{"id":22657,"date":"2026-10-27T18:52:28","date_gmt":"2026-10-27T18:52:28","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=call-girl-psychologie-travail-du-sexe"},"modified":"2026-10-27T18:52:28","modified_gmt":"2026-10-27T18:52:28","slug":"call-girl-psychologie-travail-du-sexe","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=call-girl-psychologie-travail-du-sexe","title":{"rendered":"Call-girl : Psychologie du travail du sexe"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9tude psychologique et sociologique des activit\u00e9s prostitutionnelles contemporaines r\u00e9v\u00e8le des r\u00e9alit\u00e9s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, loin des repr\u00e9sentations sensationnalistes ou univoques v\u00e9hicul\u00e9es par l&rsquo;imaginaire populaire. Parmi ces r\u00e9alit\u00e9s, la figure de la \u00ab call-girl \u00bb \u2013 ou travailleuse du sexe exer\u00e7ant sur rendez-vous \u2013 occupe une place singuli\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par des dynamiques d&rsquo;autonomie apparente, de n\u00e9gociation relationnelle complexe, de travail \u00e9motionnel intense et de gestion permanente de la stigmatisation sociale.<\/p>\n<h2>La call-girl en psychologie et sciences sociales<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le terme <strong>call-girl<\/strong> d\u00e9signe une personne, g\u00e9n\u00e9ralement de sexe f\u00e9minin, qui fournit des prestations sexuelles et relationnelles tarif\u00e9es sur rendez-vous pr\u00e9alable, hors de l&rsquo;espace public de la rue et le plus souvent sans interm\u00e9diaire direct visible. Contrairement \u00e0 la prostitution de rue, cette pratique repose sur une s\u00e9lection mutuelle n\u00e9goci\u00e9e \u00e0 distance, une discr\u00e9tion accrue et une tarification g\u00e9n\u00e9ralement plus \u00e9lev\u00e9e incluant fr\u00e9quemment une composante de convivialit\u00e9 ou de compagnie sociale.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et comportemental, l&rsquo;activit\u00e9 de call-girl se caract\u00e9rise par l&rsquo;imbrication d&rsquo;un investissement \u00e9rotique contr\u00f4l\u00e9 et d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Travail_%C3%A9motionnel\">travail \u00e9motionnel<\/a> substantiel, au cours duquel la prestataire est amen\u00e9e \u00e0 performer des formes d&rsquo;intimit\u00e9 simul\u00e9e ou authentique (\u00ab Girlfriend Experience \u00bb ou GFE). Cette configuration relationnelle mobilise des strat\u00e9gies sophistiqu\u00e9es de clivage fonctionnel, d&rsquo;autor\u00e9gulation affective et de pr\u00e9servation du soi authentique face aux attentes narcissiques, affectives et sexuelles des clients.<\/p>\n<p>Dans le paradigme contemporain de la psychologie de la sant\u00e9 et de la sociologie du travail, la call-girl est comprise comme une actrice naviguant entre agentivit\u00e9 \u00e9conomique et vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychosociales, son bien-\u00eatre d\u00e9pendant \u00e9troitement des conditions de s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle, du niveau d&rsquo;isolement social et de l&rsquo;intensit\u00e9 de la stigmatisation int\u00e9rioris\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression anglo-saxonne <em>call girl<\/em> (compos\u00e9e de <em>call<\/em>, \u00ab appel \u00bb ou \u00ab convocation \u00bb, et de <em>girl<\/em>, \u00ab fille \u00bb ou \u00ab jeune femme \u00bb) est apparue aux \u00c9tats-Unis au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, avec la d\u00e9mocratisation rapide du r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9phonique urbain. Contrairement aux travailleuses des maisons closes (<em>brothels<\/em>) ou aux prostitu\u00e9es de trottoir (<em>streetwalkers<\/em>), la call-girl recevait ses sollicitations par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un op\u00e9rateur t\u00e9l\u00e9phonique ou d&rsquo;un carnet d&rsquo;adresses confidentiel.<\/p>\n<p>Le vocable est entr\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone au cours des ann\u00e9es 1950, notamment avec les travaux pionniers du sociologue Harold Greenwald (1958), avant d&rsquo;\u00eatre adopt\u00e9 tel quel par emprunt dans la langue fran\u00e7aise et dans d&rsquo;autres idiomes occidentaux. Au fil des d\u00e9cennies, le terme a \u00e9t\u00e9 concurrenc\u00e9 puis partiellement supplant\u00e9 dans le discours professionnel et militant par les notions d&rsquo;\u00ab escorte \u00bb (<em>escort<\/em>) ou de \u00ab travailleuse du sexe ind\u00e9pendante \u00bb, bien que la d\u00e9nomination call-girl conserve une sp\u00e9cificit\u00e9 historique li\u00e9e aux premi\u00e8res modalit\u00e9s de v\u00e9nalit\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9e par les technologies de communication \u00e0 distance.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le substantif s&rsquo;\u00e9crit g\u00e9n\u00e9ralement <strong>call-girl<\/strong> avec un trait d&rsquo;union (ou sans trait d&rsquo;union, <em>call girl<\/em>) et porte le genre f\u00e9minin (<em>une call-girl<\/em>). Le pluriel r\u00e9gulier selon les rectifications orthographiques fran\u00e7aises admet <em>call-girls<\/em> ou <em>callgirls<\/em>. La prononciation standardis\u00e9e en fran\u00e7ais international est transcrite phon\u00e9tiquement \/k\u0254l.\u0261\u0153\u0281l\/ ou \/kol.\u0261\u0153\u0281l\/.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical et sociolinguistique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom d&#8217;emprunt direct dont l&rsquo;usage s&rsquo;est stabilis\u00e9 dans le registre courant et m\u00e9diatique. Dans le lexique clinique et institutionnel contemporain, les chercheurs privil\u00e9gient fr\u00e9quemment des p\u00e9riphrases descriptives telles que \u00ab travailleuse du sexe exer\u00e7ant en int\u00e9rieur sur rendez-vous \u00bb afin d&rsquo;\u00e9viter le terme <em>girl<\/em> (\u00ab fille \u00bb), parfois critiqu\u00e9 pour ses connotations infantilisantes ou r\u00e9ductrices.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la dynamique de la call-girl requiert d&rsquo;analyser l&rsquo;interaction entre la dimension transactionnelle mat\u00e9rielle et la dimension relationnelle affective. Contrairement aux formes de v\u00e9nalit\u00e9 rapide ax\u00e9es quasi exclusivement sur l&rsquo;acte g\u00e9nital imm\u00e9diat, l&rsquo;activit\u00e9 de call-girl implique une temporalit\u00e9 \u00e9largie : d\u00eeners d&rsquo;affaires, accompagnements lors de d\u00e9placements, conversations prolong\u00e9es et partages de moments d&rsquo;intimit\u00e9 psychosociale. L&rsquo;\u00e9change ne porte pas seulement sur une disponibilit\u00e9 corporelle, mais sur la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;une complicit\u00e9, d&rsquo;une \u00e9coute attentive et d&rsquo;une validation de l&rsquo;ego masculin.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;appareil psychique, l&rsquo;exercice de cette profession mobilise des m\u00e9canismes de d\u00e9fense complexes. Le concept d&rsquo;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 des r\u00f4les ou de \u00ab compartmentalisation \u00bb s&rsquo;av\u00e8re central. Pour pr\u00e9server leur \u00e9quilibre mental, de nombreuses praticiennes cr\u00e9ent une persona professionnelle distincte, dot\u00e9e d&rsquo;un pseudonyme, d&rsquo;une garde-robe sp\u00e9cifique, voire d&rsquo;une histoire biographique fictive. Cette dissociation adaptative permet de pr\u00e9munir l&rsquo;identit\u00e9 personnelle et les relations affectives priv\u00e9es des intrusions inh\u00e9rentes aux interactions marchandes.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les fronti\u00e8res entre la persona marchande et l&rsquo;identit\u00e9 intime demeurent poreuses. La sollicitation constante de l&#8217;empathie, du d\u00e9sir simul\u00e9 et du soin d&rsquo;autrui peut engendrer une forme singuli\u00e8re d&rsquo;\u00e9puisement \u00e9motionnel (<em>burnout<\/em> relationnel). Les praticiennes doivent constamment n\u00e9gocier la tension entre l&rsquo;illusion de proximit\u00e9 offerte au client et la n\u00e9cessit\u00e9 vitale de maintenir une distance s\u00e9curisante pour ne pas voir leurs propres fronti\u00e8res psychiques transgress\u00e9es.<\/p>\n<p>Un autre pan fondamental du concept r\u00e9side dans le sentiment de contr\u00f4le et d&rsquo;agentivit\u00e9. De nombreuses recherches qualitatives soulignent que les call-girls mettent en avant leur autonomie : libert\u00e9 d&rsquo;organiser leur emploi du temps, s\u00e9lection active de leur client\u00e8le, refus discr\u00e9tionnaire de certaines pratiques sexuelles et fixation unilat\u00e9rale de leurs tarifs. Cette autod\u00e9termination relative distingue nettement cette pratique des situations d&rsquo;exploitation coercitive ou de traite humaine, bien qu&rsquo;elle ne suffise pas \u00e0 immuniser totalement les praticiennes contre les al\u00e9as de la violence masculine et de la pr\u00e9carit\u00e9 structurelle.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;inscription spatiale et num\u00e9rique du ph\u00e9nom\u00e8ne a profond\u00e9ment red\u00e9fini ses fronti\u00e8res. Si la call-girl du milieu du XXe si\u00e8cle d\u00e9pendait d&rsquo;agences physiques, d&rsquo;h\u00f4tels de luxe ou d&rsquo;interm\u00e9diaires clandestins (les \u00ab madames \u00bb), la call-girl du XXIe si\u00e8cle op\u00e8re principalement via des plateformes web crypt\u00e9es, des sites d&rsquo;annonces sp\u00e9cialis\u00e9s et les r\u00e9seaux sociaux. Cette autonomisation technologique a transform\u00e9 les comp\u00e9tences requises, exigeant d\u00e9sormais des savoir-faire en marketing num\u00e9rique, en cyber-s\u00e9curit\u00e9 et en filtrage psychosocial des profils d&rsquo;acheteurs de sexe.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se de la call-girl est intimement corr\u00e9l\u00e9e aux mutations urbaines, technologiques et \u00e9conomiques de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Dans les ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950, le d\u00e9mant\u00e8lement progressif des quartiers de tol\u00e9rance et la p\u00e9nalisation croissante des maisons closes aux \u00c9tats-Unis et en Europe occidentale ont pouss\u00e9 les r\u00e9seaux de v\u00e9nalit\u00e9 \u00e0 se r\u00e9organiser dans l&rsquo;ombre. L&rsquo;apparition du t\u00e9l\u00e9phone individuel dans les appartements priv\u00e9s a constitu\u00e9 le catalyseur mat\u00e9riel de cette transition, permettant des mises en relation directes \u00e0 l&rsquo;abri des patrouilles de police.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage fondateur du psychologue et psychanalyste am\u00e9ricain Harold Greenwald, <em>The Call Girl: A Social and Psychoanalytic Study<\/em> (1958), a marqu\u00e9 la premi\u00e8re tentative syst\u00e9matique d&rsquo;\u00e9tudier la personnalit\u00e9, la structure n\u00e9vrotique et les trajectoires de vie de ces femmes. Greenwald y d\u00e9crivait des profils marqu\u00e9s par des blessures affectives pr\u00e9coces, un fort sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 infantile et un recours inconscient \u00e0 la d\u00e9gradation de l&rsquo;objet sexuel comme m\u00e9canisme de vengeance symbolique contre les figures parentales. Bien que fortement teint\u00e9 des postulats freudiens classiques de son \u00e9poque, cet ouvrage a ouvert la voie \u00e0 une approche individualis\u00e9e et clinique du sujet.<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1970 et 1980, les mouvements de lib\u00e9ration des femmes et les courants f\u00e9ministes pro-sexe ont renouvel\u00e9 l&rsquo;analyse du ph\u00e9nom\u00e8ne. Des militantes et anciennes praticiennes, \u00e0 l&rsquo;instar de Margo St. James avec la cr\u00e9ation du collectif COYOTE (<em>Call Off Your Old Tired Ethics<\/em>) aux \u00c9tats-Unis, ont revendiqu\u00e9 la reconnaissance de la call-girl non plus comme une victime ali\u00e9n\u00e9e ou une d\u00e9viante pathologique, mais comme une travailleuse autonome luttant pour ses droits civils, \u00e9conomiques et sanitaires face \u00e0 la r\u00e9pression \u00e9tatique.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1990 et tout au long des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Internet a provoqu\u00e9 une r\u00e9volution structurelle qualifi\u00e9e de \u00ab virtualisation du march\u00e9 du sexe \u00bb. Les agences d&rsquo;escorting traditionnelles ont vu leur monopole s&rsquo;effondrer au profit de plateformes num\u00e9riques en ligne. Cette d\u00e9sinterm\u00e9diation a permis l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de travailleuses du sexe ind\u00e9pendantes (\u00ab indie escorts \u00bb), capables de g\u00e9rer directement leur communication, leurs finances et leurs conditions contractuelles, tout en confrontant les intervenants de sant\u00e9 publique \u00e0 de nouveaux enjeux de pr\u00e9vention des risques psychologiques et l\u00e9gaux.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres conceptuels issus des sciences humaines et de la psychologie permettent d&rsquo;analyser l&rsquo;univers de la call-girl :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du travail \u00e9motionnel d&rsquo;Arlie Hochschild :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e initialement pour les professions de service (h\u00f4tesses de l&rsquo;air, soignants), cette th\u00e9orie s&rsquo;applique avec une pertinence aigu\u00eb aux call-girls. Hochschild distingue le \u00ab jeu de surface \u00bb (<em>surface acting<\/em>), o\u00f9 l&rsquo;individu simule des \u00e9motions qu&rsquo;il ne ressent pas, et le \u00ab jeu en profondeur \u00bb (<em>deep acting<\/em>), o\u00f9 il tente de ressentir r\u00e9ellement les affects attendus pour rendre la prestation cr\u00e9dible. Chez la call-girl fournissant des prestations orient\u00e9es vers la complicit\u00e9 affective (GFE), l&rsquo;obligation de produire de l&rsquo;authenticit\u00e9 sentimentale factur\u00e9e constitue un puissant facteur de dissonance cognitive et d&rsquo;usure psychologique lorsque les ressources internes d&rsquo;auto-pr\u00e9servation s&rsquo;\u00e9puisent.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la stigmatisation d&rsquo;Erving Goffman :<\/strong> Dans son ouvrage classique <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stigmate_(sociologie)\">Stigmate<\/a> (1963), Goffman analyse comment les individus porteurs d&rsquo;un attribut socialement discr\u00e9ditant g\u00e8rent leur identit\u00e9 face aux \u00ab normaux \u00bb. La call-girl fait face \u00e0 un stigmate \u00ab dissimulable \u00bb (<em>discreditable<\/em>). Ne pr\u00e9sentant aucun signe visible ext\u00e9rieur de son activit\u00e9, elle passe l&rsquo;essentiel de son existence \u00e0 g\u00e9rer l&rsquo;information sur elle-m\u00eame : secret familial, double vie administrative, fabrication de r\u00e9cits de couverture pour justifier ses revenus ou ses absences. Cette gestion continue de la duplicit\u00e9 impos\u00e9e engendre une vigilance anxieuse chronique et une peur permanente du d\u00e9voilement.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;attachement de John Bowlby :<\/strong> Dans le champ de la psychopathologie clinique, les chercheurs examinent les mod\u00e8les op\u00e9rants internes (MOI) et les styles d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27attachement\">attachement<\/a> des personnes engag\u00e9es dans la prostitution haut de gamme. Si les th\u00e8ses anciennes postulaient une corr\u00e9lation syst\u00e9matique avec un attachement d\u00e9sorganis\u00e9 ou ins\u00e9cure r\u00e9sultant de carences pr\u00e9coces, les \u00e9tudes contemporaines montrent une r\u00e9alit\u00e9 plus nuanc\u00e9e. L&rsquo;exercice de l&rsquo;activit\u00e9 sur rendez-vous exige des comp\u00e9tences relationnelles et une r\u00e9gulation \u00e9motionnelle qui s&rsquo;accordent mal avec des d\u00e9sorganisations s\u00e9v\u00e8res de la personnalit\u00e9, bien que des m\u00e9canismes d&rsquo;\u00e9vitement affectif soient fr\u00e9quemment mobilis\u00e9s pour d\u00e9samorcer l&rsquo;attachement r\u00e9el avec les clients.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9change social et l&rsquo;approche \u00e9conomique critique :<\/strong> Cette perspective postule que l&rsquo;engagement dans l&rsquo;activit\u00e9 r\u00e9sulte d&rsquo;un calcul co\u00fbts-b\u00e9n\u00e9fices rationnel dans un contexte de contraintes structurelles. Face aux disparit\u00e9s salariales de genre et aux difficult\u00e9s d&rsquo;insertion professionnelle classique, le recours au travail du sexe en int\u00e9rieur offre une rentabilit\u00e9 financi\u00e8re rapide et une flexibilit\u00e9 temporelle que peu d&rsquo;autres emplois non qualifi\u00e9s ou semi-qualifi\u00e9s peuvent fournir. La relation d&rsquo;\u00e9change y est analys\u00e9e comme un contrat commercial asym\u00e9trique o\u00f9 le capital \u00e9rotique est converti en capital \u00e9conomique et social.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 professionnelle et psychologique de la call-girl se d\u00e9cline selon plusieurs axes diff\u00e9rentiels majeurs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le statut organisationnel :<\/strong> Distinction fondamentale entre la praticienne totalement <em>ind\u00e9pendante<\/em> (qui assume l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de sa gestion publicitaire, de son filtrage et de sa s\u00e9curit\u00e9) et celle rattach\u00e9e \u00e0 une <em>agence d&rsquo;escorting<\/em> (qui d\u00e9l\u00e8gue la prospection et la logistique en contrepartie d&rsquo;une commission substantielle, r\u00e9duisant la charge administrative mais limitant l&rsquo;autonomie).<\/li>\n<li><strong>La nature des prestations offertes :<\/strong> Spectre s&rsquo;\u00e9tendant de la rencontre purement physique et \u00e9rotique standardis\u00e9e \u00e0 la \u00ab Girlfriend Experience \u00bb (GFE), caract\u00e9ris\u00e9e par une r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e9motionnelle feinte ou partag\u00e9e, des baisers intimes et des activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives conjointes (restaurants, voyages, spectacles).<\/li>\n<li><strong>La temporalit\u00e9 et l&rsquo;ancrage spatial :<\/strong> Pratique en <em>in-call<\/em> (la praticienne re\u00e7oit le client dans un appartement d\u00e9di\u00e9, s\u00e9curis\u00e9 et am\u00e9nag\u00e9 par ses soins) versus en <em>out-call<\/em> (d\u00e9placement au domicile du client ou dans des chambres d&rsquo;h\u00f4tel, impliquant un niveau d&rsquo;incertitude et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 sup\u00e9rieur).<\/li>\n<li><strong>La trajectoire d&rsquo;entr\u00e9e et de sortie :<\/strong> Modalit\u00e9s temporaires ou de transition (financement d&rsquo;\u00e9tudes sup\u00e9rieures, remboursement d&rsquo;une dette soudaine, constitution d&rsquo;un capital de d\u00e9part) versus trajectoires professionnalis\u00e9es de long terme avec investissements patrimoniaux.<\/li>\n<li><strong>Le degr\u00e9 de dissociation et d&rsquo;int\u00e9gration identitaire :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 unifier ou \u00e0 maintenir strictement s\u00e9par\u00e9es l&rsquo;identit\u00e9 civile intime et l&rsquo;identit\u00e9 marchande fictive, influen\u00e7ant directement la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux \u00e9pisodes d\u00e9pressifs ou aux crises existentielles.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Les vignettes cliniques et \u00e9tudes de cas permettent d&rsquo;\u00e9clairer la diversit\u00e9 des profils psychologiques et des modes de fonctionnement au sein de cette profession :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;exercice pragmatique et la compartimentation r\u00e9ussie (Clara, 28 ans).<\/strong> Dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur, Clara exerce en tant que call-girl ind\u00e9pendante trois jours par semaine pour financer le lancement d&rsquo;une entreprise personnelle. Elle a cr\u00e9\u00e9 un pseudonyme professionnel complet, utilise une ligne t\u00e9l\u00e9phonique chiffr\u00e9e d\u00e9di\u00e9e et op\u00e8re exclusivement en <em>in-call<\/em> dans un studio lou\u00e9 \u00e0 cette fin. Elle applique une grille de s\u00e9lection stricte par \u00e9change de pi\u00e8ces d&rsquo;identit\u00e9 et de r\u00e9f\u00e9rences professionnelles avec ses clients. En consultation psychologique pour une anxi\u00e9t\u00e9 ponctuelle li\u00e9e \u00e0 un projet de reconversion, Clara ne pr\u00e9sente aucune d\u00e9tresse psychopathologique majeure li\u00e9e au sexe lui-m\u00eame. Sa principale source de tension r\u00e9side dans le fardeau du secret vis-\u00e0-vis de son cercle familial et amical, illustrant parfaitement la th\u00e9orie de la stigmatisation dissimulable.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;usure \u00e9motionnelle et l&rsquo;effacement des fronti\u00e8res (Sonia, 34 ans).<\/strong> Sonia exerce depuis sept ans comme escorte haut de gamme en agence puis de mani\u00e8re autonome. Elle s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9e dans les prestations d&rsquo;accompagnement de longue dur\u00e9e (s\u00e9jours professionnels, vacances partag\u00e9es). Progressivement, Sonia a vu ses propres rep\u00e8res affectifs s&rsquo;\u00e9roder : incapable d&rsquo;\u00e9prouver du d\u00e9sir ou de maintenir une relation amoureuse stable dans sa vie priv\u00e9e, elle d\u00e9crit un sentiment de vacuit\u00e9 int\u00e9rieure et de cynisme relationnel profond. L&rsquo;obligation constante de valoriser des hommes d&rsquo;affaires narcissiques a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une perte d&rsquo;estime de soi dissimul\u00e9e sous des marqueurs ext\u00e9rieurs de r\u00e9ussite mat\u00e9rielle luxueuse. En psychoth\u00e9rapie, le travail se concentre sur la restauration de sa subjectivit\u00e9 propre, distincte des projections fantasmatiques de ses partenaires r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique des personnes exer\u00e7ant comme call-girls s&rsquo;effectue tant dans le cadre de la recherche fondamentale que dans la pratique clinique individuelle. Elle ne vise aucunement \u00e0 \u00e9tiqueter une \u00ab personnalit\u00e9 prostitu\u00e9e \u00bb uniforme \u2013 concept jug\u00e9 caduc par la psychiatrie moderne \u2013, mais \u00e0 identifier les facteurs de r\u00e9silience, les ressources adaptatives et les risques psychopathologiques associ\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le champ de la recherche empirique, plusieurs outils standardis\u00e9s sont couramment utilis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) :<\/strong> Utilisation de la <em>PTSD Checklist for DSM-5<\/em> (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/PCL-5\">PCL-5<\/a>) pour \u00e9valuer l&rsquo;impact des violences verbales, physiques ou sexuelles \u00e9ventuellement subies durant le parcours de vie ou au cours des interactions professionnelles.<\/li>\n<li><strong>La mesure de la stigmatisation int\u00e9rioris\u00e9e :<\/strong> Adaptation d&rsquo;\u00e9chelles de stigmate per\u00e7u et int\u00e9rioris\u00e9 mesurant l&rsquo;anticipation du rejet social, l&rsquo;isolement relationnel et la honte corporelle ou morale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;\u00e9puisement professionnel :<\/strong> Emploi du <em>Maslach Burnout Inventory<\/em> (MBI), particuli\u00e8rement dans ses dimensions d&rsquo;\u00e9puisement \u00e9motionnel et de d\u00e9personnalisation \/ cynisme envers les clients.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;exploration de la personnalit\u00e9 et des styles d\u00e9fensifs :<\/strong> Recours \u00e0 l&rsquo;inventaire de personnalit\u00e9 NEO-PI-3 ou au <em>Defense Style Questionnaire<\/em> (DSQ) afin d&rsquo;analyser la pr\u00e9valence des m\u00e9canismes d&rsquo;isolation, de clivage, d&rsquo;humour ou de sublimation dans l&rsquo;adaptation quotidienne.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En pratique clinique, l&rsquo;\u00e9valuation doit imp\u00e9rativement adopter une posture non dogmatique et exempte de jugement moralisant. L&rsquo;anamn\u00e8se recherche particuli\u00e8rement les ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;abus sexuels infantiles ou de violences intrafamiliales \u2013 dont la pr\u00e9valence est document\u00e9e dans divers sous-groupes mais n&rsquo;est pas universelle \u2013, l&rsquo;\u00e9ventuelle comorbidit\u00e9 avec des consommations de substances psychoactives (alcool, stimulants utilis\u00e9s pour \u00ab tenir \u00bb le rythme ou d\u00e9sinhiber la sociabilit\u00e9) et la solidit\u00e9 du r\u00e9seau de soutien social en dehors de l&rsquo;industrie du sexe.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les connaissances psychologiques accumul\u00e9es autour de l&rsquo;activit\u00e9 de call-girl trouvent des applications concr\u00e8tes dans plusieurs domaines d&rsquo;intervention :<\/p>\n<p><strong>En psychoth\u00e9rapie et sant\u00e9 mentale :<\/strong> L&rsquo;accompagnement des praticiennes n\u00e9cessite des th\u00e9rapeutes form\u00e9s aux approches affirmatives et \u00e0 la r\u00e9duction des m\u00e9faits. Le cadre th\u00e9rapeutique doit constituer un espace s\u00e9curisant o\u00f9 la personne peut d\u00e9poser son masque professionnel sans craindre d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9e ou de voir son activit\u00e9 automatiquement assimil\u00e9e \u00e0 un d\u00e9lire, un trouble de la personnalit\u00e9 borderline ou une perversion morale. Les objectifs th\u00e9rapeutiques se focalisent sur la reconstruction de l&rsquo;intimit\u00e9, le r\u00e9tablissement de fronti\u00e8res saines entre soi et autrui, la gestion de l&rsquo;angoisse de d\u00e9masquage et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, la pr\u00e9paration psychologique et mat\u00e9rielle d&rsquo;une transition professionnelle de sortie.<\/p>\n<p><strong>En pr\u00e9vention et r\u00e9duction des risques psychosociaux :<\/strong> Les organisations d&rsquo;autosupport communautaire (comme le STRASS en France ou d&rsquo;autres associations de travailleurs du sexe \u00e0 l&rsquo;international) s&rsquo;appuient sur ces savoirs pour dispenser des formations de pair-aidance. Ces modules abordent les techniques de filtrage des clients par croisement d&rsquo;informations, l&rsquo;apprentissage de la communication assertive pour poser des limites nettes sans provoquer d&rsquo;escalade agressive, et la mise en place de r\u00e9seaux de veille t\u00e9l\u00e9phonique r\u00e9ciproque (syst\u00e8me d&rsquo;\u00ab ange gardien \u00bb o\u00f9 une coll\u00e8gue est pr\u00e9venue du d\u00e9but et de la fin d&rsquo;une s\u00e9ance pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 physique).<\/p>\n<p><strong>Sur le plan juridique et des politiques publiques :<\/strong> Les donn\u00e9es de la psychologie sociale d\u00e9montrent que les lois r\u00e9pressives p\u00e9nalisant les clients (mod\u00e8le n\u00e9o-abolitionniste) ou interdisant la location d&rsquo;appartements augmentent significativement la pr\u00e9carit\u00e9 et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 des call-girls. En poussant ces professionnelles \u00e0 agir dans une clandestinit\u00e9 accrue pour prot\u00e9ger leurs clients ou leurs bailleurs, ces l\u00e9gislations d\u00e9t\u00e9riorent le temps d\u00e9volu au filtrage s\u00e9curitaire pr\u00e9alable et favorisent l&rsquo;isolement psychologique, augmentant m\u00e9caniquement les risques de traumatismes.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale a produit des corpus de donn\u00e9es substantiels permettant de d\u00e9construire les mythes associ\u00e9s aux call-girls. Les recherches men\u00e9es par des sociologues et psychologues renomm\u00e9s, tels que Ronald Weitzer, Teela Sanders ou Brooke Magnanti, apportent des \u00e9clairages d\u00e9terminants.<\/p>\n<p>Les enqu\u00eates qualitatives et quantitatives de Teela Sanders (2005) men\u00e9es au Royaume-Uni ont document\u00e9 avec minutie l&rsquo;\u00e9cologie du travail du sexe en int\u00e9rieur. Ses travaux d\u00e9montrent que les call-girls et escortes ind\u00e9pendantes mettent en place des protocoles rationnels de gestion du risque bien plus \u00e9labor\u00e9s que les travailleuses de rue. Sanders souligne que le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;autonomie financi\u00e8re de ces femmes est corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 une incidence moindre de violences physiques directes, bien que la charge cognitive requise pour maintenir ce dispositif s\u00e9curitaire soit g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;un stress chronique.<\/p>\n<p>Ronald Weitzer, dans ses nombreuses publications comparatives sur les industries du sexe, a formul\u00e9 le mod\u00e8le de la \u00ab polymorphie \u00bb du travail du sexe, s&rsquo;opposant \u00e0 la fois au mod\u00e8le d&rsquo;oppression radicale (qui postule que toute prostitution est une forme intrins\u00e8que de violence patriarcale sans aucun consentement r\u00e9el possible) et au mod\u00e8le de l&rsquo;autonomisation inconditionnelle. Selon Weitzer, la call-girl ind\u00e9pendante se situe typiquement dans une ar\u00e8ne o\u00f9 l&rsquo;exercice du choix individuel, la n\u00e9gociation contractuelle et les b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques pr\u00e9dominent, sans pour autant \u00e9luder l&rsquo;existence de contraintes structurelles de classe et de genre.<\/p>\n<p>Concernant la sant\u00e9 mentale, les \u00e9tudes men\u00e9es en Europe du Nord et en Australie (pays o\u00f9 les mod\u00e8les l\u00e9gaux oscillent entre d\u00e9criminalisation et r\u00e9glementation) indiquent que les scores d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression des escortes ind\u00e9pendantes ne sont pas syst\u00e9matiquement sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux de la population g\u00e9n\u00e9rale f\u00e9minine active, <em>\u00e0 condition<\/em> que ces derni\u00e8res ne subissent pas de harc\u00e8lement policier, qu&rsquo;elles disposent d&rsquo;un logement stable et qu&rsquo;elles b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un cercle amical au courant de leur activit\u00e9 aupr\u00e8s duquel elles trouvent une acceptation inconditionnelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;acceptabilit\u00e9, la structure et la signification de la figure de la call-girl varient consid\u00e9rablement d&rsquo;un contexte culturel \u00e0 un autre :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes (Am\u00e9rique du Nord, Europe de l&rsquo;Ouest), la call-girl s&rsquo;inscrit dans un mod\u00e8le de marchandisation des loisirs et de l&rsquo;intimit\u00e9, o\u00f9 le temps et les comp\u00e9tences relationnelles sont tarif\u00e9s \u00e0 l&rsquo;heure selon des principes capitalistes classiques. La dimension de discr\u00e9tion refl\u00e8te la pr\u00e9gnance persistante d&rsquo;une morale bourgeoise qui tol\u00e8re la v\u00e9nalit\u00e9 tant qu&rsquo;elle demeure invisible dans l&rsquo;espace public.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes, comme au Japon avec l&rsquo;univers des <em>f\u016bzoku<\/em> et des services de <em>deriheru<\/em> (abr\u00e9viation de <em>delivery health<\/em>, service de call-girls \u00e0 domicile ou en h\u00f4tel d&rsquo;amour), l&rsquo;activit\u00e9 s&rsquo;ins\u00e8re dans un paysage culturel codifi\u00e9 o\u00f9 la distinction entre acte sexuel g\u00e9nital et prestation de divertissement \u00e9rotico-relationnel est institutionnalis\u00e9e de longue date. Le sentiment de culpabilit\u00e9 morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne y est moins pr\u00e9valent, remplac\u00e9 par des imp\u00e9ratifs stricts de conformit\u00e9 sociale et de r\u00e9putation familiale.<\/p>\n<p>Dans les pays du Sud global ou en transition \u00e9conomique, la figure de la call-girl haut de gamme sert parfois de vecteur d&rsquo;ascension sociale rapide ou d&rsquo;\u00e9chappatoire \u00e0 des structures patriarcales hautement contraignantes. Cependant, la stratification y est encore plus brutale : les praticiennes s&rsquo;adressant aux touristes \u00e9trangers fortun\u00e9s ou aux \u00e9lites politiques locales jouissent d&rsquo;une protection relative, tandis que celles desservant les client\u00e8les locales font face \u00e0 une vuln\u00e9rabilit\u00e9 sanitaire, juridique et polici\u00e8re extr\u00eame.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La conceptualisation et la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue de la call-girl font l&rsquo;objet de vives controverses th\u00e9oriques, f\u00e9ministes et politiques :<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat abolitionniste versus pro-droits (r\u00e9glementariste \/ d\u00e9criminalisateur) :<\/strong> Pour le f\u00e9minisme abolitionniste radical (repr\u00e9sent\u00e9 historiquement par des th\u00e9oriciennes comme Andrea Dworkin ou Catharine MacKinnon), la call-girl, en d\u00e9pit de son confort mat\u00e9riel apparent et de son discours d&rsquo;autonomie, demeure le produit d&rsquo;un syst\u00e8me de subordination patriarcale institutionnalis\u00e9 o\u00f9 le corps des femmes reste une marchandise \u00e0 la disposition du pouvoir \u00e9conomique masculin. Selon cette lecture, l&rsquo;agentivit\u00e9 revendiqu\u00e9e rel\u00e8ve d&rsquo;une fausse conscience ou d&rsquo;une rationalisation post-hoc visant \u00e0 masquer une ali\u00e9nation fondamentale. \u00c0 l&rsquo;inverse, les th\u00e9oriciennes du travail du sexe et les f\u00e9ministes intersectionnelles soutiennent que refuser la capacit\u00e9 de choix et l&rsquo;agentivit\u00e9 des call-girls constitue une infantilisation paternaliste qui ignore d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les motivations mat\u00e9rielles concr\u00e8tes des personnes concern\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;invisibilisation des risques psychologiques \u00e0 long terme :<\/strong> Une critique r\u00e9currente formul\u00e9e par certains psychiatres et psychoth\u00e9rapeutes concerne l&rsquo;id\u00e9alisation parfois complaisante de l&rsquo;escorting ind\u00e9pendant dans les m\u00e9dias de masse ou sur les plateformes num\u00e9riques contemporaines. Si la s\u00e9curit\u00e9 imm\u00e9diate est sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la rue, l&rsquo;exposition prolong\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ification corporelle, l&rsquo;accumulation de micro-agressions sexuelles non verbalis\u00e9es lors de n\u00e9gociations limites avec les clients et la solitude existentielle induite par le mensonge social chronique peuvent laisser des traces psychiques durables, difficiles \u00e0 traiter apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le biais d&rsquo;\u00e9chantillonnage dans la recherche :<\/strong> D&rsquo;un point de vue m\u00e9thodologique, les \u00e9tudes sur les call-girls souffrent d&rsquo;un biais d&rsquo;autos\u00e9lection notoire. Les personnes participant aux enqu\u00eates acad\u00e9miques sont le plus souvent celles qui s&rsquo;expriment avec aisance, ma\u00eetrisent les outils num\u00e9riques, disposent d&rsquo;un niveau d&rsquo;\u00e9ducation \u00e9lev\u00e9 et s&rsquo;en sortent le mieux sur le plan psychologique. Les praticiennes les plus marginalis\u00e9es, souffrant d&rsquo;addictions s\u00e9v\u00e8res, d\u00e9pendantes d&rsquo;un prox\u00e9n\u00e8te intime (\u00ab amant de c\u0153ur \u00bb ou exploiteur) ou en situation d&rsquo;isolement total \u00e9chappent presque syst\u00e9matiquement aux investigations sociologiques et psychologiques standard.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour clarifier le positionnement de la call-girl au sein du champ s\u00e9mantique et clinique de la sexualit\u00e9 transactionnelle, il convient d&rsquo;op\u00e9rer plusieurs distinctions conceptuelles rigoureuses :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Prostitu\u00e9e de rue :<\/strong> Diff\u00e8re fondamentalement de la call-girl par son mode de racolage (visibilit\u00e9 directe dans l&rsquo;espace public urbain), une tarification beaucoup plus basse, des conditions de s\u00e9curit\u00e9 physique nettement plus d\u00e9grad\u00e9es et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychosociale et polici\u00e8re accrue.<\/li>\n<li><strong>Escorte (Escort) :<\/strong> Terme largement synonyme dans l&rsquo;usage contemporain, mais qui insiste davantage sur la fonction d&rsquo;accompagnement social officiel (soir\u00e9es, galas, voyages d&rsquo;affaires) o\u00f9 la sexualit\u00e9 intime n&rsquo;est pas explicitement mise en avant dans l&rsquo;annonce publique, bien qu&rsquo;elle fasse quasi syst\u00e9matiquement partie de la transaction priv\u00e9e convenue.<\/li>\n<li><strong>Travailleuse du sexe (TDS) :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique parapluie englobant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des personnes \u00e9changeant des services ou des performances sexuelles contre une r\u00e9mun\u00e9ration (incluant les actrices pornographiques, les mod\u00e8les webcam, les effeuilleuses et les prostitu\u00e9es de toute modalit\u00e9). La call-girl en constitue une sous-cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li><strong>Sugar baby :<\/strong> Personne engag\u00e9e dans une relation semi-durable (\u00ab sugar dating \u00bb) avec un partenaire plus \u00e2g\u00e9 et fortun\u00e9 (\u00ab sugar daddy \u00bb), o\u00f9 la compensation financi\u00e8re ou mat\u00e9rielle prend la forme de cadeaux, de voyages ou d&rsquo;allocations r\u00e9guli\u00e8res. Bien que relevant de la sexualit\u00e9 transactionnelle, la fronti\u00e8re psychologique avec le travail du sexe explicite y est souvent floue et volontairement euph\u00e9mis\u00e9e par les protagonistes.<\/li>\n<li><strong>Courtisane :<\/strong> Figure historique (de la Renaissance au XIXe si\u00e8cle) d\u00e9signant une femme entretenue par des amants de la haute aristocratie ou de la grande bourgeoisie, disposant d&rsquo;un statut social et culturel \u00e9lev\u00e9. La call-girl haut de gamme en est l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re fonctionnelle et sociologique dans l&rsquo;\u00e8re moderne du capitalisme tardif.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La figure de la call-girl incarne l&rsquo;\u00e9volution de la sexualit\u00e9 transactionnelle vers des formes professionnalis\u00e9es, m\u00e9diatis\u00e9es par les technologies de communication et int\u00e9gr\u00e9es aux logiques contemporaines de l&rsquo;\u00e9conomie de service. Elle ne saurait \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e ni \u00e0 travers le prisme exclusif de la d\u00e9viance psychopathologique, ni \u00e0 travers une c\u00e9l\u00e9bration na\u00efve de l&rsquo;\u00e9mancipation marchande.<\/p>\n<p>Sur le plan psychique, l&rsquo;activit\u00e9 exige des comp\u00e9tences relationnelles pouss\u00e9es, une ma\u00eetrise aigu\u00eb du travail \u00e9motionnel et des m\u00e9canismes d&rsquo;autor\u00e9gulation solides (tels que la compartimentation identitaire) pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du soi face aux sollicitations d&rsquo;autrui. La gestion continue du secret et de la stigmatisation sociale constitue le fardeau le plus lourd pesant sur la sant\u00e9 mentale de ces travailleuses, surpassant souvent la p\u00e9nibilit\u00e9 intrins\u00e8que des actes physiques eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Pour les psychologues, psychiatres et professionnels de l&rsquo;intervention m\u00e9dico-sociale, l&rsquo;accompagnement des personnes exer\u00e7ant comme call-girls commande une approche clinique d\u00e9nu\u00e9e de tout moralisme r\u00e9ducteur. La priorit\u00e9 r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9coute empathique de la subjectivit\u00e9 singuli\u00e8re, la validation des capacit\u00e9s d&rsquo;agentivit\u00e9, la pr\u00e9vention des traumatismes cumulatifs et le soutien inconditionnel face \u00e0 l&rsquo;isolement provoqu\u00e9 par la r\u00e9probation collective.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Goffman, E. (1963). <em>Stigma: Notes on the management of spoiled identity<\/em>. Prentice-Hall.<\/li>\n<li>Greenwald, H. (1958). <em>The call girl: A social and psychoanalytic study<\/em>. Ballantine Books.<\/li>\n<li>Hochschild, A. R. (1983). <em>The managed heart: Commercialization of human feeling<\/em>. University of California Press.<\/li>\n<li>Magnanti, B. (2012). <em>The sex myth: Why everything we&rsquo;re told is wrong<\/em>. Weidenfeld &amp; Nicolson.<\/li>\n<li>Sanders, T. (2005). <em>Sex work: A risky business<\/em>. Willan Publishing.<\/li>\n<li>Weitzer, R. (2009). Sociology of sex work. <em>Annual Review of Sociology<\/em>, 35, 213\u2013234. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-soc-070308-120025\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-soc-070308-120025<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez une analyse psychologique, sociologique et clinique approfondie de la call-girl : travail \u00e9motionnel, gestion du stigmate, agentivit\u00e9 et sant\u00e9 mentale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,154,38234],"tags":[38235,38236,220,419,554,26716,13382],"class_list":["post-22657","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychologie-sociale","category-sexualite-et-societe","tag-call-girl","tag-escorting","tag-psychologie-sociale","tag-sante-mentale","tag-stigmatisation","tag-travail-du-sexe","tag-travail-emotionnel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22657","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22657\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22657"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22657"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22657"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}