{"id":23235,"date":"2026-10-30T23:02:13","date_gmt":"2026-10-30T23:02:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=potentiel-evoque-chimiosensoriel-cserp"},"modified":"2026-10-30T23:02:13","modified_gmt":"2026-10-30T23:02:13","slug":"potentiel-evoque-chimiosensoriel-cserp","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=potentiel-evoque-chimiosensoriel-cserp","title":{"rendered":"Potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel : L&rsquo;\u00e9cho c\u00e9r\u00e9bral des odeurs"},"content":{"rendered":"<p>Le syst\u00e8me chimiosensoriel humain, longtemps qualifi\u00e9 de sens archa\u00efque et rel\u00e9gu\u00e9 au second plan par rapport \u00e0 la vision ou \u00e0 l&rsquo;audition, constitue pourtant une fen\u00eatre neurophysiologique d\u00e9terminante sur le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral, la m\u00e9moire \u00e9motionnelle et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cognitive. Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel offre l&rsquo;unique opportunit\u00e9 d&rsquo;observer en temps r\u00e9el, de mani\u00e8re non invasive et avec une r\u00e9solution temporelle millim\u00e9trique, la cascade des flux d&rsquo;activation c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9clench\u00e9e par des stimuli chimiques volatils olfactifs et trig\u00e9minaux. Cette m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie clinique et exp\u00e9rimentale r\u00e9volutionne aujourd&rsquo;hui notre compr\u00e9hension des interactions subtiles entre perception sensorielle, cognition affective et pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/p>\n<h2>Potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel (PECS)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel<\/strong> (couramment abr\u00e9g\u00e9 en <strong>PECS<\/strong>, ou <em>CSERP<\/em> pour l&rsquo;anglais <em>Chemosensory Event-Related Potential<\/em>) d\u00e9signe une modification transitoire et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9brale, enregistr\u00e9e par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) \u00e0 la surface du scalp, survenant en r\u00e9ponse directe et synchronis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;administration br\u00e8ve et contr\u00f4l\u00e9e d&rsquo;une stimulation chimique intranasale olfactive ou trig\u00e9minale.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, le PECS correspond \u00e0 la sommation spatio-temporelle des potentiels postsynaptiques g\u00e9n\u00e9r\u00e9s au sein des structures corticales et sous-corticales lors du traitement aff\u00e9rent et perceptif du signal chimique. Contrairement aux potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels ou auditifs dont les latences pr\u00e9coces \u00e9mergent d\u00e8s quelques dizaines de millisecondes, le potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel se distingue par des latences nettement plus tardives (typiquement comprises entre 200 et 800 millisecondes) refl\u00e9tant \u00e0 la fois les contraintes biophysiques de la transduction muqueuse et la complexit\u00e9 des r\u00e9seaux neuronaux recrut\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives et de la psychologie sensorielle, ce signal biom\u00e9dical permet de dissocier objectivement les processus p\u00e9riph\u00e9riques sensoriels de la perception subjective, fournissant un biomarqueur pr\u00e9cieux pour l&rsquo;investigation des seuils perceptifs, de l&rsquo;attention s\u00e9lective, des atteintes neurologiques pr\u00e9frontales et des d\u00e9mences s\u00e9niles.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel \u00bb articule plusieurs composantes morphologiques et conceptuelles issues du latin et du grec scientifique :<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab potentiel \u00bb d\u00e9rive du latin classique <em>potentialis<\/em> (lui-m\u00eame issu de <em>potentia<\/em>, signifiant \u00ab puissance, force, capacit\u00e9 d&rsquo;action \u00bb), introduit dans le vocabulaire de la physique au XIXe si\u00e8cle pour quantifier l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9lectrostatique et \u00e9lectrodynamique existant entre deux p\u00f4les conducteurs. L&rsquo;adjectif \u00ab \u00e9voqu\u00e9 \u00bb, participe pass\u00e9 du verbe \u00ab \u00e9voquer \u00bb (du latin <em>evocare<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ex-<\/em>, \u00ab hors de \u00bb, et <em>vocare<\/em>, \u00ab appeler \u00bb), traduit la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne biologique suscit\u00e9 artificiellement et de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e par un \u00e9v\u00e9nement exog\u00e8ne reproductible.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab chimiosensoriel \u00bb associe la racine n\u00e9o-latine <em>chimia<\/em> (d\u00e9riv\u00e9e du grec byzantin <em>kh\u0113meia<\/em>, art des transmutations et chimie des \u00e9l\u00e9ments) et l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment formatif \u00ab sensoriel \u00bb, forg\u00e9 \u00e0 partir du latin <em>sensus<\/em> (\u00ab sens, facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9prouver, perception physique ou mentale \u00bb). Dans la litt\u00e9rature internationale anglo-saxonne, le terme \u00e9quivalent <em>chemosensory event-related potential<\/em> s&rsquo;est impos\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 et 1990 afin de souligner le couplage direct entre le stimulus chimique (\u00ab event \u00bb) et les dynamiques de d\u00e9charge \u00e9lectroenc\u00e9phalographique synchronis\u00e9es (\u00ab potential \u00bb).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p><strong>Prononciation phon\u00e9tique :<\/strong> \/p\u0254.t\u0251\u0303.sj\u025bl e.vo.ke \u0283i.mjo.s\u0251\u0303.s\u0254.\u0281j\u025bl\/.<\/p>\n<p><strong>Forme grammaticale :<\/strong> Locution nominale masculine singuli\u00e8re. Au pluriel, la formule s&rsquo;\u00e9crit \u00ab potentiels \u00e9voqu\u00e9s chimiosensoriels \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique et pragmatique, la litt\u00e9rature francophone privil\u00e9gie l&rsquo;acronyme masculin singulier <em>le PECS<\/em> (ou <em>les PECS<\/em> au pluriel), bien que la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e emploie couramment l&rsquo;acronyme anglophone <em>CSERP<\/em> dans les contextes de publication internationale. On retrouve \u00e9galement des d\u00e9signations d\u00e9riv\u00e9es et sp\u00e9cifiques selon la nature sensorielle stimul\u00e9e : les <em>potentiels \u00e9voqu\u00e9s olfactifs<\/em> (PEO ou <em>OERP<\/em> pour <em>Olfactory Event-Related Potentials<\/em>) lorsque la mol\u00e9cule utilis\u00e9e active de mani\u00e8re s\u00e9lective le nerf olfactif (nerf cr\u00e2nien I), et les <em>potentiels \u00e9voqu\u00e9s trig\u00e9minaux<\/em> (PET ou <em>t-ERP<\/em>) lorsque le stimulus active les terminaisons somatosensorielles, nociceptives et thermiques du nerf trijumeau (nerf cr\u00e2nien V).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel n\u00e9cessite d&rsquo;analyser les m\u00e9canismes biophysiques, p\u00e9riph\u00e9riques et centraux r\u00e9gissant la transduction du message olfactif et son int\u00e9gration dans le t\u00e9lenc\u00e9phale. Alors que l&rsquo;audition et la vision reposent sur la transduction imm\u00e9diate d&rsquo;ondes m\u00e9caniques ou \u00e9lectromagn\u00e9tiques \u00e0 propagation quasi instantan\u00e9e, la chimiosensibilit\u00e9 nasale impose une cascade de contraintes physiques : transport a\u00e9rien des mol\u00e9cules volatiles odorantes \u00e0 travers la fente olfactive, solubilisation de l&rsquo;odorant dans le mucus aqueux, liaison aux r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G (RCPG) situ\u00e9s sur les cils des neurones r\u00e9cepteurs olfactifs, et d\u00e9polarisation membranaire via l&rsquo;ouverture de canaux ioniques d\u00e9pendants de l&rsquo;AMP cyclique.<\/p>\n<p>Une fois le potentiel d&rsquo;action d\u00e9clench\u00e9 au niveau de la muqueuse, le signal transite le long des filets non my\u00e9linis\u00e9s du nerf olfactif, traverse la lame cribl\u00e9e de l&rsquo;ethmo\u00efde et atteint les glom\u00e9rules du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bulbe_olfactif\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">bulbe olfactif<\/a>. Contrairement \u00e0 tous les autres syst\u00e8mes sensoriels primaires qui transitent obligatoirement par des relais thalamiques sp\u00e9cifiques avant d&rsquo;atteindre le n\u00e9ocortex, les axones des cellules mitrales et \u00e0 panache du bulbe olfactif se projettent directement vers le cortex piriforme primaire, le tubercule olfactif, le complexe amygdalien et le cortex entorhinal. Ce n&rsquo;est que de mani\u00e8re secondaire que des projections r\u00e9ciproques s&rsquo;\u00e9tablissent vers le noyau m\u00e9diodorsal du thalamus, le cortex orbitofrontal et l&rsquo;insula.<\/p>\n<p>Cette architecture neuroanatomique particuli\u00e8re conf\u00e8re au potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel une configuration unique. Le trac\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique recueilli n&rsquo;enregistre pas l&rsquo;activit\u00e9 du r\u00e9cepteur p\u00e9riph\u00e9rique ni celle du bulbe olfactif (qui sont trop profondes ou spatialement orient\u00e9es pour \u00eatre d\u00e9tect\u00e9es sur le cuir chevelu), mais bien l&rsquo;activation synchrone et combin\u00e9e de ces vastes r\u00e9seaux corticaux primaires et secondaires, intriqu\u00e9s avec les circuits limbiques de l&rsquo;\u00e9motion et de l&rsquo;\u00e9valuation cognitive.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi m\u00e9thodologique historique de cette modalit\u00e9 r\u00e9side dans la s\u00e9paration rigoureuse entre olfaction pure et somatosensibilit\u00e9 trig\u00e9minale. La vaste majorit\u00e9 des compos\u00e9s chimiques volatils stimulent simultan\u00e9ment les r\u00e9cepteurs olfactifs h\u00e9berg\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium sup\u00e9rieur et les terminaisons nerveuses libres du nerf trijumeau r\u00e9parties sur l&rsquo;ensemble de la muqueuse nasale (responsables des sensations de br\u00fblure, de picotement, de fra\u00eecheur ou de pungence). L&rsquo;extraction d&rsquo;un authentique PECS olfactif pur requiert l&rsquo;usage de substances dites \u00ab olfactives pures \u00bb d\u00e9pourvues de composante trig\u00e9minale notable aux concentrations physiologiques, telles que l&rsquo;ac\u00e9tate de ph\u00e9nyl\u00e9thyle (ar\u00f4me de rose), l&rsquo;odeur de vanilline ou le sulfure de dim\u00e9thyle \u00e0 tr\u00e8s faible concentration.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La tentative de capturer l&#8217;empreinte \u00e9lectrophysiologique de l&rsquo;odorat a longtemps constitu\u00e9 une impasse m\u00e9thodologique majeure dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a>. D\u00e8s les ann\u00e9es 1930 et 1940, les pionniers de l&rsquo;EEG ont tent\u00e9 de pr\u00e9senter des bouff\u00e9es odorantes sous le nez de sujets humains, mais les trac\u00e9s obtenus \u00e9taient syst\u00e9matiquement parasit\u00e9s par des artefacts massifs : contractions musculaires mimiques, modifications de la dynamique respiratoire, mouvements oculaires et art\u00e9facts m\u00e9caniques de turbulence de l&rsquo;air.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1960 et 1970, des chercheurs tels que Karl-Heinz Plattig et ses collaborateurs en Allemagne ont esquiss\u00e9 les premiers enregistrements moyenn\u00e9s, mais la synchronisation temporelle restait imparfaite en raison de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;obtenir un front d&rsquo;onde mol\u00e9culaire abrupt. L&rsquo;odorant parvenait au nez de mani\u00e8re progressive, \u00e9tal\u00e9e dans le temps, dilu\u00e9 par la respiration, ce qui annihilait la synchronisation des potentiels postsynaptiques n\u00e9cessaire au moyennage \u00e9lectrophysiologique.<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 au tournant des ann\u00e9es 1980 sous l&rsquo;impulsion d\u00e9cisive de Gerd Kobal et de son \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Erlangen-Nuremberg. Kobal a con\u00e7u et brevet\u00e9 le premier olfactom\u00e8tre \u00e0 flux continu et commutation pneumatique ultrarapide (connu sous le nom d&rsquo;olfactom\u00e8tre de Kobal). Ce dispositif r\u00e9volutionnaire maintient un courant d&rsquo;air ti\u00e8de et humidifi\u00e9 constant dans la cavit\u00e9 nasale du sujet (\u00e9vitant ainsi toute stimulation thermique ou m\u00e9canique des m\u00e9cano-r\u00e9cepteurs trig\u00e9minaux) et y injecte des impulsions d&rsquo;odorant en moins de 20 millisecondes sans modifier le d\u00e9bit global ni la pression d&rsquo;insufflation.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette innovation technique majeure, les neurophysiologistes ont pu d\u00e9montrer la reproductibilit\u00e9 des potentiels \u00e9voqu\u00e9s chimiosensoriels. Les d\u00e9cennies 1990 et 2000, marqu\u00e9es par les travaux de Thomas Hummel, ont \u00e9tendu l&rsquo;usage du PECS du laboratoire exp\u00e9rimental \u00e0 la clinique diagnostique orl et neurologique, \u00e9tablissant des protocoles normatifs pour \u00e9valuer l&rsquo;anosmie, l&rsquo;hyposmie, la scl\u00e9rose en plaques et les phases prodromiques de la maladie de Parkinson.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le recueil et l&rsquo;interpr\u00e9tation du potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel s&rsquo;ancrent dans plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques issus de la psychophysique, du traitement du signal et des neurosciences cognitives.<\/p>\n<p>En premier lieu, la th\u00e9orie du filtrage et du moyennage du signal repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se fondamentale selon laquelle l&rsquo;enregistrement EEG brut est constitu\u00e9 de la somme d&rsquo;un signal stationnaire d\u00e9terministe (le potentiel \u00e9voqu\u00e9 suscit\u00e9 par le stimulus) et d&rsquo;un bruit de fond stochastique non corr\u00e9l\u00e9 (l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale spontan\u00e9e continue, les artefacts myographiques et oculaires). En sommant un nombre suffisant d&rsquo;essais align\u00e9s sur le temps z\u00e9ro de la stimulation (typiquement de 15 \u00e0 40 stimulations chimiosensorielles par condition), le bruit non corr\u00e9l\u00e9 tend vers z\u00e9ro en vertu de la loi des grands nombres, r\u00e9v\u00e9lant ainsi les d\u00e9flections \u00e9lectrophysiologiques sous-jacentes du PECS.<\/p>\n<p>En second lieu, la th\u00e9orie du traitement s\u00e9quentiel de l&rsquo;information postule que les ondes successives du potentiel \u00e9voqu\u00e9 correspondent \u00e0 des \u00e9tapes hi\u00e9rarchis\u00e9es de traitement c\u00e9r\u00e9bral :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les processus \u00ab ascendants \u00bb ou pr\u00e9coces :<\/strong> refl\u00e8tent l&rsquo;extraction brute des caract\u00e9ristiques physico-chimiques du stimulus, l&rsquo;intensit\u00e9 de la liaison mol\u00e9culaire et le codage quantitatif par le cortex chimiosensoriel primaire.<\/li>\n<li><strong>Les processus \u00ab descendants \u00bb ou tardifs :<\/strong> traduisent l&rsquo;intervention de fonctions cognitives sup\u00e9rieures, telles que l&rsquo;attribution de valence h\u00e9donique, la reconnaissance mn\u00e9sique, l&rsquo;orientation de l&rsquo;attention s\u00e9lective spatiale ou s\u00e9mantique et la prise de d\u00e9cision cat\u00e9gorielle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, le mod\u00e8le d&rsquo;int\u00e9gration multisensorielle et de double innervation chimiosensorielle fournit le cadre interpr\u00e9tatif des interactions entre nerf olfactif et nerf trijumeau. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;olfaction et la sensibilit\u00e9 trig\u00e9minale nasale ne constituent pas deux sens herm\u00e9tiques, mais deux composantes interd\u00e9pendantes d&rsquo;un m\u00eame syst\u00e8me de veille environnementale. Le PECS permet de d\u00e9cortiquer cette interaction : les r\u00e9ponses trig\u00e9minales (stimul\u00e9es par exemple au dioxyde de carbone) pr\u00e9sentent des amplitudes plus amples et des latences plus courtes que les r\u00e9ponses olfactives pures, t\u00e9moignant de vitesses de conduction axonale my\u00e9linis\u00e9e (fibres A-delta) sup\u00e9rieures \u00e0 celles du syst\u00e8me olfactif non my\u00e9linis\u00e9 (fibres C).<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La morphologie standard d&rsquo;un potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel recueilli au vertex (\u00e9lectrode Cz) ou sur les d\u00e9rivations centro-pari\u00e9tales se caract\u00e9rise par une succession d&rsquo;ondes positives et n\u00e9gatives bien d\u00e9finies :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;onde N1 :<\/strong> Premi\u00e8re d\u00e9flection n\u00e9gative majeure. Dans le cadre d&rsquo;une stimulation olfactive pure, sa latence de cr\u00eate appara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement entre 300 et 450 millisecondes apr\u00e8s l&rsquo;impact mol\u00e9culaire. En stimulation trig\u00e9minale (fibres A-delta), sa latence est plus pr\u00e9coce, se situant entre 150 et 250 millisecondes. Elle traduit l&rsquo;activation sensorielle primaire et le filtrage initial du stimulus.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;onde P2 :<\/strong> Grande d\u00e9flection positive survenant apr\u00e8s la N1. Sa latence culmine entre 450 et 650 millisecondes pour l&rsquo;olfaction pure, et entre 300 et 450 millisecondes pour une stimulation trig\u00e9minale. Elle refl\u00e8te l&rsquo;int\u00e9gration corticale secondaire, l&rsquo;\u00e9valuation de la pertinence perceptive et l&rsquo;activation des r\u00e9seaux temporo-pari\u00e9taux et insulaires.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;amplitude pic-\u00e0-pic (N1-P2) :<\/strong> Mesure de l&rsquo;\u00e9cart de voltage entre le creux de l&rsquo;onde N1 et le sommet de l&rsquo;onde P2 (g\u00e9n\u00e9ralement mesur\u00e9e en microvolts, variant entre 5 et 25 \u00b5V). Elle constitue l&rsquo;indice le plus robuste de l&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue et de la sensibilit\u00e9 globale du sujet au compos\u00e9 administr\u00e9.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;onde P300 chimiosensorielle (P3) :<\/strong> Onde cognitive tardive observ\u00e9e lorsqu&rsquo;un protocole d&rsquo;attention active ou une t\u00e2che de discrimination (paradigme \u00ab oddball \u00bb olfactif) est utilis\u00e9. Cette composante d\u00e9pendante de l&rsquo;\u00e9tat attentionnel \u00e9merge au-del\u00e0 de 600 \u00e0 900 millisecondes et traduit l&rsquo;allocation de ressources mn\u00e9siques et la cat\u00e9gorisation consciente de l&rsquo;odeur cible.<\/li>\n<li><strong>Composantes trig\u00e9minales versus olfactives pures :<\/strong> Les potentiels trig\u00e9minaux se singularisent par des pentes de mont\u00e9e plus abruptes, des latences consid\u00e9rablement plus courtes et des amplitudes sensiblement plus \u00e9lev\u00e9es que les potentiels olfactifs purs, ces derniers pr\u00e9sentant une cin\u00e9tique plus lente et amortie en raison de la complexit\u00e9 de la transduction biochimique intracellulaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender le potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel en pratique concr\u00e8te, analysons trois sc\u00e9narios d&rsquo;application clinique et exp\u00e9rimentale :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : \u00c9valuation m\u00e9dico-l\u00e9gale d&rsquo;une anosmie post-traumatique.<\/strong> Un travailleur du b\u00e2timent victime d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien avec fracture de l&rsquo;\u00e9tage ant\u00e9rieur du cr\u00e2ne se plaint d&rsquo;une perte totale et permanente du go\u00fbt et de l&rsquo;odorat. Dans un contexte de demande d&rsquo;indemnisation financi\u00e8re, les tests psychophysiques subjectifs conventionnels (comme le test d&rsquo;identification olfactive) indiquent un score nul, mais le m\u00e9decin expert suspecte une simulation. L&rsquo;enregistrement des PECS r\u00e9v\u00e8le une absence compl\u00e8te d&rsquo;ondes N1 et P2 lors de la stimulation \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tate de ph\u00e9nyl\u00e9thyle (olfaction pure), confirmant l&rsquo;atteinte anatomique des filets olfactifs rompus au niveau de la lame cribl\u00e9e. En revanche, la stimulation au CO2 (trig\u00e9minale) g\u00e9n\u00e8re des potentiels N1-P2 d&rsquo;amplitude et de latence normales, d\u00e9montrant que la muqueuse et la voie trig\u00e9minale sont intactes. Le diagnostic d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anosmie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">anosmie<\/a> vraie sans exag\u00e9ration globale est formellement \u00e9tabli gr\u00e2ce \u00e0 ces crit\u00e8res objectifs.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : D\u00e9pistage prodromique de la maladie de Parkinson.<\/strong> Une patiente de 58 ans consulte pour des tremblements discrets unilat\u00e9raux sans signes moteurs invalidants patents. Les tests psychophysiques olfactifs montrent une l\u00e9g\u00e8re baisse de discrimination. L&rsquo;enregistrement des potentiels \u00e9voqu\u00e9s olfactifs met en \u00e9vidence un allongement significatif de la latence de l&rsquo;onde P2 coupl\u00e9 \u00e0 une chute drastique de l&rsquo;amplitude N1-P2 par rapport aux normes d&rsquo;\u00e2ge, tandis que les potentiels \u00e9voqu\u00e9s trig\u00e9minaux demeurent pr\u00e9serv\u00e9s. Cette dissociation neurophysiologique sp\u00e9cifique est hautement concordante avec l&rsquo;atteinte pr\u00e9coce du bulbe olfactif et des noyaux m\u00e9senc\u00e9phaliques dans la synucl\u00e9inopathie parkinsonienne.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : \u00c9tude neuropsychologique de l&rsquo;\u00e9motion et de l&rsquo;aversion.<\/strong> Dans un protocole de laboratoire, des chercheurs comparent les PECS suscit\u00e9s par une mol\u00e9cule \u00e0 valence hautement aversive (l&rsquo;acide isoval\u00e9rique, \u00e9voquant des pieds en sueur ou du fromage avari\u00e9) et une odeur agr\u00e9able (le linalol, parfum floral). Les r\u00e9sultats d\u00e9montrent que l&rsquo;onde P2 survient avec une latence plus br\u00e8ve et une amplitude significativement plus ample pour le compos\u00e9 naus\u00e9abond chez les sujets sains, illustrant un biais attentionnel pr\u00e9f\u00e9rentiel et une capture pr\u00e9coce des r\u00e9seaux d&rsquo;alarme limbiques et insulaires face aux menaces chimiques potentielles.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;acquisition rigoureuse d&rsquo;un potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel constitue l&rsquo;un des exercices les plus techniques de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie humaine. Elle exige un environnement exp\u00e9rimental rigoureusement standardis\u00e9 afin de neutraliser tout artefact physique ou sensoriel parasite.<\/p>\n<p>L&rsquo;appareil central est l&rsquo;<strong>olfactom\u00e8tre \u00e0 flux continu contr\u00f4l\u00e9 par ordinateur<\/strong>. Le flux d&rsquo;air de base est thermor\u00e9gul\u00e9 \u00e0 36,5 \u00b0C et satur\u00e9 \u00e0 une humidit\u00e9 relative d&rsquo;environ 80 % afin de pr\u00e9venir l&rsquo;ass\u00e8chement et le refroidissement de la muqueuse nasale. Les impulsions odorantes (d&rsquo;une dur\u00e9e \u00e9talonn\u00e9e variant d&rsquo;ordinaire de 200 \u00e0 250 millisecondes) sont d\u00e9livr\u00e9es par une canule en t\u00e9flon ins\u00e9r\u00e9e d\u00e9licatement dans la fosse nasale, orient\u00e9e vers la fente olfactive sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Un pr\u00e9requis fondamental de la passation r\u00e9side dans l&rsquo;utilisation de la technique de <strong>respiration v\u00e9lo-pharyng\u00e9e<\/strong> (dite <em>velopharyngeal closure<\/em>). Il est express\u00e9ment demand\u00e9 au participant de respirer exclusivement par la bouche selon un rythme r\u00e9gulier tout en bloquant l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du voile du palais, emp\u00eachant ainsi tout courant d&rsquo;air respiratoire inspiratoire ou expiratoire de circuler dans les fosses nasales pendant la stimulation. Cette man\u0153uvre neutralise les fluctuations de pression et assure une d\u00e9livrance uniforme des mol\u00e9cules odorantes sur la muqueuse.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, un masquage acoustique (bruit blanc continu diffus\u00e9 via des \u00e9couteurs intra-auriculaires \u00e0 un volume confortable d&rsquo;environ 60-70 dB) est syst\u00e9matiquement instaur\u00e9. Ce bruit de fond est imp\u00e9ratif pour emp\u00eacher le sujet d&rsquo;entendre le claquement acoustique infinit\u00e9simal des micro-vannes pneumatiques de l&rsquo;olfactom\u00e8tre, ce qui engendrerait un potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif parasite qui viendrait fausser les ondes pr\u00e9coces du trac\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;enregistrement \u00e9lectroenc\u00e9phalographique s&rsquo;effectue selon le syst\u00e8me international 10-20, au moyen d&rsquo;\u00e9lectrodes d&rsquo;argent\/chlorure d&rsquo;argent (Ag\/AgCl) positionn\u00e9es principalement aux sites de la ligne m\u00e9diane (Fz, Cz, Pz) et sur les d\u00e9rivations temporales et insulaires (C3, C4, T3, T4), avec une r\u00e9f\u00e9rence souvent fix\u00e9e aux lobes d&rsquo;oreilles reli\u00e9s (A1+A2) ou au masto\u00efde. L&rsquo;\u00e9lectro-oculogramme (EOG) vertical et horizontal est enregistr\u00e9 simultan\u00e9ment pour rejeter automatiquement les s\u00e9quences souill\u00e9es par des clignements d&rsquo;yeux ou des saccades oculaires. Apr\u00e8s filtration analogique et num\u00e9rique du signal (par exemple passe-bande de 0,1 \u00e0 30 Hz), les segments temporels (\u00e9poques allant typiquement de -200 ms avant le stimulus \u00e0 +1500 ms post-stimulus) sont somm\u00e9s et moyenn\u00e9s.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence et l&rsquo;objectivit\u00e9 du potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel lui conf\u00e8rent une port\u00e9e applicative majeure dans plusieurs domaines des sciences de la sant\u00e9 et du comportement :<\/p>\n<p><strong>En neurologie clinique :<\/strong> Le PECS est un marqueur \u00e9lectrophysiologique de choix pour le diagnostic pr\u00e9coce des troubles neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs. Dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Parkinson\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">maladie de Parkinson<\/a> et la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;accumulation anormale de corps de Lewy (alpha-synucl\u00e9ine) ou de plaques amylo\u00efdes et d&rsquo;enchev\u00eatrements neurofibrillaires d\u00e9bute tr\u00e8s fr\u00e9quemment dans le bulbe olfactif et le noyau olfactif ant\u00e9rieur des ann\u00e9es avant l&rsquo;\u00e9mergence des premiers sympt\u00f4mes moteurs ou cognitifs majeurs. Le PECS permet d&rsquo;objectiver ces dysfonctionnements chimiosensoriels infracliniques avec une sensibilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la simple anamn\u00e8se verbale.<\/p>\n<p><strong>En oto-rhino-laryngologie (ORL) et m\u00e9decine l\u00e9gale :<\/strong> Face \u00e0 des plaintes d&rsquo;alt\u00e9ration olfactive survenant apr\u00e8s une rhinosinusite chronique, une infection virale (comme les anosmies s\u00e9quellaires cons\u00e9cutives au SARS-CoV-2) ou un accident du travail, le PECS constitue le \u00ab gold standard \u00bb pour discriminer une perte olfactive r\u00e9elle, une atteinte fonctionnelle r\u00e9versible, une affection d&rsquo;origine centrale ou une all\u00e9gation frauduleuse (simulation m\u00e9dico-l\u00e9gale).<\/p>\n<p><strong>En psychiatrie et psychologie clinique :<\/strong> De nombreuses pathologies psychiatriques pr\u00e9sentent des alt\u00e9rations sp\u00e9cifiques du traitement sensoriel chimique. Dans la schizophr\u00e9nie, des anomalies morphologiques du PECS (diminution d&rsquo;amplitude et allongement de latence de l&rsquo;onde P300 olfactive) mettent en \u00e9vidence des d\u00e9ficits de connectivit\u00e9 pr\u00e9frontale et temporo-limbique. Dans les troubles d\u00e9pressifs majeurs et les troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie), les profils d&rsquo;amplitude du PECS en r\u00e9ponse \u00e0 des odeurs h\u00e9doniques ou nutritives offrent des mesures objectives de l&rsquo;anh\u00e9donie et de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle alt\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>En ergonomie et industrie cosm\u00e9tique :<\/strong> Les d\u00e9partements de recherche et d\u00e9veloppement en parfumerie et en sciences de l&rsquo;alimentation exploitent les composantes N1-P2 pour \u00e9valuer l&rsquo;impact \u00e9motionnel implicite, la saillance perceptuelle et la charge d&rsquo;agr\u00e9ment de nouvelles mol\u00e9cules aromatiques, ind\u00e9pendamment des biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale inh\u00e9rents aux questionnaires d\u00e9claratifs.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche acad\u00e9mique sur les potentiels \u00e9voqu\u00e9s chimiosensoriels a fait l&rsquo;objet de centaines de publications \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale, validant sa robustesse et affinant continuellement sa port\u00e9e heuristique.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes s\u00e9minales conduites par Gerd Kobal et Thomas Hummel ont initialement valid\u00e9 la reproductibilit\u00e9 intra-individuelle des amplitudes et latences des ondes N1 et P2 chez les sujets normosmiques sains. Leurs travaux ont \u00e9tabli que l&rsquo;amplitude du complexe N1-P2 augmente de fa\u00e7on logarithmique en fonction de la concentration du stimulus chimique odorant, se conformant ainsi rigoureusement \u00e0 la loi psychophysique de Fechner et \u00e0 la loi de puissance de Stevens.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences du vieillissement, les recherches ont d\u00e9montr\u00e9 que la s\u00e9nescence physiologique du syst\u00e8me olfactif (la presbyosmie) s&rsquo;accompagne d&rsquo;un aplatissement graduel des amplitudes N1-P2 et d&rsquo;un allongement moyen des latences de 2 \u00e0 4 millisecondes par d\u00e9cennie de vie \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e2ge de 50 ans. Cette cin\u00e9tique neurophysiologique est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pl\u00e9tion progressive des cellules souches basales de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium olfactif et \u00e0 la perte neuronale au niveau du bulbe olfactif.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, l&rsquo;int\u00e9gration conjointe de l&rsquo;EEG \u00e0 haute densit\u00e9 (128 \u00e0 256 canaux) et des algorithmes de reconstruction de sources (tels que LORETA ou le dip\u00f4le source modeling) a permis de lever le voile sur les g\u00e9n\u00e9rateurs anatomiques pr\u00e9cis des diff\u00e9rentes composantes du PECS. Ces investigations concordent pour localiser les g\u00e9n\u00e9rateurs de l&rsquo;onde N1 pr\u00e9coce au sein de l&rsquo;opercule pari\u00e9to-temporal, du cortex insulaire ant\u00e9rieur et du cortex piriforme, tandis que l&rsquo;onde P2 tardive mobilise massivement le cortex orbitofrontal bilat\u00e9ral et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, attestant d&rsquo;une r\u00e9partition fonctionnelle rigoureuse entre d\u00e9codage sensoriel et \u00e9valuation cognitive.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les m\u00e9canismes biophysiques de transduction muqueuse et la conduction axonale soient universels au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;interpr\u00e9tation des composantes cognitives du potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel est profond\u00e9ment influenc\u00e9e par l&rsquo;histoire d&rsquo;apprentissage, la culture et l&rsquo;environnement \u00e9cologique des individus.<\/p>\n<p>La familiarit\u00e9 d&rsquo;une odeur modifie de fa\u00e7on d\u00e9terminante la morphologie des ondes c\u00e9r\u00e9brales tardives. Des recherches transculturelles comparant des populations d&rsquo;Europe occidentale, d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est et d&rsquo;Afrique ont mis en \u00e9vidence que des mol\u00e9cules aromatiques universelles sur le plan mol\u00e9culaire suscitent des ondes P2 et P3 d&rsquo;amplitudes tr\u00e8s dissemblables selon la familiarit\u00e9 culinaire et \u00e9cologique du stimulus. Par exemple, des odeurs d&rsquo;aliments ferment\u00e9s traditionnels d\u00e9clenchent une onde P2 d&rsquo;amplitude mod\u00e9r\u00e9e et harmonieuse chez les personnes ayant grandi dans la culture o\u00f9 cet aliment est valoris\u00e9, alors qu&rsquo;elles provoquent une onde n\u00e9gative pr\u00e9coce amplifi\u00e9e et un complexe d&rsquo;\u00e9vitement chez des sujets non familiaris\u00e9s, traduisant une r\u00e9action de n\u00e9ophobie et d&rsquo;alerte biologique imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le lexique et la cat\u00e9gorisation linguistique des odeurs varient radicalement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. Alors que les langues indo-europ\u00e9ennes manquent cruellement de termes sp\u00e9cifiques pour qualifier les odeurs (obligeant les locuteurs \u00e0 recourir \u00e0 des comparaisons m\u00e9tonymiques : \u00ab cela sent la rose \u00bb, \u00ab cela sent le br\u00fbl\u00e9 \u00bb), certaines communaut\u00e9s de chasseurs-cueilleurs (comme les Jahai de la p\u00e9ninsule malaise ou les Maniq de Tha\u00eflande) poss\u00e8dent un vocabulaire abstrait d\u00e9di\u00e9 et sophistiqu\u00e9 pour caract\u00e9riser les odeurs de mani\u00e8re autonome. Les protocoles de PECS cognitifs men\u00e9s dans ces contextes illustrent une modulation beaucoup plus pr\u00e9coce des composantes attentionnelles olfactives, sugg\u00e9rant que la structure linguistique fa\u00e7onne directement le traitement cortical pr\u00e9coce des flux chimiosensoriels.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son apport scientifique inestimable, l&rsquo;utilisation du potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel fait face \u00e0 des r\u00e9serves techniques, \u00e9pist\u00e9mologiques et logistiques r\u00e9currentes au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p><strong>Co\u00fbt et complexit\u00e9 instrumentale :<\/strong> L&rsquo;olfactom\u00e8tre m\u00e9dicalis\u00e9 automatis\u00e9 est un \u00e9quipement lourd, co\u00fbteux (souvent sup\u00e9rieur \u00e0 plusieurs dizaines de milliers d&rsquo;euros), exigeant une maintenance draconienne des lignes de fluides en t\u00e9flon et des sources gazeuses calibr\u00e9es. Cette contrainte financi\u00e8re et technique limite consid\u00e9rablement sa diffusion dans les h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux, r\u00e9servant l&rsquo;examen \u00e0 des centres hospitalo-universitaires sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Dur\u00e9e de l&rsquo;examen et fatigue du sujet :<\/strong> Pour \u00e9viter le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Habituation\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">habituation<\/a> sensorielle et d&rsquo;adaptation rapide des r\u00e9cepteurs olfactifs (qui saturent en cas de stimulations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es), l&rsquo;intervalle entre deux stimulations successives (intervalle inter-stimulus ou ISI) doit \u00eatre imp\u00e9rativement long, g\u00e9n\u00e9ralement compris entre 30 et 60 secondes. En cons\u00e9quence, l&rsquo;enregistrement d&rsquo;une quarantaine de stimulations pour une seule mol\u00e9cule peut requ\u00e9rir de 30 \u00e0 45 minutes de test rigide. Maintenir l&rsquo;attention et la respiration v\u00e9lo-pharyng\u00e9e pendant une telle dur\u00e9e est \u00e9prouvant pour le patient, majorant le risque d&rsquo;artefacts moteurs ou d&rsquo;endormissement.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9solution spatiale restreinte :<\/strong> Bien que la r\u00e9solution temporelle de l&rsquo;EEG soit excellente (\u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la milliseconde), sa r\u00e9solution spatiale intrins\u00e8que demeure limit\u00e9e. Les structures primaires cl\u00e9s de l&rsquo;olfaction (bulbe olfactif, complexe amygdalien, cortex piriforme profond) sont situ\u00e9es dans la face ventrale et profonde du cerveau, rendant la d\u00e9tection de leurs champs \u00e9lectriques distants difficile et sujette au \u00ab probl\u00e8me inverse \u00bb lors de la reconstruction tomographique de sources.<\/p>\n<p><strong>Diff\u00e9renciation imparfaite entre olfaction pure et composante somatosensorielle :<\/strong> M\u00eame les substances r\u00e9put\u00e9es olfactives pures peuvent, chez certains individus hypersensibles ou \u00e0 fortes doses, stimuler des r\u00e9cepteurs m\u00e9caniques ou thermiques de la muqueuse nasale, introduisant un biais potentiel quant \u00e0 la puret\u00e9 sensorielle du signal \u00e9lectrophysiologique recueilli.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion terminologique en neurophysiologie et en psychologie sensorielle, il convient de distinguer clairement le PECS de plusieurs concepts connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>PECS olfactif (PEO \/ OERP) versus PECS trig\u00e9minal (PET \/ t-ERP) :<\/strong> Les PEO mesurent l&rsquo;activation pure du premier nerf cr\u00e2nien (olfactif) via des substances douces comme la vanilline, caract\u00e9ris\u00e9es par des latences longues (350-600 ms). Les PET enregistrent la r\u00e9ponse des fibres nociceptives et thermiques du trijumeau stimul\u00e9es par le CO2 ou le menthol, pr\u00e9sentant des latences beaucoup plus courtes (150-350 ms) et des amplitudes \u00e9lev\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Potentiels \u00e9voqu\u00e9s chimiosensoriels versus Potentiels \u00e9voqu\u00e9s sensoriels classiques (PEV, PEA, PES) :<\/strong> Les potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV), auditifs (PEA) et somesth\u00e9siques (PES) recourent \u00e0 des stimulus physiques (lumi\u00e8re, son, courant \u00e9lectrique) ne n\u00e9cessitant aucun transport mol\u00e9culaire muqueux. Leurs latences sont nettement plus br\u00e8ves (l&rsquo;onde P100 visuelle ou les ondes du tronc c\u00e9r\u00e9bral auditif sous 10 ms) et ne requi\u00e8rent pas de man\u0153uvres respiratoires v\u00e9lo-pharyng\u00e9es complexes.<\/li>\n<li><strong>\u00c9lectro-olfactogramme (EOG nasale) :<\/strong> Ne doit pas \u00eatre confondu avec le PECS. L&rsquo;\u00e9lectro-olfactogramme enregistre directement le potentiel g\u00e9n\u00e9rateur local \u00e0 la surface de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium olfactif nasal via une \u00e9lectrode tubulaire souple introduite dans la fente nasale. Il mesure la r\u00e9ponse p\u00e9riph\u00e9rique des r\u00e9cepteurs avant toute transmission centrale, alors que le PECS mesure les flux de d\u00e9polarisation corticale sur le scalp.<\/li>\n<li><strong>Tests psychophysiques olfactifs (ex. Sniffin&rsquo; Sticks, UPSIT) :<\/strong> Outils comportementaux bas\u00e9s sur des crayons odorants ou des livrets \u00e0 gratter. Ils mesurent la r\u00e9ponse subjective et d\u00e9clarative du patient (seuil de d\u00e9tection, discrimination, identification), tandis que le PECS est un enregistrement \u00e9lectrophysiologique direct, objectif et ind\u00e9pendant de la verbalisation du sujet.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel (PECS) s&rsquo;affirme comme une technique biom\u00e9dicale et psychophysiologique irrempla\u00e7able pour explorer l&rsquo;esprit humain \u00e0 travers ses sens les plus intimes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Objectivit\u00e9 biom\u00e9dicale :<\/strong> Il permet de contourner la subjectivit\u00e9 du patient en fournissant une mesure \u00e9lectrophysiologique directe, reproductible et quantitative de la cascade d&rsquo;activation c\u00e9r\u00e9brale naso-corticale.<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 fonctionnelle :<\/strong> Gr\u00e2ce \u00e0 des protocoles de stimulation rigoureux, il distingue avec pr\u00e9cision les r\u00e9ponses olfactives pures (nerf I) des r\u00e9ponses de sensibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale protectrice somatosensorielle trig\u00e9minale (nerf V).<\/li>\n<li><strong>Structure morphologique claire :<\/strong> Le PECS se compose principalement des ondes corticales N1 et P2, compl\u00e9t\u00e9es par l&rsquo;onde cognitive tardive P300 lors de t\u00e2ches d&rsquo;attention s\u00e9lective ou de cat\u00e9gorisation mn\u00e9sique.<\/li>\n<li><strong>Valeur diagnostique de premier plan :<\/strong> Il joue un r\u00f4le crucial dans le d\u00e9pistage pr\u00e9coce des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (maladie de Parkinson, maladie d&rsquo;Alzheimer), l&rsquo;objectivation des troubles olfactifs post-viraux ou post-traumatiques et les expertises m\u00e9dico-l\u00e9gales.<\/li>\n<li><strong>Fronti\u00e8res de la recherche :<\/strong> Malgr\u00e9 des contraintes techniques exigeantes (n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;olfactom\u00e8tres sophistiqu\u00e9s et respiration v\u00e9lo-pharyng\u00e9e), l&rsquo;association du PECS avec l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale contemporaine continue de red\u00e9finir notre compr\u00e9hension de la cognition olfactive et de la m\u00e9moire affective.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Hummel, T., &amp; Kobal, G. (1992). Differences in human evoked potentials for chemical stimulation of olfactory and trigeminal nerves. <em>Electroencephalography and Clinical Neurophysiology<\/em>, 84(1), 84\u201389. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/1370743\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/1370743\/<\/a><\/li>\n<li>Hummel, T., &amp; Kobal, G. (2001). Chemosensory event-related potentials: A review of their methods and application in olfactory disorders. <em>Acta Oto-Laryngologica<\/em>, 121(2), 177\u2013181. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11347963\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11347963\/<\/a><\/li>\n<li>Kobal, G. (1981). <em>Elektrophysiologische Untersuchungen des menschlichen Geruchssinns<\/em>. Georg Thieme Verlag.<\/li>\n<li>Kobal, G., &amp; Hummel, T. (1988). Cerebral chemosensory evoked potentials in smell and taste disorders. <em>Brain Topography<\/em>, 1(1), 49\u201354. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/3153994\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/3153994\/<\/a><\/li>\n<li>Rombaux, P., Mouraux, A., Bertrand, B., Nicolas, G., &amp; Hummel, T. (2006). Assessment of olfactory and trigeminal function using chemosensory event-related potentials. <em>Neurophysiologie Clinique \/ Clinical Neurophysiology<\/em>, 36(2), 53\u201362. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/16844541\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/16844541\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le potentiel \u00e9voqu\u00e9 chimiosensoriel (PECS ou CSERP) est une mesure neurophysiologique \u00e9valuant l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale en r\u00e9ponse \u00e0 des stimulations olfactives et trig\u00e9minales.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[5050,459,2411],"tags":[34022,39378,6797,18522,37348,39377,38992],"class_list":["post-23235","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-electrophysiologie","category-neurosciences","category-psychophysiologie","tag-anosmie","tag-cserp","tag-electroencephalographie","tag-odorat","tag-olfactometrie","tag-potentiel-evoque-chimiosensoriel","tag-systeme-trigeminal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23235","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23235\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23235"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}