{"id":22863,"date":"2026-10-28T02:40:03","date_gmt":"2026-10-28T02:40:03","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=classification-categorielle-psychologie"},"modified":"2026-10-28T02:40:03","modified_gmt":"2026-10-28T02:40:03","slug":"classification-categorielle-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=classification-categorielle-psychologie","title":{"rendered":"Classification cat\u00e9gorielle : Taxinomie de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur des sciences cliniques et de la psychopathologie contemporaine, la structuration des ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux repose sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;ordonner la complexit\u00e9 du comportement humain en entit\u00e9s intelligibles et communicables. La classification cat\u00e9gorielle repr\u00e9sente le mod\u00e8le nosologique pr\u00e9dominant ayant permis d&rsquo;\u00e9tablir des crit\u00e8res diagnostiques partag\u00e9s, tout en suscitant d&rsquo;intenses d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques quant \u00e0 la nature discontinue ou dimensionnelle de la souffrance psychique. Comprendre ses fondements, ses r\u00e9ussites pragmatiques et ses \u00e9cueils th\u00e9oriques demeure indispensable pour appr\u00e9hender l&rsquo;\u00e9volution des classifications diagnostiques internationales.<\/p>\n<h2>Classification cat\u00e9gorielle<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La classification cat\u00e9gorielle est une approche m\u00e9thodologique et nosologique qui postule que les troubles mentaux constituent des entit\u00e9s diagnostiques distinctes, qualitatives et mutuellement exclusives ou cooccurrentes, s\u00e9par\u00e9es les unes des autres ainsi que de la normalit\u00e9 par des fronti\u00e8res d\u00e9limit\u00e9es. Selon ce mod\u00e8le binaire de type \u00ab tout ou rien \u00bb, un individu remplit ou non les crit\u00e8res d&rsquo;une cat\u00e9gorie pathologique donn\u00e9e en fonction de la pr\u00e9sence d&rsquo;un seuil critique de signes et de sympt\u00f4mes caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychiatrie et de la psychologie clinique, cette perspective s&rsquo;inspire du paradigme m\u00e9dical traditionnel o\u00f9 chaque maladie poss\u00e8de une \u00e9tiologie, une symptomatologie, un pronostic et des indications th\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques. L&rsquo;approche cat\u00e9gorielle structure les grands manuels diagnostiques, tels que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Association_am%C3%A9ricaine_de_psychiatrie\">Association am\u00e9ricaine de psychiatrie<\/a> et la Classification internationale des maladies (CIM) de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan pratique, elle attribue des \u00e9tiquettes nosographiques aux manifestations cliniques afin de standardiser le diagnostic, de guider les d\u00e9cisions de prise en charge pharmacologique ou psychoth\u00e9rapeutique, et de fournir aux chercheurs un vocabulaire univoque pour homog\u00e9n\u00e9iser les cohortes exp\u00e9rimentales. N\u00e9anmoins, elle suppose l&rsquo;existence de classes r\u00e9elles ou empiriquement robustes, dont la validit\u00e9 continue d&rsquo;interroger la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab classification cat\u00e9gorielle \u00bb trouve ses racines lexicales et conceptuelles dans la philosophie classique et la taxinomie des sciences de la nature. Le terme \u00ab classification \u00bb d\u00e9rive du latin <em>classis<\/em>, qui d\u00e9signait \u00e0 l&rsquo;origine une division civique ou militaire de la population romaine appel\u00e9e sous les armes, combin\u00e9 au suffixe verbal <em>-facere<\/em> signifiant \u00ab faire \u00bb ou \u00ab organiser \u00bb. Historiquement, le concept a d&rsquo;abord servi \u00e0 structurer l&rsquo;ordre social avant de s&rsquo;\u00e9tendre, au XVIIIe si\u00e8cle, aux sciences naturelles pour d\u00e9signer la distribution syst\u00e9matique des \u00eatres vivants au sein d&rsquo;ordres hi\u00e9rarchiques.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab cat\u00e9goriel \u00bb provient pour sa part du grec ancien <em>kat\u0113goria<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c4\u03b7\u03b3\u03bf\u03c1\u03af\u03b1), d\u00e9signant \u00e0 l&rsquo;origine une accusation publique ou une affirmation solennelle port\u00e9e devant une assembl\u00e9e. Dans le corpus logique et m\u00e9taphysique d&rsquo;Aristote, la <em>kat\u0113goria<\/em> est devenue un terme technique majeur d\u00e9signant les genres supr\u00eames de l&rsquo;\u00eatre et les pr\u00e9dicats fondamentaux par lesquels la pens\u00e9e appr\u00e9hende la r\u00e9alit\u00e9 (substance, quantit\u00e9, qualit\u00e9, relation). Le substantif fran\u00e7ais \u00ab cat\u00e9gorie \u00bb et son d\u00e9riv\u00e9 adjectival moderne \u00ab cat\u00e9goriel \u00bb (ou plus rarement \u00ab cat\u00e9gorique \u00bb, qui a pris une nuance d&rsquo;absolu) renvoient ainsi \u00e0 une classe d\u00e9termin\u00e9e d&rsquo;objets partageant des pr\u00e9dicats essentiels communs.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du syntagme dans la sph\u00e8re biom\u00e9dicale s&rsquo;est consolid\u00e9e au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, notamment lors des r\u00e9visions du DSM-III sous l&rsquo;impulsion du mouvement n\u00e9o-kraepelinien. Ce dernier cherchait \u00e0 d\u00e9marquer une nosologie naturaliste rigoureuse et polyth\u00e9tique face aux paradigmes psychodynamiques continus et subjectifs qui dominaient jusqu&rsquo;alors la clinique anglo-saxonne et europ\u00e9enne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le syntagme se prononce \/kla.si.fi.ka.sj\u0254\u0303 ka.te.\u0261\u0254.\u0281j\u025bl\/ en fran\u00e7ais standard. Il est constitu\u00e9 d&rsquo;un substantif f\u00e9minin singulier (\u00ab classification \u00bb) qualifi\u00e9 par un adjectif relationnel \u00e9pith\u00e8te (\u00ab cat\u00e9gorielle \u00bb). Au pluriel, il prend la forme orthographique r\u00e9guli\u00e8re \u00ab classifications cat\u00e9gorielles \u00bb (\/kla.si.fi.ka.sj\u0254\u0303 ka.te.\u0261\u0254.\u0281j\u025bl\/).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et acad\u00e9mique, on rencontre parfois des variantes ou expressions synonymiques partielles telles que \u00ab approche cat\u00e9gorielle \u00bb, \u00ab mod\u00e8le nosologique cat\u00e9goriel \u00bb ou \u00ab taxinomie discr\u00e8te \u00bb. L&rsquo;adjectif \u00ab cat\u00e9gorique \u00bb est parfois utilis\u00e9 par anglicisme sous l&rsquo;influence du vocable <em>categorical<\/em>, bien que les lexicographes et nosographes francophones privil\u00e9gient formellement l&rsquo;adjectif \u00ab cat\u00e9goriel \u00bb afin d&rsquo;\u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 avec l&rsquo;obligation inconditionnelle ou le caract\u00e8re p\u00e9remptoire associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique kantien.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, l&rsquo;expression s&rsquo;oppose quasi syst\u00e9matiquement aux syntagmes nominaux \u00ab classification dimensionnelle \u00bb, \u00ab approche spectrale \u00bb ou \u00ab continuum psychopathologique \u00bb, structurant ainsi la dichotomie classique qui r\u00e9git les d\u00e9bats sur l&rsquo;\u00e9valuation de la personnalit\u00e9 et des d\u00e9sordres affectifs.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La classification cat\u00e9gorielle repose sur le postulat fondamental de la discontinuit\u00e9 nosologique. Selon cette pr\u00e9misse, le monde psychopathologique peut \u00eatre subdivis\u00e9 en taxons, c&rsquo;est-\u00e0-dire en classes d&rsquo;individus pr\u00e9sentant des configurations de dysfonctionnements nettement s\u00e9par\u00e9es par des \u00ab coupures de la nature \u00bb (<em>carving nature at its joints<\/em>). Chaque trouble correspond \u00e0 une entit\u00e9 d\u00e9limit\u00e9e dont la pr\u00e9sence est r\u00e9gie par une logique bool\u00e9enne : un patient r\u00e9pond aux crit\u00e8res du trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 ou n&rsquo;y r\u00e9pond pas ; il est diagnostiqu\u00e9 avec un trouble bipolaire ou il en est exempt.<\/p>\n<p>Pour op\u00e9rationnaliser cette taxinomie sans enfermer la clinique dans une rigidit\u00e9 excessive, les classifications modernes ont adopt\u00e9 des crit\u00e8res dits polyth\u00e9tiques. Contrairement \u00e0 un syst\u00e8me monoth\u00e9tique strict \u2014 o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment de la cat\u00e9gorie doit imp\u00e9rativement manifester l&rsquo;ensemble des sympt\u00f4mes pr\u00e9requis \u2014, le syst\u00e8me polyth\u00e9tique stipule qu&rsquo;un diagnostic est pos\u00e9 d\u00e8s lors qu&rsquo;un individu manifeste un nombre minimal de sympt\u00f4mes parmi une liste \u00e9tablie (par exemple, au moins cinq sympt\u00f4mes sur neuf pendant une dur\u00e9e d&rsquo;au moins deux semaines). Ce compromis conc\u00e8de une flexibilit\u00e9 clinique en reconnaissant l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des tableaux symptomatiques au sein d&rsquo;une m\u00eame cat\u00e9gorie, tout en maintenant la fronti\u00e8re nette impos\u00e9e par le franchissement du seuil diagnostique.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre d&rsquo;action de la classification cat\u00e9gorielle embrasse l&rsquo;ensemble de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nosologie\">nosologie<\/a> psychiatrique, incluant les troubles neurod\u00e9veloppementaux, les troubles de l&rsquo;humeur, les troubles anxieux, les troubles psychotiques et les troubles de la personnalit\u00e9. Sa validit\u00e9 repose traditionnellement sur cinq piliers empiriques d\u00e9crits par Robins et Guze : la description clinique pr\u00e9cise des sympt\u00f4mes, les \u00e9tudes de laboratoire ou biomarqueurs, la d\u00e9limitation claire par rapport aux autres affections, les \u00e9tudes de suivi \u00e9volutif et longitudinal, et l&rsquo;agr\u00e9gation familiale ou g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Cependant, les fronti\u00e8res du mod\u00e8le cat\u00e9goriel r\u00e9v\u00e8lent des limitations \u00e9pist\u00e9mologiques lorsqu&rsquo;elles sont confront\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. Les coupures nettes entre la pathologie et le fonctionnement normal apparaissent souvent arbitraires, car le seuil d\u00e9finissant la pr\u00e9sence d&rsquo;un trouble d\u00e9coule fr\u00e9quemment de consensus d&rsquo;experts plut\u00f4t que de ruptures biologiques observables. De surcro\u00eet, la multiplicit\u00e9 des profils possibles pour une m\u00eame \u00e9tiquette polyth\u00e9tique met en tension la pr\u00e9tention d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interne constitutive de la logique de classe.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la classification cat\u00e9gorielle s&rsquo;enracine dans la volont\u00e9 de transposer aux d\u00e9sordres de l&rsquo;esprit les m\u00e9thodes de la botanique et de la zoologie d\u00e9velopp\u00e9es au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Des ali\u00e9nistes pr\u00e9curseurs tels que Fran\u00e7ois Boissier de Sauvages de Lacroix et William Cullen ont propos\u00e9 les premi\u00e8res classifications formelles des folies en genres et esp\u00e8ces, suivis en France par Philippe Pinel et Jean-\u00c9tienne Esquirol, qui ont isol\u00e9 des entit\u00e9s telles que la m\u00e9lancolie ou la monomanie.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable tournant syst\u00e9matique intervient \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle sous la plume du psychiatre allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_Kraepelin\">Emil Kraepelin<\/a>. Ce dernier r\u00e9volutionne la nosologie en organisant les troubles mentaux non pas sur la seule base des sympt\u00f4mes imm\u00e9diats, mais \u00e0 partir de leur \u00e9volution longitudinale et de leur pronostic \u00e0 long terme. Sa c\u00e9l\u00e8bre dichotomie entre la d\u00e9mence pr\u00e9coce (qui deviendra la schizophr\u00e9nie) et la folie maniaco-d\u00e9pressive fonde la nosologie psychiatrique moderne et consacre l&rsquo;id\u00e9al de cat\u00e9gories naturelles d&rsquo;origine biologique.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, la psychiatrie traverse une profonde crise de l\u00e9gitimit\u00e9, exacerb\u00e9e par le mouvement de l&rsquo;antipsychiatrie et des \u00e9tudes r\u00e9v\u00e9lant une tr\u00e8s faible fid\u00e9lit\u00e9 inter-juges : deux cliniciens \u00e9valuant un m\u00eame patient posaient fr\u00e9quemment des diagnostics radicalement divergents. En r\u00e9action, un groupe de chercheurs de l&rsquo;Universit\u00e9 de Washington \u00e0 Saint-Louis (les crit\u00e8res de Feighner en 1972) puis les <em>Research Diagnostic Criteria<\/em> (RDC) de Spitzer et collaborateurs ont jet\u00e9 les bases d&rsquo;une refonte op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p>Cette dynamique a culmin\u00e9 en 1980 avec la publication du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM-III<\/a>, dirig\u00e9 par Robert Spitzer. Rompant avec les interpr\u00e9tations \u00e9tiologiques psychanalytiques non v\u00e9rifiables, le DSM-III a impos\u00e9 un mod\u00e8le cat\u00e9goriel purement descriptif et ath\u00e9orique, fond\u00e9 sur des crit\u00e8res explicites d&rsquo;inclusion et d&rsquo;exclusion. Cette approche a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9e par le DSM-IV (1994), le DSM-5 (2013) et la CIM-10 puis la CIM-11, bien que les versions les plus r\u00e9centes tentent d&rsquo;int\u00e9grer prudemment des modificateurs dimensionnels face aux critiques grandissantes de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, la classification cat\u00e9gorielle s&rsquo;appuie sur le mod\u00e8le m\u00e9dical conventionnel, parfois qualifi\u00e9 de r\u00e9alisme scientifique appliqu\u00e9 \u00e0 la psychopathologie. Ce mod\u00e8le postule que les d\u00e9sordres mentaux poss\u00e8dent une r\u00e9alit\u00e9 ontologique autonome sous forme de \u00ab maladies \u00bb ou de dysfonctionnements internes discrets. Bien que la plupart des \u00e9tiologies psychiatriques demeurent multifactorielles et incompl\u00e8tement \u00e9lucid\u00e9es, la logique de classe continue de pr\u00e9sumer que des m\u00e9canismes sous-jacents distincts \u2014 neurochimiques, neuroanatomiques ou g\u00e9n\u00e9tiques \u2014 valideront \u00e0 terme la s\u00e9paration des entit\u00e9s cliniques.<\/p>\n<p>Sur le versant des th\u00e9ories cognitives de la cat\u00e9gorisation, ce mod\u00e8le r\u00e9pond au besoin de structuration heuristique de la pens\u00e9e humaine. Comme l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 Eleanor Rosch et les th\u00e9oriciens de la psychologie cognitive, l&rsquo;esprit humain traite l&rsquo;information environnementale complexe en la regroupant en classes d&rsquo;objets pour maximiser la parcimonie cognitive et l&rsquo;\u00e9conomie du traitement mental. L&rsquo;attribution cat\u00e9gorielle permet une inf\u00e9rence rapide : savoir qu&rsquo;un individu rel\u00e8ve de la cat\u00e9gorie \u00ab schizophr\u00e9nie \u00bb active imm\u00e9diatement un r\u00e9seau d&rsquo;attentes concernant le pronostic, le risque de rechute et l&rsquo;indication d&rsquo;antipsychotiques.<\/p>\n<p>En philosophie des sciences, la classification cat\u00e9gorielle s&rsquo;adosse \u00e0 la notion d&rsquo;\u00ab esp\u00e8ces naturelles \u00bb (<em>natural kinds<\/em>), ch\u00e8re aux approches inductivistes. Selon ce point de vue, une bonne classification d\u00e9couvre les divisions intrins\u00e8ques du r\u00e9el plut\u00f4t qu&rsquo;elle ne les invente. Cependant, face aux \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans l&rsquo;identification de marqueurs physiopathologiques exclusifs pour chaque cat\u00e9gorie, des philosophes de la psychiatrie contemporains, \u00e0 l&rsquo;instar de Peter Zachar, soutiennent plut\u00f4t un mod\u00e8le de \u00ab genres pratiques \u00bb (<em>practical kinds<\/em>), selon lequel les cat\u00e9gories diagnostiques ne sont pas des entit\u00e9s biologiques fixes mais des constructions pragmatiques stables, utiles pour la d\u00e9cision clinique et soci\u00e9tale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture d&rsquo;un syst\u00e8me nosologique cat\u00e9goriel repose sur plusieurs composantes structurelles et m\u00e9thodologiques pr\u00e9cises qui garantissent son fonctionnement op\u00e9rationnel :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Crit\u00e8res d&rsquo;inclusion symptomatiques :<\/strong> Liste ferm\u00e9e de manifestations comportementales, cognitives et affectives devant \u00eatre observ\u00e9es pendant un laps de temps d\u00e9termin\u00e9 pour justifier le diagnostic.<\/li>\n<li><strong>Crit\u00e8res d&rsquo;exclusion :<\/strong> Directives nosologiques interdisant d&rsquo;attribuer une cat\u00e9gorie diagnostique si les manifestations observ\u00e9es s&rsquo;expliquent mieux par une autre condition m\u00e9dicale, l&rsquo;usage d&rsquo;une substance psychoactive ou un autre trouble mental hi\u00e9rarchiquement pr\u00e9dominant.<\/li>\n<li><strong>Seuils diagnostiques (<em>cut-off points<\/em>) :<\/strong> Nombre quantitatif minimal de sympt\u00f4mes requis pour transformer un ensemble continu d&rsquo;indices cliniques en une d\u00e9cision diagnostique binaire (pr\u00e9sence\/absence).<\/li>\n<li><strong>Crit\u00e8re de retentissement fonctionnel :<\/strong> Exigence que les sympt\u00f4mes induisent une d\u00e9tresse cliniquement significative ou une alt\u00e9ration fonctionnelle majeure dans les sph\u00e8res sociale, professionnelle ou relationnelle.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8mes monoth\u00e9tiques contre polyth\u00e9tiques :<\/strong> Distinction entre les cat\u00e9gories n\u00e9cessitant la pr\u00e9sence obligatoire de tous les crit\u00e8res r\u00e9pertori\u00e9s (monoth\u00e9tique, rare en psychiatrie moderne) et celles autorisant des panachages variables de sympt\u00f4mes (polyth\u00e9tique, standard du DSM et de la CIM).<\/li>\n<li><strong>Typologie classique contre prototypique :<\/strong> La taxinomie classique exige des fronti\u00e8res imperm\u00e9ables et des membres \u00e9quivalents, tandis que l&rsquo;approche prototypique consid\u00e8re qu&rsquo;un diagnostic est pos\u00e9 par comparaison \u00e0 un tableau clinique id\u00e9al ou \u00ab prototype \u00bb, certains patients incarnant plus fid\u00e8lement la cat\u00e9gorie que d&rsquo;autres.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la m\u00e9canique cat\u00e9gorielle, examinons le diagnostic du trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 selon le DSM-5. Les crit\u00e8res exigent la pr\u00e9sence d&rsquo;au moins cinq sympt\u00f4mes parmi neuf r\u00e9pertori\u00e9s, pendant une p\u00e9riode minimale de deux semaines cons\u00e9cutives, incluant obligatoirement soit une humeur d\u00e9pressive, soit une perte d&rsquo;int\u00e9r\u00eat ou de plaisir (anh\u00e9donie). Si le patient A pr\u00e9sente six sympt\u00f4mes pendant quinze jours avec un retentissement notable, la cat\u00e9gorie \u00ab trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 \u00bb lui est formellement attribu\u00e9e. Si le patient B pr\u00e9sente quatre sympt\u00f4mes d&rsquo;intensit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re pendant la m\u00eame p\u00e9riode, la fronti\u00e8re cat\u00e9gorielle le place en dessous du seuil diagnostique : il est techniquement consid\u00e9r\u00e9 comme non atteint de cette affection, illustrant le ph\u00e9nom\u00e8ne du franchissement de seuil artificiel.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant se situe dans le domaine des troubles psychotiques et des troubles affectifs. Un clinicien recevant un individu pr\u00e9sentant des d\u00e9lires de pers\u00e9cution accompagn\u00e9s d&rsquo;oscillations s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;humeur doit op\u00e9rer un choix cat\u00e9goriel strict : s&rsquo;agit-il d&rsquo;une schizophr\u00e9nie, d&rsquo;un trouble bipolaire avec caract\u00e9ristiques psychotiques ou d&rsquo;un trouble schizo-affectif ? La classification cat\u00e9gorielle contraint le praticien \u00e0 trancher entre ces compartiments nosologiques distincts en \u00e9valuant la temporalit\u00e9 relative des sympt\u00f4mes psychotiques en l&rsquo;absence de troubles thymiques, bien que le tableau clinique puisse repr\u00e9senter un continuum neurobiologique mixte.<\/p>\n<p>Dans le champ p\u00e9diatrique, le diagnostic du trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH) fournit une troisi\u00e8me illustration. Le manuel prescrit la pr\u00e9sence d&rsquo;au moins six sympt\u00f4mes d&rsquo;inattention pour un enfant. Un enfant manifestant cinq sympt\u00f4mes s\u00e9v\u00e8res avec une souffrance scolaire ind\u00e9niable ne remplira pas la cat\u00e9gorie formelle, ce qui peut conditionner ou entraver son acc\u00e8s \u00e0 des am\u00e9nagements p\u00e9dagogiques sp\u00e9cifiques, mettant en exergue les cons\u00e9quences sociales tangibles de la logique binaire cat\u00e9gorielle.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La mise en \u0153uvre clinique et scientifique de la classification cat\u00e9gorielle s&rsquo;appuie sur des instruments standardis\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 maximiser la fid\u00e9lit\u00e9 inter-\u00e9valuateurs et \u00e0 r\u00e9duire la subjectivit\u00e9 interpr\u00e9tative de l&rsquo;examinateur. Ces instruments transforment le recueil s\u00e9miologique en algorithmes d\u00e9cisionnels rigoureux.<\/p>\n<p>Les entretiens diagnostiques structur\u00e9s et semi-structur\u00e9s constituent la cl\u00e9 de vo\u00fbte de cette mesure. Parmi les outils de r\u00e9f\u00e9rence internationale figurent le <em>Structured Clinical Interview for DSM<\/em> (SCID), le <em>Composite International Diagnostic Interview<\/em> (CIDI) con\u00e7u sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;OMS, et la <em>Mini International Neuropsychiatric Interview<\/em> (MINI). Ces protocoles guident le praticien \u00e0 travers une s\u00e9quence d&rsquo;interrogations pr\u00e9cises explorant chaque crit\u00e8re diagnostique successivement, avec des r\u00e8gles de saut (<em>skip rules<\/em>) lorsque les sympt\u00f4mes cardinaux initiaux sont absents.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des propri\u00e9t\u00e9s psychom\u00e9triques dans un cadre cat\u00e9goriel requiert des indicateurs statistiques sp\u00e9cifiques. La concordance entre deux cliniciens ind\u00e9pendants n&rsquo;est pas mesur\u00e9e par des corr\u00e9lations lin\u00e9aires, mais par le coefficient kappa de Cohen (ou kappa de Fleiss), qui \u00e9value l&rsquo;accord cat\u00e9goriel au-del\u00e0 de ce que le simple hasard pr\u00e9dirait. De m\u00eame, la performance des tests de d\u00e9pistage s&rsquo;\u00e9value en termes de sensibilit\u00e9 (capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9tecter les vrais positifs de la cat\u00e9gorie), de sp\u00e9cificit\u00e9 (capacit\u00e9 \u00e0 exclure les vrais n\u00e9gatifs) et de valeurs pr\u00e9dictives positive et n\u00e9gative d\u00e9pendant de la pr\u00e9valence du trouble au sein de la population cibl\u00e9e.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;omnipr\u00e9sence du mod\u00e8le cat\u00e9goriel s&rsquo;explique par sa rentabilit\u00e9 fonctionnelle indiscutable dans les structures de soins et les syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique. En milieu clinique, la d\u00e9signation d&rsquo;un trouble par un nom cat\u00e9goriel unique simplifie la transmission d&rsquo;informations entre soignants, facilite la tra\u00e7abilit\u00e9 dans les dossiers m\u00e9dicaux partag\u00e9s et oriente imm\u00e9diatement la prescription th\u00e9rapeutique sur la base des protocoles de recommandations de bonne pratique clinique.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9conomie de la sant\u00e9 et de l&rsquo;administration hospitali\u00e8re, la classification cat\u00e9gorielle est la pierre angulaire du codage m\u00e9dicosocial. Les syst\u00e8mes de facturation hospitali\u00e8re (comme la Tarification \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 ou T2A en France) et les bar\u00e8mes d&rsquo;invalidit\u00e9 des caisses d&rsquo;assurance maladie reposent exclusivement sur l&rsquo;imputation de codes de la CIM. L&rsquo;acc\u00e8s au remboursement de psychotropes co\u00fbteux ou \u00e0 la reconnaissance d&rsquo;un statut de travailleur handicap\u00e9 exige presque universellement une attestation diagnostique cat\u00e9gorielle.<\/p>\n<p>Sur le plan juridique et m\u00e9dicol\u00e9gal, les cours de justice exigent des cat\u00e9gories tranch\u00e9es pour appr\u00e9cier l&rsquo;imputabilit\u00e9 p\u00e9nale ou la responsabilit\u00e9 civile. Un magistrat demande aux experts psychiatres si l&rsquo;accus\u00e9 pr\u00e9sentait, au moment des faits, un trouble psychique ayant aboli ou alt\u00e9r\u00e9 son discernement. Les notions de responsabilit\u00e9, de tutelle, de curatelle ou d&rsquo;hospitalisation sans consentement s&rsquo;accommodent mal de gradations dimensionnelles diffuses et r\u00e9clament des d\u00e9signations nosologiques claires certifiant un \u00e9tat pathologique caract\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique quantitative s&rsquo;est massivement construite autour du paradigme cat\u00e9goriel au cours des quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies. Les essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s (ECR) \u00e9valuant l&rsquo;efficacit\u00e9 des mol\u00e9cules psychotropes ou des protocoles psychoth\u00e9rapeutiques s\u00e9lectionnent leurs participants sur la base de crit\u00e8res cat\u00e9goriels stricts afin de garantir l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des bras exp\u00e9rimentaux. Les m\u00e9ta-analyses compilent ensuite ces r\u00e9sultats en postulant que les cohortes diagnostiqu\u00e9es partagent le m\u00eame substrat morbide.<\/p>\n<p>Cependant, les avanc\u00e9es contemporaines de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie g\u00e9n\u00e9tique, de la neuro-imagerie fonctionnelle et de la biologie mol\u00e9culaire ont apport\u00e9 des preuves empiriques qui \u00e9branlent l&rsquo;architecture cat\u00e9gorielle classique. De vastes \u00e9tudes d&rsquo;association sur le g\u00e9nome entier (GWAS), coordonn\u00e9es notamment par le <em>Psychiatric Genomics Consortium<\/em>, ont mis en \u00e9vidence un chevauchement g\u00e9n\u00e9tique massif entre des cat\u00e9gories historiquement disjointes, telles que la schizophr\u00e9nie, le trouble bipolaire, le trouble d\u00e9pressif majeur, le trouble du spectre de l&rsquo;autisme et le TDAH. Ces donn\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent une pl\u00e9iotropie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, sugg\u00e9rant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique partag\u00e9e plut\u00f4t que des signatures g\u00e9n\u00e9tiques uniques correspondant \u00e0 des fronti\u00e8res discr\u00e8tes.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les \u00e9tudes de taxom\u00e9trie d\u00e9velopp\u00e9es par Paul Meehl et perfectionn\u00e9es par John Ruscio et ses coll\u00e8gues ont test\u00e9 empiriquement si les troubles mentaux poss\u00e8dent des distributions sous-jacentes taxiniques (cat\u00e9gorielles) ou dimensionnelles. Pour la grande majorit\u00e9 des affections examin\u00e9es \u2014 incluant la d\u00e9pression, les troubles anxieux et les troubles de la personnalit\u00e9 \u2014, les analyses de taxom\u00e9trie \u00e9chouent \u00e0 d\u00e9tecter des taxons discrets et concluent \u00e0 la pr\u00e9sence de variables latentes continues, remettant en cause la validit\u00e9 de construit du paradigme cat\u00e9goriel pur.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La projection universelle d&rsquo;une taxinomie cat\u00e9gorielle soul\u00e8ve des d\u00e9fis majeurs dans l&rsquo;exercice de la psychiatrie transculturelle. Les classifications internationales dominantes (DSM et CIM) sont n\u00e9es dans un contexte \u00e9pist\u00e9mique occidental, fond\u00e9 sur une vision individualiste de l&rsquo;esprit, une s\u00e9paration cart\u00e9sienne du corps et de la psych\u00e9, et une biom\u00e9dicalisation de la souffrance. Lorsqu&rsquo;elles sont appliqu\u00e9es de mani\u00e8re rigide dans des contextes culturels non occidentaux, ces cat\u00e9gories peuvent commettre ce qu&rsquo;Arthur Kleinman qualifie d&rsquo;\u00ab erreur de cat\u00e9gorie \u00bb (<em>category fallacy<\/em>) : r\u00e9ifier une construction diagnostique occidentale au sein d&rsquo;une population o\u00f9 les idiomes de la d\u00e9tresse, les cadres explicatifs spirituels et les somatisations ob\u00e9issent \u00e0 des logiques profond\u00e9ment diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Les syndromes d\u00e9pendants de la culture (d\u00e9sormais r\u00e9pertori\u00e9s comme concepts culturels de la d\u00e9tresse dans le DSM-5), tels que l&rsquo;<em>ataque de nervios<\/em> en Am\u00e9rique latine, le <em>taijin kyofusho<\/em> au Japon ou le <em>koro<\/em> en Asie du Sud-Est, ont souvent \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9s ou contraints d&rsquo;entrer de force dans les cat\u00e9gories pr\u00e9existantes de panique, de phobie sociale ou de d\u00e9lire corporel. L&rsquo;approche cat\u00e9gorielle tend \u00e0 homog\u00e9n\u00e9iser les manifestations cliniques en n\u00e9gligeant l&rsquo;importance du contexte \u00e9cosyst\u00e9mique, communautaire et rituel dans lequel la d\u00e9tresse s&rsquo;exprime et se r\u00e9sout.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cet \u00e9cueil, les cliniciens transculturels pr\u00e9conisent l&rsquo;usage de cadres d&rsquo;\u00e9valuation enrichis, \u00e0 l&rsquo;instar du Guide d&rsquo;entretien pour la formulation culturelle (GEFC) introduit dans le DSM-5. Cet am\u00e9nagement tente de moduler la rigidit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tiquetage cat\u00e9goriel en explorant l&rsquo;influence des trajectoires migratoires, des appartenances identitaires, de la stigmatisation et des repr\u00e9sentations culturelles de la maladie sur l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue du sujet.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La classification cat\u00e9gorielle fait face \u00e0 un faisceau de critiques substantielles \u00e9manant \u00e0 la fois de la clinique, de la m\u00e9thodologie statistique et de la philosophie des sciences. Trois limites majeures dominent le d\u00e9bat contemporain :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9side dans le probl\u00e8me ubiquitaire de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Comorbidit%C3%A9\">comorbidit\u00e9<\/a> diagnostique. Dans la pratique quotidienne, un pourcentage \u00e9crasant de patients se voit attribuer plusieurs \u00e9tiquettes nosologiques simultan\u00e9ment (par exemple, d\u00e9pression associ\u00e9e \u00e0 un trouble panique et \u00e0 une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e). Alors que la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale consid\u00e8re la comorbidit\u00e9 comme la rencontre exceptionnelle de deux pathologies distinctes chez un m\u00eame h\u00f4te, en psychiatrie cat\u00e9gorielle, elle constitue la norme statistique. Cette inflation de cooccurrences sugg\u00e8re que le syst\u00e8me d\u00e9coupe de mani\u00e8re artificielle en entit\u00e9s multiples ce qui repr\u00e9sente en r\u00e9alit\u00e9 un syndrome unifi\u00e9 ou un spectre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d&rsquo;affectivit\u00e9 n\u00e9gative.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me limite fondamentale est l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 intradiagnostique. En raison de la r\u00e8gle polyth\u00e9tique, deux patients recevant le m\u00eame diagnostic de trouble d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 peuvent ne partager qu&rsquo;un seul sympt\u00f4me en commun, ou deux patients souffrant d&rsquo;un trouble de la personnalit\u00e9 borderline peuvent pr\u00e9senter des tableaux cliniques aux manifestations radicalement oppos\u00e9es. Cette dispersion remet en cause l&rsquo;utilit\u00e9 des cat\u00e9gories pour la recherche \u00e9tiologique, car l&rsquo;agr\u00e9gation de profils disparates sous un m\u00eame label dilue les signaux biologiques et th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me limite concerne l&rsquo;omnipr\u00e9sence des cat\u00e9gories r\u00e9siduelles de type \u00ab trouble non sp\u00e9cifi\u00e9 \u00bb (TNS) ou \u00ab autre trouble sp\u00e9cifi\u00e9 \u00bb. Lorsqu&rsquo;un clinicien examine des patients qui souffrent intens\u00e9ment sans satisfaire le seuil pr\u00e9cis requis pour une cat\u00e9gorie formelle, il est contraint d&rsquo;utiliser ces \u00e9tiquettes poubelles, qui repr\u00e9sentent paradoxalement l&rsquo;une des sorties diagnostiques les plus fr\u00e9quemment utilis\u00e9es en pratique r\u00e9elle. De plus, les critiques soulignent les effets iatrog\u00e8nes de la stigmatisation sociale associ\u00e9e aux \u00e9tiquettes cat\u00e9gorielles r\u00e9ifiantes, ainsi que les risques de surdiagnostic encourag\u00e9s par l&rsquo;abaissement successif des seuils nosographiques sous la pression de l&rsquo;industrie pharmaceutique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier l&rsquo;identit\u00e9 nosologique de la classification cat\u00e9gorielle, il convient de la confronter analytiquement aux paradigmes concurrents ou compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Classification dimensionnelle :<\/strong> Contrairement \u00e0 l&rsquo;approche cat\u00e9gorielle discontinue, le mod\u00e8le dimensionnel conceptualise la psychopathologie le long de continuums d&rsquo;intensit\u00e9 sans rupture qualitative entre le fonctionnement sain et le dysfonctionnement. Les individus sont \u00e9valu\u00e9s selon leur positionnement quantitatif sur des axes fondamentaux (par exemple, le n\u00e9vrosisme, l&rsquo;extraversion ou les dimensions de la personnalit\u00e9 du mod\u00e8le en cinq facteurs).<\/li>\n<li><strong>Approche spectrale :<\/strong> Mod\u00e8le interm\u00e9diaire int\u00e9grant un groupe de manifestations cliniques apparent\u00e9es sous forme de spectre continu (par exemple, le spectre de l&rsquo;autisme ou le spectre de la schizophr\u00e9nie), reliant des formes infracliniques ou att\u00e9nu\u00e9es \u00e0 des pr\u00e9sentations s\u00e9v\u00e8res, d\u00e9passant ainsi le cloisonnement cat\u00e9goriel binaire.<\/li>\n<li><strong>Mod\u00e8le en r\u00e9seaux (<em>Network approach<\/em>) :<\/strong> Perspective alternative th\u00e9oris\u00e9e par Denny Borsboom, qui rejette l&rsquo;existence d&rsquo;une maladie sous-jacente causant les sympt\u00f4mes. Les troubles mentaux sont ici conceptualis\u00e9s non comme des cat\u00e9gories latentes, mais comme des r\u00e9seaux dynamiques de sympt\u00f4mes s&rsquo;activant et se maintenant mutuellement par des r\u00e9troactions de causalit\u00e9 directe (ex. l&rsquo;insomnie cause la fatigue, qui g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;irritabilit\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Hi\u00e9rarchie quantitative (ex. HiTOP) :<\/strong> Le consortium <em>Hierarchical Taxonomy of Psychopathology<\/em> propose une structuration reposant sur une analyse factorielle ascendante des sympt\u00f4mes, organis\u00e9e en spectres g\u00e9n\u00e9raux (internalis\u00e9, externalis\u00e9, pens\u00e9e d\u00e9structur\u00e9e) plut\u00f4t qu&rsquo;en cat\u00e9gories isol\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Crit\u00e8res des domaines de recherche (RDoC) :<\/strong> Cadre initi\u00e9 par le <em>National Institute of Mental Health<\/em> (NIMH) am\u00e9ricain, d\u00e9laissant totalement les cat\u00e9gories cliniques traditionnelles au profit de dimensions neurobiologiques et comportementales (syst\u00e8mes de valence n\u00e9gative, processus cognitifs) traversant l&rsquo;ensemble de la nosologie conventionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La classification cat\u00e9gorielle a constitu\u00e9 une \u00e9tape fondatrice et structurante pour l&rsquo;av\u00e8nement de la psychiatrie fond\u00e9e sur les preuves et la standardisation de la pratique clinique internationale. En transformant des observations subjectives en crit\u00e8res explicites et d\u00e9limit\u00e9s, elle a permis d&rsquo;accro\u00eetre consid\u00e9rablement la fid\u00e9lit\u00e9 diagnostique, d&rsquo;\u00e9tablir un socle commun de communication pour la recherche internationale et d&rsquo;offrir une armature robuste pour la gestion administrative et m\u00e9dicol\u00e9gale des soins.<\/p>\n<p>Toutefois, la convergence des donn\u00e9es issues de la g\u00e9n\u00e9tique, de la taxom\u00e9trie et des neurosciences a mis en lumi\u00e8re ses faiblesses structurelles majeures : comorbidit\u00e9 end\u00e9mique, h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interne vertigineuse, artificialit\u00e9 des seuils et r\u00e9ification d&rsquo;entit\u00e9s sans substrat physiopathologique exclusif. L&rsquo;avenir de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Taxinomie\">taxinomie<\/a> psychopathologique s&rsquo;oriente ainsi vers des mod\u00e8les hybrides unissant la clart\u00e9 pragmatique de la d\u00e9cision cat\u00e9gorielle aux nuances empiriques des cartographies dimensionnelles et computationnelles.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425596<\/a><\/li>\n<li>Borsboom, D. (2017). A network approach to psychopathology. <em>World Psychiatry<\/em>, 16(1), 5\u201313. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/wps.20375\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/wps.20375<\/a><\/li>\n<li>Kotov, R., Krueger, R. F., Watson, D., Achenbach, T. M., Althoff, R. R., Bagby, R. M., Brown, T. A., Carpenter, W. T., Caspi, A., Clark, L. A., Eaton, N. R., Forbes, M. K., Forbush, K. T., Goldberg, D., Hasin, D., Hyman, S. E., Ivanova, M. Y., Lynam, D. R., Markon, K., \u2026 Zimmerman, M. (2017). The Hierarchical Taxonomy of Psychopathology (HiTOP): A dimensional alternative to empirical classification of depression and anxiety. <em>Journal of Abnormal Psychology<\/em>, 126(4), 454\u2013477. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/abn0000258\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/abn0000258<\/a><\/li>\n<li>Kraepelin, E. (1899). <em>Psychiatrie: Ein Lehrbuch f\u00fcr Studirende und Aerzte<\/em> (6th ed.). Johann Ambrosius Barth.<\/li>\n<li>Robins, E., &#038; Guze, S. B. (1970). Establishment of diagnostic validity in psychiatric illness: Its application to schizophrenia. <em>American Journal of Psychiatry<\/em>, 126(7), 983\u2013987. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.126.7.983\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.126.7.983<\/a><\/li>\n<li>Spitzer, R. L., Endicott, J., &#038; Robins, E. (1978). Research diagnostic criteria: Rationale and reliability. <em>Archives of General Psychiatry<\/em>, 35(6), 773\u2013782. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1978.01770300115013\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archpsyc.1978.01770300115013<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les fondements, l&rsquo;histoire et les controverses de la classification cat\u00e9gorielle en psychiatrie : principes diagnostiques, limites et mod\u00e8les alternatifs.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[28527,9887,859],"tags":[38668,7428,1076,27524,16,4052],"class_list":["post-22863","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-evaluation-diagnostique","category-nosologie","category-psychopathologie","tag-classification-categorielle","tag-diagnostic-psychiatrique","tag-dsm-5","tag-nosologie","tag-psychometrie","tag-psychopathologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22863\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}