{"id":23108,"date":"2026-10-30T17:58:11","date_gmt":"2026-10-30T17:58:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=ventricule-cerebral"},"modified":"2026-10-30T17:58:11","modified_gmt":"2026-10-30T17:58:11","slug":"ventricule-cerebral","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=ventricule-cerebral","title":{"rendered":"Ventricule c\u00e9r\u00e9bral : Au c\u0153ur du syst\u00e8me nerveux"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement de l&rsquo;anatomie fonctionnelle, de la neurobiologie clinique et de la neuropsychiatrie contemporaine, le syst\u00e8me ventriculaire constitue l&rsquo;un des ensembles structurels les plus fondamentaux de l&rsquo;enc\u00e9phale humain. Longtemps per\u00e7us comme le si\u00e8ge exclusif des facult\u00e9s intellectuelles et de l&rsquo;\u00e2me dans la m\u00e9decine antique, les ventricules c\u00e9r\u00e9braux sont aujourd&rsquo;hui reconnus comme le pivot de l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale, de l&rsquo;\u00e9limination des d\u00e9chets m\u00e9taboliques et un biomarqueur morphologique capital des troubles neurod\u00e9veloppementaux et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs.<\/p>\n<h2>Ventricule c\u00e9r\u00e9bral<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un ventricule c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9signe une cavit\u00e9 anatomique interconnect\u00e9e, log\u00e9e au c\u0153ur du parenchyme enc\u00e9phalique et tapiss\u00e9e d&rsquo;un \u00e9pith\u00e9lium sp\u00e9cialis\u00e9 appel\u00e9 \u00e9pendyme. Le syst\u00e8me ventriculaire humain est constitu\u00e9 de quatre cavit\u00e9s principales communicantes : les deux ventricules lat\u00e9raux situ\u00e9s au sein des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, le troisi\u00e8me ventricule dienc\u00e9phalique et le quatri\u00e8me ventricule situ\u00e9 dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral en regard du cervelet. Ces cavit\u00e9s sont d\u00e9volues \u00e0 la production, \u00e0 la circulation et au drainage du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Liquide_c%C3%A9r%C3%A9brospinal\">liquide c\u00e9r\u00e9brospinal<\/a> (LCS ou liquide c\u00e9phalo-rachidien).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie, des neurosciences cognitives et de la psychiatrie biologique, les ventricules c\u00e9r\u00e9braux d\u00e9passent le statut de simple r\u00e9servoir hydrostatique. Le volume, la morphologie et les modifications plastiques ou atrophiques des ventricules c\u00e9r\u00e9braux constituent des indicateurs indirects primordiaux de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 tissulaire du cerveau. L&rsquo;\u00e9largissement ventriculaire, ou ventriculom\u00e9galie, refl\u00e8te souvent une perte neuronale progressive, un d\u00e9faut d&rsquo;\u00e9lagage synaptique pr\u00e9coce ou une perturbation majeure des dynamiques de pression intracr\u00e2nienne.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab ventricule \u00bb est emprunt\u00e9 au latin classique <em>ventriculus<\/em>, qui repr\u00e9sente le diminutif morphologique du substantif <em>venter<\/em>, signifiant \u00ab ventre \u00bb, \u00ab panse \u00bb ou \u00ab cavit\u00e9 int\u00e9rieure \u00bb. En anatomie romaine, le terme servait primitivement \u00e0 d\u00e9signer les poches digestives de l&rsquo;estomac ou les cavit\u00e9s cardiaques avant de s&rsquo;\u00e9tendre aux cavit\u00e9s internes de l&rsquo;enc\u00e9phale sous l&rsquo;influence des traductions m\u00e9dicales m\u00e9di\u00e9vales et de la tradition gal\u00e9nique.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab c\u00e9r\u00e9bral \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du latin <em>cerebrum<\/em>, d\u00e9signant le cerveau ou la t\u00eate pensante, rattach\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne <em>*ker-<\/em> li\u00e9e au sommet de la t\u00eate, aux cornes et \u00e0 la calotte cr\u00e2nienne. L&rsquo;introduction formelle du terme dans le lexique m\u00e9dical francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au cours du XIVe et du XVe si\u00e8cle par l&rsquo;interm\u00e9diaire des trait\u00e9s chirurgicaux r\u00e9dig\u00e9s par Guy de Chauliac et Henri de Mondeville, lesquels reprenaient la classification des cavit\u00e9s enc\u00e9phaliques formul\u00e9e par la tradition m\u00e9dicale gr\u00e9co-arabe et alexandrine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme s&rsquo;\u00e9nonce en fran\u00e7ais standard sous la transcription internationale \/v\u0251\u0303.t\u0281i.kyl se.\u0281e.b\u0281al\/. En syntaxe fran\u00e7aise, \u00ab ventricule \u00bb est un substantif masculin singulier dont la forme plurielle est \u00ab ventricules c\u00e9r\u00e9braux \u00bb. L&rsquo;adjectif \u00ab c\u00e9r\u00e9bral \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le nom recteur, adoptant la d\u00e9sinence irr\u00e9guli\u00e8re en <em>-aux<\/em> au masculin pluriel.<\/p>\n<p>En contexte clinique et neuroanatomique, on rencontre couramment des constructions syntagmatiques sp\u00e9cifiques telles que \u00ab ventricules lat\u00e9raux \u00bb, \u00ab troisi\u00e8me ventricule \u00bb (souvent abr\u00e9g\u00e9 V3 dans les comptes-rendus de neuro-imagerie), \u00ab quatri\u00e8me ventricule \u00bb (V4), \u00ab syst\u00e8me ventriculaire \u00bb ou encore l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab p\u00e9riventriculaire \u00bb employ\u00e9 pour caract\u00e9riser les zones de substance blanche ou grise bordant imm\u00e9diatement ces espaces cavitaires.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me ventriculaire forme un continuum dynamique au sein du n\u00e9vraxe. Sa gen\u00e8se embryonnaire d\u00e9rive directement de la lumi\u00e8re primitive du tube neural. Durant la neurulation, la fermeture du tube neural emprisonne une cavit\u00e9 centrale longitudinale qui subit une s\u00e9rie de dilatations successives accompagnant le d\u00e9veloppement des v\u00e9sicules enc\u00e9phaliques primaires et secondaires. Chez l&rsquo;adulte mature, ce r\u00e9seau pr\u00e9sente une configuration volumique complexe, totalisant environ 20 \u00e0 25 millilitres dans les ventricules eux-m\u00eames, tandis que le volume global du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal r\u00e9parti entre les cavit\u00e9s internes et les espaces sous-arachno\u00efdiens oscille entre 130 et 160 millilitres.<\/p>\n<p>La structure ventriculaire se divise en sous-syst\u00e8mes coordonn\u00e9s. Les deux ventricules lat\u00e9raux constituent les cavit\u00e9s les plus volumineuses. Chacun \u00e9pouse une morphologie arqu\u00e9e en forme de fer \u00e0 cheval au sein d&rsquo;un h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral respectif, comprenant un corps central (situ\u00e9 sous le corps calleux), une corne frontale (ant\u00e9rieure), une corne temporale (inf\u00e9rieure) et une corne occipitale (post\u00e9rieure). Ces deux vastes r\u00e9servoirs communiquent individuellement avec le troisi\u00e8me ventricule m\u00e9dian par l&rsquo;interm\u00e9diaire de deux orifices \u00e9troits : les foramens interventriculaires (foramens de Monro).<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me ventricule se pr\u00e9sente comme une fente \u00e9troite verticale et m\u00e9diane ench\u00e2ss\u00e9e entre les thalami droit et gauche ainsi que l&rsquo;hypothalamus. Il est reli\u00e9 en aval au quatri\u00e8me ventricule par un chenal particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable et \u00e9troit creus\u00e9 dans le m\u00e9senc\u00e9phale dorsal : l&rsquo;aqueduc du m\u00e9senc\u00e9phale, historiquement d\u00e9sign\u00e9 sous le nom d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aqueduc_de_Sylvius\">aqueduc de Sylvius<\/a>. Le quatri\u00e8me ventricule, quant \u00e0 lui, adopte une g\u00e9om\u00e9trie losangique situ\u00e9e dans la fosse post\u00e9rieure, d\u00e9limit\u00e9e ant\u00e9rieurement par le pont et le bulbe rachidien (moelle allong\u00e9e), et post\u00e9rieurement par le cervelet. Il s&rsquo;ouvre vers les espaces sous-arachno\u00efdiens par trois orifices de vidange fondamentaux : les ouvertures lat\u00e9rales (foramens de Luschka) et l&rsquo;ouverture m\u00e9diane (foramen de Magendie).<\/p>\n<p>La physiologie de ces cavit\u00e9s repose sur le fonctionnement des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Plexus_choro%C3%AFde\">plexus choro\u00efdes<\/a>, des structures vasculaires hautement vascularis\u00e9es tapiss\u00e9es d&rsquo;un \u00e9pith\u00e9lium choro\u00efdien continu reposant sur des jonctions serr\u00e9es \u00e9tanches. Les plexus choro\u00efdes filtrent le sang art\u00e9riel et s\u00e9cr\u00e8tent activement le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal \u00e0 un rythme quotidien continu d&rsquo;environ 500 millilitres par vingt-quatre heures chez l&rsquo;adulte, imposant un renouvellement complet du liquide trois \u00e0 quatre fois par jour. Ce flux unidirectionnel assure une quadruple mission : un soutien m\u00e9canique par flottaison r\u00e9duisant la masse effective du cerveau d&rsquo;environ 1400 grammes \u00e0 seulement 50 grammes, une protection contre les traumatismes par dissipation hydraulique, un milieu chimique rigoureusement hom\u00e9ostatique pour l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire des neurones, et un r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9puration m\u00e9tabolique interconnect\u00e9 avec le syst\u00e8me glymphatique c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique et perspectives<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la conceptualisation des ventricules c\u00e9r\u00e9braux est intimement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire de la philosophie de l&rsquo;esprit et de la localisation des fonctions psychiques. D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 alexandrine, H\u00e9rophile (vers 335-280 av. J.-C.) et \u00c9rasistrate diss\u00e8quent le syst\u00e8me nerveux et identifient avec pr\u00e9cision les cavit\u00e9s c\u00e9r\u00e9brales. C&rsquo;est toutefois Claude Galien (129-216 apr. J.-C.) qui \u00e9rige la th\u00e9orie ventriculaire en dogme m\u00e9dical dominant. Selon Galien, le cerveau n&rsquo;agit pas prioritairement par sa masse solide, mais constitue le creuset o\u00f9 les \u00ab esprits vitaux \u00bb (<em>spiritus vitalis<\/em>) issus du c\u0153ur sont raffin\u00e9s en \u00ab esprits animaux \u00bb (<em>spiritus animalis<\/em>) au sein des ventricules avant d&rsquo;\u00eatre propuls\u00e9s \u00e0 travers les nerfs sensitifs et moteurs creux.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive et le Moyen \u00c2ge, des penseurs chr\u00e9tiens et arabes, tels que N\u00e9m\u00e9sius d&rsquo;\u00c9m\u00e8se, saint Augustin, puis Avicenne (Ibn Sina) et Averro\u00e8s (Ibn Rochd), th\u00e9orisent la fameuse \u00ab doctrine des cellules \u00bb ou localisation trith\u00e9iste ventriculaire : les ventricules ant\u00e9rieurs abritent le sens commun (<em>sensus communis<\/em>) et l&rsquo;imagination, le ventricule m\u00e9dian gouverne le jugement, l&rsquo;estimation et la raison, tandis que le ventricule post\u00e9rieur conserve la m\u00e9moire (<em>memoria<\/em>). Ce mod\u00e8le fonctionnaliste abstrait perdurera pendant plus de douze si\u00e8cles sans contestation anatomique majeure.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution anatomique de la Renaissance amorce une rupture fondamentale. Andr\u00e9 V\u00e9sale, dans son chef-d&rsquo;\u0153uvre <em>De humani corporis fabrica<\/em> (1543), r\u00e9fute m\u00e9thodiquement la doctrine m\u00e9di\u00e9vale en observant que les cerveaux d&rsquo;animaux d\u00e9pourvus de raison poss\u00e8dent des ventricules volumineux et tr\u00e8s similaires \u00e0 ceux de l&rsquo;\u00eatre humain. Bien que Ren\u00e9 Descartes s&rsquo;appuie encore au XVIIe si\u00e8cle sur le flux des esprits animaux ventriculaires orchestr\u00e9 par l&rsquo;\u00e9piphyse pour expliquer la coordination motrice, le XVIIIe si\u00e8cle consacre l&rsquo;effacement de la th\u00e9orie ventriculaire au profit de l&rsquo;\u00e9tude du tissu c\u00e9r\u00e9bral parenchymateux gr\u00e2ce aux travaux de Thomas Willis et de F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences cliniques et de la neuroradiologie repositionne les ventricules c\u00e9r\u00e9braux non plus comme le si\u00e8ge de la pens\u00e9e, mais comme la fen\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e de la psychopathologie biologique. L&rsquo;introduction de l&rsquo;enc\u00e9phalographie gazeuse par Walter Dandy, suivie de l&rsquo;apparition de la tomodensitom\u00e9trie (scanner) dans les ann\u00e9es 1970 et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM), a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aux psychiatres contemporains que l&rsquo;\u00e9largissement du volume des ventricules c\u00e9r\u00e9braux constituait l&rsquo;anomalie neuroanatomique la plus robuste et r\u00e9currente dans les troubles psychotiques graves et les d\u00e9mences.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan des neurosciences th\u00e9oriques, le syst\u00e8me ventriculaire est appr\u00e9hend\u00e9 selon la perspective de la compartimentation liquidienne et de la dynamique non lin\u00e9aire des fluides intracr\u00e2niens. L&rsquo;hypoth\u00e8se de Monro-Kellie postule que la bo\u00eete cr\u00e2nienne non expansible forme un volume fixe et ferm\u00e9 contenant trois composants incompressibles : le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral (environ 80 %), le sang vasculaire (environ 10 %) et le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal (environ 10 %). Tout accroissement pathologique ou physiologique du volume de l&rsquo;un de ces compartiments impose une r\u00e9duction compensatoire des autres, sous peine d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation fatale de la pression intracr\u00e2nienne.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychiatrie translationnelle, la taille des ventricules constitue l&rsquo;indice par excellence du mod\u00e8le de neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence <em>ex vacuo<\/em>. Selon cette th\u00e9orie, l&rsquo;accroissement des cavit\u00e9s ventriculaires n&rsquo;est pas le fruit d&rsquo;une surpression hydraulique expansive primitive, mais repr\u00e9sente une r\u00e9ponse m\u00e9canique passive au r\u00e9tr\u00e9cissement du parenchyme p\u00e9riventriculaire adjacent, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la substance blanche sous-corticale ou des noyaux gris centraux (striatum, thalamus). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;expansion ventriculaire passive traduit une mort neuronale, une perte oligodendrocytaire, ou un effondrement de l&rsquo;arborisation dendritique corticale.<\/p>\n<p>En outre, les neurobiologistes contemporains int\u00e8grent le syst\u00e8me ventriculaire au concept unifi\u00e9 d&rsquo;hom\u00e9ostasie glio-vasculaire et de clairance c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;\u00e9pendyme, qui tapisse la face interne des ventricules, n&rsquo;est pas une simple membrane inerte : ses cellules sont pourvues de cils vibratiles qui battent de fa\u00e7on coordonn\u00e9e pour g\u00e9n\u00e9rer un flux directionnel microscopique \u00e0 la surface ventriculaire, transportant des signaux biochimiques, des neuropeptides et r\u00e9gulant la neurogen\u00e8se adulte persistante dans la zone sous-ventriculaire (ZSV), l&rsquo;une des rares niches de cellules souches neurales persistant chez les mammif\u00e8res adultes.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, typologie et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture anatomique et fonctionnelle du r\u00e9seau ventriculaire se segmente en plusieurs \u00e9l\u00e9ments morphologiques hautement diff\u00e9renci\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ventricules lat\u00e9raux (premier et deuxi\u00e8me ventricules) :<\/strong> Cavit\u00e9s paires asym\u00e9triques situ\u00e9es au sein des lobes h\u00e9misph\u00e9riques. Chaque ventricule lat\u00e9ral comporte un atrium ou carrefour ventriculaire qui connecte le corps central, la corne frontale (orient\u00e9e en avant vers le lobe frontal), la corne temporale (plongeant en bas et en avant dans le lobe temporal) et la corne occipitale (s&rsquo;\u00e9tirant post\u00e9rieurement). Ils renferment les plexus choro\u00efdes les plus \u00e9tendus.<\/li>\n<li><strong>Foramens interventriculaires (trous de Monro) :<\/strong> Deux conduits tubulaires \u00e9troits de 3 \u00e0 5 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre assurant le passage du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal depuis chaque ventricule lat\u00e9ral vers la partie sup\u00e9rieure du troisi\u00e8me ventricule.<\/li>\n<li><strong>Troisi\u00e8me ventricule (V3) :<\/strong> Espace m\u00e9dian virtuel \u00e9troit, en forme de lentille biconcave, localis\u00e9 entre les parois m\u00e9diales des deux thalami et d\u00e9limit\u00e9 inf\u00e9rieurement par le plancher hypothalamique. Il est travers\u00e9 chez environ 70 \u00e0 80 % des individus par l&rsquo;adh\u00e9sion interthalamique.<\/li>\n<li><strong>Aqueduc du m\u00e9senc\u00e9phale (aqueduc de Sylvius) :<\/strong> Conduit cylindrique mesurant environ 15 millim\u00e8tres de longueur pour un diam\u00e8tre moyen inf\u00e9rieur \u00e0 1,5 millim\u00e8tre. Il traverse dorsalement le m\u00e9senc\u00e9phale et repr\u00e9sente le segment le plus vuln\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;obstruction m\u00e9canique ou inflammatoire de tout le syst\u00e8me ventriculaire.<\/li>\n<li><strong>Quatri\u00e8me ventricule (V4) :<\/strong> Cavit\u00e9 de structure pyramidale \u00e0 base losangique situ\u00e9e entre le cervelet dorsalement et le tronc c\u00e9r\u00e9bral (pont et tiers sup\u00e9rieur du bulbe) ventralement. Il pr\u00e9sente un toit (tegmen), un plancher (fosse rhombo\u00efde) et s&rsquo;effile vers le bas dans le canal central de la moelle \u00e9pini\u00e8re (canal \u00e9pendymaire).<\/li>\n<li><strong>Orifices de communication sous-arachno\u00efdienne :<\/strong> Comprennent le foramen m\u00e9dian de Magendie au niveau du toit du V4 et les deux foramens lat\u00e9raux de Luschka situ\u00e9s aux extr\u00e9mit\u00e9s des r\u00e9cessus lat\u00e9raux, par lesquels le liquide s&rsquo;\u00e9chappe vers la grande citerne et les espaces leptom\u00e9ning\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Plexus choro\u00efdes et cellules \u00e9pendymaires :<\/strong> Les plexus choro\u00efdes tapissent le plancher des ventricules lat\u00e9raux, le toit du troisi\u00e8me et une portion du quatri\u00e8me ventricule. L&rsquo;\u00e9pendyme borde l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du r\u00e9seau et module les \u00e9changes mol\u00e9culaires entre le liquide et le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral via des jonctions perm\u00e9ables, contrastant avec la barri\u00e8re \u00e9tanche de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium choro\u00efdien.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e psychopathologique et neurologique des ventricules c\u00e9r\u00e9braux, examinons deux situations cliniques paradigmatiques fr\u00e9quemment rencontr\u00e9es dans les services hospitaliers de neurologie et de psychiatrie :<\/p>\n<p>Le premier cas est celui d&rsquo;un patient de 24 ans admis pour un premier \u00e9pisode psychotique aigu avec d\u00e9lire parano\u00efde, d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e et repli autistique majeur. L&rsquo;IRM enc\u00e9phalique c\u00e9r\u00e9brale de haute r\u00e9solution met en \u00e9vidence un volume ventriculaire lat\u00e9ral significativement augment\u00e9 (au-del\u00e0 de 2 d\u00e9viations standards par rapport aux normes appari\u00e9es selon l&rsquo;\u00e2ge et le sexe), associ\u00e9 \u00e0 un \u00e9largissement net du troisi\u00e8me ventricule et \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re r\u00e9duction du volume cortical pr\u00e9frontal et temporo-limbique. Dans ce contexte, la ventriculom\u00e9galie n&rsquo;indique pas une hypertension intracr\u00e2nienne mais signe une anomalie du neurod\u00e9veloppement ou une atrophie progressive survenue durant l&rsquo;adolescence, un profil classiquement document\u00e9 dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a>.<\/p>\n<p>Le second cas concerne une patiente de 72 ans pr\u00e9sentant une triade clinique insidieuse associant des troubles progressifs de la marche (d\u00e9marche magn\u00e9tique \u00e0 petits pas avec instabilit\u00e9), des troubles urinaires (imp\u00e9riosit\u00e9 puis incontinence sphinct\u00e9rienne) et des perturbations cognitives dysex\u00e9cutives et mn\u00e9siques (perte de m\u00e9moire \u00e0 court terme, ralentissement id\u00e9omoteur). L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique r\u00e9v\u00e8le une dilatation marqu\u00e9e et disproportionn\u00e9e de l&rsquo;ensemble des ventricules c\u00e9r\u00e9braux sans atrophie corticale pr\u00e9dominante au niveau des sillons de la convexit\u00e9. Ce tableau correspond pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hydroc%C3%A9phalie_%C3%A0_pression_normale\">hydroc\u00e9phalie \u00e0 pression normale<\/a> (HPN) ou syndrome d&rsquo;Adams et Hakim, une pathologie o\u00f9 un dysfonctionnement de la r\u00e9sorption du liquide au sein des ventricules alt\u00e8re la perfusion de la substance blanche p\u00e9riventriculaire.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et neuro-imagerie<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation des ventricules c\u00e9r\u00e9braux a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution des technologies d&rsquo;imagerie structurelle et quantitative. Initialement, l&rsquo;\u00e9valuation de la dilatation ventriculaire reposait sur des mesures lin\u00e9aires manuelles effectu\u00e9es sur des clich\u00e9s tomodensitom\u00e9triques ou radiographiques simples. L&rsquo;indice le plus c\u00e9l\u00e8bre demeure l&rsquo;indice d&rsquo;Evans : il s&rsquo;agit du ratio entre la largeur maximale s\u00e9parant les cornes frontales des ventricules lat\u00e9raux et le diam\u00e8tre interne maximal de la bo\u00eete cr\u00e2nienne au m\u00eame niveau transversal. Un indice d&rsquo;Evans sup\u00e9rieur \u00e0 0,30 ou 0,33 est universellement consid\u00e9r\u00e9 comme un signe objectif de ventriculom\u00e9galie.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;essor de l&rsquo;IRM 3D volumique pond\u00e9r\u00e9e en T1, l&rsquo;\u00e9valuation manuelle a c\u00e9d\u00e9 le pas \u00e0 la morphom\u00e9trie computationnelle automatis\u00e9e. Les logiciels d&rsquo;analyse neuroanatomique, tels que <em>FreeSurfer<\/em>, <em>FSL<\/em> ou <em>SPM<\/em> (Statistical Parametric Mapping), recourent \u00e0 la segmentation tissulaire automatis\u00e9e bas\u00e9e sur des algorithmes bay\u00e9siens et des mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage automatique. Ces outils d\u00e9limitent avec pr\u00e9cision le volume absolu (en millilitres) et le volume relatif (rapport\u00e9 au volume intracr\u00e2nien total) de chaque corne ventriculaire et du troisi\u00e8me ventricule, permettant des comparaisons rigoureuses entre groupes de patients et sujets sains dans les cohortes internationales.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;imagerie par tenseur de diffusion (DTI) et les techniques r\u00e9centes d&rsquo;IRM de flux cin\u00e9matographique permettent d&rsquo;analyser non seulement le contenant, mais \u00e9galement la cin\u00e9tique du contenu. L&rsquo;IRM de flux \u00e9value la vitesse pic et le volume d&rsquo;\u00e9jection systolique du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal \u00e0 travers l&rsquo;aqueduc de Sylvius en phase avec la pulsation art\u00e9rielle c\u00e9r\u00e9brale, fournissant des biomarqueurs hydrodynamiques indispensables pour distinguer les dilatations atrophiques des processus obstructifs ou communicants r\u00e9versibles.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et signification pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative et qualitative du syst\u00e8me ventriculaire joue un r\u00f4le crucial dans le diagnostic diff\u00e9rentiel neuropsychiatrique :<\/p>\n<p>En neurologie cognitive et comportementale, le profil d&rsquo;\u00e9largissement ventriculaire \u00e9claire la nature du d\u00e9clin sous-jacent. Une dilatation pr\u00e9f\u00e9rentielle et pr\u00e9coce des cornes temporales des ventricules lat\u00e9raux refl\u00e8te directement l&rsquo;atrophie hippocampique et parahippocampique caract\u00e9ristique de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>. En revanche, un \u00e9largissement disproportionn\u00e9 de la corne frontale et des r\u00e9cessus ant\u00e9rieurs orientera le clinicien vers une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lobaire fronto-temporale ou une maladie de Huntington, o\u00f9 la disparition de la t\u00eate du noyau caud\u00e9 efface le relief externe des cornes frontales ventriculaires, leur donnant un aspect dilat\u00e9 en \u00ab oreilles de chauve-souris \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le domaine des urgences neurochirurgicales et neuro-vasculaires, la surveillance des ventricules est vitale. L&rsquo;obstruction aigu\u00eb de l&rsquo;\u00e9coulement du liquide (par exemple cons\u00e9cutive \u00e0 une h\u00e9morragie sous-arachno\u00efdienne, un kyste collo\u00efde du V3 ou une tumeur du cervelet comprimant le quatri\u00e8me ventricule) engendre une hydroc\u00e9phalie obstructive aigu\u00eb. L&rsquo;hypertension intracr\u00e2nienne fulgurante qui en d\u00e9coule impose la pose urgente d&rsquo;une d\u00e9rivation ventriculaire externe pour drainer le liquide et \u00e9viter l&rsquo;engagement c\u00e9r\u00e9bral fatal.<\/p>\n<p>En psychiatrie de l&rsquo;adulte et de l&rsquo;enfant, la d\u00e9tection fortuite d&rsquo;une ventriculom\u00e9galie mod\u00e9r\u00e9e ou asym\u00e9trique chez un individu pr\u00e9sentant des troubles affectifs ou psychotiques r\u00e9fractaires aux traitements psychotropes conventionnels conduit \u00e0 reconsid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9tiologie : elle sugg\u00e8re des ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;infections pr\u00e9natales, d&rsquo;hypoxie p\u00e9rinatale ou de maladies inflammatoires p\u00e9riventriculaires pass\u00e9es inaper\u00e7ues.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Depuis la fin des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;\u00e9largissement des ventricules c\u00e9r\u00e9braux repr\u00e9sente l&rsquo;une des anomalies neurobiologiques les plus r\u00e9pliqu\u00e9es de l&rsquo;histoire de la psychiatrie biologique. L&rsquo;\u00e9tude pionni\u00e8re men\u00e9e par Eve Johnstone et ses collaborateurs en 1976 \u00e0 l&rsquo;aide de la tomodensitom\u00e9trie axiale a d\u00e9montr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois que des patients souffrant de schizophr\u00e9nie chronique pr\u00e9sentaient des ventricules c\u00e9r\u00e9braux significativement plus larges que les t\u00e9moins sains d&rsquo;\u00e2ge comparable, corr\u00e9lant cette morphologie \u00e0 un profil d&rsquo;alt\u00e9rations cognitives majeures et d&rsquo;incurabilit\u00e9 clinique.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses contemporaines men\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle par le consortium international ENIGMA (Enhancing Neuro Imaging Genetics through Meta-Analysis) sur des dizaines de milliers de scans c\u00e9r\u00e9braux ont d\u00e9finitivement confirm\u00e9 ces r\u00e9sultats :<\/p>\n<ul>\n<li>La schizophr\u00e9nie s&rsquo;accompagne d&rsquo;un \u00e9largissement ventriculaire robuste (taille d&rsquo;effet <em>d<\/em> de Cohen comprise entre 0,40 et 0,60 pour les ventricules lat\u00e9raux), pr\u00e9sent d\u00e8s le premier \u00e9pisode psychotique et s&rsquo;accentuant l\u00e9g\u00e8rement au cours de l&rsquo;\u00e9volution de la maladie.<\/li>\n<li>Le trouble bipolaire de type I manifeste un \u00e9largissement interm\u00e9diaire des ventricules lat\u00e9raux, particuli\u00e8rement net chez les patients ayant travers\u00e9 des \u00e9pisodes psychotiques fr\u00e9quents ou pr\u00e9sentant une exposition prolong\u00e9e aux phases maniaques s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li>Le trouble d\u00e9pressif majeur d\u00e9montre une dilatation ventriculaire plus t\u00e9nue mais statistiquement significative chez les personnes \u00e2g\u00e9es, renfor\u00e7ant le concept de d\u00e9pression vasculaire et d&rsquo;atrophie sous-corticale li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les recherches actuelles explorent \u00e9galement les interactions entre le syst\u00e8me ventriculaire et le syst\u00e8me glymphatique mis en \u00e9vidence par Maiken Nedergaard et son \u00e9quipe. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que durant le sommeil \u00e0 ondes lentes, l&rsquo;espace interstitiel c\u00e9r\u00e9bral s&rsquo;accro\u00eet de 60 %, facilitant un \u00e9change massif et rapide entre le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal contenu dans les ventricules et les espaces sous-arachno\u00efdiens, et le liquide interstitiel parenchymateux. Ce m\u00e9canisme permet l&rsquo;\u00e9vacuation pulsatile de peptides neurotoxiques tels que la b\u00eata-amylo\u00efde et la prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e, ouvrant une perspective novatrice sur le lien direct unissant les perturbations du rythme veille-sommeil, l&rsquo;alt\u00e9ration ventriculaire et les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et anthropologiques<\/h3>\n<p>La perception anatomique des ventricules c\u00e9r\u00e9braux a profond\u00e9ment influenc\u00e9 les repr\u00e9sentations transculturelles de la pens\u00e9e, du souffle et de l&rsquo;\u00e2me \u00e0 travers les civilisations. Dans les traditions m\u00e9dicales de la Renaissance occidentale, la mise en sc\u00e8ne artistique des ventricules dans les trait\u00e9s d&rsquo;anatomie (comme ceux de L\u00e9onard de Vinci ou d&rsquo;Albrecht D\u00fcrer) relevait d&rsquo;une recherche quasi m\u00e9taphysique : dessiner la cavit\u00e9 ventriculaire revenait \u00e0 circonscrire le lieu g\u00e9om\u00e9trique invisible o\u00f9 la substance spirituelle divine entrait en r\u00e9sonance avec le corps mat\u00e9riel p\u00e9rissable.<\/p>\n<p>Dans la m\u00e9decine islamique m\u00e9di\u00e9vale, l&rsquo;\u00e9tude minutieuse du r\u00e9seau ventriculaire r\u00e9alis\u00e9e par des \u00e9rudits tels qu&rsquo;Avicenne ou Al-Razi s&rsquo;inscrivait dans une qu\u00eate globale d&rsquo;harmonisation entre les principes gal\u00e9niques et les exigences th\u00e9ologiques de description des vertus int\u00e9rieures de l&rsquo;esprit humain (l&rsquo;intellect agent, l&rsquo;imagination formatrice et la m\u00e9moire). La cavit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale n&rsquo;\u00e9tait point comprise comme un vide passif, mais comme une chambre noble de transformation alchimique des vapeurs corporelles en pens\u00e9e subtile.<\/p>\n<p>Dans les sciences humaines et la philosophie contemporaines de l&rsquo;esprit, l&rsquo;histoire des ventricules c\u00e9r\u00e9braux est r\u00e9guli\u00e8rement convoqu\u00e9e par des philosophes comme Michel Foucault ou Georges Canguilhem pour illustrer le paradigme de l&rsquo;illusion spatiale de l&rsquo;esprit : l&rsquo;\u00eatre humain a obstin\u00e9ment projet\u00e9 ses fonctions subjectives et psychiques les plus complexes dans les vides anatomiques avant de pouvoir concevoir la complexit\u00e9 computationnelle et biologique du tissu cellulaire lui-m\u00eame.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;avalanche de preuves reliant la morphologie ventriculaire aux maladies mentales, plusieurs \u00e9cueils m\u00e9thodologiques et limites \u00e9pist\u00e9mologiques font l&rsquo;objet d&rsquo;intenses controverses au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>Le principal grief concerne le manque patent de sp\u00e9cificit\u00e9 nosologique de la ventriculom\u00e9galie. Constater un \u00e9largissement des ventricules c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 l&rsquo;IRM ne permet en aucun cas de poser de mani\u00e8re univoque un diagnostic de schizophr\u00e9nie, de d\u00e9mence d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative ou de traumatisme cr\u00e2nien ant\u00e9rieur. Une dilatation ventriculaire mod\u00e9r\u00e9e peut s&rsquo;observer chez des sujets sains asymptomatiques, chez des personnes \u00e2g\u00e9es sans le moindre d\u00e9ficit cognitif, ou \u00e0 la suite d&rsquo;une d\u00e9shydratation aigu\u00eb, d&rsquo;un je\u00fbne prolong\u00e9 ou de th\u00e9rapies par corticost\u00e9ro\u00efdes \u00e0 haute dose (ph\u00e9nom\u00e8ne de pseudo-atrophie r\u00e9versible apr\u00e8s normalisation clinique).<\/p>\n<p>Une seconde controverse majeure r\u00e9side dans le d\u00e9bat sur l&rsquo;\u00e9tiologie longitudinale : l&rsquo;\u00e9largissement ventriculaire dans la schizophr\u00e9nie et les psychoses apparent\u00e9es constitue-t-il une anomalie statique fix\u00e9e d\u00e8s la p\u00e9riode f\u0153tale (marqueur de vuln\u00e9rabilit\u00e9 neurod\u00e9veloppementale) ou une l\u00e9sion \u00e9volutive progressive (processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif actif) ? Bien que des m\u00e9ta-analyses sugg\u00e8rent une discr\u00e8te progression du volume au fil des rechutes psychotiques, les partisans du mod\u00e8le neurod\u00e9veloppemental soulignent que la majeure partie de la diff\u00e9rence de volume est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente au moment du premier contact psychiatrique.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00f4le iatrog\u00e8ne des mol\u00e9cules th\u00e9rapeutiques demeure une source fr\u00e9quente de d\u00e9bat. Plusieurs \u00e9tudes longitudinales ont mis en \u00e9vidence une association dose-d\u00e9pendante entre la prise au long cours de certains antipsychotiques de premi\u00e8re ou de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration et une acc\u00e9l\u00e9ration mineure de la perte de volume de substance grise accompagn\u00e9e d&rsquo;une augmentation proportionnelle des ventricules c\u00e9r\u00e9braux. D\u00e9m\u00ealer ce qui rel\u00e8ve de la progression endog\u00e8ne de la pathologie mentale de ce qui rel\u00e8ve des effets secondaires iatrog\u00e8nes de la pharmacoth\u00e9rapie reste un d\u00e9fi \u00e9pid\u00e9miologique et m\u00e9thodologique de premier ordre.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour garantir la clart\u00e9 s\u00e9miologique et diagnostique, il convient de distinguer avec exactitude le concept de ventricule c\u00e9r\u00e9bral d&rsquo;autres structures et anomalies cavitaires du syst\u00e8me nerveux central :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Espaces sous-arachno\u00efdiens :<\/strong> Espaces compris entre l&rsquo;arachno\u00efde et la pie-m\u00e8re entourant la surface externe du cerveau et de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Contrairement aux ventricules qui sont intra-parenchymateux, les espaces sous-arachno\u00efdiens sont p\u00e9riph\u00e9riques et contiennent les grandes citernes basales o\u00f9 le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal s&rsquo;accumule avant d&rsquo;\u00eatre r\u00e9sorb\u00e9 dans le sang veineux par les granulations de Pacchioni.<\/li>\n<li><strong>Espaces de Virchow-Robin (espaces p\u00e9rivasculaires) :<\/strong> Prolongements microscopiques ou millim\u00e9triques des espaces sous-arachno\u00efdiens entourant les art\u00e9rioles et les veinules qui p\u00e9n\u00e8trent la substance c\u00e9r\u00e9brale. Ils ne font pas partie du syst\u00e8me ventriculaire anatomique bien qu&rsquo;ils participent au r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9limination glymphatique.<\/li>\n<li><strong>Canal central de la moelle \u00e9pini\u00e8re (canal de l&rsquo;\u00e9pendyme) :<\/strong> Fin canal vestigial prolongeant la partie inf\u00e9rieure du quatri\u00e8me ventricule au sein de la moelle \u00e9pini\u00e8re, souvent occlus chez l&rsquo;adulte de mani\u00e8re physiologique.<\/li>\n<li><strong>Cavum septum pellucidum :<\/strong> Variante anatomique fr\u00e9quente (sans valeur pathologique intrins\u00e8que) correspondant \u00e0 un d\u00e9faut de fusion des deux feuillets du septum lucidum d\u00e9limitant la paroi m\u00e9diane des ventricules lat\u00e9raux. Il ne communique pas avec le syst\u00e8me ventriculaire et ne poss\u00e8de aucun plexus choro\u00efde.<\/li>\n<li><strong>Kyste \u00e9pidermo\u00efde ou arachno\u00efdien :<\/strong> Formation kystique cong\u00e9nitale ou acquise d\u00e9velopp\u00e9e au sein des m\u00e9ninges ou des sillons c\u00e9r\u00e9braux, \u00e0 distinguer d&rsquo;une dilatation segmentaire d&rsquo;une corne ventriculaire.<\/li>\n<li><strong>Ventriculom\u00e9galie vs Hydroc\u00e9phalie :<\/strong> La ventriculom\u00e9galie est un terme descriptif morphologique purement radiologique d\u00e9signant des ventricules dilat\u00e9s. L&rsquo;hydroc\u00e9phalie d\u00e9signe quant \u00e0 elle une entit\u00e9 pathologique dynamique caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9s\u00e9quilibre actif entre la production et la r\u00e9sorption du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal, entra\u00eenant une modification de la pression ou des forces de tension pari\u00e9tales.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, les ventricules c\u00e9r\u00e9braux repr\u00e9sentent un carrefour fondamental reliant l&rsquo;architecture macroscopique de l&rsquo;enc\u00e9phale \u00e0 ses fonctions hom\u00e9ostatiques et cognitives les plus complexes :<\/p>\n<ul>\n<li>Le syst\u00e8me ventriculaire humain est compos\u00e9 de quatre cavit\u00e9s interconnect\u00e9es (deux ventricules lat\u00e9raux, le troisi\u00e8me et le quatri\u00e8me ventricules) tapiss\u00e9es par l&rsquo;\u00e9pendyme et contenant le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal produit par les plexus choro\u00efdes.<\/li>\n<li>Sa physiologie remplit des r\u00f4les capitaux d&rsquo;amortissement biom\u00e9canique, de maintien hom\u00e9ostatique chimique du milieu neuronal et de d\u00e9toxification m\u00e9tabolique en synergie avec le syst\u00e8me glymphatique c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li>Historiquement pass\u00e9s du statut mythique de si\u00e8ge de l&rsquo;\u00e2me et des facult\u00e9s intellectuelles (doctrine des esprits animaux de Galien \u00e0 Descartes) \u00e0 celui de rep\u00e8res hydrodynamiques, les ventricules sont d\u00e9sormais des objets d&rsquo;\u00e9tude majeurs en neuro-imagerie computationnelle.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9largissement ventriculaire (ventriculom\u00e9galie) quantifi\u00e9 par l&rsquo;indice d&rsquo;Evans ou par volum\u00e9trie automatis\u00e9e 3D constitue l&rsquo;anomalie neuroanatomique la plus robuste et r\u00e9currente dans des pathologies telles que la schizophr\u00e9nie, le trouble bipolaire, la maladie d&rsquo;Alzheimer et l&rsquo;hydroc\u00e9phalie \u00e0 pression normale.<\/li>\n<li>Bien qu&rsquo;il soit un marqueur macroscopique peu sp\u00e9cifique lorsqu&rsquo;il est isol\u00e9, le volume ventriculaire demeure un barom\u00e8tre inestimable de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence <em>ex vacuo<\/em>, des troubles du neurod\u00e9veloppement et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche p\u00e9riventriculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Andreasen, N. C., Swayze, V. W., Flaum, M., Yates, W. R., Arndt, S., &amp; McChesney, C. (1990). Ventricular enlargement in schizophrenia: Relationship to positive and negative symptoms. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 47(11), 1008\u20131015. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1990.01810230024005\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1990.01810230024005<\/a><\/li>\n<li>Damkier, H. H., Brown, P. D., &amp; Praetorius, J. (2013). Cerebrospinal fluid secretion by the choroid plexus. <em>Physiological Reviews<\/em>, 93(4), 1847\u20131892. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00004.2013\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00004.2013<\/a><\/li>\n<li>Johnstone, E. C., Crow, T. J., Frith, C. D., Husband, J., &amp; Kreel, L. (1976). Cerebral ventricular size and cognitive impairment in chronic schizophrenia. <em>The Lancet<\/em>, 308(7992), 924\u2013926. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(76)90890-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(76)90890-4<\/a><\/li>\n<li>Nedergaard, M. (2013). Garbage truck of the brain. <em>Science<\/em>, 340(6140), 1529\u20131530. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1240514\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1240514<\/a><\/li>\n<li>van Erp, T. G., Walton, E., Hibar, D. P., Schmaal, L., Jiang, W., Glahn, D. C., Pearlson, G. D., Yao, N., Fukunaga, M., Hashimoto, R., &amp; Turner, J. A. (2018). Cortical brain abnormalities in 4474 individuals with schizophrenia and 5098 control subjects via the ENIGMA consortium. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 84(9), 644\u2013654. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2018.04.023\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2018.04.023<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;anatomie, la physiologie et l&rsquo;importance clinique du syst\u00e8me ventriculaire c\u00e9r\u00e9bral, biomarqueur cl\u00e9 en neuropsychiatrie et en neuro-imagerie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459,6890],"tags":[34548,1049,39108,572,39106,39107],"class_list":["post-23108","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","category-psychiatrie-biologique","tag-liquide-cerebrospinal","tag-neuro-imagerie","tag-plexus-choroide","tag-schizophrenie","tag-ventricule-cerebral","tag-ventriculomegalie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/23108\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}