{"id":22669,"date":"2026-10-27T19:18:12","date_gmt":"2026-10-27T19:18:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=nystagmus-calorique-definition-evaluation-clinique"},"modified":"2026-10-27T19:18:12","modified_gmt":"2026-10-27T19:18:12","slug":"nystagmus-calorique-definition-evaluation-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=nystagmus-calorique-definition-evaluation-clinique","title":{"rendered":"Nystagmus calorique : Cl\u00e9 de l&rsquo;\u00e9quilibre"},"content":{"rendered":"<p>Le nystagmus calorique constitue l&rsquo;une des manifestations physiologiques et s\u00e9miologiques les plus fondamentales de l&rsquo;otoneurologie et de la neuropsychologie sensorielle, r\u00e9v\u00e9lant la dynamique intime unissant l&rsquo;appareil vestibulaire p\u00e9riph\u00e9rique aux centres oculomoteurs du tronc c\u00e9r\u00e9bral. D\u00e9clench\u00e9 par la stimulation thermique du conduit auditif externe, ce ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9flexe permet de cartographier avec une pr\u00e9cision remarquable l&rsquo;excitabilit\u00e9 des canaux semi-circulaires horizontaux et la r\u00e9activit\u00e9 du syst\u00e8me vestibulaire vestibulo-oculaire. En confrontant le clinicien et le chercheur aux m\u00e9canismes de compensation centrale, d&rsquo;int\u00e9gration sensorielle et d&rsquo;alt\u00e9ration de la conscience, il repr\u00e9sente une pierre angulaire dans le diagnostic des pathologies de l&rsquo;\u00e9quilibre et des dysfonctionnements enc\u00e9phaliques.<\/p>\n<h2>Nystagmus calorique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>nystagmus calorique<\/strong> d\u00e9signe un mouvement oculaire r\u00e9flexe biphasique, involontaire et rythmique, induit par l&rsquo;irrigation thermique (eau ou air, chaud ou froid) du conduit auditif externe. Il se compose d&rsquo;une d\u00e9rive lente des globes oculaires sous l&rsquo;effet de l&rsquo;asym\u00e9trie tonique vestibulaire, suivie d&rsquo;une secousse de rappel rapide d&rsquo;origine centrale visant \u00e0 r\u00e9aligner l&rsquo;axe visuel sur la cible d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9flexe constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central de l&rsquo;\u00e9preuve calorique vestibulaire, introduite initialement par Robert B\u00e1r\u00e1ny au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Dans les conditions physiologiques normales, le gradient de temp\u00e9rature g\u00e9n\u00e9r\u00e9 \u00e0 travers la paroi osseuse du rocher modifie la densit\u00e9 de l&rsquo;endolymphe au sein du canal semi-circulaire horizontal, cr\u00e9ant un courant de convection thermique. Ce flux d\u00e9place la cupule ampullaire et modifie la fr\u00e9quence de d\u00e9charge basale du nerf vestibulaire. L&rsquo;asym\u00e9trie tonique qui en r\u00e9sulte entre les deux labyrinthes est interpr\u00e9t\u00e9e par le tronc c\u00e9r\u00e9bral comme une rotation c\u00e9phalique fictive, ce qui d\u00e9clenche le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9flexe_vestibulo-oculaire\">r\u00e9flexe vestibulo-oculaire<\/a> (RVO).<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et sensoriel, le nystagmus calorique n&rsquo;est pas uniquement un marqueur moteur objectif : il s&rsquo;accompagne d&rsquo;une sensation kinesth\u00e9sique d&rsquo;illusion giratoire (vertige), d&rsquo;une instabilit\u00e9 posturale et de modifications potentielles de la perception de l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel et corporel. Il constitue ainsi un mod\u00e8le privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;investigation des interactions entre aff\u00e9rences vestibulaires, cognition spatiale et hom\u00e9ostasie corporelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab nystagmus calorique \u00bb proc\u00e8de de deux racines linguistiques distinctes issues de l&rsquo;antiquit\u00e9 gr\u00e9co-latine, traduisant \u00e0 la fois la forme motrice du r\u00e9flexe et son m\u00e9canisme inducteur externe.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab nystagmus \u00bb provient du grec ancien <em>nustagmos<\/em> (\u03bd\u03c5\u03c3\u03c4\u03b1\u03b3\u03bc\u03cc\u03c2), qui d\u00e9signe initialement le fait d&rsquo;avoir sommeil, de somnoler ou d&rsquo;incliner la t\u00eate en avant sous l&rsquo;effet de l&rsquo;assoupissement, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>nustazein<\/em> (\u03bd\u03c5\u03c3\u03c4\u03ac\u03b6\u03b5\u03b9\u03bd), signifiant \u00ab hocher la t\u00eate \u00bb ou \u00ab piquer du nez \u00bb. Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit dans le vocabulaire m\u00e9dical occidental pour caract\u00e9riser les oscillations rythmiques et involontaires des yeux rappelant le mouvement saccad\u00e9 d&rsquo;une t\u00eate qui s&rsquo;endort avant de se redresser brusquement. En fran\u00e7ais m\u00e9dical moderne, le mot s&rsquo;est impos\u00e9 pour d\u00e9signer l&rsquo;ensemble des oscillations involontaires conjugu\u00e9es des globes oculaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab calorique \u00bb d\u00e9rive quant \u00e0 lui du nom latin <em>calor<\/em> (chaleur), lui-m\u00eame rattach\u00e9 au radical indo-europ\u00e9en <em>*kele-<\/em> (\u00eatre chaud). Dans l&rsquo;histoire de la physique et de la m\u00e9decine du XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, le calorique d\u00e9signait un fluide hypoth\u00e9tique invisible tenu pour responsable de la propagation thermique. Bien que la th\u00e9orie du fluide calorique ait \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e par la thermodynamique moderne, le terme est rest\u00e9 solidement ancr\u00e9 dans le domaine m\u00e9dical pour caract\u00e9riser les interventions, tests et r\u00e9ponses m\u00e9di\u00e9s par l&rsquo;apport ou la soustraction d&rsquo;\u00e9nergie thermique.<\/p>\n<p>L&rsquo;association des deux termes sous l&rsquo;expression \u00ab nystagmus calorique \u00bb (ou <em>caloric nystagmus<\/em> en langue anglaise) a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e au tournant des ann\u00e9es 1900 lors des pr\u00e9sentations cliniques de l&rsquo;\u00e9cole viennoise de m\u00e9decine, s&rsquo;int\u00e9grant d\u00e9finitivement dans les nomenclatures physiologiques et neurologiques internationales.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab nystagmus calorique \u00bb se prononce en fran\u00e7ais standard : <strong>\/nis.ta\u0261.mys ka.l\u0254.\u0281ik\/<\/strong>. L&rsquo;accent tonique d&rsquo;intensit\u00e9 repose, conform\u00e9ment \u00e0 la prosodie de la langue fran\u00e7aise, sur la derni\u00e8re syllabe de chaque groupe de mots (\u00ab -mus \u00bb et \u00ab -rique \u00bb), avec une articulation distincte du groupe consonantique \/\u0261m\/ dans \u00ab nystagmus \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, \u00ab nystagmus \u00bb est un nom commun masculin singulier (pluriel : <em>nystagmus<\/em>, invariable en nombre en orthographe traditionnelle, bien que l&rsquo;accord r\u00e9gulier ne modifie pas sa forme \u00e9crite). L&rsquo;adjectif \u00ab calorique \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le substantif : <em>nystagmus calorique<\/em> au masculin singulier, <em>nystagmus caloriques<\/em> au masculin pluriel. Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on retrouve \u00e9galement la tournure adjectivale \u00ab r\u00e9ponse calorique \u00bb ou le syntagme nominal \u00ab \u00e9preuve calorique vestibulaire \u00bb.<\/p>\n<p>En pratique clinique, l&rsquo;abr\u00e9viation fonctionnelle est fr\u00e9quemment utilis\u00e9e dans les dossiers d&rsquo;\u00e9lectronystagmographie ou de vid\u00e9onystagmographie, souvent d\u00e9sign\u00e9e simplement sous l&rsquo;expression \u00ab \u00e9preuve calorique \u00bb ou int\u00e9gr\u00e9e dans l&rsquo;acronyme mn\u00e9motechnique anglo-saxon universel <strong>COWS<\/strong> (<em>Cold Opposite, Warm Same<\/em>), que la francophonie traduit usuellement par la r\u00e8gle conceptuelle \u00ab Froid-Oppos\u00e9, Chaud-M\u00eame \u00bb pour caract\u00e9riser la direction de la secousse rapide.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le m\u00e9canisme du nystagmus calorique, il convient d&rsquo;analyser la cha\u00eene neurophysiologique qui relie la transmission physique thermique \u00e0 la coordination du regard. Le conduit auditif externe se situe \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de la paroi osseuse mince abritant le canal semi-circulaire horizontal (ou lat\u00e9ral) de l&rsquo;oreille interne. Lorsque le patient est install\u00e9 en d\u00e9cubitus dorsal, avec la t\u00eate sur\u00e9lev\u00e9e d&rsquo;un angle de 30 degr\u00e9s par rapport au plan horizontal, le canal semi-circulaire horizontal se retrouve orient\u00e9 verticalement dans le plan gravitationnel terrestre.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une irrigation avec un liquide ou un gaz \u00e0 une temp\u00e9rature diff\u00e9rente de celle du corps humain (typiquement 30 \u00b0C pour l&rsquo;irrigation froide et 44 \u00b0C pour l&rsquo;irrigation chaude, la temp\u00e9rature corporelle normale \u00e9tant d&rsquo;environ 37 \u00b0C), un gradient thermique s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 travers le rocher. L&rsquo;irrigation avec un fluide chaud chauffe la paroi du canal la plus proche du m\u00e9at acoustique, provoquant une dilatation locale de l&rsquo;endolymphe. Cette baisse de densit\u00e9 entra\u00eene une ascension du fluide endolymphatique sous l&rsquo;action de la pouss\u00e9e d&rsquo;Archim\u00e8de, g\u00e9n\u00e9rant un courant endolymphatique ampullip\u00e8te (dirig\u00e9 vers l&rsquo;ampoule). Ce courant repousse la cupule, provoquant la d\u00e9polarisation des cellules cili\u00e9es vestibulaires de type I et II et une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;activit\u00e9 du nerf vestibulaire homolat\u00e9ral.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;irrigation froide induit un refroidissement de la colonne liquidienne endolymphatique externe, augmentant sa densit\u00e9 volumique. Le fluide devenu plus lourd plonge sous l&rsquo;effet de la pesanteur, g\u00e9n\u00e9rant un courant ampullifuge (qui s&rsquo;\u00e9loigne de l&rsquo;ampoule). Cela engendre une hyperpolarisation des cellules sensorielles vestibulaires et une chute de la fr\u00e9quence de d\u00e9charge neuronale de repos. Par cons\u00e9quent, chaque temp\u00e9rature g\u00e9n\u00e8re une signature neurophysiologique unilat\u00e9rale polaris\u00e9e, \u00e9quivalente pour le cerveau \u00e0 une rotation c\u00e9phalique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ou ralentie.<\/p>\n<p>L&rsquo;asym\u00e9trie tonique bilat\u00e9rale qui en d\u00e9coule est prise en charge par les noyaux vestibulaires du tronc c\u00e9r\u00e9bral (noyaux m\u00e9dian et sup\u00e9rieur). Ces derniers projettent leurs axones excitateurs et inhibiteurs vers les noyaux abducens (VIe paire cr\u00e2nienne) et oculomoteurs (IIIe paire cr\u00e2nienne) par l&rsquo;interm\u00e9diaire du faisceau longitudinal m\u00e9dial (FLM). Il en r\u00e9sulte une phase lente du nystagmus, qui d\u00e9vie les yeux dans une direction compensatrice. Lorsque cette d\u00e9rive oculaire atteint une limite angulaire d\u00e9finie par l&rsquo;axe orbitaire, la formation r\u00e9ticul\u00e9e pontique param\u00e9diane (FRPP) d\u00e9clenche une saccade rapide de recentrage dans la direction oppos\u00e9e. C&rsquo;est cette phase rapide qui d\u00e9finit conventionnellement le sens du nystagmus en s\u00e9miologie clinique.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la motricit\u00e9 oculaire brute, le nystagmus calorique offre une fen\u00eatre d&rsquo;\u00e9tude exceptionnelle sur la connectivit\u00e9 vestibulo-corticale. Les signaux vestibulaires g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;\u00e9preuve thermique montent vers le thalamus (complexe post\u00e9ro-ventral) et projettent vers le cortex vestibulaire pari\u00e9to-insulaire (PIVC), le lobule pari\u00e9tal inf\u00e9rieur et la jonction temporo-pari\u00e9tale. L&rsquo;induction d&rsquo;un nystagmus calorique s&rsquo;accompagne ainsi de perturbations transitoires de la repr\u00e9sentation corporelle et peut interf\u00e9rer avec des fonctions cognitives spatiales complexes, comme la localisation \u00e9gocentrique ou l&rsquo;attention spatiale h\u00e9misph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte et la mod\u00e9lisation du nystagmus calorique repr\u00e9sentent un jalon historique majeur de la neurologie moderne. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les cliniciens savaient d\u00e9j\u00e0 de mani\u00e8re empirique que le nettoyage ou l&rsquo;instillation de liquides froids dans l&rsquo;oreille de certains patients souffrant d&rsquo;otite moyenne chronique pouvait provoquer des \u00e9tourdissements violents, des naus\u00e9es et des oscillations oculaires d\u00e9sordonn\u00e9es, mais aucun mod\u00e8le physique satisfaisant n&rsquo;expliquait ce constat.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au m\u00e9decin autrichien <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_B%C3%A1r%C3%A1ny\">Robert B\u00e1r\u00e1ny<\/a>, exer\u00e7ant \u00e0 la clinique otologique de Vienne sous la direction d&rsquo;Adam Politzer, que revient la description scientifique compl\u00e8te et la formulation de la th\u00e9orie de la convection thermique entre 1906 et 1907. B\u00e1r\u00e1ny observa que l&rsquo;orientation du nystagmus variait de mani\u00e8re pr\u00e9visible selon que l&rsquo;eau introduite \u00e9tait inf\u00e9rieure ou sup\u00e9rieure \u00e0 37 \u00b0C, et que ce r\u00e9flexe s&rsquo;inversait lorsque le patient pla\u00e7ait sa t\u00eate en bas. Ces travaux rigoureux lui valurent l&rsquo;attribution du prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1914 pour ses recherches sur la physiologie et la pathologie de l&rsquo;appareil vestibulaire.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies suivantes, l&rsquo;\u00e9preuve subit d&rsquo;importantes standardisations techniques. Dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, les otologistes Charles Skinner Hallpike, Carl-Axel Fitzgerald et C. O. Nyl\u00e9n d\u00e9velopp\u00e8rent l&rsquo;\u00e9preuve calorique bithermique altern\u00e9e standardis\u00e9e (souvent appel\u00e9e m\u00e9thode de Fitzgerald-Hallpike). Cette m\u00e9thode imposait une m\u00e9thodologie stricte : irrigations successives de chaque oreille \u00e0 30 \u00b0C et 44 \u00b0C pendant 30 ou 40 secondes, avec des temps de repos suffisants pour \u00e9liminer toute interf\u00e9rence thermique r\u00e9siduelle.<\/p>\n<p>La fin du XXe si\u00e8cle a vu l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectronystagmographie (ENG), puis de la vid\u00e9onystagmographie (VNG) infrarouge, qui ont transform\u00e9 l&rsquo;observation qualitative au lit du patient en un recueil quantitatif informatis\u00e9. Les cam\u00e9ras num\u00e9riques \u00e0 haute fr\u00e9quence et l&rsquo;analyse de la vitesse de la phase lente ont permis d&rsquo;\u00e9liminer la fixation visuelle (qui inhibe le r\u00e9flexe vestibulo-oculaire) gr\u00e2ce au port de masques \u00e9tanches \u00e0 la lumi\u00e8re, augmentant radicalement la sensibilit\u00e9 diagnostique de l&rsquo;examen.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le nystagmus calorique repose sur trois grands piliers th\u00e9oriques articulant thermodynamique, biom\u00e9canique hydrodynamique et neuroanatomie fonctionnelle.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique est le <strong>mod\u00e8le hydrodynamique de B\u00e1r\u00e1ny<\/strong>. Selon ce principe, le canal semi-circulaire se comporte comme un circuit fluidique torique ferm\u00e9. L&rsquo;application d&rsquo;un diff\u00e9rentiel thermique sur un segment du tore modifie localement le poids volumique du liquide. Dans un champ gravitationnel uniforme, la portion plus lourde plonge et la portion plus l\u00e9g\u00e8re s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, entra\u00eenant le d\u00e9placement de la masse d&rsquo;endolymphe le long du canal. Bien que certains chercheurs aient ult\u00e9rieurement d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une composante thermique directe sur les terminaisons nerveuses (effet non convectif mis en \u00e9vidence lors d&rsquo;exp\u00e9riences en microgravit\u00e9 Spacelab dans les ann\u00e9es 1980), la convection thermique reste le moteur principal (environ 80 \u00e0 90 %) de la r\u00e9ponse calorique sur Terre.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre est la <strong>loi d&rsquo;Ewald<\/strong>, issue des travaux du physiologiste Ernst Ewald sur les pigeons \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. La deuxi\u00e8me loi d&rsquo;Ewald stipule que, dans le canal semi-circulaire horizontal, le courant endolymphatique ampullip\u00e8te engendre une r\u00e9ponse physiologique excitatrice beaucoup plus puissante que le courant ampullifuge, qui est inhibiteur. Cette asym\u00e9trie de r\u00e9ponse au niveau des r\u00e9cepteurs explique pourquoi les r\u00e9ponses caloriques chaudes (excitatrices) et froides (inhibitrices) n&rsquo;ont pas exactement les m\u00eames dynamiques cin\u00e9tiques et pourquoi l&rsquo;atteinte d&rsquo;un syst\u00e8me vestibulaire d\u00e9s\u00e9quilibre imm\u00e9diatement le tonus de base.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement rel\u00e8ve des <strong>mod\u00e8les d&rsquo;int\u00e9gration vestibulo-oculaire de Robinson<\/strong>. Selon ces mod\u00e8les computationnels, le syst\u00e8me moteur oculaire ne peut pas se contenter d&rsquo;un signal de vitesse purement p\u00e9riph\u00e9rique. Le signal aff\u00e9rent issu du nerf vestibulaire doit \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 math\u00e9matiquement au sein d&rsquo;un \u00ab int\u00e9grateur neuronal \u00bb (situ\u00e9 dans le noyau pr\u00e9pos\u00e9 de l&rsquo;hypoglosse et le noyau vestibulaire m\u00e9dial pour les mouvements horizontaux) afin de convertir un signal de vitesse en un signal de position oculaire, maintenant ainsi l&rsquo;\u0153il contre les forces \u00e9lastiques de la musculature p\u00e9riorbitaire au cours de la phase lente.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine d&rsquo;un nystagmus calorique exige de d\u00e9composer ses param\u00e8tres morphologiques, cin\u00e9tiques et topographiques. Les \u00e9l\u00e9ments essentiels comprennent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase lente :<\/strong> D\u00e9rive oculaire synchrone et conjugu\u00e9e sous commande vestibulaire directe. Sa vitesse maximale (ou VPL, Vitesse de la Phase Lente, mesur\u00e9e en degr\u00e9s par seconde) est le marqueur le plus fid\u00e8le et reproductible de l&rsquo;excitabilit\u00e9 de l&rsquo;appareil vestibulaire p\u00e9riph\u00e9rique.<\/li>\n<li><strong>La phase rapide :<\/strong> Saccade de restitution g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la formation r\u00e9ticul\u00e9e du tronc c\u00e9r\u00e9bral ramenant l&rsquo;\u0153il vers la position primaire. Bien qu&rsquo;elle permette d&rsquo;orienter visuellement le nystagmus, elle ne refl\u00e8te pas directement le tonus vestibulaire lui-m\u00eame mais l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des circuits saccadiques centraux.<\/li>\n<li><strong>La pr\u00e9pond\u00e9rance directionnelle (PD) :<\/strong> Formule math\u00e9matique comparant la force des secousses battant vers la droite par rapport \u00e0 celles battant vers la gauche. Une valeur anormalement \u00e9lev\u00e9e traduit une asym\u00e9trie des voies centrales ou un nystagmus spontan\u00e9 sous-jacent.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9ficit vestibulaire unilat\u00e9ral (d\u00e9ficit canalaire) :<\/strong> \u00c9galement calcul\u00e9 selon la classique formule de Jongkees, il mesure le pourcentage d&rsquo;asym\u00e9trie de r\u00e9ponse entre l&rsquo;oreille droite et l&rsquo;oreille gauche. Un d\u00e9ficit sup\u00e9rieur \u00e0 20-25 % est pathologique et signe une hypor\u00e9flexie ou une ar\u00e9flexie unilat\u00e9rale.<\/li>\n<li><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\"><strong>L&rsquo;indice de fixation oculaire (IFO) :<\/strong> Rapport entre la vitesse de la phase lente mesur\u00e9e en pr\u00e9sence d&rsquo;un point lumineux de fixation et celle mesur\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9 totale. Normalement, la fixation visuelle inhibe significativement le nystagmus (IFO &lt; 50 %). L&rsquo;absence d&rsquo;inhibition indique une atteinte neurologique centrale, notamment c\u00e9r\u00e9belleuse<\/span>.<\/li>\n<li><strong>Les types thermiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Stimulation chaude (44 \u00b0C) :<\/em> Induit un courant ampullip\u00e8te excitateur provoquant un nystagmus dont la phase rapide bat <em>vers l&rsquo;oreille stimul\u00e9e<\/em> (homolat\u00e9ral).<\/li>\n<li><em>Stimulation froide (30 \u00b0C) :<\/em> Induit un courant ampullifuge inhibiteur provoquant un nystagmus dont la phase rapide bat <em>vers l&rsquo;oreille oppos\u00e9e<\/em> (h\u00e9t\u00e9rolat\u00e9ral).<\/li>\n<li><em>Stimulation minimale ou glac\u00e9e (eau \u00e0 4 \u00b0C ou 0 \u00b0C) :<\/em> Utilis\u00e9e exceptionnellement en r\u00e9animation ou en cas de suspicion d&rsquo;ar\u00e9flexie totale pour tester la r\u00e9activit\u00e9 r\u00e9siduelle extr\u00eame du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation du nystagmus calorique prend tout son sens \u00e0 travers des situations cliniques concr\u00e8tes o\u00f9 il permet d&rsquo;arbitrer entre souffrance vestibulaire p\u00e9riph\u00e9rique et l\u00e9sion neurologique centrale.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : La n\u00e9vrite vestibulaire droite aigu\u00eb.<\/strong> Une patiente de 45 ans consulte pour un grand vertige rotatoire inaugural d&rsquo;apparition brutale, accompagn\u00e9 de vomissements intenses, sans signes otologiques ni d\u00e9ficit neurologique focal. \u00c0 l&rsquo;\u00e9preuve calorique bithermique sous vid\u00e9onystagmographie, l&rsquo;irrigation froide (30 \u00b0C) et chaude (44 \u00b0C) de l&rsquo;oreille gauche d\u00e9clenche des nystagmus vigoureux et sym\u00e9triques. En revanche, l&rsquo;irrigation de l&rsquo;oreille droite, tant au chaud qu&rsquo;au froid, ne suscite aucune r\u00e9ponse motrice oculaire ou seulement quelques secousses rudimentaires. Le calcul de la formule de Jongkees r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9ficit canalaire droit de 88 %. L&rsquo;inhibition par la fixation visuelle reste par ailleurs excellente sur l&rsquo;oreille saine. Ce profil confirme une paralysie vestibulaire unilat\u00e9rale aigu\u00eb droite, caract\u00e9ristique d&rsquo;une n\u00e9vrite vestibulaire.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;\u00e9valuation du coma et du tronc c\u00e9r\u00e9bral en r\u00e9animation.<\/strong> Un homme de 60 ans est hospitalis\u00e9 pour un coma profond \u00e0 la suite d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien majeur ou d&rsquo;une h\u00e9morragie sous-arachno\u00efdienne. Dans le cadre du bilan des r\u00e9flexes du tronc c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;\u00e9preuve calorique froide est pratiqu\u00e9e au lit du malade apr\u00e8s v\u00e9rification de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 tympanique. Dans un coma avec tronc c\u00e9r\u00e9bral intact, le cortex n&rsquo;assurant plus le contr\u00f4le des saccades de recalage, la phase rapide dispara\u00eet compl\u00e8tement : l&rsquo;irrigation d&rsquo;eau glac\u00e9e dans l&rsquo;oreille droite entra\u00eene une d\u00e9viation lente tonique conjugu\u00e9e des yeux vers la droite, qui persiste durant toute la dur\u00e9e de la stimulation sans aucune secousse rapide de retour. En revanche, si la l\u00e9sion s&rsquo;\u00e9tend au m\u00e9senc\u00e9phale ou au pont, cette d\u00e9viation tonique fait totalement d\u00e9faut, attestant d&rsquo;une perte d&rsquo;excitabilit\u00e9 des noyaux vestibulaires et oculomoteurs du tronc.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : <span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Le syndrome c\u00e9r\u00e9belleux avec d\u00e9faut de suppression visuelle.<\/strong> Une patiente suivie pour ataxie c\u00e9r\u00e9belleuse progressive pr\u00e9sente des r\u00e9ponses caloriques d&rsquo;amplitude normale ou augment\u00e9e. Lors de l&rsquo;allumage de la mire lumineuse de fixation, son nystagmus calorique ne diminue pas, voire augmente en intensit\u00e9 (IFO &gt; 90 %). Cette incapacit\u00e9 \u00e0 freiner le nystagmus sous fixation signe formellement une d\u00e9sinhibition vestibuloc\u00e9r\u00e9belleuse, g\u00e9n\u00e9ralement li\u00e9e \u00e0 une l\u00e9sion ou une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du flocculus ou du paraflocculus c\u00e9r\u00e9belleux<\/span>.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>La mesure du nystagmus calorique ob\u00e9it \u00e0 un protocole technique standardis\u00e9 d&rsquo;une extr\u00eame rigueur afin d&rsquo;\u00e9viter tout artefact susceptible de biaiser l&rsquo;interpr\u00e9tation clinique.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen se d\u00e9roule dans une pi\u00e8ce semi-obscure, le sujet \u00e9tant install\u00e9 sur un divan d&rsquo;examen avec le tronc et la t\u00eate inclin\u00e9s \u00e0 30\u00b0 au-dessus de l&rsquo;horizontale. Cette inclinaison place les canaux semi-circulaires horizontaux dans une orientation strictement verticale. Avant toute stimulation, une otoscopie pr\u00e9alable est obligatoire afin de s&rsquo;assurer de l&rsquo;absence d&rsquo;un bouchon de c\u00e9rumen (qui bloquerait la conduction thermique) et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la membrane tympanique. En cas de perforation tympanique, l&rsquo;irrigation \u00e0 l&rsquo;eau est formellement contre-indiqu\u00e9e en raison des risques de surinfection de l&rsquo;oreille moyenne, imposant le recours exclusif \u00e0 des stimulateurs caloriques \u00e0 air thermor\u00e9gul\u00e9.<\/p>\n<p>Le protocole bithermique classique comprend quatre stimulations successives : oreille droite \u00e0 30 \u00b0C, oreille gauche \u00e0 30 \u00b0C, oreille droite \u00e0 44 \u00b0C, oreille gauche \u00e0 44 \u00b0C. L&rsquo;irrigation dure 30 \u00e0 40 secondes avec un d\u00e9bit constant (g\u00e9n\u00e9ralement 250 \u00e0 500 mL d&rsquo;eau, ou plusieurs litres d&rsquo;air selon les \u00e9quipements). Entre chaque irrigation, un temps de latence incompressible de 5 \u00e0 7 minutes doit \u00eatre respect\u00e9 pour permettre au rocher et \u00e0 l&rsquo;endolymphe de retrouver leur \u00e9quilibre thermique de repos.<\/p>\n<p>L&rsquo;enregistrement est r\u00e9alis\u00e9 au moyen de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nystagmus\">vid\u00e9onystagmographie<\/a> (VNG). Un masque \u00e9tanche \u00e9quip\u00e9 de cam\u00e9ras infrarouges filme les yeux du patient dans l&rsquo;obscurit\u00e9 totale pour \u00e9viter la fixation visuelle spontan\u00e9e qui effacerait le r\u00e9flexe. Pour maintenir un niveau de vigilance corticale homog\u00e8ne (la somnolence inhibant puissamment la phase rapide du nystagmus), le praticien engage le patient dans des t\u00e2ches de calcul mental continu ou de fluence verbale tout au long du recueil des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Les trac\u00e9s recueillis permettent d&rsquo;extraire la courbe de vitesse de la phase lente au cours du temps. Les \u00e9quations de Jongkees permettent d&rsquo;extraire deux valeurs fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9ficit vestibulaire (Unilateral Weakness) :<\/strong> <br \/><code>DV = [ (OD30 + OD44) - (OG30 + OG44) ] \/ [ OD30 + OD44 + OG30 + OG44 ] \u00d7 100<\/code><\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9pond\u00e9rance directionnelle (Directional Preponderance) :<\/strong> <br \/><code>PD = [ (OD44 + OG30) - (OD30 + OG44) ] \/ [ OD30 + OD44 + OG30 + OG44 ] \u00d7 100<\/code><\/li>\n<\/ul>\n<p>Une asym\u00e9trie sup\u00e9rieure \u00e0 20-25 % pour le d\u00e9ficit vestibulaire et sup\u00e9rieure \u00e0 25-30 % pour la pr\u00e9pond\u00e9rance directionnelle est universellement admise comme crit\u00e8re de pathologie vestibulaire unilat\u00e9rale.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La polyvalence clinique de l&rsquo;\u00e9preuve calorique conf\u00e8re au nystagmus calorique une port\u00e9e pratique consid\u00e9rable dans plusieurs sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales et param\u00e9dicales.<\/p>\n<p>En <strong>otoneurologie et en oto-rhino-laryngologie (ORL)<\/strong>, le test calorique demeure le seul moyen d&rsquo;isoler l&rsquo;excitabilit\u00e9 d&rsquo;un canal semi-circulaire horizontal ind\u00e9pendamment de son homologue controlat\u00e9ral \u00e0 de tr\u00e8s basses fr\u00e9quences de stimulation (autour de 0,003 Hz). Cela le rend indispensable au diagnostic diff\u00e9rentiel des vertiges p\u00e9riph\u00e9riques r\u00e9currents, tels que la maladie de Meni\u00e8re (qui pr\u00e9sente fr\u00e9quemment une hypor\u00e9flexie fluctuante), le neurinome de l&rsquo;acoustique (schwannome vestibulaire o\u00f9 l&rsquo;atteinte pr\u00e9coce du nerf vestibulaire sup\u00e9rieur affaiblit la r\u00e9ponse calorique) et la neuronite vestibulaire.<\/p>\n<p>En <strong>neurologie et neurotraumatologie<\/strong>, l&rsquo;exploration calorique permet d&rsquo;\u00e9valuer la profondeur du coma et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Elle fait partie int\u00e9grante des arbres d\u00e9cisionnels pour le diagnostic d&rsquo;\u00e9tat de mort enc\u00e9phalique dans de nombreux pays : l&rsquo;absence bilat\u00e9rale absolue de toute d\u00e9rive oculaire apr\u00e8s injection d&rsquo;eau glac\u00e9e atteste de la destruction irr\u00e9versible des formations bulbopontiques.<\/p>\n<p>En <strong>neuropsychologie cognitive et r\u00e9habilitation spatiale<\/strong>, la stimulation vestibulaire calorique (habituellement d\u00e9sign\u00e9e par l&rsquo;acronyme CVS, pour <em>Caloric Vestibular Stimulation<\/em>) est utilis\u00e9e comme outil exp\u00e9rimental et th\u00e9rapeutique. En stimulant l&rsquo;oreille gauche avec de l&rsquo;eau froide chez des patients pr\u00e9sentant une h\u00e9min\u00e9gligence spatiale cons\u00e9cutive \u00e0 un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit, les chercheurs ont constat\u00e9 une r\u00e9mission transitoire spectaculaire de l&rsquo;inattention spatiale gauche, de l&rsquo;anosognosie et de l&rsquo;asomatognosie. L&rsquo;activation des r\u00e9seaux vestibulaires pari\u00e9to-frontaux gauches permet une r\u00e9orientation automatique des ressources attentionnelles vers l&rsquo;espace n\u00e9glig\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la litt\u00e9rature neuroscientifique a revisit\u00e9 le nystagmus calorique \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle et des neurosciences cognitives.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes pionni\u00e8res en tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) et en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es notamment par Thomas Brandt, Marianne Dieterich et leurs collaborateurs ont utilis\u00e9 la stimulation calorique pour cartographier le cortex vestibulaire humain. Leurs travaux ont d\u00e9montr\u00e9 que la stimulation calorique unilat\u00e9rale n&rsquo;active pas seulement les noyaux du tronc c\u00e9r\u00e9bral mais recrute un r\u00e9seau asym\u00e9trique impliquant le cortex insulaire post\u00e9rieur, le carrefour temporo-pari\u00e9tal et le gyrus cingulaire ant\u00e9rieur. De plus, ces chercheurs ont mis en lumi\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque visuo-vestibulaire : lors d&rsquo;un nystagmus calorique intense, le cortex visuel primaire voit son activit\u00e9 m\u00e9tabolique se r\u00e9duire, prot\u00e9geant ainsi le sujet contre une perception trop confuse d&rsquo;oscillopsie environnementale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des travaux r\u00e9cents en psychiatrie biologique et neurophysiologie ont explor\u00e9 la r\u00e9ponse calorique dans des troubles tels que la schizophr\u00e9nie et les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs avec d\u00e9personnalisation. Les \u00e9quipes de Bigna Lenggenhager et d&rsquo;Olaf Blanke ont soulign\u00e9 le r\u00f4le central des aff\u00e9rences caloriques vestibulaires dans la construction du sentiment unifi\u00e9 du soi corporel (<em>bodily self-consciousness<\/em>). Les donn\u00e9es empiriques confirment qu&rsquo;une modification artificielle du tonus vestibulaire calorique est capable de d\u00e9stabiliser temporairement l&rsquo;illusion d&rsquo;incarnation et d&rsquo;ancrage du moi dans les limites physiques de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Si la dynamique biophysique du nystagmus calorique rel\u00e8ve de lois universelles de la physiologie humaine, son exp\u00e9rimentation, sa tol\u00e9rance et son int\u00e9gration dans les pratiques de soins diff\u00e8rent selon les contextes culturels et les syst\u00e8mes de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue du patient, l&rsquo;\u00e9preuve calorique est intrins\u00e8quement anxiog\u00e8ne : le d\u00e9clenchement artificiel d&rsquo;un vertige rotatoire aigu, de naus\u00e9es et parfois de vomissements r\u00e9active les peurs visc\u00e9rales de perte de contr\u00f4le et de basculement dans le vide. L&rsquo;acceptation de cet inconfort transitoire est fortement modul\u00e9e par l&rsquo;encadrement relationnel du soignant, les repr\u00e9sentations culturelles de la maladie vertigineuse et la pr\u00e9paration psychologique re\u00e7ue par le malade. Dans certains contextes culturels o\u00f9 les manifestations d&rsquo;instabilit\u00e9 corporelle sont attribu\u00e9es \u00e0 des d\u00e9sordres somatoformes ou spirituels, la d\u00e9monstration tangible d&rsquo;un nystagmus oculaire film\u00e9 sur \u00e9cran permet une d\u00e9culpabilisation salutaire du patient en mat\u00e9rialisant l&rsquo;atteinte organique du syst\u00e8me de l&rsquo;\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;\u00e9quipement mondial, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la vid\u00e9onystagmographie reste in\u00e9galitaire. Dans les pays \u00e0 faibles revenus ou dans les dispensaires ruraux, les praticiens recourent encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de stimulation froide \u00e0 la seringue suivie d&rsquo;une observation directe du nystagmus \u00e0 travers des lunettes de Frenzel, illustrant la robustesse d&rsquo;un test qui n&rsquo;exige, dans sa version fondamentale, que de l&rsquo;eau, une seringue et le regard clinique d&rsquo;un observateur averti.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa long\u00e9vit\u00e9 et sa valeur diagnostique historique, l&rsquo;\u00e9preuve du nystagmus calorique fait l&rsquo;objet de r\u00e9serves techniques et s\u00e9miologiques bien identifi\u00e9es par la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>La critique majeure r\u00e9side dans le caract\u00e8re non physiologique de la stimulation. Alors que les canaux semi-circulaires sont naturellement con\u00e7us pour d\u00e9tecter des mouvements de rotation c\u00e9phalique \u00e0 des fr\u00e9quences comprises entre 0,5 et 5 Hz (comme lors de la marche ou des mouvements spontan\u00e9s de la t\u00eate), l&rsquo;\u00e9preuve calorique interroge le syst\u00e8me \u00e0 une fr\u00e9quence extr\u00eamement basse, de l&rsquo;ordre de 0,003 Hz. Par cons\u00e9quent, un sujet peut tout \u00e0 fait pr\u00e9senter une r\u00e9ponse calorique d\u00e9ficitaire tout en conservant une fonction dynamique satisfaisante lors de mouvements rapides de la t\u00eate, ou inversement.<\/p>\n<p>Cette limitation a conduit au d\u00e9veloppement et \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement massif du <em>Video Head Impulse Test<\/em> (vHIT). Le vHIT permet d&rsquo;explorer les six canaux semi-circulaires dans leur gamme de fr\u00e9quences naturelles de fonctionnement gr\u00e2ce \u00e0 des impulsions c\u00e9phaliques rapides, sans d\u00e9clencher le moindre vertige chez le patient. De nombreuses voix dans la communaut\u00e9 internationale ont d\u00e9battu de la possible disparition du test calorique au profit exclusif du vHIT. N\u00e9anmoins, le consensus moderne retient que ces deux examens sont compl\u00e9mentaires : le nystagmus calorique demeure le seul \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les d\u00e9ficits partiels \u00e0 tr\u00e8s basse fr\u00e9quence, souvent pr\u00e9curseurs dans certaines pathologies hydropsiques comme la maladie de Meni\u00e8re.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente porte sur la reproductibilit\u00e9 thermique inter-individuelle. L&rsquo;anatomie de l&rsquo;oreille externe, l&rsquo;\u00e9paisseur de la paroi osseuse du rocher, la pneumatisation de la masto\u00efde et les caract\u00e9ristiques vasculaires locales induisent des variations notables dans la quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie thermique qui parvient effectivement jusqu&rsquo;au canal horizontal, introduisant des variabilit\u00e9s individuelles qui obligent \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;asym\u00e9trie relative plut\u00f4t que la valeur absolue des r\u00e9ponses.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter toute confusion s\u00e9miologique, il importe de distinguer le nystagmus calorique d&rsquo;autres ph\u00e9nom\u00e8nes nystagmiques ou vestibulaires couramment rencontr\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nystagmus per-rotatoire et post-rotatoire :<\/strong> Induit par la rotation physique r\u00e9elle du sujet sur un fauteuil tournant. Contrairement au nystagmus calorique qui permet de stimuler chaque labyrinthe s\u00e9par\u00e9ment, la stimulation rotatoire stimule obligatoirement les deux labyrinthes de mani\u00e8re simultan\u00e9e et coupl\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Nystagmus spontan\u00e9 :<\/strong> Nystagmus pr\u00e9sent en position neutre du regard sans aucune stimulation cin\u00e9tique ou thermique. Il traduit un d\u00e9s\u00e9quilibre tonique pr\u00e9existant li\u00e9 \u00e0 une pathologie active (aigu\u00eb ou non compens\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>Nystagmus positionnel paroxystique :<\/strong> Mouvement oculaire d\u00e9clench\u00e9 par un changement de position de la t\u00eate (man\u0153uvre de Dix-Hallpike), provoqu\u00e9 par le d\u00e9placement m\u00e9canique de d\u00e9bris otoconiaux (otolithes) au sein d&rsquo;un canal semi-circulaire (vertige positionnel paroxystique b\u00e9nin), et non par un gradient thermique.<\/li>\n<li><strong>Nystagmus optocin\u00e9tique :<\/strong> D\u00e9clench\u00e9 par le d\u00e9filement continu d&rsquo;une sc\u00e8ne visuelle devant les yeux (par exemple en regardant le paysage d\u00e9filer depuis un train en marche). Il est d&rsquo;origine purement visuelle et r\u00e9tinienne, sans participation primaire des r\u00e9cepteurs de l&rsquo;oreille interne.<\/li>\n<li><strong>Nystagmus cong\u00e9nital :<\/strong> Trouble d&rsquo;origine motrice oculaire pr\u00e9sent d\u00e8s les premiers mois de vie, g\u00e9n\u00e9ralement pendulaire ou \u00e0 ressort, qui persiste tout au long de l&rsquo;existence sans sensation vertigineuse associ\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le nystagmus calorique demeure un biomarqueur clinique et exp\u00e9rimental fondamental de l&rsquo;activit\u00e9 du syst\u00e8me vestibulaire et des voies oculomotrices du tronc c\u00e9r\u00e9bral. D\u00e9clench\u00e9 par la convection thermique endolymphatique au sein du canal semi-circulaire horizontal, il traduit fid\u00e8lement l&rsquo;\u00e9tat fonctionnel de chaque labyrinthe pris individuellement.<\/p>\n<p>Sa direction suit une r\u00e8gle mn\u00e9motechnique constante chez l&rsquo;adulte sain : l&rsquo;irrigation chaude induit une phase rapide battant vers l&rsquo;oreille stimul\u00e9e, tandis que l&rsquo;irrigation froide induit une secousse rapide battant vers l&rsquo;oreille oppos\u00e9e. L&rsquo;absence de r\u00e9ponse calorique ou une dissym\u00e9trie marqu\u00e9e entre les deux c\u00f4t\u00e9s signe une d\u00e9faillance vestibulaire unilat\u00e9rale, tandis que la disparition de la suppression visuelle oriente formellement le clinicien vers une l\u00e9sion des structures centrales c\u00e9r\u00e9belleuses.<\/p>\n<p>Bien que bouscul\u00e9 par l&rsquo;\u00e9mergence de techniques d&rsquo;\u00e9valuation \u00e0 haute fr\u00e9quence plus rapides et mieux tol\u00e9r\u00e9es comme le vHIT, le nystagmus calorique conserve une valeur irrempla\u00e7able en otoneurologie pour explorer les tr\u00e8s basses fr\u00e9quences, en r\u00e9animation pour l&rsquo;\u00e9valuation de la profondeur des comas et en neurosciences pour percer les myst\u00e8res de l&rsquo;int\u00e9gration spatiale et de la conscience corporelle de soi.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baloh, R. W., &amp; Honrubia, V. (2001). <em>Clinical neurophysiology of the vestibular system<\/em> (3e \u00e9d.). Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9flexe_vestibulo-oculaire\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R\u00e9flexe_vestibulo-oculaire<\/a><\/li>\n<li>B\u00e1r\u00e1ny, R. (1906). Untersuchungen \u00fcber den vom Vestibularapparat des Ohres reflektorisch ausgel\u00f6sten rhythmischen Nystagmus und seine Begleiterscheinungen. <em>Monatsschrift f\u00fcr Ohrenheilkunde<\/em>, 40(4), 193-297. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_B%C3%A1r%C3%A1ny\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_B\u00e1r\u00e1ny<\/a><\/li>\n<li>Brandt, T., &amp; Dieterich, M. (1999). The vestibular cortex: its locations, functions, and disorders. <em>Annals of the New York Academy of Sciences<\/em>, 871(1), 293-312. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nystagmus\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nystagmus<\/a><\/li>\n<li>Jongkees, L. B., Maas, J. P., &amp; Philipszoon, A. J. (1962). Clinical nystagmography: A detailed study of electronystagmography in 341 patients with vertigo. <em>Practica Oto-Rhino-Laryngologica<\/em>, 24, 65-93.<\/li>\n<li>Leigh, R. J., &amp; Zee, D. S. (2015). <em>The neurology of eye movements<\/em> (5e \u00e9d.). Oxford University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nystagmus calorique est un mouvement oculaire r\u00e9flexe induit par la stimulation thermique du conduit auditif externe, permettant d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;excitabilit\u00e9 de l&rsquo;appareil vestibulaire et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des voies oculomotrices du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,6235,38257],"tags":[36202,38258,32441,32440,36203,38259],"class_list":["post-22669","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences-sensorielles","category-otoneurologie","tag-epreuve-calorique","tag-nystagmus-calorique","tag-reflexe-vestibulo-oculaire","tag-systeme-vestibulaire","tag-vertige","tag-videonystagmographie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22669","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22669\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22669"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22669"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22669"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}