{"id":22854,"date":"2026-10-28T02:20:21","date_gmt":"2026-10-28T02:20:21","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=stupeur-catatonique-immobilite-psychomotrice"},"modified":"2026-10-28T02:20:21","modified_gmt":"2026-10-28T02:20:21","slug":"stupeur-catatonique-immobilite-psychomotrice","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=stupeur-catatonique-immobilite-psychomotrice","title":{"rendered":"Stupeur catatonique : L&rsquo;immobilit\u00e9 psychomotrice"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement complexe de la neurologie motrice et de la psychopathologie aigu\u00eb, la stupeur catatonique repr\u00e9sente l&rsquo;une des manifestations cliniques les plus frappantes et \u00e9nigmatiques de la m\u00e9decine contemporaine. Caract\u00e9ris\u00e9e par une suspension apparente de l&rsquo;initiative motrice et de la communication verbale face \u00e0 une conscience vigile pourtant pr\u00e9serv\u00e9e, cette condition transcende les fronti\u00e8res diagnostiques traditionnelles pour constituer une urgence m\u00e9dicale majeure. Comprendre les m\u00e9canismes sous-jacents, l&rsquo;\u00e9valuation s\u00e9miologique minutieuse et les protocoles th\u00e9rapeutiques d&rsquo;intervention imm\u00e9diate constitue un enjeu fondamental pour pr\u00e9server le pronostic vital et fonctionnel des individus affect\u00e9s.<\/p>\n<h2>Stupeur catatonique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>stupeur catatonique<\/strong> se d\u00e9finit cliniquement comme un \u00e9tat d&rsquo;immobilit\u00e9 psychomotrice profonde, marqu\u00e9 par une r\u00e9duction substantielle ou une abolition compl\u00e8te de l&rsquo;activit\u00e9 motrice spontan\u00e9e et r\u00e9active, un mutisme quasi absolu et une absence apparente de r\u00e9ponse aux stimuli environnementaux, en l&rsquo;absence de coma ou d&rsquo;atteinte neurologique focale destructrice. Bien que l&rsquo;individu demeure \u00e9veill\u00e9, les yeux souvent ouverts et fix\u00e9s dans le vide, sa capacit\u00e9 \u00e0 interagir avec le monde ext\u00e9rieur semble suspendue de fa\u00e7on dramatique.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, cet \u00e9tat stuporeux ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une paralysie musculaire d&rsquo;origine p\u00e9riph\u00e9rique ni d&rsquo;une perte d&rsquo;efficience m\u00e9canique, mais plut\u00f4t d&rsquo;une perturbation s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;initiation, du contr\u00f4le et de la coordination de la volont\u00e9 motrice au sein du syst\u00e8me nerveux central. Contrairement aux apparences de d\u00e9tachement total, le sujet en \u00e9tat de stupeur catatonique conserve fr\u00e9quemment un enregistrement sensoriel et affectif aigu des \u00e9v\u00e9nements environnants, rapportant a posteriori une d\u00e9tresse psychique intense, des ruminations anxiog\u00e8nes envahissantes ou une sensation d&rsquo;inhibition insurmontable.<\/p>\n<p>Dans les nosographies psychiatriques modernes, telles que le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) et la Classification internationale des maladies (CIM-11), la stupeur constitue l&rsquo;un des crit\u00e8res cardinaux pour caract\u00e9riser le syndrome de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Catatonie\">catatonie<\/a>. Elle peut \u00e9merger de mani\u00e8re transnosographique au sein de troubles de l&rsquo;humeur s\u00e9v\u00e8res (notamment la d\u00e9pression bipolaire ou unipolaire \u00e0 caract\u00e9ristiques psychotiques), de troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie, ainsi que de multiples affections m\u00e9dicales d&rsquo;origine toxique, m\u00e9tabolique, auto-immune ou infectieuse.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab stupeur \u00bb puise ses racines directement dans la langue latine classique, d\u00e9rivant du substantif <em>stupor<\/em>, qui d\u00e9signe l&rsquo;engourdissement, l&rsquo;insensibilit\u00e9, l&rsquo;immobilit\u00e9 subite ou la paralysie provoqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tonnement ou la terreur. Ce substantif est lui-m\u00eame rattach\u00e9 au verbe <em>stupere<\/em>, signifiant \u00ab \u00eatre frapp\u00e9 d&rsquo;immobilit\u00e9 \u00bb, \u00ab \u00eatre engourdi \u00bb ou \u00ab rester sans voix \u00bb, traduisant une interruption brutale du mouvement et de la parole sous l&rsquo;effet d&rsquo;une force ext\u00e9rieure ou d&rsquo;un choc psychique.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab catatonique \u00bb trouve pour sa part ses origines dans le grec ancien. Il s&rsquo;est constitu\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe <em>kata-<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac), qui connote un mouvement descendant, une intensit\u00e9 accrue ou un \u00e9tat complet d&rsquo;ach\u00e8vement, combin\u00e9 au substantif <em>tonos<\/em> (\u03c4\u03cc\u03bd\u03bf\u03c2), d\u00e9signant la tension, le tonus, la corde tendue ou la vigueur musculaire. Dans son acception litt\u00e9rale, le terme sugg\u00e8re une tension corporelle exacerb\u00e9e, fig\u00e9e vers le bas ou totalement bloqu\u00e9e, refl\u00e9tant l&rsquo;hypertonie et la posture rigide observ\u00e9es chez les patients.<\/p>\n<p>L&rsquo;alliance terminologique a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e et immortalis\u00e9e dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale germanophone par le psychiatre allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Karl_Ludwig_Kahlbaum\">Karl Ludwig Kahlbaum<\/a> en 1874 au sein de sa monographie pionni\u00e8re intitul\u00e9e <em>Die Katatonie oder das Spannungsirresein<\/em> (\u00ab La catatonie ou la folie tonique \u00bb). Kahlbaum a pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9crit la stupeur comme la phase acm\u00e9ique de cette pathologie unitaire, caract\u00e9ris\u00e9e par une raideur musculaire pathologique et un blocage de l&rsquo;expression communicative, fondant ainsi les bases de la s\u00e9miologie motrice en psychopathologie.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la transcription de l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International : \/sty.p\u0153\u0281 ka.ta.t\u0254.nik\/. Elle s&#8217;emploie selon le genre grammatical f\u00e9minin (\u00ab la stupeur catatonique \u00bb) et se compose d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin singulier qualifi\u00e9 par un adjectif relationnel invariant en genre.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, la locution s&rsquo;utilise principalement comme un syntagme nominal autonome d\u00e9signant une entit\u00e9 clinique ou un \u00e9tat transitoire : \u00ab Le patient a bascul\u00e9 dans une stupeur catatonique prolong\u00e9e \u00bb. Il est courant de rencontrer des d\u00e9clinaisons verbales ou participiales dans les comptes rendus d&rsquo;hospitalisation, telles que \u00ab le sujet est stuporeux \u00bb ou \u00ab un tableau catatonique stuporeux \u00bb, oppos\u00e9 aux \u00e9tats \u00ab d&rsquo;excitation catatonique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la stupeur catatonique dans toute sa profondeur, il est indispensable de d\u00e9passer la simple observation passive de l&rsquo;immobilit\u00e9 corporelle. La stupeur n&rsquo;est pas une simple absence de mouvement, mais une alt\u00e9ration active et paradoxale de la volition et de la motricit\u00e9 intentionnelle. Le patient stuporeux n&rsquo;est ni endormi ni comateux : ses fonctions v\u00e9g\u00e9tatives sont autonomes, ses paupi\u00e8res s&rsquo;ouvrent spontan\u00e9ment ou en r\u00e9action \u00e0 des bruits soudains, et ses globes oculaires peuvent suivre des trajectoires erratiques ou fixer intens\u00e9ment un point sans clignement r\u00e9gulier des paupi\u00e8res.<\/p>\n<p>Le spectre clinique de cet \u00e9tat englobe une triade fondamentale associant immobilit\u00e9, mutisme et hypor\u00e9activit\u00e9. L&rsquo;immobilit\u00e9 peut se manifester sous forme d&rsquo;une akin\u00e9sie compl\u00e8te o\u00f9 le sujet demeure dans une posture identique durant des heures, voire des jours entiers, ignorant les sollicitations physiques, la faim, la soif ou les imp\u00e9ratifs sphinct\u00e9riens \u00e9l\u00e9mentaires. Ce blocage moteur s&rsquo;accompagne d&rsquo;une absence totale ou quasi totale de production verbale articul\u00e9e (mutisme), alors m\u00eame que les organes bucco-phonateurs et les voies cortico-bulbaires ne pr\u00e9sentent aucune l\u00e9sion structurelle p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>Un ph\u00e9nom\u00e8ne corollaire fascinant r\u00e9side dans l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du tonus musculaire associ\u00e9e \u00e0 cette immobilit\u00e9. Chez de nombreux patients, la stupeur s&rsquo;associe \u00e0 la catalepsie et \u00e0 la flexibilit\u00e9 cireuse (<em>flexibilitas cerea<\/em>), o\u00f9 l&rsquo;examinateur per\u00e7oit une r\u00e9sistance plastique constante en mobilisant passivement les membres du patient, semblable \u00e0 la d\u00e9formation d&rsquo;une bougie en cire. Le patient peut ensuite maintenir ind\u00e9finiment la position conf\u00e9r\u00e9e par le praticien, d\u00e9fiant les lois de la fatigue musculaire physiologique, un signe \u00e9galement d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de catalepsie posturale. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, certains tableaux stuporeux exhibent un n\u00e9gativisme moteur rigide, o\u00f9 toute tentative d&rsquo;induction d&rsquo;un mouvement passif se heurte \u00e0 une force d&rsquo;opposition rigide et proportionnelle exerc\u00e9e par le patient (<em>gegenhalten<\/em>).<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de la stupeur catatonique la distinguent fondamentalement des syndromes de d\u00e9saff\u00e9rentation motrice pure. Alors que dans le syndrome de verrouillage (<em>locked-in syndrome<\/em>), le cortex moteur p\u00e9riph\u00e9rique et les voies pyramidales sont sectionn\u00e9s au niveau du pont c\u00e9r\u00e9bral mais que le traitement cognitif et la volont\u00e9 d&rsquo;agir restent intacts et communicables par le regard vertical, le patient catatonique subit un dysfonctionnement des boucles d&rsquo;initiation cortico-striatales qui unissent la d\u00e9cision cognitive \u00e0 l&rsquo;activation motrice. Le probl\u00e8me ne r\u00e9side pas dans l&rsquo;ex\u00e9cution finale de la commande par le nerf p\u00e9riph\u00e9rique, mais dans la programmation, la motivation motrice et le d\u00e9verrouillage de l&rsquo;inhibition corticale.<\/p>\n<p>Enfin, la stupeur catatonique ne doit pas \u00eatre con\u00e7ue comme un ph\u00e9nom\u00e8ne fig\u00e9 de fa\u00e7on immuable. Elle est caract\u00e9ris\u00e9e par une instabilit\u00e9 dynamique latente : \u00e0 tout moment, un patient plong\u00e9 dans une stupeur apparemment totale peut soudainement basculer, sans signe annonciateur \u00e9vident, dans une phase de fureur ou d&rsquo;agitation catatonique paroxystique d&rsquo;une violence extr\u00eame. Cette alternance brutale souligne que la stupeur et l&rsquo;excitation motrice repr\u00e9sentent deux polarit\u00e9s d&rsquo;une m\u00eame alt\u00e9ration sous-jacente du contr\u00f4le moteur et ex\u00e9cutif c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>Bien que des \u00e9tats de catalepsie et de stupeur m\u00e9lancolique aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 par Hippocrate, Ar\u00e9t\u00e9e de Cappadoce et plus tard par les ali\u00e9nistes fran\u00e7ais du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle comme Jean-\u00c9tienne Esquirol, c&rsquo;est \u00e0 la psychiatrie clinique allemande que l&rsquo;on doit la syst\u00e9matisation moderne de la stupeur catatonique. En 1874, Karl Ludwig Kahlbaum isole la catatonie non pas comme un simple sympt\u00f4me, mais comme une maladie mentale autonome \u00e0 \u00e9volution cyclique, associant des perturbations motrices caract\u00e9ristiques, des \u00e9tats stuporeux, des manifestations m\u00e9lancoliques et des phases d&rsquo;agitation maniaque.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, la psychiatrie descriptive conna\u00eet un tournant majeur sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;Emil Kraepelin. Dans la sixi\u00e8me \u00e9dition de son c\u00e9l\u00e8bre trait\u00e9 de psychiatrie (1899), Kraepelin int\u00e8gre la catatonie au sein de sa vaste entit\u00e9 pronostique : la d\u00e9mence pr\u00e9coce (<em>dementia praecox<\/em>), aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;h\u00e9b\u00e9phr\u00e9nie et de la forme parano\u00efde. Cette d\u00e9cision nosographique a eu un impact retentissant : durant pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle, la stupeur catatonique a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e au rang de simple sous-type \u00e9volutif d&rsquo;une psychose schizophr\u00e9nique chronique et incurable, occultant la possibilit\u00e9 qu&rsquo;elle puisse r\u00e9sulter d&rsquo;autres \u00e9tiologies.<\/p>\n<p>Eugen Bleuler, en forgeant le concept de schizophr\u00e9nie en 1911, a consolid\u00e9 la vision kraepelinienne en maintenant la catatonie parmi les sous-groupes classiques de la schizophr\u00e9nie, bien qu&rsquo;il ait reconnu la pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes moteurs chez des patients atteints de troubles affectifs. Parall\u00e8lement, des neuropathologistes comme Constantin von Economo ont d\u00e9crit, lors de l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie d&rsquo;enc\u00e9phalite l\u00e9thargique des ann\u00e9es 1917-1925, des tableaux cliniques frappants de stupeur et de parkinsonisme post-enc\u00e9phalitique, d\u00e9montrant sans \u00e9quivoque que des atteintes organiques et inflammatoires des ganglions de la base pouvaient induire une s\u00e9miologie catatonique indiff\u00e9renciable des formes psychiatriques pures.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, un changement de paradigme radical s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 sous l&rsquo;impulsion de cliniciens nord-am\u00e9ricains, notamment Max Fink et Michael Alan Taylor. Leurs travaux empiriques rigoureux ont mis en lumi\u00e8re que la grande majorit\u00e9 des syndromes catatoniques se manifestent au cours de troubles de l&rsquo;humeur majeurs (bipolarit\u00e9, d\u00e9pression m\u00e9lancolique) plut\u00f4t que de la schizophr\u00e9nie, et qu&rsquo;ils r\u00e9pondent de mani\u00e8re spectaculaire \u00e0 des traitements biologiques sp\u00e9cifiques comme l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie et les benzodiaz\u00e9pines. Cette renaissance a culmin\u00e9 dans le DSM-5 (2013), qui a officiellement supprim\u00e9 le sous-type de schizophr\u00e9nie catatonique pour faire de la catatonie un sp\u00e9cificateur transnosographique et un syndrome clinique ind\u00e9pendant.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan neurobiologique et physiopathologique, la stupeur catatonique est comprise aujourd&rsquo;hui comme une d\u00e9r\u00e9gulation s\u00e9v\u00e8re des boucles cortico-sous-corticales reliant les aires pr\u00e9frontales m\u00e9diales, le cortex orbitofrontal, les ganglions de la base et le thalamus. Les mod\u00e8les contemporains sugg\u00e8rent une d\u00e9faillance aigu\u00eb du syst\u00e8me d&rsquo;inhibition et d&rsquo;initiation motrice orchestr\u00e9 par les neurotransmetteurs GABA (acide gamma-aminobutyrique), dopamine et glutamate.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se GABAergique constitue la pierre angulaire de ce mod\u00e8le. L&rsquo;hypoactivit\u00e9 des r\u00e9cepteurs GABA-A au niveau du cortex orbitofrontal et du cortex moteur suppl\u00e9mentaire semble d\u00e9sinhiber les structures sous-corticales ou bloquer l&rsquo;int\u00e9gration des ordres moteurs volontaires. Cette th\u00e9orie est solidement \u00e9tay\u00e9e par la r\u00e9versibilit\u00e9 spectaculaire et quasi imm\u00e9diate des sympt\u00f4mes stuporeux lors de l&rsquo;administration d&rsquo;agonistes des r\u00e9cepteurs GABA-A, tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loraz%C3%A9pam\">loraz\u00e9pam<\/a>. En parall\u00e8le, une baisse brutale de la transmission dopaminergique au sein des voies nigro-stri\u00e9es et m\u00e9socorticales explique les analogies cliniques frappantes entre la stupeur catatonique s\u00e9v\u00e8re et le syndrome malin des neuroleptiques, o\u00f9 les antagonistes dopaminergiques d\u00e9clenchent ou aggravent le tableau moteur.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychopathologique, plusieurs th\u00e9ories cherchent \u00e0 \u00e9clairer le v\u00e9cu subjectif du patient stuporeux. Georg Northoff a propos\u00e9 une th\u00e9orie neuroconceptuelle selon laquelle la catatonie repr\u00e9sente une surcharge \u00e9motionnelle massive incontr\u00f4l\u00e9e, domin\u00e9e par une terreur existentielle paralysante. Incapable de moduler ou de traiter des affects anxieux extr\u00eames g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par une hyperactivation de l&rsquo;amygdale, le cerveau activerait une r\u00e9ponse archa\u00efque d&rsquo;immobilisation d\u00e9fensive, semblable au r\u00e9flexe de thanatose (feindre la mort) observ\u00e9 chez de nombreuses esp\u00e8ces animales face \u00e0 une menace per\u00e7ue comme in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychanalyse et de la ph\u00e9nom\u00e9nologie clinique, la stupeur a souvent \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme un retrait absolu de l&rsquo;investissement du monde objectal. Dans cette optique, l&rsquo;inhibition motrice et le mutisme repr\u00e9sentent un m\u00e9canisme de d\u00e9fense radical contre l&rsquo;effondrement psychique ou une angoisse de morcellement indicible. Le sujet se fige pour pr\u00e9server son int\u00e9grit\u00e9 subjective menac\u00e9e de d\u00e9sagr\u00e9gation, \u00e9rigeant une armure corporelle inexpugnable contre les intrusions pers\u00e9cutrices de l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La stupeur catatonique ne s&rsquo;exprime pas comme une entit\u00e9 isol\u00e9e mais s&rsquo;articule autour d&rsquo;un ensemble de signes moteurs, comportementaux et autonomes que l&rsquo;on regroupe traditionnellement selon plusieurs composantes fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;akin\u00e9sie et l&rsquo;hypokin\u00e9sie majeure :<\/strong> R\u00e9duction drastique des mouvements spontan\u00e9s corporels, faciaux et oculaires ; absence de gestes d&rsquo;ajustement postural naturel en position assise ou couch\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le mutisme complet :<\/strong> Absence totale de verbalisation articul\u00e9e, persistante m\u00eame lors des tentatives d&rsquo;interrogatoire pressantes, souvent accompagn\u00e9e d&rsquo;une conservation de la compr\u00e9hension langagi\u00e8re passive.<\/li>\n<li><strong>La catalepsie et le maintien des postures :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 conserver involontairement des postures inconfortables, non naturelles ou asym\u00e9triques contre la gravit\u00e9, induites ou non par l&rsquo;examinateur (signe de l&rsquo;oreiller psychique o\u00f9 la t\u00eate reste sur\u00e9lev\u00e9e \u00e0 quelques centim\u00e8tres du lit).<\/li>\n<li><strong>La flexibilit\u00e9 cireuse :<\/strong> R\u00e9sistance plastique uniforme et ductile ressentie par le clinicien lors de la mobilisation passive des segments de membres, sans \u00e0-coups spastiques ni ph\u00e9nom\u00e8ne de roue dent\u00e9e parkinsonienne franc.<\/li>\n<li><strong>Le n\u00e9gativisme psychomoteur :<\/strong> Opposition motrice active ou passive aux requ\u00eates de l&rsquo;examinateur ; le patient r\u00e9siste aux mouvements impos\u00e9s avec une force \u00e9quivalente \u00e0 celle appliqu\u00e9e, ou r\u00e9alise exactement le contraire de ce qui lui est demand\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le regard fixe et la fixit\u00e9 mimique :<\/strong> Regard vide non clignant, sans prosodie \u00e9motionnelle faciale visible, traduisant une suspension de la communication non verbale (amimie catatonique).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9cho-ph\u00e9nom\u00e9nologie et l&rsquo;ob\u00e9issance automatique :<\/strong> Bien que plus fr\u00e9quents dans d&rsquo;autres formes de catatonie, des \u00e9pisodes brefs d&rsquo;\u00e9chopraxie (imitation en miroir des gestes d&rsquo;autrui) ou d&rsquo;\u00e9cholalie peuvent interrompre bri\u00e8vement l&rsquo;inhibition stuporeuse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan dimensionnel et nosologique, les sp\u00e9cialistes distinguent deux sous-types \u00e9volutifs critiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La stupeur catatonique non maligne (ou b\u00e9nigne) :<\/strong> Le profil moteur d&rsquo;immobilit\u00e9 pr\u00e9domine sans dysautonomie physiologique majeure ; les param\u00e8tres vitaux demeurent stables en dehors des complications li\u00e9es au d\u00e9cubitus prolong\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La catatonie maligne (ou l\u00e9thale) :<\/strong> Forme gravissime caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;apparition soudaine d&rsquo;une d\u00e9faillance du syst\u00e8me nerveux autonome associ\u00e9e \u00e0 la stupeur, comportant une hyperthermie maligne inexpliqu\u00e9e, une labilit\u00e9 tensionnelle, une tachycardie, une diaphor\u00e8se profuse et un risque imminent de collapsus cardiovasculaire et de d\u00e9faillance multivisc\u00e9rale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de cette pathologie, deux cas arch\u00e9typiques permettent d&rsquo;illustrer la diversit\u00e9 \u00e9tiologique et s\u00e9miologique de la stupeur catatonique.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Stupeur catatonique dans le cadre d&rsquo;un trouble de l&rsquo;humeur majeur<\/strong><br \/>Mme B., 34 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques notables, est admise en service d&rsquo;urgences psychiatriques apr\u00e8s avoir cess\u00e9 progressivement de s&rsquo;alimenter et de s&rsquo;exprimer au cours des deux semaines pr\u00e9c\u00e9dant son admission, sur fond d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 par une culpabilit\u00e9 d\u00e9lirante. \u00c0 l&rsquo;examen, Mme B. est allong\u00e9e sur son brancard, le regard riv\u00e9 au plafond, sans clignement spontan\u00e9 des yeux. Elle ne r\u00e9pond \u00e0 aucune question orale, ni par la voix ni par signe de t\u00eate. Lorsque l&rsquo;examinateur soul\u00e8ve son bras droit pour v\u00e9rifier la pr\u00e9sence d&rsquo;une hypotonie, le membre reste fig\u00e9 en l&rsquo;air dans la position exacte o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9, pendant plus de vingt minutes sans tremblement visible (catalepsie posturale). Les analyses biologiques de base sont normales. Apr\u00e8s un test diagnostic au loraz\u00e9pam intraveineux (2 mg), la patiente esquisse un premier clignement oculaire au bout de quinze minutes, commence \u00e0 s&rsquo;hydrater et parvient \u00e0 exprimer en quelques phrases br\u00e8ves une angoisse indicible de damnation \u00e9ternelle qui la bloquait de l&rsquo;int\u00e9rieur. Ce tableau illustre la r\u00e9ponse \u00e9lective de la stupeur catatonique d&rsquo;origine affective aux benzodiaz\u00e9pines.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Stupeur catatonique secondaire d&rsquo;origine auto-immune<\/strong><br \/>M. T., 21 ans, \u00e9tudiant sans ant\u00e9c\u00e9dent m\u00e9dical, d\u00e9veloppe des c\u00e9phal\u00e9es, des mouvements anormaux orofaciaux et des fluctuations thymiques rapides, suivis en quelques jours d&rsquo;une plong\u00e9e brutale dans une stupeur akin\u00e9tique profonde avec refus per os total. Il pr\u00e9sente un signe de l&rsquo;oreiller psychique : sa t\u00eate reste suspendue \u00e0 cinq centim\u00e8tres au-dessus du matelas durant une heure enti\u00e8re. Cependant, contrairement au cas pr\u00e9c\u00e9dent, une tachycardie sinusale \u00e0 130 battements par minute et des pouss\u00e9es f\u00e9briles \u00e0 38,8 \u00b0C apparaissent sans foyer infectieux d\u00e9celable. Les explorations neurologiques approfondies r\u00e9v\u00e8lent la pr\u00e9sence d&rsquo;anticorps anti-r\u00e9cepteurs NMDA dans le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal, signant une enc\u00e9phalite auto-immune se manifestant principalement sous une forme catatonique stuporeuse maligne. Le traitement par immunoglobulines intraveineuses et plasmaph\u00e9r\u00e8se, associ\u00e9 \u00e0 une prise en charge en soins intensifs, a permis la r\u00e9mission progressive du blocage psychomoteur.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse d&rsquo;un \u00e9tat stuporeux exige une approche standardis\u00e9e reposant sur des \u00e9chelles cliniques valid\u00e9es au niveau international. L&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence absolue est l&rsquo;<strong>\u00c9chelle de Catatonie de Bush-Francis (Bush-Francis Catatonia Rating Scale ou BFCRS)<\/strong>. Cette \u00e9chelle comprend 23 items gradu\u00e9s de 0 \u00e0 3, \u00e9valuant l&rsquo;immobilit\u00e9, le mutisme, le regard fixe, la posture prolong\u00e9e, la flexibilit\u00e9 cireuse, le n\u00e9gativisme, l&rsquo;\u00e9chopraxie, l&rsquo;ob\u00e9issance automatique et les signes autonomes. Les 14 premiers items constituent un instrument de d\u00e9pistage rapide : la pr\u00e9sence d&rsquo;au moins deux de ces items pendant une p\u00e9riode minimale de 24 heures pose avec une sensibilit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e le diagnostic clinique de catatonie.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres instruments psychom\u00e9triques sont \u00e9galement document\u00e9s, tels que l&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de la catatonie de Rogers ou l&rsquo;\u00c9chelle de catatonie de Northoff (NCS), cette derni\u00e8re explorant sp\u00e9cifiquement les dimensions motrices, comportementales et affectives (notamment l&rsquo;angoisse subjective et les modifications du sch\u00e9ma corporel).<\/p>\n<p>Sur le plan diagnostique exp\u00e9rimental et clinique imm\u00e9diat, le <strong>test au loraz\u00e9pam<\/strong> (souvent d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>challenge test<\/em> au loraz\u00e9pam) constitue \u00e0 la fois un test diagnostique et une \u00e9preuve pronostique. L&rsquo;administration de 1 \u00e0 2 mg de loraz\u00e9pam par voie intraveineuse ou sublinguale lente entra\u00eene, chez pr\u00e8s de 70 \u00e0 80 % des patients catatoniques, une lev\u00e9e spectaculaire, totale ou partielle, de la stupeur et du mutisme en l&rsquo;espace de 10 \u00e0 30 minutes. Une telle am\u00e9lioration transitoire confirme incontestablement la nature catatonique du syndrome et pr\u00e9dit une excellente r\u00e9ponse au traitement GABAergique oral continu.<\/p>\n<p>Le bilan d&rsquo;\u00e9valuation clinique doit imp\u00e9rativement comporter une recherche syst\u00e9matique des complications somatiques induites par l&rsquo;immobilit\u00e9 prolong\u00e9e : d\u00e9shydratation aigu\u00eb, rhabdomyolyse (surveillance des taux s\u00e9riques de cr\u00e9atine phosphokinase ou CPK), insuffisance r\u00e9nale aigu\u00eb, thrombose veineuse profonde avec risque d&#8217;embolie pulmonaire, r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine, f\u00e9calome et escarres cutan\u00e9es de d\u00e9cubitus.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection pr\u00e9coce de la stupeur catatonique rev\u00eat une importance capitale dans la pratique m\u00e9dicale d&rsquo;urgence, en psychiatrie de liaison et en r\u00e9animation. Dans la mesure o\u00f9 la stupeur mime fr\u00e9quemment un coma superficiel, une simulation hyst\u00e9rique ou une d\u00e9t\u00e9rioration neurologique globale, une erreur diagnostique expose le patient \u00e0 des prescriptions iatrog\u00e8nes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. L&rsquo;erreur la plus redoutable r\u00e9side dans l&rsquo;administration de neuroleptiques ou d&rsquo;antipsychotiques classiques (bloqueurs D2 purs comme l&rsquo;halop\u00e9ridol) chez un patient pris \u00e0 tort pour un individu d\u00e9lirant agit\u00e9 ou hostile : cette intervention peut transformer instantan\u00e9ment une stupeur catatonique commune en une catatonie maligne l\u00e9thale foudroyante.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la th\u00e9rapeutique somatique, la stupeur catatonique constitue l&rsquo;indication de premier choix de l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroconvulsivoth%C3%A9rapie\">\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie<\/a> (ECT)<\/strong>, particuli\u00e8rement en cas de r\u00e9sistance aux benzodiaz\u00e9pines ou de menace vitale imm\u00e9diate par d\u00e9nutrition ou catatonie maligne. L&rsquo;ECT bilat\u00e9rale permet souvent une r\u00e9version spectaculaire de l&rsquo;inhibition cortico-motrice d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances, restaurant le pronostic vital avec un taux de r\u00e9ussite d\u00e9passant les 85 % dans les formes m\u00e9lancoliques s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>La prise en charge soignante globale requiert \u00e9galement des protocoles rigoureux de soins infirmiers : nursing pr\u00e9ventif des escarres, hydratation et nutrition ent\u00e9rale par sonde nasogastrique si le mutisme et l&rsquo;aphagie persistent, pose d&rsquo;une anticoagulation pr\u00e9ventive par h\u00e9parine de bas poids mol\u00e9culaire pour neutraliser le risque thromboembolique majeur li\u00e9 \u00e0 la stase veineuse, et surveillance cardior\u00e9spiratoire continue.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en neuroimagerie fonctionnelle et structurelle a profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes sous-jacents \u00e0 la stupeur catatonique. Des \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) et de tomographie par \u00e9mission de positons (TEP), men\u00e9es notamment par l&rsquo;\u00e9quipe de Georg Northoff, ont mis en \u00e9vidence une alt\u00e9ration marqu\u00e9e de l&rsquo;activit\u00e9 du cortex orbitofrontal m\u00e9dian et lat\u00e9ral, coupl\u00e9e \u00e0 une d\u00e9synchronisation des r\u00e9seaux fonctionnels par d\u00e9faut (DMN) et du r\u00e9seau de saillance. Ces anomalies expliquent pourquoi les patients sont incapables de convertir des d\u00e9lib\u00e9rations d\u00e9cisionnelles internes en actions motrices coordonn\u00e9es dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, des travaux explorant la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une diminution substantielle des m\u00e9canismes physiologiques d&rsquo;inhibition intracorticale au niveau du cortex moteur primaire. Ce d\u00e9ficit d&rsquo;inhibition, imputable \u00e0 une hypofonction des interneurones GABAergiques corticaux, corrobore les r\u00e9sultats empiriques d\u00e9montrant la normalisation rapide de la connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale sous benzodiaz\u00e9pines.<\/p>\n<p>Dans le champ de l&rsquo;immunopsychiatrie moderne, les cohortes d&rsquo;\u00e9tudes cliniques dirig\u00e9es par des chercheurs comme Souhel Najjar ou Marion Leboyer ont identifi\u00e9 qu&rsquo;une proportion significative de syndromes catatoniques stuporeux \u00e9tiquet\u00e9s initialement comme idiopathiques ou psychiatriques r\u00e9sultent en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;auto-anticorps neuronaux dirig\u00e9s contre les r\u00e9cepteurs NMDA, GABA-B ou les canaux potassiques d\u00e9pendants du voltage. Ces donn\u00e9es ont transform\u00e9 les algorithmes diagnostiques hospitaliers en imposant la ponction lombaire et le bilan auto-immun dans toute stupeur inaugurale atypique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation de la stupeur catatonique subissent d&rsquo;importantes variations selon les contextes culturels, anthropologiques et historiques. Dans certaines cultures non occidentales, l&rsquo;immobilit\u00e9 soudaine, le mutisme et l&rsquo;absence de r\u00e9action aux stimuli ont longtemps \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers le prisme de ph\u00e9nom\u00e8nes religieux, spirituels ou mystiques, tels que la possession par des esprits ancestraux, l&rsquo;extase chamanique ou le rapt de l&rsquo;\u00e2me (<em>susto<\/em> dans les populations d&rsquo;Am\u00e9rique latine).<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques transculturelles r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement des disparit\u00e9s intrigantes dans l&rsquo;incidence d\u00e9clar\u00e9e des formes stuporeuses de catatonie. Si la catatonie semblait avoir quasiment disparu des services de psychiatrie en Europe de l&rsquo;Ouest et en Am\u00e9rique du Nord au milieu du XXe si\u00e8cle \u2014 ce que certains auteurs ont attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement des antipsychotiques et \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de la prise en charge pr\u00e9coce des \u00e9tats affectifs \u2014, elle a continu\u00e9 d&rsquo;\u00eatre diagnostiqu\u00e9e avec une fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e dans des pays du Sud global, notamment en Inde, en Afrique subsaharienne et dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Asie du Sud-Est.<\/p>\n<p>Toutefois, de nombreux psychiatres transculturels soutiennent que cette divergence n&rsquo;est pas uniquement li\u00e9e \u00e0 des particularit\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiques ou biologiques, mais d\u00e9coule d&rsquo;un biais d&rsquo;observation clinique : dans les pays \u00e0 haut revenu, les patients sont souvent s\u00e9dat\u00e9s ou trait\u00e9s plus t\u00f4t, avant que l&rsquo;inhibition motrice n&rsquo;atteigne le stade de stupeur catatonique compl\u00e8te, alors que dans d&rsquo;autres syst\u00e8mes de sant\u00e9, les retards d&rsquo;acc\u00e8s aux soins psychiatriques conduisent les malades \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital \u00e0 des stades d&rsquo;\u00e9volution plus avanc\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 les avanc\u00e9es diagnostiques, la stupeur catatonique continue de susciter d&rsquo;intenses controverses au sein de la communaut\u00e9 psychiatrique et nosographique internationale. L&rsquo;un des d\u00e9bats les plus vifs concerne son statut nosologique au sein des manuels de r\u00e9f\u00e9rence : certains experts, comme Max Fink et Edward Shorter, militent ardemment pour que la catatonie soit reconnue comme une classe diagnostique totalement ind\u00e9pendante au m\u00eame titre que les troubles de l&rsquo;humeur ou les troubles psychotiques, tandis que les classifications officielles continuent de la confiner majoritairement \u00e0 un r\u00f4le de sp\u00e9cificateur transitoire associ\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres pathologies de base.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique majeure concerne les limites nosologiques parfois floues entre la stupeur catatonique s\u00e9v\u00e8re et le syndrome malin des neuroleptiques (SMN). Alors qu&rsquo;une majorit\u00e9 d&rsquo;auteurs consid\u00e8rent aujourd&rsquo;hui le SMN comme une variante iatrog\u00e8ne de catatonie maligne pr\u00e9cipit\u00e9e par le blocage aigu des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, une minorit\u00e9 de cliniciens continue de d\u00e9fendre une s\u00e9paration stricte entre ces deux entit\u00e9s sur la base des profils d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation thermique et des enzymes musculaires.<\/p>\n<p>Enfin, le diagnostic r\u00e9trospectif et l&rsquo;\u00e9valuation \u00e9thique soul\u00e8vent des questions complexes. Pendant la phase de stupeur akin\u00e9tique, le patient est dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 mat\u00e9rielle de donner son consentement \u00e9clair\u00e9 aux soins, imposant des mesures de soins psychiatriques sans consentement et le recours \u00e0 des traitements d&rsquo;urgence par \u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie. Cette situation engendre parfois des tensions \u00e9thico-l\u00e9gales quant \u00e0 la proportionnalit\u00e9 des soins somatiques invasifs impos\u00e9s face \u00e0 un individu plong\u00e9 dans un mutisme imp\u00e9n\u00e9trable.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter des confusions s\u00e9miologiques lourdes de cons\u00e9quences th\u00e9rapeutiques, la stupeur catatonique doit \u00eatre soigneusement discrimin\u00e9e de plusieurs concepts limitrophes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La stupeur m\u00e9lancolique :<\/strong> Forme extr\u00eame de ralentissement psychomoteur survenant lors d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur m\u00e9lancolique. Bien qu&rsquo;elle puisse techniquement r\u00e9pondre aux crit\u00e8res de catatonie, le ralentissement d\u00e9pressif pur n&rsquo;exhibe g\u00e9n\u00e9ralement pas de flexibilit\u00e9 cireuse, de catalepsie posturale rigide ni de n\u00e9gativisme moteur prononc\u00e9, mais plut\u00f4t une inhibition douloureuse passive.<\/li>\n<li><strong>Le coma :<\/strong> \u00c9tat de non-r\u00e9veil et de non-r\u00e9ponse caus\u00e9 par une l\u00e9sion structurelle diffuse du syst\u00e8me r\u00e9ticulaire activateur ascendant du tronc c\u00e9r\u00e9bral ou des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux. Contrairement au sujet catatonique, le patient comateux a les yeux ferm\u00e9s, ne pr\u00e9sente aucun clignement de fixation, et ses r\u00e9flexes du tronc c\u00e9r\u00e9bral peuvent \u00eatre alt\u00e9r\u00e9s ou abolis.<\/li>\n<li><strong>Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mutisme_akin%C3%A9tique\">mutisme akin\u00e9tique<\/a> :<\/strong> Tableau neurologique caus\u00e9 par des l\u00e9sions bilat\u00e9rales du gyrus cingulaire ant\u00e9rieur ou du lobe frontal m\u00e9dial. Le sujet est silencieux et immobile, mais son regard reste attentif et vigile sans pr\u00e9senter les ph\u00e9nom\u00e8nes de n\u00e9gativisme, de r\u00e9sistance cireuse ou d&rsquo;alternance avec des \u00e9pisodes d&rsquo;agitation caract\u00e9ristiques de la catatonie.<\/li>\n<li><strong>Le syndrome d&rsquo;enfermement (<em>locked-in syndrome<\/em>) :<\/strong> Paralysie motrice compl\u00e8te des quatre membres et des nerfs cr\u00e2niens inf\u00e9rieurs due \u00e0 une l\u00e9sion de la protub\u00e9rance annulaire (tronc c\u00e9r\u00e9bral), \u00e9pargnant la conscience et les mouvements oculaires verticaux. La communication est pr\u00e9serv\u00e9e par le clignement volontaire command\u00e9 des paupi\u00e8res, fait rigoureusement absent dans la stupeur catatonique.<\/li>\n<li><strong>La simulation ou trouble factice :<\/strong> Tentative d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e ou motiv\u00e9e psychiquement de mimer l&rsquo;immobilit\u00e9. La catalepsie prolong\u00e9e d\u00e9fiant la pesanteur pendant plusieurs dizaines de minutes sans signes d&rsquo;\u00e9puisement physiologique est pratiquement impossible \u00e0 soutenir de mani\u00e8re volontaire par un sujet simulateur.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La stupeur catatonique constitue un syndrome psychomoteur aigu d&rsquo;une exceptionnelle intensit\u00e9 s\u00e9miologique, associant immobilit\u00e9 corporelle prolong\u00e9e, mutisme total, perte d&rsquo;initiative volontaire et hypor\u00e9activit\u00e9 relationnelle contrastant avec un \u00e9tat de veille conserv\u00e9. Ancr\u00e9e historiquement dans les travaux de Kahlbaum et Kraepelin, elle est aujourd&rsquo;hui reconnue comme une entit\u00e9 transnosographique pouvant compliquer des troubles de l&rsquo;humeur majeurs, des pathologies du spectre de la schizophr\u00e9nie ou une multitude d&rsquo;affections m\u00e9dicales g\u00e9n\u00e9rales (notamment enc\u00e9phalites auto-immunes et dysm\u00e9tabolies).<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique, elle d\u00e9coule principalement d&rsquo;une hypor\u00e9activit\u00e9 GABAergique cortico-corticale et d&rsquo;un dysfonctionnement dopaminergique au sein des boucles motrices fronto-stri\u00e9es. L&rsquo;utilisation syst\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9chelle de Bush-Francis et la r\u00e9alisation pr\u00e9coce d&rsquo;un test diagnostique au loraz\u00e9pam permettent d&rsquo;objectiver le trouble et d&rsquo;orienter le pronostic. En cas de menace vitale, d&rsquo;instabilit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tative (catatonie maligne) ou d&rsquo;inefficacit\u00e9 pharmacologique, l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie bilat\u00e9rale demeure le traitement de r\u00e9f\u00e9rence le plus efficace pour dissiper la paralysie psychomotrice et restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle du patient.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bush, G., Fink, M., Petrides, G., Dowling, F., &#038; Francis, A. (1996). Catatonia. I. Rating scale and standardized examination. <em>Acta Psychiatrica Scandinavica<\/em>, 93(2), 129\u2013136. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0447.1996.tb09814.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0447.1996.tb09814.x<\/a><\/li>\n<li>Fink, M., &#038; Taylor, M. A. (2003). <em>Catatonia: A Clinician&rsquo;s Guide to Diagnosis and Treatment<\/em>. Cambridge University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511544392\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511544392<\/a><\/li>\n<li>Kahlbaum, K. L. (1874). <em>Die Katatonie oder das Spannungsirresein<\/em>. Verlag von August Hirschwald.<\/li>\n<li>Northoff, G. (2002). Catatonia and neuroleptic malignant syndrome: psychopathology and pathophysiology. <em>Journal of Neural Transmission<\/em>, 109(12), 1453\u20131467. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00702-002-0762-z\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s00702-002-0762-z<\/a><\/li>\n<li>Taylor, M. A., &#038; Fink, M. (2003). Catatonia in psychiatric classification: A home of its own. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 160(7), 1233\u20131241. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.160.7.1233\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.ajp.160.7.1233<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La stupeur catatonique est un syndrome psychomoteur s\u00e9v\u00e8re associant immobilit\u00e9, mutisme et catalepsie. 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