{"id":23169,"date":"2026-10-30T20:27:11","date_gmt":"2026-10-30T20:27:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=score-de-changement"},"modified":"2026-10-30T20:27:11","modified_gmt":"2026-10-30T20:27:11","slug":"score-de-changement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=score-de-changement","title":{"rendered":"Score de changement : Mesurer l&rsquo;\u00e9volution"},"content":{"rendered":"<p>La quantification de la transformation psychologique constitue l&rsquo;un des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques et \u00e9pist\u00e9mologiques les plus stimulants des sciences du comportement. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;une psychoth\u00e9rapie, le d\u00e9veloppement cognitif de l&rsquo;enfant ou l&rsquo;impact d&rsquo;une intervention organisationnelle, la saisie objective de la trajectoire individuelle repose traditionnellement sur le calcul d&rsquo;une variation num\u00e9rique entre deux temps de mesure. Comprendre les propri\u00e9t\u00e9s, la fiabilit\u00e9 et les paradoxes inh\u00e9rents au score de changement permet aux chercheurs et aux praticiens de distinguer les v\u00e9ritables mutations psychologiques des artefacts statistiques qui polluent fr\u00e9quemment les devis longitudinaux.<\/p>\n<h2>Score de changement<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychom%C3%A9trie\">psychom\u00e9trie<\/a> et en m\u00e9thodologie de la recherche quantitative, le score de changement (souvent appel\u00e9 score de diff\u00e9rence, score de gain ou score diff\u00e9rentiel) d\u00e9signe la valeur arithm\u00e9tique obtenue en soustrayant le score observ\u00e9 lors d&rsquo;une \u00e9valuation initiale (pr\u00e9-test, not\u00e9 <em>X<\/em>) du score observ\u00e9 lors d&rsquo;une \u00e9valuation ult\u00e9rieure (post-test, not\u00e9 <em>Y<\/em>) pour une m\u00eame unit\u00e9 d&rsquo;observation : <span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">\u0394 = <em>Y<\/em> \u2212 <em>X<\/em>. Cet indice \u00e9l\u00e9mentaire vise \u00e0 quantifier la magnitude et la direction de la modification d&rsquo;un attribut psychologique, cognitif ou comportemental au cours d&rsquo;un intervalle temporel donn\u00e9<\/span>.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette simple op\u00e9ration arithm\u00e9tique, le concept englobe une vaste famille de mod\u00e8les statistiques con\u00e7us pour isoler l&rsquo;\u00e9volution r\u00e9elle d&rsquo;une variable latente tout en contr\u00f4lant l&rsquo;erreur de mesure al\u00e9atoire, les fluctuations d&rsquo;\u00e9chantillonnage et les biais structurels inh\u00e9rents aux devis r\u00e9p\u00e9titifs. Le score de changement sert d&rsquo;indicateur pivot dans l&rsquo;appr\u00e9ciation des trajectoires d\u00e9veloppementales individuelles et dans la d\u00e9termination de l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique au sein des protocoles pr\u00e9-post.<\/p>\n<p>Il ne doit pas \u00eatre confondu avec un simple score brut isol\u00e9 : il s&rsquo;agit d&rsquo;une m\u00e9trique relationnelle dont les qualit\u00e9s m\u00e9trologiques d\u00e9pendent non seulement de la pr\u00e9cision intrins\u00e8que de chaque temps de mesure, mais \u00e9galement de la covariance temporelle existant entre ces deux moments d&rsquo;\u00e9valuation.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab score \u00bb tire ses racines historiques du vieux norrois <em>skor<\/em>, qui d\u00e9signait une encoche ou une entaille pratiqu\u00e9e sur un b\u00e2ton de comptage pour enregistrer une dette ou une unit\u00e9 num\u00e9rique. Introduit dans la langue anglaise m\u00e9di\u00e9vale sous la forme <em>score<\/em>, le mot a progressivement \u00e9volu\u00e9 pour d\u00e9signer un compte, une marque num\u00e9rique ou un total de points dans les comp\u00e9titions, avant d&rsquo;\u00eatre formalis\u00e9 par la psychom\u00e9trie anglophone au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer la performance quantifi\u00e9e d&rsquo;un sujet \u00e0 une \u00e9preuve standardis\u00e9e.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab changement \u00bb d\u00e9rive du bas latin <em>cambire<\/em> (troquer, \u00e9changer), d&rsquo;origine celtique (gaulois <em>cammin<\/em>), qui a donn\u00e9 en ancien fran\u00e7ais le verbe <em>changier<\/em>, \u00e9voquant l&rsquo;action de modifier l&rsquo;\u00e9tat, la forme ou la nature d&rsquo;une chose. L&rsquo;association terminologique \u00ab score de changement \u00bb traduit directement le concept anglo-saxon de <em>change score<\/em> ou <em>difference score<\/em>, formalis\u00e9 dans la litt\u00e9rature statistique d\u00e8s les premi\u00e8res d\u00e9cennies de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_classique_des_tests\">th\u00e9orie classique des tests<\/a>.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone contemporaine, l&rsquo;expression coexiste avec les termes \u00ab score diff\u00e9rentiel \u00bb, \u00ab score de gain \u00bb (traduction de <em>gain score<\/em>) et \u00ab indice de variation intra-individuelle \u00bb, bien que \u00ab score de changement \u00bb demeure la formulation pr\u00e9valente dans les manuels de m\u00e9thodologie clinique et exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab score de changement \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/sk\u0254\u0281 d\u0259 \u0283\u0251\u0303\u0292.m\u0251\u0303\/. Le mot \u00ab score \u00bb se prononce avec un \u00ab o \u00bb ouvert suivi d&rsquo;une consonne fricative uvulaire vois\u00e9e, tandis que \u00ab changement \u00bb s&rsquo;articule autour de deux voyelles nasales (\/\u0251\u0303\/) encadrant une consonne fricative post-alv\u00e9olaire vois\u00e9e (\/\u0292\/).<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier, compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau (\u00ab score \u00bb), d&rsquo;une pr\u00e9position de liaison (\u00ab de \u00bb) et d&rsquo;un nom compl\u00e9ment sans d\u00e9terminant (\u00ab changement \u00bb). Au pluriel, la locution prend la marque graphique sur les deux noms : \u00ab des scores de changements \u00bb ou, plus fr\u00e9quemment dans l&rsquo;usage technique standard, \u00ab des scores de changement \u00bb, le compl\u00e9ment demeurant invariable pour d\u00e9signer le processus abstrait d&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n<p>Dans les analyses statistiques avanc\u00e9es, l&rsquo;expression est fr\u00e9quemment d\u00e9clin\u00e9e sous des formes adjectivales ou compos\u00e9es, telles que \u00ab score de changement r\u00e9siduel \u00bb, \u00ab score de changement standardis\u00e9 \u00bb ou \u00ab score de changement latent \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La mesure du changement constitue le fondement \u00e9pist\u00e9mologique de toute d\u00e9marche d&rsquo;\u00e9valuation en psychologie clinique, \u00e9ducative et sociale. Le score de changement brut, obtenu par la diff\u00e9rence directe entre deux temps d&rsquo;observation, repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se intuitive et s\u00e9duisante que la soustraction arithm\u00e9tique permet de neutraliser le niveau initial de l&rsquo;individu pour ne r\u00e9v\u00e9ler que la dynamique de transformation attribuable au temps, \u00e0 l&rsquo;apprentissage ou au traitement. Cependant, cette simplicit\u00e9 apparente masque des complexit\u00e9s psychom\u00e9triques majeures qui ont aliment\u00e9 des controverses intenses durant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re difficult\u00e9 th\u00e9orique r\u00e9side dans la propagation de l&rsquo;erreur de mesure. Selon les postulats de la th\u00e9orie classique des tests, tout score observ\u00e9 est la somme d&rsquo;un score vrai et d&rsquo;une composante d&rsquo;erreur al\u00e9atoire. Lorsque l&rsquo;on calcule la diff\u00e9rence entre deux scores observ\u00e9s, les variances des erreurs de mesure s&rsquo;additionnent, alors que la corr\u00e9lation positive naturelle entre les mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es tend \u00e0 r\u00e9duire la variance des scores vrais du changement. Par cons\u00e9quent, la fiabilit\u00e9 d&rsquo;un score de changement brut est presque syst\u00e9matiquement inf\u00e9rieure \u00e0 la fiabilit\u00e9 de chacun des scores pris individuellement, devenant particuli\u00e8rement fragile lorsque le test initial et le test final sont fortement corr\u00e9l\u00e9s.<\/p>\n<p>La seconde probl\u00e9matique centrale concerne le ph\u00e9nom\u00e8ne statistique de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9gression_vers_la_moyenne\">r\u00e9gression vers la moyenne<\/a>, initialement formalis\u00e9 par Sir Francis Galton. Les individus obtenant des scores extr\u00eames lors de la premi\u00e8re passation (en raison d&rsquo;erreurs al\u00e9atoires conjoncturelles d\u00e9favorables ou favorables) tendent spontan\u00e9ment \u00e0 se rapprocher de la moyenne du groupe lors de la seconde passation, ind\u00e9pendamment de toute modification substantielle de leur \u00e9tat psychologique sous-jacent. Un patient tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9 au pr\u00e9-test affichera ainsi une am\u00e9lioration apparente au post-test en partie imputable \u00e0 la r\u00e9sorption de l&rsquo;erreur de mesure initiale, conduisant \u00e0 une surestimation du score de changement.<\/p>\n<p>Enfin, le score de changement soul\u00e8ve la question fondamentale de l&rsquo;invariance de mesure \u00e0 travers le temps. Pour qu&rsquo;une diff\u00e9rence num\u00e9rique ait une signification psychologique coh\u00e9rente, l&rsquo;instrument de mesure doit conserver des propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9triques rigoureusement identiques aux deux moments d&rsquo;\u00e9valuation. Si l&rsquo;exp\u00e9rience du premier test modifie la compr\u00e9hension des items, la sensibilit\u00e9 du sujet ou la structure factorielle du construit (ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le nom de d\u00e9placement de r\u00e9ponse ou <em>response shift<\/em>), le score de changement cesse de mesurer une simple translation quantitative pour refl\u00e9ter une alt\u00e9ration qualitative de l&rsquo;\u00e9chelle elle-m\u00eame.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la quantification du changement psychologique s&rsquo;articule autour de trois grandes \u00e9poques marqu\u00e9es par des ruptures paradigmatiques successives. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;\u00e9mergence des tests d&rsquo;intelligence d&rsquo;Alfred Binet et des premi\u00e8res th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage d&rsquo;Edward Thorndike, le calcul de la simple diff\u00e9rence brute (<em>gain score<\/em>) \u00e9tait universellement accept\u00e9 sans r\u00e9serve m\u00e9thodologique. Les pionniers de la psychom\u00e9trie utilisaient le gain absolu pour \u00e9valuer le progr\u00e8s scolaire ou l&rsquo;impact d&rsquo;un entra\u00eenement cognitif, consid\u00e9rant la soustraction arithm\u00e9tique comme une op\u00e9ration transparente et exempte de biais.<\/p>\n<p>Cette confiance na\u00efve a vol\u00e9 en \u00e9clats au cours des d\u00e9cennies 1960 et 1970 avec la publication d&rsquo;articles m\u00e9thodologiques d\u00e9vastateurs. L&rsquo;article s\u00e9minal de Lee Cronbach et Lita Furby publi\u00e9 en 1970, intitul\u00e9 <em>\u00ab How we should measure \u00ab\u00a0change\u00a0\u00bb \u2014 or should we? \u00bb<\/em>, a port\u00e9 un coup presque fatal \u00e0 l&rsquo;utilisation des scores de diff\u00e9rence bruts. Cronbach et Furby d\u00e9montraient math\u00e9matiquement que les scores de gain bruts souffraient d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 d\u00e9plorable et recommandaient formellement aux chercheurs d&rsquo;abandonner ces m\u00e9triques au profit de mod\u00e8les de r\u00e9gression partielle ou d&rsquo;analyses de covariance (ANCOVA). Durant cette p\u00e9riode de \u00ab prohibition m\u00e9thodologique \u00bb, l&rsquo;usage du score de changement simple \u00e9tait largement per\u00e7u dans la communaut\u00e9 acad\u00e9mique comme une faute technique impardonnable.<\/p>\n<p>Une r\u00e9habilitation substantielle s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, sous l&rsquo;impulsion de statisticiens tels que David Rogosa, John Willett et Richard Shavelson. Dans une s\u00e9rie de publications rigoureuses, Rogosa a d\u00e9montr\u00e9 que la pr\u00e9tendue non-fiabilit\u00e9 des scores de changement r\u00e9sultait d&rsquo;une interpr\u00e9tation erron\u00e9e des corr\u00e9lations test-retest et de l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00e9chantillons : lorsque le changement interindividuel est r\u00e9el et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, le score de diff\u00e9rence se r\u00e9v\u00e8le un estimateur parfaitement non biais\u00e9 et hautement fid\u00e8le de la trajectoire individuelle.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;av\u00e8nement des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quations structurelles et des mod\u00e8les de courbes de croissance latente (<em>latent growth curve modeling<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9s notamment par Jack McArdle, a permis de r\u00e9concilier ces approches. Les mod\u00e8les de scores de changement latent (<em>Latent Change Score Models<\/em>) permettent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;estimer des composantes de changement d\u00e9barrass\u00e9es de l&rsquo;erreur de mesure al\u00e9atoire, inaugurant une \u00e8re contemporaine de mod\u00e9lisation dynamique sophistiqu\u00e9e.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les fondements statistiques du score de changement s&rsquo;enracinent prioritairement dans la th\u00e9orie classique des tests, au sein de laquelle la fid\u00e9lit\u00e9 de la diff\u00e9rence d\u00e9pend directement des fid\u00e9lit\u00e9s respectives des mesures composantes et de leur corr\u00e9lation mutuelle. Math\u00e9matiquement, la fid\u00e9lit\u00e9 du score de changement brut (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_{DD}\">$r_{DD}$<\/span>) s&rsquo;exprime par la formule canonique :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"r_{DD} = \\frac{\\sigma_X^2 r_{XX} + \\sigma_Y^2 r_{YY} - 2\\sigma_X \\sigma_Y r_{XY}}{\\sigma_X^2 + \\sigma_Y^2 - 2\\sigma_X \\sigma_Y r_{XY}}\">$$r_{DD} = \\frac{\\sigma_X^2 r_{XX} + \\sigma_Y^2 r_{YY} &#8211; 2\\sigma_X \\sigma_Y r_{XY}}{\\sigma_X^2 + \\sigma_Y^2 &#8211; 2\\sigma_X \\sigma_Y r_{XY}}$$<\/span><\/p>\n<p>Lorsque les variances aux deux temps de mesure sont suppos\u00e9es \u00e9gales (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sigma_X^2 = \\sigma_Y^2\">$\\sigma_X^2 = \\sigma_Y^2$<\/span>), cette \u00e9quation se simplifie sous la forme classique : <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_{DD} = (\\bar{r} - r_{XY}) \/ (1 - r_{XY})\">$r_{DD} = (\\bar{r} &#8211; r_{XY}) \/ (1 &#8211; r_{XY})$<\/span>, o\u00f9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\bar{r}\">$\\bar{r}$<\/span> repr\u00e9sente la moyenne des coefficients de fid\u00e9lit\u00e9 des deux passations et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_{XY}\">$r_{XY}$<\/span> la corr\u00e9lation test-retest. Cette formulation th\u00e9orique met en lumi\u00e8re le paradoxe central du changement : plus la corr\u00e9lation entre le pr\u00e9-test et le post-test est \u00e9lev\u00e9e (ce qui sugg\u00e8re une excellente stabilit\u00e9 du construit), plus le d\u00e9nominateur diminue, r\u00e9duisant drastiquement la fid\u00e9lit\u00e9 du score de diff\u00e9rence si les fid\u00e9lit\u00e9s individuelles ne sont pas exceptionnellement fortes.<\/p>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique fondamental est constitu\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paradoxe_de_Lord\">paradoxe de Lord<\/a>, formul\u00e9 par Frederic M. Lord en 1967. Ce paradoxe d\u00e9montre qu&rsquo;en pr\u00e9sence de groupes non \u00e9quivalents au d\u00e9part, l&rsquo;analyse d&rsquo;un score de changement non ajust\u00e9 (comparant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\bar{Y} - \\bar{X}\">$\\bar{Y} &#8211; \\bar{X}$<\/span> entre les groupes) et l&rsquo;analyse de covariance (ajustant le post-test par le pr\u00e9-test comme covariable) peuvent aboutir \u00e0 des conclusions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es quant \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un effet d&rsquo;intervention. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9coule de la mani\u00e8re dont chaque mod\u00e8le traite la variance initiale et l&rsquo;erreur d&rsquo;\u00e9chantillonnage, imposant une r\u00e9flexion rigoureuse sur le choix de l&rsquo;unit\u00e9 analytique.<\/p>\n<p>Enfin, la mod\u00e9lisation moderne fait appel au cadre de la mod\u00e9lisation \u00e0 variables latentes. Dans cette perspective, le score de changement n&rsquo;est plus trait\u00e9 comme une simple variable composite calcul\u00e9e a posteriori, mais comme une variable latente non observ\u00e9e qui capture la transition dynamique entre deux moments structurels. Ce mod\u00e8le permet de s\u00e9parer formellement l&rsquo;autor\u00e9gression du processus latent (l&rsquo;effet proportionnel de l&rsquo;\u00e9tat ant\u00e9rieur) des influences externes et des covariables environnementales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse m\u00e9thodologique distingue plusieurs d\u00e9clinaisons fondamentales du score de changement selon les corrections math\u00e9matiques appliqu\u00e9es et les objectifs de recherche :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Score de changement brut (ou absolu) :<\/strong> Diff\u00e9rence arithm\u00e9tique directe calcul\u00e9e par la formule simple <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\Delta = Y - X\">$\\Delta = Y &#8211; X$<\/span>. Il conserve l&rsquo;unit\u00e9 de mesure d&rsquo;origine de l&rsquo;instrument, facilitant son interpr\u00e9tation clinique imm\u00e9diate, mais demeure pleinement vuln\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;erreur de mesure et \u00e0 la r\u00e9gression vers la moyenne.<\/li>\n<li><strong>Score de changement relatif (ou proportionnel) :<\/strong> Exprim\u00e9 sous la forme d&rsquo;un pourcentage d&rsquo;\u00e9volution par rapport au niveau de base : <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"[(Y - X) \/ X] \\times 100\">$[(Y &#8211; X) \/ X] \\times 100$<\/span>. Bien que s\u00e9duisant pour comparer des individus ayant des niveaux de d\u00e9part h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, il souffre d&rsquo;une asym\u00e9trie statistique s\u00e9v\u00e8re et de distorsions math\u00e9matiques majeures lorsque le score initial est proche de z\u00e9ro.<\/li>\n<li><strong>Score de changement r\u00e9siduel (ou ajust\u00e9) :<\/strong> R\u00e9sidu issu de la r\u00e9gression lin\u00e9aire du post-test (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Y\">$Y$<\/span>) sur le pr\u00e9-test (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span>). Il repr\u00e9sente la part de la performance au post-test qui n&rsquo;est pas pr\u00e9dictible par le niveau initial : <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"e = Y - (\\beta_0 + \\beta_1 X)\">$e = Y &#8211; (\\beta_0 + \\beta_1 X)$<\/span>. Ce score \u00e9limine par construction la corr\u00e9lation entre le niveau de d\u00e9part et le changement observ\u00e9, neutralisant ainsi le biais de r\u00e9gression vers la moyenne.<\/li>\n<li><strong>Score de changement standardis\u00e9 :<\/strong> Diff\u00e9rence brute divis\u00e9e par l&rsquo;\u00e9cart-type de r\u00e9f\u00e9rence (soit l&rsquo;\u00e9cart-type du pr\u00e9-test, soit l&rsquo;\u00e9cart-type combin\u00e9), s&rsquo;apparentant \u00e0 une mesure de taille d&rsquo;effet intra-individuelle telle que le <em>d<\/em> de Cohen pour mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Score de changement latent :<\/strong> D\u00e9riv\u00e9 des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quations structurelles o\u00f9 le changement constitue une variable latente exempte de variance d&rsquo;erreur al\u00e9atoire. Il int\u00e8gre des contraintes d&rsquo;invariance temporelle sur les charges factorielles et les seuils des items.<\/li>\n<li><strong>Indice de Changement Fiable (Reliable Change Index, RCI) :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9 par Neil Jacobson et Paul Truax, cet indice standardise le changement brut en le divisant par l&rsquo;erreur standard de la diff\u00e9rence : <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"RCI = (Y - X) \/ S_{diff}\">$RCI = (Y &#8211; X) \/ S_{diff}$<\/span>. Il permet de d\u00e9terminer si la modification observ\u00e9e chez un patient individuel d\u00e9passe le seuil imputable aux seules fluctuations al\u00e9atoires de mesure \u00e0 un seuil de confiance statistique donn\u00e9 (typiquement <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\pm 1{,}96\">$\\pm 1{,}96$<\/span>).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement les d\u00e9fis d&rsquo;interpr\u00e9tation, consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une \u00e9tude clinique \u00e9valuant l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) sur l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une \u00e9chelle standardis\u00e9e gradu\u00e9e de 0 \u00e0 100. Deux patients participent \u00e0 l&rsquo;intervention : le patient A pr\u00e9sente un score initial pr\u00e9-test de 85 et un score post-test de 65, tandis que le patient B passe de 45 \u00e0 25. Dans les deux cas, le score de changement brut est rigoureusement identique : <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\Delta = -20\">$\\Delta = -20$<\/span> points.<\/p>\n<p>Toutefois, la signification clinique et statistique de ces deux scores diff\u00e8re radicalement. Le patient A d\u00e9bute dans une zone de d\u00e9tresse s\u00e9v\u00e8re et, en d\u00e9pit d&rsquo;une r\u00e9duction de 20 points, demeure au-dessus du seuil pathologique clinique (fix\u00e9 par exemple \u00e0 50). De plus, en raison de son score de d\u00e9part tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, une fraction substantielle de sa baisse de 20 points pourrait \u00eatre attribuable \u00e0 une r\u00e9gression vers la moyenne. \u00c0 l&rsquo;inverse, le patient B, dont le niveau initial \u00e9tait mod\u00e9r\u00e9, franchit la fronti\u00e8re clinique pour int\u00e9grer la population fonctionnelle normale, r\u00e9alisant ainsi une r\u00e9mission clinique authentique.<\/p>\n<p>Un autre exemple frappant s&rsquo;observe en psychologie de l&rsquo;\u00e9ducation lors de l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un programme d&rsquo;enrichissement de la lecture chez des \u00e9l\u00e8ves de primaire. Les enfants d\u00e9butant avec des comp\u00e9tences initiales tr\u00e8s faibles obtiennent fr\u00e9quemment des scores de changement brut spectaculaires de +15 points, tandis que les \u00e9l\u00e8ves les plus avanc\u00e9s ne progressent que de +4 points. Cette disparit\u00e9 ne traduit pas n\u00e9cessairement une sup\u00e9riorit\u00e9 p\u00e9dagogique du programme pour les \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9, mais illustre l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Effet_plafond\">effet plafond<\/a> : les \u00e9l\u00e8ves performants \u00e9taient brid\u00e9s par la borne sup\u00e9rieure de l&rsquo;\u00e9preuve standardis\u00e9e, limitant artificiellement l&rsquo;amplitude maximale de leur score de gain potentiel.<\/p>\n<p>Dans un contexte organisationnel, l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;une formation manag\u00e9riale sur le leadership montre souvent des scores de changement r\u00e9siduels n\u00e9gatifs chez des cadres qui avaient pourtant maintenu leurs scores bruts stables. Ce r\u00e9sultat s&rsquo;explique par le fait que l&rsquo;ensemble de la cohorte a progress\u00e9 au post-test ; par cons\u00e9quent, une stabilit\u00e9 absolue \u00e9quivaut \u00e0 une r\u00e9gression relative une fois contr\u00f4l\u00e9e la tendance g\u00e9n\u00e9rale du groupe de pairs.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse du changement impose de d\u00e9passer le calcul arithm\u00e9tique primaire pour d\u00e9ployer des proc\u00e9dures psychom\u00e9triques formalis\u00e9es. La premi\u00e8re \u00e9tape m\u00e9thodologique consiste \u00e0 d\u00e9terminer l&rsquo;erreur standard de mesure (SEM, <em>Standard Error of Measurement<\/em>) de l&rsquo;outil utilis\u00e9, calcul\u00e9e \u00e0 partir de son coefficient de fid\u00e9lit\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_{XX}\">$r_{XX}$<\/span>) et de son \u00e9cart-type (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\sigma\">$\\sigma$<\/span>) :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"SEM = \\sigma \\sqrt{1 - r_{XX}}\">$$SEM = \\sigma \\sqrt{1 &#8211; r_{XX}}$$<\/span><\/p>\n<p>\u00c0 partir du SEM de l&rsquo;instrument, on calcule l&rsquo;erreur standard de la diff\u00e9rence (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"S_{diff}\">$S_{diff}$<\/span>), qui quantifie la dispersion attendue des scores de diff\u00e9rence si le v\u00e9ritable \u00e9tat sous-jacent du sujet demeurait rigoureusement inchang\u00e9 entre les deux temps d&rsquo;\u00e9valuation :<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-math-display\" data-latex=\"S_{diff} = \\sqrt{2 \\times (SEM)^2}\">$$S_{diff} = \\sqrt{2 \\times (SEM)^2}$$<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;application du mod\u00e8le de Jacobson et Truax (1991) constitue le standard m\u00e9thodologique en recherche clinique pour transformer le score de changement en d\u00e9cision dichotomique \u00e9clair\u00e9e. Un patient est class\u00e9 comme pr\u00e9sentant une \u00ab am\u00e9lioration statistiquement fiable \u00bb si son score <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"RCI\">$RCI$<\/span> est inf\u00e9rieur \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"-1{,}96\">$-1{,}96$<\/span> (dans le cas o\u00f9 une baisse du score refl\u00e8te une diminution des sympt\u00f4mes) et que son score final franchit un seuil de coupure clinique normatif (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"c\">$c$<\/span>) s\u00e9parant la distribution de la population pathologique de celle de la population g\u00e9n\u00e9rale saine.<\/p>\n<p>Sur le plan statistique inf\u00e9rentiel au niveau du groupe, le chercheur contemporain privil\u00e9gie l&rsquo;analyse de covariance (ANCOVA) ou les mod\u00e8les lin\u00e9aires mixtes (mod\u00e9lisation multiniveau) plut\u00f4t que le simple test <em>t<\/em> de Student sur scores de changement brut. L&rsquo;ANCOVA, en introduisant le pr\u00e9-test comme covariable continue, offre une puissance statistique sup\u00e9rieure pour tester l&rsquo;effet d&rsquo;une intervention tout en ajustant pour d&rsquo;\u00e9ventuelles diff\u00e9rences initiales al\u00e9atoires entre les bras randomis\u00e9s.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications du score de changement s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 l&rsquo;ensemble des branches appliqu\u00e9es des sciences humaines et de la sant\u00e9. En neuropsychologie clinique, le suivi longitudinal de patients atteints de traumatismes cr\u00e2niens ou de pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (telles que la maladie d&rsquo;Alzheimer) repose imp\u00e9rativement sur des indices de changement fiables. Les neuropsychologues utilisent des tables de changement pr\u00e9calcul\u00e9es pour distinguer le d\u00e9clin cognitif pathologique des simples fluctuations attentionnelles quotidiennes ou des gains artificiels li\u00e9s aux effets de pratique lors de la r\u00e9administration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de tests mn\u00e9siques.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychopharmacologie et des essais cliniques randomis\u00e9s, le score de changement constitue le crit\u00e8re de jugement principal (<em>primary endpoint<\/em>) exig\u00e9 par les agences de r\u00e9gulation telles que l&rsquo;EMA ou la FDA pour autoriser la mise sur le march\u00e9 d&rsquo;antid\u00e9presseurs ou d&rsquo;anxiolytiques. La m\u00e9trique permet de quantifier le pourcentage de r\u00e9pondeurs au traitement au sein des cohortes exp\u00e9rimentales par rapport au placebo.<\/p>\n<p>En milieu \u00e9ducatif et scolaire, les mod\u00e8les dits \u00ab de valeur ajout\u00e9e \u00bb (<em>Value-Added Models<\/em>) reposent sur des scores de changement r\u00e9siduels pour \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 p\u00e9dagogique des \u00e9tablissements ou des enseignants. Ces syst\u00e8mes comparent la progression r\u00e9elle observ\u00e9e chez les \u00e9l\u00e8ves sur une ann\u00e9e acad\u00e9mique aux gains statistiquement pr\u00e9vus \u00e0 partir de leurs performances historiques et de leurs caract\u00e9ristiques sociod\u00e9mographiques.<\/p>\n<p>Enfin, en psychologie du travail et des organisations, les d\u00e9marches d&rsquo;\u00e9valuation de type \u00ab feedback 360 degr\u00e9s \u00bb et les bilans d&rsquo;interventions en coaching exploitent les scores diff\u00e9rentiels pour mesurer l&rsquo;\u00e9volution des comp\u00e9tences de leadership et l&rsquo;impact de programmes de pr\u00e9vention de l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (burnout).<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche psychom\u00e9trique contemporaine a valid\u00e9 de mani\u00e8re robuste l&rsquo;efficacit\u00e9 relative des diff\u00e9rentes strat\u00e9gies de mod\u00e9lisation du changement. Les travaux m\u00e9ta-analytiques et les \u00e9tudes de simulation Monte Carlo men\u00e9es par des auteurs tels que Maxwell et Delaney ont d\u00e9montr\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;ANCOVA sur l&rsquo;analyse de variance \u00e0 mesures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es appliqu\u00e9e aux scores de changement brut dans les essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s. Lorsque l&rsquo;assignation aux groupes est rigoureusement al\u00e9atoire, l&rsquo;ANCOVA offre des intervalles de confiance plus \u00e9troits et une erreur quadratique moyenne r\u00e9duite, car elle corrige efficacement la r\u00e9gression vers la moyenne.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychoth\u00e9rapie empiriquement fond\u00e9e, les m\u00e9ta-analyses pionni\u00e8res de Michael Lambert ont montr\u00e9 que l&rsquo;utilisation syst\u00e9matique de scores de changement fiables et de courbes de trajectoire en temps r\u00e9el transmises aux cliniciens (pratique connue sous le nom de monitorage des progr\u00e8s ou <em>routine outcome monitoring<\/em>) permet de r\u00e9duire de pr\u00e8s de 50 % le taux de d\u00e9t\u00e9rioration inattendue chez les patients \u00e0 risque d&rsquo;\u00e9chec th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9tudes comparatives sur la sensibilit\u00e9 au changement d&rsquo;\u00e9chelles de d\u00e9pression courantes (comme l&rsquo;inventaire de d\u00e9pression de Beck ou l&rsquo;\u00e9chelle de Hamilton) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la structure des items influence profond\u00e9ment la dynamique du score diff\u00e9rentiel. Certains items somatiques (tels que la perte de poids ou les troubles du sommeil) pr\u00e9sentent une r\u00e9activit\u00e9 temporelle beaucoup plus lente que les items cognitifs ou affectifs, d\u00e9montrant que le score de changement total est une r\u00e9sultante h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de temporalit\u00e9s symptomatiques asynchrones.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation transculturelle des scores de changement pose des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques subtils souvent n\u00e9glig\u00e9s dans les protocoles internationaux. Pour que la comparaison de scores diff\u00e9rentiels entre deux groupes culturels soit valide, l&rsquo;invariance de mesure longitudinale doit imp\u00e9rativement \u00eatre \u00e9tablie dans chaque groupe. Si un instrument ne pr\u00e9sente pas au minimum une invariance m\u00e9trique et scalaire \u00e0 travers le temps et les cultures, une variation num\u00e9rique identique ne recouvrira pas la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 psychologique.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les styles de r\u00e9ponse culturels modulent fortement l&rsquo;amplitude observ\u00e9e des scores de changement. Dans certaines cultures collectivistes d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est, les r\u00e9pondants manifestent fr\u00e9quemment une tendance au compromis ou \u00e0 la mod\u00e9ration (\u00e9vitement des extr\u00eames), ce qui comprime m\u00e9caniquement la variance des scores au pr\u00e9-test comme au post-test et g\u00e9n\u00e8re des scores de changement bruts plus r\u00e9duits. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les contextes valorisant l&rsquo;expression affirm\u00e9e de soi (comme dans certains \u00e9chantillons nord-am\u00e9ricains), les styles de r\u00e9ponse extr\u00eames gonflent artificiellement la dispersion des scores de gain.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9placement de r\u00e9ponse (<em>response shift<\/em>) pr\u00e9sente \u00e9galement une forte sensibilit\u00e9 contextuelle. Dans les \u00e9tudes longitudinales sur la qualit\u00e9 de vie men\u00e9es aupr\u00e8s de populations confront\u00e9es \u00e0 des crises sanitaires ou des traumatismes collectifs, les individus r\u00e9ajustent fr\u00e9quemment leurs standards internes d&rsquo;\u00e9valuation et leurs priorit\u00e9s existentielles. Ce processus d&rsquo;adaptation cognitive signifie que le post-test mesure un concept partiellement recalibr\u00e9 par rapport au pr\u00e9-test, invalidant la lecture directe du score diff\u00e9rentiel sans r\u00e9\u00e9talonnage psychom\u00e9trique qualitatif pr\u00e9alable.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es statistiques, le recours aux scores de changement fait encore l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats m\u00e9thodologiques. La critique la plus tenace, h\u00e9rit\u00e9e des d\u00e9monstrations de Cronbach et Furby, porte sur le paradoxe intrins\u00e8que de la fid\u00e9lit\u00e9. Si un test poss\u00e8de une stabilit\u00e9 test-retest quasi parfaite (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"r_{XY} to 1{,}0\">$r_{XY} to 1{,}0$<\/span>), cela indique paradoxalement qu&rsquo;il existe tr\u00e8s peu de changement interindividuel diff\u00e9rentiel \u00e0 mesurer ; d\u00e8s lors, la variance du score de gain est presque exclusivement compos\u00e9e de bruit al\u00e9atoire.<\/p>\n<p>Une autre controverse persistante concerne la corr\u00e9lation n\u00e9gative fallacieuse fr\u00e9quemment observ\u00e9e entre le score initial et le score de changement. Dans presque toutes les bases de donn\u00e9es observationnelles, la corr\u00e9lation empirique entre <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"(Y - X)\">$(Y &#8211; X)$<\/span> est substantiellement n\u00e9gative, incitant les analystes na\u00effs \u00e0 conclure h\u00e2tivement que \u00ab les individus les plus s\u00e9v\u00e8rement atteints progressent le plus \u00bb. Les statisticiens ont maintes fois prouv\u00e9 que cette corr\u00e9lation est largement un artefact arithm\u00e9tique : comme le terme <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span> appara\u00eet avec un signe n\u00e9gatif dans l&rsquo;\u00e9quation de la diff\u00e9rence, toute erreur de mesure al\u00e9atoire sous-estimant <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span> augmentera automatiquement le score de changement <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"(Y - X)\">$(Y &#8211; X)$<\/span>, g\u00e9n\u00e9rant une association n\u00e9gative artificielle ind\u00e9pendante de toute dynamique psychologique r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Les effets plancher et plafond constituent une autre limite structurelle critique des scores diff\u00e9rentiels. Lorsqu&rsquo;un sujet obtient un score de d\u00e9part proche du plafond de l&rsquo;\u00e9preuve, sa progression est m\u00e9caniquement entrav\u00e9e par la structure de l&rsquo;outil, ind\u00e9pendamment de ses capacit\u00e9s r\u00e9elles d&rsquo;apprentissage. R\u00e9ciproquement, un sujet d\u00e9marrant au plancher ne peut afficher aucune d\u00e9gradation mesurable. Cette asym\u00e9trie non lin\u00e9aire rend les comparaisons interindividuelles de scores de changement intrins\u00e8quement injustes au sein d&rsquo;\u00e9chantillons aux niveaux de d\u00e9part tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour assurer une parfaite clart\u00e9 conceptuelle, il convient de distinguer formellement le score de changement d&rsquo;autres m\u00e9triques psychom\u00e9triques et statistiques \u00e9troitement li\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Score de changement vs Score r\u00e9siduel :<\/strong> Le score de changement brut soustrait directement le pr\u00e9-test du post-test (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Y - X\">$Y &#8211; X$<\/span>). Le score r\u00e9siduel soustrait du post-test la valeur pr\u00e9dite par la droite de r\u00e9gression lin\u00e9aire calcul\u00e9e sur le groupe (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Y - \\hat{Y}\">$Y &#8211; \\hat{Y}$<\/span>). Le score r\u00e9siduel est statistiquement orthogonal au niveau de base (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span>), \u00e9liminant la d\u00e9pendance lin\u00e9aire initiale, mais il est strictement d\u00e9pendant des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques de l&rsquo;\u00e9chantillon de d\u00e9rivation.<\/li>\n<li><strong>Score de changement vs Taille d&rsquo;effet (ex. d de Cohen) :<\/strong> Le score de changement est une m\u00e9trique individuelle calcul\u00e9e pour un sujet particulier dans l&rsquo;unit\u00e9 de mesure de l&rsquo;instrument. La taille d&rsquo;effet intra-groupe est un param\u00e8tre agr\u00e9g\u00e9 au niveau du groupe, qui standardise la moyenne des scores de changement en la divisant par un \u00e9cart-type de r\u00e9f\u00e9rence pour permettre des comparaisons m\u00e9ta-analytiques entre diff\u00e9rentes \u00e9chelles.<\/li>\n<li><strong>Score de changement vs Courbe de croissance latente (<em>Latent Growth Curve<\/em>) :<\/strong> Le score de changement s&rsquo;applique le plus souvent \u00e0 un devis comportant deux temps de mesure (pr\u00e9-post). Les mod\u00e8les de courbes de croissance latente exigent au minimum trois points de mesure temporelle et estiment une trajectoire d\u00e9veloppementale continue caract\u00e9ris\u00e9e par un niveau initial (<em>intercept<\/em>) et une pente de progression (<em>slope<\/em>), avec des variations interindividuelles sur chacun de ces param\u00e8tres.<\/li>\n<li><strong>Score de changement brut vs Indice de Changement Fiable (RCI) :<\/strong> Le score brut est une valeur absolue non contextualis\u00e9e par l&rsquo;impr\u00e9cision du test. Le RCI est un ratio critique standardis\u00e9 qui int\u00e8gre l&rsquo;erreur standard de mesure pour exprimer le changement sous forme de score z standardis\u00e9, permettant une prise de d\u00e9cision probabiliste sur la r\u00e9alit\u00e9 clinique de l&rsquo;\u00e9volution observ\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La quantification du changement psychologique \u00e0 travers l&rsquo;indice arithm\u00e9tique \u00e9l\u00e9mentaire <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\Delta = Y - X\">$\\Delta = Y &#8211; X$<\/span> constitue un instrument \u00e0 la fois incontournable et redoutable. Bien que sa transparence math\u00e9matique facilite son emploi direct en pratique clinique et p\u00e9dagogique, ses propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques imposent une prudence d&rsquo;interpr\u00e9tation extr\u00eame en raison de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux erreurs cumul\u00e9es de mesure, aux effets de r\u00e9gression vers la moyenne et aux artefacts de plafonnement.<\/p>\n<p>Les avanc\u00e9es de la recherche ont d\u00e9montr\u00e9 que les scores de diff\u00e9rence bruts ne doivent pas \u00eatre rejet\u00e9s unilat\u00e9ralement, mais qu&rsquo;ils doivent \u00eatre contextualis\u00e9s par l&rsquo;Indice de Changement Fiable au plan individuel et relay\u00e9s par l&rsquo;analyse de covariance ou les mod\u00e8les de scores de changement latent au niveau des cohortes exp\u00e9rimentales. La distinction rigoureuse entre changement statistique observable et signification clinique r\u00e9elle demeure la condition sine qua non de toute \u00e9valuation psychologique rigoureuse.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Cronbach, L. J., &amp; Furby, L. (1970). How we should measure \u00ab\u00a0change\u00a0\u00bb \u2014 or should we? <em>Psychological Bulletin<\/em>, 74(1), 68\u201380. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0029382\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0029382<\/a><\/li>\n<li>Jacobson, N. S., &amp; Truax, P. (1991). Clinical significance: A statistical approach to defining meaningful change in psychotherapy research. <em>Journal of Consulting and Clinical Psychology<\/em>, 59(1), 12\u201319. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-006X.59.1.12\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-006X.59.1.12<\/a><\/li>\n<li>Lord, F. M. (1967). A paradox in the interpretation of group comparisons. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 68(5), 304\u2013305. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0025105\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0025105<\/a><\/li>\n<li>McArdle, J. J. (2009). Latent variable modeling of differences and changes with longitudinal data. <em>Annual Review of Psychology<\/em>, 60, 577\u2013605. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.psych.60.110707.163612\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.psych.60.110707.163612<\/a><\/li>\n<li>Rogosa, D., Brandt, D., &amp; Zimowski, M. (1982). A growth curve approach to the measurement of change. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 92(3), 726\u2013748. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.92.3.726\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.92.3.726<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le concept psychom\u00e9trique de score de changement : sa d\u00e9finition, ses mod\u00e8les math\u00e9matiques, ses paradoxes et ses applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1881,2],"tags":[194,39243,39242,16,39241,2344],"class_list":["post-23169","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodologie-de-la-recherche","category-psychometrie","tag-evaluation-clinique","tag-indice-de-changement-fiable","tag-mesure-longitudinale","tag-psychometrie","tag-score-de-changement","tag-statistiques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23169","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23169\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23169"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23169"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23169"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}