{"id":22849,"date":"2026-10-28T02:06:02","date_gmt":"2026-10-28T02:06:02","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=catatonie-syndrome-psychomoteur-diagnostic-traitement"},"modified":"2026-10-28T02:06:02","modified_gmt":"2026-10-28T02:06:02","slug":"catatonie-syndrome-psychomoteur-diagnostic-traitement","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=catatonie-syndrome-psychomoteur-diagnostic-traitement","title":{"rendered":"Catatonie : Le Silence Moteur de l&rsquo;Esprit"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9e par une dissociation frappante entre l&rsquo;activit\u00e9 volitionnelle, l&rsquo;expression motrice et la r\u00e9activit\u00e9 environnementale, la catatonie repr\u00e9sente l&rsquo;un des syndromes neuropsychiatriques les plus \u00e9nigmatiques et fascinants de la m\u00e9decine clinique. Longtemps restreinte au champ exclusif des psychoses chroniques, elle est d\u00e9sormais reconnue comme un tableau transnosographique polymorphe susceptible d&rsquo;engager le pronostic vital lorsqu&rsquo;elle \u00e9volue vers une forme maligne. L&rsquo;exploration de ses m\u00e9canismes sous-jacents r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9sorganisation complexe des circuits cortico-sous-corticaux, invitant le praticien \u00e0 une vigilance diagnostique constante et \u00e0 une intervention th\u00e9rapeutique rapide.<\/p>\n<h2>La Catatonie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>catatonie<\/strong> est un syndrome neuropsychiatrique complexe caract\u00e9ris\u00e9 par un ensemble d&rsquo;anomalies psychomotrices associant une alt\u00e9ration de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;environnement, des perturbations majeures de la motricit\u00e9 volontaire et involontaire, ainsi que des fluctuations de la vigilance et de l&rsquo;affectivit\u00e9. Elle se manifeste cliniquement par une constellation s\u00e9miologique variable incluant le mutisme, le n\u00e9gativisme, la stupeur, la catalepsie, la flexibilit\u00e9 cireuse, les st\u00e9r\u00e9otypies motrices ou, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, une agitation motrice st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et d\u00e9sorganis\u00e9e non induite par des stimuli externes.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, la catatonie ne constitue pas une entit\u00e9 nosologique ind\u00e9pendante isol\u00e9e, mais un syndrome transnosographique observable dans un large \u00e9ventail de pathologies. Si elle fut historiquement rattach\u00e9e \u00e0 la schizophr\u00e9nie, la psychiatrie contemporaine la reconna\u00eet majoritairement au sein des troubles de l&rsquo;humeur (d\u00e9pressions s\u00e9v\u00e8res et \u00e9pisodes maniaques), des affections neurologiques primitives (enc\u00e9phalites auto-immunes, accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux, \u00e9pilepsie) et des d\u00e9sordres m\u00e9taboliques ou toxiques syst\u00e9miques.<\/p>\n<p>Sa gravit\u00e9 potentielle r\u00e9side dans la survenue possible d&rsquo;une catatonie maligne, urgence m\u00e9dicale absolue associant aux sympt\u00f4mes moteurs une dysautonomie v\u00e9g\u00e9tative marqu\u00e9e, une hyperthermie et un risque imminent de collapsus cardiovasculaire, n\u00e9cessitant une identification diagnostique sans d\u00e9lai et l&rsquo;instauration pr\u00e9coce d&rsquo;une th\u00e9rapeutique cibl\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab catatonie \u00bb provient de la juxtaposition de deux racines issues du grec ancien : le pr\u00e9fixe <em>kata-<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac), signifiant \u00ab de haut en bas \u00bb, \u00ab enti\u00e8rement \u00bb, ou exprimant une id\u00e9e d&rsquo;abaissement, de d\u00e9gradation ou de fixation rigide, et le substantif <em>tonos<\/em> (\u03c4\u03cc\u03bd\u03bf\u03c2), d\u00e9signant la \u00ab tension \u00bb, le \u00ab tonus musculaire \u00bb ou l&rsquo;\u00ab \u00e9tirement \u00bb. Dans son acception litt\u00e9rale, le terme \u00e9voque une \u00ab tension descendante \u00bb, une \u00ab fixation tonique \u00bb ou une \u00ab tension excessive et fig\u00e9e \u00bb du syst\u00e8me neuromusculaire.<\/p>\n<p>Le concept a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 et introduit formellement dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale en 1874 par le psychiatre allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Karl_Ludwig_Kahlbaum\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Karl Ludwig Kahlbaum<\/a> au sein de sa monographie s\u00e9minale intitul\u00e9e <em>Die Katatonie oder das Spannungsirresein<\/em> (\u00ab La catatonie ou la folie tonique \u00bb). Kahlbaum souhaitait individualiser une maladie mentale autonome au sein de laquelle les manifestations motrices et musculaires constituaient le c\u0153ur s\u00e9miologique, traduisant une tension psychique somatis\u00e9e et une paralysie de la volont\u00e9 motrice.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le substantif f\u00e9minin \u00ab catatonie \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [ka.ta.t\u0254.ni]. Le mot ne poss\u00e8de pas de variante orthographique accept\u00e9e dans les nomenclatures contemporaines. Ses d\u00e9clinaisons morphologiques comprennent l&rsquo;adjectif \u00ab catatonique \u00bb ([ka.ta.t\u0254.nik]), utilis\u00e9 pour qualifier tant le tableau syndromique (\u00ab stupeur catatonique \u00bb) que l&rsquo;individu qui en pr\u00e9sente les signes (\u00ab patient catatonique \u00bb), ainsi que l&rsquo;adverbe d\u00e9riv\u00e9 \u00ab catatoniquement \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;usage clinique et syntaxique, le terme est employ\u00e9 principalement comme un substantif d\u00e9signant un ensemble de crit\u00e8res diagnostiques (\u00ab pr\u00e9senter une catatonie \u00bb) ou en position de modificateur sp\u00e9cificateur (\u00ab \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 avec caract\u00e9ristiques catatoniques \u00bb). Dans le jargon psychiatrique, on utilise \u00e9galement le terme \u00ab catatoniser \u00bb pour d\u00e9crire l&rsquo;entr\u00e9e progressive d&rsquo;un sujet dans un \u00e9tat de prostration et de n\u00e9gativisme moteur.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>Comprendre la catatonie exige de d\u00e9passer la simple dichotomie entre trouble purement neurologique et d\u00e9sordre exclusivement psychotique. Le syndrome catatonique se situe au carrefour exact de la neurologie cognitive, de la motricit\u00e9 extrapyramidale et de la psychopathologie volitionnelle. Il repr\u00e9sente une rupture fondamentale dans la capacit\u00e9 de l&rsquo;individu \u00e0 initier, maintenir, r\u00e9guler et terminer des actions motrices adapt\u00e9es \u00e0 son contexte relationnel et physique. Loin d&rsquo;\u00eatre un \u00e9tat de simple passivit\u00e9 ou d&rsquo;inhibition globale, la catatonie correspond souvent \u00e0 un \u00e9tat de blocage moteur paradoxal au sein duquel le sujet demeure int\u00e9rieurement conscient, mais captif d&rsquo;une angoisse d&rsquo;an\u00e9antissement massive ou d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement aigu des boucles cortico-stri\u00e9es.<\/p>\n<p>La ph\u00e9nom\u00e9nologie catatonique s&rsquo;articule autour de plusieurs axes s\u00e9miologiques contrast\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;inhibition motrice et la stupeur :<\/strong> Le patient reste silencieux, immobile, le regard fixe ou \u00e9vitant, sans r\u00e9action apparente aux stimulations douloureuses ou verbales, tout en conservant une vigilance neurov\u00e9g\u00e9tative basale.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9sistance active ou n\u00e9gativisme :<\/strong> L&rsquo;examinateur se heurte \u00e0 une opposition syst\u00e9matique involontaire lors des tentatives de mobilisation passive (ph\u00e9nom\u00e8ne du <em>Gegenhalten<\/em> ou paratonie d&rsquo;opposition), le sujet contractant ses muscles de mani\u00e8re proportionnelle \u00e0 la force exerc\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>La catalepsie et la flexibilit\u00e9 cireuse :<\/strong> L&rsquo;observateur peut imprimer aux membres du patient des postures improbables et inconfortables, que celui-ci maintient ind\u00e9finiment contre la gravit\u00e9 (comme un mannequin de cire), t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9faillance du r\u00e9trocontr\u00f4le postural proprioceptif.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;agitation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e :<\/strong> \u00c0 l&rsquo;inverse de la stupeur, certains \u00e9tats catatoniques se manifestent par une hyperactivit\u00e9 motrice forcen\u00e9e, d\u00e9sordonn\u00e9e, d\u00e9pourvue de finalit\u00e9 utilitaire, insensible aux consignes d&rsquo;apaisement, pouvant alterner sans transition avec des phases d&rsquo;immobilit\u00e9 totale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les fronti\u00e8res du concept englobent \u00e9galement des manifestations plus discr\u00e8tes mais hautement discriminantes : le mutisme partiel ou total, l&rsquo;\u00e9cholalie (r\u00e9p\u00e9tition en \u00e9cho des paroles d&rsquo;autrui), l&rsquo;\u00e9chopraxie (imitation des gestes de l&rsquo;interlocuteur), le regard fix\u00e9 dans le vide (<em>staring<\/em>), les mani\u00e9rismes (gestes ordinaires ex\u00e9cut\u00e9s de mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9ment th\u00e9\u00e2trale ou bizarre) et les st\u00e9r\u00e9otypies motrices (mouvements r\u00e9p\u00e9titifs non fonctionnels tels que le balancement du tronc ou le frottement continu des mains).<\/p>\n<p>Sur le plan subjectif, contrairement aux hypoth\u00e8ses historiques qui assimilaient le catatonique \u00e0 un \u00eatre d\u00e9nu\u00e9 de vie int\u00e9rieure, les t\u00e9moignages r\u00e9trospectifs recueillis apr\u00e8s r\u00e9mission d\u00e9montrent que les patients traversent souvent un \u00e9tat de terreur indicible. De nombreux sujets rapportent avoir \u00e9t\u00e9 envahis par un afflux incontr\u00f4lable de pens\u00e9es cataclysmiques, une impression d&rsquo;effondrement corporel imminent ou la certitude absolue que le moindre mouvement de leur part entra\u00eenerait leur mort ou la destruction du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La th\u00e9orisation de la catatonie s&rsquo;est d\u00e9ploy\u00e9e sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi, marqu\u00e9e par des revirements nosologiques majeurs entre autonomie syndromique, absorption schizophr\u00e9nique et r\u00e9habilitation transnosographique :<\/p>\n<p>En 1874, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Karl_Ludwig_Kahlbaum\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Karl Ludwig Kahlbaum<\/a> publie son ouvrage fondateur dans lequel il isole la catatonie en tant qu&rsquo;entit\u00e9 clinique autonome \u00e0 \u00e9volution cyclique, associant des sympt\u00f4mes psychiques (m\u00e9lancolie, manie, d\u00e9lire) et des sympt\u00f4mes neurologiques moteurs (spasmes, catalepsie, stupeur). Kahlbaum d\u00e9fendait une approche somatique et dynamique des maladies mentales, corr\u00e9lant le tableau clinique \u00e0 des l\u00e9sions fonctionnelles du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emil_Kraepelin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Emil Kraepelin<\/a> remanie profond\u00e9ment cette conception. Dans la sixi\u00e8me \u00e9dition de son trait\u00e9 (1899), Kraepelin subsume la catatonie de Kahlbaum sous la banni\u00e8re de la <em>dementia praecox<\/em> (d\u00e9mence pr\u00e9coce), aux c\u00f4t\u00e9s des formes h\u00e9b\u00e9phr\u00e9nique et parano\u00efde, insistant sur son pronostic p\u00e9joratif et son \u00e9volution vers un d\u00e9ficit cognitivo-volitionnel irr\u00e9versible. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1911, Eugen Bleuler ent\u00e9rine cette association en faisant de la \u00ab schizophr\u00e9nie catatonique \u00bb l&rsquo;un des sous-types classiques de sa nouvelle nosologie schizophr\u00e9nique. Cette int\u00e9gration durable aura pour effet pervers de masquer la fr\u00e9quence de la catatonie dans les troubles de l&rsquo;humeur durant pr\u00e8s de huit d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, les travaux pr\u00e9curseurs de Max Fink et de Michael Alan Taylor viennent bouleverser ce dogme kraepelinien. Leurs \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques et th\u00e9rapeutiques rigoureuses mettent en \u00e9vidence que la majorit\u00e9 des \u00e9pisodes catatoniques surviennent au cours de troubles affectifs majeurs (trouble bipolaire et d\u00e9pression m\u00e9lancolique) plut\u00f4t que dans la schizophr\u00e9nie. Fink et Taylor militent ardemment pour restaurer la catatonie en tant que syndrome ind\u00e9pendant, standardiser son diagnostic clinique et promouvoir l&rsquo;efficacit\u00e9 spectaculaire des benzodiaz\u00e9pines et de l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Ce changement de paradigme culmine lors de la publication du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">DSM-5<\/a> en 2013 par l&rsquo;American Psychiatric Association, suivi de la CIM-11 par l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9. Le sous-type \u00ab schizophr\u00e9nie catatonique \u00bb y est officiellement supprim\u00e9. La catatonie est d\u00e9sormais class\u00e9e comme une entit\u00e9 diagnostique transversale pouvant sp\u00e9cifier un trouble de l&rsquo;humeur, une psychose, une affection m\u00e9dicale g\u00e9n\u00e9rale, ou \u00eatre diagnostiqu\u00e9e de mani\u00e8re autonome sous l&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab catatonie non sp\u00e9cifi\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Les mod\u00e9lisations neurobiologiques modernes con\u00e7oivent la catatonie comme un dysfonctionnement critique des circuits cortico-striato-pallido-thalamo-corticaux, particuli\u00e8rement au niveau des r\u00e9seaux reliant le cortex orbitofrontal, le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et les ganglions de la base.<\/p>\n<p>Trois syst\u00e8mes de neurotransmission majeurs sont impliqu\u00e9s dans la gen\u00e8se de ce d\u00e9s\u00e9quilibre :<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9ficit gabaergique :<\/strong> L&rsquo;hypoth\u00e8se physiopathologique centrale repose sur une hypofonction de la transmission du r\u00e9cepteur GABA-A au sein des structures corticales motrices et pr\u00e9frontales. La diminution de l&rsquo;inhibition gabaergique dans le cortex orbitofrontal entra\u00eene une d\u00e9sinhibition anormale des voies descendantes et une alt\u00e9ration du filtrage sensorimoteur. Cette hypoth\u00e8se est puissamment corrobor\u00e9e par l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique spectaculaire du loraz\u00e9pam, agoniste des r\u00e9cepteurs GABA-A, capable de lever instantan\u00e9ment le tableau catatonique dans plus de 70 % des cas.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9s\u00e9quilibre dopaminergique :<\/strong> La transmission dopaminergique striatale joue un r\u00f4le pivot. Un blocage massif ou une hypoactivit\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 dans la voie nigrostri\u00e9e favorise la rigidit\u00e9 motrice, la stupeur et la catalepsie. Cette dynamique explique la vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame des patients catatoniques aux neuroleptiques classiques (antagonistes D2), dont l&rsquo;administration peut d\u00e9clencher une aggravation foudroyante ou pr\u00e9cipiter un syndrome malin des neuroleptiques, pathologie aujourd&rsquo;hui consid\u00e9r\u00e9e par de nombreux auteurs comme une variante iatrog\u00e8ne de catatonie maligne.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;hyperactivit\u00e9 glutamatergique :<\/strong> L&rsquo;interaction entre GABA et glutamate semble \u00e9galement perturb\u00e9e. Une baisse de l&rsquo;inhibition gabaergique induit une hyperactivation compensatoire des r\u00e9cepteurs NMDA au glutamate dans les circuits sous-corticaux, engendrant une excitotoxicit\u00e9 locale et participant \u00e0 l&rsquo;agitation, \u00e0 l&rsquo;angoisse extr\u00eame et aux perturbations du contr\u00f4le moteur observ\u00e9es dans les \u00e9tats catatoniques s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;imagerie fonctionnelle et de la neurophysiologie, les \u00e9tudes par IRM fonctionnelle et TEP r\u00e9v\u00e8lent une diminution marqu\u00e9e de la perfusion et du m\u00e9tabolisme au niveau du cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial et du cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur, des aires fondamentales pour l&rsquo;initiation du mouvement dirig\u00e9 vers un but et l&rsquo;int\u00e9gration proprioceptive de soi dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La catatonie se manifeste \u00e0 travers une constellation de signes cliniques pr\u00e9cis et s&rsquo;organise en plusieurs sous-types distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La stupeur :<\/strong> Absence compl\u00e8te ou quasi compl\u00e8te de mouvements spontan\u00e9s, d&rsquo;activit\u00e9 motrice r\u00e9active et d&rsquo;interaction verbale, le sujet demeurant fig\u00e9 en d\u00e9pit d&rsquo;une vigilance pr\u00e9serv\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le mutisme :<\/strong> Absence totale ou quasi totale de r\u00e9ponse verbale, sans d\u00e9ficit aphasique structurel ni atteinte m\u00e9canique des organes phonatoires.<\/li>\n<li><strong>La catalepsie :<\/strong> Capacit\u00e9 du patient \u00e0 maintenir passivement des postures impos\u00e9es par l&rsquo;examinateur contre la pesanteur durant une p\u00e9riode prolong\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>La flexibilit\u00e9 cireuse (<em>cerea flexibilitas<\/em>) :<\/strong> R\u00e9sistance plastique initiale et constante ressentie par le clinicien lors de la mobilisation passive des membres du sujet, semblable \u00e0 la sensation \u00e9prouv\u00e9e lors de la d\u00e9formation d&rsquo;une chandelle de cire.<\/li>\n<li><strong>Le n\u00e9gativisme :<\/strong> R\u00e9sistance motrice involontaire et proportionnelle \u00e0 toute tentative de mobilisation ou opposition syst\u00e9matique aux demandes formul\u00e9es sans mobile apparent.<\/li>\n<li><strong>La prise de posture (<em>posturing<\/em>) :<\/strong> Maintien spontan\u00e9, actif et prolong\u00e9 d&rsquo;une posture corporelle inhabituelle, inconfortable, voire bizarre (par exemple le \u00ab coussin psychique \u00bb, o\u00f9 la t\u00eate reste sur\u00e9lev\u00e9e \u00e0 quelques centim\u00e8tres du lit sans support).<\/li>\n<li><strong>Les mani\u00e9rismes et st\u00e9r\u00e9otypies :<\/strong> Ex\u00e9cution de mouvements complexes non dirig\u00e9s vers un but, hautement r\u00e9p\u00e9titifs et ritualis\u00e9s, ou modifications th\u00e9\u00e2trales et compass\u00e9es de gestes courants.<\/li>\n<li><strong>Les \u00e9choph\u00e9nom\u00e8nes :<\/strong> Imitation mim\u00e9tique imm\u00e9diate et automatique des paroles (\u00e9cholalie), des mouvements (\u00e9chopraxie) ou des expressions faciales (\u00e9chomimie) d&rsquo;autrui.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan dimensionnel et syndromique, trois grands sous-types sont classiquement distingu\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La catatonie akin\u00e9tique (stuporeuse) :<\/strong> La forme la plus fr\u00e9quente, domin\u00e9e par le ralentissement psychomoteur extr\u00eame, la stupeur, le mutisme, le refus alimentaire et l&rsquo;immobilit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La catatonie excit\u00e9e (agit\u00e9e) :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par une hyperkin\u00e9sie furieuse, continue, non orient\u00e9e, d\u00e9pourvue de stimuli d\u00e9clencheurs externes, souvent accompagn\u00e9e d&rsquo;agressivit\u00e9 aveugle et de st\u00e9r\u00e9otypies vocales.<\/li>\n<li><strong>La catatonie maligne (f\u00e9brile) :<\/strong> Urgence vitale caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;apparition brutale d&rsquo;une hyperthermie inexpliqu\u00e9e, d&rsquo;une rigidit\u00e9 en tuyau de plomb, d&rsquo;une instabilit\u00e9 tensionnelle, d&rsquo;une tachycardie, d&rsquo;une diaphor\u00e8se profuse et d&rsquo;une rhabdomyolyse biologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Forme akin\u00e9tique m\u00e9lancolique.<\/strong> Madame V., 54 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques notables en dehors d&rsquo;un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur survenu dix ans plus t\u00f4t, est admise aux urgences pour un mutisme complet et un refus total d&rsquo;alimentation depuis quatre jours. \u00c0 l&rsquo;examen, la patiente est assise sur son lit, le regard droit et fixe, ne clignant presque pas des paupi\u00e8res. Elle ne r\u00e9pond \u00e0 aucune sollicitation verbale. L&rsquo;\u00e9l\u00e9vation passive de son bras droit le maintient en suspension dans le vide pendant plus de vingt minutes sans signe visible d&rsquo;effort (catalepsie). Lors de la mobilisation passive de son coude gauche, le clinicien per\u00e7oit une r\u00e9sistance plastique homog\u00e8ne (flexibilit\u00e9 cireuse). Apr\u00e8s administration intraveineuse d&rsquo;une dose test de 2 mg de loraz\u00e9pam, la patiente se d\u00e9tend en moins de quinze minutes, commence \u00e0 s&rsquo;exprimer avec une voix fluente et relate une conviction d\u00e9lirante de ruine corporelle absolue, affirmant que ses organes \u00e9taient \u00ab p\u00e9trifi\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Forme maligne secondaire.<\/strong> Monsieur A., 23 ans, pr\u00e9sentant une pouss\u00e9e aigu\u00eb psychotique, a re\u00e7u une injection intramusculaire d&rsquo;halop\u00e9ridol. Quarante-huit heures plus tard, son \u00e9tat se d\u00e9grade brutalement : <span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">il d\u00e9veloppe une stupeur avec mutisme, une rigidit\u00e9 musculaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une temp\u00e9rature corporelle grimpant \u00e0 39,8 \u00b0C sans foyer infectieux d\u00e9celable, une transpiration profuse et une pression art\u00e9rielle fluctuant entre 90\/60 et 180\/110 mmHg. Les bilans biologiques r\u00e9v\u00e8lent une \u00e9l\u00e9vation majeure des cr\u00e9atine phosphokinases (CPK > 12 000 UI\/L) et une hyperleucocytose. Le diagnostic de catatonie maligne (syndrome malin des neuroleptiques) est pos\u00e9. Le transfert imm\u00e9diat en unit\u00e9 de r\u00e9animation m\u00e9dicale permet l&rsquo;arr\u00eat du neuroleptique, une r\u00e9hydratation agressive, un refroidissement corporel et l&rsquo;instauration d&rsquo;un protocole d&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie d&rsquo;urgence, aboutissant \u00e0 une stabilisation clinique progressive<\/span>.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et instruments de mesure<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la catatonie repose sur un examen s\u00e9miologique rigoureux et direct au lit du malade. En raison de sa pr\u00e9sentation prot\u00e9iforme, l&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9chelles standardis\u00e9es est imp\u00e9rative pour quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du syndrome, suivre sa trajectoire \u00e9volutive et \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 des interventions pharmacologiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;instrument de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale est l&rsquo;\u00e9chelle de catatonie de Bush-Francis (<em>Bush-Francis Catatonia Rating Scale<\/em> &#8211; BFCRS). Con\u00e7ue en 1996, elle se compose de 23 items cot\u00e9s de 0 \u00e0 3. Les 14 premiers items constituent un outil de d\u00e9pistage rapide (pr\u00e9sence d&rsquo;au moins 2 signes parmi les 14 pour suspecter fortement le syndrome). La cotation compl\u00e8te des 23 items permet d&rsquo;\u00e9valuer la gravit\u00e9 globale du tableau, incluant l&rsquo;intensit\u00e9 du n\u00e9gativisme, des st\u00e9r\u00e9otypies, de la catalepsie et des perturbations neurov\u00e9g\u00e9tatives.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres instruments valid\u00e9s sont occasionnellement utilis\u00e9s, tels que l&rsquo;\u00e9chelle de Rogers, l&rsquo;\u00e9chelle de Braunig (<em>Northoff Catatonia Rating Scale<\/em>) ou l&rsquo;\u00e9chelle de KANNER. Parall\u00e8lement \u00e0 ces outils psychom\u00e9triques, le <strong>test au loraz\u00e9pam<\/strong> (\u00ab test au Valium \u00bb ou \u00ab test \u00e0 l&rsquo;Ativan \u00bb) poss\u00e8de une valeur diagnostique et pronostique majeure. Il consiste \u00e0 injecter 1 \u00e0 2 mg de loraz\u00e9pam par voie intraveineuse ou intramusculaire : <span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">une am\u00e9lioration spectaculaire et rapide (> 50 % de r\u00e9gression des scores de la BFCRS) dans les 15 \u00e0 30 minutes confirme formellement le diagnostic de syndrome catatonique<\/span>.<\/p>\n<p>L&rsquo;arbre diagnostique impose imp\u00e9rativement un bilan somatique d&rsquo;exclusion complet : neuro-imagerie (IRM c\u00e9r\u00e9brale), \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (recherche d&rsquo;un \u00e9tat de mal \u00e9pileptique non convulsif), ponction lombaire, recherche d&rsquo;anticorps antineuronaux (notamment anti-r\u00e9cepteur NMDA), ionogramme, bilan r\u00e9nal, h\u00e9patique et dosage des cr\u00e9atine phosphokinases.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et prise en charge th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>La prise en charge de la catatonie repr\u00e9sente une course contre la montre en raison des complications somatiques redoutables induites par l&rsquo;immobilit\u00e9 prolong\u00e9e et la d\u00e9shydratation : thromboembolie veineuse, embolie pulmonaire, escarres cutan\u00e9es, at\u00e9lectasies, infections urinaires et collapsus cardio-circulatoire.<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie th\u00e9rapeutique s&rsquo;articule autour de principes intangibles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Arr\u00eat imm\u00e9diat des neuroleptiques :<\/strong> Tout traitement antipsychotique classique ou de seconde g\u00e9n\u00e9ration doit \u00eatre imm\u00e9diatement suspendu d\u00e8s la suspicion du syndrome, en raison du risque majeur de pr\u00e9cipitation vers une catatonie maligne irr\u00e9versible.<\/li>\n<li><strong>Soins de support intensifs :<\/strong> R\u00e9hydratation hydro\u00e9lectrolytique par voie intraveineuse, anticoagulation pr\u00e9ventive syst\u00e9matique par h\u00e9parine de bas poids mol\u00e9culaire pour pr\u00e9venir les thromboses veineuses profondes, pr\u00e9vention des escarres par mobilisations passives et alimentation ent\u00e9rale si le refus per os persiste.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;antidote pharmacologique de premi\u00e8re ligne : le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loraz%C3%A9pam\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">loraz\u00e9pam<\/a>.<\/strong> Administr\u00e9 par voie sublinguale, intramusculaire ou intraveineuse \u00e0 des posologies progressives pouvant \u00eatre particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9es (de 6 \u00e0 24 mg par jour selon la r\u00e9ponse), le loraz\u00e9pam permet d&rsquo;obtenir une r\u00e9mission compl\u00e8te dans 70 \u00e0 80 % des formes non malignes.<\/li>\n<li><strong>Le traitement de r\u00e9f\u00e9rence de recours et d&rsquo;urgence : l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroconvulsivoth%C3%A9rapie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie<\/a> (ECT).<\/strong> Anciennement appel\u00e9e sismoth\u00e9rapie, l&rsquo;ECT est le traitement curatif le plus puissant et le plus rapide de la catatonie. Elle est indiqu\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e en premi\u00e8re ligne absolue dans la catatonie maligne, ou en seconde ligne imm\u00e9diate en cas d&rsquo;\u00e9chec du loraz\u00e9pam apr\u00e8s 48 \u00e0 72 heures. Son taux de succ\u00e8s d\u00e9passe les 85 \u00e0 90 %, r\u00e9organisant de fa\u00e7on globale l&rsquo;excitabilit\u00e9 cortico-sous-corticale et la balance neurotransmettrice.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les investigations \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines estiment que la catatonie touche environ 7 \u00e0 15 % des patients hospitalis\u00e9s dans les unit\u00e9s de psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale adulte, ce qui en fait un syndrome largement sous-diagnostiqu\u00e9 dans la pratique courante. Contrairement aux repr\u00e9sentations traditionnelles, les m\u00e9ta-analyses publi\u00e9es au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies (notamment les revues de Fink, Shorter, et de l&rsquo;\u00e9quipe de van der Heijden) r\u00e9v\u00e8lent qu&rsquo;environ 40 \u00e0 50 % des catatonies surviennent dans le cadre de troubles de l&rsquo;humeur bipolaires ou d\u00e9pressifs unipolaires, alors que seulement 15 \u00e0 20 % sont associ\u00e9es \u00e0 une schizophr\u00e9nie primitive.<\/p>\n<p>Un axe de recherche fondamental concerne les \u00e9tiologies neurologiques et auto-immunes. Les travaux pionniers de Dalmau et coll. ont permis de d\u00e9montrer qu&rsquo;une proportion substantielle de tableaux catatoniques aigus chez les adolescents et les jeunes adultes sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques r\u00e9sulte d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Enc%C3%A9phalite_anti-r%C3%A9cepteur_NMDA\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">enc\u00e9phalite anti-r\u00e9cepteur NMDA<\/a>. Ces donn\u00e9es ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 les protocoles d&rsquo;investigation en milieu hospitalier, imposant des d\u00e9pistages s\u00e9riques et c\u00e9phalo-rachidiens d&rsquo;auto-anticorps neuronaux d\u00e8s l&rsquo;apparition d&rsquo;un tableau catatonique atypique associ\u00e9 \u00e0 des dyskin\u00e9sies orofaciales ou des signes dysautonomiques.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, des \u00e9tudes r\u00e9centes explorant la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) et les potentiels \u00e9voqu\u00e9s sensorimoteurs d\u00e9montrent une alt\u00e9ration significative de l&rsquo;inhibition intracorticale m\u00e9di\u00e9e par le GABA au sein du cortex moteur primaire chez les individus catatoniques, confirmant au niveau fonctionnel les hypoth\u00e8ses neurochimiques d\u00e9velopp\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique de la catatonie est modul\u00e9e de fa\u00e7on substantielle par les contextes culturels, historiques et sociologiques. Dans les pays \u00e0 faibles revenus ou dans certains contextes d&rsquo;Afrique subsaharienne et d&rsquo;Asie du Sud, la fr\u00e9quence diagnostiqu\u00e9e des catatonies demeure paradoxalement plus \u00e9lev\u00e9e que dans les services de psychiatrie occidentaux. Cette disparit\u00e9 s&rsquo;explique en partie par le recours plus tardif aux structures hospitali\u00e8res, les patients \u00e9tant pris en charge \u00e0 des stades tr\u00e8s avanc\u00e9s d&rsquo;inhibition psychomotrice apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de rituels traditionnels.<\/p>\n<p>Sur le plan anthropologique, certains syndromes dits \u00ab li\u00e9s \u00e0 la culture \u00bb partagent une parent\u00e9 s\u00e9miologique \u00e9troite avec la catatonie :<\/p>\n<ul>\n<li>Le syndrome de <em>Latah<\/em> (observ\u00e9 en Malaisie et en Indon\u00e9sie), caract\u00e9ris\u00e9 par une ob\u00e9issance automatique, une \u00e9chopraxie et une \u00e9cholalie survenant \u00e0 la suite d&rsquo;un effroi soudain.<\/li>\n<li>Le syndrome de <em>Pibloktoq<\/em> ou hyst\u00e9rie arctique chez les populations inuits, combinant des phases d&rsquo;agitation motrice sauvage et des phases de stupeur catatonique profonde.<\/li>\n<li>Le syndrome de r\u00e9signation (<em>uppgivenhetssyndrom<\/em>), document\u00e9 en Su\u00e8de chez des enfants et adolescents demandeurs d&rsquo;asile menac\u00e9s d&rsquo;expulsion, qui sombrent dans un \u00e9tat catatoniforme stuporeux d&rsquo;immobilit\u00e9, de mutisme et de refus alimentaire durant plusieurs mois, traduisant une rupture volitionnelle en r\u00e9ponse \u00e0 un stress traumatique insurmontable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces manifestations mettent en relief la fa\u00e7on dont le syst\u00e8me nerveux humain, lorsqu&rsquo;il est soumis \u00e0 une menace existentielle majeure, peut recourir \u00e0 un programme moteur ancestral de sid\u00e9ration (le r\u00e9flexe d&rsquo;immobilit\u00e9 tonique ou <em>tonic immobility<\/em> pr\u00e9sent chez de nombreux vert\u00e9br\u00e9s face au pr\u00e9dateur), r\u00e9utilis\u00e9 dans des formes cliniques d\u00e9pendantes des grilles de lecture culturelles locales.<\/p>\n<h3>13. Controverses cliniques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut nosologique de la catatonie fait toujours l&rsquo;objet de vives controverses acad\u00e9miques. Le principal d\u00e9bat oppose les partisans d&rsquo;une cat\u00e9gorie diagnostique totalement ind\u00e9pendante (\u00e0 l&rsquo;instar de Max Fink et Edward Shorter, qui plaident pour que la catatonie soit class\u00e9e au m\u00eame niveau hi\u00e9rarchique que la schizophr\u00e9nie ou les troubles bipolaires) et les comit\u00e9s nosographiques du DSM-5 et de la CIM-11, qui ont opt\u00e9 pour une position transactionnelle en maintenant la catatonie principalement en tant que \u00ab sp\u00e9cificateur \u00bb d&rsquo;autres troubles mentaux ou m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Un second point de friction concerne la parent\u00e9 exacte entre le syndrome malin des neuroleptiques (SMN) et la catatonie maligne f\u00e9brile. Pour une frange substantielle d&rsquo;experts neuropsychiatres, le SMN n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une catatonie d&rsquo;origine m\u00e9dicamenteuse induite par le blocage des r\u00e9cepteurs dopaminergiques, les deux affections partageant une s\u00e9miologie clinique identique, des anomalies biologiques similaires et une r\u00e9ponse conjointe favorable \u00e0 l&rsquo;ECT. Les contradicteurs soutiennent toutefois que les m\u00e9canismes pharmacodynamiques sp\u00e9cifiques du SMN justifient son maintien comme entit\u00e9 distincte.<\/p>\n<p>Enfin, le diagnostic de catatonie chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent, notamment au sein du spectre de l&rsquo;autisme, soul\u00e8ve de s\u00e9rieux d\u00e9fis diagnostiques. La r\u00e9gression motrice observ\u00e9e chez certains jeunes adultes autistes (\u00ab catatonia-like deterioration in autism \u00bb) brouille la fronti\u00e8re entre st\u00e9r\u00e9otypies neurod\u00e9veloppementales stables et \u00e9mergence d&rsquo;un processus catatonique \u00e9volutif traitable par loraz\u00e9pam.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et diagnostics diff\u00e9rentiels<\/h3>\n<p>Une rigueur diagnostique absolue est requise pour distinguer la catatonie d&rsquo;un ensemble de pathologies pr\u00e9sentant des analogies motrices ou comportementales trompeuses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le mutisme akin\u00e9tique :<\/strong> Syndrome neurologique r\u00e9sultant typiquement de l\u00e9sions bilat\u00e9rales du gyrus cingulaire ant\u00e9rieur ou des lobes frontaux m\u00e9diaux. Le sujet est silencieux et immobile mais ne pr\u00e9sente ni catalepsie, ni flexibilit\u00e9 cireuse, ni n\u00e9gativisme actif, et ne r\u00e9pond pas aux benzodiaz\u00e9pines.<\/li>\n<li><strong>Le syndrome de verrouillage (<em>Locked-in syndrome<\/em>) :<\/strong> \u00c9tat cons\u00e9cutif \u00e0 un infarctus protub\u00e9rantiel ventral \u00e9pargnant la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante. Le patient est totalement t\u00e9trapl\u00e9gique et anarthrique mais parfaitement conscient, conservant uniquement les mouvements oculaires verticaux et le clignement palp\u00e9bral pour communiquer.<\/li>\n<li><strong>La maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens :<\/strong> Pr\u00e9sentent une rigidit\u00e9 plastique et une akin\u00e9sie, mais s&rsquo;accompagnent de tremblements de repos caract\u00e9ristiques, d&rsquo;une micrographie et d&rsquo;une perte des r\u00e9flexes posturaux sans les caract\u00e9ristiques volitionnelles bizarres de la catatonie (mani\u00e9rismes, postures fig\u00e9es spontan\u00e9es).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9tat de mal \u00e9pileptique non convulsif :<\/strong> Confusion mentale prolong\u00e9e ou stupeur dont l&rsquo;origine r\u00e9side dans des d\u00e9charges paroxystiques continues \u00e0 l&rsquo;EEG, sans mouvements cloniques manifestes.<\/li>\n<li><strong>Les troubles conversifs (dissociatifs) :<\/strong> Stupeur dissociative d&rsquo;origine psychog\u00e8ne o\u00f9 l&rsquo;examen neurologique minutieux r\u00e9v\u00e8le une r\u00e9sistance volontaire non rigide, sans anomalies v\u00e9g\u00e9tatives ni perturbation neurochimique objective.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La catatonie est un syndrome psychomoteur complexe, transnosographique et potentiellement mortel, qui requiert une ma\u00eetrise s\u00e9miologique sans faille de la part des cliniciens :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle n&rsquo;est pas synonyme de schizophr\u00e9nie : elle s&rsquo;observe pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans les troubles bipolaires, les m\u00e9lancolies s\u00e9v\u00e8res et les pathologies somatiques ou auto-immunes (enc\u00e9phalites).<\/li>\n<li>Ses signes cardinaux associent immobilit\u00e9, stupeur, mutisme, n\u00e9gativisme, catalepsie, flexibilit\u00e9 cireuse, \u00e9choph\u00e9nom\u00e8nes et agitation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e non orient\u00e9e.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9chelle de Bush-Francis (BFCRS) constitue l&rsquo;instrument de standardisation diagnostique et de suivi de r\u00e9f\u00e9rence internationale.<\/li>\n<li>Les neuroleptiques sont formellement proscrits d\u00e8s la suspicion du tableau sous peine de pr\u00e9cipiter une catatonie maligne l\u00e9tale.<\/li>\n<li>Le loraz\u00e9pam \u00e0 forte posologie constitue le traitement de premi\u00e8re ligne imm\u00e9diat ; l&rsquo;\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie (ECT) repr\u00e9sente le traitement de r\u00e9f\u00e9rence le plus puissant, obligatoire d&#8217;embl\u00e9e dans les formes malignes.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bush, G., Fink, M., Petrides, G., Dowling, F., &#038; Francis, A. (1996). Catatonia. I. Rating scale and standardized examination. <em>Acta Psychiatrica Scandinavica<\/em>, 93(2), 129\u2013134. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0447.1996.tb09814.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0447.1996.tb09814.x<\/a><\/li>\n<li>Fink, M., &#038; Taylor, M. A. (2003). <em>Catatonia: A Clinician&rsquo;s Guide to Diagnosis and Treatment<\/em>. Cambridge University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511544392\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511544392<\/a><\/li>\n<li>Kahlbaum, K. L. (1874). <em>Die Katatonie oder das Spannungsirresein<\/em>. Verlag von August Hirschwald. <a href=\"https:\/\/wellcomecollection.org\/works\/m2k3v5u5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/wellcomecollection.org\/works\/m2k3v5u5<\/a><\/li>\n<li>Shorter, E., &#038; Fink, M. (2018). <em>The Madness of Fear: A History of Catatonia<\/em>. Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/med\/9780190881177.001.0001\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/med\/9780190881177.001.0001<\/a><\/li>\n<li>Walther, S., &#038; Strik, W. (2016). Catatonia. <em>CNS Spectrums<\/em>, 21(4), 341\u2013348. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S109285291600028X\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S109285291600028X<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La catatonie est un syndrome neuropsychiatrique majeur caract\u00e9ris\u00e9 par des anomalies psychomotrices s\u00e9v\u00e8res telles que le mutisme, la catalepsie et la stupeur. D\u00e9couvrez sa physiopathologie, ses crit\u00e8res cliniques et ses traitements d&rsquo;urgence.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[14286,476,859],"tags":[27479,14325,7659,38646,14329,38645],"class_list":["post-22849","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychiatrie","category-psychiatrie","category-psychopathologie","tag-catalepsie","tag-catatonie","tag-electroconvulsivotherapie","tag-karl-ludwig-kahlbaum","tag-lorazepam","tag-syndrome-psychomoteur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22849","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22849\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22849"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22849"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22849"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}