{"id":22780,"date":"2026-10-27T23:26:12","date_gmt":"2026-10-27T23:26:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-du-sinus-carotidien"},"modified":"2026-10-27T23:26:12","modified_gmt":"2026-10-27T23:26:12","slug":"syndrome-du-sinus-carotidien","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-du-sinus-carotidien","title":{"rendered":"Syndrome du sinus carotidien : Vertiges et syncope"},"content":{"rendered":"<p>Le syndrome du sinus carotidien constitue une affection neurov\u00e9g\u00e9tative fascinante et complexe situ\u00e9e au carrefour de la cardiologie, de la neurologie et de la psychologie clinique. Caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9ponse exag\u00e9r\u00e9e des baror\u00e9cepteurs situ\u00e9s au niveau de la bifurcation carotidienne, ce dysfonctionnement r\u00e9flexe entra\u00eene de brutales chutes tensionnelles ou des ralentissements majeurs du rythme cardiaque, pr\u00e9cipitant des pertes de connaissance br\u00e8ves mais traumatisantes. Fr\u00e9quemment confondu avec des troubles anxieux, des attaques de panique ou des crises non \u00e9pileptiques psychog\u00e8nes, ce syndrome illustre avec acuit\u00e9 la perm\u00e9abilit\u00e9 de l&rsquo;axe c\u0153ur-cerveau et les cons\u00e9quences psychologiques durables des ruptures inopin\u00e9es de la conscience vigile.<\/p>\n<h2>Syndrome du sinus carotidien<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le syndrome du sinus carotidien (SSC) est une entit\u00e9 clinique neurovasculaire d\u00e9finie par la survenue de malaises, de pr\u00e9syncopes ou de syncopes provoqu\u00e9s par une r\u00e9ponse excessive et inappropri\u00e9e du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Baror%C3%A9cepteur\">baror\u00e9flexe<\/a> carotidien face \u00e0 une stimulation m\u00e9canique, m\u00eame minime, de la r\u00e9gion cervicale. Cette dysautonomie se traduit sur le plan objectif par une asystolie prolong\u00e9e, une hypotension art\u00e9rielle majeure ou une association intriqu\u00e9e de ces deux composantes h\u00e9modynamiques.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et neuropsychiatrique, le syndrome du sinus carotidien d\u00e9passe la simple anomalie \u00e9lectrophysiologique pour constituer un puissant g\u00e9n\u00e9rateur de d\u00e9tresse psychologique. La survenue inopin\u00e9e de malaises foudroyants sans prodromes identifiables induit fr\u00e9quemment une anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire invalidante, un sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 corporelle et une perte d&rsquo;autonomie comportementale. Les individus affect\u00e9s d\u00e9veloppent couramment des conduites d&rsquo;\u00e9vitement analogues \u00e0 celles observ\u00e9es dans le trouble panique ou l&rsquo;agoraphobie, craignant qu&rsquo;une rotation c\u00e9phalique banale ou le port d&rsquo;un v\u00eatement ajust\u00e9 ne d\u00e9clenche un effondrement tonique imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Il convient de distinguer rigoureusement l&rsquo;hypersensibilit\u00e9 du sinus carotidien (notion purement \u00e9lectrophysiologique observ\u00e9e lors de man\u0153uvres diagnostiques) du v\u00e9ritable syndrome du sinus carotidien, qui exige la reproduction formelle des sympt\u00f4mes cliniques spontan\u00e9s du patient lors de la provocation vagale ou vasod\u00e9pressive. Dans les populations g\u00e9riatriques, cette affection repr\u00e9sente l&rsquo;une des causes pr\u00e9pond\u00e9rantes de chutes inexpliqu\u00e9es dites \u00ab traumatiques \u00bb, fr\u00e9quemment \u00e9tiquet\u00e9es \u00e0 tort comme des accidents de la s\u00e9nescence ou des manifestations de d\u00e9mence d\u00e9butante.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab syndrome du sinus carotidien \u00bb trouve ses racines dans un croisement linguistique gr\u00e9co-latin refl\u00e9tant la trajectoire anatomique et s\u00e9miologique de la m\u00e9decine occidentale. Le terme \u00ab syndrome \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>syndrom\u00ea<\/em> (\u03c3\u03c5\u03bd\u03b4\u03c1\u03bf\u03bc\u03ae), construit \u00e0 partir du pr\u00e9fixe <em>syn-<\/em> (\u00ab ensemble \u00bb) et de <em>dromos<\/em> (\u00ab course \u00bb), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab concours \u00bb ou \u00ab rencontre simultan\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00bb, d\u00e9signant en s\u00e9miologie un ensemble coh\u00e9rent de sympt\u00f4mes et de signes cliniques survenant de concert.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab carotidien \u00bb provient du grec ancien <em>kar\u00f4tides<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c1\u03c9\u03c4\u03af\u03b4\u03b5\u03c2), lui-m\u00eame issu du verbe <em>karoun<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c1\u03bf\u1fe6\u03bd) signifiant \u00ab plonger dans un sommeil profond \u00bb, \u00ab engourdir \u00bb ou \u00ab assoupir \u00bb. D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 classique, les anatomistes grecs avaient constat\u00e9 que la compression manuelle bilat\u00e9rale de ces art\u00e8res cervicales entra\u00eenait une l\u00e9thargie subite ou une perte de conscience, attribuant initialement ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 une privation d&rsquo;esprit animal avant que les m\u00e9canismes circulatoires ne soient \u00e9lucid\u00e9s par la physiologie moderne.<\/p>\n<p>Enfin, le mot \u00ab sinus \u00bb proc\u00e8de directement du latin <em>sinus<\/em>, qui renvoie \u00e0 une courbure, un repli, une cavit\u00e9 ou un golfe. En anatomie vasculaire, il caract\u00e9rise la dilatation fusiforme situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Art%C3%A8re_carotide_interne\">art\u00e8re carotide interne<\/a>, imm\u00e9diatement au-dessus de la bifurcation de l&rsquo;art\u00e8re carotide commune. L&rsquo;int\u00e9gration de cette locution dans le lexique m\u00e9dical s&rsquo;est cristallis\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1930 gr\u00e2ce aux travaux princeps qui ont unifi\u00e9 sous ce terme les observations disparates d&rsquo;\u00e9vanouissements r\u00e9flexes cervicaux rapport\u00e9es depuis la seconde moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Dans la langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression \u00ab syndrome du sinus carotidien \u00bb est une locution nominale masculine couramment employ\u00e9e au singulier. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e selon l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est : \/s\u025b\u0303.d\u0281om dy si.nys ka.\u0281\u0254.ti.dj\u025b\u0303\/. Au pluriel r\u00e9gulier, la locution s&rsquo;\u00e9crit \u00ab syndromes des sinus carotidiens \u00bb, bien que la litt\u00e9rature m\u00e9dicale privil\u00e9gie presque exclusivement l&rsquo;usage singulier pour qualifier la pathologie g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphologique, le terme principal \u00ab syndrome \u00bb gouverne le groupe pr\u00e9positionnel d\u00e9terminatif \u00ab du sinus carotidien \u00bb, dans lequel l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab carotidien \u00bb qualifie le substantif anatomique \u00ab sinus \u00bb. Les acronymes couramment accept\u00e9s dans la pratique clinique et la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e francophone sont SSC (Syndrome du Sinus Carotidien) et HSC (Hypersensibilit\u00e9 du Sinus Carotidien), faisant \u00e9cho aux sigles anglophones correspondants CSS (<em>Carotid Sinus Syndrome<\/em>) et CSH (<em>Carotid Sinus Hypersensitivity<\/em>).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur le syndrome du sinus carotidien, il est imp\u00e9ratif d&rsquo;examiner la structure neuro-anatomique du baror\u00e9cepteur et son r\u00f4le au sein du syst\u00e8me nerveux autonome. La paroi de l&rsquo;adventice du sinus carotidien h\u00e9berge un r\u00e9seau dense de terminaisons nerveuses m\u00e9canosensibles sensibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9tirement m\u00e9canique de la paroi art\u00e9rielle. En temps normal, lorsque la pression art\u00e9rielle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, l&rsquo;\u00e9tirement pari\u00e9tal g\u00e9n\u00e8re des potentiels d&rsquo;action conduits par le nerf du sinus carotidien (ou nerf de Hering), une branche aff\u00e9rente du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nerf_glossopharyngien\">nerf glossopharyngien<\/a> (neuvi\u00e8me paire cr\u00e2nienne), jusqu&rsquo;au noyau du tractus solitaire situ\u00e9 dans le bulbe rachidien.<\/p>\n<p>Le noyau du tractus solitaire agit comme un centre int\u00e9grateur qui module l&rsquo;\u00e9quilibre entre les voies eff\u00e9rentes sympathiques et parasympathiques. En r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;activation baror\u00e9flexe, le centre bulbaire stimule les neurones pr\u00e9ganglionnaires parasympathiques du noyau ambigu et du noyau moteur dorsal du nerf vague, augmentant ainsi le tonus vagal dirig\u00e9 vers le n\u0153ud sino-auriculaire et le n\u0153ud auriculo-ventriculaire du myocarde. Simultan\u00e9ment, une inhibition interneuronale est projet\u00e9e sur l&rsquo;aire vasomotrice rostrale ventrolat\u00e9rale, r\u00e9duisant l&rsquo;influx sympathique destin\u00e9 au lit vasculaire p\u00e9riph\u00e9rique et \u00e0 la glande surr\u00e9nale. Il en r\u00e9sulte une r\u00e9gulation hom\u00e9ostatique instantan\u00e9e combinant un ralentissement chronotrope (baisse du rythme cardiaque) et une vasopl\u00e9gie art\u00e9riolaire (baisse des r\u00e9sistances p\u00e9riph\u00e9riques).<\/p>\n<p>Dans le syndrome du sinus carotidien, cet arc r\u00e9flexe protecteur devient pathologiquement hyperr\u00e9actif. La d\u00e9faillance peut r\u00e9sulter d&rsquo;une rigidit\u00e9 ath\u00e9roscl\u00e9reuse pari\u00e9tale alt\u00e9rant le signal d&rsquo;\u00e9tirement, d&rsquo;une dysfonction centrale du traitement de l&rsquo;information autonome ou d&rsquo;une d\u00e9nervation-r\u00e9inervation d\u00e9sorganis\u00e9e chez l&rsquo;adulte vieillissant. Une force m\u00e9canique ext\u00e9rieure d\u00e9risoire \u2014 telle qu&rsquo;une rotation rapide de la t\u00eate, le rasage du cou, le port d&rsquo;un col rigide ou d&rsquo;une cravate serr\u00e9e, ou m\u00eame l&rsquo;hyperlordose cervicale lors de la contemplation du plafond \u2014 active de mani\u00e8re explosive les baror\u00e9cepteurs. L&rsquo;eff\u00e9rence vagale massive induit alors une asystolie temporaire tandis que la suppression sympathique effondre la pression de perfusion syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoperfusion c\u00e9r\u00e9brale globale cons\u00e9cutive \u00e0 cette double d\u00e9charge h\u00e9modynamique entra\u00eene une anoxie isch\u00e9mique transitoire de la formation r\u00e9ticul\u00e9e activatrice ascendante et du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Lorsque le flux sanguin c\u00e9r\u00e9bral chute au-del\u00e0 du seuil critique d&rsquo;autor\u00e9gulation pendant plus de six \u00e0 huit secondes, la perte de conscience vigile est in\u00e9luctable. Ce basculement soudain de la lucidit\u00e9 vers l&rsquo;inconscience, sans la sensation graduelle de malaise propre aux syncopes vasovagales classiques du sujet jeune, provoque un traumatisme corporel et psychique d&rsquo;une intensit\u00e9 remarquable, pla\u00e7ant le sujet sous la menace perp\u00e9tuelle d&rsquo;un collapsus inopin\u00e9.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique du sinus carotidien et de ses d\u00e9r\u00e8glements s&rsquo;est construite au fil d&rsquo;exp\u00e9rimentations cliniques audacieuses \u00e0 partir du milieu du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. En 1799, le m\u00e9decin britannique Caleb Hillier Parry avait d\u00e9j\u00e0 rapport\u00e9 que la pression exerc\u00e9e sur les art\u00e8res carotides soulageait l&rsquo;angine de poitrine mais pouvait pr\u00e9cipiter des vertiges et des syncope, attribuant erron\u00e9ment cet effet \u00e0 une compression directe du tronc nerveux vague.<\/p>\n<p>En 1866, le physiologiste pragois Johann Nepomuk Czermak r\u00e9alise des auto-exp\u00e9rimentations m\u00e9ticuleuses au cours desquelles il comprime sa propre r\u00e9gion cervicale, d\u00e9montrant l&rsquo;apparition imm\u00e9diate d&rsquo;une bradycardie majeure suivie d&rsquo;une syncope. Il postule alors l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab \u00e9preuve de compression vagale \u00bb directe (<em>Vagusdruckversuch<\/em>), th\u00e9orie qui r\u00e9gnera sans contestation pendant plus de six d\u00e9cennies en d\u00e9pit des incoh\u00e9rences anatomiques soulev\u00e9es par les chirurgiens de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel fondamental intervient entre 1923 et 1927 sous l&rsquo;impulsion du physiologiste allemand Heinrich Ewald Hering. Par des dissections minutieuses et des stimulations s\u00e9lectives chez l&rsquo;animal, Hering d\u00e9montre que la r\u00e9action bradycardisante et hypotensive n&rsquo;est pas caus\u00e9e par l&rsquo;\u00e9crasement m\u00e9canique du tronc du nerf vague, mais proc\u00e8de d&rsquo;un r\u00e9flexe sensoriel autonome issu d&rsquo;un organe r\u00e9cepteur sp\u00e9cialis\u00e9 situ\u00e9 dans la paroi de la carotide interne. Il isole le nerf sensitif aff\u00e9rent et baptise ce m\u00e9canisme le \u00ab baror\u00e9flexe carotidien \u00bb, \u00e9tablissant la distinction cruciale entre les r\u00e9flexes chimiosensibles et m\u00e9canosensibles.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, l&rsquo;individualisation nosographique d\u00e9finitive du syndrome revient aux m\u00e9decins Soma Weiss et James P. Baker en 1933. \u00c0 travers une s\u00e9rie magistrale de quinze observations d\u00e9taill\u00e9es publi\u00e9es dans la revue <em>Medicine<\/em>, Weiss et Baker d\u00e9crivent chez des patients souffrant de malaises inexpliqu\u00e9s une reproduction exacte de leur symptomatologie par la stimulation manuelle douce du bulbe carotidien. Ils classifient les r\u00e9ponses en trois sous-types physiopathologiques : le type cardio-inhibiteur, le type vasod\u00e9presseur et le type c\u00e9r\u00e9bral direct (dont l&rsquo;existence autonome fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;un scepticisme marqu\u00e9). Au cours de la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les progr\u00e8s de la stimulation cardiaque implantable permanente, port\u00e9s par des pionniers de la rythmologie europ\u00e9enne tels que Michele Brignole et Rose Anne Kenny, ont permis de transformer le pronostic de cette affection invalidante.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La physiopathologie moderne du syndrome du sinus carotidien s&rsquo;articule autour de l&rsquo;alt\u00e9ration structurelle et fonctionnelle de l&rsquo;arc r\u00e9flexe barosensible dans un contexte de s\u00e9nescence neurovasculaire. Les hypoth\u00e8ses \u00e9tiologiques actuelles ne se limitent plus \u00e0 une l\u00e9sion p\u00e9riph\u00e9rique pure, mais int\u00e8grent les modifications plastiques centrales du tronc c\u00e9r\u00e9bral et les fluctuations de l&rsquo;interaction neuro-visc\u00e9rale.<\/p>\n<p>Sur le versant anatomopathologique p\u00e9riph\u00e9rique, la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00e9lastique et la calcification ath\u00e9romateuse de la m\u00e9dia art\u00e9rielle alt\u00e8rent la compliance pari\u00e9tale du sinus. Paradoxalement, cette rigidit\u00e9 pari\u00e9tale peut d\u00e9former de mani\u00e8re asym\u00e9trique les m\u00e9canor\u00e9cepteurs lors des mouvements du cou, cr\u00e9ant des forces de cisaillement intenses sur les corpuscules r\u00e9cepteurs terminaux et d\u00e9clenchant une salve d&rsquo;influx aff\u00e9rents disproportionn\u00e9e par rapport aux contraintes h\u00e9modynamiques r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Sur le plan neurochimique central, des recherches sugg\u00e8rent un dysfonctionnement de la transmission gabaergique et glutamatergique au sein du noyau du tractus solitaire. Chez les patients atteints, l&rsquo;inhibition habituelle exerc\u00e9e par les r\u00e9trocontr\u00f4les corticaux et bulbaires semble affaiblie, autorisant une amplification aberrante du signal sensitif aff\u00e9rent. Ce m\u00e9canisme de d\u00e9aff\u00e9rentation fonctionnelle ou d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 centrale de d\u00e9nervation explique pourquoi des stimulations tactiles b\u00e9nignes induisent un orage parasympathique capable d&rsquo;interrompre l&rsquo;automaticit\u00e9 sinusale ou de bloquer la conduction nodal auriculo-ventriculaire.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la rupture de l&rsquo;axe autonome c\u00e9r\u00e9bro-cardiaque souligne l&rsquo;importance des centres sup\u00e9rieurs dans la modulation du r\u00e9flexe. Les structures limbiques, notamment l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(cerveau)\">amygdale<\/a> et le cortex insulaire, exercent une influence descendante permanente sur les noyaux autonomes du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Lorsque le sujet d\u00e9veloppe une d\u00e9tresse psychologique cons\u00e9cutive aux premi\u00e8res chutes inopin\u00e9es, l&rsquo;hypervigilance et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique perturbent le tonus autonome basal, exacerbant la labilit\u00e9 vasomotrice et abaissant le seuil de d\u00e9clenchement du collapsus circulatoire.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La classification s\u00e9miologique internationale distingue trois grandes formes cliniques du syndrome du sinus carotidien, fond\u00e9es sur les param\u00e8tres h\u00e9modynamiques enregistr\u00e9s lors des explorations rythmologiques et h\u00e9modynamiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La forme cardio-inhibitrice pure :<\/strong> Elle repr\u00e9sente approximativement 70 % \u00e0 75 % des cas diagnostiqu\u00e9s. Elle se manifeste par une r\u00e9ponse vagale extr\u00eame induisant une pause ventriculaire (asystolie) d&rsquo;une dur\u00e9e sup\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 3 secondes lors du massage carotidien, sans chute significative concomitante de la pression art\u00e9rielle en l&rsquo;absence de pause. L&rsquo;arr\u00eat cardiaque transitoire r\u00e9sulte d&rsquo;une paralysie sinusale compl\u00e8te ou d&rsquo;un bloc auriculo-ventriculaire complet de haut degr\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La forme vasod\u00e9pressive pure :<\/strong> Elle concerne environ 5 % \u00e0 10 % des patients. Dans cette variante, le rythme cardiaque demeure stable ou ne d\u00e9c\u00e9l\u00e8re que mod\u00e9r\u00e9ment, mais le patient subit une baisse brutale de la pression art\u00e9rielle systolique d&rsquo;au moins 50 mmHg (ou d&rsquo;au moins 30 mmHg en pr\u00e9sence de sympt\u00f4mes pr\u00e9existants) imputable \u00e0 une disparition soudaine du tonus vasoconstricteur sympathique dans le territoire splanchnique et musculaire stri\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La forme mixte :<\/strong> Observ\u00e9e dans 15 % \u00e0 20 % des situations cliniques, elle associe de mani\u00e8re variable une pause cardiaque ventriculaire d&rsquo;au moins 3 secondes et une chute tensionnelle systolique majeure. Chez ces patients, la correction pharmacologique ou \u00e9lectro-entra\u00een\u00e9e de la fr\u00e9quence cardiaque ne pr\u00e9vient pas enti\u00e8rement les malaises si la composante vasod\u00e9pressive n&rsquo;est pas trait\u00e9e parall\u00e8lement.<\/li>\n<li><strong>Le type c\u00e9r\u00e9bral primitif (historique\/controvers\u00e9) :<\/strong> Initialement individualis\u00e9 par Weiss et Baker, ce tableau d\u00e9crivait une syncope unilat\u00e9rale provoqu\u00e9e sans alt\u00e9ration mesurable du rythme cardiaque ni de la pression art\u00e9rielle. Les consensus neurologiques et cardiologiques contemporains s&rsquo;accordent \u00e0 consid\u00e9rer cette entit\u00e9 soit comme un artefact d&rsquo;enregistrement, soit comme une isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brale focale h\u00e9modynamique li\u00e9e \u00e0 une st\u00e9nose carotidienne critique controlat\u00e9rale comprim\u00e9e lors de la man\u0153uvre.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le malaise vestimentaire chez l&rsquo;adulte \u00e2g\u00e9<\/strong><br \/>Monsieur Robert, 74 ans, ancien cadre administratif, consulte apr\u00e8s trois \u00e9pisodes de chutes traumatiques survenues sans aucun signe pr\u00e9curseur au cours des six derniers mois. Le dernier \u00e9pisode a provoqu\u00e9 une fracture du poignet gauche et un traumatisme cr\u00e2nien mineur. L&rsquo;interrogatoire minutieux r\u00e9v\u00e8le que ces malaises surviennent syst\u00e9matiquement lorsque le patient s&rsquo;habille pour sortir, en serrant son col de chemise empes\u00e9 et en nouant sa cravate tout en rasant les contours de son menton. L&rsquo;enregistrement \u00e9lectrocardiographique coupl\u00e9 \u00e0 la mesure continue de la pression art\u00e9rielle durant un massage du sinus carotidien droit reproduit fid\u00e8lement la syncope du patient, avec une pause asystolique de 6,2 secondes par arr\u00eat sinusal. L&rsquo;implantation d&rsquo;un stimulateur cardiaque double chambre a permis une disparition totale des malaises \u00e0 court et long terme.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : La fausse crise de panique avec agoraphobie secondaire<\/strong><br \/>Madame H\u00e9l\u00e8ne, 68 ans, est orient\u00e9e vers un service de psychiatrie pour une prise en charge d&rsquo;un \u00ab trouble panique s\u00e9v\u00e8re r\u00e9fractaire \u00bb. Depuis plus d&rsquo;un an, elle pr\u00e9sente des malaises brutaux lorsqu&rsquo;elle fait ses courses dans les grands magasins ou lorsqu&rsquo;elle traverse la rue en tournant vivement la t\u00eate des deux c\u00f4t\u00e9s pour surveiller la circulation automobile. Face \u00e0 la survenue de ces \u00e9tourdissements inexpliqu\u00e9s, la patiente a d\u00e9velopp\u00e9 une terreur de sortir seule, restant clo\u00eetr\u00e9e chez elle par angoisse de s&rsquo;effondrer sur la voie publique. L&rsquo;\u00e9valuation autonome sp\u00e9cialis\u00e9e a \u00e9cart\u00e9 le diagnostic d&rsquo;attaque de panique primitive, mettant en \u00e9vidence une forme vasod\u00e9pressive pure du syndrome du sinus carotidien, d\u00e9clench\u00e9e par les mouvements brusques d&rsquo;extension et de torsion de la colonne cervicale arthrosique. Une r\u00e9\u00e9ducation posturale, l&rsquo;\u00e9vitement des cols serr\u00e9s et un traitement par agoniste alpha-adr\u00e9nergique ont supprim\u00e9 les hypotensions r\u00e9flexes et permis une r\u00e9habilitation psychologique compl\u00e8te de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 phobique.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic de certitude du syndrome du sinus carotidien repose sur une \u00e9preuve de provocation standardis\u00e9e : le massage du sinus carotidien (MSC). Ce geste m\u00e9dical requiert un environnement technique rigoureusement \u00e9quip\u00e9 pour la r\u00e9animation d&rsquo;urgence, sous surveillance continue de l&rsquo;\u00e9lectrocardiogramme \u00e0 douze d\u00e9rivations et monitorage non invasif battement par battement de la pression art\u00e9rielle par m\u00e9thode photopl\u00e9thysmographique.<\/p>\n<p>Avant toute r\u00e9alisation d&rsquo;un massage carotidien, le praticien doit exclure formellement la pr\u00e9sence d&rsquo;un souffle carotidien \u00e0 l&rsquo;auscultation et v\u00e9rifier l&rsquo;absence d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dent r\u00e9cent d&rsquo;accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral ou d&rsquo;accident isch\u00e9mique transitoire dans les six mois pr\u00e9c\u00e9dents. La pratique d&rsquo;une \u00e9chographie-Doppler des troncs supra-aortiques est imp\u00e9rative pour \u00e9carter formellement une st\u00e9nose carotidienne ath\u00e9romateuse significative, qui constituerait une contre-indication absolue en raison du risque de migration embolique.<\/p>\n<p>La proc\u00e9dure s&rsquo;ex\u00e9cute chez un patient allong\u00e9 en d\u00e9cubitus dorsal, la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement tourn\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 la stimulation. Le m\u00e9decin exerce une pression manuelle ferme et cibl\u00e9e \u00e0 la limite sup\u00e9rieure du cartilage thyro\u00efde, m\u00e9dialement au muscle sterno-cl\u00e9ido-masto\u00efdien, le long de la pulsation carotidienne, pendant une dur\u00e9e calibr\u00e9e de 5 \u00e0 10 secondes. Si la man\u0153uvre en position couch\u00e9e s&rsquo;av\u00e8re n\u00e9gative, elle doit \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9e en position orthostatique \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une table basculante (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_d%27inclinaison\">test d&rsquo;inclinaison<\/a>), ce qui permet de d\u00e9masquer de nombreuses formes vasod\u00e9pressives masqu\u00e9es en d\u00e9cubitus.<\/p>\n<p>Les crit\u00e8res \u00e9lectrophysiologiques formels d\u00e9finissant l&rsquo;hypersensibilit\u00e9 reposent sur les recommandations des soci\u00e9t\u00e9s savantes internationales de cardiologie :<\/p>\n<ul>\n<li>Observation d&rsquo;une pause ventriculaire asystolique \u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 3 secondes (composante cardio-inhibitrice).<\/li>\n<li>Chute de la pression art\u00e9rielle systolique \u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 50 mmHg (composante vasod\u00e9pressive).<\/li>\n<li>Reproduction des sympt\u00f4mes spontan\u00e9s du patient au moment pr\u00e9cis de l&rsquo;asystolie ou de l&rsquo;hypotension pour transformer le constat d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 en diagnostic de \u00ab syndrome \u00bb clinique av\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En parall\u00e8le, l&rsquo;\u00e9valuation psychologique et neuropsychologique utilise des outils psychom\u00e9triques standardis\u00e9s, notamment l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;efficacit\u00e9 de la peur des chutes (<em>Falls Efficacy Scale-International<\/em>, FES-I) pour quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 induite par l&rsquo;instabilit\u00e9 motrice, ainsi que l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9riatrique (<em>Geriatric Anxiety Scale<\/em>) afin de mesurer l&rsquo;impact traumatique des malaises sur l&rsquo;humeur.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et psychologique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection du syndrome du sinus carotidien poss\u00e8de des implications majeures en psychog\u00e9riatrie et en neuropsychiatrie. Chez l&rsquo;adulte vieillissant, les syncopes r\u00e9flexes sans prodromes sont trop souvent banalis\u00e9es ou attribu\u00e9es h\u00e2tivement \u00e0 des pertes d&rsquo;\u00e9quilibre m\u00e9caniques de la s\u00e9nescence. Cette errance diagnostique g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9t\u00e9rioration rapide de la qualit\u00e9 de vie, l&rsquo;institutionnalisation pr\u00e9matur\u00e9e du patient et l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00ab syndrome post-chute \u00bb caract\u00e9ris\u00e9 par une basophobie (peur visc\u00e9rale de la marche), une r\u00e9gression psychomotrice et une perte drastique de l&rsquo;auto-efficacit\u00e9 per\u00e7ue.<\/p>\n<p>Sur le plan diff\u00e9rentiel en sant\u00e9 mentale, le syndrome du sinus carotidien simule fr\u00e9quemment des attaques de panique atypiques ou des crises dissociatives non \u00e9pileptiques. Le patient ressentant un \u00e9tourdissement fulgurant sans cause externe identifiable interpr\u00e8te souvent l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement comme une catastrophe interne imminente, g\u00e9n\u00e9rant des ruminations hypocondriaques et une surveillance obsessionnelle du pouls. Le diagnostic pr\u00e9cis et l&rsquo;explication neurophysiologique rassurante permettent de d\u00e9samorcer la spirale de catastrophisme cognitif en restituant au sujet la compr\u00e9hension objective de ses r\u00e9actions corporelles.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie, la r\u00e9currence de micro-\u00e9pisodes d&rsquo;hypoperfusion c\u00e9r\u00e9brale globale provoqu\u00e9s par des stimulations m\u00e9caniques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es tout au long de la journ\u00e9e (flexions-extensions de nuque, transferts posturaux) peut participer \u00e0 la gen\u00e8se ou \u00e0 l&rsquo;aggravation de troubles cognitifs sous-corticaux-frontaux. Ces ralentissements du traitement de l&rsquo;information, ces d\u00e9ficits attentionnels et ces alt\u00e9rations des fonctions ex\u00e9cutives r\u00e9gressent partiellement lorsque l&rsquo;h\u00e9modynamique c\u00e9r\u00e9brale est stabilis\u00e9e par une prise en charge adapt\u00e9e.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique consacr\u00e9e au syndrome du sinus carotidien s&rsquo;est intensifi\u00e9e au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies gr\u00e2ce aux essais multicentriques contr\u00f4l\u00e9s consacr\u00e9s aux chutes inexpliqu\u00e9es du sujet \u00e2g\u00e9. Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques conduites par l&rsquo;\u00e9quipe de Rose Anne Kenny \u00e0 Newcastle ont mis en \u00e9vidence que pr\u00e8s de 30 % des personnes \u00e2g\u00e9es admises aux urgences pour des chutes d&rsquo;allure m\u00e9canique sans souvenir pr\u00e9cis de l&rsquo;impact pr\u00e9sentaient en r\u00e9alit\u00e9 une hypersensibilit\u00e9 cardio-inhibitrice symptomatique du sinus carotidien m\u00e9connue.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques issues des registres europ\u00e9ens dirig\u00e9s par Michele Brignole ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique de la stimulation cardiaque d\u00e9finitive dans la variante cardio-inhibitrice. Les essais randomis\u00e9s, notamment l&rsquo;essai SAFE PACE (<em>Syncope and Falls in the Elderly: Pacing and Carotid Sinus Evaluation<\/em>), ont attest\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9duction statistiquement significative de pr\u00e8s de 70 % des r\u00e9cidives syncopales et de 50 % de l&rsquo;ensemble des chutes post-implantation chez les patients b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un stimulateur double chambre par rapport au groupe sous traitement conventionnel.<\/p>\n<p>Les investigations en neuro-imagerie fonctionnelle et en enregistrement microneurographique du syst\u00e8me nerveux sympathique p\u00e9riph\u00e9rique (MSNA, <em>Muscle Sympathetic Nerve Activity<\/em>) confirment quant \u00e0 elles l&rsquo;implication de centres r\u00e9gulateurs supra-m\u00e9dullaires. Les travaux de Mosqueda-Garcia et ses collaborateurs ont mis en relief une suppression centrale persistante de la d\u00e9charge sympathique vasomotrice chez les patients porteurs de la forme vasod\u00e9pressive, confirmant que le dysfonctionnement n&rsquo;est pas limit\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re myocardique mais implique une d\u00e9faillance globale de la vasor\u00e9gulation r\u00e9flexe.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et sociod\u00e9mographiques<\/h3>\n<p>La pr\u00e9valence et l&rsquo;expression clinique du syndrome du sinus carotidien sont intimement corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge et au sexe. L&rsquo;affection est exceptionnellement diagnostiqu\u00e9e avant l&rsquo;\u00e2ge de 50 ans, sa fr\u00e9quence augmentant de fa\u00e7on exponentielle \u00e0 partir de la septi\u00e8me d\u00e9cennie de vie. On observe une nette pr\u00e9dominance masculine, le ratio homme-femme \u00e9tant estim\u00e9 entre 3:1 et 4:1 dans la majorit\u00e9 des cohortes cliniques. Cette asym\u00e9trie de genre s&rsquo;explique \u00e0 la fois par une pr\u00e9valence plus \u00e9lev\u00e9e de l&rsquo;ath\u00e9roscl\u00e9rose des gros troncs chez l&rsquo;homme vieillissant et par des sp\u00e9cificit\u00e9s vestimentaires traditionnelles impliquant des accessoires cervicaux contraignants (cols rigides, cravates serr\u00e9es).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue socioculturel, l&rsquo;acceptation et la verbalisation des \u00e9pisodes syncopaux diff\u00e8rent sensiblement selon les milieux et les repr\u00e9sentations de la vieillesse. Dans de nombreux contextes occidentaux individualistes, la chute de la personne \u00e2g\u00e9e est fr\u00e9quemment dissimul\u00e9e par le patient lui-m\u00eame, terrifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre per\u00e7u comme d\u00e9pendant ou d&rsquo;\u00eatre plac\u00e9 en structure d&rsquo;h\u00e9bergement m\u00e9dicalis\u00e9e. Cette r\u00e9tention d&rsquo;information conduit \u00e0 sous-estimer la fr\u00e9quence r\u00e9elle du syndrome du sinus carotidien au profit de faux diagnostics d&rsquo;accidents de tr\u00e9buchement.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes culturels o\u00f9 les malaises spontan\u00e9s sont interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers le prisme de causalit\u00e9s m\u00e9taphysiques, de possession spirituelle ou de d\u00e9s\u00e9quilibres d&rsquo;\u00e9nergies vitales, les patients consultent prioritairement des gu\u00e9risseurs traditionnels avant de recourir au syst\u00e8me biom\u00e9dical. Cette trajectoire retarde consid\u00e9rablement la mise en \u0153uvre de diagnostics \u00e9lectrophysiologiques simples et expose les malades \u00e0 un risque \u00e9lev\u00e9 de fractures du col du f\u00e9mur ou de traumatismes intracr\u00e2niens d\u00e9vastateurs.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Le statut nosologique du syndrome du sinus carotidien fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 cardiologique et neurologique internationale. La controverse principale r\u00e9side dans le foss\u00e9 s\u00e9parant l&rsquo;hypersensibilit\u00e9 asymptomatique et le syndrome pathologique authentique. En effet, des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;une r\u00e9ponse cardio-inhibitrice ou vasod\u00e9pressive lors du massage carotidien peut \u00eatre mise en \u00e9vidence chez 25 % \u00e0 35 % des sujets \u00e2g\u00e9s de plus de 70 ans strictement asymptomatiques sans le moindre ant\u00e9c\u00e9dent de malaise.<\/p>\n<p>Cette fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e dans la population g\u00e9n\u00e9rale \u00e2g\u00e9e incite de nombreux auteurs \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;hypersensibilit\u00e9 du sinus carotidien non comme une maladie en soi, mais comme un biomarqueur asp\u00e9cifique du vieillissement neurovasculaire ou un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne ath\u00e9romateux. Par cons\u00e9quent, affirmer qu&rsquo;une chute survenue dans la vie quotidienne est formellement caus\u00e9e par cette hypersensibilit\u00e9 rel\u00e8ve parfois d&rsquo;une pr\u00e9somption clinique discutable, \u00e0 moins qu&rsquo;un enregistreur d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements implantable (Holter sous-cutan\u00e9) ne vienne confirmer la co\u00efncidence temporelle stricte entre une asystolie spontan\u00e9e et le sympt\u00f4me du patient.<\/p>\n<p>Une seconde limite m\u00e9thodologique concerne l&rsquo;innocuit\u00e9 du massage du sinus carotidien lui-m\u00eame. Bien que les accidents neurologiques soient rares lorsque les contre-indications (souffle, st\u00e9nose) sont rigoureusement respect\u00e9es, le risque d&rsquo;accident isch\u00e9mique c\u00e9r\u00e9bral transitoire ou constitu\u00e9 par embolisation de micro-d\u00e9bris ath\u00e9romateux ou par hypoperfusion h\u00e9modynamique unilat\u00e9rale est estim\u00e9 \u00e0 environ 1 pour 1 000 proc\u00e9dures. Ce risque r\u00e9siduel alimente une r\u00e9ticence persistante de certains cliniciens \u00e0 pratiquer syst\u00e9matiquement ce test chez des sujets fragiles, perp\u00e9tuant ainsi le sous-diagnostic de la maladie.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration d&rsquo;une perte de connaissance impose un diagnostic diff\u00e9rentiel rigoureux afin d&rsquo;\u00e9viter des erreurs th\u00e9rapeutiques ou des prescriptions inappropri\u00e9es de psychotropes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syncope vasovagale :<\/strong> Contrairement au syndrome du sinus carotidien qui frappe principalement les personnes \u00e2g\u00e9es sans prodromes majeurs, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syncope_vasovagale\">syncope vasovagale<\/a> classique atteint pr\u00e9f\u00e9rentiellement des adolescents ou des adultes jeunes. Elle est initi\u00e9e par des d\u00e9clencheurs \u00e9motionnels (vue du sang, douleur vive, anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb) ou environnementaux (chaleur confinant, station debout prolong\u00e9e) et s&rsquo;accompagne d&rsquo;un cort\u00e8ge neurov\u00e9g\u00e9tatif prodromique typique (p\u00e2leur, sueurs profuses, naus\u00e9es, b\u00e2illements, vision tubulaire).<\/li>\n<li><strong>Hypotension orthostatique :<\/strong> Elle se caract\u00e9rise par une baisse de la pression art\u00e9rielle survenant de mani\u00e8re constante dans les trois minutes suivant le passage de la position couch\u00e9e \u00e0 la position debout, caus\u00e9e par une faillite baror\u00e9flexe posturale globale ou une hypovol\u00e9mie, sans n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une stimulation m\u00e9canique cervicale locale.<\/li>\n<li><strong>Maladie du sinus coronaire (dysfonction sinusale) :<\/strong> Trouble intrins\u00e8que de l&rsquo;automatisme sino-auriculaire cardiaque, ind\u00e9pendant de tout r\u00e9flexe extrins\u00e8que induit, se manifestant par des bradycardies spontan\u00e9es permanentes ou paroxystiques document\u00e9es par Holter ECG continu.<\/li>\n<li><strong>Crises psychog\u00e8nes non \u00e9pileptiques (CPNE) :<\/strong> Manifestations paroxystiques d&rsquo;origine psychologique simulant des syncopes ou des crises convulsives, caract\u00e9ris\u00e9es par une occlusion palp\u00e9brale active, une dur\u00e9e prolong\u00e9e du malaise, l&rsquo;absence de modifications h\u00e9modynamiques objectives (pouls et tension normaux) et un trac\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique strictement normal durant l&rsquo;\u00e9pisode.<\/li>\n<li><strong>Attaque de panique :<\/strong> \u00c9pisode d&rsquo;angoisse paroxystique s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une tachycardie r\u00e9actionnelle, d&rsquo;une tachypn\u00e9e avec hyperventilation, de tremblements et d&rsquo;une peur de mourir ou de devenir fou, sans perte de connaissance authentique ni chute de tensionnelle d&rsquo;allure vasod\u00e9pressive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le syndrome du sinus carotidien constitue un paradigme exemplaire de l&rsquo;intrication \u00e9troite entre le syst\u00e8me nerveux autonome, l&rsquo;appareil cardio-circulatoire et le fonctionnement psychologique du patient \u00e2g\u00e9. Sa reconnaissance rapide conditionne le pronostic vital et fonctionnel de la personne vuln\u00e9rable.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9canisme :<\/strong> Hyperr\u00e9activit\u00e9 paroxystique du baror\u00e9flexe carotidien induite par une stimulation m\u00e9canique cervicale b\u00e9nigne, aboutissant \u00e0 une hypoperfusion c\u00e9r\u00e9brale aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>Formes h\u00e9modynamiques :<\/strong> Dominance de la forme cardio-inhibitrice (asystolie sup\u00e9rieure \u00e0 3 secondes) traitable par stimulateur cardiaque, existence de formes vasod\u00e9pressives (chute tensionnelle pure) et mixtes n\u00e9cessitant des approches pharmacologiques ou posturales combin\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Diagnostic de r\u00e9f\u00e9rence :<\/strong> Massage du sinus carotidien sous contr\u00f4le continu de l&rsquo;ECG et de la pression art\u00e9rielle battement par battement, en d\u00e9cubitus puis sur table basculante, apr\u00e8s exclusion rigoureuse des st\u00e9noses carotidiennes.<\/li>\n<li><strong>Impact psychologique :<\/strong> Fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e du traumatisme post-chute, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, des phobies de d\u00e9placement et des fausses \u00e9tiquettes psychiatriques d&rsquo;attaques de panique ou de d\u00e9mence.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge int\u00e9gr\u00e9e :<\/strong> Combinaison de th\u00e9rapies \u00e9lectrophysiologiques (pacemaker pour les formes asystoliques), de mesures d&rsquo;\u00e9ducation comportementale (desserrer les v\u00eatements, adapter les rotations du cou) et d&rsquo;un accompagnement psychologique ciblant la reconqu\u00eate de la s\u00e9curit\u00e9 corporelle et de la mobilit\u00e9 autonome.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brignole, M., Moya, A., de Lange, F. J., Deharo, J. C., Elliott, P. M., Fanciulli, A., Fedorowski, A., Furlan, R., Kenny, R. A., Mart\u00edn, A., Probst, V., Shen, W. K., Sulke, N., &#038; Wieling, W. (2018). 2018 ESC Guidelines for the diagnosis and management of syncope. <em>European Heart Journal<\/em>, 39(21), 1883\u20131948. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/eurheartj\/ehy037\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/eurheartj\/ehy037<\/a><\/li>\n<li>Kenny, R. A., &#038; Traynor, G. (1991). Carotid sinus syndrome\u2014Clinical characteristics in elderly patients. <em>Age and Ageing<\/em>, 20(6), 449\u2013454. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/ageing\/20.6.449\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/ageing\/20.6.449<\/a><\/li>\n<li>Moya, A., Brignole, M., Menozzi, C., Garcia-Civera, R., Tognarini, S., Mont, L., Artale, P., &#038; Donateo, P. (2001). Mechanism of syncope in patients with carotid sinus syndrome and negative electrophysiologic study. <em>Circulation<\/em>, 104(11), 1261\u20131267. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1161\/hc3601.095713\">https:\/\/doi.org\/10.1161\/hc3601.095713<\/a><\/li>\n<li>Parry, S. W., &#038; Kenny, R. A. (1999). Carotid sinus syndrome. <em>The Lancet<\/em>, 354(9187), 1381\u20131385. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(99)02279-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(99)02279-7<\/a><\/li>\n<li>Weiss, S., &#038; Baker, J. P. (1933). The carotid sinus reflex in health and disease: Its clinical significance, with particular reference to the etiology of convulsions and angina pectoris. <em>Medicine<\/em>, 12(3), 297\u2013354. <a href=\"https:\/\/journals.lww.com\/medicineps\/citation\/1933\/12030\/the_carotid_sinus_reflex_in_health_and_disease.1.aspx\">https:\/\/journals.lww.com\/medicineps\/citation\/1933\/12030\/the_carotid_sinus_reflex_in_health_and_disease.1.aspx<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome du sinus carotidien est une dysautonomie r\u00e9flexe caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9ponse exag\u00e9r\u00e9e des baror\u00e9cepteurs cervicaux, provoquant asystolie, hypotension et syncopes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[7767,46,2411],"tags":[34793,38472,32639,38471,38470,38469,8006],"class_list":["post-22780","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-medecine-psychosomatique","category-neuropsychologie","category-psychophysiologie","tag-baroreflexe","tag-chutes-du-sujet-age","tag-dysautonomie","tag-perte-de-connaissance","tag-syncope","tag-syndrome-du-sinus-carotidien","tag-systeme-nerveux-autonome"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22780","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22780\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22780"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22780"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22780"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}