{"id":22662,"date":"2026-10-27T19:03:13","date_gmt":"2026-10-27T19:03:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=gyrus-cingulaire-anatomie-fonctions"},"modified":"2026-10-27T19:03:13","modified_gmt":"2026-10-27T19:03:13","slug":"gyrus-cingulaire-anatomie-fonctions","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=gyrus-cingulaire-anatomie-fonctions","title":{"rendered":"Gyrus cingulaire : Carrefour de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>Situ\u00e9 au c\u0153ur de la face m\u00e9diale des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, le gyrus cingulaire \u2014 historiquement d\u00e9sign\u00e9 sous l&rsquo;appellation de gyrus callosus ou circonvolution du corps calleux \u2014 constitue l&rsquo;une des structures les plus fascinantes et fonctionnellement int\u00e9gratives du syst\u00e8me nerveux central. \u00c0 la crois\u00e9e des dynamiques affectives, du contr\u00f4le ex\u00e9cutif sup\u00e9rieur et de la r\u00e9gulation autonome, cette structure forme une v\u00e9ritable passerelle fonctionnelle reliant le n\u00e9ocortex cognitif aux centres limbiques ancestraux. Son alt\u00e9ration se trouve au centre de multiples psychopathologies, allant de la d\u00e9pression majeure aux troubles obsessionnels compulsifs et \u00e0 l&rsquo;akin\u00e9sie.<\/p>\n<h2>Gyrus cingulaire (Circonvolution du corps calleux)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le gyrus cingulaire est une importante structure corticale en forme de croissant situ\u00e9e sur la face m\u00e9diale de chaque h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral, qui s&rsquo;enroule imm\u00e9diatement au-dessus du corps calleux dont il est s\u00e9par\u00e9 par le sillon calleux. Dans la terminologie anatomique classique, il repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment pr\u00e9pond\u00e9rant du grand lobe limbique et joue le r\u00f4le de carrefour d&rsquo;int\u00e9gration neuromatriciel majeur.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et fonctionnel, cette r\u00e9gion corticale assure une interface dynamique entre les processus cognitifs de haut niveau (comme le contr\u00f4le attentionnel, la d\u00e9tection des erreurs et la prise de d\u00e9cision) et les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles, visc\u00e9rales et motivationnelles. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une entit\u00e9 fonctionnellement homog\u00e8ne, mais plut\u00f4t d&rsquo;une mosa\u00efque de subdivisions cytoarchitectoniques distinctes \u2014 notamment les portions ant\u00e9rieure, moyenne, post\u00e9rieure et r\u00e9trospl\u00e9niale \u2014 chacune d\u00e9di\u00e9e \u00e0 des circuits computationnels sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature contemporaine en neurosciences affectives et cliniques, le gyrus cingulaire est consid\u00e9r\u00e9 comme un composant fondamental \u00e0 la fois du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (dans sa partie post\u00e9rieure) et du r\u00e9seau de saillance (dans sa partie ant\u00e9rieure), ce qui lui conf\u00e8re un r\u00f4le de premier plan dans l&rsquo;hom\u00e9ostasie psychologique et l&rsquo;adaptation comportementale face aux exigences environnementales changeantes.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le qualificatif anatomique \u00ab cingulaire \u00bb provient directement de l&rsquo;adjectif latin <em>cingularis<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du substantif <em>cingulum<\/em> signifiant \u00ab ceinture \u00bb, \u00ab cordon \u00bb ou \u00ab baudrier \u00bb. Cette d\u00e9nomination m\u00e9taphorique capture avec exactitude l&rsquo;agencement spatial de la structure, qui forme une ceinture continue entourant le tronc et le genou du corps calleux avant de s&rsquo;incurver vers le bas pour rejoindre le gyrus parahippocampique au niveau de l&rsquo;isthme.<\/p>\n<p>Le terme alternatif historique \u00ab gyrus callosus \u00bb (ou circonvolution calleuse) prend sa source dans le latin <em>callosus<\/em> (\u00ab dur \u00bb, \u00ab calleux \u00bb, porteur de corne), en r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 son contigu\u00eft\u00e9 imm\u00e9diate avec le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Corps_calleux\">corps calleux<\/a> (<em>corpus callosum<\/em>), la principale commissure blanche interh\u00e9misph\u00e9rique d\u00e9couverte et d\u00e9crite d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 par les premiers anatomistes alexandrins et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par Galien.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab gyrus \u00bb provient quant \u00e0 lui du grec ancien \u03b3\u1fe6\u03c1\u03bf\u03c2 (<em>g\u00fbros<\/em>), signifiant \u00ab anneau \u00bb, \u00ab cercle \u00bb ou \u00ab courbure \u00bb, adopt\u00e9 dans le vocabulaire m\u00e9dical latin pour d\u00e9signer les replis sinueux du cortex c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9limit\u00e9s par des sillons (<em>sulci<\/em>). Introduit dans la taxonomie neuroanatomique formelle aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, le concept s&rsquo;est progressivement affin\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 son int\u00e9gration d\u00e9finitive dans la <em>Terminologia Anatomica<\/em> internationale sous le nom de <em>gyrus cinguli<\/em>.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement [\u0292i.\u0281ys s\u025b\u0303.\u0261y.l\u025b\u0281] pour \u00ab gyrus cingulaire \u00bb, et [\u0292i.\u0281ys ka.lo.zys] pour la d\u00e9nomination latinis\u00e9e \u00ab gyrus callosus \u00bb. L&rsquo;ancienne appellation francophone \u00ab circonvolution du corps calleux \u00bb se prononce [si\u0281.k\u0254\u0303.vo.ly.sj\u0254\u0303 dy k\u0254\u0281 ka.l\u00f8].<\/p>\n<p>Du point de vue morphosyntaxique, \u00ab gyrus \u00bb est un substantif masculin emprunt\u00e9 au latin scientifique, invariable au singulier et au pluriel selon les rectifications orthographiques modernes (bien que la forme plurielle latine d&rsquo;origine soit <em>gyri<\/em> [\u0292i.\u0281i], fr\u00e9quemment usit\u00e9e dans les publications savantes). L&rsquo;adjectif \u00ab cingulaire \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le substantif qu&rsquo;il qualifie (ex. : \u00ab les cortex cingulaires \u00bb, \u00ab une connexion cingulaire \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;usage dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale et psychologique, on emploie indiff\u00e9remment \u00ab gyrus cingulaire \u00bb pour d\u00e9signer la structure morphologique macroscopique et \u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_cingulaire\">cortex cingulaire<\/a> \u00bb (souvent abr\u00e9g\u00e9 en CC) lorsque l&rsquo;accent est plac\u00e9 sur les aspects cytoarchitectoniques, cellulaires et fonctionnels de la substance grise bordant cette r\u00e9gion.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;architecture du gyrus cingulaire, il convient d&rsquo;en examiner les fronti\u00e8res macroscopiques et microscopiques. D\u00e9limit\u00e9 ventralement par le sillon calleux qui le s\u00e9pare de la substance blanche du corps calleux, et dorsalement par le sillon cingulaire (ou sillon sous-frontal) qui le d\u00e9marque du gyrus frontal m\u00e9dial et du lobule paracentral, il s&rsquo;\u00e9tend de la r\u00e9gion sous-calleuse en avant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;isthme du gyrus cingulaire en arri\u00e8re. Cette position strat\u00e9gique le place au confluent direct des flux sensoriels ascendants, des programmes moteurs descendants et des aff\u00e9rences limbiques sous-corticales issues de l&rsquo;amygdale, de l&rsquo;insula et du thalamus m\u00e9diodorsal.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue structural, le gyrus cingulaire pr\u00e9sente une transition cytoarchitectonique progressive tout \u00e0 fait singuli\u00e8re dans le manteau c\u00e9r\u00e9bral. Il assure le passage d&rsquo;un allocortex primitif \u00e0 trois couches (archicortex hippocampique) vers l&rsquo;isocortex hautement diff\u00e9renci\u00e9 \u00e0 six couches (n\u00e9ocortex associatif), en passant par un m\u00e9socortex interm\u00e9diaire, dit p\u00e9ri-allocortex ou cortex paralimbique. Cette gradation histologique refl\u00e8te pr\u00e9cis\u00e9ment son statut d&rsquo;interm\u00e9diaire fonctionnel : il temp\u00e8re et traduit les pulsions visc\u00e9rales \u00e9l\u00e9mentaires en repr\u00e9sentations cognitives accessibles \u00e0 la conscience et \u00e0 la planification volontaire.<\/p>\n<p>La complexit\u00e9 de cette structure s&rsquo;exprime particuli\u00e8rement \u00e0 travers ses interconnexions au sein du faisceau cingulaire (le <em>cingulum<\/em>). Ce tractus majeur d&rsquo;association sous-corticale parcourt toute la longueur du gyrus, transportant des axones my\u00e9linis\u00e9s qui unissent les aires frontales pr\u00e9frontales, les aires motrices suppl\u00e9mentaires, le striatum, le complexe amygdalien, les noyaux thalamiques ant\u00e9rieurs et l&rsquo;hippocampe. Ainsi, le gyrus cingulaire n&rsquo;agit jamais isol\u00e9ment, mais comme une plaque tournante orchestrant la synchronisation des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Sur le plan op\u00e9rationnel, cette morphologie permet au gyrus cingulaire d&rsquo;exercer un contr\u00f4le r\u00e9troactif (<em>top-down<\/em>) sur les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles automatiques g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les structures sous-corticales, tout en transmettant des informations pr\u00e9dictives ascendantes (<em>bottom-up<\/em>) relatives aux \u00e9tats corporels internes (int\u00e9roception). Il module ainsi la r\u00e9ponse du syst\u00e8me nerveux v\u00e9g\u00e9tatif, l&rsquo;expression de la douleur, l&rsquo;attribution de la valeur motivationnelle \u00e0 un stimulus et la r\u00e9\u00e9valuation cognitive face aux perturbations du milieu.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du gyrus cingulaire a travers\u00e9 plusieurs paradigmes majeurs au cours de l&rsquo;histoire de la neurologie et de la psychiatrie :<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, les pionniers de la neuroanatomie descriptive, tels que F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr et plus tard Karl Friedrich Burdach, ont document\u00e9 avec minutie les sillons m\u00e9diaux du cerveau. Cependant, c&rsquo;est en 1878 que le neurologue et anthropologue fran\u00e7ais Paul Broca introduit le concept unificateur de \u00ab grand lobe limbique \u00bb (du latin <em>limbus<\/em>, bordure), englobant le gyrus cingulaire et le gyrus parahippocampique au sein d&rsquo;un m\u00eame anneau continu entourant le tronc c\u00e9r\u00e9bral. Broca attribuait alors principalement \u00e0 cette formation une fonction li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;olfaction (le \u00ab rhinenc\u00e9phale \u00bb), conception qui allait dominer la pens\u00e9e neurologique pendant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Une rupture conceptuelle majeure intervient en 1937 lorsque l&rsquo;anatomiste am\u00e9ricain James Papez publie son article fondateur formulant le premier substrat anatomique de l&rsquo;\u00e9motion, le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab circuit de Papez \u00bb. Selon Papez, les messages \u00e9motionnels issus de l&rsquo;hypothalamus sont relay\u00e9s via le noyau ant\u00e9rieur du thalamus vers le gyrus cingulaire, qu&rsquo;il d\u00e9signe comme le \u00ab cortex r\u00e9cepteur \u00bb des \u00e9motions, permettant \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience affective de devenir consciente et d&rsquo;influencer le n\u00e9ocortex. Peu apr\u00e8s, en 1949 et 1952, Paul D. MacLean \u00e9largit cette perspective en \u00e9chafaudant la th\u00e9orie du cerveau triunique et du syst\u00e8me limbique, conf\u00e9rant au gyrus cingulaire un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans les \u00e9motions primaires et l&rsquo;attachement maternel chez les mammif\u00e8res.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;essor des l\u00e9sions exp\u00e9rimentales chez le primate non humain et l&rsquo;observation clinique de patients ayant subi une cingulotomie bilat\u00e9rale ant\u00e9rieure (pratiqu\u00e9e pour traiter des douleurs intraitables ou des troubles psychiatriques r\u00e9fractaires) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le gyrus cingulaire participait \u00e9galement de mani\u00e8re cruciale \u00e0 l&rsquo;initiation motrice et \u00e0 l&rsquo;attention. L&rsquo;av\u00e8nement des techniques de neuro-imagerie fonctionnelle dans les ann\u00e9es 1990 (TEP et IRMf) a d\u00e9finitivement \u00e9mancip\u00e9 cette structure de la seule sph\u00e8re affective, d\u00e9montrant son implication massive dans la d\u00e9tection des conflits cognitifs, l&rsquo;\u00e9valuation des erreurs d&rsquo;anticipation et la r\u00e9gulation m\u00e9tacognitive, notamment gr\u00e2ce aux travaux fondateurs de Michael Posner, Marcus Raichle et Brent Vogt.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration contemporaine du gyrus cingulaire repose sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques solidement ancr\u00e9s dans la neuropsychologie cognitive et computationnelle :<\/p>\n<p>Le premier mod\u00e8le th\u00e9orique dominant est la th\u00e9orie du contr\u00f4le cognitif et de la d\u00e9tection de conflit (<em>Conflict Monitoring Theory<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9e par Matthew Botvinick, Cameron Carter et Jonathan Cohen. Selon cette approche, la portion ant\u00e9rieure du gyrus cingulaire (ACC) fonctionne comme un moniteur en ligne de la comp\u00e9tition entre r\u00e9ponses incompatibles. Lorsqu&rsquo;une t\u00e2che g\u00e9n\u00e8re une interf\u00e9rence cognitive (comme dans l&rsquo;effet Stroop), l&rsquo;ACC d\u00e9tecte l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du conflit d&rsquo;information et transmet un signal d&rsquo;alerte au cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral (DLPFC) afin que ce dernier ajuste dynamiquement l&rsquo;allocation des ressources attentionnelles.<\/p>\n<p>Un second cadre th\u00e9orique capital rel\u00e8ve des neurosciences computationnelles et de l&rsquo;apprentissage par renforcement, notamment \u00e0 travers le concept d&rsquo;erreur de pr\u00e9diction de r\u00e9compense (<em>Reward Prediction Error<\/em>) et d&rsquo;actualisation de la valeur de l&rsquo;action. Des chercheurs comme Matthew Rushworth et Kenji Matsumoto ont formalis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que le cortex cingulaire ant\u00e9rieur dorsal encode le co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique d&rsquo;un comportement par rapport \u00e0 son b\u00e9n\u00e9fice escompt\u00e9. Cette balance co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice permet \u00e0 l&rsquo;organisme de d\u00e9cider s&rsquo;il convient de maintenir une strat\u00e9gie comportementale donn\u00e9e ou d&rsquo;explorer de nouvelles alternatives (le dilemme exploitation\/exploration).<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le quadripartite de Brent Vogt a profond\u00e9ment refondu la vision anatomofonctionnelle du cortex cingulaire en substituant \u00e0 l&rsquo;ancienne dichotomie simpliste \u00ab ant\u00e9rieur \u00e9motionnel \/ post\u00e9rieur cognitif \u00bb une division en quatre r\u00e9gions interconnect\u00e9es mais sp\u00e9cialis\u00e9es : le cortex cingulaire ant\u00e9rieur (ACC), le cortex m\u00e9diocingulaire (MCC), le cortex cingulaire post\u00e9rieur (PCC) et le cortex r\u00e9trospl\u00e9nial (RSC). Cette th\u00e9orie int\u00e8gre le traitement des signaux nociceptifs et visc\u00e9romoteurs dans le MCC, la conscience de soi et l&rsquo;orientation mn\u00e9sique spatio-temporelle dans le PCC\/RSC, et la r\u00e9gulation motivationnelle et sociale dans l&rsquo;ACC.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La cartographie moderne subdivise le gyrus cingulaire en plusieurs sous-r\u00e9gions majeures, chacune poss\u00e9dant une architecture cellulaire, des connexions et des signatures fonctionnelles distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le cortex cingulaire ant\u00e9rieur (ACC, aires de Brodmann 24, 25 et 32) :<\/strong> Localis\u00e9 dans la portion sous-g\u00e9nuale et pr\u00e9-g\u00e9nuale, l&rsquo;ACC est \u00e9troitement connect\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(cerveau)\">amygdale<\/a>, au striatum ventral et \u00e0 l&rsquo;insula ant\u00e9rieure. Il intervient massivement dans l&rsquo;\u00e9valuation des \u00e9motions, la r\u00e9gulation visc\u00e9rale parasympathique et sympathique, l&rsquo;exp\u00e9rience affective de la douleur sociale et la motivation app\u00e9titive. L&rsquo;aire 25 de Brodmann (cortex sous-g\u00e9nual) est particuli\u00e8rement hyperactive dans les d\u00e9pressions majeures m\u00e9lancoliques.<\/li>\n<li><strong>Le cortex m\u00e9diocingulaire (MCC, aires de Brodmann 24&prime; et 32&prime;) :<\/strong> Situ\u00e9 imm\u00e9diatement en arri\u00e8re de l&rsquo;ACC au-dessus du corps du corps calleux, le MCC comprend une division ant\u00e9rieure (aMCC) et post\u00e9rieure (pMCC). Il se distingue par la pr\u00e9sence d&rsquo;aires motrices cingulaires projetant directement vers la moelle \u00e9pini\u00e8re et le striatum. Il constitue le n\u0153ud critique de la s\u00e9lection des r\u00e9ponses motrices squelettiques sous contrainte \u00e9motionnelle, de la d\u00e9tection des conflits et de l&rsquo;anticipation des stimulations douloureuses.<\/li>\n<li><strong>Le cortex cingulaire post\u00e9rieur (PCC, aires de Brodmann 23 et 31) :<\/strong> Occupant la partie caudale dorsale de la circonvolution, le PCC pr\u00e9sente une cytoarchitecture isocorticale mature. Il repr\u00e9sente le centre int\u00e9grateur cardinal du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9seau_du_mode_par_d%C3%A9faut\">r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut<\/a> (DMN). Il s&rsquo;active de mani\u00e8re pr\u00e9f\u00e9rentielle lors de la rem\u00e9moration autobiographique, de l&rsquo;errance mentale (<em>mind-wandering<\/em>), de la th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et de la projection dans le futur.<\/li>\n<li><strong>Le cortex r\u00e9trospl\u00e9nial (RSC, aires de Brodmann 29 et 30) :<\/strong> Log\u00e9 dans la concavit\u00e9 post\u00e9rieure sous le spl\u00e9nium du corps calleux, le cortex r\u00e9trospl\u00e9nial assure l&rsquo;interfa\u00e7age entre le r\u00e9seau cingulaire et les structures parahippocampiques. Il joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la m\u00e9moire \u00e9pisodique, la navigation spatiale en transformant les cadres de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9gocentr\u00e9s en repr\u00e9sentations allocentr\u00e9es, et la consolidation mn\u00e9sique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique fournit des illustrations spectaculaires des dysfonctionnements du gyrus cingulaire chez l&rsquo;\u00eatre humain, mettant en lumi\u00e8re son implication dans la dynamique de l&rsquo;action et la coh\u00e9sion de la conscience :<\/p>\n<p>Le cas paradigmatique du <strong>mutisme akin\u00e9tique<\/strong>, d\u00e9crit initialement par le neurochirurgien Hugh Cairns en 1941, d\u00e9coule typiquement de l\u00e9sions isch\u00e9miques ou chirurgicales bilat\u00e9rales du cortex cingulaire ant\u00e9rieur (fr\u00e9quemment secondaires \u00e0 une thrombose de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale ant\u00e9rieure). Les patients atteints demeurent parfaitement \u00e9veill\u00e9s, les yeux ouverts, capables de suivre du regard leur environnement, mais sont plong\u00e9s dans une inertie motrice et verbale quasi absolue. Ils ne parlent pas, ne bougent pas spontan\u00e9ment et ne manifestent aucune d\u00e9tresse psychologique apparente. \u00c0 la r\u00e9cup\u00e9ration, lorsqu&rsquo;on les interroge sur leur mutisme, ils rapportent souvent une absence totale de volont\u00e9, d&rsquo;envie ou d&rsquo;impulsion motrice int\u00e9rieure (\u00ab Rien ne me poussait \u00e0 parler \u00bb), d\u00e9montrant que l&rsquo;ACC est le foyer d&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;\u00e9nergie conative et intentionnelle.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant s&rsquo;observe dans le syndrome de la <strong>main \u00e9trang\u00e8re<\/strong> (ou main anarchique), particuli\u00e8rement dans sa forme frontale m\u00e9diale impliquant le cortex cingulaire ant\u00e9rieur et l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire adjacente. Chez ces sujets, la main controlat\u00e9rale \u00e0 la l\u00e9sion ex\u00e9cute des comportements d&rsquo;utilisation automatiques et complexes mais non voulus consciemment (par exemple, d\u00e9boutonner une chemise que l&rsquo;autre main tente de boutonner, ou s&#8217;emparer compulsivement d&rsquo;un objet). Ce tableau clinique souligne le r\u00f4le d&rsquo;arbitrage du gyrus cingulaire pour inhiber les affordances motrices automatiques d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;environnement imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Dans le domaine affectif, les effets th\u00e9rapeutiques de la cingulotomie bilat\u00e9rale chez des patients souffrant de douleurs chroniques n\u00e9oplasiques r\u00e9fractaires illustrent une dissociation neurofonctionnelle majeure : apr\u00e8s l&rsquo;intervention, les patients continuent de percevoir sensoriellement la stimulation douloureuse (localisation somatotopique et intensit\u00e9 physique intactes m\u00e9di\u00e9es par le cortex somatosensoriel primaire), mais ils d\u00e9clarent que la douleur \u00ab ne les d\u00e9range plus \u00bb. L&rsquo;ablation de l&rsquo;ACC a supprim\u00e9 la dimension affective d\u00e9plaisante et la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle associ\u00e9e \u00e0 la nociception.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation neurofonctionnelle<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du gyrus cingulaire s&rsquo;effectue au moyen d&rsquo;un ensemble de techniques compl\u00e9mentaires alliant psychophysiologie, neuro-imagerie structurelle et fonctionnelle, et \u00e9lectrophysiologie :<\/p>\n<p>En \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) \u00e0 haute densit\u00e9 et magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG), le fonctionnement du cortex m\u00e9diocingulaire et cingulaire ant\u00e9rieur est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 travers des potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs sp\u00e9cifiques. Le plus document\u00e9 est la n\u00e9gativit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;erreur (<em>Error-Related Negativity<\/em> ou ERN\/Ne), une onde n\u00e9gative fronto-centrale survenant entre 50 et 100 millisecondes apr\u00e8s l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une r\u00e9ponse motrice erron\u00e9e dans une t\u00e2che de temps de r\u00e9action rapide (t\u00e2che de Flanker ou de Simon). Les mod\u00e8les de localisation de sources confirment syst\u00e9matiquement que le g\u00e9n\u00e9rateur dipolaire principal de l&rsquo;ERN r\u00e9side dans l&rsquo;ACC dorsal \/ MCC. Une modulation anormale de cette onde sert de biomarqueur : elle est hyperamplifi\u00e9e dans le trouble obsessionnel-compulsif (refl\u00e9tant une hyper-surveillance de l&rsquo;erreur) et \u00e9mouss\u00e9e dans la psychopathie ou chez les patients pr\u00e9sentant des comportements d&rsquo;addiction.<\/p>\n<p>En imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), les protocoles d&rsquo;activation mobilisent des paradigmes d&rsquo;inhibition et de r\u00e9solution de conflits, au premier rang desquels figure le test de Stroop couleur-mot, la t\u00e2che de d\u00e9tection de cibles rares (<em>Oddball task<\/em>), ou encore des t\u00e2ches d&rsquo;\u00e9valuation du rejet social (comme le paradigme <em>Cyberball<\/em>). Ces t\u00e2ches d\u00e9clenchent des augmentations reproductibles du signal BOLD dans l&rsquo;ACC dorsal et le MCC. Parall\u00e8lement, l&rsquo;IRM de repos (<em>resting-state fMRI<\/em>) permet de cartographier la connectivit\u00e9 fonctionnelle du PCC avec les autres hubs du DMN (cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial, pr\u00e9cun\u00e9us, lobes temporaux m\u00e9diaux).<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et quantitatif, la volum\u00e9trie par IRM 3D (morphom\u00e9trie bas\u00e9e sur le voxel &#8211; VBM) permet de quantifier les atrophies focales de la substance grise cingulaire, observables pr\u00e9cocement dans les d\u00e9mences frontotemporaless et la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>. En imagerie du tenseur de diffusion (DTI), la microarchitecture du faisceau du cingulum peut \u00eatre reconstruite par tractographie afin d&rsquo;\u00e9valuer la fraction d&rsquo;anisotropie et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la substance blanche unissant les diff\u00e9rents segments du gyrus.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du gyrus cingulaire a ouvert des perspectives th\u00e9rapeutiques directes et r\u00e9volutionn\u00e9 la prise en charge de troubles psychiatriques et neurologiques graves :<\/p>\n<p>En neurochirurgie fonctionnelle psychiatrique, la neuromodulation de l&rsquo;aire 25 de Brodmann (cortex cingulaire sous-g\u00e9nual) par stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde (SCP \/ <em>DBS<\/em>) repr\u00e9sente une avanc\u00e9e pionni\u00e8re initi\u00e9e par Helen Mayberg et Andres Lozano pour le traitement des d\u00e9pressions majeures r\u00e9sistantes \u00e0 toute pharmacoth\u00e9rapie. L&rsquo;implantation bilat\u00e9rale d&rsquo;\u00e9lectrodes d\u00e9livrant un courant haute fr\u00e9quence dans cette composante du gyrus cingulaire permet de normaliser un r\u00e9seau fronto-limbique dysfonctionnel hyperactif, restaurant ainsi la r\u00e9activit\u00e9 affective et la capacit\u00e9 de plaisir (anh\u00e9donie) chez une proportion significative de patients s\u00e9v\u00e8rement invalid\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine des th\u00e9rapies non invasives, la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive (rTMS) et la stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant continu (tDCS) ciblent de plus en plus fr\u00e9quemment les connexions entre le DLPFC et le gyrus cingulaire ant\u00e9rieur pour moduler le <em>craving<\/em> dans les troubles li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de substances (alcoolisme, tabagisme, coca\u00efnomanie) ou pour att\u00e9nuer les douleurs chroniques neuropathiques et la fibromyalgie.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie clinique et des psychoth\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC), ainsi que des interventions bas\u00e9es sur la pleine conscience (<em>mindfulness<\/em>), les neurosciences contemplatives ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l&rsquo;entra\u00eenement r\u00e9gulier \u00e0 la r\u00e9gulation attentionnelle provoque des remaniements neuroplastiques durables au sein du gyrus cingulaire. On observe une connectivit\u00e9 fonctionnelle accrue entre l&rsquo;ACC et l&rsquo;amygdale, favorisant une r\u00e9\u00e9valuation cognitive efficiente face au stress, ainsi qu&rsquo;une d\u00e9sactivation plus souple du PCC lors des phases d&rsquo;absorption attentionnelle, r\u00e9duisant les ruminations anxiod\u00e9pressives.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations en neurosciences fondamentales et cliniques continuent de red\u00e9finir la taxonomie fonctionnelle du gyrus cingulaire, \u00e9tay\u00e9es par des cohortes d&rsquo;\u00e9tudes exp\u00e9rimentales rigoureuses :<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse de r\u00e9f\u00e9rence conduite par Naomi Eisenberger et Matthew Lieberman a mis en \u00e9vidence le r\u00f4le crucial de l&rsquo;ACC dorsal dans ce que les auteurs nomment la \u00ab douleur sociale \u00bb (l&rsquo;exp\u00e9rience du rejet, de l&rsquo;exclusion ou du deuil). Leurs travaux ont d\u00e9montr\u00e9 que les substrats neuronaux traitant la d\u00e9tresse affective d&rsquo;une br\u00fblure physique ou d&rsquo;un choc \u00e9lectrique recrutent les m\u00eames ensembles neuronaux de l&rsquo;ACC que ceux activ\u00e9s lorsqu&rsquo;un individu est exclu d&rsquo;un groupe social au cours d&rsquo;un jeu virtuel. Ces donn\u00e9es empiriques fournissent un fondement neurobiologique tangible \u00e0 la m\u00e9taphore universelle reliant douleur corporelle et d\u00e9tresse relationnelle.<\/p>\n<p>Dans le champ des fonctions ex\u00e9cutives, les enregistrements unitaires \u00e9lectrophysiologiques chez le primate \u00e9veill\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s par Matsumoto, Rushworth et Shima ont mis au jour l&rsquo;existence de neurones sp\u00e9cifiques au sein du cortex m\u00e9diocingulaire qui d\u00e9chargent s\u00e9lectivement lors de transitions comportementales fond\u00e9es sur la r\u00e9duction de r\u00e9compenses attendues. Ces neurones d&rsquo;action encodent l&rsquo;historique r\u00e9cent des gains et des pertes, calculant litt\u00e9ralement le diff\u00e9rentiel entre le r\u00e9sultat obtenu et l&rsquo;effort d\u00e9ploy\u00e9, orientant ainsi l&rsquo;animal vers l&rsquo;abandon d&rsquo;une habitude motrice non rentable.<\/p>\n<p>Concernant les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, les travaux sur la variante comportementale de la d\u00e9mence frontotemporale (bvFTD) ont identifi\u00e9 que les neurones en fuseau \u2014 ou neurones de Von Economo \u2014 situ\u00e9s principalement dans la couche V de l&rsquo;ACC et de l&rsquo;insula ant\u00e9rieure, constituent la premi\u00e8re cible de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence cellulaire. La disparition pr\u00e9coce de ces volumineux neurones de projection rapides, propres aux hominid\u00e9s et aux c\u00e9tac\u00e9s, est directement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la perte pr\u00e9coce d&#8217;empathie, aux conduites antisociales, \u00e0 la d\u00e9sinhibition et au manque d&rsquo;introspection caract\u00e9ristiques de cette affection neurologique d\u00e9vastatrice.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que la structure anatomique brute du gyrus cingulaire soit un invariant biologique universel au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, son fonctionnement dynamique et son recrutement cognitif sont profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9s par la socialisation, les normes culturelles et l&rsquo;environnement contextuel :<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes en neurosciences culturelles men\u00e9es notamment par Shinobu Kitayama et Shihui Han ont compar\u00e9 les patterns d&rsquo;activation du cortex cingulaire chez des sujets issus de cultures individualistes occidentales et de cultures collectivistes est-asiatiques. Lors de t\u00e2ches \u00e9valuant le soi par rapport aux autres, les participants occidentaux pr\u00e9sentent une activation pr\u00e9f\u00e9rentielle du PCC et du cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial pour les attributs personnels ind\u00e9pendants. \u00c0 l&rsquo;inverse, chez les participants asiatiques impr\u00e9gn\u00e9s d&rsquo;une vision interd\u00e9pendante du soi, ces m\u00eames r\u00e9gions du r\u00e9seau par d\u00e9faut s&rsquo;activent de mani\u00e8re \u00e9quivalente lorsque le sujet traite des caract\u00e9ristiques de sa propre personne ou de celles de sa m\u00e8re, d\u00e9montrant une incorporation neurobiologique des relations sociales au sein du noyau mn\u00e9sique cingulaire.<\/p>\n<p>De m\u00eame, la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;ACC face aux transgressions normatives et aux erreurs de conformit\u00e9 sociale varie selon le degr\u00e9 de collectivisme environnemental. Dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 forte coh\u00e9sion communautaire o\u00f9 la conformit\u00e9 sociale est hautement valoris\u00e9e, l&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde ERN g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le MCC\/ACC face \u00e0 un faux pas social ou \u00e0 un choix d\u00e9sapprouv\u00e9 par le groupe est significativement plus marqu\u00e9e, refl\u00e9tant une saillance accrue accord\u00e9e \u00e0 la d\u00e9viation normative.<\/p>\n<p>Ces variations transculturelles soulignent que le gyrus cingulaire agit comme une matrice adaptative souple, configur\u00e9e par les exigences \u00e9cologiques et symboliques de la communaut\u00e9 dans laquelle le cerveau se d\u00e9veloppe, interdisant toute interpr\u00e9tation d\u00e9terministe ou r\u00e9ductrice des signaux d&rsquo;erreur c\u00e9r\u00e9braux en dehors de leur cadre socio-\u00e9cologique d&rsquo;expression.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude neuroscientifique du gyrus cingulaire fait l&rsquo;objet de vives controverses conceptuelles et m\u00e9thodologiques au sein de la communaut\u00e9 acad\u00e9mique :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse, initi\u00e9e de longue date, concerne le pr\u00e9tendu \u00ab probl\u00e8me de la t\u00e2che inverse \u00bb (<em>reverse inference<\/em>) particuli\u00e8rement flagrant pour le cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Parce que l&rsquo;ACC s&rsquo;active dans un nombre incalculable d&rsquo;\u00e9tudes d&rsquo;imagerie fonctionnelle portant sur la douleur, la m\u00e9moire de travail, le conflit, la peur, l&rsquo;humour, le go\u00fbt ou l&#8217;empathie, certains chercheurs comme Russell Poldrack ont soulign\u00e9 le risque de surinterpr\u00e9tation fonctionnelle. Attribuer a priori \u00e0 l&rsquo;ACC un r\u00f4le sp\u00e9cifique de \u00ab centre de l&#8217;empathie \u00bb ou de \u00ab module de l&rsquo;erreur \u00bb lorsqu&rsquo;il s&rsquo;allume lors d&rsquo;une t\u00e2che donn\u00e9e constitue une faiblesse logique si l&rsquo;on ne prend pas en consid\u00e9ration son r\u00f4le de composant g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;effort attentionnel et d&rsquo;\u00e9veil autonome non sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me d\u00e9bat vigoureux oppose la th\u00e9orie du \u00ab conflit cognitif \u00bb (Botvinick) \u00e0 la th\u00e9orie de \u00ab l&rsquo;inf\u00e9rence de valeur d&rsquo;action \u00bb (Kolling, Behrens, Rushworth). Les partisans de cette derni\u00e8re contestent l&rsquo;existence d&rsquo;un moniteur d\u00e9di\u00e9 exclusivement au calcul du conflit abstrait. Ils soutiennent que le MCC ne d\u00e9tecte pas le conflit en soi, mais \u00e9value l&rsquo;utilit\u00e9 globale de rejeter une option par d\u00e9faut face \u00e0 une opportunit\u00e9 plus rentable mais \u00e9nerg\u00e9tiquement co\u00fbteuse. Ce d\u00e9bat entre calcul de co\u00fbt computationnel et d\u00e9tection d&rsquo;incompatibilit\u00e9 motrice demeure ouvert et anime de nombreuses mod\u00e9lisations math\u00e9matiques actuelles.<\/p>\n<p>Enfin, la nomenclature anatomique elle-m\u00eame demeure un terrain de contestation. La persistance dans certains manuels cliniques d&rsquo;une vision binaire obsol\u00e8te (\u00ab cingulaire ant\u00e9rieur \u00bb oppos\u00e9 \u00e0 \u00ab cingulaire post\u00e9rieur \u00bb) masque la r\u00e9alit\u00e9 des subdivisions neurocytologiques modernes de Vogt (notamment l&rsquo;individualisation indispensable du cortex m\u00e9diocingulaire &#8211; MCC). Cette impr\u00e9cision taxinomique engendre parfois des incoh\u00e9rences majeures dans la comparaison crois\u00e9e des s\u00e9ries neurochirurgicales et des protocoles de neuro-imagerie.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier l&rsquo;usage nosologique et anatomique, il convient de distinguer avec rigueur le gyrus cingulaire de plusieurs structures et concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Corps calleux (Corpus callosum) :<\/strong> Le corps calleux est une immense commissure compos\u00e9e exclusivement de substance blanche (axones my\u00e9linis\u00e9s) connectant les deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux, tandis que le gyrus cingulaire est une structure corticale de substance grise (contenant les corps cellulaires neuronaux et les synapses) situ\u00e9e directement au-dessus de lui.<\/li>\n<li><strong>Cingulum :<\/strong> Le cingulum d\u00e9signe le tractus de fibres de substance blanche qui chemine longitudinalement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la substance blanche sous-corticale du gyrus cingulaire. Le gyrus cingulaire est la circonvolution corticale visible ; le cingulum est le faisceau sous-jacent de c\u00e2blage axonal qui en relie les diff\u00e9rents segments aux autres lobes c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<li><strong>Gyrus parahippocampique :<\/strong> Bien qu&rsquo;il fasse partie int\u00e9grante avec le gyrus cingulaire du grand lobe limbique d\u00e9crit par Broca (reli\u00e9s entre eux par l&rsquo;isthme du gyrus cingulaire), le gyrus parahippocampique appartient au lobe temporal m\u00e9dial et se consacre prioritairement \u00e0 l&rsquo;encodage de sc\u00e8nes contextuelles et \u00e0 la m\u00e9moire \u00e9pisodique en lien direct avec l&rsquo;hippocampe adjacent.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9cun\u00e9us :<\/strong> Situ\u00e9 sur la face m\u00e9diale du lobe pari\u00e9tal sup\u00e9rieur, le pr\u00e9cun\u00e9us borde la portion post\u00e9rieure du gyrus cingulaire (juste au-dessus du sillon sous-pari\u00e9tal). Bien qu&rsquo;il coop\u00e8re \u00e9troitement avec le PCC au sein du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, le pr\u00e9cun\u00e9us poss\u00e8de une cytoarchitecture isocorticale pari\u00e9tale distincte orient\u00e9e vers l&rsquo;imagerie spatiale mentale et les processus m\u00e9tacognitifs.<\/li>\n<li><strong>Cortex insulaire :<\/strong> Souvent coactiv\u00e9 avec l&rsquo;ACC dans le \u00ab r\u00e9seau de saillance \u00bb et la perception int\u00e9roceptive, l&rsquo;insula est enfouie dans la profondeur du sillon lat\u00e9ral (vall\u00e9e sylvienne) et d\u00e9rive d&rsquo;une autre zone de plissement phylog\u00e9n\u00e9tique, bien que ses connexions fonctionnelles avec l&rsquo;ACC soient quasi indissociables.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le gyrus cingulaire constitue un complexe neural indispensable \u00e0 l&rsquo;adaptation, \u00e0 la survie et \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9ostasie cognitive de l&rsquo;\u00eatre humain. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments capitaux r\u00e9sument son architecture et ses attributions fondamentales :<\/p>\n<p>En premier lieu, il forme une bande de cortex paralimbique et isocortical entourant dorsalement le corps calleux, divis\u00e9e fonctionnellement et structuralement en quatre portions compl\u00e9mentaires : le cortex cingulaire ant\u00e9rieur (ACC), le cortex m\u00e9diocingulaire (MCC), le cortex cingulaire post\u00e9rieur (PCC) et le cortex r\u00e9trospl\u00e9nial (RSC).<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, il op\u00e8re comme une passerelle int\u00e9grative reliant les centres d&rsquo;\u00e9valuation affective sous-corticaux (amygdale, hypothalamus) aux aires associatives n\u00e9ocorticales pr\u00e9frontales et motrices, intervenant au premier plan dans la modulation de l&rsquo;effort, la d\u00e9tection des conflits attentionnels, l&rsquo;anticipation de la douleur physique et sociale, et l&rsquo;\u00e9valuation co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice des actions.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, sa portion post\u00e9rieure (PCC) forme l&rsquo;ancrage central du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, orchestrant la m\u00e9moire autobiographique et les repr\u00e9sentations autor\u00e9f\u00e9rentielles, tandis que sa composante ant\u00e9rieure participe au r\u00e9seau de saillance et de contr\u00f4le ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>Enfin, sa d\u00e9t\u00e9rioration ou son dysfonctionnement fonctionnel se trouve au c\u0153ur de tableaux cliniques s\u00e9v\u00e8res tels que le mutisme akin\u00e9tique, la douleur neuropathique r\u00e9fractaire, la d\u00e9pression majeure m\u00e9lancolique, les troubles obsessionnels-compulsifs et les d\u00e9mences frontotemporales, faisant de cette circonvolution une cible th\u00e9rapeutique de premier ordre en neurochirurgie et en psychiatrie interventionnelle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Botvinick, M. M., Cohen, J. D., &amp; Carter, C. S. (2004). Conflict monitoring and anterior cingulate cortex: An update. <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 8(12), 539-546. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2004.10.003\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2004.10.003<\/a><\/li>\n<li>Eisenberger, N. I., Lieberman, M. D., &amp; Williams, K. D. (2003). Does rejection hurt? An fMRI study of social exclusion. <em>Science<\/em>, 302(5643), 290-292. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1089134\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.1089134<\/a><\/li>\n<li>Mayberg, H. S., Lozano, A. M., Voon, V., McNeely, H. E., Seminowicz, D., Hamani, C., Schwalb, J. M., &amp; Kennedy, S. H. (2005). Deep brain stimulation for treatment-resistant depression. <em>Neuron<\/em>, 45(5), 651-660. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2005.02.014\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2005.02.014<\/a><\/li>\n<li>Papez, J. W. (1937). A proposed mechanism of emotion. <em>Archives of Neurology and Psychiatry<\/em>, 38(4), 725-743. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurpsyc.1937.02260220069003\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurpsyc.1937.02260220069003<\/a><\/li>\n<li>Vogt, B. A. (2005). Pain and emotion interactions in subregions of the anterior cingulate gyrus. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 6(7), 533-544. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn1704\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn1704<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gyrus cingulaire, jadis nomm\u00e9 circonvolution du corps calleux, est une structure corticale majeure reliant le syst\u00e8me limbique aux aires pr\u00e9frontales, essentielle aux \u00e9motions et aux fonctions ex\u00e9cutives.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459,647],"tags":[4126,6579,13145,38247,6450,12626],"class_list":["post-22662","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-controle-executif","tag-corps-calleux","tag-cortex-cingulaire-anterieur","tag-gyrus-cingulaire","tag-neuroanatomie","tag-systeme-limbique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22662\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}