{"id":22817,"date":"2026-10-28T00:49:11","date_gmt":"2026-10-28T00:49:11","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=casework-travail-social-de-cas"},"modified":"2026-10-28T00:49:11","modified_gmt":"2026-10-28T00:49:11","slug":"casework-travail-social-de-cas","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=casework-travail-social-de-cas","title":{"rendered":"Casework : L&rsquo;art de la relation d&rsquo;aide"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la psychologie clinique, de la sociologie appliqu\u00e9e et de l&rsquo;action m\u00e9dico-sociale, le <em>casework<\/em> constitue la m\u00e9thode matricielle de l&rsquo;intervention individuelle aupr\u00e8s des personnes en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9. D\u00e9velopp\u00e9e pour r\u00e9pondre aux d\u00e9faillances de l&rsquo;assistance caritative traditionnelle, cette approche \u00e9rige l&rsquo;\u00e9tude minutieuse de la subjectivit\u00e9 et de l&rsquo;environnement social en un v\u00e9ritable protocole clinique et scientifique. Comprendre les dynamiques intrins\u00e8ques du casework permet d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;histoire des th\u00e9rapies psychosociales et d&rsquo;appr\u00e9hender les pratiques contemporaines de l&rsquo;accompagnement individualis\u00e9.<\/p>\n<h2>Casework (Travail social de cas)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>casework<\/strong>, couramment d\u00e9sign\u00e9 en fran\u00e7ais sous les termes de \u00ab travail social de cas \u00bb, de \u00ab m\u00e9thode de cas \u00bb ou d&rsquo;\u00ab intervention individualis\u00e9e \u00bb, est une approche clinique et psychosociale visant \u00e0 aider un individu confront\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s personnelles, relationnelles, \u00e9conomiques ou mat\u00e9rielles qu&rsquo;il ne peut surmonter seul avec ses propres ressources. Cette d\u00e9marche repose sur l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une relation duelle th\u00e9rapeutique et structur\u00e9e entre le professionnel et l&rsquo;usager, orient\u00e9e vers la restauration des capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation psychosociale et l&rsquo;acc\u00e8s aux dispositifs collectifs.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, le casework postule que les d\u00e9sordres affectifs, comportementaux ou sociaux d&rsquo;une personne ne peuvent \u00eatre dissoci\u00e9s de son contexte \u00e9cologique global. L&rsquo;intervenant ne se contente pas d&rsquo;octroyer une aide instrumentale ou financi\u00e8re ; il engage une investigation compr\u00e9hensive des processus intrapsychiques et interpersonnels afin de mobiliser l&rsquo;agentivit\u00e9 du sujet. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une dialectique continue entre la compr\u00e9hension diagnostique approfondie de la situation singuli\u00e8re et la co-construction d&rsquo;un plan d&rsquo;action \u00e9mancipateur.<\/p>\n<p>Dans la th\u00e9orie contemporaine, le terme transcende le strict cadre de l&rsquo;assistance sociale pour d\u00e9signer un mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9 de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gestion_de_cas\">gestion de cas<\/a> (<em>case management<\/em>) clinique. Il conjugue le soutien psychoth\u00e9rapeutique de soutien, l&rsquo;orientation syst\u00e9mique, la m\u00e9diation institutionnelle et le plaidoyer social au b\u00e9n\u00e9fice des populations en grande pr\u00e9carit\u00e9, souffrant de troubles mentaux chroniques ou confront\u00e9es \u00e0 des ruptures biographiques majeures.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable anglais <em>casework<\/em> est un mot compos\u00e9 form\u00e9 des substantifs <em>case<\/em> et <em>work<\/em>. Le substantif <em>case<\/em> d\u00e9rive de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>cas<\/em>, lui-m\u00eame issu du latin <em>casus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>cadere<\/em> signifiant \u00ab choir, tomber, arriver de mani\u00e8re fortuite \u00bb. Dans les corpus juridiques et m\u00e9dicaux du XIXe si\u00e8cle, le \u00ab cas \u00bb d\u00e9signe une situation concr\u00e8te, singuli\u00e8re et probl\u00e9matique soumise \u00e0 l&rsquo;expertise d&rsquo;un sp\u00e9cialiste, formalisant une anomalie ou un \u00e9v\u00e9nement requ\u00e9rant une intervention cibl\u00e9e.<\/p>\n<p>Le second terme, <em>work<\/em>, puise ses origines dans le vieil anglais <em>weorc<\/em>, rattach\u00e9 \u00e0 la racine proto-indo-europ\u00e9enne <em>*werg-<\/em> qui \u00e9voque l&rsquo;action de faire, d&rsquo;\u00e9laborer ou d&rsquo;exercer un labeur syst\u00e9matique. La fusion des deux termes appara\u00eet au sein des mouvements de charit\u00e9 organis\u00e9e anglo-saxons (<em>Charity Organisation Society<\/em>) vers la fin du XIXe si\u00e8cle pour distinguer une d\u00e9marche rationnelle, m\u00e9thodique et investigatrice de la simple philanthropie charitable passive ou indiscrimin\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans la litt\u00e9rature scientifique est consacr\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mary_Richmond\">Mary Richmond<\/a> en 1917 dans son ouvrage fondateur <em>Social Diagnosis<\/em>, puis conceptualis\u00e9e d\u00e9finitivement dans <em>What is Social Casework?<\/em> en 1922. Lors de sa transposition dans le monde francophone, notamment apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale par des pionni\u00e8res comme Myriam David ou lors des stages d&rsquo;assistantes sociales form\u00e9es aux \u00c9tats-Unis, le vocable anglais a souvent \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 tel quel en raison de la complexit\u00e9 de restituer \u00e0 la fois son versant technique, clinique et humaniste par une traduction litt\u00e9rale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la nomenclature francophone, <strong>casework<\/strong> est un substantif masculin invariable ou r\u00e9gulier selon les corpus (bien que l&rsquo;invariabilit\u00e9 soit pr\u00e9conis\u00e9e : <em>le casework<\/em>, <em>les caseworks<\/em>). Sa transcription phon\u00e9tique en alphabet phon\u00e9tique international (API) adapt\u00e9e au fran\u00e7ais s&rsquo;\u00e9crit g\u00e9n\u00e9ralement <strong>\/k\u025bs.w\u0153\u0281k\/<\/strong> ou <strong>\/kaz.w\u0153\u0281k\/<\/strong>, tandis que la phon\u00e9tique anglaise standard se note <strong>\/\u02c8ke\u026as.w\u025c\u02d0k\/<\/strong>.<\/p>\n<p>En contexte professionnel et acad\u00e9mique, on emploie les syntagmes d\u00e9riv\u00e9s \u00ab travail social individualis\u00e9 \u00bb, \u00ab m\u00e9thode individualis\u00e9e \u00bb ou \u00ab relation d&rsquo;aide individualis\u00e9e \u00bb comme \u00e9quivalents stylistiques. Le praticien exer\u00e7ant cette m\u00e9thode est d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>caseworker<\/em> (\/k\u025bs.w\u0153\u0281.k\u0153\u0281\/), que l&rsquo;on francise fr\u00e9quemment en \u00ab travailleur social de cas \u00bb ou \u00ab intervenant psychosocial individuel \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le mot s&rsquo;utilise principalement comme un nom ind\u00e9nombrable r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la m\u00e9thodologie globale (\u00ab la pratique du casework \u00bb) ou comme modificateur nominal dans des expressions sp\u00e9cialis\u00e9es (\u00ab la d\u00e9marche de casework \u00bb, \u00ab l&rsquo;approche casework \u00bb). Il convient de ne pas le confondre avec le <em>case report<\/em> (\u00e9tude de cas \u00e0 vis\u00e9e purement heuristique ou clinique) ni avec la <em>case law<\/em> (jurisprudence).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le casework s&rsquo;articule autour d&rsquo;un postulat anthropologique et clinique central : chaque \u00eatre humain forme une entit\u00e9 indivisible et unique, dont la d\u00e9tresse ne saurait \u00eatre r\u00e9solue par des recettes standardis\u00e9es ou des cat\u00e9gorisations administratives anonymes. La m\u00e9thode vise \u00e0 appr\u00e9hender \u00ab l&rsquo;homme en situation \u00bb (<em>person-in-environment<\/em>). Ce paradigme \u00e9cologique implique que tout probl\u00e8me individuel r\u00e9sulte d&rsquo;une friction ou d&rsquo;une inad\u00e9quation entre les capacit\u00e9s internes de l&rsquo;individu (ressources cognitives, d\u00e9fenses psychologiques, affects) et les exigences ou carences de son environnement proximal (famille, pairs, r\u00e9seau professionnel) et distal (institutions, contraintes \u00e9conomiques, discriminations syst\u00e9miques).<\/p>\n<p>Le c\u0153ur op\u00e9ratoire du casework r\u00e9side dans la relation d&rsquo;aide interpersonnelle. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple vecteur d&rsquo;\u00e9change d&rsquo;informations, cette relation constitue le levier th\u00e9rapeutique principal. Par son \u00e9coute active, son acceptation inconditionnelle et sa neutralit\u00e9 bienveillante, le professionnel offre un \u00e9tayage relationnel permettant au client d&rsquo;explorer ses conflits internes sans craindre le jugement social. La relation de casework s&rsquo;appuie sur le concept de <em>self-determination<\/em> (autod\u00e9termination) : le praticien ne d\u00e9cide pas \u00e0 la place de la personne, mais cr\u00e9e les conditions psychologiques et mat\u00e9rielles indispensables pour qu&rsquo;elle puisse exercer un choix lucide et responsable.<\/p>\n<p>Le processus se structure classiquement selon une trajectoire dynamique en plusieurs phases interd\u00e9pendantes : l&rsquo;accueil et l&rsquo;\u00e9valuation initiale (<em>intake<\/em>), le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diagnostic_psychosocial\">diagnostic psychosocial<\/a>, la contractualisation des objectifs, l&rsquo;intervention directrice et indirecte, et enfin la terminaison ou l&rsquo;\u00e9valuation finale. Le diagnostic psychosocial ne s&rsquo;apparente pas \u00e0 une classification nosographique m\u00e9dicale r\u00e9ductrice ; il s&rsquo;agit d&rsquo;une analyse explicative conjointe des facteurs historiques, des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs, des forces de r\u00e9silience et des freins externes qui sous-tendent la souffrance ou le dysfonctionnement observ\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan des techniques, le casework alterne des interventions directes \u2014 ax\u00e9es sur l&rsquo;entretien en face-\u00e0-face, la clarification \u00e9motionnelle, la r\u00e9assurance, la catharsis et la restructuration cognitive \u2014 et des interventions indirectes. Ces derni\u00e8res englobent les d\u00e9marches de m\u00e9diation aupr\u00e8s des tiers, la coordination des services m\u00e9dicaux ou sociaux, l&rsquo;am\u00e9nagement de l&rsquo;environnement mat\u00e9riel du client et l&rsquo;activation des r\u00e9seaux de soutien formels et informels. Cette bi-focalit\u00e9 permanente entre l&rsquo;intrapsychique et l&rsquo;environnemental distingue radicalement le casework de la psychanalyse classique ou des th\u00e9rapies purement verbales en cabinet ferm\u00e9.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence du casework plonge ses racines dans les bouleversements socio-\u00e9conomiques de la r\u00e9volution industrielle \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle en Angleterre et aux \u00c9tats-Unis. Face \u00e0 la paup\u00e9risation urbaine massive et \u00e0 l&rsquo;inefficacit\u00e9 de l&rsquo;aum\u00f4ne traditionnelle qui d\u00e9responsabilisait souvent les indigents, des organisations philanthropiques telles que la <em>Charity Organisation Society<\/em> (COS), cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Londres en 1869 puis implant\u00e9e aux \u00c9tats-Unis en 1877, entreprennent de rationaliser les secours. Des \u00ab visiteuses amicales \u00bb (<em>friendly visitors<\/em>), souvent des femmes issues de la bourgeoisie, se rendent au domicile des n\u00e9cessiteux pour enqu\u00eater sur les causes r\u00e9elles de leur d\u00e9nuement, distinguant les pauvres \u00ab m\u00e9ritants \u00bb de ceux jug\u00e9s corrompus.<\/p>\n<p>Le tournant vers la professionnalisation et la scientificit\u00e9 s&rsquo;op\u00e8re sous l&rsquo;impulsion de <strong>Mary Richmond<\/strong> (1861-1928). Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de la COS de Baltimore puis de Philadelphie, elle th\u00e9orise la m\u00e9thode dans son ouvrage monumental <em>Social Diagnosis<\/em> (1917). Richmond s&rsquo;inspire de la m\u00e9thode scientifique, du raisonnement m\u00e9dical et des r\u00e8gles de la preuve juridique pour concevoir une d\u00e9marche rigoureuse d&rsquo;investigation sociale. Dans <em>What is Social Casework?<\/em> (1922), elle d\u00e9finit la m\u00e9thode comme l&rsquo;ensemble des processus qui d\u00e9veloppent la personnalit\u00e9 par des ajustements consciemment effectu\u00e9s, individu par individu, entre les hommes et leur milieu social.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1920 et 1930, le casework traverse ce que l&rsquo;histoire nomme le \u00ab grand d\u00e9luge psychiatrique \u00bb. Sous l&rsquo;influence grandissante de Sigmund Freud et de ses disciples exil\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, la discipline int\u00e8gre les concepts psychanalytiques de transfert, de contre-transfert, de m\u00e9canismes de d\u00e9fense et d&rsquo;inconscient. Des th\u00e9oriciennes comme <strong>Gordon Hamilton<\/strong> et <strong>Florence Hollis<\/strong> formalisent l&rsquo;\u00e9cole psychosociale \u00e0 la Columbia University School of Social Work, postulant que les sympt\u00f4mes sociaux trouvent fr\u00e9quemment leur source dans des n\u00e9vroses non r\u00e9solues et des traumatismes infantiles.<\/p>\n<p>En r\u00e9action \u00e0 cette orientation jug\u00e9e parfois trop d\u00e9terministe et pathologisante, l&rsquo;Universit\u00e9 de Pennsylvanie voit na\u00eetre dans les ann\u00e9es 1930 l&rsquo;\u00e9cole fonctionnaliste, men\u00e9e par <strong>Jessie Taft<\/strong> et <strong>Virginia Robinson<\/strong>, inspir\u00e9es par les travaux d&rsquo;Otto Rank. Cette approche met l&rsquo;accent sur l&rsquo;usage dynamique du temps, le r\u00f4le de la volont\u00e9 du client et la fonction institutionnelle de l&rsquo;agence d&rsquo;aide comme cadre structurant le changement.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1950 et 1960, <strong>Helen Harris Perlman<\/strong> r\u00e9alise une synth\u00e8se majeure en publiant <em>Social Casework: A Problem-solving Process<\/em> (1957). Elle conceptualise le mod\u00e8le de r\u00e9solution de probl\u00e8mes articul\u00e9 autour des \u00ab 4 P \u00bb (<em>Person, Problem, Place, Process<\/em>). Perlman d\u00e9place le centre de gravit\u00e9 de l&rsquo;exploration interminable du pass\u00e9 vers la r\u00e9solution pragmatique des conflits du pr\u00e9sent. D\u00e8s les ann\u00e9es 1970, la mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;approche syst\u00e9mique, des th\u00e9ories cognitivo-comportementales et de l&rsquo;approche centr\u00e9e sur les forces (<em>strengths perspective<\/em>) parach\u00e8ve la modernisation du casework, l&rsquo;int\u00e9grant pleinement aux standards contemporains de la prise en charge clinique int\u00e9gr\u00e9e.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le socle conceptuel du casework se caract\u00e9rise par un pluralisme th\u00e9orique int\u00e9gratif, ayant su incorporer au fil des d\u00e9cennies plusieurs paradigmes majeurs des sciences humaines et de la psychologie :<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie psychodynamique<\/strong> a fourni au casework sa grammaire relationnelle initiale. L&rsquo;analyse des d\u00e9fenses du moi, de la fixation traumatique, ainsi que le maniement subtil du transfert et du contre-transfert dans l&rsquo;entretien permettent au praticien de d\u00e9coder les r\u00e9sistances du client face au changement. L&rsquo;approche psychosociale d\u00e9velopp\u00e9e par Florence Hollis insiste sur le concept de diagnostic \u00e9volutif, consid\u00e9rant que la relation de casework doit procurer une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle corrective, r\u00e9paratrice des carences relationnelles primaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>approche syst\u00e9mique et \u00e9cologique<\/strong>, incarn\u00e9e notamment par Urie Bronfenbrenner et transpos\u00e9e en travail social par Carel Germain et Alex Gitterman dans leur mod\u00e8le de vie (<em>Life Model of Social Work Practice<\/em>), constitue le second pilier incontournable. Cette perspective con\u00e7oit l&rsquo;individu non pas comme une monade isol\u00e9e, mais comme un \u00e9l\u00e9ment engag\u00e9 dans des transactions permanentes avec plusieurs sous-syst\u00e8mes : microsyst\u00e8me (famille), m\u00e9sosyst\u00e8me (r\u00e9seau social imm\u00e9diat), exosyst\u00e8me (institutions locales) et macrosyst\u00e8me (culture, l\u00e9gislation). Le casework s&rsquo;attache ainsi \u00e0 r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre de ces interactions mutuelles et \u00e0 briser les cercles de r\u00e9troaction n\u00e9gative.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le cognitivo-comportemental<\/strong> et la <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;apprentissage social<\/strong> d&rsquo;Albert Bandura ont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9 les interventions cibl\u00e9es de r\u00e9solution de probl\u00e8mes. Le casework contemporain mobilise les concepts d&rsquo;auto-efficacit\u00e9, de restructuration cognitive et d&rsquo;entra\u00eenement aux comp\u00e9tences sociales. Le professionnel guide le b\u00e9n\u00e9ficiaire dans l&rsquo;identification des sch\u00e9mas de pens\u00e9e dysfonctionnels qui entretiennent son sentiment d&rsquo;impuissance acquise, favorisant l&rsquo;apprentissage de nouveaux comportements adapt\u00e9s par le modelage et l&rsquo;exp\u00e9rimentation concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;<strong>approche centr\u00e9e sur la personne<\/strong> de Carl Rogers a impr\u00e9gn\u00e9 l&rsquo;\u00e9thique m\u00eame de l&rsquo;intervention. La conviction que tout \u00eatre humain poss\u00e8de une tendance inn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;actualisation de soi impose au praticien trois attitudes fondamentales : l&#8217;empathie rigoureuse, la congruence (authenticit\u00e9) et le regard positif inconditionnel. Cette posture humaniste d\u00e9samorce les asym\u00e9tries de pouvoir inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;institution d&rsquo;aide et soutient l&rsquo;autonomie psychologique de la personne.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La pratique du casework repose sur une structure modulaire comprenant des \u00e9l\u00e9ments invariables et des variantes m\u00e9thodologiques adapt\u00e9es aux contextes cliniques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les quatre dimensions fondamentales d&rsquo;Helen Harris Perlman (Les \u00ab 4 P \u00bb) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>La Personne (Person) :<\/em> Un individu en souffrance, porteur d&rsquo;une histoire singuli\u00e8re, de ressources internes et de vuln\u00e9rabilit\u00e9s biopsychosociales.<\/li>\n<li><em>Le Probl\u00e8me (Problem) :<\/em> La difficult\u00e9 sp\u00e9cifique, intrapsychique ou situationnelle, qui entrave le fonctionnement adaptatif du sujet au moment de la demande.<\/li>\n<li><em>Le Lieu (Place) :<\/em> L&rsquo;organisme, l&rsquo;institution ou l&rsquo;agence sociale dont le mandat, les politiques et les ressources d\u00e9limitent le cadre d&rsquo;intervention.<\/li>\n<li><em>Le Processus (Process) :<\/em> La suite progressive d&rsquo;entretiens et d&rsquo;actions concert\u00e9es mobilisant les capacit\u00e9s du client pour restaurer son autonomie.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les typologies d&rsquo;intervention en casework :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Le casework psychosocial (ou clinique) :<\/em> Centr\u00e9 sur les interactions entre conflits \u00e9motionnels inconscients et pressions environnementales, privil\u00e9giant l&rsquo;introspection, le soutien affectif et la prise de conscience.<\/li>\n<li><em>Le casework de r\u00e9solution de probl\u00e8mes (Problem-solving) :<\/em> Ax\u00e9 sur l&rsquo;identification rationnelle des obstacles, la hi\u00e9rarchisation des priorit\u00e9s et la recherche pragmatique de solutions \u00e0 court et moyen terme.<\/li>\n<li><em>Le casework ax\u00e9 sur la t\u00e2che (Task-centered casework) :<\/em> D\u00e9velopp\u00e9 par William J. Reid et Laura Epstein, ce mod\u00e8le bref et tr\u00e8s structur\u00e9 focalise le travail sur la r\u00e9alisation d&rsquo;objectifs pr\u00e9cis d\u00e9finis conjointement sur une dur\u00e9e limit\u00e9e (g\u00e9n\u00e9ralement 8 \u00e0 12 s\u00e9ances).<\/li>\n<li><em>Le casework de gestion de cas (Clinical Case Management) :<\/em> Mod\u00e8le combinant l&rsquo;accompagnement relationnel intensif avec la coordination experte d&rsquo;un r\u00e9seau complexe de services m\u00e9dicosociaux pour les situations de grande d\u00e9pendance ou de multimorbidit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les principes \u00e9thiques cardinaux :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;individualisation :<\/em> Reconnaissance de l&rsquo;unicit\u00e9 de chaque situation, interdisant toute standardisation bureaucratique des r\u00e9ponses.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;expression intentionnelle des sentiments :<\/em> Autorisation accord\u00e9e au client de verbaliser librement ses \u00e9motions, y compris n\u00e9gatives (col\u00e8re, honte, angoisse).<\/li>\n<li><em>L&rsquo;engagement \u00e9motionnel contr\u00f4l\u00e9 :<\/em> Capacit\u00e9 du professionnel \u00e0 faire preuve d&rsquo;une empathie profonde sans sombrer dans l&rsquo;identification projective ni la fusion affective.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;autod\u00e9termination :<\/em> Droit fondamental et inali\u00e9nable du b\u00e9n\u00e9ficiaire de choisir ses propres finalit\u00e9s existentielles dans les limites de la l\u00e9galit\u00e9.<\/li>\n<li><em>Le secret professionnel et la confidentialit\u00e9 :<\/em> Garantie absolue du respect de l&rsquo;intimit\u00e9 comme pr\u00e9requis indispensable \u00e0 la confiance mutuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender le fonctionnement pragmatique de cette m\u00e9thode, examinons deux situations cliniques concr\u00e8tes repr\u00e9sentatives de la polyvalence du casework contemporain :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : R\u00e9insertion apr\u00e8s d\u00e9compensation psychiatrique<\/strong><br \/>Julien, 34 ans, diagnostiqu\u00e9 avec un trouble bipolaire stabilis\u00e9, sort d&rsquo;une hospitalisation prolong\u00e9e. Il se trouve sans logement autonome, en rupture familiale aigu\u00eb et sans emploi, confront\u00e9 \u00e0 un sentiment intense de d\u00e9valorisation. L&rsquo;intervention en casework d\u00e9bute par une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens centr\u00e9s sur la clarification \u00e9motionnelle et la reconstruction de l&rsquo;estime de soi. Le praticien ne se borne pas \u00e0 orienter Julien vers un foyer : il explore les craintes de stigmatisation et les angoisses d&rsquo;\u00e9chec qui bloquent ses initiatives. Conjointement, le travailleur social active le volet indirect : m\u00e9diation avec la famille pour r\u00e9tablir une communication non culpabilisante, coordination avec le centre m\u00e9dico-psychologique pour assurer l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique, et d\u00e9marches concert\u00e9es avec les bailleurs sociaux pour l&rsquo;obtention d&rsquo;un appartement th\u00e9rapeutique. Par \u00e9tapes successives convenues dans un contrat d&rsquo;objectifs, Julien r\u00e9acquiert un sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 et parvient \u00e0 stabiliser son cadre de vie.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Pr\u00e9vention de l&rsquo;expulsion et d\u00e9tresse monoparentale<\/strong><br \/>Nadia, m\u00e8re isol\u00e9e de deux jeunes enfants, accumule plusieurs mois d&rsquo;arri\u00e9r\u00e9s de loyer suite \u00e0 une s\u00e9paration conflictuelle et \u00e0 la perte de son travail pr\u00e9caire. Submerg\u00e9e par des crises d&rsquo;angoisse, elle \u00e9vite les courriers d&rsquo;avertissement et se trouve sous le coup d&rsquo;une proc\u00e9dure d&rsquo;expulsion. La d\u00e9marche de casework consiste dans un premier temps \u00e0 procurer un \u00e9tayage s\u00e9curisant permettant de juguler la sid\u00e9ration anxieuse de Nadia. Une fois la relation de confiance scell\u00e9e, le professionnel utilise le mod\u00e8le ax\u00e9 sur la t\u00e2che : division du probl\u00e8me global en sous-objectifs surmontables (ouverture des droits \u00e0 l&rsquo;aide au logement, n\u00e9gociation d&rsquo;un plan d&rsquo;apurement de la dette aupr\u00e8s du propri\u00e9taire, mise en place d&rsquo;un soutien psychologique pour surmonter le traumatisme de la rupture). Par ce processus, Nadia redevient actrice de sa gestion quotidienne et d\u00e9samorce la trajectoire de marginalisation qui mena\u00e7ait sa cellule familiale.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic psychosocial<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation dans le cadre du casework s&rsquo;est progressivement outill\u00e9e pour allier rigueur clinique et exigences de tra\u00e7abilit\u00e9 scientifique, sans jamais r\u00e9duire la personne \u00e0 un score statistique brut :<\/p>\n<p>Le diagnostic psychosocial s&rsquo;appuie classiquement sur l&rsquo;analyse de trois axes interactifs : la dynamique intrapsychique (degr\u00e9 de maturit\u00e9 du moi, d\u00e9fenses psychiques, r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle), la dynamique relationnelle et syst\u00e9mique (solidit\u00e9 du r\u00e9seau familial, qualit\u00e9 des attachements, conflits de r\u00f4les) et les conditions mat\u00e9rielles\/environnementales (revenus, habitat, sant\u00e9 physique, acc\u00e8s aux droits). Des outils graphiques syst\u00e9miques comme le <em>g\u00e9nogramme<\/em> (cartographie g\u00e9n\u00e9alogique retra\u00e7ant les loyaut\u00e9s invisibles et les transmissions transg\u00e9n\u00e9rationnelles sur trois g\u00e9n\u00e9rations) et l&rsquo;<em>\u00e9co-carte<\/em> (sch\u00e9matisation des flux d&rsquo;\u00e9nergie et de tension entre la famille et son \u00e9cosyst\u00e8me institutionnel) sont largement pl\u00e9biscit\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la pratique moderne anglo-saxonne et europ\u00e9enne, des instruments standardis\u00e9s d&rsquo;\u00e9valuation des besoins et de la qualit\u00e9 de vie sont int\u00e9gr\u00e9s au suivi longitudinal. On utilise fr\u00e9quemment des \u00e9chelles telles que la <em>Camberwell Assessment of Need<\/em> (CAN) pour \u00e9valuer l&rsquo;ad\u00e9quation entre les besoins ressentis par la personne et l&rsquo;aide effectivement re\u00e7ue dans plus de vingt domaines de l&rsquo;existence. De m\u00eame, l&rsquo;<em>\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation globale du fonctionnement<\/em> (GAF) ou des questionnaires d&rsquo;auto-\u00e9valuation du sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9 (comme l&rsquo;\u00e9chelle de Schwarzer et Jerusalem) permettent d&rsquo;objectiver l&rsquo;\u00e9volution psychologique du b\u00e9n\u00e9ficiaire entre l&rsquo;amont et l&rsquo;aval de l&rsquo;accompagnement.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des r\u00e9sultats (<em>outcomes measurement<\/em>) s&rsquo;effectue en continu et de mani\u00e8re collaborative. Le contrat psychosocial sign\u00e9 ou consenti oralement entre l&rsquo;usager et le praticien sert de boussole \u00e9valuative : il stipule des indicateurs comportementaux et factuels v\u00e9rifiables (par exemple : maintien d&rsquo;une observance m\u00e9dicale, r\u00e9duction des comportements d&rsquo;isolement, respect d&rsquo;un budget). Cette mesure permanente garantit la flexibilit\u00e9 du plan d&rsquo;intervention, permettant de le r\u00e9ajuster d\u00e8s lors que des blocages impr\u00e9vus ou de nouvelles crises \u00e9mergent.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence architecturale du casework en fait un dispositif indispensable au sein d&rsquo;une multitude d&rsquo;institutions publiques, priv\u00e9es et associatives :<\/p>\n<p>Dans le <strong>secteur de la sant\u00e9 mentale et de la psychiatrie communautaire<\/strong>, le casework clinique s&rsquo;incarne sous la forme du suivi intensif dans le milieu (<em>Assertive Community Treatment<\/em>). Il offre aux patients souffrant de schizophr\u00e9nie ou de troubles de l&rsquo;humeur s\u00e9v\u00e8res une continuit\u00e9 relationnelle vitale. L&rsquo;intervenant fait le pont entre les consultations m\u00e9dicales, le suivi pharmacologique et les r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes de l&rsquo;insertion dans la cit\u00e9, r\u00e9duisant drastiquement les taux de r\u00e9hospitalisation d&rsquo;urgence (le fameux ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab porte tournante \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le <strong>champ de la protection de l&rsquo;enfance<\/strong>, le casework constitue la pierre angulaire de l&rsquo;accompagnement des familles en crise et de l&rsquo;\u00e9valuation du danger potentiel pour le mineur. Le praticien intervient \u00e0 domicile pour d\u00e9nouer les dysfonctionnements parentaux, soutenir les comp\u00e9tences \u00e9ducatives et pr\u00e9venir les carences affectives ou physiques graves. Lorsque le placement s&rsquo;av\u00e8re in\u00e9vitable, le casework accompagne la s\u00e9paration psychologique tout en maintenant, lorsque c&rsquo;est opportun, les liens d&rsquo;attachement primaires.<\/p>\n<p>Au sein des <strong>services p\u00e9nitentiaires et de probation<\/strong>, l&rsquo;approche est mobilis\u00e9e pour favoriser la r\u00e9habilitation sociale et pr\u00e9venir la r\u00e9cidive. Le casework judiciaire concilie le contr\u00f4le des obligations l\u00e9gales avec une relation d&rsquo;aide individualis\u00e9e visant la responsabilisation de l&rsquo;auteur d&rsquo;infraction, le traitement des addictions comorbides et la r\u00e9insertion socioprofessionnelle graduelle.<\/p>\n<p>Enfin, dans les <strong>structures d&rsquo;urgence sociale et d&rsquo;h\u00e9bergement pour sans-abri<\/strong>, le casework sert de cadre de stabilisation psychique pour des individus d\u00e9socialis\u00e9s, en \u00e9tat de grand isolement. En procurant une relation fiable et continue dans un univers par ailleurs chaotique, il restaure la confiance intersubjective fondamentale, pr\u00e9alable absolu \u00e0 tout projet de relogement p\u00e9renne ou d&rsquo;acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 physique et mentale.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 du casework a fait l&rsquo;objet d&rsquo;intenses d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et de nombreuses investigations empiriques depuis les ann\u00e9es 1970 :<\/p>\n<p>Historiquement, la profession a \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e par la m\u00e9ta-analyse controvers\u00e9e de Joel Fischer en 1973, publi\u00e9e sous le titre <em>Is Casework Effective? A Review<\/em>. Fischer concluait qu&rsquo;un nombre alarmant d&rsquo;\u00e9tudes rigoureusement contr\u00f4l\u00e9es ne d\u00e9montraient aucun avantage mesurable du casework traditionnel non structur\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;absence de traitement, certaines cohortes montrant m\u00eame une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9t\u00e9rioration. Cette onde de choc \u00e9pist\u00e9mologique a sonn\u00e9 le glas du casework vague d&rsquo;inspiration purement psychanalytique et a contraint les chercheurs \u00e0 formaliser des approches manu\u00e9lis\u00e9es, v\u00e9rifiables et centr\u00e9es sur des objectifs mesurables.<\/p>\n<p>Depuis cette crise salutaire, la recherche contemporaine bas\u00e9e sur les donn\u00e9es probantes (<em>Evidence-Based Practice<\/em>) a r\u00e9habilit\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 des mod\u00e8les structur\u00e9s de casework. Les travaux de William J. Reid sur le <em>Task-Centered Model<\/em> ont apport\u00e9 des preuves robustes, par le biais d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s, d&rsquo;une am\u00e9lioration significative de la r\u00e9solution des conflits familiaux et des probl\u00e8mes d&rsquo;adaptation scolaire dans des d\u00e9lais d&rsquo;intervention courts.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la sant\u00e9 mentale s\u00e9v\u00e8re, les m\u00e9ta-analyses publi\u00e9es par l&rsquo;institut Cochrane concernant le <em>case management<\/em> intensif et le casework clinique d\u00e9montrent syst\u00e9matiquement une r\u00e9duction de 20 % \u00e0 40 % de la dur\u00e9e des s\u00e9jours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique, une am\u00e9lioration marqu\u00e9e de l&rsquo;engagement dans les soins et un accroissement mesurable de la satisfaction globale des usagers comparativement aux soins standards. Les recherches longitudinales mettent \u00e9galement en exergue que la qualit\u00e9 de l&rsquo;alliance de travail (l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique th\u00e9oris\u00e9e par Edward Bordin) constitue le pr\u00e9dicteur statistique le plus puissant de la r\u00e9ussite de l&rsquo;intervention, confirmant l&rsquo;intuition s\u00e9culaire de Mary Richmond quant au r\u00f4le moteur de la relation humaine interpersonnelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>N\u00e9 dans le contexte occidental, industrialis\u00e9, urbain et individualiste du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le mod\u00e8le classique du casework a d\u00fb faire face \u00e0 d&rsquo;importants d\u00e9fis d&rsquo;adaptation pour pr\u00e9server sa pertinence aupr\u00e8s de populations issues de la diversit\u00e9 culturelle ou de soci\u00e9t\u00e9s collectivistes :<\/p>\n<p>L&rsquo;injonction cardinale \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination individuelle et \u00e0 l&rsquo;autonomie personnelle, valoris\u00e9e par le casework occidental, peut entrer en conflit direct avec des cultures o\u00f9 le primat accord\u00e9 \u00e0 la coh\u00e9sion communautaire, \u00e0 la filiation, au clan et \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 parentale pr\u00e9vaut sur les d\u00e9sirs singuliers. L&rsquo;intervenant impr\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;une posture monoculturelle risque d&rsquo;interpr\u00e9ter \u00e0 tort la d\u00e9pendance familiale ou la d\u00e9f\u00e9rence envers les a\u00een\u00e9s comme un manque de maturit\u00e9 psychologique ou une pathologie de la diff\u00e9renciation du soi.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de la <em>comp\u00e9tence transculturelle<\/em> en travail social exige une d\u00e9centration \u00e9pist\u00e9mologique. Le praticien doit appr\u00e9hender les repr\u00e9sentations culturelles de la maladie, de la folie, de la honte et de la solidarit\u00e9 propres \u00e0 chaque groupe. Dans de nombreuses communaut\u00e9s autochtones ou migrantes, l&rsquo;intervention purement individuelle en bureau ferm\u00e9 est per\u00e7ue avec m\u00e9fiance ; l&rsquo;aide ne prend son sens que si elle int\u00e8gre les autorit\u00e9s traditionnelles, les r\u00e9seaux d&rsquo;entraide communautaire et les pratiques rituelles r\u00e9paratrices du lien social.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le casework transculturel impose une analyse critique des rapports de domination syst\u00e9mique, du racisme institutionnel et des traumatismes historiques v\u00e9cus par les minorit\u00e9s. Le travailleur social ne peut s&rsquo;en tenir \u00e0 une lecture intrapsychique de la d\u00e9tresse lorsque celle-ci est largement conditionn\u00e9e par l&rsquo;oppression sociale, la pr\u00e9carit\u00e9 du statut administratif ou la marginalisation \u00e9conomique. La pratique contemporaine s&rsquo;oriente vers un mod\u00e8le anti-oppressif qui allie la prise en compte de la subjectivit\u00e9 culturelle \u00e0 une action r\u00e9solue pour la justice sociale.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de son apport matriciel ind\u00e9niable, le casework a suscit\u00e9 des critiques th\u00e9oriques et politiques virulentes \u00e9manant de divers horizons des sciences sociales :<\/p>\n<p>La critique sociologique et politique, formul\u00e9e avec vigueur d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 et 1970 par le courant du travail social radical et par des sociologues critiques (notamment dans la tradition de Michel Foucault), accuse le casework de d\u00e9politiser les probl\u00e8mes structurels. En focalisant l&rsquo;analyse sur le dysfonctionnement individuel et l&rsquo;adaptation du sujet \u00e0 son milieu, la m\u00e9thode agirait comme un instrument de contr\u00f4le social et de maintien de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. En invitant les personnes pr\u00e9caris\u00e9es \u00e0 modifier leurs attitudes plut\u00f4t qu&rsquo;en contestant l&rsquo;injustice de la r\u00e9partition des richesses, le casework risquerait de transformer des revendications collectives l\u00e9gitimes en pathologies psychologiques priv\u00e9es.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le risque de d\u00e9rive paternaliste et d&rsquo;intrusion dans la vie priv\u00e9e. Sous couvert de diagnostic approfondi et d&rsquo;investigation bienveillante, le casework a pu historiquement imposer des normes comportementales, morales et domestiques bourgeoises \u00e0 des classes populaires d\u00e9favoris\u00e9es, instituant une surveillance biopolitique panoptique sur les m\u00e9nages assist\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan organisationnel contemporain, le casework souffre de la manag\u00e9rialisation et de la bureaucratisation croissante du secteur m\u00e9dicosocial (<em>New Public Management<\/em>). Confront\u00e9s \u00e0 des exigences de rentabilit\u00e9 comptable, \u00e0 la multiplication des formulaires informatis\u00e9s et \u00e0 la surcharge exponentielle des dossiers, les praticiens alertent r\u00e9guli\u00e8rement sur la r\u00e9duction du temps d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute clinique authentique. Le risque est grand de voir le casework vid\u00e9 de sa substance relationnelle et d\u00e9grad\u00e9 en un simple traitement administratif de flux, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9valuation des risques et le tri statistique l&#8217;emportent sur l&rsquo;accompagnement humain \u00e9mancipateur.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique fr\u00e9quente dans la litt\u00e9rature psychologique et m\u00e9dico-sociale, il est indispensable d&rsquo;op\u00e9rer des distinctions nettes entre le casework et d&rsquo;autres concepts affili\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Casework vs Gestion de cas (Case Management) :<\/strong> Le casework est une m\u00e9thode d&rsquo;intervention relationnelle et clinique o\u00f9 le th\u00e9rapeute traite directement les aspects intrapsychiques et psychosociaux du sujet. Le <em>case management<\/em> est une fonction plus macroscopique de coordination, de planification et d&rsquo;allocation de ressources \u00e0 travers un r\u00e9seau de prestataires institutionnels, qui peut parfois manquer de la profondeur clinique du casework traditionnel.<\/li>\n<li><strong>Casework vs Psychoth\u00e9rapie :<\/strong> Bien que partageant des outils d&rsquo;entretien et des fondements psychodynamiques ou cognitifs, la psychoth\u00e9rapie traite principalement les troubles psychiatriques et les structures de personnalit\u00e9 en cabinet ou en clinique ferm\u00e9e, sans intervenir sur le milieu social imm\u00e9diat. Le casework agit sur les deux fronts simultan\u00e9s : la dynamique psychologique interne et la modification concr\u00e8te de l&rsquo;environnement mat\u00e9riel et social.<\/li>\n<li><strong>Casework vs Travail social de groupe (Group Work) :<\/strong> Le casework privil\u00e9gie la dyade individu-praticien pour traiter les probl\u00e9matiques singuli\u00e8res, tandis que le <em>group work<\/em> mobilise les dynamiques de pairs, l&rsquo;interaction collective et le sentiment d&rsquo;universalit\u00e9 comme leviers th\u00e9rapeutiques principaux.<\/li>\n<li><strong>Casework vs D\u00e9veloppement social local (Community Organizing) :<\/strong> Le casework op\u00e8re au niveau micro-analytique (l&rsquo;individu, la famille), alors que le travail social communautaire vise l&#8217;empowerment collectif, la conscientisation politique et l&rsquo;organisation militante \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un quartier ou d&rsquo;une population cibl\u00e9e pour modifier les rapports de force institutionnels.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le casework repr\u00e9sente l&rsquo;assise historique et clinique fondatrice de l&rsquo;intervention psychosociale individualis\u00e9e. Loin de se r\u00e9duire \u00e0 une proc\u00e9dure technocratique, il se caract\u00e9rise par une posture holistique exigeante dont les fondements demeurent d&rsquo;une br\u00fblante actualit\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Une approche holistique int\u00e9gr\u00e9e :<\/strong> Le casework postule l&rsquo;indissociabilit\u00e9 de la vie intrapsychique et de l&rsquo;environnement socio-institutionnel (\u00ab l&rsquo;homme en situation \u00bb).<\/li>\n<li><strong>La relation humaine comme levier curatif :<\/strong> La qualit\u00e9 de l&rsquo;alliance entre le praticien et le client, fond\u00e9e sur l&#8217;empathie, l&rsquo;acceptation inconditionnelle et l&rsquo;autod\u00e9termination, constitue le moteur principal de la r\u00e9silience et du changement personnel.<\/li>\n<li><strong>Une m\u00e9thodologie rigoureuse :<\/strong> Le processus suit une dialectique structur\u00e9e allant du diagnostic psychosocial compr\u00e9hensif \u00e0 la co-construction d&rsquo;objectifs \u00e9valuables et \u00e0 la mise en \u0153uvre d&rsquo;actions directes et indirectes.<\/li>\n<li><strong>Un engagement \u00e9thique constant :<\/strong> Face aux d\u00e9rives manag\u00e9riales et aux injonctions \u00e0 la normalisation sociale, le casework contemporain r\u00e9affirme la dignit\u00e9 inali\u00e9nable de chaque individu et son droit \u00e0 une \u00e9coute clinique singuli\u00e8re au sein de la Cit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Fischer, J. (1973). Is casework effective? A review. <em>Social Work<\/em>, 18(1), 5-21. <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/sw\/article-abstract\/18\/1\/5\/1922731\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/sw\/18.1.5<\/a><\/li>\n<li>Hamilton, G. (1951). <em>Theory and practice of social case work<\/em> (2nd ed.). Columbia University Press. <a href=\"https:\/\/www.worldcat.org\/title\/theory-and-practice-of-social-case-work\/oclc\/492582\">https:\/\/www.worldcat.org\/title\/theory-and-practice-of-social-case-work\/oclc\/492582<\/a><\/li>\n<li>Hollis, F., &amp; Woods, M. E. (1981). <em>Casework: A psychosocial therapy<\/em> (3rd ed.). Random House. <a href=\"https:\/\/www.worldcat.org\/title\/casework-a-psychosocial-therapy\/oclc\/6814234\">https:\/\/www.worldcat.org\/title\/casework-a-psychosocial-therapy\/oclc\/6814234<\/a><\/li>\n<li>Perlman, H. H. (1957). <em>Social casework: A problem-solving process<\/em>. The University of Chicago Press. <a href=\"https:\/\/press.uchicago.edu\/ucp\/books\/book\/chicago\/S\/bo3618305.html\">https:\/\/press.uchicago.edu\/ucp\/books\/book\/chicago\/S\/bo3618305.html<\/a><\/li>\n<li>Richmond, M. E. (1917). <em>Social diagnosis<\/em>. Russell Sage Foundation. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/socialdiagnosis00richuoft\">https:\/\/archive.org\/details\/socialdiagnosis00richuoft<\/a><\/li>\n<li>Richmond, M. E. (1922). <em>What is social case work? An introductory description<\/em>. Russell Sage Foundation. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/whatissocialcase00richuoft\">https:\/\/archive.org\/details\/whatissocialcase00richuoft<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le casework, ou travail social de cas, est la m\u00e9thode clinique matricielle de la relation d&rsquo;aide individuelle ax\u00e9e sur l&rsquo;articulation entre vie psychique et environnement social.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[36963,3,16577],"tags":[38543,25433,38562,38561,83,9874,38560],"class_list":["post-22817","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-intervention-psychosociale","category-psychologie-clinique","category-travail-social","tag-case-management","tag-casework","tag-diagnostic-psychosocial","tag-mary-richmond","tag-psychologie-clinique","tag-relation-daide","tag-travail-social-de-cas"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22817","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22817\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22817"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22817"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22817"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}