{"id":22781,"date":"2026-10-27T23:28:09","date_gmt":"2026-10-27T23:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=carotidynie-douleur-neurovasculaire"},"modified":"2026-10-27T23:28:09","modified_gmt":"2026-10-27T23:28:09","slug":"carotidynie-douleur-neurovasculaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=carotidynie-douleur-neurovasculaire","title":{"rendered":"Carotidynie : Douleur et Enjeux Neurovasculaires"},"content":{"rendered":"<p>Longtemps source de perplexit\u00e9 nosologique au carrefour de la neurologie, de la m\u00e9decine vasculaire et de la psychiatrie somatoforme, la carotidynie d\u00e9signe un syndrome douloureux focalis\u00e9 le long de la gaine de l&rsquo;art\u00e8re carotide. Cette affection singuli\u00e8re met en lumi\u00e8re les interactions \u00e9troites entre vascularisation cervicale, innervation autonome et perception nociceptive centrale. L&rsquo;exploration de cette entit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le non seulement les m\u00e9canismes complexes de l&rsquo;inflammation p\u00e9rivasculaire, mais aussi le fardeau psychologique et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 somatosensorielle fr\u00e9quemment associ\u00e9s aux douleurs cervico-faciales inexpliqu\u00e9es.<\/p>\n<h2>Carotidynie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La carotidynie est un syndrome clinique caract\u00e9ris\u00e9 par une douleur cervicale unilat\u00e9rale, localis\u00e9e au niveau de la bifurcation de l&rsquo;art\u00e8re carotide commune, exacerb\u00e9e par la palpation manuelle de ce rep\u00e8re anatomique et s&rsquo;irradiant fr\u00e9quemment vers l&rsquo;angle mandibulaire, l&rsquo;oreille, la tempe ou l&rsquo;orbite ipsilat\u00e9rale. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une affection majoritairement b\u00e9nigne, spontan\u00e9ment r\u00e9solutive ou rapidement sensible aux anti-inflammatoires, bien que son expression clinique puisse susciter une inqui\u00e9tude majeure chez le patient.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et clinique, la carotidynie repr\u00e9sente un mod\u00e8le singulier de douleur orofaciale idiopathique dont l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 s\u00e9miologique a longtemps suscit\u00e9 des interpr\u00e9tations contradictoires. Situ\u00e9e \u00e0 la lisi\u00e8re des c\u00e9phal\u00e9es vasculaires, des syndromes d&rsquo;amplification de la douleur et des troubles \u00e0 symptomatologie somatique, elle illustre la mani\u00e8re dont une irritation neurovasculaire focale peut s&rsquo;inscrire dans des sch\u00e9mas d&rsquo;hyperalgie, d&rsquo;anticipation anxieuse et d&rsquo;alt\u00e9ration de la qualit\u00e9 de vie li\u00e9e aux douleurs chroniques ou r\u00e9currentes du segment c\u00e9phalique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale contemporaine, la forme idiopathique de la maladie est souvent d\u00e9crite sous le terme d&rsquo;entit\u00e9 p\u00e9rivasculaire idiopathique transitoire du bulbe carotidien (TIPIC syndrome, pour <em>Transient Headache and Facial Pain Associated with Infratentorial and Cervical Lesions<\/em> ou <em>Transient Perivascular Inflammation of the Carotid Artery<\/em>). Elle associe une sensibilit\u00e9 du bulbe carotidien \u00e0 des anomalies morphologiques d&rsquo;\u00e9paississement p\u00e9rivasculaire objectivables en imagerie non invasive, dissipant le scepticisme entourant sa r\u00e9alit\u00e9 organique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab carotidynie \u00bb d\u00e9rive de deux racines grecques anciennes : le substantif <em>kar\u00f4tides<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c1\u03c9\u03c4\u03af\u03b4\u03b5\u03c2), issu du verbe <em>karoun<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c1\u03bf\u1fe6\u03bd) signifiant \u00ab engourdir \u00bb, \u00ab plonger dans un sommeil profond ou stuporeux \u00bb, et le suffixe <em>-odynie<\/em> (du grec <em>odun\u00ea<\/em>, \u1f40\u03b4\u03cd\u03bd\u03b7), traduisant l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab douleur vive \u00bb ou d&rsquo;une \u00ab souffrance physique \u00bb. Les Anciens avaient en effet remarqu\u00e9 que la compression bilat\u00e9rale des art\u00e8res du cou provoquait une syncope ou un \u00e9tat comateux transitoire, d&rsquo;o\u00f9 la d\u00e9nomination de ces conduits vasculaires.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit dans le lexique m\u00e9dical moderne au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, notamment \u00e0 travers les travaux du m\u00e9decin am\u00e9ricain Temple Fay en 1927, qui d\u00e9crivit l&rsquo;affection sous le nom de \u00ab carotidynia \u00bb pour d\u00e9signer une sensibilit\u00e9 douloureuse exquise provoqu\u00e9e par la palpation du bulbe carotidien chez des individus souffrant de douleurs atypiques de la face et de l&rsquo;h\u00e9micr\u00e2ne. En langue fran\u00e7aise, le vocable s&rsquo;est stabilis\u00e9 sous la forme \u00ab carotidynie \u00bb, parfois qualifi\u00e9e de \u00ab syndrome de Fay \u00bb ou de \u00ab vasculite transitoire du bulbe carotidien \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution s\u00e9mantique du terme refl\u00e8te une oscillation conceptuelle : d&rsquo;abord con\u00e7u comme un sympt\u00f4me d&rsquo;origine n\u00e9vralgique ou v\u00e9g\u00e9tative, il a progressivement \u00e9t\u00e9 \u00e9tiquet\u00e9 comme un \u00e9quivalent migraineux, avant d&rsquo;\u00eatre rel\u00e9gu\u00e9 temporairement au rang d&rsquo;artefact nosologique, pour enfin \u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 comme un processus inflammatoire p\u00e9rivasculaire sp\u00e9cifique \u00e9tay\u00e9 par la neuro-imagerie moderne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab carotidynie \u00bb est un nom commun f\u00e9minin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique en alphabet phon\u00e9tique international (API) est \/ka.\u0281\u0254.ti.di.ni\/. Il ne pr\u00e9sente pas de variantes orthographiques majeures admises dans le corpus lexicographique francophone contemporain, bien que l&rsquo;on observe parfois dans la litt\u00e9rature ancienne l&rsquo;anglicisme \u00ab carotodynie \u00bb calqu\u00e9 directement sur le terme anglophone <em>carotodynia<\/em>.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique et discursif, la carotidynie s&#8217;emploie principalement comme sujet d&rsquo;un tableau nosographique ou comme compl\u00e9ment de d\u00e9termination dans des contextes cliniques (\u00ab un diagnostic de carotidynie \u00bb, \u00ab l&rsquo;\u00e9tiopathog\u00e9nie de la carotidynie \u00bb). Dans le milieu de la recherche en m\u00e9decine psychosomatique et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurobiologie\">neurobiologie<\/a> de la douleur, l&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 \u00ab carotidynique \u00bb qualifie la sensibilit\u00e9 ou le point douloureux ipsilat\u00e9ral caract\u00e9ristique (\u00ab point carotidynique positif \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La carotidynie repose sur une atteinte inflammatoire focale non st\u00e9nosante et transitoire si\u00e9geant dans les structures adventitielles et p\u00e9rivasculaires de la bifurcation carotidienne. Cette r\u00e9gion poss\u00e8de une richesse anatomique et fonctionnelle exceptionnelle : elle abrite le sinus carotidien, baror\u00e9cepteur fondamental r\u00e9gulant l&rsquo;h\u00e9modynamique cardiovasculaire, ainsi que le corpuscule carotidien, principal ch\u00e9mor\u00e9cepteur p\u00e9riph\u00e9rique sensible aux variations chimiques du sang art\u00e9riel. Ces structures sont abondamment innerv\u00e9es par le rameau sinusien du nerf glossopharyngien (nerf de Hering), des contingents du nerf vague et des fibres sympathiques cervicaux sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Lorsque ce carrefour neurovasculaire est le si\u00e8ge d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne inflammatoire aigu ou subaigu, la d\u00e9polarisation continue des fibres nociceptives adventitielles entra\u00eene une cascade de signaux douloureux projet\u00e9s vers les noyaux sensitifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral, en particulier le sous-noyau caudal du complexe trig\u00e9minal. Cette convergence neuro-anatomique entre l&rsquo;innervation p\u00e9rivasculaire des grands vaisseaux cervicaux et le complexe trig\u00e9mino-cervical explique pourquoi la douleur de la carotidynie d\u00e9borde presque syst\u00e9matiquement le cadre topographique strict du cou pour irradier vers la mandibule, la r\u00e9gion r\u00e9tro-auriculaire, l&rsquo;occiput ou la loge orbitaire.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre clinique de la carotidynie se distingue nettement de celui des vasculopathies occlusives ou destructrices, telles que la dissection de l&rsquo;art\u00e8re carotide interne, la maladie de Takayasu ou l&rsquo;art\u00e9rite \u00e0 cellules g\u00e9antes (maladie de Horton). Dans la carotidynie idiopathique (ou syndrome TIPIC), la lumi\u00e8re vasculaire demeure perm\u00e9able, le flux h\u00e9modynamique reste r\u00e9gulier et la structure intimale et m\u00e9diale n&rsquo;est ni lac\u00e9r\u00e9e ni thrombos\u00e9e. L&rsquo;affection se circonscrit \u00e0 une infiltration adventitielle sans signe d&rsquo;isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brovasculaire, conf\u00e9rant au trouble une \u00e9volution b\u00e9nigne mais marqu\u00e9e par une symptomatologie subjective souvent intense.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique, la proximit\u00e9 de la pulsation art\u00e9rielle carotidienne et l&rsquo;amplification de la douleur par les mouvements de d\u00e9glutition, la toux ou la rotation de la t\u00eate provoquent chez de nombreux patients une anxi\u00e9t\u00e9 hypocondriaque disproportionn\u00e9e. La sensation que le \u00ab vaisseau vital du cerveau \u00bb est malade ou susceptible d&rsquo;exploser d\u00e9clenche des conduites de v\u00e9rification corporelle r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (palpations obsessives de l&rsquo;art\u00e8re), instaurant une boucle d&rsquo;hypervigilance somatosensorielle qui amplifie le ph\u00e9nom\u00e8ne douloureux initial et peut compliquer l&rsquo;\u00e9valuation diagnostique en mimant un trouble panique ou une somatisation aigu\u00eb.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La reconnaissance de la carotidynie remonte aux ann\u00e9es 1920. Le neurochirurgien am\u00e9ricain Temple Fay publia en 1927 des observations d\u00e9crivant une douleur cervicale provoqu\u00e9e par la compression directe du bulbe carotidien chez des sujets souffrant de n\u00e9vralgies atypiques de la face. Fay consid\u00e9rait que l&rsquo;arbre vasculaire lui-m\u00eame, dot\u00e9 d&rsquo;une innervation sensitive propre, pouvait \u00eatre la source primaire de c\u00e9phal\u00e9es et d&rsquo;algies faciales, remettant en cause l&rsquo;hypoth\u00e8se pr\u00e9dominante selon laquelle la douleur cr\u00e2nienne provenait exclusivement des nerfs cr\u00e2niens sensitifs.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies suivantes, notamment dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, des figures de premier plan de la neurologie des c\u00e9phal\u00e9es, tel que Lovshin (1960) puis Raskin et Prusiner (1977), cherch\u00e8rent \u00e0 cat\u00e9goriser la carotidynie. Raskin proposa de subdiviser l&rsquo;affection en deux groupes distincts : une forme aigu\u00eb, survenant pr\u00e9f\u00e9rentiellement chez les sujets jeunes avec une r\u00e9solution rapide, et une forme chronique ou r\u00e9currente, touchant principalement les individus d&rsquo;\u00e2ge moyen et s&rsquo;inscrivant dans le spectre des c\u00e9phal\u00e9es vasculaires et de la migraine. Durant cette p\u00e9riode, la carotidynie fut couramment assimil\u00e9e \u00e0 une \u00ab migraine du cou \u00bb ou \u00e0 une variante d&rsquo;algie vasculaire faciale.<\/p>\n<p>Cette conception h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne suscita toutefois une controverse m\u00e9thodologique majeure. En 1988, la premi\u00e8re \u00e9dition de la classification internationale des c\u00e9phal\u00e9es (ICHD-1) \u00e9labor\u00e9e par l&rsquo;International Headache Society (IHS) incluait la carotidynie idiopathique comme entit\u00e9 autonome. Cependant, face \u00e0 l&rsquo;absence de marqueurs histopathologiques constants et au risque r\u00e9current d&rsquo;ignorer des pathologies sous-jacentes graves (comme la dissection carotidienne m\u00e9connue), l&rsquo;IHS d\u00e9cida en 2004, dans sa deuxi\u00e8me \u00e9dition (ICHD-2), de retirer la carotidynie en tant qu&rsquo;entit\u00e9 diagnostique ind\u00e9pendante, la qualifiant d&rsquo;\u00e9tiquette impr\u00e9cise masquant des affections structurales diverses.<\/p>\n<p>La renaissance scientifique de la carotidynie s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010 gr\u00e2ce aux avanc\u00e9es de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) \u00e0 haute r\u00e9solution et de l&rsquo;\u00e9chographie-Doppler haute fr\u00e9quence. En 2017, une \u00e9quipe de chercheurs men\u00e9e par Lecler et ses collaborateurs a propos\u00e9 une red\u00e9finition formelle sous l&rsquo;appellation de \u00ab TIPIC syndrome \u00bb (Transient Headache and Facial Pain Associated with Infratentorial and Cervical Lesions \/ Transient Perivascular Inflammation of the Carotid Artery). Cette caract\u00e9risation radiologique et ph\u00e9notypique a apport\u00e9 la preuve formelle d&rsquo;une alt\u00e9ration organique reproductible, r\u00e9tablissant la l\u00e9gitimit\u00e9 nosologique de cette affection au sein des affections neurovasculaires b\u00e9nignes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la carotidynie s&rsquo;enracine dans la convergence de trois grands corpus th\u00e9oriques : le mod\u00e8le neurovasculaire de la douleur c\u00e9phalique, la th\u00e9orie du portillon sensitif combin\u00e9e \u00e0 la sensibilisation centrale, et le cadre biopsychosocial de la perception corporelle.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le neurovasculaire postule que la paroi des vaisseaux sanguins de moyen et de grand calibre constitue une structure richement dot\u00e9e de r\u00e9cepteurs nociceptifs \u00e0 bas seuil et de fibres amy\u00e9liniques de type C. Les terminaisons nerveuses sensitives situ\u00e9es dans l&rsquo;adventice carotidienne lib\u00e8rent des neuropeptides pro-inflammatoires tels que la substance P, le peptide li\u00e9 au g\u00e8ne de la calcitonine (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peptide_li%C3%A9_au_g%C3%A8ne_de_la_calcitonine\">CGRP<\/a>) et la neurokinine A lors d&rsquo;une agression immunitaire ou m\u00e9canique. Cette inflammation neurog\u00e8ne locale induit une vasodilatation p\u00e9rivasculaire, un \u0153d\u00e8me interstitiel et une hyperexcitabilit\u00e9 des m\u00e9canor\u00e9cepteurs, rendant le simple battement pulsatile du sang douloureusement perceptible par le sujet.<\/p>\n<p>Sur le plan de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurophysiologie\">neurophysiologie<\/a> centrale, la projection aff\u00e9rente des fibres p\u00e9ri-carotidiennes vers le noyau spinal du trijumeau et les cornes dorsales de la moelle cervicale sup\u00e9rieure (C1-C3) active le complexe trig\u00e9mino-cervical. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;int\u00e9gration multisensorielle explique la r\u00e9f\u00e9rabilit\u00e9 de la douleur : le cerveau localise la sensation non pas uniquement au point d&rsquo;origine vasculaire, mais dans l&rsquo;ensemble du dermatome trig\u00e9minal ipsilat\u00e9ral. Une sensibilisation centrale transitoire s&rsquo;ensuit, r\u00e9duisant le seuil de tol\u00e9rance aux stimuli m\u00e9caniques mineurs et cr\u00e9ant une allodynie locale \u00e0 l&rsquo;effleurement du cou.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le conceptuel biopsychosocial s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour appr\u00e9hender l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des r\u00e9actions face \u00e0 la maladie. La perception d&rsquo;une tum\u00e9faction ou d&rsquo;une douleur battante sur l&rsquo;axe carotidien interpelle directement l&rsquo;instinct de pr\u00e9servation vitale de l&rsquo;individu. Les cognitions catastrophistes entourant le risque imminent d&rsquo;accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral ou de rupture an\u00e9vrysmale activent l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien. Cette d\u00e9tresse neuro-endocrinienne amplifie en retour la lib\u00e9ration de cytokines inflammatoires circulantes, favorisant la p\u00e9rennisation de la d\u00e9tresse somatique bien au-del\u00e0 de la phase \u0153d\u00e9mateuse initiale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension clinique et nosologique de la carotidynie repose sur l&rsquo;identification de composantes distinctes, de sous-types s\u00e9miologiques et de dimensions physiopathologiques claires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Composante m\u00e9canique et palpatoire :<\/strong> La douleur est reproductible ou major\u00e9e de mani\u00e8re pathognomonique par la pression digitale douce exerc\u00e9e sur la face lat\u00e9rale du larynx, au niveau pr\u00e9cis de la bifurcation carotidienne (signe de Fay).<\/li>\n<li><strong>Composante morphologique p\u00e9rivasculaire :<\/strong> Pr\u00e9sence d&rsquo;un manchon d&rsquo;infiltration adventitielle unilat\u00e9rale, sans anomalie h\u00e9modynamique intraluminale ni alt\u00e9ration de l&rsquo;intima-m\u00e9dia, d\u00e9tectable \u00e0 l&rsquo;\u00e9chographie ou \u00e0 l&rsquo;IRM.<\/li>\n<li><strong>Carotidynie primaire (syndrome TIPIC) :<\/strong> Forme idiopathique, aigu\u00eb et auto-limit\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9solution spontan\u00e9e en quelques jours \u00e0 quelques semaines et une excellente r\u00e9activit\u00e9 aux anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens.<\/li>\n<li><strong>Carotidynie secondaire :<\/strong> Douleur carotidienne survenant comme manifestation symptomatique d&rsquo;une affection organique sous-jacente s\u00e9v\u00e8re, incluant la dissection de l&rsquo;art\u00e8re carotide, l&rsquo;art\u00e9rite \u00e0 cellules g\u00e9antes, l&rsquo;an\u00e9vrysme diss\u00e9quant, la thrombose veineuse jugulaire ou les tumeurs de l&rsquo;espace parapharyng\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Dimension temporelle :<\/strong> \u00c9volution majoritairement unifasique (\u00e9pisode isol\u00e9 de 7 \u00e0 14 jours), bien que de rares r\u00e9cidives controlat\u00e9rales ou ipsilat\u00e9rales espac\u00e9es de plusieurs mois ou ann\u00e9es aient \u00e9t\u00e9 document\u00e9es dans la litt\u00e9rature.<\/li>\n<li><strong>Dimension cognitive et \u00e9motionnelle :<\/strong> Degr\u00e9 d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation, conduites de surveillance palpatoire compulsive du pouls et scores de catastrophisme face \u00e0 la douleur cr\u00e2nio-cervicale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux cerner la r\u00e9alit\u00e9 clinique de la carotidynie, deux vignettes cliniques embl\u00e9matiques illustrent ses pr\u00e9sentations typiques et les pi\u00e8ges diagnostiques associ\u00e9s.<\/p>\n<p>Le premier cas est celui d&rsquo;une femme de 38 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux particuliers, qui se pr\u00e9sente en consultation de neurologie pour une douleur cervicale gauche apparue brutalement quatre jours auparavant. La douleur, d\u00e9crite comme continue avec des \u00e9lancements pulsatiles, irradie vers la mandibule et la r\u00e9gion sous-orbitaire gauche. Elle mentionne une g\u00eane lors de la d\u00e9glutition et lors des rotations de la t\u00eate vers la droite. L&rsquo;examen somatique \u00e9limine tout d\u00e9ficit neurologique focal, mais r\u00e9v\u00e8le une sensibilit\u00e9 exquise \u00e0 la palpation du bulbe carotidien gauche, reproduisant fid\u00e8lement l&rsquo;irradiation faciale. L&rsquo;\u00e9chographie-Doppler met en \u00e9vidence une infiltration hypo\u00e9chog\u00e8ne en croissant circonscrivant la face externe du bulbe carotidien sans st\u00e9nose ni anomalie de v\u00e9locim\u00e9trie. L&rsquo;IRM cervicale confirme un rehaussement adventitiel mod\u00e9r\u00e9 au gadolinium. Sous traitement par ibuprof\u00e8ne \u00e0 vis\u00e9e anti-inflammatoire pendant dix jours, les sympt\u00f4mes disparaissent compl\u00e8tement, avec normalisation radiologique au terme du premier mois.<\/p>\n<p>Le second cas concerne un homme de 49 ans aux ant\u00e9c\u00e9dents de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_panique\">trouble panique<\/a> et de somatisation, orient\u00e9 en consultation de la douleur pour une suspicion d&rsquo;algie vasculaire r\u00e9currente de la face. Le patient d\u00e9crit des \u00e9pisodes de br\u00fblure lat\u00e9rocervicale droite accompagn\u00e9s d&rsquo;une terreur intense de subir une attaque c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;interrogatoire minutieux r\u00e9v\u00e8le que le patient palpe fr\u00e9n\u00e9tiquement sa propre carotide plusieurs dizaines de fois par jour afin de \u00ab v\u00e9rifier son pouls \u00bb, cr\u00e9ant une irritation m\u00e9canique traumatique surajout\u00e9e. Bien que le bilan d&rsquo;imagerie initiale ait confirm\u00e9 une discr\u00e8te infiltration p\u00e9ri-carotidienne compatible avec un syndrome TIPIC r\u00e9solutif, la persistance de l&rsquo;allodynie locale est entretenue par l&rsquo;hypervigilance et les microtraumatismes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;auto-palpation. Une prise en charge interdisciplinaire combinant un sevrage des manipulations palpatoires, une restructuration cognitive et une analg\u00e9sie adapt\u00e9e a permis l&rsquo;extinction compl\u00e8te des plaintes douloureuses.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la carotidynie est avant tout clinique, mais il requiert imp\u00e9rativement une confirmation par imagerie m\u00e9dicale afin d&rsquo;exclure les urgences vasculaires vitales. Les crit\u00e8res diagnostiques modernes du syndrome TIPIC (Lecler et al., 2017) reposent sur un faisceau d&rsquo;arguments standardis\u00e9s :<\/p>\n<p>Sur le versant clinique, les crit\u00e8res imposent : une douleur cervicale ant\u00e9rieure ou lat\u00e9rale unilat\u00e9rale irradiant ou non vers la t\u00eate ; une sensibilit\u00e9 focale accrue \u00e0 la palpation de la bifurcation carotidienne ; l&rsquo;absence de tout signe neurologique d\u00e9ficitaire central (absence de syndrome de Horner, d&rsquo;amaurose transitoire ou de d\u00e9ficit moteur) ; et une exclusion formelle d&rsquo;autres \u00e9tiologies par les explorations compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Sur le versant paraclinique et radiologique, l&rsquo;\u00e9valuation fait appel \u00e0 trois modalit\u00e9s principales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chographie-Doppler cervicale \u00e0 haute fr\u00e9quence :<\/strong> Examen de premi\u00e8re intention, elle objective typiquement un \u00e9paississement hypo\u00e9chog\u00e8ne excentrique de la paroi adventitielle p\u00e9rivasculaire au niveau de la bifurcation, contrastant avec la conservation d&rsquo;une lumi\u00e8re vasculaire perm\u00e9able et d&rsquo;un flux h\u00e9modynamique normal sans st\u00e9nose significative.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) cervicale :<\/strong> L&rsquo;IRM r\u00e9v\u00e8le une infiltration des tissus mous p\u00e9rivasculaires en hypersignal sur les s\u00e9quences pond\u00e9r\u00e9es en T2 et un rehaussement apr\u00e8s injection d&rsquo;agent de contraste (ch\u00e9lates de gadolinium) sur les s\u00e9quences T1 avec saturation de graisse (fat-sat), confirmant la nature inflammatoire focale sans dissection art\u00e9rielle (absence d&rsquo;h\u00e9matome de paroi intramural).<\/li>\n<li><strong>La tomodensitom\u00e9trie (angioscanner du cou) :<\/strong> Alternative rapide en contexte d&rsquo;urgence, elle visualise un manchon hypodense entourant l&rsquo;art\u00e8re sans signe d&rsquo;an\u00e9vrysme ni d&rsquo;occlusion.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En parall\u00e8le, l&rsquo;\u00e9valuation psychologique et somatosensorielle mobilise des \u00e9chelles valid\u00e9es pour mesurer l&rsquo;intensit\u00e9 de la douleur (\u00c9chelle Visuelle Analogique &#8211; EVA), le niveau d&rsquo;incapacit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la douleur (Pain Disability Index &#8211; PDI), ainsi que des questionnaires d&rsquo;\u00e9valuation de la d\u00e9tresse psychologique comme l&rsquo;\u00e9chelle HAD (Hospital Anxiety and Depression Scale) ou l&rsquo;\u00e9chelle de catastrophisme face \u00e0 la douleur (PCS, pour <em>Pain Catastrophizing Scale<\/em>). Ces outils permettent d&rsquo;objectiver la part respective de l&rsquo;irritation organique et de la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle dans le tableau symptomatique global.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La reconnaissance pr\u00e9cise de la carotidynie poss\u00e8de une valeur pratique consid\u00e9rable dans la pratique clinique quotidienne, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la m\u00e9decine d&rsquo;urgence, de la neurologie, de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale ou de la psychologie m\u00e9dicale. Son identification pr\u00e9coce \u00e9vite un double \u00e9cueil : la surm\u00e9dicalisation iatrog\u00e8ne d&rsquo;une part, et la n\u00e9gligence diagnostique d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p>En milieu hospitalier et d&rsquo;urgence, la pr\u00e9sentation d&rsquo;une cervicalgie unilat\u00e9rale aigu\u00eb impose prioritairement d&rsquo;\u00e9carter une dissection de l&rsquo;art\u00e8re carotide interne, qui expose le patient \u00e0 un risque imm\u00e9diat d&rsquo;infarctus c\u00e9r\u00e9bral embolique et requiert une anticoagulation ou une antiagr\u00e9gation plaquettaire urgente. Savoir identifier le profil du syndrome TIPIC par une imagerie cibl\u00e9e permet de rassurer rapidement le malade, d&rsquo;\u00e9viter des hospitalisations prolong\u00e9es en unit\u00e9 neurovasculaire et d&rsquo;interrompre des bilans diagnostiques invasifs superflus (tels que l&rsquo;art\u00e9riographie conventionnelle num\u00e9ris\u00e9e).<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, la carotidynie primaire r\u00e9pond de fa\u00e7on spectaculaire aux anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens (AINS) prescrits \u00e0 posologie optimale sur une p\u00e9riode de une \u00e0 deux semaines (par exemple ibuprof\u00e8ne ou naprox\u00e8ne). Dans les formes particuli\u00e8rement r\u00e9fractaires ou hyperalgiques, une courte corticoth\u00e9rapie orale (prednisone 0,5 \u00e0 1 mg\/kg\/j pendant 5 \u00e0 7 jours avec sevrage rapide) entra\u00eene g\u00e9n\u00e9ralement une s\u00e9dation compl\u00e8te de la douleur. L&rsquo;analg\u00e9sie permet de rompre le cercle vicieux de l&rsquo;hypersensibilisation neurog\u00e8ne locale.<\/p>\n<p>Dans le champ de la sant\u00e9 mentale et de la m\u00e9decine psychosomatique, l&rsquo;accompagnement \u00e9ducatif du patient joue un r\u00f4le d\u00e9terminant. Il convient de d\u00e9construire les repr\u00e9sentations erron\u00e9es assimilant la douleur carotidienne \u00e0 un infarctus c\u00e9r\u00e9bral imminent, de prohiber formellement les auto-palpations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du cou qui majorent l&rsquo;inflammation par frottement m\u00e9canique continu, et de proposer si n\u00e9cessaire des techniques de relaxation ou des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales br\u00e8ves ax\u00e9es sur la r\u00e9assurance corporelle.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines consacr\u00e9es \u00e0 la carotidynie se sont affranchies des conjectures cliniques anciennes pour s&rsquo;appuyer sur des cohortes rigoureusement document\u00e9es par des protocoles d&rsquo;imagerie multimodale standardis\u00e9s. L&rsquo;\u00e9tude princeps de Lecler et al. (2017), portant sur 47 patients pr\u00e9sentant les crit\u00e8res ph\u00e9notypiques et d&rsquo;imagerie du syndrome TIPIC, a constitu\u00e9 un tournant d\u00e9cisif. Cette recherche a d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re empirique la constance de l&rsquo;\u00e9paississement p\u00e9rivasculaire au niveau du bulbe carotidien chez 100 % des sujets examin\u00e9s, associ\u00e9 \u00e0 un rehaussement en produit de contraste signant une inflammation active de l&rsquo;adventice, tout en constatant une disparition compl\u00e8te de ces stigmates radiologiques lors de l&rsquo;examen de contr\u00f4le \u00e0 distance chez la majorit\u00e9 des patients suivis.<\/p>\n<p>Sur le plan des biomarqueurs humoraux, les recherches ont mis en lumi\u00e8re que la carotidynie idiopathique se distingue par un profil inflammatoire syst\u00e9mique paradoxalement discret ou normal. La prot\u00e9ine C-r\u00e9active (CRP) et la vitesse de s\u00e9dimentation globulaire (VS) ne sont que mod\u00e9r\u00e9ment ou inconstamment \u00e9lev\u00e9es, ce qui diff\u00e9rencie nettement cette affection des panart\u00e9rites syst\u00e9miques s\u00e9v\u00e8res telles que la maladie de Horton. Ces r\u00e9sultats \u00e9tayent l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une r\u00e9action immunitaire locale m\u00e9di\u00e9e par des facteurs microvasculaires ou adventitiels encore non totalement \u00e9lucid\u00e9s, possiblement d\u00e9clench\u00e9e par un \u00e9pisode infectieux viral respiratoire banal pr\u00e9alable ou une micro-l\u00e9sion biom\u00e9canique locale.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres travaux portant sur l&rsquo;innervation autonome du bulbe carotidien (notamment les publications explorant les r\u00e9cepteurs <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nocicepteur\">nocicepteurs<\/a> vasculaires) sugg\u00e8rent une parent\u00e9 neurochimique entre le syndrome TIPIC et certaines formes de c\u00e9phal\u00e9es trig\u00e9mino-autonomiques. Des \u00e9tudes exploratoires s&rsquo;int\u00e9ressent actuellement au r\u00f4le potentiel des polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9gulant la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs aux neuropeptides vasculaires et \u00e0 l&rsquo;interleukine-6 dans la pr\u00e9disposition individuelle aux \u00e9pisodes d&rsquo;inflammation carotidienne transitoire.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression et l&rsquo;interpr\u00e9tation de la douleur carotidienne sont largement fa\u00e7onn\u00e9es par le statut symbolique accord\u00e9 au cou et \u00e0 la gorge dans l&rsquo;imaginaire des diff\u00e9rentes cultures. Dans les repr\u00e9sentations profanes occidentales, la r\u00e9gion cervicale ant\u00e9rieure est per\u00e7ue comme un carrefour vital hautement vuln\u00e9rable, abritant les conduits de la respiration et de l&rsquo;irrigation du cerveau. D\u00e8s lors, l&rsquo;apparition d&rsquo;une sensation battante ou compressive \u00e0 cet endroit suscite une inqui\u00e9tude imm\u00e9diate li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9touffement ou \u00e0 l&rsquo;accident c\u00e9r\u00e9bral foudroyant.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes culturels, notamment au sein de populations d&rsquo;Asie orientale ou du Moyen-Orient, les douleurs cervico-faciales unilat\u00e9rales sont parfois interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers des sch\u00e8mes nosologiques traditionnels, associant ces manifestations \u00e0 des stagnations d&rsquo;\u00e9nergie (le <em>Qi<\/em>) le long des m\u00e9ridiens m\u00e9ridiens vasculaires, ou \u00e0 des effets du stress \u00e9motionnel int\u00e9rioris\u00e9 (\u00ab vent interne \u00bb en m\u00e9decine traditionnelle chinoise). Ces grilles de lecture n&rsquo;excluent nullement l&rsquo;existence de la l\u00e9sion adventitielle sous-jacente, mais modifient profond\u00e9ment la trajectoire de soins du patient, qui consultera volontiers des praticiens traditionnels avant de se tourner vers une consultation m\u00e9dicale sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan sociolinguistique, la propension \u00e0 verbaliser la douleur varie significativement : tandis que certains groupes privil\u00e9gient un lexique ax\u00e9 sur l&rsquo;angoisse de suffocation ou de striction, d&rsquo;autres d\u00e9crivent une courbature musculaire banale. La m\u00e9connaissance de ces variations ethnoculturelles peut amener le praticien \u00e0 sous-estimer la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la souffrance ressentie ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, \u00e0 surinterpr\u00e9ter un discours expressif comme un trouble de conversion hyst\u00e9rique ou un d\u00e9lire hypocondriaque, retardant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une imagerie diagnostique pourtant simple et concluante.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique de la carotidynie a \u00e9t\u00e9 jalonn\u00e9e de remises en cause fondamentales et demeure sujette \u00e0 plusieurs limites m\u00e9thodologiques. La critique la plus virulente formul\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la carotidynie historique r\u00e9sidait dans son manque criant de sp\u00e9cificit\u00e9 s\u00e9miologique. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, le diagnostic a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 par exc\u00e8s chez des patients pr\u00e9sentant en r\u00e9alit\u00e9 des dissections carotidiennes incompl\u00e8tes, des apophysom\u00e9galies stylo\u00efdes irritant l&rsquo;art\u00e8re (syndrome d&rsquo;Eagle), ou de simples contractures du muscle sterno-cl\u00e9ido-masto\u00efdien.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de l&rsquo;International Headache Society d&rsquo;exclure la carotidynie de l&rsquo;ICHD-2 en 2004 traduisait cette m\u00e9fiance clinique : les experts consid\u00e9raient que valider un tel diagnostic \u00e9quivalait \u00e0 encourager une paresse nosologique risquant d&rsquo;occulter des pathologies mortelles. Bien que la mise en \u00e9vidence du syndrome TIPIC par IRM ait apport\u00e9 une r\u00e9ponse objective \u00e0 ces critiques, un d\u00e9bat persiste sur la raret\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;affection. Certains auteurs avancent que la carotidynie est largement sous-diagnostiqu\u00e9e dans la pratique g\u00e9n\u00e9rale en raison de son \u00e9volution spontan\u00e9ment favorable, tandis que d&rsquo;autres soutiennent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un artefact visible uniquement gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9solution accrue des appareils d&rsquo;IRM modernes, sans pertinence pronostique majeure.<\/p>\n<p>Une autre controverse importante concerne le chevauchement fr\u00e9quent entre la carotidynie et les syndromes algiques chroniques idiopathiques. Dans les cas o\u00f9 la douleur persiste au-del\u00e0 de la disparition des anomalies d&rsquo;imagerie, la fronti\u00e8re entre n\u00e9vralgie post-inflammatoire, sensibilisation m\u00e9dullaire r\u00e9siduelle et trouble somatoforme s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement t\u00e9nue. L&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9tudes histopathologiques syst\u00e9matiques (en raison de l&rsquo;incongruit\u00e9 \u00e9thique de pratiquer une biopsie sur une art\u00e8re carotide saine pour une affection b\u00e9nigne) prive la communaut\u00e9 m\u00e9dicale d&rsquo;une caract\u00e9risation tissulaire microscopique d\u00e9finitive, limitant les mod\u00e8les explicatifs au stade des hypoth\u00e8ses radiologiques et paracliniques indirectes.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>La d\u00e9limitation clinique de la carotidynie requiert une diff\u00e9renciation rigoureuse par rapport \u00e0 plusieurs entit\u00e9s nosologiques voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dissection de l&rsquo;art\u00e8re carotide interne :<\/strong> Urgence vasculaire absolue caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9chirure intimale avec h\u00e9matome de paroi pouvant obstruer la lumi\u00e8re art\u00e9rielle et provoquer des embolies c\u00e9r\u00e9brales. Contrairement \u00e0 la carotidynie b\u00e9nigne, la dissection s&rsquo;accompagne fr\u00e9quemment d&rsquo;un syndrome de Claude Bernard-Horner douloureux (myosis, pt\u00f4sis) et n\u00e9cessite une anticoagulation ou antiagr\u00e9gation prolong\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Syndrome d&rsquo;Eagle :<\/strong> Allongement anormal du processus stylo\u00efde de l&rsquo;os temporal ou calcification du ligament stylo-hyo\u00efdien venant comprimer m\u00e9caniquement les gaines vasculaires et nerveuses de la r\u00e9gion carotidienne. Le diagnostic repose sur la tomodensitom\u00e9trie 3D objectivant la protrusion osseuse.<\/li>\n<li><strong>Art\u00e9rite \u00e0 cellules g\u00e9antes (maladie de Horton) :<\/strong> Panart\u00e9rite inflammatoire syst\u00e9mique du sujet de plus de 50 ans touchant avec pr\u00e9dilection les branches de la carotide externe (art\u00e8res temporales). Elle se distingue par une alt\u00e9ration majeure de l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral, une \u00e9l\u00e9vation franche des marqueurs de l&rsquo;inflammation (CRP, VS) et un risque de c\u00e9cit\u00e9 irr\u00e9versible par isch\u00e9mie optique.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9vralgie du nerf glossopharyngien :<\/strong> Syndrome neuropathique caract\u00e9ris\u00e9 par des paroxysmes douloureux fulgurants en d\u00e9charge \u00e9lectrique si\u00e9geant au fond de la gorge, dans la r\u00e9gion amygdalienne et la base de la langue, d\u00e9clench\u00e9s par la d\u00e9glutition ou la phonation, sans anomalie de la paroi adventitielle art\u00e9rielle.<\/li>\n<li><strong>Syndrome myofascial du sterno-cl\u00e9ido-masto\u00efdien :<\/strong> Douleur musculo-squelettique li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence de points g\u00e2chettes (<em>trigger points<\/em>) au sein du corps musculaire longeant la loge vasculaire du cou, soulag\u00e9e par les massages et les \u00e9tirements musculaires sp\u00e9cifiques, sans signe radiologique vasculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la carotidynie repr\u00e9sente une r\u00e9alit\u00e9 nosographique solidement \u00e9tablie, au carrefour de la m\u00e9decine neurovasculaire et de l&rsquo;algologie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature :<\/strong> Processus inflammatoire aigu ou subaigu, focal, non st\u00e9nosant et transitoire si\u00e9geant dans l&rsquo;adventice de la bifurcation carotidienne (syndrome TIPIC).<\/li>\n<li><strong>Clinique cardinale :<\/strong> Douleur cervicale unilat\u00e9rale irradiant vers la r\u00e9gion mandibulaire et auriculaire, directement d\u00e9clench\u00e9e ou exacerb\u00e9e par la palpation manuelle de la bifurcation art\u00e9rielle.<\/li>\n<li><strong>Validation radiologique :<\/strong> Diagnostic d&rsquo;exclusion clinique confort\u00e9 par l&rsquo;\u00e9chographie-Doppler et l&rsquo;IRM cervicale avec injection de produit de contraste, montrant un manchon \u0153d\u00e9mateux p\u00e9rivasculaire sans anomalie h\u00e9modynamique intraluminale.<\/li>\n<li><strong>\u00c9volution et th\u00e9rapeutique :<\/strong> Affection d&rsquo;\u00e9volution favorable spontan\u00e9ment ou sous l&rsquo;effet d&rsquo;un traitement court par anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens (AINS) ou corticoth\u00e9rapie br\u00e8ve.<\/li>\n<li><strong>Dimension psychosomatique :<\/strong> N\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative d&rsquo;une r\u00e9assurance m\u00e9dicale structur\u00e9e afin de d\u00e9samorcer l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 vitale li\u00e9e au cou, d&rsquo;interrompre l&rsquo;auto-palpation compulsive et de pr\u00e9venir la chronicisation fonctionnelle de la douleur.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Fay, T. (1927). Atypical facial neuralgia, a syndrome of vascular pain. <em>Annals of Otology, Rhinology &amp; Laryngology<\/em>, 36(4), 871-887. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/000348942703600401\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/000348942703600401<\/a><\/li>\n<li>Headache Classification Subcommittee of the International Headache Society. (2004). The International Classification of Headache Disorders: 2nd edition. <em>Cephalalgia<\/em>, 24(Suppl 1), 9-160. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1468-2982.2004.00653.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1468-2982.2004.00653.x<\/a><\/li>\n<li>Lecler, A., Obadia, M., Savatovsky, J., Sadik, J. C., Hodel, J., Zuber, M., &amp; Charbonneau, F. (2017). TIPIC syndrome: Beyond the myth of carotidynia, a new distinct unclassified entity. <em>AJNR. American Journal of Neuroradiology<\/em>, 38(7), 1391-1398. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3174\/ajnr.A5145\">https:\/\/doi.org\/10.3174\/ajnr.A5145<\/a><\/li>\n<li>Lovshin, L. L. (1960). Vascular neck pain: a common syndrome usually taken for something else. <em>Cleveland Clinic Quarterly<\/em>, 27(1), 5-13. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3949\/ccqm.27.1.5\">https:\/\/doi.org\/10.3949\/ccqm.27.1.5<\/a><\/li>\n<li>Raskin, N. H., &amp; Prusiner, S. (1977). Carotidynia. <em>Neurology<\/em>, 27(1), 43-46. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.27.1.43\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.27.1.43<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la carotidynie (syndrome TIPIC) : d\u00e9finition clinique, bases anatomiques, s\u00e9miologie, diagnostic diff\u00e9rentiel et prise en charge de cette douleur cervicale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[11642,7767,46],"tags":[32872,38466,38473,922,696,180,38474],"class_list":["post-22781","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-algologie","category-medecine-psychosomatique","category-neuropsychologie","tag-algologie","tag-artere-carotide","tag-carotidynie","tag-douleur-cervicale","tag-neurologie","tag-somatisation","tag-syndrome-tipic"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22781","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22781\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}