{"id":22940,"date":"2026-10-28T05:31:12","date_gmt":"2026-10-28T05:31:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=plexus-coeliaque-neurovegetatif"},"modified":"2026-10-28T05:31:12","modified_gmt":"2026-10-28T05:31:12","slug":"plexus-coeliaque-neurovegetatif","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=plexus-coeliaque-neurovegetatif","title":{"rendered":"Plexus c\u0153liaque : Carrefour neurov\u00e9g\u00e9tatif"},"content":{"rendered":"<p>Le plexus c\u0153liaque constitue la formation nerveuse v\u00e9g\u00e9tative la plus dense et la plus complexe de la cavit\u00e9 abdominale humaine. V\u00e9ritable carrefour d&rsquo;int\u00e9gration entre le syst\u00e8me nerveux central et les visc\u00e8res abdominaux sup\u00e9rieurs, cette structure neuroanatomique orchestre non seulement l&rsquo;hom\u00e9ostasie digestive, vasculaire et glandulaire, mais s&rsquo;inscrit \u00e9galement au c\u0153ur des interactions bidirectionnelles de l&rsquo;axe intestin-cerveau, modulant la nociception visc\u00e9rale, la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle au stress et les manifestations somatosensorielles de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2>Le Plexus C\u0153liaque<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>plexus c\u0153liaque<\/strong> (historiquement et populairement d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de <em>plexus solaire<\/em>) est un vaste r\u00e9seau autonome de ganglions pr\u00e9vert\u00e9braux et de fibres nerveuses entrelac\u00e9es, situ\u00e9 dans le r\u00e9trop\u00e9ritoine en avant de l&rsquo;aorte abdominale et entourant l&rsquo;\u00e9mergence du tronc c\u0153liaque ainsi que de l&rsquo;art\u00e8re m\u00e9sent\u00e9rique sup\u00e9rieure. Il fonctionne comme un centre de relais, de redistribution et d&rsquo;int\u00e9gration primordiale des signaux aff\u00e9rents et eff\u00e9rents du syst\u00e8me nerveux sympathique et parasympathique destin\u00e9s aux visc\u00e8res abdominaux.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel et neurophysiologique, cette entit\u00e9 anatomique coordonne l&rsquo;innervation v\u00e9g\u00e9tative de l&rsquo;estomac, du foie, de la v\u00e9sicule biliaire, du pancr\u00e9as, de la rate, des reins et de la partie proximale du tractus digestif. Par son implication directe dans la r\u00e9gulation vasomotrice, la motilit\u00e9 gastro-intestinale et la transmission nociceptive visc\u00e9rale, le plexus c\u0153liaque repr\u00e9sente une plaque tournante biologique dans l&rsquo;expression corporelle du stress psychologique et dans l&rsquo;\u00e9tiologie des syndromes algiques abdominaux chroniques.<\/p>\n<p>En psychologie de la sant\u00e9, en neuropsychiatrie et en m\u00e9decine psychosomatique, le plexus c\u0153liaque est appr\u00e9hend\u00e9 comme l&rsquo;un des substrats neurobiologiques majeurs par lesquels les \u00e9tats affectifs intenses \u2014 tels que la terreur, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire ou la d\u00e9tresse somatis\u00e9e \u2014 se traduisent par des sensations visc\u00e9rales aigu\u00ebs d&rsquo;oppression \u00e9pigastrique, illustrant avec force le concept d&rsquo;incorporation somatique des \u00e9motions.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab c\u0153liaque \u00bb trouve son origine linguistique dans le grec ancien <em>koiliakos<\/em> (\u03ba\u03bf\u03b9\u03bb\u03b9\u03b1\u03ba\u03cc\u03c2), d\u00e9riv\u00e9 de <em>koilia<\/em> (\u03ba\u03bf\u03b9\u03bb\u03af\u03b1), signifiant \u00ab cavit\u00e9 \u00bb, \u00ab ventre \u00bb ou \u00ab intestins \u00bb, lui-m\u00eame enracin\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tymon indo-europ\u00e9en <em>*k\u0302ow-<\/em> \u00e9voquant le creux ou l&rsquo;enflure. Le mot a \u00e9t\u00e9 latinis\u00e9 en <em>coeliacus<\/em> \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque classique pour d\u00e9signer tout ce qui se rapporte \u00e0 la r\u00e9gion abdominale et \u00e0 la digestion.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab plexus \u00bb, quant \u00e0 lui, est directement emprunt\u00e9 au substantif latin <em>plexus<\/em> (participe pass\u00e9 du verbe <em>plectere<\/em>, signifiant \u00ab tresser \u00bb, \u00ab enlacer \u00bb ou \u00ab entrelacer \u00bb), utilis\u00e9 en anatomie d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle pour d\u00e9crire des entrelacements complexes de vaisseaux sanguins ou de fibres nerveuses. L&rsquo;expression conjointe \u00ab plexus c\u0153liaque \u00bb s&rsquo;est ainsi impos\u00e9e dans le vocabulaire biom\u00e9dical francophone pour d\u00e9signer ce lacis r\u00e9ticul\u00e9 centr\u00e9 sur l&rsquo;art\u00e8re c\u0153liaque.<\/p>\n<p>La d\u00e9signation vernaculaire synonyme de \u00ab plexus solaire \u00bb (<em>plexus solaris<\/em>) fut consacr\u00e9e par les anatomistes de l&rsquo;\u00e9poque moderne, notamment en raison de la disposition macroscopique rayonnante des filets nerveux autonomes qui s&rsquo;\u00e9chappent des ganglions semi-lunaires dans toutes les directions, rappelant l&rsquo;iconographie traditionnelle des rayons solaires irradiant depuis un astre central. Cette m\u00e9taphore visuelle a grandement favoris\u00e9 l&rsquo;appropriation du terme dans les cultures populaires et les traditions philosophiques s&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie somatique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, \u00ab plexus c\u0153liaque \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [pl\u025bk.sys se.ljak] (ou plus rarement [pl\u025bk.sys s\u0153.ljak] selon les conventions ortho\u00e9piques conservatrices du digramme \u00ab \u0153 \u00bb). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier. Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit \u00ab les plexus c\u0153liaques \u00bb, bien que l&rsquo;anatomie humaine ne compte rigoureusement qu&rsquo;un seul plexus c\u0153liaque m\u00e9dian par individu, subdivis\u00e9 fonctionnellement en deux h\u00e9misph\u00e8res ganglionnaires bilat\u00e9raux.<\/p>\n<p>Sur le plan orthographique, la graphie avec la ligature \u00e9tymologique \u00ab \u0153 \u00bb (c\u0153liaque) est la norme acad\u00e9mique pr\u00e9valente en m\u00e9decine et en lexicographie fran\u00e7aise, bien que la graphie d\u00e9sentrelac\u00e9e \u00ab coeliaque \u00bb soit fr\u00e9quemment observ\u00e9e dans les moteurs de recherche num\u00e9riques et les publications non sp\u00e9cialis\u00e9es. Le terme s&#8217;emploie principalement en tant que substantif compos\u00e9 au sein de contextes anatomiques, chirurgicaux, anesth\u00e9siques et neuropsychologiques.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour saisir pleinement la port\u00e9e conceptuelle du plexus c\u0153liaque, il convient de le concevoir non comme un simple faisceau de passage anatomique passif, mais comme un micro-processeur p\u00e9riph\u00e9rique hautement sophistiqu\u00e9 du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_autonome\">syst\u00e8me nerveux autonome<\/a>. Situ\u00e9 \u00e0 la confluence des signaux descendants du n\u00e9vraxe et des r\u00e9troactions ascendantes provenant de la p\u00e9riph\u00e9rie visc\u00e9rale, il int\u00e8gre des cascades synaptiques complexes impliquant de multiples neurotransmetteurs, tels que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, la noradr\u00e9naline, le peptide li\u00e9 au g\u00e8ne de la calcitonine (CGRP) et la substance P.<\/p>\n<p>Le champ anatomique du plexus c\u0153liaque s&rsquo;\u00e9tend verticalement du niveau de la douzi\u00e8me vert\u00e8bre thoracique (T12) \u00e0 la premi\u00e8re vert\u00e8bre lombaire (L1), imm\u00e9diatement en avant du tronc de l&rsquo;aorte abdominale et des piliers du diaphragme. Il est circonscrit lat\u00e9ralement par les glandes surr\u00e9nales et la veine cave inf\u00e9rieure. Cette position strat\u00e9gique r\u00e9trop\u00e9riton\u00e9ale le place au carrefour des plus grands axes h\u00e9modynamiques et visc\u00e9raux de l&rsquo;organisme, ce qui explique sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux compressions m\u00e9caniques, aux envahissements tumoraux r\u00e9trop\u00e9riton\u00e9aux et aux fluctuations du tonus vasomoteur central.<\/p>\n<p>Sur le versant eff\u00e9rent, le plexus c\u0153liaque relaie les commandes sympathiques originaires des segments m\u00e9dullaires T5 \u00e0 T12, v\u00e9hicul\u00e9es par les nerfs grands splanchniques, petits splanchniques et splanchniques inf\u00e9rieurs. Ces fibres pr\u00e9-ganglionnaires my\u00e9linis\u00e9es font relais dans les volumineux ganglions c\u0153liaques (ou semi-lunaires), d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent des fibres post-ganglionnaires amy\u00e9liniques qui empruntent le trajet adventitiel des branches de division art\u00e9rielle pour atteindre leurs cibles : r\u00e9duction de la perfusion sanguine m\u00e9sent\u00e9rique, inhibition de la p\u00e9ristaltique gastrique, diminution des s\u00e9cr\u00e9tions exocrines et stimulation de la glycog\u00e9nolyse h\u00e9patique en r\u00e9ponse aux exigences du m\u00e9tabolisme de d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Conjointement, le plexus c\u0153liaque est travers\u00e9 par des contingents de fibres parasympathiques pr\u00e9-ganglionnaires issues des branches post\u00e9rieures du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nerf_vague\">nerf vague<\/a> (nerf cr\u00e2nien X). Contrairement aux fibres sympathiques, la grande majorit\u00e9 de ces filets vagaux traversent le plexus sans interruption synaptique ganglionnaire majeure, poursuivant leur route vers les plexus ent\u00e9riques intrins\u00e8ques (plexus myent\u00e9rique d&rsquo;Auerbach et sous-muqueux de Meissner) o\u00f9 ils favorisent les fonctions de trophicit\u00e9, de repos digestif et de r\u00e9gulation anabolique.<\/p>\n<p>Enfin, sur le versant sensoriel et nociceptif, le plexus c\u0153liaque est le corridor oblig\u00e9 par lequel transitent la majorit\u00e9 des aff\u00e9rences visc\u00e9rales algiques de l&rsquo;\u00e9tage sous-diaphragmatique. Les informations nociceptives engendr\u00e9es par l&rsquo;isch\u00e9mie, la distension capsulaire visc\u00e9rale, l&rsquo;inflammation aigu\u00eb ou l&rsquo;infiltration maligne des organes \u00e9pigastriques traversent ce carrefour avant de remonter par les cordons spino-thalamiques vers le thalamus, le cortex insulaire et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur, reliant directement le plexus \u00e0 la souffrance affective et \u00e0 la d\u00e9tresse cognitive.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique et d\u00e9couvertes anatomiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration historique du plexus c\u0153liaque refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la neuroanatomie, oscillant entre descriptions purement m\u00e9canistes des visc\u00e8res et fascination pour les liens unissant l&rsquo;esprit et le bas-ventre. Bien que Claude Galien ait identifi\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 des cordons nerveux longitudinaux paravert\u00e9braux, il fallut attendre les travaux de la Renaissance pour que la dissection m\u00e9thodique r\u00e9v\u00e8le la structure ganglionnaire du r\u00e9trop\u00e9ritoine.<\/p>\n<p>Au XVIe si\u00e8cle, Andr\u00e9 V\u00e9sale (1514-1564), dans son monumental ouvrage <em>De humani corporis fabrica<\/em> (1543), documenta avec une pr\u00e9cision remarquable les rameaux nerveux autonomes entourant les racines vasculaires m\u00e9sent\u00e9riques, rompant avec certains dogmes gal\u00e9niques. Cependant, la conceptualisation sp\u00e9cifique du plexus c\u0153liaque en tant qu&rsquo;entit\u00e9 ganglionnaire autonome majeure fut v\u00e9ritablement \u00e9tablie au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle par l&rsquo;anatomiste danois Jacob Winslow (1669-1760), qui d\u00e9crivit minutieusement les ganglions semi-lunaires et vulgarisa l&rsquo;expression de \u00ab plexus solaire \u00bb dans son trait\u00e9 d&rsquo;anatomie de 1732.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, le m\u00e9decin et physiologiste fran\u00e7ais Marie Fran\u00e7ois Xavier Bichat (1771-1802) introduisit une rupture th\u00e9orique fondamentale avec son concept des \u00ab deux vies \u00bb : la vie animale (de relation, gouvern\u00e9e par le cerveau c\u00e9r\u00e9bro-spinal) et la vie organique (v\u00e9g\u00e9tative, gouvern\u00e9e par les ganglions nerveux). Bichat d\u00e9signa express\u00e9ment le plexus c\u0153liaque comme le \u00ab cerveau de la vie organique \u00bb, postulant que le si\u00e8ge fondamental des passions primitives, de la tristesse, de la col\u00e8re et des affections visc\u00e9rales r\u00e9sidait au sein de ce conglom\u00e9rat ganglionnaire abdominal plut\u00f4t que dans le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Le tournant du XXe si\u00e8cle marqua la transition vers la neurophysiologie fonctionnelle et les applications interventionnelles. En 1914, le chirurgien allemand Max Kappis perfectionna la technique d&rsquo;analg\u00e9sie r\u00e9gionale par bloc percutan\u00e9 du plexus c\u0153liaque \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;anesth\u00e9siques locaux, ouvrant la voie au traitement cibl\u00e9 de la douleur r\u00e9fractaire li\u00e9e au cancer du pancr\u00e9as. Plus tard, les travaux de Walter Cannon sur l&rsquo;hom\u00e9ostasie et la r\u00e9action de lutte ou de fuite (<em>fight-or-flight<\/em>), ainsi que la d\u00e9couverte des neuropeptides intestinaux par Viktor Mutt dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, permirent de r\u00e9int\u00e9grer le plexus c\u0153liaque au sein d&rsquo;une vision neuroendocrinienne dynamique et interconnect\u00e9e.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Les fondements th\u00e9oriques sous-tendant la compr\u00e9hension moderne du plexus c\u0153liaque s&rsquo;articulent autour de la neurophysiologie de l&rsquo;hom\u00e9ostasie v\u00e9g\u00e9tative, de la th\u00e9orie polyvagale et des mod\u00e8les de neurogastroent\u00e9rologie contemporains. L&rsquo;activit\u00e9 de ce r\u00e9seau n&rsquo;est pas simplement r\u00e9active ; elle participe \u00e0 la boucle de r\u00e9troaction continue qui informe le syst\u00e8me nerveux central de l&rsquo;\u00e9tat m\u00e9tabolique et tissulaire de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<p>Dans le cadre de la th\u00e9orie des \u00e9motions de James-Lange et de ses r\u00e9actualisations contemporaines par le neuroscientifique Antonio Damasio sous la th\u00e9orie des \u00ab marqueurs somatiques \u00bb, les visc\u00e8res jouent un r\u00f4le constitutif dans l&rsquo;\u00e9mergence des \u00e9tats de conscience \u00e9motionnelle. Le plexus c\u0153liaque agit comme un canal \u00e0 double sens : les r\u00e9actions corporelles d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un danger par l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale stimulent le contingent sympathique splanchnique, provoquant une vasoconstriction m\u00e9sent\u00e9rique brutale, une baisse d&rsquo;activit\u00e9 motrice gastrique et une tension p\u00e9riton\u00e9ale locale. En retour, les aff\u00e9rences visc\u00e9rales v\u00e9hicul\u00e9es par le plexus c\u0153liaque projettent vers le noyau du faisceau solitaire et l&rsquo;insula, donnant naissance au sentiment subjectif de malaise \u00e9pigastrique ou \u00e0 la \u00ab peur au ventre \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie synaptique, les ganglions c\u0153liaques poss\u00e8dent une capacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration pr\u00e9-vert\u00e9brale. Des circuits r\u00e9flexes p\u00e9riph\u00e9riques peuvent op\u00e9rer directement au niveau du plexus sans n\u00e9cessiter une boucle ascendante compl\u00e8te vers la moelle \u00e9pini\u00e8re ou le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Cette autonomie fonctionnelle partielle corrobore l&rsquo;id\u00e9e que le syst\u00e8me v\u00e9g\u00e9tatif abdominal poss\u00e8de une intelligence locale capable d&rsquo;adapter l&rsquo;h\u00e9modynamique et la motilit\u00e9 splanchnique en fonction de stimuli locaux m\u00e9caniques ou biochimiques.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie du stress de Hans Selye et le mod\u00e8le de la charge allostatique d\u00e9velopp\u00e9 par Bruce McEwen \u00e9clairent le r\u00f4le du plexus c\u0153liaque dans les d\u00e9r\u00e8glements chroniques. Une hyperactivit\u00e9 soutenue de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien et du syst\u00e8me sympathique c\u0153liaque induit une dysfonction microvasculaire splanchnique, une alt\u00e9ration de la barri\u00e8re muqueuse digestive et une hypersensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs nociceptifs locaux, transformant un \u00e9tat d&rsquo;alerte adaptatif en pathologie fonctionnelle gastro-intestinale chronique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, anatomie et connexions<\/h3>\n<p>La structure anatomique du plexus c\u0153liaque se d\u00e9ploie selon une architecture ganglionnaire bilat\u00e9rale et asym\u00e9trique, interconnect\u00e9e par un dense maillage de fibres nerveuses plexiformes. Ses composantes essentielles et ses prolongements p\u00e9riph\u00e9riques se structurent ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les ganglions c\u0153liaques (semi-lunaires) :<\/strong> Habituellement au nombre de deux (ganglion droit et ganglion gauche), ces formations nodulaires irr\u00e9guli\u00e8res mesurent entre 1 et 3 centim\u00e8tres de long. Le ganglion droit est situ\u00e9 en arri\u00e8re de la veine cave inf\u00e9rieure et au-dessus de l&rsquo;art\u00e8re r\u00e9nale droite ; le ganglion gauche se positionne imm\u00e9diatement en dehors de l&rsquo;aorte abdominale, en regard du bord sup\u00e9rieur du pancr\u00e9as.<\/li>\n<li><strong>Les racines aff\u00e9rentes sympathiques :<\/strong> Principalement repr\u00e9sent\u00e9es par le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nerf_grand_splanchnique\">nerf grand splanchnique<\/a> (provenant des ganglions thoraciques T5 \u00e0 T9\/T10), le nerf petit splanchnique (T10-T11) et occasionnellement le nerf splanchnique inf\u00e9rieur ou imus (T12). Ces nerfs traversent les piliers du diaphragme pour d\u00e9charger leurs influx pr\u00e9-ganglionnaires directement sur les neurones ganglionnaires c\u0153liaques.<\/li>\n<li><strong>Les racines aff\u00e9rentes parasympathiques :<\/strong> Le rameau c\u0153liaque du nerf vague post\u00e9rieur (droit) apporte des fibres parasympathiques qui convergent vers le bord m\u00e9dial du ganglion c\u0153liaque droit, constituant historiquement l&rsquo;\u00ab anse m\u00e9morable de Wrisberg \u00bb par son anastomosage avec le nerf grand splanchnique droit.<\/li>\n<li><strong>Les contingents sensoriels visc\u00e9raux :<\/strong> Fibres aff\u00e9rentes pseudounipolaires dont les corps cellulaires r\u00e9sident dans les ganglions des racines dorsales rachidiennes (T5-L1). Elles cheminent r\u00e9trogradement \u00e0 travers le plexus c\u0153liaque en provenance du parenchyme pancr\u00e9atique, de la capsule h\u00e9patique, du p\u00e9ritoine pari\u00e9tal post\u00e9rieur et du tube digestif sup\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>Les plexus secondaires tributaires :<\/strong> \u00c0 partir de cette matrice centrale, le plexus c\u0153liaque \u00e9met des prolongements radiaires adventitiels le long des ramifications art\u00e9rielles, engendrant le plexus h\u00e9patique, le plexus gastrique sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur, le plexus spl\u00e9nique, le plexus m\u00e9sent\u00e9rique sup\u00e9rieur, le plexus surr\u00e9nalien et le plexus r\u00e9nal.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations pratiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique offre une perspective saisissante sur le r\u00f4le du plexus c\u0153liaque dans la pratique m\u00e9dicale, psychiatrique et psychosomatique. Trois configurations cliniques illustrent particuli\u00e8rement son implication :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le syndrome du choc abdominal (r\u00e9flexe vagal et sympathique aigu).<\/strong> Lors d&rsquo;un traumatisme contondant direct \u00e0 l&rsquo;\u00e9pigastre (tel qu&rsquo;un coup violent re\u00e7u en boxe ou dans un accident sportif), une compression brutale du plexus c\u0153liaque contre le plan osseux vert\u00e9bral rachidien d\u00e9clenche un r\u00e9flexe neurov\u00e9g\u00e9tatif foudroyant. Le patient pr\u00e9sente instantan\u00e9ment une apn\u00e9e r\u00e9flexe transitoire due \u00e0 la sid\u00e9ration diaphragmatique, une bradycardie s\u00e9v\u00e8re ou un collapsus vasculaire par vasodilatation splanchnique massive, et une sensation d&rsquo;angoisse de mort imminente. Cette d\u00e9compensation h\u00e9modynamique et sensorielle met en lumi\u00e8re l&rsquo;extr\u00eame sensibilit\u00e9 du plexus aux agressions physiques et son contr\u00f4le direct sur la tonicit\u00e9 cardiovasculaire.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : L&rsquo;ad\u00e9nocarcinome de la t\u00eate du pancr\u00e9as et la neurolyse antalgique.<\/strong> Un homme de 62 ans souffre de douleurs \u00e9pigastriques transfixiantes irradiant vers le rachis dorso-lombaire, r\u00e9sistantes aux analg\u00e9siques opio\u00efdes de palier III, associ\u00e9es \u00e0 un amaigrissement majeur et \u00e0 un syndrome d\u00e9pressif s\u00e9v\u00e8re r\u00e9actionnel. L&rsquo;imagerie d\u00e9montre un envahissement tumoral direct du plexus c\u0153liaque par une n\u00e9oplasie pancr\u00e9atique avanc\u00e9e. La r\u00e9alisation d&rsquo;un bloc neurolytique percutan\u00e9 du plexus c\u0153liaque sous contr\u00f4le tomodensitom\u00e9trique par injection d&rsquo;alcool absolu permet une d\u00e9nervation chimique cibl\u00e9e des aff\u00e9rences nociceptives. Le soulagement quasi-imm\u00e9diat de la douleur s&rsquo;accompagne d&rsquo;une r\u00e9duction drastique de la d\u00e9tresse psychologique et d&rsquo;une am\u00e9lioration significative de la qualit\u00e9 de vie r\u00e9siduelle du patient.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : Le trouble fonctionnel digestif \u00e0 composante anxieuse s\u00e9v\u00e8re.<\/strong> Une jeune femme de 28 ans consultant en psychosomatique rapporte des sensations chroniques d&rsquo;\u00ab \u00e9tau br\u00fblant \u00bb et de \u00ab boule de contraction \u00bb log\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment dans le creux sous-sternal, survenant invariablement lors de prises de parole en public ou de conflits interpersonnels majeurs. Les explorations endoscopiques et tomodensitom\u00e9triques digestives sont rigoureusement normales. Ce tableau d&rsquo;hyperesth\u00e9sie visc\u00e9rale \u00e9pigastrique traduit une hyperexcitabilit\u00e9 du plexus c\u0153liaque induite par une d\u00e9charge sympathique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, o\u00f9 les contractions art\u00e9riolaires et la contracture de la musculature lisse gastrique g\u00e9n\u00e8rent un biofeedback visc\u00e9ral amplifi\u00e9 par l&rsquo;attention focalis\u00e9e du sujet.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et exploration fonctionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du plexus c\u0153liaque pose un d\u00e9fi m\u00e9thodologique consid\u00e9rable en raison de son enclavement r\u00e9trop\u00e9riton\u00e9al profond et de sa nature intriqu\u00e9e. Aucune mesure directe et isol\u00e9e ne permet d&rsquo;\u00e9valuer son activit\u00e9 \u00e9lectrique spontan\u00e9e de fa\u00e7on non invasive ; l&rsquo;\u00e9valuation repose donc sur une combinaison de modalit\u00e9s morphologiques, fonctionnelles et psychophysiologiques.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et diagnostique, la tomodensitom\u00e9trie (TDM) abdominale avec injection de produit de contraste iod\u00e9 et l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> (IRM) \u00e0 haute r\u00e9solution permettent d&rsquo;individualiser les ganglions c\u0153liaques chez la majorit\u00e9 des sujets sains. Ces examens \u00e9valuent la taille ganglionnaire (g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieure \u00e0 4-5 mm de petit axe), la sym\u00e9trie, l&rsquo;\u00e9chog\u00e9nicit\u00e9 ou la prise de contraste, et recherchent un engainement tumoral ou un \u00e9paississement fibreux cicatriciel. L&rsquo;\u00e9cho-endoscopie haute constitue l&rsquo;outil le plus performant pour visualiser directement les ganglions par voie trans-gastrique et guider des biopsies cibl\u00e9es ou des infiltrations th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Sur le versant fonctionnel autonome et psychophysiologique, l&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9activit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tative m\u00e9di\u00e9e par le plexus repose sur des mesures indirectes du syst\u00e8me sympathique et parasympathique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC) :<\/strong> L&rsquo;analyse temporelle et spectrale des battements cardiaques permet d&rsquo;estimer le tonus vagal et la balance sympatho-vagale g\u00e9n\u00e9rale lors de tests de stress \u00e9motionnel ou de bascule orthostatique.<\/li>\n<li><strong>La baror\u00e9flectom\u00e9trie et les tests vasomoteurs :<\/strong> \u00c9valuation des fluctuations h\u00e9modynamiques splanchniques par \u00e9chographie-doppler puls\u00e9 de l&rsquo;art\u00e8re c\u0153liaque et de l&rsquo;art\u00e8re m\u00e9sent\u00e9rique sup\u00e9rieure en conditions de repos et apr\u00e8s activation sympathique (ex. \u00e9preuve du froid ou <em>Cold Pressor Test<\/em>).<\/li>\n<li><strong>La barostatom\u00e9trie gastrique et l&rsquo;\u00e9valuation de la compliance visc\u00e9rale :<\/strong> Utilisation d&rsquo;un ballonnet intragastrique gonfl\u00e9 par paliers de pression pour mesurer le seuil de perception sensorielle et le seuil de douleur visc\u00e9rale (nociception), fr\u00e9quemment abaiss\u00e9s en cas de sensibilisation centrale et de r\u00e9troactions aberrantes du plexus c\u0153liaque.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelles psychom\u00e9triques de sensibilit\u00e9 int\u00e9roceptive :<\/strong> Questionnaires standardis\u00e9s tels que le <em>Multidimensional Assessment of Interoceptive Awareness<\/em> (MAIA), quantifiant la pr\u00e9cision et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 avec lesquelles les patients per\u00e7oivent et interpr\u00e8tent les sensations corporelles visc\u00e9rales issues du carrefour \u00e9pigastrique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques, psychosomatiques et th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>Le plexus c\u0153liaque est au c\u0153ur de multiples interventions th\u00e9rapeutiques ciblant des pathologies somatiques lourdes, des douleurs rebelles et des d\u00e9r\u00e8glements fonctionnels majeurs.<\/p>\n<p>En algologie interventionnelle et en soins palliatifs oncologiques, le bloc et la <strong>neurolyse du plexus c\u0153liaque<\/strong> constituent le traitement de r\u00e9f\u00e9rence pour le soulagement des douleurs chroniques d&rsquo;origine n\u00e9oplasique (particuli\u00e8rement le cancer du pancr\u00e9as, de l&rsquo;estomac, des voies biliaires ou du foie). L&rsquo;injection d&rsquo;anesth\u00e9siques locaux (bupivaca\u00efne, ropivaca\u00efne) pour un bloc diagnostique ou th\u00e9rapeutique temporaire, ou d&rsquo;agents scl\u00e9rosants (\u00e9thanol \u00e0 96 %, ph\u00e9nol) pour une destruction irr\u00e9versible des fibres nerveuses amy\u00e9liniques, permet une interruption d\u00e9finitive de la transmission aff\u00e9rente nociceptive, r\u00e9duisant la consommation de morphiniques et att\u00e9nuant leurs effets secondaires cognitifs et gastro-intestinaux.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la gastroent\u00e9rologie et de la m\u00e9decine psychosomatique, la dysfonction de r\u00e9gulation autonome au niveau c\u0153liaque est incrimin\u00e9e dans le <em>syndrome de compression de l&rsquo;art\u00e8re c\u0153liaque<\/em> (ou syndrome du ligament arqu\u00e9 m\u00e9dian de Dunbar). Dans cette pathologie rare, la compression extrins\u00e8que du tronc c\u0153liaque et du plexus nerveux adjacent par les attaches tendineuses du diaphragme provoque des douleurs postprandiales, une peur de s&rsquo;alimenter, un amaigrissement et une d\u00e9tresse psychologique majeure, souvent soulag\u00e9s par la d\u00e9compression chirurgicale et la plexectomie c\u0153liaque laparoscopique.<\/p>\n<p>En psychoth\u00e9rapie somato-\u00e9motionnelle, en th\u00e9rapie comportementale cognitive et en sophrologie, le plexus solaire est mobilis\u00e9 comme point focal d&rsquo;ancrage corporel. Les exercices de respiration abdominale lente et de coh\u00e9rence cardiaque agissent directement sur la motricit\u00e9 diaphragmatique. En massant rythmiquement les visc\u00e8res \u00e9pigastriques et en stimulant les fibres m\u00e9canor\u00e9ceptrices du nerf vague qui traversent le plexus c\u0153liaque, ces pratiques induisent une bascule neurov\u00e9g\u00e9tative vers la pr\u00e9dominance parasympathique, r\u00e9duisant la sensation subjective d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et restaurant un \u00e9quilibre visc\u00e9ro-\u00e9motionnel durable.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es contemporaines<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en neurobiologie et en gastroent\u00e9rologie translationnelle explore avec une pr\u00e9cision sans pr\u00e9c\u00e9dent les m\u00e9canismes d&rsquo;interaction neuro-immune au sein du plexus c\u0153liaque. Des travaux r\u00e9cents d\u00e9montrent que les ganglions c\u0153liaques ne sont pas seulement form\u00e9s de corps cellulaires neuronaux et de gaines gliales satellites, mais qu&rsquo;ils abritent \u00e9galement une population r\u00e9sidente importante de macrophages et de lymphocytes m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes men\u00e9es chez le rongeur par des \u00e9quipes sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;axe neuro-immunitaire ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;une voie anti-inflammatoire cholinergique d\u00e9pendante du nerf vague et relay\u00e9e par le plexus c\u0153liaque. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les axones vagaux pr\u00e9-ganglionnaires synapsent dans le ganglion c\u0153liaque avec des neurones sympathiques splanchniques projetant vers la rate via le nerf spl\u00e9nique. Cette stimulation nerveuse induit la lib\u00e9ration locale de noradr\u00e9naline, qui se lie aux r\u00e9cepteurs b\u00eata-2 adr\u00e9nergiques d&rsquo;une sous-population sp\u00e9cifique de lymphocytes T CD4+ producteurs d&rsquo;ac\u00e9tylcholine. L&rsquo;ac\u00e9tylcholine ainsi synth\u00e9tis\u00e9e inhibe la lib\u00e9ration de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, IL-1 b\u00eata) par les macrophages spl\u00e9niques, d\u00e9montrant que le plexus c\u0153liaque sert de relais obligatoire dans la r\u00e9gulation neurale de l&rsquo;immunit\u00e9 syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la neuro-imagerie fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale (IRMf) coupl\u00e9e \u00e0 la stimulation nociceptive visc\u00e9rale a permis de cartographier la signature c\u00e9r\u00e9brale de l&rsquo;activation des aff\u00e9rences c\u0153liaques chez l&rsquo;\u00eatre humain. Les travaux de Mayer et collaborateurs ont document\u00e9 qu&rsquo;une distension gastrique ou colique douloureuse active pr\u00e9f\u00e9rentiellement le cortex insulaire ant\u00e9rieur et le cortex cingulaire dorsal, des zones \u00e9troitement associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation affective de la menace somatique. Chez les patients souffrant de troubles fonctionnels de l&rsquo;axe intestin-cerveau, cette connectivit\u00e9 fonctionnelle ascendante appara\u00eet hypersensible et d\u00e9sinhib\u00e9e, corroborant l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une anomalie du traitement de l&rsquo;information nerveuse d\u00e8s le niveau ganglionnaire p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transdisciplinaires<\/h3>\n<p>Rares sont les structures anatomiques qui ont suscit\u00e9 une telle convergence entre observations m\u00e9dicales occidentales et conceptualisations \u00e9nerg\u00e9tiques orientales que le plexus c\u0153liaque, sous son appellation de \u00ab plexus solaire \u00bb. Cette s\u00e9mantique solaire transcende la simple description morphologique pour investir l&rsquo;imaginaire symbolique du corps humain.<\/p>\n<p>Dans les traditions yogiques et la philosophie v\u00e9dique de l&rsquo;Inde ancienne, la localisation spatiale du plexus c\u0153liaque correspond tr\u00e8s exactement \u00e0 celle du troisi\u00e8me centre \u00e9nerg\u00e9tique corporel principal : le chakra <em>Manipura<\/em> (le \u00ab centre de la gemme brillante \u00bb). Situ\u00e9 au niveau du nombril et de l&rsquo;\u00e9pigastre, ce p\u00f4le \u00e9nerg\u00e9tique est traditionnellement associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment Feu (<em>Agni<\/em>), au pouvoir de digestion physiologique et psychique, \u00e0 la force d&rsquo;affirmation du soi, au dynamisme vital et \u00e0 la m\u00e9tabolisation des \u00e9motions complexes. Bien que la science biom\u00e9dicale ne reconnaisse pas l&rsquo;existence mat\u00e9rielle des nadis ou des chakras, les anthropologues de la sant\u00e9 soulignent l&rsquo;\u00e9tonnante intuition ph\u00e9nom\u00e9nologique des anciens yogis, qui avaient localis\u00e9 au m\u00eame endroit anatomique le centre majeur de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle visc\u00e9rale et du m\u00e9tabolisme thermique basal.<\/p>\n<p>Dans les m\u00e9decines traditionnelles asiatiques, et singuli\u00e8rement en m\u00e9decine traditionnelle chinoise, la r\u00e9gion c\u0153liaque correspond \u00e0 des points d&rsquo;acupuncture capitaux situ\u00e9s sur le m\u00e9ridien Conception (comme <em>Zhongwan<\/em>, VC12), consid\u00e9r\u00e9s comme des carrefours o\u00f9 s&rsquo;harmonisent l&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;estomac et de la rate et o\u00f9 se concentre l&rsquo;impact des ruminations mentales et des soucis excessifs (<em>Si<\/em>). Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales modernes, le langage idiomatique continue d&rsquo;int\u00e9grer cette r\u00e9alit\u00e9 par des expressions courantes telles que \u00ab avoir la peur au ventre \u00bb, \u00ab recevoir un coup au plexus \u00bb ou \u00ab avoir l&rsquo;estomac nou\u00e9 \u00bb, t\u00e9moignant de la persistance de l&rsquo;intuition somatique selon laquelle le centre abdominal est le v\u00e9ritable sismographe de nos turbulences psychiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;avancement des connaissances m\u00e9dicales, plusieurs controverses diagnostiques, th\u00e9rapeutiques et conceptuelles entourent le plexus c\u0153liaque.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dical et chirurgical, le r\u00f4le pathologique du plexus dans le <em>syndrome du ligament arqu\u00e9 m\u00e9dian<\/em> demeure l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e2pres d\u00e9bats parmi les chirurgiens vasculaires et les gastroent\u00e9rologues. Alors que certains praticiens attribuent la symptomatologie douloureuse \u00e0 une isch\u00e9mie m\u00e9sent\u00e9rique relative caus\u00e9e par la st\u00e9nose m\u00e9canique du tronc c\u0153liaque, d&rsquo;autres soutiennent que la v\u00e9ritable cause est une irritation neuropathique chronique par compression directe des \u00e9l\u00e9ments nerveux ganglionnaires du plexus c\u0153liaque lui-m\u00eame. Cette incertitude \u00e9tiologique explique pourquoi la r\u00e9ponse chirurgicale reste impr\u00e9visible chez certains patients et souligne la complexit\u00e9 de dissocier les manifestations d&rsquo;origine vasculaire de celles d&rsquo;origine purement nerveuse.<\/p>\n<p>Concernant les proc\u00e9dures antalgiques de neurolyse c\u0153liaque, l&rsquo;\u00e9valuation des b\u00e9n\u00e9fices par rapport aux risques n\u00e9cessite une grande rigueur. Bien que l&rsquo;intervention offre un soulagement antalgique majeur chez 70 \u00e0 85 % des patients canc\u00e9reux en phase terminale, elle comporte des effets ind\u00e9sirables fr\u00e9quents r\u00e9sultant de la sympathectomie visc\u00e9rale aigu\u00eb induite : une hypotension art\u00e9rielle orthostatique transitoire (par pool vasculaire splanchnique) et une diarrh\u00e9e motrice profuse (par lib\u00e9ration non frein\u00e9e du tonus parasympathique vagal). Des complications catastrophiques, bien que rarissimes, comme des parapl\u00e9gies d\u00e9finitives par isch\u00e9mie de l&rsquo;art\u00e8re spinale ant\u00e9rieure d&rsquo;Adamkiewicz, ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es lors de la diffusion aberrante de l&rsquo;agent neurolytique.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan psychoth\u00e9rapeutique et du bien-\u00eatre, une d\u00e9rive conceptuelle fr\u00e9quente consiste \u00e0 sur\u00e9valuer le r\u00f4le autonome du \u00ab plexus solaire \u00bb au d\u00e9triment de la r\u00e9gulation centrale. Certaines approches pseudoscientifiques ou litt\u00e9ratures de vulgarisation \u00e9sot\u00e9rique r\u00e9duisent abusivement l&rsquo;ensemble des souffrances existentielles \u00e0 un \u00ab blocage \u00e9nerg\u00e9tique du plexus solaire \u00bb, promettant des gu\u00e9risons miraculeuses par de simples manipulations locales. En r\u00e9alit\u00e9, le plexus c\u0153liaque ne fonctionne jamais de mani\u00e8re isol\u00e9e : il n&rsquo;est que le relais subordonn\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9seau neurobiologique bidirectionnel complexe reliant le cortex c\u00e9r\u00e9bral, le syst\u00e8me limbique, le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le microbiote intestinal.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les confusions taxonomiques et fonctionnelles au sein de la litt\u00e9rature anatomique et psychophysiologique, il importe de distinguer le plexus c\u0153liaque d&rsquo;autres structures nerveuses adjacentes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Plexus c\u0153liaque vs Plexus solaire :<\/strong> Il s&rsquo;agit rigoureusement de synonymes anatomiques parfaits. Toutefois, \u00ab plexus c\u0153liaque \u00bb est la d\u00e9nomination officielle normalis\u00e9e par la Terminologia Anatomica (TA2), tandis que \u00ab plexus solaire \u00bb est une appellation historique descriptive, plus couramment usit\u00e9e dans le langage profane et la litt\u00e9rature non m\u00e9dicale.<\/li>\n<li><strong>Plexus c\u0153liaque vs Plexus m\u00e9sent\u00e9rique sup\u00e9rieur :<\/strong> Le plexus m\u00e9sent\u00e9rique sup\u00e9rieur est situ\u00e9 imm\u00e9diatement sous le plexus c\u0153liaque, entourant la racine de l&rsquo;art\u00e8re homonyme. Bien qu&rsquo;il soit interconnect\u00e9 avec les ganglions c\u0153liaques inf\u00e9rieurs, il innerve plus sp\u00e9cifiquement l&rsquo;intestin gr\u00eale et la moiti\u00e9 droite du c\u00f4lon, alors que le plexus c\u0153liaque dessert principalement le foie, la rate, l&rsquo;estomac et le pancr\u00e9as.<\/li>\n<li><strong>Plexus c\u0153liaque vs Plexus hypogastrique sup\u00e9rieur :<\/strong> Situ\u00e9 plus bas dans le r\u00e9trop\u00e9ritoine, en avant de la bifurcation aortique et de la cinqui\u00e8me vert\u00e8bre lombaire, le plexus hypogastrique sup\u00e9rieur innerve les visc\u00e8res pelviens (vessie, rectum, organes g\u00e9nitaux internes). Une atteinte c\u0153liaque engendre une symptomatologie \u00e9pigastrique, tandis qu&rsquo;une atteinte hypogastrique provoque des dysfonctions pelvip\u00e9rin\u00e9ales.<\/li>\n<li><strong>Plexus c\u0153liaque vs Syst\u00e8me nerveux ent\u00e9rique (SNE) :<\/strong> Le plexus c\u0153liaque fait partie du syst\u00e8me nerveux autonome extrins\u00e8que (ganglions pr\u00e9vert\u00e9braux), alors que le SNE (plexus de Meissner et d&rsquo;Auerbach) est un r\u00e9seau autonome intrins\u00e8que log\u00e9 directement dans l&rsquo;\u00e9paisseur des parois du tractus gastro-intestinal, comptant plus de 500 millions de neurones locaux r\u00e9gul\u00e9s de mani\u00e8re proximale mais autonome.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le plexus c\u0153liaque est le r\u00e9seau neurov\u00e9g\u00e9tatif majeur de l&rsquo;abdomen, int\u00e9grant l&rsquo;innervation sympathique et parasympathique des organes digestifs sup\u00e9rieurs et r\u00e9gulant \u00e0 la fois la vasomotricit\u00e9 locale, la motilit\u00e9 glandulo-visc\u00e9rale et la transmission de la douleur abdominale.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-fonctionnel, il agit comme un centre d&rsquo;int\u00e9gration p\u00e9riph\u00e9rique et un relais obligatoire pour les informations nociceptives visc\u00e9rales remontant vers le syst\u00e8me nerveux central. Il est le t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de la somatisation du stress et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 par le biais d&rsquo;un m\u00e9canisme de biofeedback continu au sein de l&rsquo;axe intestin-cerveau.<\/p>\n<p>En th\u00e9rapeutique m\u00e9dicale, sa d\u00e9nervation par bloc neurolytique percutan\u00e9 ou \u00e9cho-guid\u00e9 constitue un pilier fondamental de la prise en charge des douleurs rebelles du cancer pancr\u00e9atique et des affections abdominales chroniques incurables.<\/p>\n<p>Sur les plans culturel, anthropologique et psychologique, la persistance du mythe du \u00ab plexus solaire \u00bb refl\u00e8te la reconnaissance ancestrale et universelle du creux de l&rsquo;estomac comme \u00e9picentre de l&rsquo;incorporation corporelle des \u00e9motions primaires et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychosomatique de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Damasio, A. R. (1994). <em>Descartes&rsquo; error: Emotion, reason, and the human brain<\/em>. G.P. Putnam&rsquo;s Sons.<\/li>\n<li>Kappis, M. (1914). Erfahrungen mit Lokalan\u00e4sthesie bei Bauchoperationen. <em>Verhandlungen der Deutschen Gesellschaft f\u00fcr Chirurgie<\/em>, 43, 87\u201399.<\/li>\n<li>Mayer, E. A. (2011). Gut feelings: the emerging biology of gut\u2013brain communication. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 12(8), 453\u2013466. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn3071\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn3071<\/a><\/li>\n<li>Pavlov, V. A., &amp; Tracey, K. J. (2012). The vagus nerve and the inflammatory reflex\u2014linking immunity and metabolism. <em>Nature Reviews Endocrinology<\/em>, 8(12), 743\u2013754. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrendo.2012.189\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrendo.2012.189<\/a><\/li>\n<li>Standring, S. (Ed.). (2020). <em>Gray&rsquo;s Anatomy: The anatomical basis of clinical practice<\/em> (42nd ed.). Elsevier.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le plexus c\u0153liaque (ou plexus solaire) est le centre nerveux autonome majeur de l&rsquo;abdomen, r\u00e9gulant les visc\u00e8res digestifs, la nociception et l&rsquo;incorporation corporelle des \u00e9motions.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,9047,38809],"tags":[4159,34284,38810,38811,180,8006],"class_list":["post-22940","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychosomatique","category-systeme-nerveux-autonome","tag-axe-intestin-cerveau","tag-douleur-viscerale","tag-plexus-coeliaque","tag-plexus-solaire","tag-somatisation","tag-systeme-nerveux-autonome"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22940","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22940\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22940"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22940"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22940"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}