{"id":22894,"date":"2026-10-28T03:57:57","date_gmt":"2026-10-28T03:57:57","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=analyse-causale-psychologie"},"modified":"2026-10-28T03:57:57","modified_gmt":"2026-10-28T03:57:57","slug":"analyse-causale-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=analyse-causale-psychologie","title":{"rendered":"Analyse causale : D\u00e9chiffrer les m\u00e9canismes"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;analyse causale constitue l&rsquo;un des piliers m\u00e9thodologiques et \u00e9pist\u00e9mologiques les plus cruciaux de la psychologie contemporaine et des sciences du comportement, permettant de d\u00e9passer la simple observation descriptive pour r\u00e9v\u00e9ler les m\u00e9canismes g\u00e9n\u00e9rateurs des conduites humaines. Comprendre si une variable exerce une action d\u00e9terminante sur une autre, ou si leur corr\u00e9lation d\u00e9coule d&rsquo;un artefact contextuel, conditionne la validit\u00e9 des mod\u00e8les \u00e9tiologiques ainsi que l&rsquo;efficacit\u00e9 des protocoles th\u00e9rapeutiques et pr\u00e9ventifs.<\/p>\n<h2>Analyse causale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>analyse causale<\/strong> d\u00e9signe un ensemble rigoureux d&rsquo;approches \u00e9pist\u00e9mologiques, m\u00e9thodologiques et statistiques visant \u00e0 \u00e9tablir, mod\u00e9liser et tester l&rsquo;existence de relations de cause \u00e0 effet directes, indirectes ou r\u00e9ciproques entre des construits psychologiques, environnementaux ou neurobiologiques d\u00e9termin\u00e9s. Contrairement \u00e0 la simple analyse de corr\u00e9lation qui se borne \u00e0 constater une covariance descriptive entre deux dimensions, l&rsquo;analyse causale cherche \u00e0 identifier les forces productrices r\u00e9gissant l&rsquo;apparition, le maintien ou la modification d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne psychologique.<\/p>\n<p>Dans le domaine des sciences psychologiques, cette d\u00e9marche impose la satisfaction de crit\u00e8res fondamentaux th\u00e9oris\u00e9s de longue date, notamment l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 temporelle de la cause suppos\u00e9e sur son effet, la covariance empirique syst\u00e9matique entre les variables et l&rsquo;\u00e9limination convaincante des explications rivales dues \u00e0 des facteurs de confusion. Elle se d\u00e9ploie \u00e0 travers des paradigmes exp\u00e9rimentaux stricts et des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quations structurelles capables d&rsquo;isoler des dynamiques latentes.<\/p>\n<p>Ainsi, l&rsquo;analyse causale ne repr\u00e9sente pas seulement une technique d&rsquo;\u00e9valuation statistique ou \u00e9conom\u00e9trique, mais incarne un cadre fondamental de th\u00e9orisation scientifique. Elle permet aux chercheurs de d\u00e9composer la complexit\u00e9 de l&rsquo;appareil psychique, d&rsquo;articuler le jeu combin\u00e9 des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de r\u00e9silience, et de formuler des pr\u00e9dictions v\u00e9rifiables indispensables au progr\u00e8s de la science clinique, cognitive et sociale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab analyse causale \u00bb r\u00e9unit deux racines historiques issues du grec ancien et du latin classique, refl\u00e9tant la double dimension analytique et ontologique du concept. Le substantif \u00ab analyse \u00bb provient du grec ancien <em>analusis<\/em> (\u1f00\u03bd\u03ac\u03bb\u03c5\u03c3\u03b9\u03c2), form\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe <em>ana-<\/em> (qui indique la d\u00e9composition, le retour en arri\u00e8re ou le mouvement ascendant) et du verbe <em>luein<\/em> (\u03bb\u03cd\u03b5\u03b9\u03bd, signifiant d\u00e9lier, dissoudre, lib\u00e9rer). Dans son acception originelle, l&rsquo;analyse qualifie donc l&rsquo;acte intellectuel consistant \u00e0 diss\u00e9quer un tout complexe en ses parties constitutives \u00e9l\u00e9mentaires pour en saisir l&rsquo;architecture interne.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab causale \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du latin classique <em>caus\u0101lis<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>causa<\/em>, qui d\u00e9signait initialement un motif, une raison d&rsquo;agir, un proc\u00e8s juridique, ou le principe g\u00e9n\u00e9rateur rendant compte de l&rsquo;existence d&rsquo;un fait. Dans la philosophie scolastique m\u00e9di\u00e9vale, l&rsquo;adjectif s&rsquo;est formalis\u00e9 pour caract\u00e9riser ce qui appartient \u00e0 l&rsquo;ordre des causes et des effets, traduisant les r\u00e9flexions aristot\u00e9liciennes sur les principes mat\u00e9riels, formels, efficients et finaux du monde ph\u00e9nom\u00e9nal.<\/p>\n<p>L&rsquo;association des deux termes sous l&rsquo;expression \u00ab analyse causale \u00bb s&rsquo;est v\u00e9ritablement cristallis\u00e9e dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone sous la formulation <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Causal_inference\"><em>causal inference<\/em><\/a> ou <em>causal analysis<\/em> au cours du XXe si\u00e8cle, particuli\u00e8rement sous la plume de g\u00e9n\u00e9ticiens des populations et de sociologues m\u00e9thodologistes, avant d&rsquo;\u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans le vocabulaire canonique de la psychologie diff\u00e9rentielle, cognitive et exp\u00e9rimentale francophone.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression \u00ab analyse causale \u00bb se prononce en fran\u00e7ais standard international [a.na.liz ko.zal]. Le terme \u00ab analyse \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier qui requiert l&rsquo;accord au f\u00e9minin singulier de son adjectif qualificatif postpos\u00e9 \u00ab causale \u00bb.<\/p>\n<p>Au pluriel, la locution devient \u00ab des analyses causales \u00bb [a.na.liz ko.zal], conservant une prononciation strictement homophone en l&rsquo;absence de liaison. L&rsquo;adverbe correspondant d\u00e9riv\u00e9 est \u00ab causalement \u00bb, utilis\u00e9 pour d\u00e9crire une action ou un m\u00e9canisme s&rsquo;exer\u00e7ant dans une logique d&rsquo;efficience m\u00e9canique ou probabiliste (\u00ab une variable causalement li\u00e9e au trouble d\u00e9pressif majeur \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique, on rencontre r\u00e9guli\u00e8rement des d\u00e9riv\u00e9s syntaxiques tels que \u00ab causalit\u00e9 \u00bb (le principe philosophique g\u00e9n\u00e9ral), \u00ab mod\u00e9lisation causale \u00bb (le recours explicite \u00e0 des mod\u00e8les math\u00e9matiques ou conceptuels d&rsquo;assignation de liens) ou encore \u00ab cha\u00eene causale \u00bb (s\u00e9rie ordonn\u00e9e de m\u00e9diateurs reliant un ant\u00e9c\u00e9dent proximal ou distal \u00e0 son aboutissement comportemental).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;analyse causale en psychologie exige de cerner la distinction radicale qui s\u00e9pare la d\u00e9couverte d&rsquo;une d\u00e9pendance statistique de l&rsquo;assertion d&rsquo;un rapport de production. Une association empirique solide entre deux construits psychologiques \u2014 par exemple, un niveau \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance et une baisse subs\u00e9quente de la m\u00e9moire de travail \u2014 ne garantit nullement qu&rsquo;il existe un vecteur causal univoque reliant directement le premier au second. Il se pourrait tout \u00e0 fait qu&rsquo;un facteur latent m\u00e9connu, tel qu&rsquo;un d\u00e9ficit transitoire de sommeil ou une d\u00e9r\u00e9gulation neurov\u00e9g\u00e9tative aigu\u00eb, produise simultan\u00e9ment ces deux manifestations, cr\u00e9ant une corr\u00e9lation fallacieuse qualifi\u00e9e d&rsquo;endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ou de confusion.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse causale s&rsquo;efforce de r\u00e9soudre ce dilemme structurel en s&rsquo;appuyant sur le paradigme contrefactuel formalis\u00e9 notamment dans le cadre des r\u00e9sultats potentiels d\u00e9velopp\u00e9 par le statisticien Donald Rubin. Ce mod\u00e8le stipule qu&rsquo;un facteur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span> n&rsquo;est r\u00e9put\u00e9 avoir un effet causal sur une variable <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Y\">$Y$<\/span> pour un individu donn\u00e9 que si la r\u00e9ponse de cet individu lorsqu&rsquo;il est expos\u00e9 \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span> diff\u00e8re de la r\u00e9ponse que ce m\u00eame individu aurait pr\u00e9sent\u00e9e au m\u00eame instant s&rsquo;il n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span>. Or, ce sc\u00e9nario alternatif constitue par essence un contrefactuel non observable, puisque la r\u00e9alit\u00e9 ne permet d&rsquo;assigner un sujet qu&rsquo;\u00e0 un seul \u00e9tat \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce \u00ab probl\u00e8me fondamental de l&rsquo;inf\u00e9rence causale \u00bb, la recherche psychologique d\u00e9ploie des m\u00e9thodologies vari\u00e9es pour reconstituer une approximation valide du contrefactuel. L&rsquo;exp\u00e9rimentation al\u00e9atoire contr\u00f4l\u00e9e repr\u00e9sente traditionnellement l&rsquo;\u00e9talon d&rsquo;excellence : en assignant al\u00e9atoirement les participants \u00e0 un groupe exp\u00e9rimental ou \u00e0 un groupe t\u00e9moin, le chercheur s&rsquo;assure que les deux cohortes sont, en moyenne, parfaitement \u00e9quivalentes sur l&rsquo;ensemble des caract\u00e9ristiques observ\u00e9es et non observ\u00e9es. Tout \u00e9cart significatif mesur\u00e9 a posteriori sur la variable d\u00e9pendante peut alors \u00eatre l\u00e9gitimement imput\u00e9 \u00e0 la manipulation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la variable ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, une grande part des questions soulev\u00e9es en psychopathologie, en psychologie du d\u00e9veloppement ou en psychologie sociale ne peut faire l&rsquo;objet de manipulations exp\u00e9rimentales pour des raisons \u00e9thiques, mat\u00e9rielles ou ontologiques \u00e9videntes. Il est impensable d&rsquo;exposer exp\u00e9rimentalement des enfants \u00e0 des maltraitances parentales ou \u00e0 des traumatismes pour \u00e9tudier la gen\u00e8se du syndrome de stress post-traumatique. C&rsquo;est ici que l&rsquo;analyse causale observationnelle prend tout son sens, mobilisant des architectures statistiques perfectionn\u00e9es pour contr\u00f4ler les biais d&rsquo;autos\u00e9lection, neutraliser les variables parasites et tester la plausibilit\u00e9 de r\u00e9seaux de relations orient\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse causale d\u00e9passe \u00e9galement l&rsquo;ancienne conception d&rsquo;un d\u00e9terminisme rigide inspir\u00e9 de la m\u00e9canique newtonienne classique, au profit d&rsquo;une vision probabiliste et multifactorielle. En psychologie, une cause unique est rarement n\u00e9cessaire ou suffisante \u00e0 l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00e9tat mental ou d&rsquo;un comportement sp\u00e9cifique. Les ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques ob\u00e9issent \u00e0 des configurations o\u00f9 de multiples facteurs \u00e9tiologiques distaux et proximaux interagissent de fa\u00e7on non lin\u00e9aire, requ\u00e9rant une d\u00e9composition soign\u00e9e des effets directs, indirects et conditionnels.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La r\u00e9flexion sur l&rsquo;analyse causale s&rsquo;ancre originellement dans les d\u00e9bats philosophiques des Lumi\u00e8res, domin\u00e9s par le scepticisme empiriste de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/David_Hume\">David Hume<\/a>. Dans son <em>Trait\u00e9 de la nature humaine<\/em> (1739), Hume avance que la causalit\u00e9 n&rsquo;est jamais observ\u00e9e directement par nos sens : l&rsquo;esprit humain ne per\u00e7oit que la contigu\u00eft\u00e9 spatiale, la succession temporelle et la conjonction constante entre deux \u00e9v\u00e9nements successifs, l&rsquo;inf\u00e9rence causale r\u00e9sultant d&rsquo;une habitude psychologique d&rsquo;association plut\u00f4t que d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 rationnellement d\u00e9montrable dans l&rsquo;objet lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_Stuart_Mill\">John Stuart Mill<\/a> cherche \u00e0 surmonter ce scepticisme en formalisant ses c\u00e9l\u00e8bres r\u00e8gles inductives dans <em>Syst\u00e8me de logique<\/em> (1843). Ses m\u00e9thodes de la concordance, de la diff\u00e9rence et des variations concomitantes fournissent la premi\u00e8re armature syst\u00e9matique permettant d&rsquo;extraire des hypoth\u00e8ses causales \u00e0 partir de donn\u00e9es exp\u00e9rimentales ou empiriques, inspirant directement les p\u00e8res fondateurs de la psychologie scientifique comme Wilhelm Wundt et Gustav Fechner.<\/p>\n<p>Le tournant quantitatif de la fin du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;impulsion de Francis Galton et Karl Pearson, marginalise pourtant temporairement le concept de cause au profit de la mod\u00e9lisation corr\u00e9lationnelle. Pearson jugeait en effet la causalit\u00e9 comme une survivance m\u00e9taphysique d\u00e9pass\u00e9e, arguant que la science n&rsquo;avait besoin que de coefficients d&rsquo;association math\u00e9matique. Il faudra attendre les travaux r\u00e9volutionnaires du g\u00e9n\u00e9ticien Sewall Wright dans les ann\u00e9es 1920, avec l&rsquo;invention de l&rsquo;analyse des trajectoires (<em>path analysis<\/em>), pour r\u00e9introduire l&rsquo;exigence d&rsquo;une explicitation formelle des liens causaux directionnels au moyen de diagrammes orient\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;analyse causale conna\u00eet un renouveau spectaculaire au confluent de la sociologie, de la psychom\u00e9trie et des statistiques computationnelles. Karl J\u00f6reskog unifie l&rsquo;analyse factorielle confirmatoire et l&rsquo;analyse de trajectoires pour concevoir la mod\u00e9lisation par \u00e9quations structurelles (SEM), largement popularis\u00e9e par les progiciels LISREL et EQS. Parall\u00e8lement, Donald Rubin formalise le mod\u00e8le des r\u00e9sultats potentiels, tandis que dans les ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;informaticien et th\u00e9oricien <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Judea_Pearl\">Judea Pearl<\/a> \u00e9labore le formalisme des graphes acycliques dirig\u00e9s (DAG) et le calcul d&rsquo;intervention (<em>do-calculus<\/em>), unifiant la probabilit\u00e9 et la logique causale dans un langage math\u00e9matique universel adopt\u00e9 par les psychologues m\u00e9thodologistes contemporains.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse causale moderne s&rsquo;appuie sur plusieurs armatures th\u00e9oriques interd\u00e9pendantes qui d\u00e9finissent sa validit\u00e9 op\u00e9rationnelle et ses limites \u00e9pist\u00e9miques. La premi\u00e8re et la plus universellement reconnue est la <strong>th\u00e9orie contrefactuelle de Rubin<\/strong>, souvent appel\u00e9e le cadre de causalit\u00e9 de Neyman-Rubin. Elle postule que pour toute entit\u00e9 statistique soumise \u00e0 un traitement, il existe deux trajectoires potentielles d&rsquo;observation : l&rsquo;une en pr\u00e9sence de la condition cible, l&rsquo;autre en son absence. L&rsquo;effet causal correspond \u00e0 la soustraction de ces deux valeurs. Cette th\u00e9orie fournit la base math\u00e9matique requise pour formuler l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;ignorabilit\u00e9 conditionnelle (<em>unconfoundedness<\/em>), postulant que conditionnellement \u00e0 un ensemble exhaustif de covariables observ\u00e9es, l&rsquo;assignation au traitement est totalement ind\u00e9pendante des r\u00e9sultats potentiels.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me grande assise provient de la <strong>th\u00e9orie des graphes causaux et de l&rsquo;analyse structurale<\/strong> formul\u00e9e par Judea Pearl. Contrairement aux approches purement probabilistes, Pearl soutient qu&rsquo;un mod\u00e8le statistique classique ne peut pas distinguer une observation passive (\u00ab voir \u00bb) d&rsquo;une manipulation intentionnelle (\u00ab agir \u00bb). \u00c0 l&rsquo;aide de l&rsquo;op\u00e9rateur <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"do(X)\">$do(X)$<\/span>, sa th\u00e9orie permet de diff\u00e9rencier la distribution conditionnelle <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(Y | X = x)\">$P(Y | X = x)$<\/span> de la distribution causale <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"P(Y | do(X = x))\">$P(Y | do(X = x))$<\/span>. Les graphes acycliques dirig\u00e9s (DAG) utilisent des n\u0153uds repr\u00e9sentant les variables et des fl\u00e8ches traduisant la direction de l&rsquo;influence causale directe, permettant d&rsquo;identifier sans ambigu\u00eft\u00e9 les structures de collisionneurs (<em>colliders<\/em>), de m\u00e9diateurs et de confondants au moyen du crit\u00e8re de la porte d\u00e9rob\u00e9e (<em>backdoor criterion<\/em>).<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me r\u00e9f\u00e9rence majeure repose sur les <strong>crit\u00e8res d&rsquo;Austin Bradford Hill<\/strong> (1965), bien qu&rsquo;originellement con\u00e7us pour l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie clinique, ils demeurent constamment mobilis\u00e9s en psychologie de la sant\u00e9 et psychopathologie d\u00e9veloppementale. Ces crit\u00e8res comprennent la force de l&rsquo;association, la constance de la r\u00e9plication, la sp\u00e9cificit\u00e9, la temporalit\u00e9 stricte, le gradient biologique ou psychologique (relation dose-r\u00e9ponse), la plausibilit\u00e9 th\u00e9orique, la coh\u00e9rence globale, la confirmation exp\u00e9rimentale et le raisonnement par analogie. M\u00eame si Hill n&rsquo;a jamais consid\u00e9r\u00e9 ces principes comme des conditions sine qua non rigides, ils forment une grille de lecture robuste pour appr\u00e9cier la vraisemblance d&rsquo;un faisceau de preuves causales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La structuration d&rsquo;une analyse causale compl\u00e8te exige d&rsquo;isoler avec clart\u00e9 ses composantes structurelles, ses types de configurations et ses dimensions analytiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Variables ind\u00e9pendantes ou pr\u00e9dicteurs causaux (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"X\">$X$<\/span>)<\/strong> : facteurs postul\u00e9s comme \u00e9tant les initiateurs du processus ou conditions manipul\u00e9es d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par le chercheur au sein du dispositif d&rsquo;\u00e9tude.<\/li>\n<li><strong>Variables d\u00e9pendantes ou crit\u00e8res d&rsquo;effet (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Y\">$Y$<\/span>)<\/strong> : dimensions cognitives, affectives ou comportementales subissant les r\u00e9percussions syst\u00e9miques des variations induites par les variables ant\u00e9c\u00e9dentes.<\/li>\n<li><strong>Variables m\u00e9diatrices (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M\">$M$<\/span>)<\/strong> : construits interm\u00e9diaires par lesquels chemine l&rsquo;influence causale ; elles r\u00e9pondent \u00e0 la question du <em>comment<\/em> ou du <em>pourquoi<\/em> la cause produit son effet final.<\/li>\n<li><strong>Variables mod\u00e9ratrices (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Z\">$Z$<\/span> ou <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"W\">$W$<\/span>)<\/strong> : facteurs contextuels, traits de personnalit\u00e9 ou dispositions biologiques qui modifient la force ou la direction de la relation causale, r\u00e9pondant \u00e0 la question de savoir <em>quand<\/em> ou <em>pour qui<\/em> l&rsquo;effet se produit.<\/li>\n<li><strong>Facteurs de confusion (confondants)<\/strong> : variables communes influen\u00e7ant simultan\u00e9ment la cause pr\u00e9sum\u00e9e et l&rsquo;effet projet\u00e9, induisant un risque majeur d&rsquo;association fallacieuse en l&rsquo;absence de contr\u00f4le m\u00e9thodologique ad\u00e9quat.<\/li>\n<li><strong>Types de causalit\u00e9<\/strong> :\n<ul>\n<li><em>Causalit\u00e9 directe<\/em> : influence imm\u00e9diate et non m\u00e9di\u00e9e d&rsquo;un construit sur un autre.<\/li>\n<li><em>Causalit\u00e9 indirecte<\/em> : transmission d&rsquo;un effet par le truchement d&rsquo;une ou plusieurs variables interm\u00e9diaires dispos\u00e9es en cha\u00eene.<\/li>\n<li><em>Causalit\u00e9 r\u00e9ciproque ou transactionnelle<\/em> : relation dynamique bidirectionnelle o\u00f9 deux construits agissent alternativement ou simultan\u00e9ment comme cause et effet l&rsquo;un de l&rsquo;autre au fil du temps.<\/li>\n<li><em>\u00c9quifinalit\u00e9<\/em> : principe selon lequel plusieurs causes distinctes et ind\u00e9pendantes peuvent converger vers un m\u00eame aboutissement psychologique ou pathologique.<\/li>\n<li><em>Multifinalit\u00e9<\/em> : situation o\u00f9 un facteur causal initial identique entra\u00eene des cons\u00e9quences ph\u00e9notypiques ou cliniques radicalement diff\u00e9rentes selon les individus et les interactions contextuelles.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un exemple paradigmatique d&rsquo;analyse causale en psychologie clinique concerne l&rsquo;\u00e9tude du lien entre le perfectionnisme inadapt\u00e9 et les sympt\u00f4mes de d\u00e9pression clinique. Une observation na\u00efve r\u00e9v\u00e8le une corr\u00e9lation positive marqu\u00e9e entre ces deux variables. Une analyse causale rigoureuse impose d&rsquo;explorer si le perfectionnisme d\u00e9clenche v\u00e9ritablement l&rsquo;humeur d\u00e9pressive ou s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne li\u00e9 au n\u00e9vrosisme sous-jacent. \u00c0 l&rsquo;aide d&rsquo;une \u00e9tude longitudinale \u00e0 panels crois\u00e9s (<em>cross-lagged panel design<\/em>), les chercheurs \u00e9valuent le perfectionnisme et la d\u00e9pression \u00e0 six mois d&rsquo;intervalle sur plusieurs vagues, constatant que le perfectionnisme au temps <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"T_1\">$T_1$<\/span> pr\u00e9dit l&rsquo;augmentation des scores d\u00e9pressifs au temps <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"T_2\">$T_2$<\/span>, m\u00eame apr\u00e8s neutralisation stricte de la d\u00e9pression initiale au temps <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"T_1\">$T_1$<\/span> et du n\u00e9vrosisme de base.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie cognitive, consid\u00e9rons l&rsquo;examen de l&rsquo;effet de l&rsquo;utilisation intensive des \u00e9crans sur les capacit\u00e9s d&rsquo;inhibition ex\u00e9cutive chez l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire. L&rsquo;exp\u00e9rimentation en laboratoire isole la variable en affectant al\u00e9atoirement des enfants soit au visionnage passif d&rsquo;un dessin anim\u00e9 au rythme effr\u00e9n\u00e9, soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute calme d&rsquo;une lecture de conte interactif, pendant une dur\u00e9e strictement contr\u00f4l\u00e9e de vingt minutes. La passation imm\u00e9diate d&rsquo;une t\u00e2che de tri de cartes aux dimensions variables (DCCS) montre une baisse statistiquement robuste des scores de contr\u00f4le ex\u00e9cutif chez les enfants expos\u00e9s au stimulus hyper-rythm\u00e9, confirmant un lien causal exp\u00e9rimental direct \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>Enfin, en psychologie du travail et des organisations, l&rsquo;analyse causale \u00e9tudie la relation entre le leadership bienveillant et l&rsquo;engagement professionnel des salari\u00e9s. L&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;un mod\u00e8le de m\u00e9diation mod\u00e9r\u00e9e permet de mettre au jour que la confiance accord\u00e9e au sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique constitue le m\u00e9diateur psychologique essentiel expliquant cet engagement, mais que cette transmission causale n&rsquo;est valide que pour les collaborateurs pr\u00e9sentant un fort besoin d&rsquo;accomplissement, r\u00e9v\u00e9lant la subtilit\u00e9 d&rsquo;une causalit\u00e9 non universelle mais conditionnelle.<\/p>\n<h3>9. Mesure, mod\u00e9lisation et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La validation empirique des hypoth\u00e8ses au sein d&rsquo;une analyse causale sollicite un \u00e9ventail sophistiqu\u00e9 de m\u00e9thodologies d&rsquo;\u00e9valuation quantitative et de mod\u00e9lisation math\u00e9matique. Dans les protocoles quasi-exp\u00e9rimentaux et observationnels, le calcul du score de propension (<em>propensity score matching<\/em>) s&rsquo;av\u00e8re capital : il consiste \u00e0 estimer la probabilit\u00e9 conditionnelle qu&rsquo;un individu re\u00e7oive une condition d&rsquo;exposition sur la base d&rsquo;un jeu exhaustif de caract\u00e9ristiques pr\u00e9alables, permettant d&rsquo;apparier a posteriori des participants comparables afin de simuler une assignation al\u00e9atoire.<\/p>\n<p>La <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mod%C3%A8le_d%27%C3%A9quations_structurelles\">mod\u00e9lisation par \u00e9quations structurelles<\/a> (SEM) incarne l&rsquo;outil standard le plus puissant pour tester des architectures causales complexes comportant des variables inobservables. En s\u00e9parant le mod\u00e8le de mesure (qui associe les indicateurs manifestes aux construits latents pour \u00e9purer l&rsquo;erreur de mesure al\u00e9atoire) du mod\u00e8le structural (qui teste les coefficients de r\u00e9gression orient\u00e9s entre les variables latentes), la SEM permet d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;ad\u00e9quation globale du r\u00e9seau causal \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 empirique gr\u00e2ce \u00e0 des indices d&rsquo;ajustement standardis\u00e9s tels que le RMSEA (<em>Root Mean Square Error of Approximation<\/em>), le CFI (<em>Comparative Fit Index<\/em>) et le TLI (<em>Tucker-Lewis Index<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse causale longitudinale moderne fait \u00e9galement appel aux mod\u00e8les de courbes de croissance latente (<em>latent growth curve modeling<\/em>) et aux mod\u00e8les autor\u00e9gressifs \u00e0 panel crois\u00e9 avec effets fixes au niveau individuel (RI-CLPM). Ces approches d\u00e9composent les trajectoires interindividuelles et intra-individuelles, garantissant que l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 temporelle observ\u00e9e ne d\u00e9coule pas simplement de propensions stables et invariantes chez le sujet mais traduit une dynamique causale interne en temps r\u00e9el.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse causale exerce une influence directe et d\u00e9terminante sur l&rsquo;ensemble des branches appliqu\u00e9es de la discipline psychologique. En psychologie clinique et en psychoth\u00e9rapie, elle est incontournable pour concevoir des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoth%C3%A9rapie_fond%C3%A9e_sur_des_preuves\">interventions fond\u00e9es sur les donn\u00e9es probantes<\/a> (<em>evidence-based practice<\/em>). \u00c9tablir qu&rsquo;une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale soulage les troubles paniques ne suffit pas ; l&rsquo;analyse causale identifie les \u00e9l\u00e9ments actifs du protocole \u2014 par exemple, la restructuration des interpr\u00e9tations catastrophiques et l&rsquo;exposition int\u00e9roceptive \u2014 permettant aux cliniciens de d\u00e9laisser les composants inop\u00e9rants et d&rsquo;optimiser l&rsquo;efficience des prises en charge.<\/p>\n<p>Dans le champ de la sant\u00e9 publique et de la psychologie pr\u00e9ventive, l&rsquo;analyse causale guide l&rsquo;allocation rationnelle des ressources financi\u00e8res et humaines. En d\u00e9montrant qu&rsquo;un ciblage s\u00e9lectif du sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 chez des adolescents marginalis\u00e9s diminue significativement les conduites addictives subs\u00e9quentes, les d\u00e9cideurs institutionnels peuvent impl\u00e9menter des programmes scolaires sur mesure pr\u00e9venant de lourdes complications m\u00e9dico-sociales.<\/p>\n<p>Dans le monde du travail, l&rsquo;analyse causale structure les politiques de gestion des ressources humaines et de pr\u00e9vention des risques psychosociaux. Elle permet d&rsquo;\u00e9lucider si l&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>) d\u00e9coule principalement d&rsquo;une surcharge quantitative de travail ou d&rsquo;une perte d&rsquo;autonomie d\u00e9cisionnelle per\u00e7ue. Disposer de donn\u00e9es causales probantes permet d&rsquo;\u00e9viter des modifications superficielles du cadre de travail et d&rsquo;intervenir chirurgicalement sur les d\u00e9clencheurs syst\u00e9miques des d\u00e9compensations professionnelles.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la recherche empirique en psychologie foisonne de r\u00e9visions paradigmatiques engendr\u00e9es par une analyse causale plus rigoureuse de corr\u00e9lations \u00e9tablies de longue date. L&rsquo;un des exemples les plus c\u00e9l\u00e8bres concerne le pr\u00e9tendu lien causal entre une faible estime de soi et des comportements asociaux ou de pi\u00e8tres performances scolaires. Alors qu&rsquo;une immense litt\u00e9rature observationnelle postulait que stimuler artificiellement l&rsquo;estime de soi r\u00e9duirait la d\u00e9linquance et \u00e9l\u00e8verait les notes scolaires, une vaste m\u00e9ta-analyse causale critique men\u00e9e par Roy Baumeister et ses coll\u00e8gues en 2003 a mis en pi\u00e8ces cette croyance, d\u00e9montrant que l&rsquo;estime de soi \u00e9lev\u00e9e est une cons\u00e9quence du succ\u00e8s scolaire ou relationnel et non sa cause motrice primaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;addictologie comportementale, des travaux \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinaux conduits par des chercheurs comme Kenneth Kendler sur des cohortes de jumeaux monozygotes et dizygotes ont permis de dissocier les contributions g\u00e9n\u00e9tiques, les influences de l&rsquo;environnement partag\u00e9 et les facteurs environnementaux sp\u00e9cifiques dans la cha\u00eene causale menant \u00e0 la d\u00e9pendance alcoolique ou nicotinique. Cette analyse causale g\u00e9n\u00e9tiquement inform\u00e9e a prouv\u00e9 que la consommation pr\u00e9coce de substances n&rsquo;est pas uniquement un pont direct vers la d\u00e9pendance adulte, mais le marqueur d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 polyg\u00e9nique sous-jacente partag\u00e9e avec les troubles de l&rsquo;externalisation.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les investigations de Michael Rutter sur les orphelins roumains adopt\u00e9s par des familles britanniques ont apport\u00e9 des preuves causales d\u00e9cisives quant aux effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res d&rsquo;une privation institutionnelle pr\u00e9coce et s\u00e9v\u00e8re sur le d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral et affectif, tout en d\u00e9montrant l&rsquo;existence d&rsquo;une fen\u00eatre temporelle critique de plasticit\u00e9 d\u00e9veloppementale lors de la r\u00e9habilitation environnementale.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La pratique de l&rsquo;analyse causale ne s&rsquo;effectue pas en vase clos \u00e9thique ou culturel ; les postulats \u00e9pist\u00e9miques qui sous-tendent l&rsquo;attribution de causes sont eux-m\u00eames model\u00e9s par des cadres culturels diff\u00e9renci\u00e9s. Les travaux classiques de Richard Nisbett et de ses collaborateurs en psychologie culturelle ont largement d\u00e9montr\u00e9 que les individus issus de soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes ont une propension syst\u00e9matique \u00e0 privil\u00e9gier une causalit\u00e9 analytique et dispos\u00e9e, attribuant les comportements \u00e0 des traits internes, stables et intentionnels de l&rsquo;acteur individuel.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;Asie orientale de tradition collectiviste ou holiste, la recherche causale s&rsquo;oriente pr\u00e9f\u00e9rentiellement vers une causalit\u00e9 contextuelle et situationnelle, accordant une attention primordiale \u00e0 l&rsquo;ensemble du champ relationnel, aux normes soci\u00e9tales et aux pressions environnementales englobantes. Lorsqu&rsquo;un psychologue con\u00e7oit un mod\u00e8le structural causal en omettant cette variabilit\u00e9 axiologique, il risque de d\u00e9clarer universelle une m\u00e9canique relationnelle qui n&rsquo;est valide que dans le sous-ensemble culturel occidental, \u00e9duqu\u00e9, industrialis\u00e9, riche et d\u00e9mocratique (WEIRD).<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans les approches transculturelles des traumatismes et des souffrances psychiques, l&rsquo;analyse causale doit faire la part des idiomes de d\u00e9tresse propres \u00e0 chaque groupe social. Imputer directement un ensemble de sympt\u00f4mes somatiques \u00e0 une entit\u00e9 nosologique causale unifi\u00e9e (telle que la d\u00e9pression occidentale) peut conduire \u00e0 des erreurs de cat\u00e9gorisation m\u00e9thodologique lorsque, pour les populations concern\u00e9es, ces manifestations s&rsquo;int\u00e8grent dans une dynamique causale holistique articulant l&rsquo;\u00e9quilibre communautaire, les croyances spirituelles et le respect des anc\u00eatres.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son \u00e9l\u00e9gance math\u00e9matique et conceptuelle, l&rsquo;analyse causale suscite de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et comporte des limites inh\u00e9rentes souvent sous-estim\u00e9es dans la pratique de la recherche psychologique. La critique majeure concerne l&rsquo;illusion de l&rsquo;exhaustivit\u00e9 des covariables dans les \u00e9tudes non exp\u00e9rimentales. Il est logiquement impossible d&rsquo;attester de mani\u00e8re indiscutable qu&rsquo;aucune variable confondante non mesur\u00e9e ne subsiste dans un mod\u00e8le d&rsquo;observation, quelle que soit la sophistication des ajustements par score de propension ou variables instrumentales.<\/p>\n<p>Une controverse persistante porte \u00e9galement sur l&rsquo;abus interpr\u00e9tatif de la mod\u00e9lisation par \u00e9quations structurelles. De nombreux chercheurs tombent dans le pi\u00e8ge de la r\u00e9ification s\u00e9mantique : le simple fait d&rsquo;ajuster des donn\u00e9es transversales \u00e0 un mod\u00e8le fl\u00e9ch\u00e9 a priori ne transforme pas magiquement une association statistique en causalit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e. L&rsquo;\u00e9quivalence formelle de mod\u00e8les repr\u00e9sente un danger math\u00e9matique s\u00e9rieux : pour un ensemble de donn\u00e9es donn\u00e9, plusieurs mod\u00e8les structurels proposant des relations causales inverses ou radicalement divergentes peuvent afficher des indices d&rsquo;ajustement strictement identiques.<\/p>\n<p>En outre, les mod\u00e8les causaux lin\u00e9aires traditionnels peinent \u00e0 rendre compte de la nature \u00e9minemment dynamique, auto-organis\u00e9e et non lin\u00e9aire des processus mentaux. La th\u00e9orie des syst\u00e8mes complexes et la psychologie des r\u00e9seaux (<em>network analysis<\/em>), popularis\u00e9e notamment par Denny Borsboom, proposent d&rsquo;abandonner l&rsquo;id\u00e9e que les troubles mentaux sont caus\u00e9s par des entit\u00e9s latentes sous-jacentes abstraites. Selon cette perspective rivale, un trouble psychiatrique \u00e9merge plut\u00f4t d&rsquo;une boucle de r\u00e9troaction directe entre des sympt\u00f4mes qui s&rsquo;activent mutuellement en un r\u00e9seau complexe m\u00e9tastable, remettant en cause l&rsquo;architecture causale factorielle classique.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 th\u00e9orique dans l&rsquo;utilisation du vocabulaire scientifique, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;analyse causale d&rsquo;autres notions m\u00e9thodologiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Corr\u00e9lation vs Analyse causale<\/strong> : La corr\u00e9lation \u00e9value l&rsquo;intensit\u00e9 et le sens d&rsquo;une liaison math\u00e9matique sym\u00e9trique entre deux variables sans pr\u00e9juger de l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 temporelle ni de la dynamique d&rsquo;action, tandis que l&rsquo;analyse causale vise \u00e0 \u00e9tablir l&rsquo;asym\u00e9trie fonctionnelle de production d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne par un autre.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9diction vs Analyse causale<\/strong> : Un algorithme pr\u00e9dictif (comme en apprentissage automatique) peut anticiper un comportement avec une exactitude remarquable sans qu&rsquo;aucun lien causal r\u00e9el n&rsquo;existe entre les pr\u00e9dicteurs et le r\u00e9sultat, alors que l&rsquo;analyse causale cherche \u00e0 identifier les leviers manipulables pour modifier d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le devenir de ce r\u00e9sultat.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9gression multiple vs Inf\u00e9rence causale<\/strong> : Une \u00e9quation de r\u00e9gression multivari\u00e9e d\u00e9crit simplement des esp\u00e9rances conditionnelles au sein d&rsquo;une distribution de donn\u00e9es ; elle ne devient interpr\u00e9table causalement que si des postulats th\u00e9oriques stricts (absence de biais de confusion, temporalit\u00e9, invariance structurelle) sont rigoureusement garantis.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9diation vs Mod\u00e9ration<\/strong> : La m\u00e9diation d\u00e9cortique la voie causale interm\u00e9diaire v\u00e9hiculant l&rsquo;effet d&rsquo;une cause vers une cible, alors que la mod\u00e9ration d\u00e9signe la variation de la puissance ou de la direction de ce lien causal sous l&rsquo;influence d&rsquo;un facteur tiers contextuel.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9terminisme d\u00e9ductif vs Causalit\u00e9 probabiliste<\/strong> : Le d\u00e9terminisme absolu suppose qu&rsquo;une cause produit in\u00e9vitablement et infailliblement son effet m\u00e9canique, tandis que la causalit\u00e9 probabiliste psychologique stipule que la pr\u00e9sence de la cause majore significativement la vraisemblance de survenue de l&rsquo;effet dans une population donn\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse causale transcende l&rsquo;accumulation de simples corr\u00e9lations empiriques pour \u00e9riger des \u00e9difices explicatifs solides au sein des sciences psychologiques, \u00e9clairant la dynamique sous-jacente des ph\u00e9nom\u00e8nes affectifs, cognitifs et relationnels.<\/p>\n<p>Son d\u00e9ploiement rigoureux requiert la conjonction imp\u00e9rative de l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 temporelle d\u00e9montr\u00e9e, d&rsquo;une covariation substantielle et de l&rsquo;exclusion m\u00e9thodique de toute interpr\u00e9tation rivale ou confondante, que ce soit au moyen du contr\u00f4le exp\u00e9rimental direct ou de mod\u00e9lisations structurelles avanc\u00e9es guid\u00e9es par le cadre contrefactuel.<\/p>\n<p>En articulant le mod\u00e8le des r\u00e9sultats potentiels de Rubin et les diagrammes causaux acycliques de Pearl, la psychologie contemporaine dispose d&rsquo;outils math\u00e9matiques hautement fiables pour tester des hypoth\u00e8ses complexes tout en \u00e9vitant les \u00e9cueils de l&rsquo;endog\u00e9n\u00e9it\u00e9, du biais de collision et de la confusion latente.<\/p>\n<p>Sur le plan translationnel, l&rsquo;analyse causale constitue l&rsquo;ultime garde-fou contre les pseudosciences, garantissant que les interventions th\u00e9rapeutiques, p\u00e9dagogiques et organisationnelles ciblent de v\u00e9ritables leviers d&rsquo;action et participent efficacement \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration du bien-\u00eatre individuel et collectif.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baumeister, R. F., Campbell, J. D., Krueger, J. I., &amp; Vohs, K. D. (2003). Does high self-esteem cause better performance, interpersonal success, happiness, or healthier lifestyles? <em>Psychological Science in the Public Interest<\/em>, 4(1), 1\u201344. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1529-1006.01431\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1529-1006.01431<\/a><\/li>\n<li>Borsboom, D. (2017). A network approach to psychopathology. <em>World Psychiatry<\/em>, 16(1), 5\u201313. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/wps.20375\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/wps.20375<\/a><\/li>\n<li>Hill, A. B. (1965). The environment and disease: Association or causation? <em>Proceedings of the Royal Society of Medicine<\/em>, 58(5), 295\u2013300. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/003591576505800503\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/003591576505800503<\/a><\/li>\n<li>Pearl, J. (2009). <em>Causality: Models, reasoning, and inference<\/em> (2e \u00e9d.). Cambridge University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511803161\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511803161<\/a><\/li>\n<li>Rubin, D. B. (2005). Causal inference using potential outcomes: Design, modeling, decisions. <em>Journal of the American Statistical Association<\/em>, 100(469), 322\u2013331. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1198\/016214504000001880\">https:\/\/doi.org\/10.1198\/016214504000001880<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;analyse causale en psychologie examine les d\u00e9marches m\u00e9thodologiques et th\u00e9oriques visant \u00e0 d\u00e9montrer des liens de cause \u00e0 effet solides et reproductibles entre construits comportementaux et mentaux.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1679,3924,359],"tags":[38723,38724,5882,3911,12504,16],"class_list":["post-22894","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-epistemologie","category-methodologie-psychologique","category-statistiques-appliquees","tag-analyse-causale","tag-contrefactuel","tag-inference-causale","tag-methodologie","tag-modelisation-structurelle","tag-psychometrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22894","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22894\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22894"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22894"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22894"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}