsquo;apn\u00e9es centrales du sommeil. Elle survient avec une pr\u00e9valence alarmante au sein de populations cliniques sp\u00e9cifiques, notamment chez les individus pr\u00e9sentant une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Insuffisance_cardiaque\">insuffisance cardiaque<\/a> congestive avanc\u00e9e \u00e0 fraction d&rsquo;\u00e9jection alt\u00e9r\u00e9e, chez les patients ayant subi un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral h\u00e9misph\u00e9rique \u00e9tendu ou bilat\u00e9ral, ainsi que dans certaines enc\u00e9phalopathies m\u00e9taboliques ou en phase terminale d&rsquo;affections chroniques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab respiration de Cheyne-Stokes \u00bb constitue une d\u00e9signation \u00e9ponymique rendant hommage \u00e0 deux cliniciens britanniques majeurs du XIXe si\u00e8cle : le m\u00e9decin \u00e9cossais John Cheyne et le m\u00e9decin irlandais William Stokes. John Cheyne a consign\u00e9 la premi\u00e8re observation d\u00e9taill\u00e9e de cette anomalie en 1818 dans le <em>Dublin Hospital Reports<\/em>, chez un patient \u00e2g\u00e9 de soixante ans souffrant d&rsquo;une insuffisance cardiaque terminale cons\u00e9cutive \u00e0 une n\u00e9phropathie et un ictus c\u00e9r\u00e9bral. Trente-six ans plus tard, en 1854, William Stokes a enrichi cette s\u00e9miologie dans son c\u00e9l\u00e8bre trait\u00e9 m\u00e9dical sur les maladies du c\u0153ur et de l&rsquo;aorte, syst\u00e9matisant la corr\u00e9lation clinique entre ce profil ventilatoire p\u00e9riodique et la d\u00e9compensation myocardique s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphologique et linguistique, le terme \u00ab respiration \u00bb d\u00e9rive du substantif latin <em>respiratio<\/em>, lui-m\u00eame issu du verbe <em>respirare<\/em> (form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>re-<\/em>, indiquant la r\u00e9it\u00e9ration ou le retour, et du verbe <em>spirare<\/em>, signifiant \u00ab souffler \u00bb ou \u00ab respirer \u00bb). Les termes associ\u00e9s au cycle respiratoire p\u00e9riodique trouvent leur racine dans le grec ancien : \u00ab apn\u00e9e \u00bb proc\u00e8de du grec <em>apnoia<\/em> (privation de souffle, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> et de <em>pno\u0113<\/em>, \u00ab souffle \u00bb ou \u00ab respiration \u00bb), tandis que \u00ab hyperpn\u00e9e \u00bb associe <em>hyper<\/em> (en exc\u00e8s) \u00e0 <em>pno\u0113<\/em>. L&rsquo;introduction de cet \u00e9ponyme dans le vocabulaire m\u00e9dical francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e d\u00e8s la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, adopt\u00e9e par les ma\u00eetres de la clinique m\u00e9dicale fran\u00e7aise tels que Pierre-Carl Potain, afin de d\u00e9signer avec rigueur l&rsquo;ondulation caract\u00e9ristique de l&rsquo;amplitude ventilatoire.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le syntagme s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la forme standard [t\u0283\u025bjn stoks] pour les noms patronymiques, bien qu&rsquo;une francisation fr\u00e9quente conduise \u00e0 la r\u00e9alisation phon\u00e9tique \/\u0281\u025bspi\u0281asj\u0254\u0303 d\u0259 \u0283\u025bjn st\u0254ks\/. <\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, l&rsquo;expression est un syntagme nominal f\u00e9minin singulier. Les r\u00e8gles d&rsquo;usage et de typographie imposent g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;utilisation du trait d&rsquo;union ou du tiret demi-cadratin entre les deux patronymes (\u00ab Cheyne-Stokes \u00bb), soulignant la cod\u00e9couverte ou la co-attribution descriptive du ph\u00e9nom\u00e8ne. Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e et les comptes rendus d&rsquo;explorations fonctionnelles respiratoires, le terme est fr\u00e9quemment abr\u00e9g\u00e9 par l&rsquo;acronyme <strong>RCS<\/strong> (ou <strong>CSR<\/strong>, pour <em>Cheyne-Stokes Respiration<\/em>, dans les publications internationales anglophones). Les adjectifs d\u00e9riv\u00e9s pour caract\u00e9riser le rythme incluent \u00ab p\u00e9riodique \u00bb, \u00ab cyclique \u00bb ou \u00ab cheyne-stokien \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La respiration de Cheyne-Stokes repr\u00e9sente l&rsquo;arch\u00e9type biom\u00e9dical de l&rsquo;instabilit\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me de contr\u00f4le dynamique r\u00e9gul\u00e9 par r\u00e9troaction n\u00e9gative. Le syst\u00e8me respiratoire humain est con\u00e7u pour maintenir la pression partielle art\u00e9rielle en dioxyde de carbone (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span>) et en oxyg\u00e8ne (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaO_2\">$PaO_2$<\/span>) dans des limites physiologiques extr\u00eamement \u00e9troites. Lorsque ce m\u00e9canisme de r\u00e9gulation fonctionne avec normalit\u00e9, une \u00e9l\u00e9vation mod\u00e9r\u00e9e de la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span> active imm\u00e9diatement les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs centraux (situ\u00e9s au niveau de la face ventrolat\u00e9rale du bulbe rachidien) et p\u00e9riph\u00e9riques (au niveau des glomus carotidiens et de la crosse aortique). Cette activation d\u00e9clenche une amplification de la ventilation minute, assurant ainsi l&rsquo;\u00e9limination rapide du dioxyde de carbone exc\u00e9dentaire.<\/p>\n<p>Dans la respiration de Cheyne-Stokes, cette boucle hom\u00e9ostasique se d\u00e9synchronise sous l&rsquo;effet de plusieurs facteurs physiopathologiques combin\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;allongement du temps de circulation :<\/strong> Chez le patient pr\u00e9sentant une baisse du d\u00e9bit cardiaque, le sang oxyg\u00e9n\u00e9 au niveau pulmonaire met un temps anormalement long (souvent sup\u00e9rieur \u00e0 trente ou quarante secondes) pour atteindre les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs carotidiens et bulbaires. Ce d\u00e9calage temporel emp\u00eache le centre respiratoire d&rsquo;\u00e9valuer en temps r\u00e9el l&rsquo;impact de la ventilation en cours.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;hypersensibilit\u00e9 des ch\u00e9mor\u00e9cepteurs :<\/strong> Les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs centraux et p\u00e9riph\u00e9riques r\u00e9pondent souvent de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e \u00e0 la moindre \u00e9l\u00e9vation de la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span>. Cette hyperr\u00e9activit\u00e9, qualifi\u00e9e de \u00ab gain du contr\u00f4leur \u00e9lev\u00e9 \u00bb, incite l&rsquo;organisme \u00e0 d\u00e9clencher une hyperventilation vigoureuse d\u00e8s que le seuil de repos est d\u00e9pass\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le seuil d&rsquo;apn\u00e9e centrale :<\/strong> L&rsquo;hyperventilation vigoureuse chasse massivement le <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CO_2\">$CO_2$<\/span> de l&rsquo;organisme, provoquant une hypocapnie. Si la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span> descend en dessous d&rsquo;un niveau critique appel\u00e9 \u00ab seuil d&rsquo;apn\u00e9e \u00bb, la commande nerveuse envoy\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9rateur central de patron respiratoire s&rsquo;\u00e9teint totalement. La respiration s&rsquo;interrompt : c&rsquo;est l&rsquo;apn\u00e9e centrale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;accumulation gazeuse d&rsquo;intervalle :<\/strong> Durant l&rsquo;apn\u00e9e centrale, l&rsquo;absence de ventilation entra\u00eene une chute progressive de la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaO_2\">$PaO_2$<\/span> et une accumulation progressive de la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span>. Cependant, en raison du d\u00e9lai de circulation, cette accumulation n&rsquo;est per\u00e7ue par les centres bulbaires qu&rsquo;apr\u00e8s plusieurs dizaines de secondes. D\u00e8s que l&rsquo;information parvient aux centres nerveux, la stimulation est si forte qu&rsquo;elle d\u00e9clenche \u00e0 nouveau une hyperventilation en crescendo, perp\u00e9tuant le cycle oscillatoire ind\u00e9finiment.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan neuropsychiatrique et somnologique, ce cycle continu engendre des cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices. Chaque \u00e9pisode d&rsquo;apn\u00e9e centrale et la reprise respiratoire qui lui succ\u00e8de s&rsquo;accompagnent souvent d&rsquo;un micro-\u00e9veil \u00e9lectroenc\u00e9phalographique. Bien que le dormeur ne reprenne pas pleinement conscience, ces micro-\u00e9veils r\u00e9p\u00e9t\u00e9s provoquent une fragmentation s\u00e9v\u00e8re du sommeil, une perte quasi totale des stades de sommeil profond \u00e0 ondes lentes et une d\u00e9sorganisation du sommeil paradoxal. La r\u00e9currence des d\u00e9saturations en oxyg\u00e8ne associ\u00e9e aux d\u00e9charges d&rsquo;hyperactivit\u00e9 sympathique entra\u00eene une neuro-inflammation subaigu\u00eb, des l\u00e9sions de la substance blanche c\u00e9r\u00e9brale et un \u00e9puisement psychologique chronique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de la respiration de Cheyne-Stokes refl\u00e8te le passage de la s\u00e9miologie clinique descriptive du XIXe si\u00e8cle \u00e0 la mod\u00e9lisation cybern\u00e9tique et biophysique du XXe si\u00e8cle. En 1818, John Cheyne fait para\u00eetre dans le <em>Dublin Hospital Reports<\/em> le compte rendu clinique d&rsquo;un homme victime d&rsquo;une attaque d&rsquo;apoplexie compliqu\u00e9e d&rsquo;un arr\u00eat cardiaque progressif. Cheyne note avec une pr\u00e9cision extraordinaire l&rsquo;interruption compl\u00e8te de la respiration durant pr\u00e8s de quarante secondes, suivie de petits souffles graduels qui augmentent d&rsquo;amplitude jusqu&rsquo;\u00e0 un acm\u00e9 o\u00f9 le souffle devient bruyant et pr\u00e9cipit\u00e9, avant de d\u00e9cliner \u00e0 nouveau de mani\u00e8re sym\u00e9trique pour revenir \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9 totale.<\/p>\n<p>William Stokes, \u00e9galement clinicien \u00e0 Dublin, reprend et formalise ces observations dans son ouvrage de 1854, <em>The Diseases of the Heart and the Aorta<\/em>. Stokes per\u00e7oit avec g\u00e9nie que ce pattern ne constitue pas simplement un signe agonique ou l\u00e9sionnel c\u00e9r\u00e9bral, mais qu&rsquo;il est profond\u00e9ment intriqu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9faillance contractile du myocarde, \u00e9tablissant un pont conceptuel entre dysfonction cardiaque et instabilit\u00e9 du rythme c\u00e9r\u00e9bro-respiratoire.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les physiologistes John Scott Haldane et Joseph Barcroft commencent \u00e0 explorer le r\u00f4le d\u00e9terminant des gaz sanguins dans l&rsquo;automaticit\u00e9 ventilatoire. En 1922, Haldane et ses collaborateurs d\u00e9montrent que l&rsquo;inhalation d&rsquo;oxyg\u00e8ne ou l&rsquo;adjonction de faibles fractions de dioxyde de carbone permet d&rsquo;att\u00e9nuer ou de suspendre la p\u00e9riodicit\u00e9 de Cheyne-Stokes, \u00e9tablissant d\u00e9finitivement l&rsquo;origine chimique de la r\u00e9gulation.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, Arthur Guyton et ses coll\u00e8gues appliquent les th\u00e9ories de l&rsquo;ing\u00e9nierie des syst\u00e8mes et de l&rsquo;automatique \u00e0 la physiologie cardiorespiratoire. Ils introduisent le concept de r\u00e9troaction n\u00e9gative (<em>feedback loop<\/em>) et prouvent par des mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux qu&rsquo;un retard m\u00e9canique dans l&rsquo;acheminement liquidien du flux sanguin suffit \u00e0 lui seul \u00e0 transformer un syst\u00e8me ventilatoire stable en un oscillateur auto-entretenu. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, l&rsquo;av\u00e8nement de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polysomnographie\">polysomnographie<\/a> moderne, guid\u00e9e par des pionniers tels qu&rsquo;Eliot Phillipson et T. Douglas Bradley, permet d&rsquo;\u00e9tudier la respiration de Cheyne-Stokes pendant le sommeil, d\u00e9montrant son r\u00f4le p\u00e9joratif ind\u00e9pendant sur le pronostic vital et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cognitive des malades.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique dominante pour conceptualiser la respiration de Cheyne-Stokes repose sur le mod\u00e8le biophysique du <strong>gain de boucle<\/strong> (<em>loop gain<\/em>). Emprunt\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du contr\u00f4le, le gain de boucle mesure la propension d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e0 r\u00e9trocontr\u00f4le n\u00e9gatif \u00e0 amplifier ou \u00e0 amortir une perturbation. Math\u00e9matiquement, si le gain de boucle est sup\u00e9rieur \u00e0 1 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"LG &gt; 1\">$LG > 1$<\/span>), toute d\u00e9viation par rapport \u00e0 la consigne induit une r\u00e9ponse disproportionn\u00e9e qui, plut\u00f4t que de restaurer l&rsquo;\u00e9quilibre, amplifie l&rsquo;oscillation initiale et engendre une instabilit\u00e9 p\u00e9riodique permanente.<\/p>\n<p>Le gain de boucle du syst\u00e8me respiratoire se d\u00e9compose en trois composantes principales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le gain du contr\u00f4leur (Controller Gain) :<\/strong> Il correspond \u00e0 la pente de la relation entre la concentration en <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CO_2\">$CO_2$<\/span> art\u00e9riel et la r\u00e9ponse ventilatoire. Dans la respiration de Cheyne-Stokes, le syst\u00e8me nerveux central et les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques carotidiens manifestent une pente anormalement raide. Une \u00e9l\u00e9vation minime de la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span> produit une explosion de la r\u00e9ponse motrice des centres respiratoires bulbaires.<\/li>\n<li><strong>Le gain de la plante ou de l&rsquo;effecteur (Plant Gain) :<\/strong> Il refl\u00e8te la capacit\u00e9 d&rsquo;une variation donn\u00e9e de la ventilation \u00e0 modifier la concentration gazeuse sanguine. Le gain de l&rsquo;effecteur d\u00e9pend \u00e9troitement du volume pulmonaire de r\u00e9serve (notamment la capacit\u00e9 r\u00e9siduelle fonctionnelle). Chez les patients insuffisants cardiaques, la congestion pulmonaire et la diminution de la capacit\u00e9 r\u00e9siduelle fonctionnelle r\u00e9duisent le r\u00e9servoir de gaz, de sorte qu&rsquo;une br\u00e8ve bouff\u00e9e d&rsquo;hyperventilation abaisse drastiquement la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span> sanguine, augmentant consid\u00e9rablement le gain de la plante.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9lai de boucle (Feedback Delay) :<\/strong> Ce param\u00e8tre int\u00e8gre la somme des retards de transport circulatoire entre les alv\u00e9oles pulmonaires et les sites ch\u00e9mosensibles du glomus carotidien et du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Chez le sujet sain, ce transit s&rsquo;effectue en quelques secondes ; chez le patient en insuffisance cardiaque s\u00e9v\u00e8re, la chute du volume d&rsquo;\u00e9jection systolique allonge ce temps de circulation jusqu&rsquo;\u00e0 quarante \u00e0 soixante secondes, d\u00e9calant dans le temps l&rsquo;effet correcteur de la ventilation par rapport \u00e0 l&rsquo;erreur d\u00e9tect\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au niveau neurobiologique, le centre g\u00e9n\u00e9rateur du rythme ventilatoire, localis\u00e9 principalement dans le complexe pr\u00e9-B\u00f6tzinger au sein de la r\u00e9gion ventrolat\u00e9rale du bulbe rachidien, d\u00e9pend intimement de l&rsquo;excitabilit\u00e9 des neurones du noyau r\u00e9trotrap\u00e9zo\u00efde et du raph\u00e9 m\u00e9dian, qui sont intrins\u00e8quement sensibles aux protons (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"H^+\">$H^+$<\/span>) d\u00e9riv\u00e9s du <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CO_2\">$CO_2$<\/span>. En phase de sommeil lent, la perte de la commande d&rsquo;\u00e9veil (<em>wakefulness drive to breathe<\/em>) rend la commande ventilatoire enti\u00e8rement d\u00e9pendante de cette ch\u00e9mosensibilit\u00e9. Si la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span> franchit le seuil d&rsquo;apn\u00e9e vers le bas sous l&rsquo;effet de l&rsquo;hyperventilation pr\u00e9c\u00e9dente, l&rsquo;activit\u00e9 de d\u00e9charge des neurones pr\u00e9moteurs s&rsquo;interrompt net, provoquant l&rsquo;apn\u00e9e centrale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La respiration de Cheyne-Stokes s&rsquo;articule autour d&rsquo;une architecture temporelle et morphologique rigoureusement d\u00e9finie, observable sur les trac\u00e9s polygraphiques et polysomnographiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase de crescendo :<\/strong> Suite \u00e0 l&rsquo;apn\u00e9e, la reprise ventilatoire s&rsquo;amorce timidement par des volumes courants faibles, puis augmente de cycle en cycle en amplitude et en fr\u00e9quence sous l&rsquo;effet de la stimulation accrue des centres bulbaires.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;acm\u00e9 ou pic ventilatoire :<\/strong> Sommet de la phase active durant lequel le volume courant atteint son maximum, fr\u00e9quemment contemporain d&rsquo;un micro-\u00e9veil cortical transitoire et d&rsquo;un pic de d\u00e9charge du syst\u00e8me nerveux sympathique.<\/li>\n<li><strong>La phase de decrescendo :<\/strong> Diminution progressive et sym\u00e9trique de l&rsquo;amplitude du volume courant au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00e9limination excessive de <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CO_2\">$CO_2$<\/span> commence \u00e0 \u00eatre per\u00e7ue par les ch\u00e9mor\u00e9cepteurs, menant \u00e0 l&rsquo;extinction graduelle de l&rsquo;effort ventilatoire.<\/li>\n<li><strong>La phase d&rsquo;apn\u00e9e centrale :<\/strong> Silence ventilatoire complet sans aucun mouvement d&rsquo;ampliation thoracique ni abdominale, d&rsquo;une dur\u00e9e minimale de 10 secondes (atteignant fr\u00e9quemment 20 \u00e0 40 secondes), cons\u00e9cutive au passage de la <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"PaCO_2\">$PaCO_2$<\/span> sous le seuil d&rsquo;apn\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>La longueur du cycle (dur\u00e9e de p\u00e9riodicit\u00e9) :<\/strong> Intervalle de temps total s\u00e9parant le d\u00e9but d&rsquo;un crescendo du d\u00e9but du crescendo suivant. Dans la v\u00e9ritable respiration de Cheyne-Stokes cardiog\u00e9nique, cette longueur oscille g\u00e9n\u00e9ralement entre 45 et 90 secondes (pouvant atteindre 120 secondes), ce qui la distingue des apn\u00e9es centrales idiopathiques dont le cycle est classiquement plus court (autour de 30 secondes).<\/li>\n<li><strong>La variabilit\u00e9 posturale et circadienne :<\/strong> Le ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9domine largement en d\u00e9cubitus dorsal et s&rsquo;exprime avec une intensit\u00e9 maximale durant les stades de sommeil l\u00e9ger non-REM (N1 et N2), diminuant g\u00e9n\u00e9ralement en sommeil profond (N3) et en sommeil paradoxal (REM), o\u00f9 l&rsquo;autonomie comportementale et les variations du tonus bulbaire modifient la r\u00e9activit\u00e9 des centres.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la complexit\u00e9 s\u00e9miologique de la respiration de Cheyne-Stokes et ses interactions avec l&rsquo;\u00e9tat neuropsychique, examinons trois situations cliniques caract\u00e9ristiques :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Insuffisance cardiaque congestive et d\u00e9clin neuropsychologique<\/strong><br \/>Monsieur B., 68 ans, suivi pour une cardiomyopathie isch\u00e9mique avec une fraction d&rsquo;\u00e9jection ventriculaire gauche effondr\u00e9e \u00e0 28 %, est adress\u00e9 en consultation neuropsychologique et somnologique pour une asth\u00e9nie chronique, une apathie croissante, des troubles ex\u00e9cutifs et des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs rebelles aux inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine. Son \u00e9pouse signale un sommeil extr\u00eamement agit\u00e9, ponctu\u00e9 de phases d&rsquo;arr\u00eat respiratoire suivies de bruits de souffle intenses et rapides. L&rsquo;enregistrement polysomnographique met en \u00e9vidence un index d&rsquo;apn\u00e9es-hypopn\u00e9es (IAH) s\u00e9v\u00e8re \u00e0 48 par heure, constitu\u00e9 \u00e0 90 % d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements centraux adoptant un patron parfait de Cheyne-Stokes avec une longueur de cycle de 75 secondes. L&rsquo;instabilit\u00e9 gazeuse nocturne, marqu\u00e9e par de profondes d\u00e9saturations intermittentes et une fragmentation du sommeil (plus de 35 micro-\u00e9veils par heure), entretenait une hypoperfusion c\u00e9r\u00e9brale diurne et un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement cognitif que le tableau d\u00e9pressif masquait en surface.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral du tronc c\u00e9r\u00e9bral et de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re<\/strong><br \/>Madame L., 74 ans, est hospitalis\u00e9e dans un service de r\u00e9\u00e9ducation neurovasculaire apr\u00e8s un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral isch\u00e9mique \u00e9tendu touchant les structures fronto-striatales et sous-corticales. Durant son s\u00e9jour, les soignants constatent l&rsquo;apparition, d\u00e8s l&rsquo;endormissement, d&rsquo;une ondulation lente de la respiration : celle-ci s&rsquo;\u00e9teint totalement pendant 25 secondes, puis reprend par de l\u00e9g\u00e8res respirations superficielles pour culminer en une respiration haletante et s&rsquo;\u00e9teindre \u00e0 nouveau. Chez cette patiente, la l\u00e9sion des voies descendantes cortico-bulbaires a lib\u00e9r\u00e9 les centres respiratoires autonomes de leur modulation inhibitrice supratentoriale, exacerbant le gain du contr\u00f4leur et induisant une respiration de Cheyne-Stokes neurologique pure, ind\u00e9pendante de toute insuffisance cardiaque sous-jacente.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Soins palliatifs et angoisse de l&rsquo;entourage<\/strong><br \/>Monsieur D., 82 ans, en phase avanc\u00e9e d&rsquo;une d\u00e9faillance multivisc\u00e9rale en unit\u00e9 de soins palliatifs, pr\u00e9sente une respiration p\u00e9riodique alternant des silences respiratoires angoissants de 30 secondes et des reprises bruyantes. Bien que le patient soit inconscient et paraisse totalement serein gr\u00e2ce \u00e0 une s\u00e9dation analg\u00e9sique adapt\u00e9e, la pr\u00e9sence de ces cycles de Cheyne-Stokes suscite une d\u00e9tresse psychologique extr\u00eame chez ses proches, qui interpr\u00e8tent chaque apn\u00e9e prolong\u00e9e comme l&rsquo;imminence de la mort et chaque reprise vigoureuse comme un \u00e9touffement douloureux. L&rsquo;intervention du psychologue et de l&rsquo;\u00e9quipe soignante est alors d\u00e9terminante pour d\u00e9m\u00e9dicaliser et expliquer la nature strictement m\u00e9canique et neurov\u00e9g\u00e9tative de ce rythme, d\u00e9culpabilisant la famille et apaisant l&rsquo;accompagnement de la fin de vie.<\/p>\n<h3>9. Mesure, d\u00e9tection et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de la respiration de Cheyne-Stokes repose sur des crit\u00e8res diagnostiques standardis\u00e9s, formalis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK448165\/\">American Academy of Sleep Medicine<\/a> (AASM). Selon les crit\u00e8res de l&rsquo;AASM, le diagnostic de respiration de Cheyne-Stokes requiert la pr\u00e9sence de :<\/p>\n<ul>\n<li>Au moins trois \u00e9pisodes cons\u00e9cutifs d&rsquo;apn\u00e9es ou d&rsquo;hypopn\u00e9es centrales caract\u00e9ris\u00e9es par une variation d&rsquo;amplitude en crescendo-decrescendo ;<\/li>\n<li>Un index d&rsquo;apn\u00e9es-hypopn\u00e9es centrales sup\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 5 par heure de sommeil ;<\/li>\n<li>Une dur\u00e9e de cycle respiratoire minimale d&rsquo;au moins 40 secondes ;<\/li>\n<li>La persistance de ce profil durant au moins deux heures cons\u00e9cutives d&rsquo;enregistrement nocturne.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;examen de r\u00e9f\u00e9rence demeure la polysomnographie compl\u00e8te en laboratoire, qui enregistre simultan\u00e9ment l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG), l&rsquo;\u00e9lectro-oculogramme (EOG), l&rsquo;\u00e9lectromyogramme mentonnier (EMG), les flux a\u00e9riens naso-buccaux (par canule nasale coupl\u00e9e \u00e0 un capteur de pression), ainsi que les efforts respiratoires par pl\u00e9thysmographie d&rsquo;inductance thoraco-abdominale. La pl\u00e9thysmographie d&rsquo;inductance est indispensable pour affirmer la nature centrale des apn\u00e9es : durant l&rsquo;apn\u00e9e centrale, les sangles thoracique et abdominale ne montrent aucune d\u00e9flexion, d\u00e9montrant l&rsquo;absence compl\u00e8te de commande motrice ph\u00e9nique et intercostale.<\/p>\n<p>La surveillance de la saturation puls\u00e9e en oxyg\u00e8ne (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"SpO_2\">$SpO_2$<\/span>) met en \u00e9vidence des oscillations caract\u00e9ristiques dites \u00ab en dents de scie \u00bb, dont le creux de d\u00e9saturation est d\u00e9cal\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;apn\u00e9e en raison du temps de transit circulatoire. La capnographie transcutan\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"TcPCO_2\">$TcPCO_2$<\/span>) ou l&rsquo;analyse des gaz du sang art\u00e9riel diurne r\u00e9v\u00e8le fr\u00e9quemment une hypocapnie chronique de repos ($PaCO_2 < 38\text{ mmHg}$), t\u00e9moin d'une hyperventilation permanente sous-jacente.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte d&rsquo;une respiration de Cheyne-Stokes d\u00e9passe largement le cadre strict de l&rsquo;analyse pneumologique : elle constitue un marqueur diagnostique et pronostique majeur dans plusieurs disciplines m\u00e9dicales et psychologiques :<\/p>\n<p>En <strong>cardiologie<\/strong>, la pr\u00e9sence d&rsquo;une respiration de Cheyne-Stokes chez un patient souffrant d&rsquo;insuffisance cardiaque est un facteur ind\u00e9pendant de mauvais pronostic, associ\u00e9 \u00e0 une augmentation significative de la mortalit\u00e9 toutes causes confondues et \u00e0 un risque accru d&rsquo;arythmies ventriculaires malignes. Sa mise en \u00e9vidence doit imm\u00e9diatement conduire \u00e0 l&rsquo;optimisation des th\u00e9rapies neuro-hormonales de l&rsquo;insuffisance cardiaque (b\u00eatabloquants, inhibiteurs de l&rsquo;ECA, antagonistes des r\u00e9cepteurs des min\u00e9ralocortico\u00efdes et inhibiteurs du SGLT2).<\/p>\n<p>En <strong>neurologie et neuropsychologie<\/strong>, l&rsquo;apparition de ce profil respiratoire suite \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien ou un accident vasculaire alerte sur une atteinte sous-corticale ou bulbaire potentiellement \u00e9volutive. Sur le plan cognitif, la prise en charge de ces anomalies respiratoires pr\u00e9vient l&rsquo;aggravation des alt\u00e9rations de la m\u00e9moire de travail, de la flexibilit\u00e9 mentale et de la vitesse de traitement de l&rsquo;information, souvent attribu\u00e9es \u00e0 tort au vieillissement ou \u00e0 des d\u00e9mences d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives primitives.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie clinique et soins palliatifs<\/strong>, la compr\u00e9hension de la respiration de Cheyne-Stokes permet de moduler les protocoles d&rsquo;accompagnement. L&rsquo;impact traumatique du r\u00e2le respiratoire ou du silence apn\u00e9ique sur les aidants naturels n\u00e9cessite un travail explicatif cibl\u00e9, r\u00e9duisant l&rsquo;angoisse de projection de la suffocation et favorisant un climat d&rsquo;adieu plus paisible.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique contemporaine a largement document\u00e9 les interactions h\u00e9modynamiques et neurochimiques de la respiration de Cheyne-Stokes, bien que le traitement de cette condition ait travers\u00e9 d&rsquo;importantes controverses m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990 et 2000, plusieurs essais cliniques majeurs dirig\u00e9s par des \u00e9quipes de m\u00e9decine cardiovasculaire et somnologique, notamment les travaux men\u00e9s par Bradley et l&rsquo;\u00e9tude canadienne CANPAP (<em>Canadian Continuous Positive Airway Pressure for Patients with Central Sleep Apnea and Heart Failure<\/em>), ont test\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la pression positive continue (PPC). Si la PPC permettait d&rsquo;am\u00e9liorer la fraction d&rsquo;\u00e9jection et de r\u00e9duire l&rsquo;index d&rsquo;apn\u00e9es chez une partie des patients observant le traitement, l&rsquo;essai n&rsquo;avait pas d\u00e9montr\u00e9 de gain statistiquement significatif sur la survie globale \u00e0 long terme sans transplantation.<\/p>\n<p>Un tournant fondamental a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9tude clinique internationale <strong>SERVE-HF<\/strong> (publi\u00e9e en 2015 par Cowie et ses collaborateurs). Cette \u00e9tude multicentrique randomis\u00e9e \u00e9valuait la servoventilation auto-asservie (ASV, pour <em>Adaptive Servo-Ventilation<\/em>), une technologie sophistiqu\u00e9e capable de d\u00e9livrer une aide inspiratoire variable pour lisser le profil crescendo-decrescendo de Cheyne-Stokes. De fa\u00e7on inattendue, chez les patients pr\u00e9sentant une insuffisance cardiaque \u00e0 fraction d&rsquo;\u00e9jection r\u00e9duite (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"le 35 %\">$le 35 %$<\/span>) et une respiration de Cheyne-Stokes pr\u00e9dominante, la servoventilation a montr\u00e9 une augmentation statistiquement significative de la mortalit\u00e9 cardiovasculaire globale par rapport au groupe t\u00e9moin. Ce r\u00e9sultat a transform\u00e9 la pratique m\u00e9dicale mondiale, entra\u00eenant une contre-indication formelle de l&rsquo;ASV dans ce sous-groupe et ouvrant un d\u00e9bat passionn\u00e9 : la respiration de Cheyne-Stokes ne serait-elle pas, dans certaines circonstances h\u00e9modynamiques limites, un m\u00e9canisme compensateur assurant un repos p\u00e9riodique de la musculature diaphragmatique \u00e9puis\u00e9e ou stimulant le d\u00e9bit cardiaque par l&rsquo;hyperpn\u00e9e p\u00e9riodique ?<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les recherches en neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle ont mis en lumi\u00e8re que les d\u00e9saturations intermittentes de la respiration de Cheyne-Stokes provoquent des alt\u00e9rations microvasculaires au niveau de l&rsquo;hippocampe et du cortex pr\u00e9frontal, corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation des biomarqueurs de stress oxydatif c\u00e9r\u00e9bral et \u00e0 des scores d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s aux \u00e9chelles neuropsychologiques standardis\u00e9es.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception de la respiration de Cheyne-Stokes varie consid\u00e9rablement selon les contextes m\u00e9dicaux, culturels et anthropologiques. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement m\u00e9dicalis\u00e9es, la respiration p\u00e9riodique observ\u00e9e dans les environnements hospitaliers est fr\u00e9quemment per\u00e7ue \u00e0 travers le prisme de la technologie : elle g\u00e9n\u00e8re des alarmes sur les moniteurs multiparam\u00e9triques, mobilisant l&rsquo;urgence et exacerbant l&rsquo;angoisse des \u00e9quipes soignantes et des familles.<\/p>\n<p>Dans le contexte sp\u00e9cifique des rites de passage et de la thanatologie, ce souffle particulier a longtemps \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 le \u00ab r\u00e2le d&rsquo;agonie \u00bb ou \u00ab souffle du grand d\u00e9part \u00bb. Dans diverses cultures traditionnelles, ces suspensions respiratoires prolong\u00e9es \u00e9taient per\u00e7ues non comme un d\u00e9r\u00e8glement biophysique du tronc c\u00e9r\u00e9bral, mais comme la s\u00e9paration progressive et sacr\u00e9e de l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;avec le corps mat\u00e9riel. Les suspensions apn\u00e9iques \u00e9taient accueillies dans le recueillement rituel plut\u00f4t que dans la tentative de r\u00e9animation m\u00e9canique.<\/p>\n<p>De nos jours, l&rsquo;information des proches en fin de vie repr\u00e9sente un enjeu \u00e9thique et relationnel crucial. Lorsque les psychologues ou les \u00e9quipes m\u00e9dicales prennent le temps d&rsquo;expliquer la nature physiologique non souffrante de la respiration de Cheyne-Stokes de fin de vie, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de suffocation ressentie par procuration par les familles s&rsquo;att\u00e9nue de mani\u00e8re spectaculaire, favorisant une pr\u00e9sence affective sereine aupr\u00e8s du mourant.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Plusieurs controverses th\u00e9oriques et cliniques animent l&rsquo;\u00e9tude de la respiration de Cheyne-Stokes :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse concerne sa <strong>nature adaptative versus maladaptative<\/strong>. Si la plupart des cliniciens consid\u00e8rent ce pattern comme une pathologie destructrice pour le cerveau et le syst\u00e8me cardiovasculaire (en raison de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 sympathique et de l&rsquo;hypoxie qu&rsquo;elle engendre), d&rsquo;autres soutiennent l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une r\u00e9ponse compensatrice de survie. Selon cette derni\u00e8re vision, l&rsquo;hyperventilation p\u00e9riodique pr\u00e9viendrait l&rsquo;at\u00e9lectasie pulmonaire et l&rsquo;hypercapnie l\u00e9tale chez des patients dont le d\u00e9bit cardiaque est effondr\u00e9, tandis que l&rsquo;apn\u00e9e centrale pr\u00e9serverait temporairement l&rsquo;\u00e9nergie des muscles respiratoires fatigu\u00e9s. L&rsquo;\u00e9chec paradoxal de l&rsquo;essai SERVE-HF est r\u00e9guli\u00e8rement mobilis\u00e9 pour appuyer cette prudence \u00e9cologique.<\/p>\n<p>La seconde difficult\u00e9 r\u00e9side dans les <strong>limites de d\u00e9marcation s\u00e9miologique<\/strong>. Il est souvent ardu de distinguer une authentique respiration de Cheyne-Stokes d&rsquo;une apn\u00e9e centrale du sommeil idiopathique ou d&rsquo;un syndrome d&rsquo;apn\u00e9es mixtes. Certains patients souffrant initialement d&rsquo;apn\u00e9es obstructives d\u00e9veloppent, sous pression positive continue, des apn\u00e9es centrales d&rsquo;hyperventilation (apn\u00e9es centrales induites par le traitement ou apn\u00e9es \u00e9mergentes), mimant faussement un profil cheyne-stokien sans que le temps de circulation allong\u00e9 ni l&rsquo;insuffisance cardiaque ne soient en cause.<\/p>\n<p>Enfin, le diagnostic est parfois sous-estim\u00e9 en raison du recours exclusif \u00e0 des polygraphies ventilatoires simples \u00e0 domicile, d\u00e9pourvues de canaux EEG. Sans analyse du signal c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;identification pr\u00e9cise des micro-\u00e9veils et la distinction fine entre hypopn\u00e9e obstructive et hypopn\u00e9e centrale demeurent impr\u00e9cises.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Il importe de distinguer clairement la respiration de Cheyne-Stokes de plusieurs autres tableaux dysrythmiques respiratoires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Respiration ataxique de Biot :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par une anarchie ventilatoire compl\u00e8te, alternant de mani\u00e8re totalement impr\u00e9visible des respirations de volumes vari\u00e9s et des pauses apn\u00e9iques sans aucune dynamique de crescendo-decrescendo. Elle t\u00e9moigne de l\u00e9sions bulbaires s\u00e9v\u00e8res et irr\u00e9versibles et pr\u00e9sente un pronostic vital imm\u00e9diatement engag\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Respiration de Kussmaul :<\/strong> Respiration r\u00e9guli\u00e8re, profonde et ample (hyperpn\u00e9e continue sans phase d&rsquo;apn\u00e9e ni ondulation d&rsquo;amplitude), typiquement d\u00e9clench\u00e9e par une acidose m\u00e9tabolique s\u00e9v\u00e8re (acidoc\u00e9tose diab\u00e9tique, ur\u00e9mie terminale) dans le but d&rsquo;\u00e9liminer un maximum de dioxyde de carbone pour corriger le pH sanguin.<\/li>\n<li><strong>Syndrome d&rsquo;apn\u00e9es-hypopn\u00e9es obstructives du sommeil (SAHOS) :<\/strong> Les pauses respiratoires r\u00e9sultent ici d&rsquo;un collapsus pharyng\u00e9 m\u00e9canique ; des efforts musculaires thoraco-abdominaux vigoureux persistent durant toute l&rsquo;apn\u00e9e, avec une reprise ventilatoire explosive souvent accompagn\u00e9e de ronflements sonores, contrairement \u00e0 l&rsquo;apn\u00e9e centrale silencieuse et immobile de Cheyne-Stokes.<\/li>\n<li><strong>Apn\u00e9e centrale du sommeil idiopathique :<\/strong> Pr\u00e9sente des pauses respiratoires sans effort moteur, mais les cycles sont g\u00e9n\u00e9ralement plus brefs (moins de 30 secondes) et ne manifestent pas le sch\u00e9ma rigoureusement progressif et sym\u00e9trique en crescendo-decrescendo typique de l&rsquo;\u00e9ponyme de Cheyne-Stokes.<\/li>\n<li><strong>Respiration agonique (Gasp) :<\/strong> Mouvements inspiratoires convulsifs, isol\u00e9s, lents et d&rsquo;amplitude br\u00e8ve survenant dans les ultimes instants pr\u00e9c\u00e9dant le d\u00e9c\u00e8s lors d&rsquo;un arr\u00eat cardiorespiratoire ou d&rsquo;une anoxie c\u00e9r\u00e9brale terminale, sans p\u00e9riodicit\u00e9 organis\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La respiration de Cheyne-Stokes constitue un mod\u00e8le remarquable de pathologie int\u00e9grative, illustrant l&rsquo;\u00e9troite d\u00e9pendance entre l&rsquo;automatisme c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;\u00e9tat circulatoire et l&rsquo;\u00e9quilibre neuropsychique :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une respiration p\u00e9riodique alternant des phases d&rsquo;hyperpn\u00e9e progressive en crescendo-decrescendo et des apn\u00e9es ou hypopn\u00e9es centrales.<\/li>\n<li>Sa physiopathologie fondamentale repose sur un gain de boucle \u00e9lev\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"LG &gt; 1\">$LG > 1$<\/span>), r\u00e9sultant d&rsquo;un d\u00e9lai de transport circulatoire allong\u00e9, d&rsquo;une hypersensibilit\u00e9 des ch\u00e9mor\u00e9cepteurs au <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"CO_2\">$CO_2$<\/span> et d&rsquo;un volume pulmonaire tampon r\u00e9duit.<\/li>\n<li>Elle se rencontre principalement au cours de l&rsquo;insuffisance cardiaque s\u00e9v\u00e8re, des accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux et dans certaines situations palliatives de fin de vie.<\/li>\n<li>Le diagnostic de certitude est \u00e9tabli par polysomnographie, montrant l&rsquo;absence d&rsquo;efforts respiratoires durant l&rsquo;apn\u00e9e et une p\u00e9riodicit\u00e9 de cycle longue (40 \u00e0 90 secondes).<\/li>\n<li>Les cons\u00e9quences neuropsychologiques directes comprennent une fragmentation destructrice du sommeil, une hypoxie tissulaire oscillante, des troubles ex\u00e9cutifs diurnes et une d\u00e9tresse psychologique importante pour l&rsquo;entourage.<\/li>\n<li>Sa prise en charge repose en premier lieu sur le traitement optimal de la cause cardiaque ou neurologique sous-jacente, l&rsquo;appareillage par servoventilation faisant l&rsquo;objet de restrictions d&rsquo;usage formelles chez les insuffisants cardiaques \u00e0 fraction d&rsquo;\u00e9jection effondr\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cheyne, J. (1818). A case of apoplexy, in which the fleshy part of the heart was converted into fat. <em>Dublin Hospital Reports<\/em>, 2, 216\u2013223.<\/li>\n<li>Cowie, M. R., Woehrle, H., Wegscheider, K., Angermann, C., d&rsquo;Ortho, M. P., Erdmann, E., Levy, P., Simonds, A. K., Somers, V. K., Zannad, F., &amp; Teschler, H. (2015). Adaptive Servo-Ventilation for Central Sleep Apnea in Systolic Heart Failure. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 373(12), 1095\u20131105. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK448165\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/books\/NBK448165\/<\/a><\/li>\n<li>Guyton, A. C., Crowell, J. W., &amp; Moore, J. W. (1956). Basic oscillating mechanism of Cheyne-Stokes breathing. <em>American Journal of Physiology<\/em>, 187(2), 395\u2013398.<\/li>\n<li>Naughton, M. T. (2010). Cheyne-Stokes respiration: Significance and management. <em>European Respiratory Review<\/em>, 19(115), 57\u201363.<\/li>\n<li>Stokes, W. (1854). <em>The Diseases of the Heart and the Aorta<\/em>. Hodges and Smith.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la respiration de Cheyne-Stokes : d\u00e9finition, causes physiologiques, boucle de r\u00e9trocontr\u00f4le, manifestations cliniques et impact neuropsychologique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1342,1045,46],"tags":[38951,28,39389,32640,38952,39388],"class_list":["post-23241","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-medecine-du-sommeil","category-neurologie","category-neuropsychologie","tag-apnee-centrale-du-sommeil","tag-insuffisance-cardiaque","tag-neuropsychologie-du-sommeil","tag-polysomnographie","tag-respiration-de-cheyne-stokes","tag-troubles-ventilatoires"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23241\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}