{"id":22916,"date":"2026-10-28T04:36:21","date_gmt":"2026-10-28T04:36:21","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=echelle-evitement-cognitivo-comportemental-cbas"},"modified":"2026-10-28T04:36:21","modified_gmt":"2026-10-28T04:36:21","slug":"echelle-evitement-cognitivo-comportemental-cbas","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=echelle-evitement-cognitivo-comportemental-cbas","title":{"rendered":"CBAS : Comprendre et Mesurer l&rsquo;\u00c9vitement"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9vitement constitue l&rsquo;un des m\u00e9canismes psychopathologiques les plus pernicieux et omnipr\u00e9sents dans le maintien des troubles affectifs et anxieux, \u00e9rigeant de v\u00e9ritables barri\u00e8res invisibles entre l&rsquo;individu et son environnement. Pour appr\u00e9hender cette dynamique complexe au-del\u00e0 des simples comportements manifestes, la communaut\u00e9 scientifique a d\u00e9velopp\u00e9 des instruments multidimensionnels rigoureux capables de sonder les replis de la cognition et de l&rsquo;action. La <em>Cognitive-Behavioral Avoidance Scale<\/em> (CBAS) s&rsquo;impose \u00e0 ce titre comme une r\u00e9f\u00e9rence psychom\u00e9trique incontournable, offrant une cartographie d\u00e9taill\u00e9e des strat\u00e9gies de retrait adopt\u00e9es face aux stresseurs du quotidien.<\/p>\n<h2>\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9vitement cognitivo-comportemental (CBAS)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9vitement cognitivo-comportemental (CBAS, pour <em>Cognitive-Behavioral Avoidance Scale<\/em>) est un instrument psychom\u00e9trique d&rsquo;auto-\u00e9valuation con\u00e7u pour mesurer l&rsquo;\u00e9vitement en tant que construit multidimensionnel au sein des troubles affectifs, en particulier la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9pression_(psychiatrie)\">d\u00e9pression<\/a> et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. D\u00e9velopp\u00e9 par Nicole D. Ottenbreit et Keith S. Dobson en 2004, cet outil quantifie \u00e0 la fois les manifestations comportementales et les processus cognitifs d&rsquo;\u00e9vitement \u00e0 travers des contextes interpersonnels (sociaux) et non interpersonnels (non sociaux).<\/p>\n<p>Au sens clinique strict, la CBAS \u00e9value la propension d&rsquo;un individu \u00e0 fuir, diff\u00e9rer ou d\u00e9samorcer l&rsquo;affrontement avec des situations aversives, des t\u00e2ches exigeantes ou des pens\u00e9es mena\u00e7antes. Contrairement aux approches traditionnelles qui r\u00e9duisaient l&rsquo;\u00e9vitement \u00e0 une simple r\u00e9action motrice observable de phobie ou de fuite spatiale, la CBAS conceptualise l&rsquo;\u00e9vitement comme une strat\u00e9gie d&rsquo;adaptation globale. Elle englobe ainsi des tentatives d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es de neutralisation mentale, de d\u00e9sengagement attentionnel et de renoncement comportemental.<\/p>\n<p>Compos\u00e9e de 31 items not\u00e9s sur une \u00e9chelle de Likert, la CBAS g\u00e9n\u00e8re un score global d&rsquo;\u00e9vitement ainsi que quatre scores sous-jacents distincts. Ces indices fournissent aux cliniciens et aux chercheurs un profil fonctionnel fin des d\u00e9fenses passives d&rsquo;un patient. L&rsquo;instrument permet d&rsquo;objectiver l&rsquo;ampleur du d\u00e9sengagement op\u00e9rant dans la vie quotidienne, guidant ainsi directement les protocoles de r\u00e9activation comportementale et de restructuration cognitive.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme CBAS d\u00e9rive de l&rsquo;anglais <em>Cognitive-Behavioral Avoidance Scale<\/em>. Sur le plan lexical, le terme \u00ab cognitif \u00bb puise sa source dans le latin <em>cognoscere<\/em>, signifiant \u00ab apprendre, conna\u00eetre, chercher \u00e0 savoir \u00bb, qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des processus de traitement de l&rsquo;information, de la perception et du raisonnement au cours de la r\u00e9volution cognitive du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab comportemental \u00bb proc\u00e8de de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>comporter<\/em>, lui-m\u00eame issu du latin <em>comportare<\/em> (\u00ab transporter avec soi \u00bb), qui a \u00e9volu\u00e9 vers la notion de maintien moral et de conduite observable. En psychologie scientifique, le concept d&rsquo;\u00e9vitement trouve son ancrage dans le latin <em>evitare<\/em>, constitu\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ex-<\/em> (\u00ab hors de \u00bb) et du radical <em>vitare<\/em> (\u00ab fuir, d\u00e9vier, esquiver \u00bb). \u00c9tymologiquement, l&rsquo;\u00e9vitement renvoie donc au geste d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de s&rsquo;\u00e9carter d&rsquo;une trajectoire jug\u00e9e dangereuse ou p\u00e9nible.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab \u00e9chelle \u00bb (du latin <em>scala<\/em>, \u00ab \u00e9chelle, escalier \u00bb) formalise dans la tradition psychom\u00e9trique l&rsquo;attribution d&rsquo;une valeur ordonn\u00e9e ou gradu\u00e9e \u00e0 une variable psychologique latente. Lors de sa publication initiale en 2004 dans la revue scientifique internationale <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, l&rsquo;appellation anglophone a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e de fa\u00e7on standardis\u00e9e par la communaut\u00e9 acad\u00e9mique, l&rsquo;acronyme \u00ab CBAS \u00bb \u00e9tant depuis lors conserv\u00e9 dans les corpus francophones et internationaux pour d\u00e9signer cette mesure d&rsquo;Ottenbreit et Dobson.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e francophone, la d\u00e9nomination \u00ab CBAS \u00bb s&#8217;emploie principalement comme un nom propre invariable ou comme une abr\u00e9viation acronymique pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un d\u00e9terminant f\u00e9minin lorsqu&rsquo;il est assimil\u00e9 au substantif \u00ab \u00e9chelle \u00bb (\u00ab la CBAS \u00bb) ou masculin lorsqu&rsquo;il renvoie \u00e0 l&rsquo;anglicisme sous-jacent \u00ab test \u00bb ou \u00ab inventaire \u00bb (\u00ab le questionnaire CBAS \u00bb). L&rsquo;usage acad\u00e9mique dominant privil\u00e9gie le f\u00e9minin : \u00ab la CBAS \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;acronyme se prononce g\u00e9n\u00e9ralement sous sa forme alphab\u00e9tique \u00e9pel\u00e9e \u00e0 la fran\u00e7aise, soit [se.be.a.\u025bs], bien qu&rsquo;un certain nombre de chercheurs et praticiens bilingues adoptent la prononciation \u00e9pel\u00e9e anglaise [si\u02d0.bi\u02d0.e\u026a.\u025bs] ou, plus rarement, une prononciation syllabique francis\u00e9e [se.bas].<\/p>\n<p>Au niveau de la syntaxe psychologique, le terme appara\u00eet fr\u00e9quemment dans des syntagmes nominaux nominatifs ou pr\u00e9positionnels tels que : \u00ab le score total \u00e0 la CBAS \u00bb, \u00ab les sous-\u00e9chelles de la CBAS \u00bb, \u00ab l&rsquo;administration de la CBAS \u00bb, ou \u00ab un profil d&rsquo;\u00e9vitement \u00e9valu\u00e9 par la CBAS \u00bb. Lorsqu&rsquo;il est d\u00e9clin\u00e9 en fran\u00e7ais sous son nom int\u00e9gral (\u00ab \u00c9chelle d&rsquo;\u00e9vitement cognitivo-comportemental \u00bb), il adopte les r\u00e8gles grammaticales standard r\u00e9gissant les syntagmes nominaux f\u00e9minins singuliers compos\u00e9s d&rsquo;adjectifs relationnels coordonn\u00e9s.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9vitement a longtemps \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 comme la marque cardinale des troubles anxieux, o\u00f9 la confrontation \u00e0 un stimulus conditionn\u00e9 aversif provoque une pulsion de fuite destin\u00e9e \u00e0 juguler l&rsquo;activation neurov\u00e9g\u00e9tative. N\u00e9anmoins, l&rsquo;introduction de la CBAS a permis de formaliser l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00e9vitement est tout aussi fondamental, sinon pr\u00e9pond\u00e9rant, dans l&rsquo;\u00e9tiologie et la chronicisation de la d\u00e9pression unipolaire. Dans la d\u00e9pression, l&rsquo;\u00e9vitement ne se limite pas \u00e0 fuir une menace imminente ; il s&rsquo;exprime par une strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale de d\u00e9sengagement visant \u00e0 se prot\u00e9ger de l&rsquo;\u00e9chec per\u00e7u, de la fatigue \u00e9motionnelle, du rejet social ou du sentiment d&rsquo;incomp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Le cadre conceptuel de la CBAS repose sur un mod\u00e8le orthogonal croisant deux grands domaines d&rsquo;\u00e9vitement. Le premier domaine distingue la modalit\u00e9 expressive : l&rsquo;\u00e9vitement comportemental (actes moteurs, renoncements physiques, fuite de lieux ou de t\u00e2ches) par opposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement cognitif (d\u00e9tournement attentionnel, distraction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, rationalisation passive, suppression de pens\u00e9es n\u00e9gatives). Le second domaine s\u00e9pare la sph\u00e8re contextuelle : le contexte social (interactions, conflits, relations interpersonnelles, prises de parole) par opposition au contexte non social (t\u00e2ches administratives, devoirs quotidiens, responsabilit\u00e9s individuelles, prise de d\u00e9cision autonome).<\/p>\n<p>Ce croisement bipolaire engendre une matrice fonctionnelle \u00e0 quatre quadrants : l&rsquo;\u00e9vitement comportemental-social, l&rsquo;\u00e9vitement comportemental-non social, l&rsquo;\u00e9vitement cognitif-social et l&rsquo;\u00e9vitement cognitif-non social. Cette granularit\u00e9 conceptuelle est capitale. En effet, un patient peut manifester un \u00e9vitement cognitif s\u00e9v\u00e8re en refusant d&rsquo;analyser ses conflits de couple tout en restant apparemment fonctionnel au travail. \u00c0 l&rsquo;inverse, un autre individu peut maintenir des liens amicaux tout en s&rsquo;enfermant dans une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Procrastination\">procrastination<\/a> comportementale non sociale massive face \u00e0 ses imp\u00e9ratifs professionnels.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, la CBAS illustre parfaitement le m\u00e9canisme de renforcement n\u00e9gatif d\u00e9crit dans le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conditionnement_op%C3%A9rant\">conditionnement op\u00e9rant<\/a>. \u00c0 court terme, l&rsquo;\u00e9vitement cognitif ou comportemental procure un soulagement imm\u00e9diat en att\u00e9nuant le pic de d\u00e9tresse affective ou de dysphorie. Cependant, \u00e0 moyen et long terme, ce retrait emp\u00eache l&rsquo;individu d&rsquo;exp\u00e9rimenter des contingences de renforcement positif naturel, d&rsquo;\u00e9prouver un sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle et de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes r\u00e9els. Ce cercle vicieux pr\u00e9cipite et p\u00e9rennise l&rsquo;anh\u00e9donie, l&rsquo;impuissance acquise et la spirale d\u00e9pressive.<\/p>\n<p>Enfin, la fronti\u00e8re conceptuelle trac\u00e9e par la CBAS permet d&rsquo;isoler l&rsquo;\u00e9vitement en tant que trait ou sch\u00e9ma stable d&rsquo;adaptation dysfonctionnelle, par contraste avec des r\u00e9actions temporaires de repos ou de pr\u00e9servation d&rsquo;\u00e9nergie. En appr\u00e9hendant simultan\u00e9ment les processus internes de blocage cognitif et les conduites externes d&rsquo;inaction, la CBAS offre un mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9 qui comble le foss\u00e9 historique s\u00e9parant les th\u00e9ories strictement b\u00e9havioristes de l&rsquo;apprentissage et les mod\u00e8les cognitivistes du traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la CBAS s&rsquo;inscrit au confluent de plusieurs courants de la psychologie clinique du dernier quart du XXe si\u00e8cle. D\u00e8s les ann\u00e9es 1970, le mod\u00e8le comportemental de la d\u00e9pression \u00e9labor\u00e9 par Peter Lewinsohn postulait que la d\u00e9pression r\u00e9sultait d&rsquo;une p\u00e9nurie de renforcements positifs contingents aux comportements de l&rsquo;individu. Simultan\u00e9ment, la th\u00e9orie cognitive d&rsquo;Aaron T. Beck mettait l&rsquo;accent sur les sch\u00e9mas d\u00e9pressog\u00e8nes, les distorsions cognitives et les croyances dysfonctionnelles concernant le soi, le monde et l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Cependant, tout au long des ann\u00e9es 1980 et 1990, un paradoxe m\u00e9thodologique persistait dans la recherche clinique. Alors que les cliniciens observaient au quotidien l&rsquo;importance massive du retrait chez les patients d\u00e9prim\u00e9s, les \u00e9chelles psychom\u00e9triques d&rsquo;\u00e9vitement existantes, comme l&rsquo;inventaire des peurs ou les \u00e9chelles d&rsquo;\u00e9vitement agoraphobique (par exemple la <em>Mobility Inventory for Agoraphobia<\/em>), demeuraient presque exclusivement cantonn\u00e9es aux phobies et aux troubles paniques. Les mesures d&rsquo;adaptation g\u00e9n\u00e9rale (comme le <em>Ways of Coping Checklist<\/em> de Folkman et Lazarus) traitaient l&rsquo;\u00e9vitement de mani\u00e8re parcellaire, sans diff\u00e9rencier rigoureusement les sph\u00e8res cognitives et comportementales, ni les sph\u00e8res sociales et solitaires.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, Nicole D. Ottenbreit et Keith S. Dobson, rattach\u00e9s au d\u00e9partement de psychologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Calgary au Canada, ont identifi\u00e9 ce manque critique d&rsquo;instruments d\u00e9di\u00e9s. Leurs travaux visaient \u00e0 v\u00e9rifier empiriquement si l&rsquo;\u00e9vitement chez les individus d\u00e9prim\u00e9s constituait un ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifique, distinct de l&rsquo;inhibition anxieuse, et susceptible d&rsquo;expliquer le maintien de l&rsquo;humeur dysphorique. En 2004, ils publi\u00e8rent leur \u00e9tude princeps, \u00e9tablissant la structure factorielle, la fid\u00e9lit\u00e9 et la validit\u00e9 convergente de la CBAS aupr\u00e8s d&rsquo;\u00e9chantillons universitaires et cliniques.<\/p>\n<p>Par la suite, la CBAS a connu un retentissement international rapide, co\u00efncidant avec l&rsquo;essor des th\u00e9ories de l&rsquo;activation comportementale port\u00e9es par Neil Jacobson et Christopher Martell, ainsi que l&rsquo;av\u00e8nement des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales de troisi\u00e8me vague. L&rsquo;\u00e9chelle a \u00e9t\u00e9 traduite et valid\u00e9e dans de nombreuses langues, notamment en allemand (par Brockmeyer et ses collaborateurs en 2010), en espagnol (par Barajas, Garra et Ros en 2017) et en persan, consolidant son statut d&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence mondial pour l&rsquo;\u00e9tude quantitative des strat\u00e9gies de d\u00e9sengagement psychologique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La CBAS s&rsquo;enracine au c\u0153ur de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">th\u00e9rapie cognitivo-comportementale<\/a> (TCC). Elle synth\u00e9tise les principes du conditionnement op\u00e9rant skinnerien et les formulations cognitives du traitement de l&rsquo;information. Dans ce cadre, le comportement d&rsquo;\u00e9vitement est analys\u00e9 sous l&rsquo;angle de ses ant\u00e9c\u00e9dents et de ses cons\u00e9quences. Lorsqu&rsquo;une t\u00e2che ou une interaction suscite une menace per\u00e7ue pour l&rsquo;estime de soi ou mobilise des ressources cognitives per\u00e7ues comme indisponibles, l&rsquo;abandon ou le report de cette t\u00e2che entra\u00eene une r\u00e9duction imm\u00e9diate de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel d\u00e9sagr\u00e9able, fixant le sch\u00e9ma comportemental par renforcement n\u00e9gatif.<\/p>\n<p>Sur le plan purement cognitif, l&rsquo;instrument s&rsquo;appuie sur la th\u00e9orie des sch\u00e9mas de Beck et sur le mod\u00e8le du traitement attentionnel orient\u00e9 vers la menace. L&rsquo;\u00e9vitement cognitif non social y est conceptualis\u00e9 comme une tentative de bloquer l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la m\u00e9moire de travail de repr\u00e9sentations anxiog\u00e8nes ou p\u00e9nibles. Ce m\u00e9canisme fait \u00e9galement \u00e9cho aux th\u00e9ories de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rumination_mentale\">rumination mentale<\/a> d\u00e9velopp\u00e9es par Susan Nolen-Hoeksema : bien que la rumination apparaisse superficiellement comme une immersion dans les probl\u00e8mes, elle fonctionne souvent en r\u00e9alit\u00e9 comme une forme d&rsquo;\u00e9vitement cognitif abstrait, d\u00e9tournant l&rsquo;individu d&rsquo;une r\u00e9solution de probl\u00e8me pragmatique et active.<\/p>\n<p>En outre, la CBAS partage des affiliations conceptuelles \u00e9troites avec le mod\u00e8le d&rsquo;inflexibilit\u00e9 psychologique issu de la th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT) de Steven C. Hayes. Dans l&rsquo;approche ACT, l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel \u2014 d\u00e9fini comme la r\u00e9ticence \u00e0 rester en contact avec des sensations physiques, \u00e9motions, pens\u00e9es ou souvenirs aversifs \u2014 constitue le c\u0153ur de la souffrance psychique. La CBAS concr\u00e9tise cette notion abstraite d&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel en l&rsquo;op\u00e9rationnalisant dans des situations de vie sp\u00e9cifiques, qu&rsquo;elles rel\u00e8vent de la n\u00e9gociation relationnelle ou de l&rsquo;ex\u00e9cution de charges quotidiennes.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le de l&rsquo;activation comportementale de Martell, Dimidjian et Herman-Dunn (2001) fournit un pilier fondamental \u00e0 la CBAS. Selon cette perspective, les individus d\u00e9prim\u00e9s adoptent des patrons de r\u00e9ponse dits \u00ab TRAP \u00bb (<em>Trigger, Response, Avoidance-Pattern<\/em>), o\u00f9 un d\u00e9clencheur aversif entra\u00eene une r\u00e9ponse \u00e9motionnelle n\u00e9gative suivie d&rsquo;un pattern d&rsquo;\u00e9vitement (se coucher, annuler des rendez-vous, cesser de r\u00e9pondre aux sollicitations). La CBAS traduit m\u00e9thodologiquement ces s\u00e9quences en mesurant avec pr\u00e9cision la fr\u00e9quence et l&rsquo;intensit\u00e9 de ces patterns d&rsquo;inhibition active.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture psychom\u00e9trique de la CBAS s&rsquo;articule autour de 31 items organis\u00e9s en quatre sous-\u00e9chelles factoriellement valid\u00e9es. Chaque sous-\u00e9chelle explore une modalit\u00e9 et un contexte pr\u00e9cis de l&rsquo;\u00e9vitement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9vitement comportemental social (BS &#8211; <em>Behavioral Social<\/em>) :<\/strong> Cette dimension quantifie les actions motrices et observables visant \u00e0 s&rsquo;extraire physiquement des interactions humaines. Elle comprend l&rsquo;isolement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, l&rsquo;annulation d&rsquo;engagements sociaux, l&rsquo;\u00e9vitement des r\u00e9unions ou des rassemblements, et l&rsquo;usage d&rsquo;excuses pour ne pas croiser autrui ou pour quitter pr\u00e9matur\u00e9ment des contextes interpersonnels.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement comportemental non social (BN &#8211; <em>Behavioral Non-Social<\/em>) :<\/strong> Cette composante mesure le renoncement ou l&rsquo;ajournement physique face \u00e0 des t\u00e2ches concr\u00e8tes, scolaires, m\u00e9nag\u00e8res ou professionnelles qui n&rsquo;impliquent pas directement autrui. Elle se manifeste par une procrastination motrice caract\u00e9ris\u00e9e, comme rester couch\u00e9 ou assis devant un \u00e9cran plut\u00f4t que de s&rsquo;atteler \u00e0 un travail exigeant, d\u00e9laisser le paiement de factures ou esquiver des obligations mat\u00e9rielles.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement cognitif social (CS &#8211; <em>Cognitive Social<\/em>) :<\/strong> Cette dimension \u00e9value les processus mentaux de neutralisation ou d&rsquo;amn\u00e9sie dirig\u00e9e concernant les relations interpersonnelles. L&rsquo;individu refuse d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de penser aux conflits de couple, aux disputes amicales ou aux tensions hi\u00e9rarchiques, adoptant une posture de passivit\u00e9 cognitive en esp\u00e9rant que les probl\u00e9matiques relationnelles se r\u00e9sorbent d&rsquo;elles-m\u00eames sans confrontation psychique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement cognitif non social (CN &#8211; <em>Cognitive Non-Social<\/em>) :<\/strong> Cette sous-\u00e9chelle saisit les strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9chappement mental face aux d\u00e9fis personnels, aux responsabilit\u00e9s abstraites ou aux pens\u00e9es d&rsquo;\u00e9chec individuel. Elle englobe la distraction volontaire lors de t\u00e2ches complexes, le refus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer un plan d&rsquo;action pour r\u00e9soudre des difficult\u00e9s financi\u00e8res ou sanitaires, et la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart r\u00e9flexe de toute r\u00e9flexion introspective exigeante.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En compl\u00e9ment de ces quatre dimensions \u00e9l\u00e9mentaires, l&rsquo;instrument fournit deux macro-dimensions analytiques : le score global d&rsquo;\u00e9vitement comportemental (addition des sous-\u00e9chelles BS et BN) et le score global d&rsquo;\u00e9vitement cognitif (addition des sous-\u00e9chelles CS et CN). Enfin, la sommation int\u00e9grale des 31 items produit un indice composite unique, refl\u00e9tant le fardeau global d&rsquo;\u00e9vitement du sujet.<\/p>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la port\u00e9e de la CBAS, examinons le cas de Marc, un ing\u00e9nieur de 38 ans consultant pour un \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, doubl\u00e9 d&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 professionnelle invalidante. Lors de l&rsquo;\u00e9valuation initiale \u00e0 la CBAS, Marc pr\u00e9sente un score total tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 (118 sur un maximum de 155), mais la d\u00e9composition factorielle r\u00e9v\u00e8le des disparit\u00e9s saisissantes entre les domaines.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;\u00e9vitement comportemental social (BS), Marc obtient un score mod\u00e9r\u00e9 : il continue de d\u00e9jeuner avec ses coll\u00e8gues et assiste aux r\u00e9unions de service hebdomadaires. En revanche, son score d&rsquo;\u00e9vitement comportemental non social (BN) est au plafond : d\u00e8s qu&rsquo;il se retrouve seul devant son bureau pour r\u00e9diger un rapport technique complexe, il abandonne son travail, consulte des sites d&rsquo;actualit\u00e9 pendant des heures, range minutieusement son plan de travail ou quitte le bureau pour marcher sans but, repoussant l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance de mani\u00e8re critique.<\/p>\n<p>Sur le versant cognitif, l&rsquo;\u00e9vitement cognitif non social (CN) de Marc se traduit par un m\u00e9canisme r\u00e9current : d\u00e8s qu&rsquo;il per\u00e7oit l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 ses retards, il tente de \u00ab faire le vide \u00bb dans son esprit ou s&rsquo;absorbe dans des jeux vid\u00e9o sur son t\u00e9l\u00e9phone pour chasser l&rsquo;id\u00e9e de son incomp\u00e9tence. Dans la sph\u00e8re cognitive sociale (CS), Marc obtient un score extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 : en froid avec son sup\u00e9rieur au sujet de la r\u00e9partition de ses charges, il s&rsquo;interdit cat\u00e9goriquement de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une strat\u00e9gie de conciliation, se r\u00e9p\u00e9tant que \u00ab cela ne sert \u00e0 rien d&rsquo;y penser \u00bb et refoulant tout sc\u00e9nario d&rsquo;\u00e9change direct.<\/p>\n<p>Ce profil met en lumi\u00e8re une cible th\u00e9rapeutique limpide : l&rsquo;intervention n&rsquo;a pas besoin de se focaliser en priorit\u00e9 sur des comp\u00e9tences sociales de base, mais doit imp\u00e9rativement cibler l&rsquo;activation comportementale non sociale (fractionnement des t\u00e2ches professionnelles, gestion du temps) et l&rsquo;acceptation cognitive de l&rsquo;inconfort li\u00e9 aux pens\u00e9es d&rsquo;\u00e9valuation personnelle.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>La passation de la CBAS est rapide, requ\u00e9rant g\u00e9n\u00e9ralement entre 5 et 10 minutes. Chaque item se pr\u00e9sente sous la forme d&rsquo;une affirmation \u00e0 la premi\u00e8re personne (par exemple : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re rester assis chez moi \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9vision plut\u00f4t que de sortir et de faire des choses \u00bb, ou \u00ab Lorsque j&rsquo;ai un probl\u00e8me avec un proche, j&rsquo;essaie de ne pas y penser et j&rsquo;attends qu&rsquo;il se r\u00e8gle de lui-m\u00eame \u00bb). Le r\u00e9pondant \u00e9value le degr\u00e9 de repr\u00e9sentativit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 sur une \u00e9chelle de Likert en 5 points allant de 1 (\u00ab Pas du tout vrai pour moi \u00bb) \u00e0 5 (\u00ab Extr\u00eamement vrai pour moi \u00bb).<\/p>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques de la CBAS ont \u00e9t\u00e9 abondamment d\u00e9montr\u00e9es. Dans l&rsquo;\u00e9tude originale d&rsquo;Ottenbreit et Dobson (2004), la consistance interne de l&rsquo;\u00e9chelle totale \u00e9tait excellente, affichant un coefficient alpha de Cronbach de 0,91. Les quatre sous-\u00e9chelles pr\u00e9sentaient \u00e9galement une tr\u00e8s forte homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interne, avec des alphas oscillant entre 0,75 et 0,86 (BS : 0,86 ; BN : 0,78 ; CS : 0,75 ; CN : 0,80). Des analyses factorielles confirmatoires (AFC) ont syst\u00e9matiquement valid\u00e9 la solution hi\u00e9rarchique \u00e0 quatre facteurs corr\u00e9l\u00e9s de premier ordre, chapeaut\u00e9s par un facteur d&rsquo;\u00e9vitement g\u00e9n\u00e9ral de second ordre.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">La fid\u00e9lit\u00e9 test-retest de l&rsquo;instrument s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e robuste sur des intervalles de deux \u00e0 quatre semaines, avec des coefficients de corr\u00e9lation variant de r = 0,80 \u00e0 r = 0,88 pour l&rsquo;\u00e9chelle globale. En mati\u00e8re de validit\u00e9 concourante et convergente, les scores de la CBAS corr\u00e8lent de fa\u00e7on positive et hautement significative avec les scores obtenus \u00e0 l&rsquo;Inventaire de d\u00e9pression de Beck (BDI-II), \u00e0 l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de Hamilton (HAM-A), ainsi qu&rsquo;\u00e0 des questionnaires d&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel comme l&rsquo;<em>Acceptance and Action Questionnaire<\/em> (AAQ-II)<\/span>.<\/p>\n<p>De plus, la validit\u00e9 divergente a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par l&rsquo;absence de corr\u00e9lations significatives ou de faibles corr\u00e9lations avec des mesures d&rsquo;extraversion ou d&rsquo;agr\u00e9abilit\u00e9 non li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9tresse psychologique. Les \u00e9tudes cliniques montrent que la CBAS discrimine avec une sensibilit\u00e9 remarquable les populations cliniques souffrant de troubles d\u00e9pressifs majeurs ou de troubles anxieux par rapport aux groupes t\u00e9moins sains.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Dans la pratique clinique quotidienne, la CBAS s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre un outil pr\u00e9cieux lors de l&rsquo;\u00e9valuation initiale (anamn\u00e8se et bilan TCC). Elle fournit une grille d&rsquo;analyse fonctionnelle imm\u00e9diate des comportements-probl\u00e8mes du patient. Plut\u00f4t que de s&rsquo;en remettre uniquement au discours spontan\u00e9 de la personne, souvent alt\u00e9r\u00e9 par le ralentissement psychomoteur ou l&rsquo;ind\u00e9cision d\u00e9pressive, le th\u00e9rapeute dispose d&rsquo;un inventaire exhaustif des zones de retrait.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chelle est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse dans le calibrage des interventions en activation comportementale (AC). Elle permet au bin\u00f4me th\u00e9rapeute-patient de concevoir des hi\u00e9rarchies d&rsquo;exposition et d&rsquo;action r\u00e9alistes, en commen\u00e7ant par les domaines o\u00f9 l&rsquo;\u00e9vitement est le moins ancr\u00e9 avant de s&rsquo;attaquer aux sph\u00e8res de blocage critique. Par exemple, si l&rsquo;\u00e9vitement comportemental est mod\u00e9r\u00e9 mais que l&rsquo;\u00e9vitement cognitif non social est massif, la th\u00e9rapie privil\u00e9giera l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la r\u00e9solution m\u00e9thodique de probl\u00e8mes et les techniques de d\u00e9fusion cognitive plut\u00f4t qu&rsquo;une simple injonction \u00e0 sortir davantage.<\/p>\n<p>En cours et en fin de traitement, la r\u00e9administration de la CBAS permet d&rsquo;objectiver le gain th\u00e9rapeutique. La diminution graduelle du score d&rsquo;\u00e9vitement constitue un puissant pr\u00e9dicteur de la pr\u00e9vention des rechutes. Un patient dont l&rsquo;humeur semble s&rsquo;am\u00e9liorer sous antid\u00e9presseurs mais dont les scores \u00e0 la CBAS demeurent \u00e9lev\u00e9s pr\u00e9sente un risque r\u00e9siduel majeur de r\u00e9cidive, dans la mesure o\u00f9 les facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 comportementale demeurent actifs.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la clinique individuelle, la CBAS trouve des d\u00e9bouch\u00e9s majeurs en psychologie organisationnelle, en sant\u00e9 au travail et en milieu \u00e9ducatif. Elle permet d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>), o\u00f9 l&rsquo;\u00e9vitement cognitif et comportemental des t\u00e2ches institutionnelles annonce souvent le d\u00e9sengagement et la rupture professionnelle. En milieu acad\u00e9mique, elle constitue une mesure pr\u00e9cise pour \u00e9valuer les \u00e9tudiants en situation de blocage s\u00e9v\u00e8re face aux examens et \u00e0 la r\u00e9daction de m\u00e9moires.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis le milieu des ann\u00e9es 2000, un volume imposant de recherches empiriques a mobilis\u00e9 la CBAS pour d\u00e9crypter les rouages de la psychopathologie. De nombreuses \u00e9tudes longitudinales ont confirm\u00e9 le r\u00f4le pr\u00e9dictif de l&rsquo;\u00e9vitement mesur\u00e9 par la CBAS dans l&rsquo;apparition ult\u00e9rieure d&rsquo;\u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs chez des cohortes non cliniques expos\u00e9es \u00e0 un stress aigu, validant l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle l&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est pas un simple \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne de la baisse d&rsquo;humeur, mais un v\u00e9ritable facteur de risque \u00e9tiologique.<\/p>\n<p>Dans une s\u00e9rie de travaux remarqu\u00e9s, Brockmeyer et ses coll\u00e8gues (2015) ont administr\u00e9 la version germanique de la CBAS \u00e0 des cohortes de patients hospitalis\u00e9s pour d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re. Leurs r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que la baisse des scores d&rsquo;\u00e9vitement comportemental au cours des premi\u00e8res semaines de psychoth\u00e9rapie m\u00e9diatisait de fa\u00e7on significative la r\u00e9duction subs\u00e9quente de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9pressive mesur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de Montgomery-\u00c5sberg (MADRS). Ces donn\u00e9es confirment la primaut\u00e9 du d\u00e9blocage comportemental sur le r\u00e9tablissement affectif.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres recherches, men\u00e9es notamment par Ottenbreit, Dobson et Quigley (2014), se sont pench\u00e9es sur l&rsquo;interaction entre rumination mentale et \u00e9vitement. Leurs analyses de mod\u00e9lisation en \u00e9quations structurelles ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la rumination d\u00e9pressive fonctionne fr\u00e9quemment comme une variable m\u00e9diatrice entre l&rsquo;\u00e9vitement cognitif non social (CN) et l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs, soulignant la porosit\u00e9 entre la volont\u00e9 de ne pas affronter un probl\u00e8me et l&rsquo;enfermement dans des pens\u00e9es passives et r\u00e9p\u00e9titives.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences cognitives, des \u00e9tudes exploratoires couplant la CBAS \u00e0 des paradigmes informatis\u00e9s de prise de d\u00e9cision ou d&rsquo;inhibition (comme les t\u00e2ches d&rsquo;avatar virtuel d\u00e9velopp\u00e9es par Allen en 2018) ont montr\u00e9 que les sujets pr\u00e9sentant des scores \u00e9lev\u00e9s aux \u00e9chelles comportementales de la CBAS manifestent une alt\u00e9ration objective des r\u00e9ponses d&rsquo;approche face \u00e0 des r\u00e9compenses mon\u00e9taires, illustrant un d\u00e9ficit direct des r\u00e9seaux dopaminergiques de renforcement dans le striatum ventral.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 transculturelle d&rsquo;un instrument \u00e9valuant l&rsquo;\u00e9vitement requiert une attention m\u00e9thodologique aigu\u00eb, car la signification sociale du retrait ou de la r\u00e9serve varie profond\u00e9ment selon les contextes civilisationnels. La plupart des concepts sous-tendant la CBAS ont \u00e9t\u00e9 conceptualis\u00e9s dans des soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord et d&rsquo;Europe occidentale, o\u00f9 l&rsquo;affirmation de soi, l&rsquo;action directe et la confrontation proactive des difficult\u00e9s sont valoris\u00e9es comme des indicateurs d&rsquo;adaptabilit\u00e9 et de sant\u00e9 mentale optimale.<\/p>\n<p>Dans les cultures collectivistes (notamment en Asie de l&rsquo;Est), certaines formes de retenue interpersonnelle, de temporisation ou de non-confrontation dans les diff\u00e9rends ne rel\u00e8vent pas n\u00e9cessairement d&rsquo;un \u00e9vitement cognitif-social dysfonctionnel. Elles peuvent traduire au contraire une comp\u00e9tence psychosociale valoris\u00e9e, visant \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;harmonie du groupe et \u00e0 \u00e9viter de \u00ab faire perdre la face \u00bb \u00e0 son interlocuteur. Par cons\u00e9quent, des scores mod\u00e9r\u00e9ment \u00e9lev\u00e9s sur la sous-\u00e9chelle CS peuvent refl\u00e9ter une politesse prescriptive plut\u00f4t qu&rsquo;une pathologie du retrait.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les \u00e9tudes d&rsquo;adaptation transculturelle de la CBAS \u2014 notamment au Moyen-Orient (adaptations persanes), en Am\u00e9rique latine et en Asie \u2014 montrent que lorsque le construit est rapport\u00e9 \u00e0 la souffrance subjective et \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;agir face \u00e0 ses propres buts de vie, la structure factorielle \u00e0 quatre dimensions demeure remarquablement stable. Les corr\u00e9lations entre la CBAS et les indices de morbidit\u00e9 d\u00e9pressive restent positives et statistiquement robustes \u00e0 travers les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques, d\u00e9montrant l&rsquo;universalit\u00e9 fondamentale du co\u00fbt adaptatif associ\u00e9 au renoncement d&rsquo;action.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses qualit\u00e9s psychom\u00e9triques av\u00e9r\u00e9es, la CBAS fait l&rsquo;objet de plusieurs r\u00e9serves au sein de la litt\u00e9rature scientifique. La premi\u00e8re critique, inh\u00e9rente \u00e0 tout instrument d&rsquo;auto-\u00e9valuation, r\u00e9side dans le biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale et le d\u00e9ficit d&rsquo;auto-observation (insight). Un patient massivement ancr\u00e9 dans un d\u00e9ni de ses difficult\u00e9s peut sous-\u00e9valuer son \u00e9vitement cognitif, affirmant avec assurance qu&rsquo;il ne pense pas \u00e0 ses probl\u00e8mes simplement \u00ab parce qu&rsquo;ils n&rsquo;en sont pas \u00bb, faussant ainsi l&rsquo;exactitude de la mesure.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le chevauchement potentiel entre l&rsquo;\u00e9vitement cognitif non social (CN) et la rumination mentale ou l&rsquo;inhibition cognitive. Certains th\u00e9oriciens se demandent si le fait de chercher \u00e0 se distraire face \u00e0 un probl\u00e8me constitue toujours un \u00e9vitement pathologique ou s&rsquo;il peut repr\u00e9senter, dans certaines conditions aigu\u00ebs, une strat\u00e9gie r\u00e9gulatrice de mise \u00e0 distance \u00e9motionnelle saine et adaptative. La CBAS classe syst\u00e9matiquement ces conduites dans une valence d&rsquo;\u00e9vitement, ce qui peut masquer le caract\u00e8re contextuellement fonctionnel de certains d\u00e9tachements temporaires.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Sur le plan structural, bien que l&rsquo;analyse factorielle confirmatoire \u00e0 quatre facteurs soit la plus courante, certains chercheurs ont relev\u00e9 des intercorr\u00e9lations particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9es (parfois sup\u00e9rieures \u00e0 r = 0,70) entre les sous-\u00e9chelles de m\u00eame modalit\u00e9 (notamment entre \u00e9vitement comportemental social et non social). Cette colin\u00e9arit\u00e9 pousse certains m\u00e9thodologistes \u00e0 recommander l&rsquo;utilisation prioritaire du score global d&rsquo;\u00e9vitement comportemental et du score global d&rsquo;\u00e9vitement cognitif, remettant en cause l&rsquo;autonomie clinique absolue des quatre quadrants dans certains sous-groupes cliniques<\/span>.<\/p>\n<p>Enfin, la CBAS n&rsquo;int\u00e8gre pas directement les mesures d&rsquo;\u00e9vitement int\u00e9roceptif ou physiologique (la peur des sensations corporelles de panique, telle que l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration cardiaque ou l&rsquo;essoufflement), ce qui limite sa compl\u00e9tude chez les patients pr\u00e9sentant des comorbidit\u00e9s de trouble panique avec agoraphobie au profit d&rsquo;\u00e9chelles sp\u00e9cialis\u00e9es compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;arsenal terminologique des sciences psychologiques, l&rsquo;acronyme CBAS et la notion d&rsquo;\u00e9vitement cognitivo-comportemental doivent \u00eatre rigoureusement distingu\u00e9s de plusieurs concepts et outils voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Coaching Behavior Assessment System (CBAS) :<\/strong> Homonyme strict sur le plan de l&rsquo;acronyme, ce syst\u00e8me d\u00e9velopp\u00e9 par Smith, Smoll et Hunt (1977) en psychologie du sport est un protocole d&rsquo;observation directe des comportements r\u00e9actifs et spontan\u00e9s des entra\u00eeneurs sportifs sur le terrain. Il n&rsquo;a aucun lien th\u00e9orique ou structurel avec l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9vitement d\u00e9pressif d&rsquo;Ottenbreit et Dobson.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement exp\u00e9rientiel :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9 dans le cadre de la th\u00e9rapie ACT et mesur\u00e9 par l&rsquo;AAQ-II, l&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel est un m\u00e9taconstruct englobant toute tentative de modifier la fr\u00e9quence ou la forme des exp\u00e9riences int\u00e9rieures d\u00e9sagr\u00e9ables. La CBAS op\u00e9rationnalise des manifestations comportementales et cognitives plus sp\u00e9cifiques et \u00e9cologiques.<\/li>\n<li><strong>Procrastination :<\/strong> Bien que la procrastination soit une composante majeure de l&rsquo;\u00e9vitement comportemental non social (BN), elle d\u00e9signe exclusivement le report injustifi\u00e9 d&rsquo;une action planifi\u00e9e, alors que la CBAS int\u00e8gre l&rsquo;isolement social, la neutralisation de pens\u00e9es et l&rsquo;inhibition globale de l&rsquo;engagement.<\/li>\n<li><strong>Coping d&rsquo;\u00e9vitement (<em>Avoidant Coping<\/em>) :<\/strong> Issu des mod\u00e8les de stress de Lazarus et Folkman, le coping d&rsquo;\u00e9vitement est une strat\u00e9gie r\u00e9actionnelle ponctuelle \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement de vie aversif donn\u00e9, alors que la CBAS appr\u00e9hende une disposition multidimensionnelle plus durable et transversalement ancr\u00e9e dans les habitudes de vie de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li><strong>Comportements de s\u00e9curit\u00e9 (<em>Safety Behaviors<\/em>) :<\/strong> Fr\u00e9quents dans l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale, les comportements de s\u00e9curit\u00e9 sont des actes r\u00e9alis\u00e9s pendant la situation mena\u00e7ante pour conjurer la catastrophe redout\u00e9e (par exemple porter des lunettes noires ou tenir fermement un verre). La CBAS cible quant \u00e0 elle le retrait pr\u00e9alable ou l&rsquo;abandon, emp\u00eachant l&rsquo;entr\u00e9e ou la poursuite de l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La <em>Cognitive-Behavioral Avoidance Scale<\/em> (CBAS) est une \u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique valid\u00e9e de 31 items, \u00e9tablie par Nicole D. Ottenbreit et Keith S. Dobson en 2004, destin\u00e9e \u00e0 quantifier avec pr\u00e9cision l&rsquo;\u00e9vitement dans les troubles affectifs et anxieux.<\/p>\n<p>Elle se distingue par une matrice conceptuelle croisant deux modalit\u00e9s d&rsquo;expression (\u00e9vitement cognitif versus \u00e9vitement comportemental) et deux contextes environnementaux (sph\u00e8re sociale versus sph\u00e8re non sociale), g\u00e9n\u00e9rant ainsi quatre profils distincts : comportemental-social, comportemental-non social, cognitif-social et cognitif-non social.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue \u00e9tiologique et th\u00e9rapeutique, la CBAS met en exergue le r\u00f4le fondamental du renforcement n\u00e9gatif dans le maintien de la d\u00e9pression et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Le soulagement temporaire produit par le retrait fige un sch\u00e9ma d&rsquo;inhibition qui prive le sujet de renfor\u00e7ateurs positifs naturels et aggrave sa d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Dot\u00e9e de qualit\u00e9s psychom\u00e9triques exceptionnelles (coh\u00e9rence interne \u00e9lev\u00e9e, excellente fid\u00e9lit\u00e9 test-retest et forte validit\u00e9 convergente), la CBAS est largement employ\u00e9e dans le monde acad\u00e9mique et en consultation clinique pour planifier les protocoles d&rsquo;activation comportementale et \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Barajas, S., Garra, L., &#038; Ros, L. (2017). Cognitive-Behavioral Avoidance Scale: Psychometric properties and diagnostic performance in clinical and non-clinical samples. <em>Behavioral Psychology \/ Psicolog\u00eda Conductual<\/em>, 25(2), 343-359.<\/li>\n<li>Brockmeyer, T., Bents, H., Holtforth, M. g., Pfeiffer, N., Herzog, W., &#038; Friederich, H. C. (2015). Specificity of cognitive-behavioral avoidance in depression: A comparison with social anxiety disorder and healthy controls. <em>Journal of Affective Disorders<\/em>, 172, 334-338. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jad.2014.10.021\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jad.2014.10.021<\/a><\/li>\n<li>Martell, C. R., Dimidjian, S., &#038; Herman-Dunn, R. (2001). <em>Behavioral activation for depression: A clinician&rsquo;s guide<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>Ottenbreit, N. D., &#038; Dobson, K. S. (2004). Avoidance and depression: The construction of the Cognitive-Behavioral Avoidance Scale. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 42(3), 293-313. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0005-7967(03)00140-2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0005-7967(03)00140-2<\/a><\/li>\n<li>Ottenbreit, N. D., Dobson, K. S., &#038; Quigley, L. (2014). An examination of avoidance in major depression in comparison to social anxiety disorder. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 56, 82-90. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.03.005\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.03.005<\/a><\/li>\n<li>Smith, R. E., Smoll, F. L., &#038; Hunt, E. (1977). A system for the behavioral assessment of athletic coaches. <em>Research Quarterly. American Alliance for Health, Physical Education and Recreation<\/em>, 48(2), 401-407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/10671315.1977.10615438\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/10671315.1977.10615438<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la Cognitive-Behavioral Avoidance Scale (CBAS) : ses fondements th\u00e9oriques, sa structure factorielle multidimensionnelle et ses applications en TCC.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,2,1413],"tags":[1295,38767,484,63,24563,16],"class_list":["post-22916","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychometrie","category-therapies-comportementales-et-cognitives","tag-activation-comportementale","tag-cbas","tag-depression","tag-evaluation-psychologique","tag-evitement-cognitivo-comportemental","tag-psychometrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22916","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22916\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22916"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22916"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22916"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}