{"id":22742,"date":"2026-10-27T21:58:08","date_gmt":"2026-10-27T21:58:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=nevrose-cardiaque"},"modified":"2026-10-27T21:58:08","modified_gmt":"2026-10-27T21:58:08","slug":"nevrose-cardiaque","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=nevrose-cardiaque","title":{"rendered":"N\u00e9vrose cardiaque : L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 au c\u0153ur du corps"},"content":{"rendered":"<p>Au confluent de la cardiologie et de la psychiatrie, la n\u00e9vrose cardiaque constitue l&rsquo;un des paradigmes les plus fascinants et \u00e9prouvants de la somatisation humaine, o\u00f9 la terreur de l&rsquo;arr\u00eat cardiaque transforme la moindre perception corporelle en arr\u00eat de mort imminent. Cette entit\u00e9 clinique singuli\u00e8re confronte la m\u00e9decine \u00e0 une \u00e9nigme persistante : la gen\u00e8se d&rsquo;une souffrance physique intol\u00e9rable et invalidante en l&rsquo;absence de toute l\u00e9sion anatomique ou coronarienne sous-jacente.<\/p>\n<h2>N\u00e9vrose cardiaque<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La n\u00e9vrose cardiaque d\u00e9signe un trouble psychologique caract\u00e9ris\u00e9 par une pr\u00e9occupation obsessionnelle et invalidante concernant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique et fonctionnelle du c\u0153ur, accompagn\u00e9e de sensations somatiques r\u00e9elles telles que des palpitations, des pr\u00e9cordialgies atypiques, une dyspn\u00e9e et une angoisse aigu\u00eb de mort imminente. Bien que les examens cardiologiques objectifs ne r\u00e9v\u00e8lent aucune alt\u00e9ration structurelle, le sujet demeure convaincu de souffrir d&rsquo;une pathologie cardio-vasculaire fatale.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique, ce trouble s&rsquo;inscrit au carrefour des troubles anxieux contemporains \u2014 notamment le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_panique\">trouble panique<\/a> et le trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la maladie \u2014 et des manifestations somatoformes. La n\u00e9vrose cardiaque ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une simple inqui\u00e9tude intellectuelle ; elle se manifeste par une v\u00e9ritable dysr\u00e9gulation neuro-v\u00e9g\u00e9tative induite par l&rsquo;angoisse, provoquant des r\u00e9ponses physiologiques bien r\u00e9elles qui viennent paradoxalement valider et amplifier le postulat catastrophiste du patient.<\/p>\n<p>Historiquement reconnue sous diverses appellations m\u00e9dicales et psychiatriques, cette condition engendre une d\u00e9t\u00e9rioration s\u00e9v\u00e8re du fonctionnement quotidien, conduisant souvent \u00e0 un nomadisme m\u00e9dical effr\u00e9n\u00e9, \u00e0 une invalidit\u00e9 fonctionnelle majeure et \u00e0 des conduites d&rsquo;\u00e9vitement consid\u00e9rables de tout effort physique susceptible de solliciter le muscle cardiaque.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab n\u00e9vrose \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>neuron<\/em> (\u03bd\u03b5\u1fe6\u03c1\u03bf\u03bd), signifiant \u00ab nerf \u00bb, \u00ab tendon \u00bb ou \u00ab fibre \u00bb, auquel a \u00e9t\u00e9 adjoint le suffixe m\u00e9dical <em>-ose<\/em> (-\u014dsis), d\u00e9notant un processus pathologique non inflammatoire ou un \u00e9tat d&rsquo;alt\u00e9ration chronique. Introduit en 1769 par le m\u00e9decin \u00e9cossais William Cullen, le concept de n\u00e9vrose d\u00e9signait initialement l&rsquo;ensemble des affections sensorielles et motrices imputables \u00e0 un d\u00e9r\u00e8glement fonctionnel du syst\u00e8me nerveux sans l\u00e9sion d&rsquo;organe observable.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab cardiaque \u00bb puise son origine dans le grec <em>kardia<\/em> (\u03ba\u03b1\u03c1\u03b4\u03af\u03b1), faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois au c\u0153ur physique en tant que pompe musculaire et, par extension all\u00e9gorique dans la culture hell\u00e9nique et hom\u00e9rique, au si\u00e8ge du souffle vital, du courage, du sentiment et de l&rsquo;angoisse existentielle. La juxtaposition des deux vocables dans la locution \u00ab n\u00e9vrose cardiaque \u00bb est apparue au XIXe si\u00e8cle dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale d&rsquo;Europe occidentale pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement les dysfonctionnements neuro-v\u00e9g\u00e9tatifs projet\u00e9s sur l&rsquo;aire pr\u00e9cordiale.<\/p>\n<p>Le vocable alternatif et compl\u00e9mentaire \u00ab cardiophobie \u00bb est issu du grec <em>phobos<\/em> (\u03c6\u03cc\u03b2\u03bf\u03c2), signifiant effroi, crainte irrationnelle ou panique. Alors que \u00ab n\u00e9vrose cardiaque \u00bb met traditionnellement l&rsquo;accent sur le versant somatique, fonctionnel et constitutionnel du trouble, \u00ab cardiophobie \u00bb insiste plus particuli\u00e8rement sur le m\u00e9canisme cognitivo-comportemental phobique et l&rsquo;\u00e9vitement actif qui caract\u00e9risent la psychopathologie moderne.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/ne.v\u0281oz ka\u0281.djak\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 du nom commun \u00ab n\u00e9vrose \u00bb et de l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab cardiaque \u00bb. Au pluriel, la forme devient \u00ab n\u00e9vroses cardiaques \u00bb (\/ne.v\u0281oz ka\u0281.djak\/).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et nosographique, le terme est fr\u00e9quemment employ\u00e9 en alternance avec des locutions synonymiques ou apparent\u00e9es telles que \u00ab cardiophobie n\u00e9vrotique \u00bb, \u00ab syndrome de Da Costa \u00bb, \u00ab asth\u00e9nie neuro-circulatoire \u00bb ou, dans une perspective psychanalytique rigoureuse, \u00ab n\u00e9vrose d&rsquo;angoisse \u00e0 tropisme cardiaque \u00bb. Lorsqu&rsquo;il est utilis\u00e9 comme \u00e9tiquette diagnostique descriptive, il prend valeur de substantif g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant \u00e0 la fois l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit anxieux et la constellation s\u00e9miologique fonctionnelle rapport\u00e9e par le patient.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La n\u00e9vrose cardiaque repr\u00e9sente un mod\u00e8le d&rsquo;interaction psychosomatique o\u00f9 la fronti\u00e8re entre le somatique et le psychique s&rsquo;estompe sous l&rsquo;effet de l&rsquo;angoisse. Au c\u0153ur de cette pathologie se trouve un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;hypervigilance interoceptive exacerb\u00e9e : l&rsquo;individu d\u00e9veloppe une acuit\u00e9 attentionnelle d\u00e9mesur\u00e9e dirig\u00e9e vers les sensations \u00e9manant de sa cage thoracique. Des \u00e9v\u00e9nements physiologiques parfaitement anodins \u2014 un simple extrasystole b\u00e9nigne, une acc\u00e9l\u00e9ration sinusale cons\u00e9cutive \u00e0 une mont\u00e9e d&rsquo;escaliers ou une tension musculaire intercostale li\u00e9e au stress \u2014 sont imm\u00e9diatement per\u00e7us, isol\u00e9s et amplifi\u00e9s par le filtre perceptif du patient.<\/p>\n<p>Cette amplification sensorielle enclenche une boucle de r\u00e9troaction cognitive catastrophiste d\u00e9crite par la psychologie cognitive contemporaine. L&rsquo;interpr\u00e9tation erron\u00e9e de la sensation (\u00ab Mon c\u0153ur s&#8217;emballe, je suis en train de faire un infarctus du myocarde \u00bb) g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9charge massive d&rsquo;adr\u00e9naline via l&rsquo;activation du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_autonome\">syst\u00e8me nerveux autonome<\/a> sympathique. Cette r\u00e9ponse adr\u00e9nergique entra\u00eene une tachycardie accrue, une \u00e9l\u00e9vation de la pression art\u00e9rielle, des sueurs profuses, des tremblements et une hyperventilation r\u00e9flexe, laquelle provoque une hypocapnie responsable de paresth\u00e9sies p\u00e9riph\u00e9riques et d&rsquo;\u00e9tourdissements. Le patient trouve alors dans ces manifestations physiologiques objectives la confirmation irr\u00e9futable de son pronostic funeste initial.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre du trouble d\u00e9passe largement l&rsquo;\u00e9pisode de crise paroxystique. Entre les \u00e9pisodes, le patient s&rsquo;installe dans une anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire tenace qui modifie en profondeur son \u00e9cologie relationnelle et comportementale. Il d\u00e9veloppe des rituels compulsifs de v\u00e9rification (palpation continue du pouls radial ou carotidien, utilisation compulsive de tensiom\u00e8tres \u00e9lectroniques, de montres connect\u00e9es et d&rsquo;oxym\u00e8tres de pouls). Progressivement, une agoraphobie secondaire ou une kin\u00e9siophobie (la peur visc\u00e9rale du mouvement physique) s&rsquo;installe, le patient r\u00e9duisant drastiquement ses d\u00e9placements et ses activit\u00e9s de peur de solliciter une machine cardiaque qu&rsquo;il imagine constamment au bord de la rupture.<\/p>\n<p>Sur le plan des fronti\u00e8res conceptuelles, la n\u00e9vrose cardiaque doit \u00eatre soigneusement dissoci\u00e9e du d\u00e9lire hypocondriaque de nature psychotique. Le patient cardiophobique conserve une critique relative de son \u00e9tat lorsqu&rsquo;il se trouve en p\u00e9riode de r\u00e9mission temporaire ou dans le cabinet d&rsquo;un sp\u00e9cialiste de confiance. La conviction in\u00e9branlable ne prend un caract\u00e8re inexpugnable qu&rsquo;au moment culminant de la crise paroxystique d&rsquo;angoisse. De m\u00eame, ce trouble n&rsquo;est pas une simulation : les sensations pr\u00e9cordiales, les sueurs, la tachycardie et la dyspn\u00e9e sont des manifestations physiques authentiques caus\u00e9es par l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tative, excluant cat\u00e9goriquement toute feinte volontaire ou recherche de b\u00e9n\u00e9fice mat\u00e9riel direct.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la n\u00e9vrose cardiaque est intimement li\u00e9e \u00e0 celle de la m\u00e9decine de guerre et de la psychiatrie naissante du XIXe si\u00e8cle. Lors de la guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine (1861-1865), le m\u00e9decin Jacob Mendes Da Costa observa chez des centaines de conscrits une constellation de signes cliniques associant palpitations violentes, douleurs pr\u00e9cordiales aigu\u00ebs, dyspn\u00e9e d&rsquo;effort, fatigue \u00e9crasante et labilit\u00e9 tensionnelle, en l&rsquo;absence totale de cardiopathie organique autopsique. En 1871, Da Costa publia son m\u00e9moire s\u00e9minal d\u00e9crivant le \u00ab c\u0153ur irritable \u00bb (<em>irritable heart<\/em>), ult\u00e9rieurement baptis\u00e9 \u00ab syndrome de Da Costa \u00bb.<\/p>\n<p>Durant le premier conflit mondial, cette affection r\u00e9apparut \u00e0 une \u00e9chelle industrielle dans les tranch\u00e9es de la Somme et de Verdun sous le vocable militaire de \u00ab c\u0153ur de soldat \u00bb (<em>soldier&rsquo;s heart<\/em>) ou d&rsquo;\u00ab asth\u00e9nie neuro-circulatoire \u00bb (concept formalis\u00e9 par Oppenheimer et Thomas Lewis). Les neurologues et internistes de l&rsquo;\u00e9poque oscill\u00e8rent longuement entre une \u00e9tiologie toxique, une surcharge physique li\u00e9e au paquetage du fantassin, un d\u00e9r\u00e8glement constitutionnel de l&rsquo;innervation autonome et les cons\u00e9quences neuropsychiatriques de l&rsquo;\u00e9branlement provoqu\u00e9 par les bombardements (\u00ab shell shock \u00bb ou traumatisme de guerre).<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la tradition psychanalytique viennoise red\u00e9finit radicalement la compr\u00e9hension de ce tableau clinique. D\u00e8s 1895, Sigmund Freud isola la n\u00e9vrose d&rsquo;angoisse (<em>Angstneurose<\/em>) de la neurasth\u00e9nie classique. Freud d\u00e9montra avec brio que les crises d&rsquo;angoisse aigu\u00eb s&rsquo;expriment pr\u00e9f\u00e9rentiellement \u00e0 travers des \u00e9quivalents somatiques sommitaux, au premier rang desquels figurent la pseudo-angine de poitrine, la tachycardie paroxystique et la suffocation respiratoire, interpr\u00e9t\u00e9es comme la d\u00e9rivation somatique d&rsquo;une libido non m\u00e9tabolis\u00e9e psychiquement.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement des classifications statistiques de l&rsquo;Association am\u00e9ricaine de psychiatrie (DSM) et de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (CIM), le diagnostic d&rsquo;inspiration psychanalytique de \u00ab n\u00e9vrose cardiaque \u00bb fut d\u00e9membr\u00e9 et redistribu\u00e9 dans diff\u00e9rentes cat\u00e9gories op\u00e9rationnelles. Le DSM-III (1980) puis le DSM-IV et le DSM-5 l&rsquo;ont fragment\u00e9 entre le trouble panique, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et le trouble \u00e0 symptomatologie somatique (somatic symptom disorder), tandis que la cardiologie moderne pr\u00e9f\u00e9rait formaliser ces tableaux sous l&rsquo;angle du syndrome X cardiaque ou de la douleur thoracique non cardiaque (DTNC). Malgr\u00e9 cette dissolution nosologique officielle, l&rsquo;entit\u00e9 clinique de la n\u00e9vrose cardiaque demeure vivace et cliniquement reconnue par les praticiens hospitaliers du monde entier.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;architecture complexe de la n\u00e9vrose cardiaque, plusieurs paradigmes th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires doivent \u00eatre mobilis\u00e9s :<\/p>\n<p>Le paradigme psychodynamique freudien et post-freudien con\u00e7oit le c\u0153ur comme l&rsquo;organe par excellence de l&rsquo;investissement affectif, narcissique et relationnel. Dans la perspective analytique, la fixation anxieuse sur le muscle cardiaque traduit souvent un conflit intrapsychique non r\u00e9solu li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;agressivit\u00e9 refoul\u00e9e, \u00e0 des deuils pr\u00e9coces non \u00e9labor\u00e9s ou \u00e0 des angoisses d&rsquo;abandon terrifiantes. L&rsquo;organe cardiaque, per\u00e7u comme le garant unique du maintien de la vie, devient le r\u00e9ceptacle symbolique d&rsquo;une ambivalence pulsionnelle majeure : l&rsquo;\u00e9nergie destructrice refoul\u00e9e menace de d\u00e9truire l&rsquo;individu de l&rsquo;int\u00e9rieur, mimant la rupture myocardique ou l&rsquo;arr\u00eat soudain du flux vital.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le cognitivo-comportemental, particuli\u00e8rement \u00e9labor\u00e9 par David M. Clark dans sa th\u00e9orie cognitive de la panique, postule que la n\u00e9vrose cardiaque est entretenue par un biais d&rsquo;attention s\u00e9lective coupl\u00e9 \u00e0 une erreur d&rsquo;interpr\u00e9tation catastrophiste des sensations int\u00e9roceptives. Selon ce sch\u00e9ma, le sujet cardiaque n\u00e9vrotique maintient des croyances dysfonctionnelles profondes selon lesquelles le c\u0153ur est un organe intrins\u00e8quement fragile et vuln\u00e9rable, ne tol\u00e9rant aucune irr\u00e9gularit\u00e9 de rythme. Les comportements d&rsquo;\u00e9vitement (refus de monter les \u00e9tages, abstinence sexuelle, immobilisme) et les strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9 (prise syst\u00e9matique du pouls, pr\u00e9sence constante \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;un centre hospitalier) emp\u00eachent le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9sensibilisation et l&rsquo;invalidation empirique de ces pr\u00e9dictions anxiog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Sur le versant neurobiologique contemporain, les travaux sur l&rsquo;axe neuro-visc\u00e9ral de Julian Thayer mettent en \u00e9vidence une alt\u00e9ration de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC) chez ces patients. Ce d\u00e9ficit traduit un affaiblissement du tonus parasympathique vagal et une hyperactivation chronique du syst\u00e8me sympathique m\u00e9di\u00e9e par un dysfonctionnement du r\u00e9seau limbique de d\u00e9tection de la menace (amygdale, insula ant\u00e9rieure et cortex cingulaire ant\u00e9rieur). L&rsquo;insula ant\u00e9rieure, carrefour c\u00e9r\u00e9bral du traitement des repr\u00e9sentations int\u00e9roceptives, pr\u00e9sente chez les sujets cardiophobiques une hyperr\u00e9activit\u00e9 notable, transformant des stimuli physiologiques sous-corticaux normaux en perceptions conscientes intol\u00e9rables.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La n\u00e9vrose cardiaque se d\u00e9compose en plusieurs facettes symptomatiques, s\u00e9miologiques et dimensionnelles qu&rsquo;il convient de distinguer syst\u00e9matiquement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La triade somatique classique :<\/strong> Comprend les pr\u00e9cordialgies atypiques (douleurs punctiformes, constrictives ou br\u00fblantes localis\u00e9es sous le mamelon gauche, sans irradiation typique vers la m\u00e2choire et ne c\u00e9dant pas \u00e0 la trinitrine), les palpitations subjectives ou extrasystoles b\u00e9nignes ressenties comme des \u00ab sauts \u00bb ou des \u00ab arr\u00eats \u00bb cardiaques terrifiants, et la dyspn\u00e9e suspirieuse (besoin irr\u00e9pressible de soupirer profond\u00e9ment ou de bailler pour remplir des poumons per\u00e7us comme verrouill\u00e9s).<\/li>\n<li><strong>La composante cognitive et int\u00e9roceptive :<\/strong> Se caract\u00e9rise par une rumination obsessionnelle centr\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie cardiaque, des sc\u00e9narios de mort subite imminente, une surveillance continue et tactile de son propre rythme cardiaque et un rejet sceptique des r\u00e9assurances m\u00e9dicales apport\u00e9es par les praticiens.<\/li>\n<li><strong>La dimension comportementale d&rsquo;\u00e9vitement et de v\u00e9rification :<\/strong> Se traduit par la cessation volontaire de toute pratique sportive, la limitation drastique des d\u00e9placements hors des zones m\u00e9dicalis\u00e9es, le repos forc\u00e9 au lit et l&rsquo;achat compulsif d&rsquo;\u00e9quipements m\u00e9dicaux domestiques (\u00e9lectrocardiogrammes portables, tensiom\u00e8tres, applications pour smartphones).<\/li>\n<li><strong>La forme paroxystique (pseudo-angor d&rsquo;effort ou de repos) :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par des acc\u00e8s de terreur paroxystique mimant l&rsquo;infarctus du myocarde, d\u00e9clenchant des appels d&rsquo;urgence r\u00e9p\u00e9t\u00e9s aux services d&rsquo;assistance m\u00e9dicale (SAMU), le patient \u00e9tant persuad\u00e9 de vivre ses derniers instants.<\/li>\n<li><strong>La forme hypocondriaque chronique :<\/strong> Marqu\u00e9e par une pr\u00e9occupation insidieuse, permanente et \u00e9rodante, o\u00f9 l&rsquo;individu, bien que n&rsquo;\u00e9tant pas constamment en crise panique, vit dans un \u00e9tat de deuil anticip\u00e9 de sa propre sant\u00e9 coronarienne, organisant son existence enti\u00e8re autour de la pr\u00e9servation de son muscle cardiaque.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Consid\u00e9rons le cas clinique de Marc, un cadre sup\u00e9rieur de 38 ans sans aucun ant\u00e9c\u00e9dent m\u00e9dical personnel ni facteur de risque cardio-vasculaire av\u00e9r\u00e9, si ce n&rsquo;est le d\u00e9c\u00e8s brutal par infarctus du myocarde de son p\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 62 ans. Alors qu&rsquo;il assiste \u00e0 une r\u00e9union professionnelle stressante, Marc ressent un battement ectopique violent dans la poitrine, imm\u00e9diatement suivi d&rsquo;une d\u00e9charge d&rsquo;angoisse. Il interpr\u00e8te instantan\u00e9ment ce ressenti comme le d\u00e9clenchement de la crise cardiaque fatale qui l&rsquo;a priv\u00e9 de son p\u00e8re. Transport\u00e9 aux urgences dans un \u00e9tat d&rsquo;agitation panique, il pr\u00e9sente une tachycardie sinusale \u00e0 130 battements par minute, une tension art\u00e9rielle \u00e0 160\/95 mmHg et des sueurs froides. Le bilan cardiologique complet \u2014 comprenant un \u00e9lectrocardiogramme \u00e0 douze d\u00e9rivations, un dosage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 des troponines ultra-sensibles, puis ult\u00e9rieurement une \u00e9chocardiographie transthoracique et une \u00e9preuve d&rsquo;effort maximale \u2014 s&rsquo;av\u00e8re absolument impeccable.<\/p>\n<p>Cependant, loin de rassurer le patient au-del\u00e0 de quelques heures, ce r\u00e9sultat n\u00e9gatif le plonge dans une profonde perplexit\u00e9 teint\u00e9e d&rsquo;angoisse : Marc commence \u00e0 penser que \u00ab la machine n&rsquo;a pas d\u00e9tect\u00e9 l&rsquo;anomalie \u00bb ou que \u00ab la crise surviendra au moment o\u00f9 personne ne regarde \u00bb. Durant les six mois suivants, il consulte quatre cardiologues diff\u00e9rents, subit la pose de deux Holters ECG cons\u00e9cutifs, renonce \u00e0 toute activit\u00e9 physique avec ses enfants, refuse les rapports sexuels par peur de surmener son myocarde et passe plusieurs heures par jour \u00e0 scruter le trac\u00e9 de sa montre connect\u00e9e. Son univers professionnel et familial se r\u00e9duit drastiquement au rayon d&rsquo;action d&rsquo;une clinique priv\u00e9e dot\u00e9e d&rsquo;une unit\u00e9 de soins intensifs cardiologiques.<\/p>\n<p>Un autre exemple typique est celui de Sophie, une \u00e9tudiante de 22 ans sujette \u00e0 un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_anxieux\">trouble anxieux<\/a> g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Sophie ressent une oppression thoracique gauche lancinante chaque fois qu&rsquo;elle est confront\u00e9e \u00e0 une situation d&rsquo;\u00e9valuation universitaire. Persuad\u00e9e que son c\u0153ur pr\u00e9sente une anomalie \u00e9lectrique cong\u00e9nitale ind\u00e9tectable, elle d\u00e9veloppe une respiration apicale superficielle r\u00e9flexe. Cette hyperventilation chronique entra\u00eene une alcalose respiratoire avec sensations de picotements p\u00e9ribuccaux et contractures musculaires des membres sup\u00e9rieurs. Sophie int\u00e8gre ces signes comme la preuve clinique que le flux sanguin ne parvient plus \u00e0 ses organes p\u00e9riph\u00e9riques du fait d&rsquo;une pompe cardiaque d\u00e9faillante, p\u00e9rennisant ainsi un cycle infernal de panique et d&rsquo;inhibition motrice.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>Le diagnostic de n\u00e9vrose cardiaque requiert une d\u00e9marche s\u00e9quentielle rigoureuse afin d&rsquo;\u00e9carter formellement toute organicit\u00e9 avant d&rsquo;affirmer la primaut\u00e9 du trouble psychologique. L&rsquo;anamn\u00e8se clinique doit rechercher la discordance flagrante entre l&rsquo;intensit\u00e9 spectaculaire de la douleur rapport\u00e9e et l&rsquo;absence de tout signe de bas d\u00e9bit ou de retentissement h\u00e9modynamique av\u00e9r\u00e9. Les pr\u00e9cordialgies fonctionnelles sont fr\u00e9quemment non li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;effort physique direct, durent parfois des heures sans \u00e9volution isch\u00e9mique, ou surviennent paradoxalement lors des phases de repos nocturne cons\u00e9cutives \u00e0 un stress aigu.<\/p>\n<p>L&rsquo;arsenal paraclinique d&rsquo;exclusion comprend syst\u00e9matiquement un \u00e9lectrocardiogramme de repos, un dosage biologique de la troponine cardiaque ultra-sensible (I ou T), du peptide natriur\u00e9tique de type B (BNP ou NT-proBNP) et de la thyr\u00e9ostimuline (TSH) pour \u00e9carter une hyperthyro\u00efdie thyr\u00e9otoxique mimant une tachyarythmie. L&rsquo;\u00e9chocardiographie Doppler couleur permet d&rsquo;attester de la normalit\u00e9 des pressions intracardiaques, de la fonction contractile ventriculaire et de l&rsquo;absence de prolapsus valvulaire mitral (dont la coexistence historique avec le syndrome d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 a longtemps fait l&rsquo;objet de d\u00e9bats).<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et psychiatrique standardis\u00e9e, les cliniciens recourent \u00e0 des outils d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 corporelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;Inventaire d&rsquo;Anxi\u00e9t\u00e9 Cardiaque (<em>Cardiac Anxiety Questionnaire<\/em> &#8211; CAQ) :<\/strong> Con\u00e7u par Eifert et ses collaborateurs, ce questionnaire auto-administr\u00e9 \u00e9value sp\u00e9cifiquement la peur de la stimulation cardiaque, l&rsquo;attention corporelle port\u00e9e au c\u0153ur et les comportements d&rsquo;\u00e9vitement associ\u00e9s aux activit\u00e9s cardiaques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;Amplification Somatosensorielle (<em>Somatosensory Amplification Scale<\/em> &#8211; SSAS) :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e par Barsky, elle mesure la propension individuelle \u00e0 percevoir des sensations physiologiques courantes comme d\u00e9rangeantes, intenses et pathologiques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00c9valuation de l&rsquo;Anxi\u00e9t\u00e9 de Hamilton (HAM-A) :<\/strong> Elle permet de quantifier la part des sympt\u00f4mes somatiques du versant cardiovasculaire et neuro-v\u00e9g\u00e9tatif par rapport aux sympt\u00f4mes cognitifs et thymiques.<\/li>\n<li><strong>Le test d&rsquo;hyperventilation provoqu\u00e9e contr\u00f4l\u00e9e :<\/strong> R\u00e9alis\u00e9 sous surveillance m\u00e9dicale directe, il vise \u00e0 reproduire fid\u00e8lement, par voie hypocapnique artificielle, l&rsquo;oppression et les paresth\u00e9sies thoraciques redout\u00e9es par le patient afin de lui d\u00e9montrer concr\u00e8tement le r\u00f4le direct de sa propre respiration dans la gen\u00e8se de ses sympt\u00f4mes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de la n\u00e9vrose cardiaque poss\u00e8de une importance majeure en sant\u00e9 publique et en pratique clinique quotidienne. Dans les services d&rsquo;accueil des urgences hospitali\u00e8res et les centres de prise en charge de la douleur thoracique, entre 30 % et 50 % des admissions motiv\u00e9es par une suspicion d&rsquo;isch\u00e9mie myocardique aigu\u00eb ne pr\u00e9sentent aucune l\u00e9sion coronarienne obstructive. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e8re une saturation critique des fili\u00e8res cardiologiques d&rsquo;urgence et engendre des d\u00e9penses m\u00e9dico-\u00e9conomiques consid\u00e9rables li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;explorations invasives r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (coronarographies, scanners coronariens) parfois grev\u00e9es d&rsquo;effets iatrog\u00e8nes non n\u00e9gligeables.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la r\u00e9adaptation cardiovasculaire, la cardiophobie secondaire repr\u00e9sente l&rsquo;un des freins les plus pernicieux \u00e0 la convalescence des patients ayant r\u00e9ellement subi un accident coronarien authentique. Nombre de patients ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une angioplastie r\u00e9ussie d\u00e9veloppent une n\u00e9vrose cardiaque post-infarctus invalidante, interpr\u00e9tant la moindre cicatrice \u00e9motionnelle ou musculaire comme une r\u00e9cidive fatale, ce qui les conduit \u00e0 un s\u00e9dentarisme pathologique contredisant toutes les recommandations m\u00e9dicales de reprise de l&rsquo;effort physique.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale, la prise en charge de la n\u00e9vrose cardiaque exige une posture th\u00e9rapeutique extr\u00eamement d\u00e9licate et \u00e9quilibr\u00e9e. Le m\u00e9decin de premier recours doit imp\u00e9rativement \u00e9viter deux \u00e9cueils majeurs : d&rsquo;une part, la r\u00e9p\u00e9tition st\u00e9rile et anxieuse d&rsquo;examens compl\u00e9mentaires visant \u00e0 rassurer un patient insatiable (ce qui ne fait que conforter ce dernier dans l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un doute m\u00e9dical persiste), et d&rsquo;autre part, le rejet brutal et condescendant du type \u00ab Vous n&rsquo;avez rien, c&rsquo;est purement psychologique \u00bb, qui majore le sentiment d&rsquo;abandon et incite le malade \u00e0 chercher un \u00e9ni\u00e8me avis m\u00e9dical aupr\u00e8s d&rsquo;un autre praticien.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les neurosciences cognitives contemporaines ont profond\u00e9ment \u00e9clair\u00e9 les bases physiopathologiques de la cardiophobie \u00e0 l&rsquo;aide de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf). Des \u00e9tudes pionni\u00e8res ont d\u00e9montr\u00e9 que les personnes pr\u00e9sentant un score \u00e9lev\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 cardiaque manifestent une hyperactivit\u00e9 significative de l&rsquo;insula ant\u00e9rieure bilat\u00e9rale et du cortex orbitofrontal lorsqu&rsquo;elles sont expos\u00e9es \u00e0 des sons de battements cardiaques asynchrones ou acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s. Cette signature neuro-fonctionnelle souligne un trouble primaire du traitement de l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction int\u00e9roceptive : le cerveau de ces patients ne parvient pas \u00e0 \u00ab faire taire \u00bb l&rsquo;information corporelle montante, g\u00e9n\u00e9rant une alerte constante au niveau conscient.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique, les essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s ont d\u00e9montr\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale\">th\u00e9rapies cognitivo-comportementales<\/a> (TCC) ciblant sp\u00e9cifiquement l&rsquo;int\u00e9roception par rapport aux soins m\u00e9dicaux usuels. Les protocoles int\u00e9grant une exposition int\u00e9roceptive active \u2014 consistant \u00e0 faire monter intentionnellement la fr\u00e9quence cardiaque du patient par des exercices physiques calibr\u00e9s en cabinet (sauts sur place, mont\u00e9es rapides de marches) tout en lui apprenant \u00e0 observer ces r\u00e9actions sans recourir \u00e0 des man\u0153uvres de fuite \u2014 induisent une extinction progressive et durable de la r\u00e9ponse conditionn\u00e9e de panique.<\/p>\n<p>Les recherches pharmacologiques indiquent quant \u00e0 elles que l&rsquo;usage isol\u00e9 et prolong\u00e9 des benzodiaz\u00e9pines dans la n\u00e9vrose cardiaque est contre-productif, induisant une d\u00e9pendance comportementale s\u00e9v\u00e8re sans modifier la distorsion cognitive sous-jacente. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;administration d&rsquo;inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS), parfois coupl\u00e9e en phase initiale \u00e0 un b\u00eatabloquant \u00e0 faible dose prescrit pour briser le cercle vicieux de la tachycardie sinusale, d\u00e9montre une efficacit\u00e9 clinique substantielle en att\u00e9nuant l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression symptomatique de la n\u00e9vrose cardiaque est tributaire des repr\u00e9sentations culturelles de l&rsquo;organe cardiaque et du corps humain. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales hautement technologis\u00e9es, o\u00f9 les campagnes de sant\u00e9 publique mettent continuellement l&rsquo;accent sur le d\u00e9pistage des accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux et de l&rsquo;infarctus du myocarde, l&rsquo;angoisse s&rsquo;arrime naturellement aux param\u00e8tres chiffr\u00e9s et biom\u00e9caniques de l&rsquo;organe, favorisant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une cybercondrie cardiaque aliment\u00e9e par les donn\u00e9es t\u00e9l\u00e9m\u00e9triques des objets connect\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes culturels, la souffrance psychique \u00e0 projection pr\u00e9cordiale emprunte des idiomes de d\u00e9tresse traditionnels profond\u00e9ment enracin\u00e9s. En Chine, le concept d&rsquo;atteinte au <em>Xin<\/em> (le c\u0153ur en m\u00e9decine traditionnelle chinoise, con\u00e7u simultan\u00e9ment comme le gouverneur du sang et le r\u00e9ceptacle de l&rsquo;esprit <em>Shen<\/em>) s&rsquo;exprime par le syndrome de neurasth\u00e9nie (<em>shenjing shuairuo<\/em>), o\u00f9 les palpitations et la sensation de vide cardiaque symbolisent un effondrement harmonieux du flux vital d&rsquo;\u00e9nergie <em>Qi<\/em> plut\u00f4t qu&rsquo;une d\u00e9faillance isch\u00e9mique au sens anatomo-pathologique occidental.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espace culturel arabo-musulman et au Moyen-Orient, les plaintes pr\u00e9cordiales fonctionnelles sont fr\u00e9quemment associ\u00e9es au concept de \u00ab compression de la poitrine \u00bb ou de serrement cardiaque (<em>diq al-sadr<\/em>), m\u00e9taphore corporelle privil\u00e9gi\u00e9e d&rsquo;une souffrance morale insupportable, d&rsquo;une oppression existentielle ou d&rsquo;un conflit social inexprimable. De m\u00eame, en Afrique subsaharienne, les sensations de d\u00e9placements anormaux ou de battements per\u00e7us dans tout le corps peuvent faire l&rsquo;objet d&rsquo;interpr\u00e9tations culturelles complexes n\u00e9cessitant une \u00e9coute transculturelle attentive pour \u00e9viter tout contresens diagnostique stigmatisant.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La persistance de la notion de n\u00e9vrose cardiaque suscite d&rsquo;intenses d\u00e9bats nosographiques entre les \u00e9coles psychiatriques et cardiologiques. La critique fondamentale formul\u00e9e par les architectes du DSM-5 r\u00e9side dans l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du concept : sous la banni\u00e8re unique de la n\u00e9vrose cardiaque coexistent en r\u00e9alit\u00e9 des patients relevant de l&rsquo;agoraphobie s\u00e9v\u00e8re, du trouble panique aigu, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de sant\u00e9 pure et du trouble \u00e0 symptomatologie somatique. Selon cette optique moderniste, maintenir un terme corporatif rattach\u00e9 \u00e0 un organe sp\u00e9cifique risquerait de p\u00e9renniser la focalisation somatique du malade plut\u00f4t que de l&rsquo;aider \u00e0 conceptualiser son affection comme un trouble affectif et \u00e9motionnel global.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, les partisans du maintien de cette entit\u00e9 clinique soulignent qu&rsquo;en abolissant cette d\u00e9nomination sp\u00e9cifique au profit de cat\u00e9gories psychiatriques plus abstraites et d\u00e9charn\u00e9es, la m\u00e9decine contemporaine prive les cardiologues d&rsquo;un concept clinique d&rsquo;interface d&rsquo;une utilit\u00e9 pratique inestimable. Renvoyer un patient cardiophobique en psychiatrie sans diagnostic de pont risque de briser l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique, le malade interpr\u00e9tant cette d\u00e9marche comme un refus de soins ou un m\u00e9pris de sa plainte somatique r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Une controverse clinique majeure concerne par ailleurs le risque du diagnostic par exc\u00e8s et la probl\u00e9matique des diagnostics diff\u00e9rentiels manqu\u00e9s. Des affections d&rsquo;origine organique frustes et intermittentes, telles que le syndrome de tachycardie posturale orthostatique (POTS), les micro-dysplasies ventriculaires arythmog\u00e8nes droites d\u00e9butantes, le ph\u00e9ochromocytome ou les crises de tachycardie paroxystique supraventriculaire (maladie de Bouveret), ont historiquement \u00e9t\u00e9 \u00e9tiquet\u00e9es par erreur comme de simples n\u00e9vroses d&rsquo;angoisse par des praticiens insuffisamment vigilants, entra\u00eenant des retards de prise en charge pr\u00e9judiciables.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion diagnostique, il convient de distinguer la n\u00e9vrose cardiaque d&rsquo;autres entit\u00e9s psychopathologiques et m\u00e9dicales voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>N\u00e9vrose cardiaque vs <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_panique\">Trouble panique<\/a> :<\/strong> Le trouble panique est une affection caract\u00e9ris\u00e9e par la survenue soudaine et inattendue d&rsquo;attaques de panique polysymptomatiques r\u00e9currentes (vertiges, sensation d&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9, tremblements, suffocation). Dans la n\u00e9vrose cardiaque, l&rsquo;ensemble des angoisses et des comportements de l&rsquo;individu reste concentr\u00e9 de mani\u00e8re exclusive et \u00e9lective sur l&rsquo;organe cardiaque et le pronostic coronarien.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9vrose cardiaque vs <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hypocondrie\">Hypocondrie<\/a> (ou Trouble anxi\u00e9t\u00e9 de la maladie) :<\/strong> L&rsquo;hypocondriaque g\u00e9n\u00e9raliste s&rsquo;inqui\u00e8te alternativement ou simultan\u00e9ment de d\u00e9velopper de multiples maladies (tumeurs c\u00e9r\u00e9brales, scl\u00e9rose en plaques, cancers digestifs), changeant fr\u00e9quemment de foyer d&rsquo;angoisse selon les sollicitations de son environnement. Le patient atteint de n\u00e9vrose cardiaque restreint quant \u00e0 lui son d\u00e9lire ou son obsession \u00e0 l&rsquo;aire cardiovasculaire de fa\u00e7on persistante et quasi monolithique.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9vrose cardiaque vs Maladie coronarienne organique (Angor authentique) :<\/strong> L&rsquo;angor organique se manifeste par une douleur r\u00e9trosternale constrictive typique (\u00ab en \u00e9tau \u00bb), irradiant dans le bras gauche et la m\u00e2choire, d\u00e9clench\u00e9e fid\u00e8lement par l&rsquo;effort physique ou le froid et c\u00e9dant imp\u00e9rativement en quelques minutes au repos ou sous l&rsquo;effet de d\u00e9riv\u00e9s nitr\u00e9s. La pr\u00e9cordialgie de la n\u00e9vrose cardiaque est atypique, souvent punctiforme, survenant au repos ou apr\u00e8s l&rsquo;effort, et insensible aux vasodilatateurs coronariens.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9vrose cardiaque vs Syndrome de Tako-Tsubo (Cardiomyopathie de stress) :<\/strong> Bien que d\u00e9clench\u00e9 par un choc \u00e9motionnel majeur, le Tako-Tsubo est une cardiopathie aigu\u00eb organique bien r\u00e9elle avec akin\u00e9sie apicale ventriculaire gauche (\u00ab ballonisation \u00bb), \u00e9l\u00e9vation enzymatique notable et modifications \u00e9lectrocardiographiques franches simulant un infarctus, ce qui n&rsquo;est nullement le cas dans la n\u00e9vrose cardiaque pure o\u00f9 le myocarde conserve son int\u00e9grit\u00e9 contractile absolue.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La n\u00e9vrose cardiaque demeure une pathologie embl\u00e9matique de la souffrance psychosomatique humaine, \u00e0 la fronti\u00e8re exacte du psychisme et de l&rsquo;organisme. Sa reconnaissance pr\u00e9coce et sa prise en charge empathique conditionnent directement le pronostic fonctionnel du patient.<\/p>\n<ul>\n<li>La n\u00e9vrose cardiaque associe une anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique focalis\u00e9e sur la peur de la mort subite et des sensations somatiques r\u00e9elles (palpitations, pr\u00e9cordialgies, dyspn\u00e9e) sans l\u00e9sion cardiologique structurelle sous-jacente.<\/li>\n<li>D\u00e9crite historiquement sous les noms de \u00ab c\u0153ur irritable \u00bb par Da Costa en 1871 puis de \u00ab c\u0153ur de soldat \u00bb, elle trouve son explication contemporaine dans l&rsquo;hypervigilance int\u00e9roceptive et les boucles d&rsquo;interpr\u00e9tation catastrophiste du mod\u00e8le de Clark.<\/li>\n<li>Les manifestations physiologiques constat\u00e9es sont produites par un emballement r\u00e9el du syst\u00e8me nerveux autonome sympathique d\u00e9clench\u00e9 par la peur, et non par une intention de simulation.<\/li>\n<li>Le bilan d&rsquo;exclusion initial cardiologique doit \u00eatre rigoureux et d\u00e9finitif, en \u00e9vitant la multiplication inutile d&rsquo;examens ult\u00e9rieurs qui alimente le cercle vicieux de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9.<\/li>\n<li>Le traitement repose sur l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique avec le m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste, les psychoth\u00e9rapies cognitivo-comportementales avec exposition int\u00e9roceptive, et au besoin une pharmacoth\u00e9rapie r\u00e9gulatrice (ISRS) transitoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Barsky, A. J., &amp; Klerman, G. L. (1983). Overview: Hypochondriasis, bodily complaints, and somatic styles. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 140(3), 273\u2013283. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.140.3.273\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/ajp.140.3.273<\/a><\/li>\n<li>Clark, D. M. (1986). A cognitive approach to panic. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 24(4), 461\u2013470. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(86)90011-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0005-7967(86)90011-2<\/a><\/li>\n<li>Da Costa, J. M. (1871). On irritable heart; a clinical study of a form of functional cardiac disorder and its consequences. <em>The American Journal of the Medical Sciences<\/em>, 61(121), 17\u201352. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/00000441-187101000-00001\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/00000441-187101000-00001<\/a><\/li>\n<li>Eifert, G. H. (1992). Cardiophobia: A review of the condition and its treatment. <em>Clinical Psychology Review<\/em>, 12(3), 299\u2013313. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0272-7358(92)90139-B\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0272-7358(92)90139-B<\/a><\/li>\n<li>Freud, S. (1895). Du bien-fond\u00e9 de s\u00e9parer de la neurasth\u00e9nie un complexe de sympt\u00f4mes d\u00e9termin\u00e9, sous le nom de \u00ab n\u00e9vrose d&rsquo;angoisse \u00bb. <em>Revue Neurologique<\/em>, 3, 61\u201375.<\/li>\n<li>Thayer, J. F., &amp; Lane, R. D. (2000). A model of neurovisceral integration in emotion regulation and dysregulation. <em>Journal of Affective Disorders<\/em>, 61(3), 201\u2013216. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0165-0327(00)00338-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0165-0327(00)00338-4<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La n\u00e9vrose cardiaque, ou cardiophobie, est un trouble psychologique caract\u00e9ris\u00e9 par une angoisse aigu\u00eb de l&rsquo;arr\u00eat cardiaque associ\u00e9e \u00e0 des pr\u00e9cordialgies et palpitations sans l\u00e9sion coronarienne. 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