{"id":23238,"date":"2026-10-30T23:09:14","date_gmt":"2026-10-30T23:09:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=visages-de-chernoff"},"modified":"2026-10-30T23:09:14","modified_gmt":"2026-10-30T23:09:14","slug":"visages-de-chernoff","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=visages-de-chernoff","title":{"rendered":"Visages de Chernoff : Quand la donn\u00e9e prend visage"},"content":{"rendered":"<p>Dans le domaine de l&rsquo;analyse exploratoire et de la psychologie cognitive appliqu\u00e9e \u00e0 la visualisation des donn\u00e9es, peu de m\u00e9thodes suscitent autant de fascination et de d\u00e9bats que les repr\u00e9sentations anthropomorphiques. En transformant des matrices multidimensionnelles abstraites en configurations faciales imm\u00e9diatement saisissables par l&rsquo;appareil visuel humain, cette technique pionni\u00e8re mobilise les capacit\u00e9s perceptives les plus sophistiqu\u00e9es de notre esp\u00e8ce pour r\u00e9v\u00e9ler des structures statistiques latentes. Ce paradigme visuel illustre de mani\u00e8re spectaculaire comment les m\u00e9canismes de la cognition sociale et de la reconnaissance faciale peuvent \u00eatre mis au service du traitement de l&rsquo;information complexe.<\/p>\n<h2>Visages de Chernoff<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les <strong>visages de Chernoff<\/strong> d\u00e9signent une technique de visualisation de donn\u00e9es multivari\u00e9es introduite en 1973 par le math\u00e9maticien et statisticien am\u00e9ricain Herman Chernoff. Cette m\u00e9thode consiste \u00e0 cartographier les diff\u00e9rentes variables d&rsquo;un jeu de donn\u00e9es multidimensionnel sur les caract\u00e9ristiques morphologiques distinctes d&rsquo;un visage humain stylis\u00e9, telles que la courbure de la bouche, la taille des yeux, la forme du visage ou l&rsquo;inclinaison des sourcils. Chaque observation statistique est ainsi mat\u00e9rialis\u00e9e sous la forme d&rsquo;un visage singulier, permettant une appr\u00e9hension holistique imm\u00e9diate de profils num\u00e9riques complexes.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychologique et s\u00e9miotique, cette approche repose sur le postulat que le syst\u00e8me perceptif humain poss\u00e8de une sensibilit\u00e9 et une acuit\u00e9 exceptionnelles pour discriminer d&rsquo;infimes variations faciales. Contrairement aux repr\u00e9sentations graphiques g\u00e9om\u00e9triques conventionnelles, telles que les nuages de points ou les diagrammes en coordonn\u00e9es parall\u00e8les, les visages de Chernoff cherchent \u00e0 exploiter les m\u00e9canismes pr\u00e9coces et automatis\u00e9s du cortex visuel d\u00e9di\u00e9 au d\u00e9codage physionomique. L&rsquo;observateur n&rsquo;analyse plus une s\u00e9rie de chiffres juxtapos\u00e9s, mais int\u00e8gre intuitivement une configuration globale \u00e0 laquelle il attribue spontan\u00e9ment une identit\u00e9 perceptive distincte.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychom\u00e9trie et de la recherche comportementale, cette technique sert d&rsquo;outil exploratoire pour d\u00e9celer des regroupements (ou <em>clusters<\/em>), rep\u00e9rer des observations aberrantes (<em>outliers<\/em>) et comparer des tendances dynamiques \u00e0 travers le temps. Bien que son statut \u00e9pist\u00e9mologique fasse l&rsquo;objet de r\u00e9serves m\u00e9thodologiques en raison de biais affectifs et d&rsquo;asym\u00e9tries perceptives inh\u00e9rentes \u00e0 la lecture du visage, elle demeure un cas d&rsquo;\u00e9tude fondamental \u00e0 la crois\u00e9e de la statistique appliqu\u00e9e, de la s\u00e9miologie graphique et des neurosciences cognitives.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab visages de Chernoff \u00bb est un \u00e9ponyme directement d\u00e9riv\u00e9 du nom de famille de son concepteur, Herman Chernoff (n\u00e9 en 1923), statisticien \u00e9m\u00e9rite associ\u00e9 notamment aux universit\u00e9s de Stanford et de Harvard. Le terme original anglais, <em>Chernoff faces<\/em>, a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 dans son article fondateur de 1973 intitul\u00e9 <em>Using Faces to Represent Points in k-Dimensional Space Graphically<\/em>, paru dans le prestigieux <em>Journal of the American Statistical Association<\/em>. D\u00e8s sa parution, la locution est pass\u00e9e telle quelle dans le lexique international de la statistique et de la psychologie cognitive.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et \u00e9tymologique en langue fran\u00e7aise, le substantif \u00ab visage \u00bb provient du latin vulgaire <em>visaticum<\/em>, lui-m\u00eame issu du supin <em>visum<\/em> du verbe <em>videre<\/em>, qui signifie \u00ab voir \u00bb. Le visage est litt\u00e9ralement \u00ab ce qui est vu \u00bb et \u00ab ce qui donne \u00e0 voir \u00bb, soulignant la nature intrins\u00e8quement scopique et ph\u00e9nom\u00e9nologique de l&rsquo;entit\u00e9. L&rsquo;adjonction de l&rsquo;\u00e9ponyme slave \u00ab Chernoff \u00bb (forme occidentalis\u00e9e du patronyme russe \u0427\u0435\u0440\u043d\u043e\u0432, d\u00e9riv\u00e9 de <em>tchiorny<\/em>, signifiant \u00ab noir \u00bb) a fix\u00e9 ce concept dans la taxinomie internationale de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Visualisation_de_donn%C3%A9es\">visualisation de donn\u00e9es<\/a> sans conna\u00eetre de variation s\u00e9mantique majeure depuis son introduction.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais contemporain, le terme s&#8217;emploie principalement sous la forme nominale masculine plurielle : \u00ab les visages de Chernoff \u00bb. La graphie demeure invariante, bien que le singulier \u00ab un visage de Chernoff \u00bb soit r\u00e9guli\u00e8rement usit\u00e9 pour d\u00e9signer l&rsquo;ic\u00f4ne unique repr\u00e9sentant une observation ou une unit\u00e9 statistique individuelle. Des variantes lexicales telles que \u00ab figures de Chernoff \u00bb ou \u00ab glyphes faciaux de Chernoff \u00bb apparaissent parfois dans la litt\u00e9rature ergonomique et s\u00e9miotique francophone, sans pour autant supplanter la d\u00e9nomination d&rsquo;origine.<\/p>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, la prononciation francophone standard s&rsquo;articule g\u00e9n\u00e9ralement sous la forme \/vi.za\u0292 d\u0259 \u0283\u025b\u0281.n\u0254f\/ ou \/vi.za\u0292 d\u0259 t\u0283\u025b\u0281.n\u0254f\/, refl\u00e9tant l&rsquo;h\u00e9sitation classique entre la consonne fricative post-alv\u00e9olaire sourde \/\u0283\/ d&rsquo;assimilation fran\u00e7aise et l&rsquo;affriqu\u00e9e \/t\u0283\/ plus fid\u00e8le \u00e0 la translitt\u00e9ration anglophone du nom propre. L&rsquo;accord grammatical s&rsquo;effectue syst\u00e9matiquement au masculin, les adjectifs qualificatifs s&rsquo;accordant avec le substantif \u00ab visages \u00bb (par exemple : \u00ab des visages de Chernoff asym\u00e9triques \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le fondement conceptuel des visages de Chernoff r\u00e9side dans la transposition analogique de dimensions quantitatives continues en traits morphologiques faciaux. Dans une matrice statistique traditionnelle comportant <em>n<\/em> observations et <em>p<\/em> variables, la visualisation conjointe de plus de trois dimensions pose un d\u00e9fi perceptif et cognitif redoutable. L\u00e0 o\u00f9 les approches de r\u00e9duction dimensionnelle (comme l&rsquo;analyse en composantes principales) projettent les donn\u00e9es au prix d&rsquo;une perte d&rsquo;information brute, Chernoff a propos\u00e9 de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des dimensions (jusqu&rsquo;\u00e0 18 variables simultan\u00e9es dans son algorithme original) en assignant \u00e0 chaque variable une propri\u00e9t\u00e9 g\u00e9om\u00e9trique pr\u00e9cise du dessin facial.<\/p>\n<p>Parmi les attributs morphologiques classiquement manipul\u00e9s figurent le rayon ou la largeur du visage, l&rsquo;excentricit\u00e9 de la partie sup\u00e9rieure de l&rsquo;ovale, l&rsquo;excentricit\u00e9 de la partie inf\u00e9rieure, la position verticale du centre des yeux, la s\u00e9paration horizontale entre les yeux, l&rsquo;inclinaison des yeux, l&rsquo;excentricit\u00e9 de l&rsquo;ellipse oculaire, la taille relative de la pupille, la position verticale et la longueur du nez, ainsi que la courbure, la largeur et la position verticale de la bouche. En faisant varier contin\u00fbment ces param\u00e8tres en fonction des valeurs num\u00e9riques normalis\u00e9es, le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e8re un ensemble d&rsquo;ic\u00f4nes faciales dont l&rsquo;aspect global refl\u00e8te la signature statistique propre \u00e0 chaque observation.<\/p>\n<p>Ce proc\u00e9d\u00e9 exploite une facult\u00e9 cognitive fondamentale : le traitement holistique ou configurationnel. Lorsqu&rsquo;un observateur regarde un visage, son syst\u00e8me perceptif ne traite pas les attributs de mani\u00e8re s\u00e9rielle ou isol\u00e9e (analyser d&rsquo;abord le nez, puis la bouche, puis les yeux), mais proc\u00e8de par une int\u00e9gration globale instantan\u00e9e. Cette appr\u00e9hension unifi\u00e9e permet de percevoir des relations complexes d&rsquo;interaction et de corr\u00e9lation entre les variables sans n\u00e9cessiter un calcul mental laborieux. L&rsquo;esprit humain est programm\u00e9 pour d\u00e9tecter des micro-expressions et des disparit\u00e9s physionomiques minimes, une comp\u00e9tence \u00e9volutive d\u00e9velopp\u00e9e pour la communication sociale et la survie interpersonnelle.<\/p>\n<p>Toutefois, la port\u00e9e de ce concept d\u00e9passe la simple illustration graphique. Il pose une question \u00e9pist\u00e9mologique cruciale sur la traduction s\u00e9miotique de l&rsquo;abstraction statistique en signifiants biologiques. L&rsquo;assignation d&rsquo;une dimension math\u00e9matique \u00e0 un trait facial particulier n&rsquo;\u00e9tant pas neutre, la configuration r\u00e9sultante suscite in\u00e9vitablement des inf\u00e9rences projectives. La fronti\u00e8re conceptuelle de la m\u00e9thode r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet \u00e9quilibre pr\u00e9caire entre l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 de la d\u00e9tection gestaltiste et les distorsions introduites par le traitement \u00e9motionnel non intentionnel inh\u00e9rent \u00e0 la cognition faciale.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence des visages de Chernoff au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 s&rsquo;inscrit dans le renouveau \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;analyse exploratoire des donn\u00e9es (<em>Exploratory Data Analysis<\/em> ou EDA), impuls\u00e9 notamment par le statisticien John Tukey. Face \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;informatique graphique et des capacit\u00e9s de calcul des ordinateurs centraux (<em>mainframes<\/em>), les chercheurs cherchaient des moyens novateurs de cartographier la complexit\u00e9 multidimensionnelle sans recourir exclusivement \u00e0 des mod\u00e9lisations param\u00e9triques rigides. Herman Chernoff travaillait alors \u00e0 la classification de donn\u00e9es g\u00e9ologiques et min\u00e9ralogiques complexes lorsqu&rsquo;il con\u00e7ut l&rsquo;id\u00e9e de mod\u00e9liser des coordonn\u00e9es sous forme de traits faciaux vectoris\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u00e8s la publication de l&rsquo;article de 1973, la m\u00e9thode a suscit\u00e9 un engouement consid\u00e9rable au sein de la communaut\u00e9 scientifique internationale. Les chercheurs y ont vu une alternative intuitive aux repr\u00e9sentations g\u00e9om\u00e9triques arides. D\u00e8s 1981, le statisticien Bernhard Flury et son coll\u00e8gue Hans Riedwyl ont propos\u00e9 une extension majeure du mod\u00e8le : les \u00ab visages de Flury \u00bb. Cette variante a introduit l&rsquo;asym\u00e9trie faciale d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, permettant de doubler le nombre de variables repr\u00e9sentables (jusqu&rsquo;\u00e0 36 dimensions) en faisant correspondre les c\u00f4t\u00e9s gauche et droit du visage \u00e0 des variables distinctes. Cette innovation visait \u00e0 exploiter la capacit\u00e9 humaine \u00e0 discerner les asym\u00e9tries bilat\u00e9rales, bien que cela ait accru de fa\u00e7on exponentielle la charge cognitive de l&rsquo;observateur.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1980 et 1990, l&rsquo;adoption croissante de la m\u00e9thode dans des domaines vari\u00e9s (gestion d&rsquo;entreprise, m\u00e9decine clinique, sociologie quantitative) a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e d&rsquo;une vague d&rsquo;\u00e9valuations critiques rigoureuses issues de la psychologie exp\u00e9rimentale et des facteurs humains. Des chercheurs tels que Christopher Wickens ou Jacques Bertin ont soulign\u00e9 les limites perceptives de ces glyphes. Avec l&rsquo;av\u00e8nement du Web interactif et des biblioth\u00e8ques logicielles modernes (notamment en R et en Python), les visages de Chernoff ont connu une seconde vie p\u00e9dagogique et exp\u00e9rimentale, devenant un sujet d&rsquo;\u00e9tude privil\u00e9gi\u00e9 pour analyser les m\u00e9canismes d&rsquo;attention s\u00e9lective et les limites de l&rsquo;inf\u00e9rence visuelle.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan des neurosciences et de la psychologie cognitive, les visages de Chernoff s&rsquo;appuient sur l&rsquo;existence de r\u00e9seaux neuronaux d\u00e9di\u00e9s au traitement physionomique, au premier rang desquels figure l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aire_fusiforme_des_visages\">aire fusiforme des visages<\/a> (FFA pour <em>Fusiform Face Area<\/em>), situ\u00e9e dans le cortex temporal inf\u00e9rieur. Cette structure c\u00e9r\u00e9brale hautement sp\u00e9cialis\u00e9e conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain une expertise perceptive pr\u00e9coce, quasi inn\u00e9e et automatis\u00e9e, permettant de reconna\u00eetre un visage et d&rsquo;en d\u00e9coder l&rsquo;\u00e9tat en quelques dizaines de millisecondes. En d\u00e9tournant cette architecture neurale sp\u00e9cialis\u00e9e au profit de l&rsquo;analyse de donn\u00e9es, Chernoff esp\u00e9rait contourner le goulot d&rsquo;\u00e9tranglement de la m\u00e9moire de travail analytique.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_de_la_forme\">psychologie de la forme<\/a> (Gestalt) constitue un autre socle th\u00e9orique fondamental pour comprendre le fonctionnement de ces visualisations. Le principe d&rsquo;\u00e9mergence (<em>Gestalt completeness<\/em>) stipule que le tout est per\u00e7u avant ses parties constitutives. Dans un visage de Chernoff, la combinaison d&rsquo;une bouche tombante, d&rsquo;yeux pliss\u00e9s et de sourcils inclin\u00e9s produit une impression ph\u00e9nom\u00e9nale imm\u00e9diate de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 ou d&rsquo;affliction qui n&rsquo;est pas r\u00e9ductible \u00e0 la somme arithm\u00e9tique de ses coordonn\u00e9es vectorielles. Cette propri\u00e9t\u00e9 favorise la s\u00e9gr\u00e9gation perceptive rapide entre diff\u00e9rentes classes d&rsquo;objets au sein d&rsquo;une mosa\u00efque visuelle.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la th\u00e9orie de l&rsquo;int\u00e9gration des traits (<em>Feature Integration Theory<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par Anne Treisman apporte un \u00e9clairage nuanc\u00e9 sur les tensions cognitives inh\u00e9rentes \u00e0 cette approche. Selon cette th\u00e9orie, le traitement pr\u00e9-attentionnel extrait rapidement les caract\u00e9ristiques visuelles primaires (taille, courbure, orientation), mais l&rsquo;attention focalis\u00e9e est requise pour combiner correctement ces \u00e9l\u00e9ments en une configuration unifi\u00e9e exempte d&rsquo;illusions d&rsquo;injonction. Dans les visages de Chernoff, certaines dimensions faciales exercent une dominance perceptive disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 d&rsquo;autres, contredisant le postulat d&rsquo;\u00e9quipotence dimensionnelle requis par l&rsquo;analyse statistique orthogonale.<\/p>\n<p>Enfin, la tendance humaine irr\u00e9pressible \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Par%C3%A9idolie\">par\u00e9idolie<\/a> \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;attribution de formes humaines ou d&rsquo;expressions intentionnelles \u00e0 des stimuli visuels informes ou al\u00e9atoires \u2014 joue un r\u00f4le th\u00e9orique ambigu. Si elle stimule l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et la m\u00e9morisation du stimulus en captant automatiquement les ressources attentionnelles, elle induit simultan\u00e9ment des biais d&rsquo;interpr\u00e9tation \u00e9motionnelle et projective qui peuvent d\u00e9former l&rsquo;objectivit\u00e9 du jugement statistique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;impl\u00e9mentation op\u00e9rationnelle d&rsquo;un visage de Chernoff exige la d\u00e9composition minutieuse des traits g\u00e9om\u00e9triques du visage en param\u00e8tres modulables de mani\u00e8re ind\u00e9pendante. Dans le syst\u00e8me classique, les composantes fondamentales se structurent comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Morphologie cr\u00e2nienne et faciale :<\/strong> Comprend la largeur globale de la t\u00eate, la hauteur totale du visage, ainsi que l&rsquo;excentricit\u00e9 des ellipses d\u00e9finissant les parties inf\u00e9rieure (m\u00e2choire, menton) et sup\u00e9rieure (front) de la bo\u00eete cr\u00e2nienne. Ces param\u00e8tres structurent le cadre global d&rsquo;int\u00e9gration spatiale des autres \u00e9l\u00e9ments.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9gion oculaire :<\/strong> Englobe l&rsquo;\u00e9cartement inter-pupillaire, la hauteur relative des orbites dans le visage, l&rsquo;angle d&rsquo;inclinaison des yeux, la dimension des fentes palp\u00e9brales et le rayon relatif de la pupille. Cette zone constitue le foyer attentionnel primaire du regard humain et poss\u00e8de le pouvoir discriminatif le plus \u00e9lev\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Appareil sourcilier :<\/strong> D\u00e9fini par la longueur des sourcils, leur hauteur au-dessus des orbites et surtout leur angle d&rsquo;inclinaison (obliquit\u00e9 interne ou externe). Ce param\u00e8tre est psychologiquement critique, car il oriente puissamment l&rsquo;attribution d&rsquo;expressions de col\u00e8re, d&rsquo;\u00e9tonnement, d&rsquo;agressivit\u00e9 ou d&rsquo;abattement.<\/li>\n<li><strong>Zone nasale :<\/strong> Repr\u00e9sent\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement par un segment vertical ou un triangle stylis\u00e9 dont on module la position centrale, la longueur et la base. Empiriquement, cette r\u00e9gion s&rsquo;av\u00e8re l&rsquo;une des moins saillantes sur le plan visuel.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9gion buccale :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par la largeur des l\u00e8vres, l&rsquo;\u00e9paisseur du trait labial, la position verticale de la commissure et, avant tout, le rayon et la polarit\u00e9 de courbure (sourire concave versus mimique convexe). Ce trait gouverne la valence \u00e9motionnelle attribu\u00e9e au glyphe.<\/li>\n<li><strong>Oreilles et pilosit\u00e9 (variantes \u00e9tendues) :<\/strong> Utilis\u00e9es dans certaines impl\u00e9mentations d\u00e9riv\u00e9es pour ajouter des canaux d&rsquo;information suppl\u00e9mentaires (hauteur des oreilles, pr\u00e9sence ou volume d&rsquo;une chevelure sch\u00e9matique).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au-del\u00e0 de la version canonique, on distingue plusieurs types de visages de donn\u00e9es : les visages sym\u00e9triques classiques (o\u00f9 chaque variable gouverne simultan\u00e9ment les deux c\u00f4t\u00e9s du faci\u00e8s), les visages asym\u00e9triques de Flury-Riedwyl (d\u00e9di\u00e9s aux espaces \u00e0 tr\u00e8s haute dimensionnalit\u00e9), et les visages r\u00e9alistes ou cartoonis\u00e9s contemporains g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par infographie computationnelle.<\/p>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la m\u00e9canique de cette m\u00e9thode, consid\u00e9rons l&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique globale d&rsquo;un groupe d&rsquo;\u00e9tudiants au sein d&rsquo;un laboratoire de recherche comportementale. Supposons qu&rsquo;un protocole \u00e9value cinq dimensions psychologiques distinctes : l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance, l&rsquo;estime de soi, l&rsquo;extraversion, la pers\u00e9v\u00e9rance acad\u00e9mique et la satisfaction de vie globale. Dans un mod\u00e8le de Chernoff :<\/p>\n<p>L&rsquo;estime de soi peut \u00eatre affect\u00e9e \u00e0 la courbure de la bouche (une courbure vers le haut indiquant un score \u00e9lev\u00e9, mat\u00e9rialisant un sourire), l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inclinaison des sourcils (des sourcils pointant vers le bas au centre \u00e9voquant la tension), l&rsquo;extraversion \u00e0 la largeur de l&rsquo;ovale du visage, la pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 la longueur du nez, et la satisfaction de vie \u00e0 la taille des yeux. Face \u00e0 une grille de quarante visages repr\u00e9sentant chacun un \u00e9tudiant, le chercheur ou le psychologue scolaire peut rep\u00e9rer d&rsquo;un simple coup d&rsquo;\u0153il un individu au visage \u00e9troit, aux yeux minuscules, aux sourcils fronc\u00e9s et \u00e0 la bouche tombante. Ce profil morphologique n\u00e9gatif signale instantan\u00e9ment un \u00e9tat d&rsquo;alerte clinique (faible satisfaction, forte anxi\u00e9t\u00e9, repli sur soi) sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire d&rsquo;extraire et de comparer mentalement cinq colonnes de donn\u00e9es chiffr\u00e9es.<\/p>\n<p>Un autre exemple historique canonique r\u00e9side dans l&rsquo;analyse macro-\u00e9conomique et sociologique des cinquante \u00c9tats am\u00e9ricains men\u00e9e par Chernoff lui-m\u00eame. Chaque \u00c9tat \u00e9tait mod\u00e9lis\u00e9 par un visage encodant des indices tels que le taux de criminalit\u00e9, le revenu m\u00e9dian par habitant, le taux de ch\u00f4mage, l&rsquo;esp\u00e9rance de vie, le niveau de scolarisation et les d\u00e9penses d&rsquo;infrastructure. La mise en mosa\u00efque de ces visages a permis aux analystes de regrouper visuellement les \u00c9tats pr\u00e9sentant des profils socio-\u00e9conomiques similaires de fa\u00e7on bien plus vivante et m\u00e9morable qu&rsquo;au moyen de matrices de corr\u00e9lation abstraites ou de dendrogrammes hi\u00e9rarchiques.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation m\u00e9thodologique et psychom\u00e9trique des visages de Chernoff repose sur des protocoles exp\u00e9rimentaux issus de la psychophysique et de l&rsquo;ergonomie cognitive. Contrairement aux graphiques traditionnels o\u00f9 la pr\u00e9cision de lecture d&rsquo;une valeur num\u00e9rique est mesurable en termes d&rsquo;erreur absolue sur une \u00e9chelle gradu\u00e9e, l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un visage de Chernoff s&rsquo;\u00e9value principalement \u00e0 travers trois m\u00e9triques :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re m\u00e9trique est le temps de d\u00e9tection ou temps de r\u00e9action lors de t\u00e2ches de recherche visuelle (<em>visual search<\/em>). On mesure la rapidit\u00e9 avec laquelle un participant identifie un visage cible (\u00ab l&rsquo;intrus \u00bb ou l&rsquo;anomalie statistique) au milieu d&rsquo;un ensemble de distracteurs homog\u00e8nes. Une d\u00e9tection subite (ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>pop-out<\/em> visuel) indique que la variable d&rsquo;int\u00e9r\u00eat a \u00e9t\u00e9 cartographi\u00e9e sur une composante faciale hautement discriminante b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un traitement pr\u00e9-attentionnel efficace.<\/p>\n<p>La seconde m\u00e9trique concerne la pr\u00e9cision de classification ou de regroupement non supervis\u00e9 (<em>clustering<\/em>). On pr\u00e9sente \u00e0 des sujets une s\u00e9rie de visages de Chernoff repr\u00e9sentant des observations r\u00e9parties en diff\u00e9rentes classes latentes, et l&rsquo;on \u00e9value si les regroupements spontan\u00e9s effectu\u00e9s par les humains correspondent aux partitions math\u00e9matiques identifi\u00e9es par des algorithmes de classification automatique (comme les k-moyennes ou la classification ascendante hi\u00e9rarchique). Les taux de concordance (indices de Rand, matrices de confusion) permettent de quantifier la fid\u00e9lit\u00e9 avec laquelle l&rsquo;espace perceptif pr\u00e9serve la m\u00e9trique de l&rsquo;espace statistique d&rsquo;origine.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9valuation subjective et m\u00e9tacognitive jauge la charge mentale induite par la t\u00e2che via des \u00e9chelles standardis\u00e9es comme le NASA-TLX (<em>Task Load Index<\/em>). Cette mesure permet de d\u00e9terminer si la configuration faciale all\u00e8ge r\u00e9ellement l&rsquo;effort cognitif de synth\u00e8se ou si elle g\u00e9n\u00e8re au contraire une fatigue attentionnelle accrue due \u00e0 la complexit\u00e9 des d\u00e9tails morphologiques \u00e0 d\u00e9chiffrer.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que d&rsquo;usage confidentiel dans la statistique d\u00e9cisionnelle contemporaine la plus stricte, les visages de Chernoff conservent un champ d&rsquo;application vari\u00e9 dans les disciplines o\u00f9 la communication rapide d&rsquo;informations composites est primordiale. En psychologie clinique et en psychiatrie, ils ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9s pour suivre l&rsquo;\u00e9volution longitudinale de patients pr\u00e9sentant des troubles complexes (tels que la schizophr\u00e9nie ou la d\u00e9pression majeure). Chaque consultation produit un visage synth\u00e9tisant l&rsquo;humeur, la qualit\u00e9 du sommeil, l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et le fonctionnement social, permettant au praticien d&#8217;embrasser d&rsquo;un regard la trajectoire clinique globale du patient au cours des mois \u00e9coul\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine organisationnel et la gestion des ressources humaines, certains tableaux de bord d&rsquo;entreprise ont utilis\u00e9 des variantes simplifi\u00e9es pour monitorer la sant\u00e9 d&rsquo;\u00e9quipes ou de projets. Des indicateurs composites tels que la charge de travail, la satisfaction au travail, l&rsquo;absent\u00e9isme et la rentabilit\u00e9 sont projet\u00e9s sur des visages stylis\u00e9s. Cette visualisation suscite une r\u00e9sonance empathique plus forte chez les gestionnaires qu&rsquo;un simple tableau de chiffres, bien qu&rsquo;elle comporte le risque d&rsquo;induire des jugements affectifs h\u00e2tifs.<\/p>\n<p>En bio-informatique et en \u00e9cologie comportementale, la technique a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e pour cartographier l&rsquo;expression simultan\u00e9e de multiples g\u00e8nes ou la distribution d&rsquo;habitats fauniques complexes. En ergonomie des interfaces de contr\u00f4le de processus critiques (centrales nucl\u00e9aires, surveillance de r\u00e9seaux ferroviaires ou de t\u00e9l\u00e9communications), des glyphes faciaux ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9s pour alerter les op\u00e9rateurs sur l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral du syst\u00e8me, l&rsquo;apparition d&rsquo;un visage grima\u00e7ant ou asym\u00e9trique signalant imm\u00e9diatement un d\u00e9s\u00e9quilibre fonctionnel majeur au sein d&rsquo;une multitude de flux de donn\u00e9es surveill\u00e9s.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les \u00e9tudes empiriques consacr\u00e9es aux visages de Chernoff ont produit des r\u00e9sultats nuanc\u00e9s, r\u00e9v\u00e9lant un paradoxe entre l&rsquo;attrait subjectif de la m\u00e9thode et ses performances objectives. Dans une \u00e9tude devenue classique, Jacob, Egeth et Bevan (1976) ont d\u00e9montr\u00e9 que les participants classaient et regroupaient les donn\u00e9es multivari\u00e9es de fa\u00e7on nettement plus rapide et avec un taux d&rsquo;erreur moindre en utilisant des visages de Chernoff plut\u00f4t que des diagrammes en polygones ou des matrices de chiffres bruts. Ces chercheurs ont conclu \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 du traitement holistique du visage pour capturer les similarit\u00e9s globales.<\/p>\n<p>Toutefois, d&rsquo;autres travaux exp\u00e9rimentaux rigoureux sont venus temp\u00e9rer cet enthousiasme initial. Les recherches conduites par Laughery, Fallon et Wrobel ont mis en \u00e9vidence un ph\u00e9nom\u00e8ne cognitif d\u00e9l\u00e9t\u00e8re : l&rsquo;asym\u00e9trie de saillance des traits. Les observateurs accordent syst\u00e9matiquement une attention pr\u00e9pond\u00e9rante \u00e0 la r\u00e9gion des yeux et de la bouche, tout en n\u00e9gligeant presque totalement les variations touchant le nez ou la forme des joues. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;attribution arbitraire d&rsquo;une variable cruciale au nez d&rsquo;un visage de Chernoff conduit \u00e0 sa sous-pond\u00e9ration cognitive par l&rsquo;analyste, violant le principe d&rsquo;objectivit\u00e9 dans le traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des \u00e9tudes neuro-ergonomiques comparatives men\u00e9es par Morris, Turner et Shen (1995) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que si les visages de Chernoff facilitent la m\u00e9morisation globale d&rsquo;un profil (effet de r\u00e9tention mn\u00e9sique sup\u00e9rieur), ils \u00e9chouent face aux graphiques cart\u00e9siens ou aux diagrammes en barres d\u00e8s lors que la t\u00e2che assign\u00e9e \u00e0 l&rsquo;observateur n\u00e9cessite l&rsquo;estimation pr\u00e9cise de la valeur absolue d&rsquo;une variable individuelle. L&rsquo;int\u00e9gration holistique s&rsquo;av\u00e8re si puissante qu&rsquo;elle entrave paradoxalement la d\u00e9composition analytique volontaire des donn\u00e9es \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation des visages de Chernoff \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale soul\u00e8ve d&rsquo;importantes probl\u00e9matiques transculturelles li\u00e9es \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Reconnaissance_des_visages\">reconnaissance des visages<\/a> et au d\u00e9codage des affects. La recherche en psychologie interculturelle, initi\u00e9e par Paul Ekman et approfondie par des psychologues contemporains comme Rachael Jack, montre que si certaines \u00e9motions primaires poss\u00e8dent des substrats expressifs universels, les normes d&rsquo;affichage (<em>display rules<\/em>) et les strat\u00e9gies d&rsquo;exploration visuelle faciale varient consid\u00e9rablement d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Des travaux d&rsquo;oculom\u00e9trie (<em>eye-tracking<\/em>) ont ainsi mis en lumi\u00e8re que les observateurs d&rsquo;origine est-asiatique concentrent pr\u00e9f\u00e9rentiellement leurs fixations visuelles sur la r\u00e9gion des yeux pour d\u00e9coder l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel d&rsquo;un interlocuteur, tandis que les observateurs occidentaux explorent de mani\u00e8re plus \u00e9quilibr\u00e9e un triangle form\u00e9 par les yeux et la bouche. Dans un contexte d&rsquo;analyse de donn\u00e9es utilisant les visages de Chernoff, cette divergence culturelle d&rsquo;\u00e9chantillonnage perceptif peut entra\u00eener des conclusions statistiques discordantes \u00e0 partir du m\u00eame jeu de donn\u00e9es, selon que l&rsquo;analyste focalise son attention sur les variables associ\u00e9es au regard ou sur celles mapp\u00e9es sur le sourire.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la stylisation graphique originale propos\u00e9e par Chernoff s&rsquo;inspire implicitement d&rsquo;une physionomie aux canons g\u00e9om\u00e9triques occidentaux. La morphologie des orbites, la pr\u00e9sence d&rsquo;yeux arrondis et la courbure labiale portent une charge s\u00e9miotique culturellement situ\u00e9e. Lors du d\u00e9ploiement international d&rsquo;outils d\u00e9cisionnels, ces repr\u00e9sentations peuvent d\u00e9clencher des r\u00e9sonances projectives st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es ou des r\u00e9ticences esth\u00e9tiques qui interf\u00e8rent avec la neutralit\u00e9 attendue de l&rsquo;analyse statistique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La critique la plus virulente et persistante adress\u00e9e aux visages de Chernoff concerne le ph\u00e9nom\u00e8ne de contamination \u00e9motionnelle et d&rsquo;heuristique d&rsquo;affect. Le syst\u00e8me cognitif humain est incapable de dissocier totalement la structure g\u00e9om\u00e9trique d&rsquo;un visage stylis\u00e9 de la signification \u00e9motionnelle qu&rsquo;il d\u00e9gage. Un visage dont la bouche est courb\u00e9e vers le bas et les sourcils inclin\u00e9s vers l&rsquo;int\u00e9rieur sera invariablement per\u00e7u comme \u00ab triste \u00bb, \u00ab mena\u00e7ant \u00bb ou \u00ab n\u00e9gatif \u00bb. Si cette bouche tombante repr\u00e9sente en r\u00e9alit\u00e9 une variable extr\u00eamement favorable (par exemple, une diminution spectaculaire de la mortalit\u00e9 infantile ou du taux de pollution), l&rsquo;esprit de l&rsquo;observateur subit un puissant conflit cognitif de type effet Stroop, l&rsquo;incitant inconsciemment \u00e0 juger la situation comme d\u00e9favorable en raison de l&rsquo;expression faciale aversive.<\/p>\n<p>Une seconde limite m\u00e9thodologique majeure r\u00e9side dans le probl\u00e8me de l&rsquo;assignation arbitraire des variables (<em>variable-to-feature mapping problem<\/em>). Puisqu&rsquo;il n&rsquo;existe aucun lien ontologique naturel entre, par exemple, le produit int\u00e9rieur brut d&rsquo;une nation et la longueur de son nez dans le mod\u00e8le graphique, l&rsquo;analyste choisit cette correspondance de mani\u00e8re discr\u00e9tionnaire. Or, en modifiant simplement l&rsquo;ordre des variables \u2014 en attribuant le PIB \u00e0 la courbure de la bouche plut\u00f4t qu&rsquo;au nez \u2014, la physionomie globale du visage change radicalement, modifiant \u00e0 son tour l&rsquo;interpr\u00e9tation subjective et les regroupements perceptifs op\u00e9r\u00e9s par les utilisateurs.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;absence d&rsquo;orthogonalit\u00e9 perceptive constitue un \u00e9cueil statistique r\u00e9dhibitoire. Dans l&rsquo;espace perceptif humain, les traits d&rsquo;un visage interagissent de fa\u00e7on hautement non lin\u00e9aire : la perception de la largeur des yeux est influenc\u00e9e par la largeur globale de la t\u00eate ou la position du nez (illusions d&rsquo;optique contextuelles). Deux variables statistiques parfaitement orthogonales (ind\u00e9pendantes) dans le jeu de donn\u00e9es d&rsquo;origine apparaissent donc visuellement corr\u00e9l\u00e9es ou interd\u00e9pendantes sur le visage de Chernoff, introduisant des art\u00e9facts perceptifs qui peuvent fourvoyer l&rsquo;analyste.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin de situer pr\u00e9cis\u00e9ment les visages de Chernoff dans la taxinomie de la visualisation d&rsquo;informations et de la psychologie visuelle, il convient de les distinguer des notions voisines suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Glyphes de donn\u00e9es (<em>Data Glyphs<\/em>) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant tout objet graphique composite dont les multiples propri\u00e9t\u00e9s visuelles (taille, forme, couleur, orientation) encodent les diff\u00e9rentes dimensions d&rsquo;une observation. Les visages de Chernoff constituent un sous-ensemble anthropomorphique hautement sp\u00e9cialis\u00e9 de la famille des glyphes.<\/li>\n<li><strong>Diagrammes en \u00e9toile ou en radar (<em>Star plots \/ Radar charts<\/em>) :<\/strong> Repr\u00e9sentations g\u00e9om\u00e9triques rayonnantes o\u00f9 chaque variable est mesur\u00e9e le long d&rsquo;un axe partant d&rsquo;un centre commun. Contrairement aux visages de Chernoff, ils ne suscitent aucun traitement holistique d&rsquo;ordre \u00e9motionnel ou physionomique, offrant une lecture plus neutre mais parfois plus laborieuse.<\/li>\n<li><strong>Visages de Flury :<\/strong> Variante et extension directe des visages de Chernoff con\u00e7ue par Bernhard Flury en 1981, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;asym\u00e9trie bilat\u00e9rale d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des traits pour encoder jusqu&rsquo;\u00e0 36 variables simultan\u00e9ment.<\/li>\n<li><strong>Par\u00e9idolie faciale :<\/strong> Tendance psychologique et cognitive universelle \u00e0 percevoir un visage humain dans des stimuli visuels inanim\u00e9s ou al\u00e9atoires. La par\u00e9idolie est le m\u00e9canisme perceptif fondamental que les visages de Chernoff exploitent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour faire \u00e9merger du sens \u00e0 partir de donn\u00e9es num\u00e9riques.<\/li>\n<li><strong>Coordonn\u00e9es parall\u00e8les (<em>Parallel coordinates<\/em>) :<\/strong> M\u00e9thode g\u00e9om\u00e9trique pure de visualisation multivari\u00e9e tra\u00e7ant chaque observation comme une ligne bris\u00e9e traversant une suite d&rsquo;axes parall\u00e8les verticaux. Elle \u00e9vite tous les biais de saillance faciale mais requiert un apprentissage perceptif plus exigeant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Les visages de Chernoff incarnent une tentative audacieuse et historiquement pionni\u00e8re d&rsquo;hybrider l&rsquo;analyse multidimensionnelle des donn\u00e9es avec les capacit\u00e9s inn\u00e9es de la reconnaissance faciale humaine. Con\u00e7ue par Herman Chernoff en 1973, cette approche cartographie jusqu&rsquo;\u00e0 18 variables sur les traits morphologiques d&rsquo;une figure humaine simplifi\u00e9e pour permettre l&rsquo;\u00e9valuation globale et imm\u00e9diate de profils statistiques complexes.<\/p>\n<p>Ses atouts reposent sur la rapidit\u00e9 de traitement pr\u00e9-attentionnel assur\u00e9e par des structures c\u00e9r\u00e9brales d\u00e9di\u00e9es comme l&rsquo;aire fusiforme des visages, l&rsquo;excellente m\u00e9morisation des figures observ\u00e9es et une redoutable efficacit\u00e9 pour d\u00e9celer des regroupements intuitifs ou des cas atypiques au sein de jeux de donn\u00e9es massifs.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la m\u00e9thode souffre de faiblesses conceptuelles et m\u00e9thodologiques substantielles qui limitent son usage scientifique rigoureux : asym\u00e9trie de saillance perceptive entre les traits (dominance visuelle des yeux et de la bouche au d\u00e9triment du nez), biais \u00e9motionnels involontaires (heuristique d&rsquo;affect induite par des visages souriants ou renfrogn\u00e9s) et sensibilit\u00e9 extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;attribution arbitraire des variables aux caract\u00e9ristiques faciales. Elle demeure aujourd&rsquo;hui un concept d&rsquo;\u00e9tude incontournable en psychologie cognitive, en interaction humain-machine et en histoire des sciences visuelles.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Chernoff, H. (1973). Using faces to represent points in k-dimensional space graphically. <em>Journal of the American Statistical Association<\/em>, 68(342), 361-368. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/01621459.1973.10482434\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/01621459.1973.10482434<\/a><\/li>\n<li>Flury, B., &#038; Riedwyl, H. (1981). Graphical representation of multivariate data by means of asymmetrical faces. <em>Journal of the American Statistical Association<\/em>, 76(376), 757-765. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/01621459.1981.10477719\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/01621459.1981.10477719<\/a><\/li>\n<li>Jacob, R. J., Egeth, H. E., &#038; Bevan, W. (1976). The face as a data display. <em>Human Factors<\/em>, 18(2), 189-199. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872087601800208\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/001872087601800208<\/a><\/li>\n<li>Morris, C. J., Turner, W. D., &#038; Shen, T. (1995). Face to face with data: An empirical study of face glyphs. <em>Proceedings of the IEEE Conference on Information Visualization<\/em>, 28-34. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1109\/INFVIS.1995.528684\">https:\/\/doi.org\/10.1109\/INFVIS.1995.528684<\/a><\/li>\n<li>Wickens, C. D., &#038; Carswell, C. M. (1995). The proximity compatibility principle: Its psychological foundation and relevance to display design. <em>Human Factors<\/em>, 37(3), 473-494. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1518\/001872095779049408\">https:\/\/doi.org\/10.1518\/001872095779049408<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les visages de Chernoff, une m\u00e9thode pionni\u00e8re de visualisation de donn\u00e9es multivari\u00e9es exploitant la perception faciale et la psychologie cognitive.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1907,4095,647],"tags":[3791,653,39382,39381,93,39380,2041],"class_list":["post-23238","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodologie-et-statistiques","category-perception-visuelle","category-psychologie-cognitive","tag-analyse-multivariee","tag-ergonomie-cognitive","tag-pareidolie","tag-perception-faciale","tag-psychologie-cognitive","tag-visages-de-chernoff","tag-visualisation-de-donnees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23238","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23238\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23238"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}