{"id":22689,"date":"2026-10-27T20:01:17","date_gmt":"2026-10-27T20:01:17","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=candidose-impact-psychologique-somatique"},"modified":"2026-10-27T20:01:17","modified_gmt":"2026-10-27T20:01:17","slug":"candidose-impact-psychologique-somatique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=candidose-impact-psychologique-somatique","title":{"rendered":"Candidose : Du microbiote \u00e0 la sant\u00e9 mentale"},"content":{"rendered":"<p>La prolif\u00e9ration fongique au sein des \u00e9cosyst\u00e8mes biologiques humains ne constitue pas uniquement une probl\u00e9matique dermatologique ou infectieuse circonscrite, mais repr\u00e9sente un d\u00e9fi syst\u00e9mique aux ramifications psychologiques et neurobiologiques consid\u00e9rables. \u00c0 l&rsquo;intersection de la m\u00e9decine psychosomatique et de la neuro-immunologie, les manifestations cliniques induites par les levures du genre <em>Candida<\/em> illustrent la porosit\u00e9 fondamentale unissant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 immunitaire, l&rsquo;\u00e9quilibre du microbiote et la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle. L&rsquo;exploration exhaustive de la candidose exige ainsi une analyse int\u00e9grative, mesurant l&rsquo;impact des perturbations somatiques sur les fonctions cognitives, les troubles de l&rsquo;humeur et la qualit\u00e9 de vie des patients affect\u00e9s.<\/p>\n<h2>Candidose : Exploration Psychosomatique et M\u00e9dicale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>candidose<\/strong> d\u00e9signe toute infection fongique opportuniste provoqu\u00e9e par des levures du genre <em>Candida<\/em>, principalement l&rsquo;esp\u00e8ce <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Candida_albicans\">Candida albicans<\/a>, touchant les muqueuses, les t\u00e9guments ou, plus rarement, les organes profonds dans un contexte de diss\u00e9mination h\u00e9matog\u00e8ne. Sur le plan psychologique et comportemental, elle se manifeste comme une pathologie sentinelle dont la chronicit\u00e9 ou la r\u00e9currence alt\u00e8re substantiellement le fonctionnement psychosocial, d\u00e9clenchant des boucles de d\u00e9tresse affective et d&rsquo;hypervigilance somatosensorielle.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de sa dimension microbiologique \u00e9l\u00e9mentaire, la candidose incarne une rupture de l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9cologique interne de l&rsquo;h\u00f4te. Dans les disciplines de la psychologie de la sant\u00e9 et de la psychiatrie de liaison, cette affection est appr\u00e9hend\u00e9e comme un \u00e9tat d&rsquo;interaction r\u00e9ciproque complexe : d&rsquo;une part, le stress psychologique chronique et l&rsquo;activation soutenue de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS) favorisent l&rsquo;immunosuppression locale et la prolif\u00e9ration mycosique ; d&rsquo;autre part, les m\u00e9tabolites fongiques, les r\u00e9ponses cytokiniques inflammatoires et l&rsquo;inconfort somatique r\u00e9current engendrent une d\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;\u00e9tat thymique, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et des perturbations cognitives.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, la candidose ne se r\u00e9sume pas \u00e0 la simple pr\u00e9sence d&rsquo;un micro-organisme pathog\u00e8ne, mais constitue une constellation clinique biopsychosociale. Elle interroge la capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation de l&rsquo;individu face \u00e0 un signal corporel per\u00e7u comme envahissant, r\u00e9fractaire ou r\u00e9cidivant, transformant une dysbiose biologique en une exp\u00e9rience subjective d&rsquo;impuissance apprise et d&rsquo;\u00e9puisement mental.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab candidose \u00bb d\u00e9rive du nom scientifique du genre fongique <em>Candida<\/em>, lui-m\u00eame issu de l&rsquo;adjectif latin <em>candidus<\/em>, signifiant \u00ab blanc \u00e9clatant \u00bb, \u00ab pur \u00bb ou \u00ab immacul\u00e9 \u00bb. Cette racine \u00e9tymologique renvoie directement \u00e0 la couleur blanche caract\u00e9ristique des toges port\u00e9es par les candidats romains aux magistratures publiques, mais elle a \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9e dans le champ m\u00e9dical pour d\u00e9crire l&rsquo;aspect cr\u00e9meux, blanch\u00e2tre et floconneux des exsudats et des pseudomembranes visibles lors des atteintes orales ou vaginales.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 combin\u00e9 avec le suffixe d&rsquo;origine grecque <em>-osis<\/em> (-ose en fran\u00e7ais), utilis\u00e9 en pathologie m\u00e9dicale pour d\u00e9signer un \u00e9tat pathologique chronique, un processus d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif ou une invasion parasitaire non directement inflammatoire \u00e0 l&rsquo;origine. Dans la litt\u00e9rature internationale et les classifications ant\u00e9rieures, le terme synonyme \u00ab candidiase \u00bb (d\u00e9calque de l&rsquo;anglais <em>candidiasis<\/em>) a longtemps cohabit\u00e9 avec \u00ab candidose \u00bb, ce dernier restant le terme officiel pr\u00e9conis\u00e9 par l&rsquo;Acad\u00e9mie nationale de m\u00e9decine en langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction taxinomique moderne du terme <em>Candida<\/em> revient \u00e0 la mycologue n\u00e9erlandaise Christine Marie Berkhout en 1923, qui proposa cette d\u00e9nomination dans sa th\u00e8se universitaire \u00e0 Utrecht afin de r\u00e9organiser les classifications chaotiques des levures auparavant d\u00e9sign\u00e9es sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;<em>Oidium<\/em> ou de <em>Monilia<\/em>. Depuis cette formalisation taxinomique, le champ de la psychosomatique a int\u00e9gr\u00e9 ce vocabulaire pour caract\u00e9riser les interactions entre les efflorescences mycosiques blanches et leurs r\u00e9percussions subjectives sur l&rsquo;image corporelle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la prononciation phon\u00e9tique du terme est not\u00e9e [k\u0251\u0303.di.doz]. La premi\u00e8re syllabe utilise la voyelle nasale post\u00e9rieure ouverte [\u0251\u0303], suivie d&rsquo;une consonne occlusive dentale vois\u00e9e [d], d&rsquo;une voyelle ferm\u00e9e ant\u00e9rieure [i], puis d&rsquo;une voyelle mi-ferm\u00e9e post\u00e9rieure [o] et d&rsquo;une fricative alv\u00e9olaire vois\u00e9e [z].<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab candidose \u00bb est un nom commun f\u00e9minin invariable au singulier, admettant la flexion plurielle (\u00ab candidoses \u00bb) lorsqu&rsquo;il renvoie \u00e0 des \u00e9pisodes infectieux multiples ou \u00e0 des entit\u00e9s \u00e9tiologiques distinctes (par exemple, les candidoses muqueuses versus les candidoses syst\u00e9miques). Les adjectifs d\u00e9riv\u00e9s incluent \u00ab candidosique \u00bb ou plus rarement \u00ab candidiasique \u00bb, employ\u00e9s pour qualifier un processus, un foyer infectieux ou une symptomatologie clinique sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Dans la pratique langagi\u00e8re m\u00e9dicale francophone, son utilisation exige une pr\u00e9cision syntaxique rigoureuse pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 avec des tableaux purement fonctionnels : les cliniciens distinguent express\u00e9ment la \u00ab candidose document\u00e9e \u00bb (reposant sur un isolement biologique confirm\u00e9) des \u00e9tats de \u00ab suspicion candidosique \u00bb, terme souvent porteur d&rsquo;une charge affective importante chez les patients en d\u00e9tresse somatomorphe.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>Pour comprendre la candidose sous un angle holistique et psychologique, il convient d&rsquo;analyser la relation symbiotique que <em>Candida albicans<\/em> entretient naturellement avec l&rsquo;organisme humain. Cette levure est un organisme commensal de la flore cutan\u00e9e, buccale, gastro-intestinale et vaginale chez la grande majorit\u00e9 des individus asymptomatiques. Le passage d&rsquo;un \u00e9tat de colonisation commensale inoffensive \u00e0 un \u00e9tat de virulence pathog\u00e8ne est r\u00e9gul\u00e9 par un \u00e9quilibre hom\u00e9ostatique t\u00e9nu impliquant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la barri\u00e8re \u00e9pith\u00e9liale, la concurrence avec la flore bact\u00e9rienne r\u00e9sidente et l&rsquo;efficacit\u00e9 des m\u00e9canismes de l&rsquo;immunit\u00e9 inn\u00e9e et adaptative m\u00e9di\u00e9e par les lymphocytes T auxiliaires (notamment la voie Th17).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoneuro-immunologie\">psychoneuro-immunologie<\/a>, la rupture de cette hom\u00e9ostasie est intimement li\u00e9e aux fluctuations du stress per\u00e7u. L&rsquo;hyperactivation chronique de l&rsquo;axe HHS induit une \u00e9l\u00e9vation prolong\u00e9e des concentrations s\u00e9riques de glucocortico\u00efdes, entra\u00eenant une suppression de la production de peptides antimicrobiens \u00e9pith\u00e9liaux et une alt\u00e9ration de la s\u00e9cr\u00e9tion des immunoglobulines A s\u00e9cr\u00e9toires (IgAs) salivaires et intestinales. Parall\u00e8lement, la lib\u00e9ration de cat\u00e9cholamines peut stimuler directement certains facteurs de virulence de la levure, favorisant sa transition morphologique de la forme de blastospore ovo\u00efde unicellulaire \u00e0 la forme filamenteuse hyphale invasive, apte \u00e0 perforer les membranes cellulaires et \u00e0 former des biofilms r\u00e9sistants.<\/p>\n<p>Cette transition morphologique et l&rsquo;agression tissulaire sous-jacente d\u00e9clenchent une cascade de m\u00e9diateurs pro-inflammatoires, tels que l&rsquo;interleukine-1 b\u00eata (IL-1\u03b2), l&rsquo;interleukine-6 (IL-6) et le facteur de n\u00e9crose tumorale alpha (TNF-\u03b1). Ces cytokines circulantes peuvent franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique via les zones circumventriculaires ou transmettre des signaux neurochimiques par le nerf vague, atteignant les structures limbiques et pr\u00e9frontales. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne neuro-inflammatoire d&rsquo;intensit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e est corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l&rsquo;apparition du \u00ab comportement de maladie \u00bb (<em>sickness behavior<\/em>), caract\u00e9ris\u00e9 par une l\u00e9thargie, une anh\u00e9donie, un \u00e9moussement affectif et une fatigue cognitive souvent qualifi\u00e9e de \u00ab brouillard c\u00e9r\u00e9bral \u00bb (<em>brain fog<\/em>).<\/p>\n<p>Par ailleurs, la candidose agit comme un catalyseur de dysfonctionnements relationnels et \u00e9motionnels majeurs, particuli\u00e8rement dans ses formes urog\u00e9nitales r\u00e9cidivantes. Les douleurs chroniques associ\u00e9es, les dyspareunies et le sentiment persistant de souillure ou d&rsquo;alt\u00e9ration de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 corporelle induisent des sch\u00e9mas d&rsquo;\u00e9vitement relationnel, de d\u00e9tresse conjugale et une d\u00e9valorisation de l&rsquo;estime de soi. Le trouble s&rsquo;installe alors dans un cercle vicieux o\u00f9 la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle entretient la d\u00e9r\u00e9gulation immunitaire, favorisant \u00e0 son tour de nouvelles r\u00e9surgences fongiques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation empirique des manifestations orales et g\u00e9nitales de la candidose remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 classique. Dans ses <em>\u00c9pid\u00e9mies<\/em>, Hippocrate d\u00e9crivit des aphtes et des ulc\u00e9rations blanch\u00e2tres chez des sujets affaiblis ou convalescents, esquissant les premi\u00e8res observations du muguet buccal comme marqueur d&rsquo;un \u00e9puisement constitutionnel profond. Pendant des si\u00e8cles, la pathologie est rest\u00e9e confin\u00e9e \u00e0 une lecture humorale, consid\u00e9r\u00e9e comme une cons\u00e9quence d&rsquo;une alt\u00e9ration des humeurs corporelles plut\u00f4t que comme une invasion biologique autonome.<\/p>\n<p>Le tournant microbiologique survient au milieu du XIXe si\u00e8cle gr\u00e2ce aux travaux pionniers du m\u00e9decin et microscopiste hongrois David Gruby. En 1842, Gruby isole et d\u00e9crit le micro-organisme responsable du muguet buccal p\u00e9diatrique, d\u00e9montrant pour la premi\u00e8re fois son origine parasitaire v\u00e9g\u00e9tale. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1853, le m\u00e9decin fran\u00e7ais Charles Philippe Robin \u00e9tudie plus pr\u00e9cis\u00e9ment le champignon et le nomme <em>Oidium albicans<\/em>, \u00e9tablissant un lien fondamental entre les l\u00e9sions cliniques et la morphologie myc\u00e9lienne microscopique.<\/p>\n<p>Au cours du XXe si\u00e8cle, apr\u00e8s la clarification taxinomique apport\u00e9e par Christine Marie Berkhout en 1923 instituant le genre <em>Candida<\/em>, la compr\u00e9hension de la maladie s&rsquo;\u00e9largit consid\u00e9rablement avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e8re des antibiotiques dans les ann\u00e9es 1940 et 1950. L&rsquo;antibioth\u00e9rapie de masse, en \u00e9liminant les populations bact\u00e9riennes protectrices, a entra\u00een\u00e9 une flamb\u00e9e spectaculaire d&rsquo;infections opportunistes, r\u00e9v\u00e9lant la d\u00e9pendance \u00e9cologique \u00e9troite unissant les bact\u00e9ries commensales et les levures au sein des muqueuses.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, deux ph\u00e9nom\u00e8nes historiques ont transform\u00e9 le regard port\u00e9 sur la candidose. Sur le versant de la biom\u00e9decine acad\u00e9mique, l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie du VIH\/SIDA a positionn\u00e9 la candidose oropharyng\u00e9e et \u0153sophagienne comme un marqueur clinique majeur de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;immunit\u00e9 cellulaire CD4. Parall\u00e8lement, en 1983, le m\u00e9decin am\u00e9ricain William G. Crook publie son ouvrage grand public <em>The Yeast Connection<\/em>, postulant l&rsquo;existence d&rsquo;une \u00ab candidose chronique syst\u00e9mique occulte \u00bb tenue pour responsable d&rsquo;une myriade de sympt\u00f4mes neuropsychiatriques (d\u00e9pression, anxi\u00e9t\u00e9, insomnie, d\u00e9ficits attentionnels). Bien que cette th\u00e8se ait \u00e9t\u00e9 vivement rejet\u00e9e par la communaut\u00e9 m\u00e9dicale pour son manque de validation m\u00e9thodologique, elle a marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat populaire et pr\u00e9curseur pour l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Axe_intestin-cerveau\">axe intestin-cerveau<\/a>, d\u00e9sormais investigu\u00e9 scientifiquement par la neurobiologie contemporaine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de la candidose dans le champ de la psychologie m\u00e9dicale repose au premier chef sur le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mod%C3%A8le_biopsychosocial\">mod\u00e8le biopsychosocial<\/a> conceptualis\u00e9 par George L. Engel en 1977. Ce cadre th\u00e9orique r\u00e9cuse le r\u00e9ductionnisme biom\u00e9dical strict selon lequel la candidose ne serait que la cons\u00e9quence m\u00e9canique d&rsquo;une prolif\u00e9ration de levures. Il postule que la gen\u00e8se, l&rsquo;expression symptomatique et la chronicisation de l&rsquo;infection r\u00e9sultent d&rsquo;une interaction dynamique et permanente entre des facteurs biologiques (g\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;h\u00f4te, virulence souche-d\u00e9pendante, fonction barri\u00e8re), des variables psychologiques (styles d&rsquo;adaptation, niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de trait, ant\u00e9c\u00e9dents traumatiques) et des influences socioculturelles (st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s \u00e0 la propret\u00e9, stigmatisation sexuelle, soutien relationnel).<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans la psychoneuro-immunologie (PNI), th\u00e9oris\u00e9e par Robert Ader et Nicholas Cohen au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. La PNI d\u00e9montre les voies de communication bidirectionnelles unissant le syst\u00e8me nerveux central, le syst\u00e8me endocrinien et le r\u00e9seau immunitaire. Dans le cadre de la candidose r\u00e9cidivante, ce mod\u00e8le permet d&rsquo;expliquer comment le stress per\u00e7u et les affects d\u00e9pressifs inhibent l&rsquo;axe somatotrope et d\u00e9r\u00e9gulent les r\u00e9cepteurs de type Toll (TLR-2 et TLR-4) \u00e0 la surface des cellules dendritiques, entravant la reconnaissance ad\u00e9quate des mannanes et des b\u00eata-glucanes de la paroi fongique et autorisant ainsi la prolif\u00e9ration mycosique.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie moderne de l&rsquo;axe microbiote-intestin-cerveau (<em>microbiota-gut-brain axis<\/em>) enrichit le cadre conceptuel en int\u00e9grant le \u00ab mycobiome \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la composante fongique du microbiote intestinal. Les mod\u00e8les contemporains sugg\u00e8rent que les alt\u00e9rations quantitatives et qualitatives des levures intestinales influencent la perm\u00e9abilit\u00e9 de la muqueuse digestive, modulant la synth\u00e8se de neurotransmetteurs p\u00e9riph\u00e9riques comme la s\u00e9rotonine (dont plus de 90 % est synth\u00e9tis\u00e9e par les cellules ent\u00e9rochromaffines) et induisant des perturbations dans la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle centrale par le biais de voies vagales et immunitaires.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, formes cliniques et dimensions<\/h3>\n<p>La candidose ne se pr\u00e9sente pas sous une forme univoque ; elle se d\u00e9ploie selon diverses typologies cliniques et dimensions psychologiques distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Candidose vulvovaginale r\u00e9currente (CVVR) :<\/strong> D\u00e9finie par au moins quatre \u00e9pisodes symptomatiques par an, cette entit\u00e9 clinique g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9tresse psychologique majeure, caract\u00e9ris\u00e9e par une dyspareunie s\u00e9v\u00e8re, une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation avant les rapports intimes, des sentiments d&rsquo;inad\u00e9quation corporelle et un risque accru d&rsquo;\u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs.<\/li>\n<li><strong>Candidose oropharyng\u00e9e (muguet, perl\u00e8che, glossite) :<\/strong> Fr\u00e9quente chez les patients immunod\u00e9prim\u00e9s, les personnes \u00e2g\u00e9es appareill\u00e9es ou sous corticoth\u00e9rapie inhal\u00e9e, elle perturbe l&rsquo;alimentation, la d\u00e9glutition et la phonation, entra\u00eenant des sentiments d&rsquo;isolement social, de honte corporelle et une d\u00e9nutrition d\u00e9l\u00e9t\u00e8re pour le moral.<\/li>\n<li><strong>Candidose cutan\u00e9o-muqueuse chronique (CMCC) :<\/strong> Trouble g\u00e9n\u00e9tique rare de l&rsquo;immunit\u00e9 cellulaire caract\u00e9ris\u00e9 par des infections persistantes de la peau, des ongles et des muqueuses, confrontant les sujets d\u00e8s l&rsquo;enfance \u00e0 une d\u00e9figuration corporelle, \u00e0 la stigmatisation par le regard d&rsquo;autrui et \u00e0 d&rsquo;importants d\u00e9fis d&rsquo;adaptation psychosociale.<\/li>\n<li><strong>Candidose digestive et dysbiose fongique :<\/strong> Associ\u00e9e \u00e0 des ballonnements, des crampes abdominales et une alternance du transit, elle est fr\u00e9quemment intriqu\u00e9e avec le syndrome de l&rsquo;intestin irritable, o\u00f9 l&rsquo;hypersensibilit\u00e9 visc\u00e9rale interagit avec l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;hyperfocalisation somatique.<\/li>\n<li><strong>Candidose invasive et candid\u00e9mie :<\/strong> Forme gravissime caract\u00e9ris\u00e9e par le passage de levures dans la circulation sanguine et l&rsquo;atteinte d&rsquo;organes profonds (foie, rate, syst\u00e8me nerveux central), survenant chez des patients en r\u00e9animation ou lourdement trait\u00e9s en oncologie, accompagn\u00e9e d&rsquo;un risque \u00e9lev\u00e9 de confusion mentale aigu\u00eb, d&rsquo;enc\u00e9phalopathie m\u00e9tabolique et de delirium neuropsychiatrique.<\/li>\n<li><strong>Dimension cognitive et \u00ab brouillard c\u00e9r\u00e9bral \u00bb :<\/strong> Fr\u00e9quemment verbalis\u00e9e par les patients pr\u00e9sentant des d\u00e9s\u00e9quilibres digestifs, cette dimension se traduit par des plaintes subjectives de ralentissement id\u00e9atoire, de troubles de la m\u00e9moire de travail et d&rsquo;\u00e9puisement mental, souvent exacerb\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;ingestion de glucides raffin\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Candidose vulvovaginale r\u00e9currente et d\u00e9tresse conjugale<\/strong><br \/>\nClara, 32 ans, cadre commerciale, consulte pour des \u00e9pisodes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de prurit et de br\u00fblures intimes document\u00e9s \u00e0 <em>Candida albicans<\/em> survenant tous les deux mois depuis deux ans. Malgr\u00e9 des traitements antifongiques locaux bien conduits qui apportent un soulagement temporaire, les r\u00e9cidives syst\u00e9matiques ont instaur\u00e9 une anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire intense li\u00e9e \u00e0 la sph\u00e8re g\u00e9nitale. Clara a d\u00e9velopp\u00e9 un \u00e9vitement progressif de toute intimit\u00e9 sexuelle, redoutant l&rsquo;exacerbation m\u00e9canique des douleurs, ce qui a d\u00e9clench\u00e9 des tensions majeures au sein de son couple et une baisse s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;estime de soi. L&rsquo;\u00e9valuation psychologique r\u00e9v\u00e8le un score \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9-trait et un perfectionnisme rigide. Une prise en charge combinant une prophylaxie antifongique m\u00e9dicale espac\u00e9e et une th\u00e9rapie cognitive et comportementale (TCC) ax\u00e9e sur la gestion de l&rsquo;hypervigilance corporelle et la communication conjugale a permis une rupture du cercle vicieux somatopsychique.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : Candid\u00e9mie nosocomiale et syndrome confusionnel en soins intensifs<\/strong><br \/>\nMarc, 64 ans, hospitalis\u00e9 en r\u00e9animation pour une p\u00e9ritonite tertiaire apr\u00e8s chirurgie abdominale, sous antibioth\u00e9rapie \u00e0 large spectre et nutrition parent\u00e9rale, pr\u00e9sente un pic f\u00e9brile r\u00e9fractaire associ\u00e9 \u00e0 une d\u00e9sorientation temporo-spatiale brutale, des hallucinations visuelles et une agitation nocturne. L&rsquo;h\u00e9moculture r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence de <em>Candida glabrata<\/em>. L&rsquo;atteinte neuropsychiatrique est identifi\u00e9e comme un delirium secondaire \u00e0 une candid\u00e9mie diss\u00e9min\u00e9e et \u00e0 la neuro-inflammation syst\u00e9mique. L&rsquo;introduction imm\u00e9diate d&rsquo;une \u00e9chinocandine intraveineuse associ\u00e9e \u00e0 des mesures de r\u00e9orientation environnementale en r\u00e9animation a permis la r\u00e9solution de la confusion mentale en cinq jours, illustrant l&rsquo;impact psychiatrique direct de l&rsquo;infection fongique invasive.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 3 : Dysbiose digestive, errance m\u00e9dicale et d\u00e9tresse affective<\/strong><br \/>\nJulien, 41 ans, souffre depuis plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;un inconfort digestif chronique, de fatigue \u00e9crasante et d&rsquo;un sentiment subjectif de \u00ab brouillard mental \u00bb. Persuad\u00e9 par des forums en ligne qu&rsquo;il souffre d&rsquo;une \u00ab candidose syst\u00e9mique occulte \u00bb, il s&rsquo;astreint \u00e0 un r\u00e9gime alimentaire d&rsquo;exclusion draconien (suppression totale de sucres, levures et f\u00e9culents), entra\u00eenant un amaigrissement de dix kilos et une phobie alimentaire s\u00e9v\u00e8re sans am\u00e9lioration de son bien-\u00eatre. Les bilans mycologiques acad\u00e9miques approfondis reviennent n\u00e9gatifs pour une infection fongique \u00e9volutive. L&rsquo;analyse psychosomatique met en lumi\u00e8re un trouble \u00e0 symptomatologie somatique avec anxi\u00e9t\u00e9 pour la sant\u00e9, aliment\u00e9 par l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance professionnelle. L&rsquo;arr\u00eat progressif du r\u00e9gime orthorexique, coupl\u00e9 \u00e0 une psychoth\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT) et \u00e0 la r\u00e9gulation du microbiote intestinal par une alimentation \u00e9quilibr\u00e9e, a permis de restaurer son niveau d&rsquo;\u00e9nergie et de dissiper la plainte cognitive.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, diagnostic et mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse de la candidose impose une distinction m\u00e9thodique entre la colonisation asymptomatique banale et l&rsquo;infection active n\u00e9cessitant une intervention th\u00e9rapeutique. Le diagnostic positif repose en premier lieu sur des examens mycologiques directs au microscope optique (mise en \u00e9vidence de filaments myc\u00e9liens et de blastospores apr\u00e8s coloration ou \u00e9claircissement \u00e0 la potasse) et la mise en culture sur milieu s\u00e9lectif de Sabouraud, id\u00e9alement compl\u00e9t\u00e9e par une identification d&rsquo;esp\u00e8ce par spectrom\u00e9trie de masse de type MALDI-TOF ou par s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Dans les formes invasives et syst\u00e9miques, l&rsquo;h\u00e9moculture constitue l&rsquo;\u00e9talon diagnostique, bien que sa sensibilit\u00e9 demeure mod\u00e9r\u00e9e (de l&rsquo;ordre de 50 \u00e0 70 %). C&rsquo;est pourquoi les cliniciens ont recours \u00e0 des biomarqueurs s\u00e9riques comme le 1,3-b\u00eata-D-glucane (BDG) ou la recherche combin\u00e9e d&rsquo;antig\u00e8nes et d&rsquo;anticorps anti-<em>Candida<\/em> (mannanes\/anti-mannanes), permettant d&rsquo;objectiver la r\u00e9activit\u00e9 immunologique de l&rsquo;h\u00f4te.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique et psychiatrique, l&rsquo;impact de la candidose r\u00e9cidivante ou chronique est quantifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;instruments psychom\u00e9triques standardis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9chelles d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression :<\/strong> L&rsquo;utilisation de l&rsquo;\u00e9chelle hospitali\u00e8re d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression (<em>Hospital Anxiety and Depression Scale<\/em>, HADS) ou de l&rsquo;inventaire de d\u00e9pression de Beck (BDI) permet d&rsquo;\u00e9valuer le retentissement \u00e9motionnel cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;infection chronique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation de la qualit\u00e9 de vie li\u00e9e \u00e0 la sant\u00e9 :<\/strong> Le questionnaire SF-36 (<em>Short Form-36<\/em>) mesure les r\u00e9percussions physiques, psychiques et sociales du trouble somatique.<\/li>\n<li><strong>Indice du fonctionnement sexuel f\u00e9minin :<\/strong> Le <em>Female Sexual Function Index<\/em> (FSFI) est largement pr\u00e9conis\u00e9 dans le cadre des CVVR pour quantifier l&rsquo;impact sur le d\u00e9sir, l&rsquo;excitation, la lubrification, l&rsquo;orgasme, la satisfaction et la douleur g\u00e9nitale.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelles d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 pour la sant\u00e9 et d&rsquo;hypochondrie :<\/strong> Le <em>Short Health Anxiety Inventory<\/em> (SHAI) permet de discriminer la souffrance somatique authentique des m\u00e9canismes d&rsquo;amplification somatosensorielle observ\u00e9s chez les patients craignant une prolif\u00e9ration fongique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e imaginaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La prise en charge optimale de la candidose r\u00e9cidivante et de ses r\u00e9percussions psychologiques exige une approche clinique int\u00e9grative et pluridisciplinaire, associant le m\u00e9decin traitant, le gyn\u00e9cologue ou l&rsquo;infectiologue, et le psychologue clinicien ou le psychiatre de liaison.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue m\u00e9dical, l&rsquo;administration d&rsquo;antifongiques azol\u00e9s (fluconazole, itraconazole), d&rsquo;amphot\u00e9ricine B ou d&rsquo;\u00e9chinocandines (caspofongine) doit \u00eatre mani\u00e9e avec un discernement clinique rigoureux pour pr\u00e9venir le d\u00e9veloppement de r\u00e9sistances fongiques, notamment chez les esp\u00e8ces \u00e9mergentes comme <em>Candida auris<\/em> ou <em>Candida glabrata<\/em>. Dans les infections muqueuses r\u00e9cidivantes, les protocoles prophylactiques suppressifs prolong\u00e9s permettent d&rsquo;espacer les crises et d&rsquo;offrir un r\u00e9pit biologique indispensable \u00e0 la d\u00e9sescalade de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 du patient.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, les interventions th\u00e9rapeutiques visent \u00e0 d\u00e9samorcer l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;anticipation et les croyances dysfonctionnelles concernant la fragilit\u00e9 du corps. Les th\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC) int\u00e8grent des techniques de restructuration cognitive centr\u00e9es sur les pens\u00e9es catastrophistes relatives aux br\u00fblures ou aux r\u00e9cidives, compl\u00e9t\u00e9es par des exercices d&rsquo;exposition int\u00e9roceptive gradu\u00e9e et de biofeedback pour r\u00e9guler le tonus vagal. Des approches bas\u00e9es sur la pleine conscience (MBSR) d\u00e9montrent une efficacit\u00e9 substantielle pour att\u00e9nuer la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle face aux sensations visc\u00e9rales inconfortables.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique joue un r\u00f4le d\u00e9terminant : elle permet de d\u00e9construire les r\u00e9gimes alimentaires excessivement punitifs souvent adopt\u00e9s spontan\u00e9ment par les patients, tout en restaurant une hygi\u00e8ne de vie propice \u00e0 l&rsquo;eubiose (alimentation vari\u00e9e riche en pr\u00e9biotiques naturels, r\u00e9gulation du sommeil, mod\u00e9ration du tabac et de l&rsquo;alcool). Cette r\u00e9habilitation redonne au sujet un sentiment d&rsquo;auto-efficacit\u00e9, indispensable pour sortir du statut d&rsquo;impuissance induit par la maladie.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle contemporaine s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9crypter les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires par lesquels la prolif\u00e9ration de <em>Candida<\/em> alt\u00e8re les circuits neuronaux et comportementaux. Des \u00e9tudes exp\u00e9rimentales men\u00e9es sur des mod\u00e8les murins (notamment par des \u00e9quipes en neuro-gastroent\u00e9rologie) ont d\u00e9montr\u00e9 que la colonisation intestinale accrue par <em>Candida albicans<\/em> entra\u00eene une modification des niveaux s\u00e9riques de tryptophane, pr\u00e9curseur essentiel de la biosynth\u00e8se de la s\u00e9rotonine. L&rsquo;activation excessive de l&rsquo;enzyme indoleamine 2,3-dioxyg\u00e9nase (IDO) par les cytokines pro-inflammatoires d\u00e9clench\u00e9es par la levure d\u00e9tourne le tryptophane vers la voie de la kynur\u00e9nine, g\u00e9n\u00e9rant des m\u00e9tabolites potentiellement neurotoxiques (comme l&rsquo;acide quinol\u00e9inique) impliqu\u00e9s dans la physiopathologie de la d\u00e9pression majeure.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, des enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques prospectives (comme les travaux de Sobel et al. dans le domaine gyn\u00e9cologique) ont quantifi\u00e9 la pr\u00e9valence de la d\u00e9tresse psychologique chez les femmes souffrant de CVVR. Les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e8lent que pr\u00e8s de 60 \u00e0 70 % des patientes touch\u00e9es par cette forme r\u00e9cidivante pr\u00e9sentent des scores d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 clinique significatifs, et que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du pr\u00e9judice sur la qualit\u00e9 de vie per\u00e7ue est comparable \u00e0 celle observ\u00e9e dans des pathologies chroniques s\u00e9v\u00e8res comme l&rsquo;asthme instable, la polyarthrite rhumato\u00efde ou le diab\u00e8te de type 1.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, les \u00e9tudes pionni\u00e8res de toxicologie fongique ont examin\u00e9 l&rsquo;impact de l&rsquo;ac\u00e9tald\u00e9hyde, un sous-produit m\u00e9tabolique direct issu de la fermentation alcoolique r\u00e9alis\u00e9e par <em>Candida albicans<\/em> dans certaines conditions ana\u00e9robies. Si des concentrations physiologiques normales sont ais\u00e9ment catabolis\u00e9es par l&rsquo;ald\u00e9hyde d\u00e9shydrog\u00e9nase h\u00e9patique, des taux anormalement \u00e9lev\u00e9s chez des individus pr\u00e9sentant une perm\u00e9abilit\u00e9 intestinale accrue pourraient th\u00e9oriquement contribuer \u00e0 des micro-alt\u00e9rations de la neurotransmission centrale et \u00e0 une fatigue subjective, bien que ce domaine fasse encore l&rsquo;objet d&rsquo;intenses d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Les manifestations de la candidose s&rsquo;inscrivent dans un tissu de repr\u00e9sentations socioculturelles qui modulent la plainte et l&rsquo;expression symptomatique des patients. Dans de nombreuses cultures, toute pathologie affectant l&rsquo;aire anog\u00e9nitale fait l&rsquo;objet d&rsquo;un tabou persistant, assimil\u00e9e \u00e0 tort \u00e0 une infection sexuellement transmissible (IST) honteuse ou \u00e0 un manquement \u00e0 l&rsquo;hygi\u00e8ne personnelle \u00e9l\u00e9mentaire. Cette confusion engendre un sentiment de culpabilit\u00e9 profond chez les patientes, freinant le recours pr\u00e9coce aux soins m\u00e9dicaux et favorisant l&rsquo;autom\u00e9dication d\u00e9l\u00e9t\u00e8re par des douches vaginales agressives qui d\u00e9truisent la flore de D\u00f6derlein et pr\u00e9cipitent de nouvelles rechutes.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales urbanis\u00e9es, la candidose a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9appropriation culturelle singuli\u00e8re au sein des courants de pens\u00e9e naturopathiques et alternatifs. La levure <em>Candida<\/em> y est fr\u00e9quemment \u00e9rig\u00e9e en symbole supr\u00eame de la \u00ab tox\u00e9mie moderne \u00bb, accus\u00e9e de capturer l&rsquo;\u00e9nergie vitale et d&rsquo;incarner les d\u00e9rives d&rsquo;une alimentation industrielle hyper-transform\u00e9e. Cette construction culturelle du mal donne naissance \u00e0 des pratiques de \u00ab purification \u00bb corporelle quasi-mystiques, o\u00f9 la qu\u00eate d&rsquo;\u00e9radication absolue de la levure refl\u00e8te une angoisse existentielle de contamination interne et une recherche de contr\u00f4le somatique.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue transnational, les facteurs socio-\u00e9conomiques cr\u00e9ent des disparit\u00e9s majeures : dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 des antifongiques oraux modernes et le co\u00fbt prohibitif des explorations mycologiques transforment des candidoses cutan\u00e9es ou buccales b\u00e9nignes en infections d\u00e9bilitantes et d\u00e9figurantes, avec des cons\u00e9quences lourdes sur l&rsquo;int\u00e9gration communautaire et la sant\u00e9 mentale des personnes vuln\u00e9rables.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Le champ conceptuel de la candidose est le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une controverse m\u00e9dicale majeure qui dure depuis plusieurs d\u00e9cennies, opposant la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves \u00e0 certaines th\u00e9ories de sant\u00e9 alternative : le concept d&rsquo;\u00ab hypersensibilit\u00e9 syst\u00e9mique \u00e0 Candida \u00bb ou \u00ab syndrome de la candidose chronique \u00bb. Popularis\u00e9e par le Dr William G. Crook, cette hypoth\u00e8se postulait qu&rsquo;une prolif\u00e9ration intestinale b\u00e9nigne de levures lib\u00e9rerait des toxines responsables d&rsquo;un tableau pan-symptomatique englobant d\u00e9pression, anxi\u00e9t\u00e9, prise de poids, arthralgies, perte de m\u00e9moire et intol\u00e9rances alimentaires universelles.<\/p>\n<p>Les instances m\u00e9dicales de r\u00e9f\u00e9rence, notamment les acad\u00e9mies d&rsquo;allergologie et d&rsquo;infectiologie (comme l&rsquo;<em>American Academy of Allergy, Asthma, and Immunology<\/em>), ont unanimement rejet\u00e9 cette entit\u00e9 nosologique en raison de l&rsquo;absence totale de preuves s\u00e9rologiques, histologiques ou microbiologiques robustes. Le principal \u00e9cueil m\u00e9thodologique de cette th\u00e9orie r\u00e9side dans la non-sp\u00e9cificit\u00e9 des crit\u00e8res diagnostiques, conduisant souvent \u00e0 attribuer fallacieusement \u00e0 <em>Candida<\/em> des manifestations relevant en r\u00e9alit\u00e9 de d\u00e9pressions masqu\u00e9es, de dysthyro\u00efdies, d&rsquo;apn\u00e9es du sommeil ou de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_somatoforme\">troubles somatoformes<\/a>.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9rive conceptuelle pr\u00e9sente des risques cliniques majeurs : prescription d&rsquo;antifongiques au long cours sans indication microbiologique (entra\u00eenant h\u00e9patotoxicit\u00e9 et r\u00e9sistance fongique), imposition de r\u00e9gimes d&rsquo;\u00e9viction drastiques induisant des carences nutritionnelles s\u00e9v\u00e8res et des troubles du comportement alimentaire (orthorexie), et retard pr\u00e9judiciable dans la prise en charge psychiatrique adapt\u00e9e d&rsquo;authentiques troubles de l&rsquo;humeur. La rigueur scientifique impose donc de maintenir une distinction formelle entre les authentiques infections candidosiques document\u00e9es et les constructions nosologiques non v\u00e9rifi\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout \u00e9cueil s\u00e9mantique dans la pratique clinique et la recherche, il importe de distinguer la candidose de plusieurs concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Mycobiome intestinal :<\/strong> D\u00e9signe l&rsquo;ensemble des communaut\u00e9s fongiques h\u00e9berg\u00e9es dans le tractus digestif. Alors que le mycobiome correspond \u00e0 un \u00e9cosyst\u00e8me physiologique normal (o\u00f9 <em>Candida<\/em> coexiste avec d&rsquo;autres genres comme <em>Saccharomyces<\/em> ou <em>Cladosporium<\/em>), la candidose d\u00e9signe sp\u00e9cifiquement l&rsquo;\u00e9tat pathologique d&rsquo;agression tissulaire induit par la rupture de cet \u00e9quilibre.<\/li>\n<li><strong>Aspergillose :<\/strong> Infection fongique provoqu\u00e9e par des moisissures du genre <em>Aspergillus<\/em>, principalement respiratoire et acquise par inhalation environnementale de spores, contrairement \u00e0 la candidose qui est le plus souvent d&rsquo;origine endog\u00e8ne opportuniste.<\/li>\n<li><strong>Vaginose bact\u00e9rienne :<\/strong> Dysbiose vaginale caract\u00e9ris\u00e9e par la r\u00e9gression des lactobacilles au profit de bact\u00e9ries ana\u00e9robies (comme <em>Gardnerella vaginalis<\/em>), marqu\u00e9e par des s\u00e9cr\u00e9tions fluides malodorantes sans inflammation majeure, \u00e0 distinguer de la candidose vulvovaginale marqu\u00e9e par un \u00e9ryth\u00e8me intense, un prurit f\u00e9roce et des pertes caillebott\u00e9es inodores.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de fatigue chronique (EM\/SFC) :<\/strong> Pathologie neuro-immunologique complexe caract\u00e9ris\u00e9e par un malaise post-effort invalidant, fr\u00e9quemment confondue par les partisans des m\u00e9decines alternatives avec une candidose occulte, bien que son \u00e9tiologie demeure distincte et multifactorielle.<\/li>\n<li><strong>Trouble \u00e0 symptomatologie somatique :<\/strong> Diagnostic psychiatrique (DSM-5) caract\u00e9ris\u00e9 par des sympt\u00f4mes physiques p\u00e9nibles accompagn\u00e9s de pens\u00e9es, de sentiments ou de comportements excessifs li\u00e9s \u00e0 ces sympt\u00f4mes, souvent focalis\u00e9s chez certains patients sur une crainte irrationnelle d&rsquo;envahissement fongique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La candidose constitue une infection opportuniste aux multiples facettes cliniques qui d\u00e9passe largement le cadre d&rsquo;une simple efflorescence fongique superficielle. Elle repr\u00e9sente le t\u00e9moin biologique et psychosomatique d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 globale de l&rsquo;h\u00f4te, o\u00f9 l&rsquo;alt\u00e9ration immunitaire favorise la prolif\u00e9ration mycosique, tandis que la chronicit\u00e9 symptomatique engendre une d\u00e9tresse psychologique majeure.<\/p>\n<p>L&rsquo;axe intestin-cerveau et les voies de la psychoneuro-immunologie fournissent le substrat th\u00e9orique permettant de comprendre les interactions complexes entre les m\u00e9tabolites du champignon, la r\u00e9ponse cytokinique inflammatoire et l&rsquo;apparition de troubles anxio-d\u00e9pressifs ou de brouillard cognitif. Ces liens bidirectionnels d\u00e9montrent que le stress per\u00e7u constitue \u00e0 la fois un inducteur de r\u00e9cidive mycosique et une cons\u00e9quence directe de l&rsquo;atteinte corporelle.<\/p>\n<p>Sur le plan diagnostique et th\u00e9rapeutique, la plus grande rigueur s&rsquo;impose afin d&rsquo;\u00e9carter le concept controvers\u00e9 de candidose chronique occulte, tout en assurant une prise en charge m\u00e9dicale fond\u00e9e sur des preuves microbiologiques r\u00e9elles. L&rsquo;alliance d&rsquo;antifongiques prescrits avec discernement, d&rsquo;interventions psychologiques cibl\u00e9es (TCC, pleine conscience) et d&rsquo;un accompagnement du mode de vie offre le cadre le plus robuste pour restaurer durablement la qualit\u00e9 de vie et l&rsquo;\u00e9quilibre psychocorporel des patients.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ader, R., &amp; Cohen, N. (1975). Behaviorally conditioned immunosuppression. <em>Psychosomatic Medicine<\/em>, 37(4), 333\u2013340. https:\/\/doi.org\/10.1097\/00006842-197507000-00007<\/li>\n<li>Berkhout, C. M. (1923). <em>De schimmelgeslachten Monilia, Oidium, Oospora en Torula<\/em> [Th\u00e8se de doctorat, Rijksuniversiteit te Utrecht]. Edita.<\/li>\n<li>Crook, W. G. (1983). <em>The Yeast Connection: A Medical Breakthrough<\/em>. Professional Books.<\/li>\n<li>Cryan, J. F., O&rsquo;Riordan, K. J., Cowan, C. S. M., Sandhu, K. V., Bastiaanssen, T. F. S., Boehme, M., Codagnone, M. G., Cussotto, S., Fulling, C., Golubeva, A. V., Guzzetta, K. E., Jaggar, M., Long-Smith, C. M., Lyte, J. M., Martin, J. A., Monteagudo-Mera, A., Miranda-Ribera, A., Morkl, S., Moloney, G. M., &amp; Dinan, T. G. (2019). The microbiota-gut-brain axis. <em>Physiological Reviews<\/em>, 99(4), 1877\u20132013. https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00018.2018<\/li>\n<li>Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. <em>Science<\/em>, 196(4286), 129\u2013136. https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.847460<\/li>\n<li>Kullberg, B. J., &amp; Arendrup, M. C. (2015). Invasive candidiasis. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 373(15), 1445\u20131456. https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMra1315399<\/li>\n<li>Pappas, P. G., Lionakis, M. S., Arendrup, M. C., Ostrosky-Zeichner, L., &amp; Kullberg, B. J. (2018). Invasive candidiasis. <em>Nature Reviews Disease Primers<\/em>, 4, Article 18026. https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2018.26<\/li>\n<li>Sobel, J. D. (2007). Vulvovaginal candidosis. <em>The Lancet<\/em>, 369(9577), 1961\u20131971. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(07)60917-9<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La candidose est une infection opportuniste \u00e0 levures aux profondes r\u00e9percussions somatiques et psychologiques. 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