{"id":23199,"date":"2026-10-30T21:34:20","date_gmt":"2026-10-30T21:34:20","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bandes-de-charpentier"},"modified":"2026-10-30T21:34:20","modified_gmt":"2026-10-30T21:34:20","slug":"bandes-de-charpentier","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bandes-de-charpentier","title":{"rendered":"Bandes de Charpentier : Oscillations de la vision"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque le syst\u00e8me visuel humain est confront\u00e9 \u00e0 une transition lumineuse abrupte et mobile, l&rsquo;exp\u00e9rience perceptive ne se traduit pas par une simple \u00e9l\u00e9vation continue de la clart\u00e9, mais par une s\u00e9rie d&rsquo;ondulations sensorielles saisissantes. Les bandes de Charpentier constituent l&rsquo;une des manifestations psychophysiques les plus \u00e9l\u00e9gantes de la dynamique temporelle du traitement r\u00e9tinien, illustrant comment les r\u00e9troactions inhibitrices transitoires sculptent directement notre perception consciente de l&rsquo;espace et du mouvement. D\u00e9couvert au carrefour de la physiologie sensorielle du XIXe si\u00e8cle et des d\u00e9buts de l&rsquo;optique exp\u00e9rimentale, ce ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9v\u00e8le que la vision ne fonctionne pas comme un enregistreur passif instantan\u00e9, mais comme un r\u00e9seau oscillatoire hautement complexe.<\/p>\n<h2>Bandes de Charpentier<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Les bandes de Charpentier d\u00e9signent un ph\u00e9nom\u00e8ne visuel entoptique et psychophysique caract\u00e9ris\u00e9 par la perception d&rsquo;une alternance de fines bandes sombres et claires en \u00e9ventail imm\u00e9diatement apr\u00e8s le front ant\u00e9rieur d&rsquo;un secteur lumineux en rotation ou en d\u00e9placement rapide sur la r\u00e9tine. Cette illusion se manifeste lorsqu&rsquo;un contraste lumineux d&rsquo;intensit\u00e9 suffisante traverse le champ visuel \u00e0 une vitesse mod\u00e9r\u00e9e, transformant une variation temporelle d&rsquo;excitation lumineuse en une structure spatiale p\u00e9riodique per\u00e7ue. Elle met en \u00e9vidence les oscillations nerveuses transitoires qui accompagnent l&rsquo;activation initiale des photor\u00e9cepteurs et des circuits neuronaux r\u00e9tiniens.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, ces striations traduisent la r\u00e9ponse impulsionnelle sous-amortie des voies visuelles face \u00e0 un \u00e9chelon d&rsquo;\u00e9clairement soudain. Loin d&rsquo;\u00eatre le reflet d&rsquo;une discontinuit\u00e9 physique du stimulus lumineux lui-m\u00eame, les bandes constituent la signature perceptuelle d&rsquo;une oscillation d&rsquo;inhibition et de facilitation au sein des couches r\u00e9tiniennes internes. Le front d&rsquo;onde lumineux d\u00e9clenche une salve d\u00e9polarisante massive imm\u00e9diatement suivie d&rsquo;une r\u00e9troaction inhibitrice r\u00e9currente, g\u00e9n\u00e9rant ainsi une r\u00e9sonance biologique qui s&rsquo;att\u00e9nue rapidement dans le temps.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychophysique\">psychophysique<\/a> et des neurosciences de la vision, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est class\u00e9 parmi les r\u00e9ponses visuelles transitoires d\u00e9pendantes du temps, au m\u00eame titre que les images cons\u00e9cutives r\u00e9currentes ou l&rsquo;effet Broca-Sulzer. Il d\u00e9montre avec rigueur comment les constantes temporelles des synapses r\u00e9tiniennes se traduisent directement en coordonn\u00e9es spatiales par le truchement de la cin\u00e9tique oculaire ou du mouvement externe du stimulus.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab bandes de Charpentier \u00bb tire son origine \u00e9ponyme du patronyme du m\u00e9decin et physiologiste fran\u00e7ais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Augustin_Charpentier\">Augustin Charpentier<\/a> (1852\u20131916), professeur de physique m\u00e9dicale et d&rsquo;hygi\u00e8ne \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Nancy. Savant prolifique renomm\u00e9 pour ses travaux pionniers sur l&rsquo;adaptation lumineuse et l&rsquo;illusion taille-poids, Charpentier a d\u00e9crit et mod\u00e9lis\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle dans le cadre de ses recherches sur la persistance des impressions visuelles et la vitesse de transmission nerveuse dans la r\u00e9tine.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab bande \u00bb d\u00e9rive de l&rsquo;ancien bas francique <em>*binda<\/em>, qui d\u00e9signait un ruban, une tresse ou un lien mat\u00e9riel, ayant \u00e9volu\u00e9 en fran\u00e7ais pour qualifier une zone allong\u00e9e, continue et contrast\u00e9e se d\u00e9tachant d&rsquo;une surface sous-jacente. Dans le vocabulaire de la physiologie optique, le mot a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 pour caract\u00e9riser les zones rayonnantes d&rsquo;ombre et de clart\u00e9 qui semblent border les motifs tournants.<\/p>\n<p>En langue anglaise, le ph\u00e9nom\u00e8ne est universellement r\u00e9pertori\u00e9 sous la d\u00e9nomination <em>Charpentier&rsquo;s bands<\/em>, bien qu&rsquo;on le rencontre parfois associ\u00e9 \u00e0 la notion de <em>visual oscillations<\/em> ou de <em>fanlike bands<\/em>. D\u00e8s son introduction en 1891 dans les revues acad\u00e9miques fran\u00e7aises, la nomenclature a \u00e9t\u00e9 reprise sans alt\u00e9ration par les laboratoires europ\u00e9ens de psychologie exp\u00e9rimentale, attestant de la filiation directe avec les protocoles nanc\u00e9iens de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme s&rsquo;\u00e9nonce selon les normes du fran\u00e7ais standard : \/b\u0251\u0303d d\u0259 \u0283a\u0281.p\u0251\u0303.tje\/. En raison de son ancrage dans le vocabulaire savant francophone, l&rsquo;articulation demeure stable, sans diphtongaison, marqu\u00e9e par la succession de deux voyelles nasales (\/\u0251\u0303\/) respectivement dans \u00ab bandes \u00bb et dans le radical du patronyme \u00ab Char-pen-tier \u00bb.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab bandes de Charpentier \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine employ\u00e9e presque exclusivement au pluriel. L&#8217;emploi au singulier (\u00ab la bande de Charpentier \u00bb) demeure rare et impropre, dans la mesure o\u00f9 le ph\u00e9nom\u00e8ne se d\u00e9finit intrins\u00e8quement par une succession p\u00e9riodique d&rsquo;ondes lumineuses et obscures, impliquant n\u00e9cessairement la pr\u00e9sence de plusieurs stries contigu\u00ebs au sein du secteur d&rsquo;excitation.<\/p>\n<p>Dans la construction syntaxique de la phrase acad\u00e9mique, la locution s&rsquo;accorde au f\u00e9minin pluriel (\u00ab les bandes de Charpentier sont particuli\u00e8rement visibles \u00bb, \u00ab ces bandes oscillatoires furent mesur\u00e9es \u00bb). On \u00e9vitera la confusion avec d&rsquo;autres \u00e9ponymes du m\u00eame auteur, tels que l&rsquo;illusion de Charpentier (relative \u00e0 l&rsquo;estimation du poids en fonction du volume physique) ou la loi de Charpentier (concernant la sommation spatiale fov\u00e9ale de la luminance).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la gen\u00e8se des bandes de Charpentier, il convient d&rsquo;analyser la fa\u00e7on dont le syst\u00e8me visuel r\u00e9sout les perturbations lumineuses en fonction du temps. Lorsqu&rsquo;une surface sombre c\u00e8de brusquement la place \u00e0 une plage fortement \u00e9clair\u00e9e, les photor\u00e9cepteurs r\u00e9tiniens (c\u00f4nes et b\u00e2tonnets) subissent une d\u00e9polarisation ou une hyperpolarisation rapide qui se propage vers les cellules bipolaires et ganglionnaires. Cependant, cette transmission nerveuse n&rsquo;est ni infiniment rapide ni parfaitement lin\u00e9aire : elle se caract\u00e9rise par une forte latence initiale et par un comportement transitoire qualifi\u00e9 en ing\u00e9nierie de r\u00e9ponse sous-amortie.<\/p>\n<p>D\u00e8s que le front lumineux frappe une r\u00e9gion de la r\u00e9tine, la sensation de clart\u00e9 cro\u00eet brutalement pour atteindre une amplitude maximale, d\u00e9passant souvent la luminance per\u00e7ue en r\u00e9gime permanent. Presque instantan\u00e9ment, les interneurones locaux \u2014 en particulier les cellules horizontales et les cellules amacrines \u2014 g\u00e9n\u00e8rent une r\u00e9troaction d&rsquo;inhibition lat\u00e9rale et temporelle afin de r\u00e9primer cette excitation explosive. Cette <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Inhibition_lat%C3%A9rale\">inhibition lat\u00e9rale<\/a> provoque un effondrement passager de la sensation lumineuse per\u00e7ue : l&rsquo;observateur exp\u00e9rimente alors une courte phase d&rsquo;obscurcissement relatif, bien que l&rsquo;\u00e9clairement physique sur la r\u00e9tine demeure parfaitement constant.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;effet de la dissipation progressive de cette inhibition initiale, l&rsquo;excitation motrice nerveuse rebondit une seconde fois, produisant une nouvelle \u00e9l\u00e9vation de la luminosit\u00e9 apparente, imm\u00e9diatement suivie d&rsquo;une seconde vague d&rsquo;inhibition plus faible que la premi\u00e8re. Ce cycle d&rsquo;oscillations amorties se r\u00e9p\u00e8te sur deux \u00e0 quatre cycles successifs avant que la r\u00e9ponse neuronale ne se stabilise \u00e0 son niveau asymptotique d&rsquo;\u00e9quilibre stationnaire. Chez un observateur immobile observant une source lumineuse fixe, ces oscillations se traduisent par une pulsation imperceptible ou fusionn\u00e9e en une fraction de seconde.<\/p>\n<p>En revanche, lorsque le secteur blanc est en mouvement rotationnel continu devant l&rsquo;\u0153il, chaque point successif de la r\u00e9tine est stimul\u00e9 \u00e0 un instant diff\u00e9rent. Le mouvement physique transforme la coordonn\u00e9e temporelle (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"t\">$t$<\/span>) en coordonn\u00e9e spatiale (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"x = v \\times t\">$x = v \\times t$<\/span>, o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"v\">$v$<\/span> repr\u00e9sente la vitesse de balayage). Par cons\u00e9quent, les vagues successives d&rsquo;excitation et d&rsquo;inhibition nerveuses ne se superposent plus au m\u00eame emplacement anatomique, mais s&rsquo;\u00e9talent g\u00e9ographiquement le long du chemin parcouru par le secteur blanc. L&rsquo;observateur voit donc distinctement une premi\u00e8re bande claire, suivie d&rsquo;une raie sombre correspondant au creux inhibiteur, puis d&rsquo;une seconde strie claire plus att\u00e9nu\u00e9e, dessinant un \u00e9ventail oscillatoire stri\u00e9.<\/p>\n<p>La largeur et l&rsquo;espacement de ces bandes d\u00e9pendent intimement de deux variables fondamentales : la fr\u00e9quence intrins\u00e8que de l&rsquo;oscillation neuro-r\u00e9tinienne (g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9valu\u00e9e entre 30 et 45 Hz) et la vitesse angulaire du stimulus. Si la rotation est trop lente, la translation spatiale est insuffisante pour dissocier les phases temporelles et les bandes se tassent jusqu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre. Si la rotation devient trop rapide, les seuils de persistance r\u00e9tinienne et la fusion critique du papillotement gomment les contrastes p\u00e9riodiques, fondant la surface en une teinte uniforme et continue.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des bandes de Charpentier s&rsquo;enracine dans l&rsquo;effervescence scientifique de la fin du XIXe si\u00e8cle, p\u00e9riode charni\u00e8re o\u00f9 la physiologie sensorielle s&rsquo;\u00e9mancipe de la simple optique physique pour forger la psychophysique moderne. En 1891, Augustin Charpentier pr\u00e9sente devant l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences et publie dans les <em>Archives de physiologie normale et pathologique<\/em> une s\u00e9rie de m\u00e9moires fondamentaux intitul\u00e9s \u00ab Dissociation des impressions successives occupant le m\u00eame si\u00e8ge sur la r\u00e9tine \u00bb. \u00c0 travers ces travaux, le physiologiste nanc\u00e9ien cherche \u00e0 d\u00e9terminer la cin\u00e9tique fine de la r\u00e9action r\u00e9tinienne \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Charpentier utilise pour ses exp\u00e9riences des disques rotatifs peints en noir mat, sur lesquels est d\u00e9coup\u00e9 ou peint un secteur blanc de dimensions variables. En faisant tourner ces disques \u00e0 des cadences lentes et rigoureusement contr\u00f4l\u00e9es (environ 1 \u00e0 2 tours par seconde), il constate avec surprise que la zone d&rsquo;attaque du secteur blanc n&rsquo;appara\u00eet pas homog\u00e8ne. Une bande d&rsquo;ombre tr\u00e8s nette, suivie d&rsquo;une zone claire secondaire, semble strier l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 ant\u00e9rieure du motif lumineux. Charpentier comprend imm\u00e9diatement que cette obscurit\u00e9 apparente correspond \u00e0 une r\u00e9action interne de la r\u00e9tine : un arr\u00eat ou une diminution temporaire du flux sensoriel induite par l&rsquo;action de la lumi\u00e8re elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, le physicien britannique Shelford Bidwell (1848\u20131909) prend connaissance des travaux de Charpentier et entreprend de r\u00e9pliquer ses protocoles \u00e0 Londres. Dans ses publications de 1899 intitul\u00e9es <em>Curiosities of Light and Sight<\/em>, Bidwell \u00e9largit la port\u00e9e des bandes de Charpentier en explorant leurs relations avec les couleurs spectrales et les contrastes chromatiques. Bidwell d\u00e9montre que les oscillations lumineuses s&rsquo;accompagnent de variations chromatiques spectaculaires et identifie le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab spectre de Bidwell \u00bb ou \u00ab fant\u00f4me de Bidwell \u00bb (<em>Bidwell&rsquo;s ghost<\/em>), qui repr\u00e9sente la phase d&rsquo;image cons\u00e9cutive positive retard\u00e9e succ\u00e9dant aux bandes oscillatoires primaires.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, William McDougall (1904) consacre d&rsquo;importantes \u00e9tudes psychophysiques \u00e0 ces bandes p\u00e9riodiques, cherchant \u00e0 int\u00e9grer le ph\u00e9nom\u00e8ne dans les querelles th\u00e9oriques opposant la th\u00e9orie trichromatique de Young-Helmholtz \u00e0 la th\u00e9orie des processus antagonistes d&rsquo;Ewald Hering. McDougall interpr\u00e8te les bandes de Charpentier comme une preuve exp\u00e9rimentale incontestable de l&rsquo;existence de processus inhibiteurs autonomes et r\u00e9troactifs op\u00e9rant dans les tissus nerveux centraux et p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne apporte une validation d\u00e9finitive aux intuitions de Charpentier. Les travaux pionniers de H. Keffer Hartline et Floyd Ratliff sur l&rsquo;inhibition lat\u00e9rale au sein de l&rsquo;\u0153il compos\u00e9 de la limule (<em>Limulus<\/em>), puis les enregistrements intracellulaires sur des r\u00e9tines de vert\u00e9br\u00e9s par John Dowling et Frank Werblin, confirment que les r\u00e9seaux neuronaux r\u00e9tiniens poss\u00e8dent des circuits inhibiteurs \u00e0 r\u00e9troaction dont la cin\u00e9tique temporelle reproduit fid\u00e8lement la structure p\u00e9riodique des bandes de Charpentier.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise th\u00e9orique des bandes de Charpentier repose sur les principes du traitement du signal appliqu\u00e9 \u00e0 la biologie sensorielle, plus particuli\u00e8rement sur la th\u00e9orie des syst\u00e8mes lin\u00e9aires invariants ou quasi-lin\u00e9aires. Dans ce cadre, la r\u00e9tine est mod\u00e9lis\u00e9e comme un filtre passe-bande spatio-temporel. La r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus soudain de lumi\u00e8re continue ne constitue pas un saut indiciel imm\u00e9diat, mais la convolution de ce saut avec la fonction de r\u00e9ponse impulsionnelle du syst\u00e8me visuel.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse impulsionnelle comprend une composante positive transitoire suivie d&rsquo;une onde n\u00e9gative diphasique ou triphasique. Sur le plan biophysique, la phototransduction dans les segments externes des c\u00f4nes g\u00e9n\u00e8re une cascade enzymatique qui ferme les canaux sodiques d\u00e9pendants du GMPc, provoquant l&rsquo;hyperpolarisation du photor\u00e9cepteur. Bien que la r\u00e9ponse \u00e9l\u00e9mentaire du photor\u00e9cepteur soit monotone et amortie, c&rsquo;est l&rsquo;int\u00e9gration synaptique au sein de la couche plexiforme externe et de la couche plexiforme interne qui engendre le comportement oscillatoire.<\/p>\n<p>Deux m\u00e9canismes cellulaires compl\u00e9mentaires sous-tendent cette dynamique oscillatoire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La r\u00e9troaction inhibitrice horizontale :<\/strong> Les cellules horizontales, connect\u00e9es lat\u00e9ralement \u00e0 plusieurs c\u00f4nes adjacents, exercent une r\u00e9troaction inhibitrice m\u00e9di\u00e9e par le GABA sur les terminaisons synaptiques des photor\u00e9cepteurs. Cette r\u00e9troaction poss\u00e8de une latence intrins\u00e8que de quelques dizaines de millisecondes, cr\u00e9ant un d\u00e9calage temporel g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;oscillations de potentiel lors d&rsquo;une stimulation brutale.<\/li>\n<li><strong>Le r\u00e9seau des cellules amacrines :<\/strong> Dans la r\u00e9tine interne, les cellules amacrines assurent une r\u00e9gulation temporelle des cellules ganglionnaires. Les cellules amacrines transitoires (\u00e0 r\u00e9ponse phasique) \u00e9mettent une impulsion inhibitrice rapide qui coupe bri\u00e8vement la transmission vers les fibres du nerf optique, sculptant la d\u00e9pression d&rsquo;activit\u00e9 correspondant \u00e0 la bande sombre per\u00e7ue.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une autre perspective th\u00e9orique incontournable est celle de la th\u00e9orie des processus antagonistes de Hering. Dans cette approche, la vision de la clart\u00e9 et de l&rsquo;obscurit\u00e9 d\u00e9coule de la balance dynamique entre des processus d&rsquo;assimilation et de d\u00e9sassimilation au sein d&rsquo;une substance visuelle unifi\u00e9e (le canal blanc-noir). Les bandes de Charpentier sont alors interpr\u00e9t\u00e9es comme la manifestation visible d&rsquo;un contrecoup compensatoire physiologique : \u00e0 l&rsquo;excitation d&rsquo;\u00e9clairement succ\u00e8de instantan\u00e9ment une pulsion endog\u00e8ne d&rsquo;obscurcissement destin\u00e9e \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;hom\u00e9ostasie visuelle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation et la mod\u00e9lisation des bandes de Charpentier s&rsquo;articulent autour de plusieurs param\u00e8tres cardinaux qui d\u00e9terminent leur visibilit\u00e9, leur morphologie et leur distribution :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le front ant\u00e9rieur de clart\u00e9 :<\/strong> Il s&rsquo;agit de la fronti\u00e8re de transition abrupte marquant le passage de l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re. Cette premi\u00e8re composante spatiale correspond au sommet initial de la d\u00e9charge neuronale (\u00ab on-response \u00bb), per\u00e7ue avec un \u00e9clat maximal sup\u00e9rieur au reste du motif.<\/li>\n<li><strong>La bande sombre primaire :<\/strong> Situ\u00e9e imm\u00e9diatement en arri\u00e8re du bord d&rsquo;attaque, cette raie obscure mesure g\u00e9n\u00e9ralement une fraction de degr\u00e9 visuel. Elle correspond \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e en jeu brutale de l&rsquo;inhibition lat\u00e9rale r\u00e9currente et constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus distinctif du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>Les bandes secondaires et tertiaires :<\/strong> Ondulations successives de clart\u00e9 et d&rsquo;obscurit\u00e9 de contraste d\u00e9croissant, t\u00e9moignant de l&rsquo;amortissement rapide du syst\u00e8me oscillatoire nerveux. Dans la plupart des conditions exp\u00e9rimentales, seules deux \u00e0 trois ondulations demeurent discernables \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu.<\/li>\n<li><strong>La fr\u00e9quence spatiale apparente :<\/strong> Dimension d\u00e9finie par la densit\u00e9 des bandes par degr\u00e9 d&rsquo;angle visuel sur la r\u00e9tine. Elle est directement proportionnelle \u00e0 la vitesse de d\u00e9placement du stimulus et inversement proportionnelle \u00e0 la p\u00e9riode de l&rsquo;oscillation neuronale.<\/li>\n<li><strong>La composante chromatique (bandes de Charpentier color\u00e9es) :<\/strong> Lorsque le stimulus employ\u00e9 n&rsquo;est pas blanc mais monochromatique ou satur\u00e9 (rouge, bleu, vert), les bandes oscillatoires pr\u00e9sentent des modulations de saturation et de teinte, chaque sous-syst\u00e8me de c\u00f4nes poss\u00e9dant une constante de temps sp\u00e9cifique dans ses circuits inhibiteurs respectifs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour observer rigoureusement les bandes de Charpentier, plusieurs configurations d&rsquo;atelier et de laboratoire peuvent \u00eatre mobilis\u00e9es. Le dispositif classique le plus embl\u00e9matique demeure le disque tournant de Maxwell-Helmholtz. Consid\u00e9rons un disque de carton de 30 centim\u00e8tres de diam\u00e8tre, int\u00e9gralement peint en noir profond non r\u00e9fl\u00e9chissant, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;un secteur circulaire blanc d&rsquo;environ 60 degr\u00e9s d&rsquo;ouverture angulaire. Lorsque l&rsquo;exp\u00e9rimentateur fait tourner ce disque sur un axe motoris\u00e9 \u00e0 la vitesse stabilis\u00e9e d&rsquo;un tour par seconde sous un \u00e9clairage z\u00e9nithal soutenu, le regard fix\u00e9 sur un point central ou immobile permet de voir surgir sur le front avant du secteur blanc deux \u00e0 trois lignes sombres tr\u00e8s fines, orient\u00e9es radialement comme les baleines d&rsquo;un \u00e9ventail en mouvement.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas illustratif moderne repose sur la projection tachistoscopique ou stroboscopique d&rsquo;une fente lumineuse se d\u00e9pla\u00e7ant horizontalement sur un \u00e9cran obscur. Lorsqu&rsquo;une barre verticale luminescente d&rsquo;une largeur de 2 millim\u00e8tres traverse un champ visuel noir \u00e0 une vitesse lin\u00e9aire constante d&rsquo;environ 15 \u00e0 20 centim\u00e8tres par seconde, l&rsquo;observateur ne per\u00e7oit pas un rectangle blanc aux contours rigides. L&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 avant de la barre semble s&rsquo;effilocher en une s\u00e9rie de striations cr\u00e9nel\u00e9es, donnant l&rsquo;illusion visuelle que la source lumineuse tra\u00eene un r\u00e9seau d&rsquo;ondes oscillantes derri\u00e8re sa proue lumineuse.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple \u00e9merge dans des situations \u00e9cologiques nocturnes, notamment lors du balayage rapide du faisceau d&rsquo;un phare ou d&rsquo;une torche puissante sur une surface uniforme dans une pi\u00e8ce enti\u00e8rement plong\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Si l&rsquo;\u0153il maintient une fixation stricte alors que le c\u00f4ne de lumi\u00e8re traverse brusquement le champ p\u00e9riph\u00e9rique \u00e0 vitesse soutenue, la tranche lumineuse mobile se d\u00e9compose fugitivement en micro-pulsations spatialis\u00e9es, illustrant la transposition naturelle des oscillations r\u00e9tiniennes sur le plan perceptif.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychophysique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative des bandes de Charpentier a n\u00e9cessit\u00e9 l&rsquo;\u00e9laboration de m\u00e9thodologies m\u00e9trologiques pr\u00e9cises afin de relier les param\u00e8tres de stimulation physique aux grandeurs physiologiques sous-jacentes. En psychophysique classique, la mesure repose sur la m\u00e9thode des ajustements ou la m\u00e9thode des limites : l&rsquo;exp\u00e9rimentateur fait varier la vitesse de rotation du stimulus jusqu&rsquo;au point o\u00f9 les bandes deviennent distinctes (seuil d&rsquo;apparition spatiale), puis acc\u00e9l\u00e8re jusqu&rsquo;au seuil de fusion o\u00f9 les striations se fondent dans la luminance moyenne.<\/p>\n<p>En connaissant avec exactitude la vitesse angulaire (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\omega\">$\\omega$<\/span> en radians par seconde) et le rayon (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r\">$r$<\/span>) auquel le sujet effectue son observation, il est possible de calculer la vitesse lin\u00e9aire du stimulus sur la r\u00e9tine (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"v_{ret} = f \\times \\omega\">$v_{ret} = f \\times \\omega$<\/span>, o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"f\">$f$<\/span> est la longueur focale \u00e9quivalente de l&rsquo;\u0153il humain, soit environ 17 mm). En mesurant la largeur angulaire apparente (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\theta\">$\\theta$<\/span>) qui s\u00e9pare le front de clart\u00e9 de la premi\u00e8re bande sombre \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un r\u00e9ticule microm\u00e9trique \u00e9talonn\u00e9, on peut d\u00e9duire la p\u00e9riode temporelle (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"T\">$T$<\/span>) de l&rsquo;inhibition initiale selon la formule fondamentale :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"T = \\frac{\\theta}{\\omega}\">$$T = \\frac{\\theta}{\\omega}$$<\/span><\/p>\n<p>Les donn\u00e9es psychophysiques historiques et contemporaines indiquent de mani\u00e8re convergente que la premi\u00e8re bande sombre survient environ 25 \u00e0 35 millisecondes apr\u00e8s l&rsquo;impact lumineux initial, ce qui correspond \u00e0 une fr\u00e9quence d&rsquo;oscillation endog\u00e8ne d&rsquo;environ 30 \u00e0 40 Hz. Cette valeur co\u00efncide remarquablement avec les gammes de fr\u00e9quences observ\u00e9es dans les potentiels oscillatoires de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectror%C3%A9tinogramme\">\u00e9lectror\u00e9tinogramme<\/a> (ERG).<\/p>\n<p>Dans les neurosciences actuelles, l&rsquo;enregistrement simultan\u00e9 de l&rsquo;ERG flash et des potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV) corticaux permet de corroborer ces mesures psychophysiques par des signaux \u00e9lectrophysiologiques directs. L&rsquo;analyse par ondelettes des composantes pr\u00e9coces de l&rsquo;ERG (sp\u00e9cialement les potentiels oscillatoires OP1 \u00e0 OP4 intercal\u00e9s entre l&rsquo;onde <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"a\">$a$<\/span> et l&rsquo;onde <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"b\">$b$<\/span>) d\u00e9montre une corr\u00e9lation temporelle \u00e9troite avec la gen\u00e8se des bandes de Charpentier, validant la th\u00e8se d&rsquo;une origine r\u00e9tinienne majeure de la cadence oscillatoire.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que les bandes de Charpentier soient souvent consid\u00e9r\u00e9es comme une curiosit\u00e9 de laboratoire, leur compr\u00e9hension poss\u00e8de des retomb\u00e9es directes et concr\u00e8tes dans plusieurs domaines appliqu\u00e9s de l&rsquo;ing\u00e9nierie visuelle, de la neurologie et de l&rsquo;ergonomie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Conception des technologies d&rsquo;affichage et taux de rafra\u00eechissement :<\/strong> La mise au point des \u00e9crans modernes (moniteurs OLED, \u00e9crans de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle \u00e0 haut taux de rafra\u00eechissement) exige de ma\u00eetriser les artefacts transitoires li\u00e9s au mouvement rapide d&rsquo;objets fortement contrast\u00e9s. Les ph\u00e9nom\u00e8nes de tra\u00een\u00e9e, de saccades fant\u00f4mes et de flou de mouvement (<em>motion blur<\/em>) interagissent avec les oscillations r\u00e9tiniennes naturelles ; la prise en compte de la constante d&rsquo;inhibition mise en \u00e9vidence par Charpentier permet de calibrer les impulsions lumineuses d&rsquo;insertion de trames noires (<em>Black Frame Insertion<\/em>) pour pr\u00e9venir la fatigue visuelle.<\/li>\n<li><strong>Diagnostic clinique et ophtalmologie fonctionnelle :<\/strong> Les modifications des potentiels oscillatoires r\u00e9tiniens constituent des biomarqueurs pr\u00e9coces majeurs de plusieurs pathologies vasculaires et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, notamment la r\u00e9tinopathie diab\u00e9tique d\u00e9butante, le glaucome \u00e0 angle ouvert et certaines d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences tap\u00e9to-r\u00e9tiniennes. L&rsquo;alt\u00e9ration des bandes de Charpentier ou la perturbation de la discrimination temporelle rapide peuvent servir d&rsquo;indicateur sensible de la souffrance des interneurones r\u00e9tiniens (cellules amacrines et horizontales).<\/li>\n<li><strong>Ergonomie de la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re et ferroviaire :<\/strong> Dans des conditions de conduite nocturne, la signalisation active clignotante ou le balayage par les feux de v\u00e9hicules en mouvement peuvent d\u00e9clencher des oscillations perceptives nuisibles \u00e0 la reconnaissance pr\u00e9cise des obstacles. La mod\u00e9lisation de ces r\u00e9ponses transitoires aide \u00e0 optimiser les fr\u00e9quences de clignotement des balises de secours afin d&rsquo;\u00e9viter tout ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9blouissement oscillatoire perturbateur.<\/li>\n<li><strong>Arts visuels et cin\u00e9matographie :<\/strong> D\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement du pr\u00e9-cin\u00e9ma (ph\u00e9nakistiscope, zootrope) et dans l&rsquo;art cin\u00e9tique contemporain, les artistes ont intuitivement exploit\u00e9 les bandes de Charpentier et les persistances r\u00e9tiniennes pour susciter des sensations subjectives de vibration et de texture lumineuse dynamique chez le spectateur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les preuves empiriques corroborant la r\u00e9alit\u00e9 physiologique des bandes de Charpentier se sont accumul\u00e9es \u00e0 travers plus d&rsquo;un si\u00e8cle de recherches psychophysiques et neurophysiologiques. Dans les ann\u00e9es 1920, Edgar Douglas Adrian et Rachel Matthews ont entrepris des enregistrements pionniers de l&rsquo;activit\u00e9 du nerf optique de l&rsquo;anguille (<em>Conger conger<\/em>) lors de stimulations lumineuses \u00e9chelonn\u00e9es. Leurs trac\u00e9s ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le train d&rsquo;impulsions initial ne pr\u00e9sente pas une cadence r\u00e9guli\u00e8re, mais une d\u00e9charge explosive pr\u00e9liminaire suivie d&rsquo;une pause marqu\u00e9e d&rsquo;inactivit\u00e9 avant la reprise d&rsquo;une cadence stable, r\u00e9pliquant \u00e9lectrophysiologiquement la dynamique du front de clart\u00e9 et de la premi\u00e8re bande sombre.<\/p>\n<p>Dans un article fondamental paru en 1963 dans le <em>Journal of the Optical Society of America<\/em>, Floyd Ratliff, H. Keffer Hartline et William H. Miller ont formalis\u00e9 les interactions temporelles et spatiales des r\u00e9seaux inhibiteurs r\u00e9tiniens. Ils ont explicitement analys\u00e9 les mesures fournies par Shelford Bidwell en 1899 concernant les bandes de Charpentier, d\u00e9montrant que la courbe de luminosit\u00e9 apparente correspond rigoureusement \u00e0 l&rsquo;\u00e9quation diff\u00e9rentielle d\u00e9crivant un oscillateur harmonique avec amortissement visqueux induit par l&rsquo;inhibition r\u00e9currente retard\u00e9e.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, des \u00e9tudes en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et en \u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute r\u00e9solution men\u00e9es lors de stimulations visuelles p\u00e9riodiques ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;une r\u00e9sonance corticale pr\u00e9f\u00e9rentielle autour de 40 Hz dans les aires visuelles primaires (V1 et V2). Bien que la composante initiale d&rsquo;inhibition prenne naissance dans la r\u00e9tine, les travaux d&rsquo;\u00e9quipes contemporaines indiquent que les boucles de r\u00e9troaction cortico-thalamiques (entre le corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral et l&rsquo;\u00e9corce stri\u00e9e) amplifient et stabilisent ces oscillations, assurant la coh\u00e9sion perceptuelle de la structure p\u00e9riodique observ\u00e9e consciemment par le sujet.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transcutan\u00e9es<\/h3>\n<p>S&rsquo;agissant d&rsquo;un processus biologique hautement conserv\u00e9 au sein du syst\u00e8me nerveux central des primates, la manifestation fondamentale des bandes de Charpentier ne pr\u00e9sente aucune variabilit\u00e9 transculturelle ou ethnique significative dans ses param\u00e8tres biophysiques fondamentaux. Que l&rsquo;observateur provienne d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 industrialis\u00e9e ou d&rsquo;une communaut\u00e9 rurale isol\u00e9e, les constantes de temps de la phototransduction, de la transmission synaptique horizontale et des cellules ganglionnaires demeurent strictement identiques sous r\u00e9serve d&rsquo;une acuit\u00e9 visuelle normale.<\/p>\n<p>En revanche, l&rsquo;histoire culturelle de la science r\u00e9v\u00e8le de remarquables divergences r\u00e9gionales et \u00e9pist\u00e9mologiques dans l&rsquo;accueil et l&rsquo;interpr\u00e9tation de ce ph\u00e9nom\u00e8ne au tournant du XIXe si\u00e8cle. Au sein de l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise de m\u00e9decine et de physiologie (port\u00e9e par Augustin Charpentier, \u00c9tienne-Jules Marey et Paul Bert), l&rsquo;accent \u00e9tait presque exclusivement orient\u00e9 vers le mat\u00e9rialisme physiologique, recherchant une explication tissulaire, m\u00e9canique et p\u00e9riph\u00e9rique au niveau de l&rsquo;organe oculaire lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;\u00e9cole psychophysique germanique, domin\u00e9e par Hermann von Helmholtz et Wilhelm Wundt, manifestait une m\u00e9fiance marqu\u00e9e envers l&rsquo;explication purement r\u00e9tinienne des ph\u00e9nom\u00e8nes transitoires, pr\u00e9f\u00e9rant mobiliser des hypoth\u00e8ses fond\u00e9es sur des \u00ab inf\u00e9rences inconscientes \u00bb ou des processus d&rsquo;attention centrale s\u00e9lective. Quant \u00e0 la tradition britannique, repr\u00e9sent\u00e9e par Bidwell et McDougall, elle s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 \u00e9laborer des ponts th\u00e9oriques pragmatiques, int\u00e9grant les donn\u00e9es psychophysiques de Charpentier dans des mod\u00e8les math\u00e9matiques formalis\u00e9s de transmission d&rsquo;ondes nerveuses forc\u00e9es.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>Tout au long de son exploration scientifique, l&rsquo;\u00e9tude des bandes de Charpentier a suscit\u00e9 d&rsquo;\u00e2pres d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et conceptuels. La principale controverse historique a port\u00e9 sur la localisation pr\u00e9cise du g\u00e9n\u00e9rateur oscillatoire : s&rsquo;agit-il d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement intra-r\u00e9tinien, ou d\u00e9pend-il d&rsquo;une synchronisation oscillatoire au niveau du cortex visuel primaire ?<\/p>\n<p>Si la d\u00e9monstration des potentiels oscillatoires de l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9tinogramme a prouv\u00e9 l&rsquo;existence ind\u00e9niable d&rsquo;une source r\u00e9tinienne, plusieurs auteurs ont object\u00e9 que la seule r\u00e9ponse p\u00e9riph\u00e9rique \u00e9tait insuffisante pour rendre compte de la nettet\u00e9 subjective des bandes. Certains chercheurs ont fait remarquer que les mouvements oculaires involontaires (microsaccades, tremblement oculaire et d\u00e9rive physiologique de fixation) viennent interf\u00e9rer avec le d\u00e9placement r\u00e9gulier de l&rsquo;image sur la fov\u00e9a, ce qui peut amplifier ou, au contraire, estomper artificiellement les ondulations per\u00e7ues selon la stabilit\u00e9 oculomotrice de chaque individu.<\/p>\n<p>Une autre limite m\u00e9thodologique r\u00e9side dans la forte d\u00e9pendance du ph\u00e9nom\u00e8ne envers l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;adaptation de l&rsquo;\u0153il. Lorsque la r\u00e9tine est enti\u00e8rement adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 (vision scotopique domin\u00e9e par les b\u00e2tonnets), les bandes de Charpentier modifient radicalement leur fr\u00e9quence spatiale et leur contraste en raison de la lenteur cin\u00e9tique du syst\u00e8me des b\u00e2tonnets par rapport \u00e0 celui des c\u00f4nes fov\u00e9aux. Cette variabilit\u00e9 a parfois conduit des exp\u00e9rimentateurs moins rigoureux \u00e0 des difficult\u00e9s de r\u00e9plication, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de standardiser scrupuleusement le niveau de pr\u00e9-adaptation photopique et le diam\u00e8tre pupillaire lors des mesures.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout \u00e9cueil s\u00e9mantique dans l&rsquo;analyse de la perception visuelle du mouvement et du contraste, il est essentiel de distinguer les bandes de Charpentier de plusieurs notions apparent\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bandes_de_Mach\">Bandes de Mach<\/a> :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;accentuation spatiale des contrastes statiques se manifestant aux fronti\u00e8res de deux plages de luminance diff\u00e9rente (cr\u00eates de surbrillance et d&rsquo;assombrissement). Contrairement aux bandes de Charpentier, les bandes de Mach ne n\u00e9cessitent aucun mouvement ni dynamique temporelle d&rsquo;activation ; elles r\u00e9sultent exclusivement de l&rsquo;inhibition lat\u00e9rale spatiale en r\u00e9gime permanent stationnaire.<\/li>\n<li><strong>Effet Broca-Sulzer :<\/strong> Surestimation subjective de la clart\u00e9 d&rsquo;un flash lumineux bref (environ 50 \u00e0 100 millisecondes) par rapport \u00e0 un stimulus continu de m\u00eame intensit\u00e9 physique. L&rsquo;effet Broca-Sulzer mesure la hauteur de la cr\u00eate initiale d&rsquo;excitation neuronale, tandis que les bandes de Charpentier manifestent l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du profil oscillatoire spatialis\u00e9 dans le sillage du front d&rsquo;attaque.<\/li>\n<li><strong>Spectre de Bidwell (ou fant\u00f4me de Bidwell) :<\/strong> Image cons\u00e9cutive positive retard\u00e9e qui appara\u00eet \u00e0 une certaine distance derri\u00e8re un secteur lumineux en rotation, souvent dot\u00e9e d&rsquo;une teinte compl\u00e9mentaire \u00e0 celle du stimulus. Le fant\u00f4me de Bidwell survient apr\u00e8s l&rsquo;amortissement complet des bandes de Charpentier et correspond \u00e0 une phase de r\u00e9activation tardive des photor\u00e9cepteurs.<\/li>\n<li><strong>Disque de Benham :<\/strong> Motif circulaire noir et blanc dont la rotation engendre des sensations vives de couleurs subjectives (couleurs de Fechner). Le disque de Benham repose sur des asynchronismes de latence entre les diff\u00e9rents types de c\u00f4nes chromatiques, alors que les bandes de Charpentier s&rsquo;observent prioritairement comme des modulations de luminance monochromatique ou achromatique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tincellement de Bartley (effet Bartley) :<\/strong> Augmentation spectaculaire de la brillance per\u00e7ue d&rsquo;une source lumineuse clignotant \u00e0 une fr\u00e9quence proche de la fr\u00e9quence critique de fusion visuelle (environ 8 \u00e0 10 Hz), li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9sonance du rythme alpha cortical, distinct des micro-oscillations r\u00e9tiniennes \u00e0 haute fr\u00e9quence des bandes de Charpentier.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Les bandes de Charpentier occupent une position fondamentale dans l&rsquo;histoire et les fondements de la physiologie visuelle. Elles incarnent le pont tangible unissant la dynamique biophysique cellulaire et la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception consciente :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature du ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/strong> Alternance de bandes sombres et claires en \u00e9ventail observables imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du front d&rsquo;attaque d&rsquo;un secteur lumineux en d\u00e9placement rapide sur fond sombre.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme explicatif :<\/strong> Traduction spatiale, via le mouvement, d&rsquo;une oscillation temporelle transitoire d&rsquo;activation et d&rsquo;inhibition lat\u00e9rale r\u00e9currente au sein des r\u00e9seaux neuronaux de la r\u00e9tine (cellules horizontales et amacrines).<\/li>\n<li><strong>Paternit\u00e9 scientifique :<\/strong> D\u00e9couvert et formalis\u00e9 exp\u00e9rimentalement en 1891 par le physiologiste fran\u00e7ais Augustin Charpentier, puis d\u00e9velopp\u00e9 et mod\u00e9lis\u00e9 math\u00e9matiquement par Shelford Bidwell, William McDougall et Floyd Ratliff.<\/li>\n<li><strong>Param\u00e8tres temporels :<\/strong> Fr\u00e9quence d&rsquo;oscillation sous-jacente \u00e9valu\u00e9e entre 30 et 45 Hz, correspondant \u00e9troitement aux potentiels oscillatoires enregistr\u00e9s par \u00e9lectror\u00e9tinographie.<\/li>\n<li><strong>Importance contemporaine :<\/strong> Cl\u00e9 de vo\u00fbte th\u00e9orique pour mod\u00e9liser le filtrage spatio-temporel de la vision humaine, concevoir des interfaces d&rsquo;affichage \u00e0 haute performance et comprendre les m\u00e9canismes de plasticit\u00e9 et de dysfonctionnement des r\u00e9seaux nerveux visuels.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Adrian, E. D., &amp; Matthews, R. (1927). The action of light on the eye: Part I. The discharge of impulses in the optic nerve and its relation to the electric changes in the retina. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 63(4), 378\u2013414. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1927.sp002404\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1927.sp002404<\/a><\/li>\n<li>Bidwell, S. (1899). <em>Curiosities of light and sight<\/em>. Swan Sonnenschein &amp; Co. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/curiositiesoflig00bidwrich\">https:\/\/archive.org\/details\/curiositiesoflig00bidwrich<\/a><\/li>\n<li>Charpentier, A. (1891). Dissociation des impressions successives occupant le m\u00eame si\u00e8ge sur la r\u00e9tine. <em>Archives de physiologie normale et pathologique<\/em>, 5e s\u00e9rie, 3(23), 468\u2013477. <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k54932349\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k54932349<\/a><\/li>\n<li>McDougall, W. (1904). The sensations excited by a single momentary stimulation of the eye. <em>The British Journal of Psychology<\/em>, 1(1), 78\u2013113. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.2044-8295.1904.tb00150.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.2044-8295.1904.tb00150.x<\/a><\/li>\n<li>Ratliff, F., Hartline, H. K., &amp; Miller, W. H. (1963). Spatial and temporal aspects of retinal inhibitory interaction. <em>Journal of the Optical Society of America<\/em>, 53(1), 110\u2013120. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1364\/JOSA.53.000110\">https:\/\/doi.org\/10.1364\/JOSA.53.000110<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les bandes de Charpentier d\u00e9signent un ph\u00e9nom\u00e8ne visuel oscillatoire o\u00f9 des bandes sombres et claires apparaissent sur un stimulus lumineux mobile, r\u00e9v\u00e9lant la dynamique temporelle et l&rsquo;inhibition lat\u00e9rale r\u00e9tinienne.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1387,4095,5106],"tags":[11783,39297,36007,5202,2915,1127,39298],"class_list":["post-23199","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-perception-visuelle","category-psychophysique","tag-augustin-charpentier","tag-bandes-de-charpentier","tag-electroretinogramme","tag-inhibition-laterale","tag-perception-visuelle","tag-psychophysique","tag-vision-temporelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23199","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23199\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23199"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23199"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23199"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}