{"id":22644,"date":"2026-10-27T18:23:34","date_gmt":"2026-10-27T18:23:34","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sillon-calcarin-fissure-calcarine"},"modified":"2026-10-27T18:23:34","modified_gmt":"2026-10-27T18:23:34","slug":"sillon-calcarin-fissure-calcarine","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=sillon-calcarin-fissure-calcarine","title":{"rendered":"Sillon calcarin : C\u0153ur de la vision"},"content":{"rendered":"<p>Situ\u00e9 sur la face m\u00e9diale du lobe occipital, le sillon calcarin repr\u00e9sente l&rsquo;un des rep\u00e8res anatomiques et fonctionnels les plus remarquables du cerveau humain. V\u00e9ritable centre n\u00e9vralgique du traitement sensoriel primaire, cette scissure profonde abrite le cortex visuel primaire, point d&rsquo;ancrage fondamental de notre perception consciente de l&rsquo;environnement. L&rsquo;exploration de son architecture r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;extraordinaire pr\u00e9cision spatiale avec laquelle le syst\u00e8me nerveux central d\u00e9code les flux lumineux issus du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h2>Sillon calcarin<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>sillon calcarin<\/strong> (historiquement d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>fissure calcarine<\/em> ou en latin <em>sulcus calcarinus<\/em>) est un sillon profond et constant situ\u00e9 sur la face interne ou m\u00e9diale du lobe occipital de chaque h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral. Il s&rsquo;\u00e9tend depuis la partie post\u00e9rieure du lobe occipital, pr\u00e8s du p\u00f4le visuel, jusqu&rsquo;au sillon pari\u00e9to-occipital avec lequel il conflue en avant, sous le spl\u00e9nium du corps calleux.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue fonctionnel et cytoarchitectonique, les berges sup\u00e9rieure et inf\u00e9rieure de cette scissure, ainsi que ses profondeurs, logent le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_visuel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cortex visuel primaire<\/a>, universellement d\u00e9sign\u00e9 sous le terme d&rsquo;aire visuelle V1 ou d&rsquo;aire 17 selon la classification de Korbinian Brodmann. Ce sillon constitue ainsi la premi\u00e8re station d&rsquo;int\u00e9gration corticale des messages sensoriels en provenance de la r\u00e9tine via les corps genouill\u00e9s lat\u00e9raux du thalamus.<\/p>\n<p>En neuropsychologie et en neurosciences cognitives, le sillon calcarin est indissociable du concept d&rsquo;organisation r\u00e9tinotopique : la surface r\u00e9tinienne y est fid\u00e8lement projet\u00e9e selon une carte spatiale hautement conserv\u00e9e, o\u00f9 chaque point du champ visuel controlat\u00e9ral correspond \u00e0 une coordonn\u00e9e neuronale pr\u00e9cise, d\u00e9terminant ainsi les bases structurales de la vision des formes, du mouvement et des contrastes spatiaux.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab calcarin \u00bb d\u00e9rive directement du substantif latin <em>calcar<\/em>, qui signifie \u00ab \u00e9peron \u00bb ou \u00ab ergot \u00bb, lui-m\u00eame forg\u00e9 \u00e0 partir de la racine indo-europ\u00e9enne d\u00e9signant le talon (<em>calx<\/em>). Ce qualificatif a \u00e9t\u00e9 initialement introduit en neuroanatomie pour caract\u00e9riser la pro\u00e9minence interne que cette scissure forme en s&rsquo;invaginant dans la paroi m\u00e9diale de la corne post\u00e9rieure (ou occipitale) du ventricule lat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Cette saillie intraventriculaire, jadis d\u00e9nomm\u00e9e l&rsquo;ergot de Morand (ou <em>calcar avis<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab l&rsquo;ergot d&rsquo;oiseau \u00bb), a inspir\u00e9 aux premiers anatomistes modernes la d\u00e9nomination de la fissure qui en est la cause externe. Dans les textes anatomiques classiques de langue fran\u00e7aise et latine de la fin du XVIIIe si\u00e8cle et du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, la structure est mentionn\u00e9e sous le nom de <em>scissura calcarina<\/em> ou <em>sulcus calcarinus<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans la nomenclature m\u00e9dicale moderne d\u00e9coule des travaux pionniers des grands macro-anatomistes europ\u00e9ens, notamment F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr en France et Johann Christian Reil en Allemagne, avant d&rsquo;\u00eatre consacr\u00e9e par la <em>Nomina Anatomica<\/em> de B\u00e2le en 1895. Aujourd&rsquo;hui, bien que l&rsquo;anglais utilise indiff\u00e9remment <em>calcarine sulcus<\/em> ou <em>calcarine fissure<\/em>, la terminologie anatomique francophone contemporaine privil\u00e9gie le vocable technique de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sillon_calcarin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">sillon calcarin<\/a> tout en reconnaissant la validit\u00e9 historique de l&rsquo;appellation \u00ab fissure calcarine \u00bb.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, le terme s&#8217;emploie sous deux formes nominales masculines ou f\u00e9minines selon le mot d&rsquo;ancrage :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sillon calcarin<\/strong> : groupe nominal masculin singulier (au pluriel : <em>sillons calcarins<\/em>). Sa transcription phon\u00e9tique en alphabet phon\u00e9tique international (API) est \/si.j\u0254\u0303 kal.ka.\u0281\u025b\u0303\/.<\/li>\n<li><strong>Fissure calcarine<\/strong> : groupe nominal f\u00e9minin singulier (au pluriel : <em>fissures calcarines<\/em>). Sa transcription phon\u00e9tique en API est \/fi.sy\u0281 kal.ka.\u0281in\/.<\/li>\n<li><strong>Scissure calcarine<\/strong> : variante historique synonyme, f\u00e9minine singuli\u00e8re (\/si.sy\u0281 kal.ka.\u0281in\/).<\/li>\n<\/ul>\n<p>En pratique clinique, neurologique et neuropsychologique, l&rsquo;adjectif \u00ab calcarin \u00bb est couramment employ\u00e9 pour d\u00e9signer des entit\u00e9s anatomiques, pathologiques ou vasculaires adjacentes. On parle ainsi fr\u00e9quemment d&rsquo;art\u00e8re calcarine (branche terminale de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale post\u00e9rieure), d&rsquo;infarctus calcarin, de berge calcarine ou encore de cortex calcarin pour faire r\u00e9f\u00e9rence aux populations cellulaires tapissant cette scissure.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du sillon calcarin exige d&rsquo;envisager simultan\u00e9ment sa topographie macroscopique, son organisation histologique singuli\u00e8re et les propri\u00e9t\u00e9s fonctionnelles sophistiqu\u00e9es qui en font la porte d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;information visuelle dans le n\u00e9ocortex.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue topographique, le sillon calcarin prend naissance \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate du p\u00f4le occipital, souvent sous la forme d&rsquo;une bifurcation en T ou en Y, et chemine d&rsquo;arri\u00e8re en avant en d\u00e9crivant une courbe l\u00e9g\u00e8rement ascendante sur la face interne de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re. En avant, il rejoint le sillon pari\u00e9to-occipital selon un angle aigu, formant un carrefour anatomique majeur. Cette disposition d\u00e9limite deux structures morphologiques capitales : au-dessus du sillon s&rsquo;\u00e9tend le <strong>cun\u00e9us<\/strong> (gyrus triangulaire appartenant au lobe occipital), tandis qu&rsquo;en dessous se d\u00e9ploie le <strong>gyrus lingual<\/strong> (qui se prolonge vers l&rsquo;avant par le gyrus parahippocampique au sein du lobe temporal). La profondeur du sillon est variable mais remarquable, s&rsquo;enfon\u00e7ant fr\u00e9quemment sur plus de 15 \u00e0 20 millim\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la substance blanche occipitale.<\/p>\n<p>Sur le plan cytoarchitectonique, le sillon calcarin constitue l&rsquo;arch\u00e9type du cortex h\u00e9t\u00e9rotypique granulaire ou coniocortex. Sa caract\u00e9ristique morphologique la plus frappante est la pr\u00e9sence de la <strong>strie de Gennari<\/strong>, une bande pro\u00e9minente de fibres my\u00e9linis\u00e9es horizontales situ\u00e9e au sein de la sous-couche IVB du cortex. Cette lame blanche, visible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu sans coloration histologique sur une coupe fra\u00eeche du cerveau, a valu au cortex calcarin le nom s\u00e9culaire de <strong>cortex stri\u00e9<\/strong>. Cette couche IV hypertrophi\u00e9e est le site r\u00e9cepteur exclusif des aff\u00e9rences g\u00e9niculo-stri\u00e9es transportant les signaux visuels par l&rsquo;interm\u00e9diaire des radiations optiques de Gratiolet.<\/p>\n<p>Le principe cardinal r\u00e9gissant le fonctionnement de cette r\u00e9gion est la <strong>r\u00e9tinotopie<\/strong>. Il existe une correspondance point par point rigoureuse entre la r\u00e9tine et le sillon calcarin, soumise \u00e0 trois r\u00e8gles g\u00e9om\u00e9triques fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Inversion h\u00e9misph\u00e9rique lat\u00e9rale :<\/strong> L&rsquo;h\u00e9michamp visuel droit se projette exclusivement sur le sillon calcarin de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche, et r\u00e9ciproquement.<\/li>\n<li><strong>Inversion altitudinale verticale :<\/strong> La moiti\u00e9 sup\u00e9rieure du champ visuel (correspondant \u00e0 la r\u00e9tine inf\u00e9rieure) se projette sur la berge inf\u00e9rieure du sillon calcarin, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur le gyrus lingual. \u00c0 l&rsquo;inverse, la moiti\u00e9 inf\u00e9rieure du champ visuel (r\u00e9tine sup\u00e9rieure) se projette sur la berge sup\u00e9rieure du sillon, au niveau du cun\u00e9us.<\/li>\n<li><strong>Magnification corticale fov\u00e9ale :<\/strong> La fov\u00e9a (centre de la r\u00e9tine responsable de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle fine), bien qu&rsquo;elle n&rsquo;occupe qu&rsquo;une fraction minime de la surface r\u00e9tinienne (environ 1 %), mobilise plus de 50 \u00e0 60 % de la surface totale du cortex calcarin, situ\u00e9e \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 post\u00e9rieure. Plus l&rsquo;on progresse vers la partie ant\u00e9rieure du sillon, plus les neurones r\u00e9pondent \u00e0 des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques et excentr\u00e9es du champ visuel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Enfin, le sillon calcarin ne se limite pas \u00e0 une simple transcription passive de la r\u00e9tine. Les neurones qui le composent sont organis\u00e9s en colonnes fonctionnelles verticales hautement sp\u00e9cialis\u00e9es, capables d&rsquo;extraire des primitives visuelles telles que l&rsquo;orientation spatiale des contours, la fr\u00e9quence spatiale, la disparit\u00e9 binoculaire (n\u00e9cessaire \u00e0 la st\u00e9r\u00e9oscopie ou vision du relief) et des indices rudimentaires de longueur d&rsquo;onde et de direction du mouvement.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire scientifique du sillon calcarin illustre la convergence progressive entre l&rsquo;anatomie descriptive, la pathologie des blessures de guerre et l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie moderne.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte de la structure interne du sillon calcarin d\u00e9bute en 1776 lorsque le jeune \u00e9tudiant en m\u00e9decine italien Francesco Gennari observe, sur des coupes non fix\u00e9es de cortex occipital humain, une ligne blanch\u00e2tre traversant la substance grise. Cette observation, publi\u00e9e en 1782 dans son trait\u00e9 <em>De peculiari structura cerebri<\/em>, marque la toute premi\u00e8re identification d&rsquo;une sp\u00e9cialisation cytoarchitectonique r\u00e9gionale dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1786, l&rsquo;anatomiste fran\u00e7ais F\u00e9lix Vicq d&rsquo;Azyr d\u00e9crit ind\u00e9pendamment cette m\u00eame ligne et cartographie minutieusement le sillon calcarin sur ses planches grav\u00e9es anatomiques.<\/p>\n<p>Durant la majeure partie du XIXe si\u00e8cle, la fonction pr\u00e9cise de ce sillon demeure incertaine. De nombreux savants, sous l&rsquo;influence des th\u00e9ories phr\u00e9nologiques ou sensorimotrices globales, consid\u00e8rent l&rsquo;ensemble du cortex comme fonctionnellement \u00e9quivalent. La bascule s&rsquo;op\u00e8re dans les ann\u00e9es 1880 et 1890 gr\u00e2ce aux travaux du neurologue et pathologiste su\u00e9dois Salomon Eberhard Henschen. Par une \u00e9tude anatomo-clinique minutieuse de patients ayant pr\u00e9sent\u00e9 des c\u00e9cit\u00e9s partielles suivies d&rsquo;autopsies, Henschen formule l&rsquo;hypoth\u00e8se r\u00e9volutionnaire que le sillon calcarin repr\u00e9sente le \u00ab centre cortical de la vision \u00bb et affirme que la r\u00e9tine s&rsquo;y projette de mani\u00e8re rigoureuse.<\/p>\n<p>La validation d\u00e9finitive et la cartographie fine de la r\u00e9tinotopie calcarine ont \u00e9merg\u00e9 de fa\u00e7on tragique \u00e0 la faveur des conflits arm\u00e9s du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Tatsuji Inouye (1909) :<\/strong> Durant la guerre russo-japonaise (1904-1905), ce jeune ophtalmologiste militaire japonais \u00e9value des soldats bless\u00e9s par des balles de fusil modernes \u00e0 haute v\u00e9locit\u00e9 (fusil Mosin-Nagant). Ces projectiles de petit calibre cr\u00e9ent des l\u00e9sions occipitales focales et traversantes sans destruction massive du cr\u00e2ne. En corr\u00e9lant la trajectoire g\u00e9om\u00e9trique des balles avec les d\u00e9ficits du champ visuel (scotomes), Inouye publie la toute premi\u00e8re carte quantitative de la projection r\u00e9tinotopique humaine au sein du sillon calcarin, identifiant la magnification fov\u00e9ale et l&rsquo;inversion sup\u00e9rieure\/inf\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Gordon Holmes (1918) :<\/strong> Durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le neurologue britannique Gordon Holmes examine des centaines de soldats britanniques pr\u00e9sentant des plaies cr\u00e2niennes par \u00e9clats d&rsquo;obus ou balles. Il affine consid\u00e9rablement les observations d&rsquo;Inouye et publie une carte r\u00e9tinotopique qui restera la r\u00e9f\u00e9rence clinique absolue pendant plus de sept d\u00e9cennies.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle marque l&rsquo;av\u00e8nement de la neurophysiologie unitaire. \u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1950, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/David_Hubel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">David Hubel<\/a> et Torsten Wiesel m\u00e8nent des exp\u00e9riences s\u00e9minales sur le cortex calcarin du chat et du primate. Leurs d\u00e9couvertes sur les champs r\u00e9cepteurs des cellules simples et complexes, sur les colonnes d&rsquo;orientation et sur les colonnes de dominance oculaire leur valent le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1981, hissant le cortex calcarin au rang de mod\u00e8le canonique de tout le n\u00e9ocortex sensoriel.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le sillon calcarin constitue le socle empirique de plusieurs constructions th\u00e9oriques majeures en psychologie cognitive et en neurosciences computationnelles.<\/p>\n<p>En premier lieu, la <strong>th\u00e9orie du traitement hi\u00e9rarchique de l&rsquo;information<\/strong>, formul\u00e9e initialement par David Marr dans les ann\u00e9es 1970, postule que la perception visuelle s&rsquo;\u00e9chafaude par \u00e9tapes s\u00e9quentielles ascendantes (<em>bottom-up<\/em>). Dans ce cadre, le sillon calcarin r\u00e9alise l&rsquo;esquisse primitive (<em>primal sketch<\/em>) : il extrait les variations locales d&rsquo;intensit\u00e9 lumineuse, les segments de lignes, les terminaisons de contours et les orientations spatiales \u00e9l\u00e9mentaires. Ces repr\u00e9sentations discr\u00e8tes et locales sont ensuite transmises aux aires visuelles extrastri\u00e9es (V2, V3, V4, V5\/MT) qui synth\u00e9tisent des entit\u00e9s perceptives plus complexes telles que les surfaces, les couleurs constantes, le mouvement global et enfin la reconnaissance d&rsquo;objets tridimensionnels.<\/p>\n<p>En second lieu, la <strong>th\u00e9orie des deux voies visuelles corticales<\/strong>, conceptualis\u00e9e par Leslie Ungerleider et Mortimer Mishkin (1982), puis enrichie par Melvyn Goodale et David Milner (1992), d\u00e9signe le sillon calcarin comme le point d&rsquo;origine et de bifurcation incontournable des flux visuels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La voie ventrale (le \u00ab Quoi ? \u00bb ou perception pour la reconnaissance) :<\/strong> \u00c9mergeant du sillon calcarin, elle chemine vers le cortex temporal inf\u00e9rieur pour sous-tendre l&rsquo;identification des formes, des visages, des mots \u00e9crits et des objets.<\/li>\n<li><strong>La voie dorsale (le \u00ab O\u00f9 ? \u00bb ou action pour le guidage visuo-moteur) :<\/strong> Partant \u00e9galement de cette scissure primaire, elle projette vers le cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur afin de calculer la localisation spatiale des stimuli et d&rsquo;ajuster en temps r\u00e9el les mouvements oculaires et la pr\u00e9hension manuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les <strong>th\u00e9ories du codage pr\u00e9dictif<\/strong> (notamment port\u00e9es par Karl Friston) ont radicalement r\u00e9vis\u00e9 la vision classique d&rsquo;un sillon calcarin purement passif et r\u00e9ceptif. Selon ces mod\u00e8les computationnels, le cortex stri\u00e9 fonctionne comme un comparateur dynamique : il confronte en continu les donn\u00e9es sensorielles ascendantes issues du thalamus aux pr\u00e9dictions descendantes (<em>top-down<\/em>) g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les aires corticales de haut niveau. Le sillon calcarin ne transmettrait ainsi que l&rsquo;\u00ab erreur de pr\u00e9diction \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9cart entre ce que le cerveau s&rsquo;attendait \u00e0 voir et le signal physique r\u00e9ellement capt\u00e9 par la r\u00e9tine.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse anatomique et fonctionnelle du sillon calcarin permet de d\u00e9composer cette m\u00e9gastructure en plusieurs sous-unit\u00e9s morphologiques et fonctionnelles interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La berge sup\u00e9rieure (l\u00e8vre sup\u00e9rieure) :<\/strong> Elle correspond au versant dorsal du sillon, bord\u00e9 par le cun\u00e9us. Elle traite exclusivement les stimuli visuels situ\u00e9s dans le quadrant inf\u00e9rieur du champ visuel controlat\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>La berge inf\u00e9rieure (l\u00e8vre inf\u00e9rieure) :<\/strong> Elle forme le versant ventral du sillon, bord\u00e9 par le gyrus lingual. Elle assure le traitement des signaux provenant du quadrant sup\u00e9rieur du champ visuel controlat\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>Le fond du sillon (fundus calcarin) :<\/strong> C&rsquo;est la zone d&rsquo;invagination maximale o\u00f9 s&rsquo;op\u00e8re la transition entre les repr\u00e9sentations sup\u00e9rieure et inf\u00e9rieure du champ visuel, repr\u00e9sentant g\u00e9om\u00e9triquement le m\u00e9ridien horizontal de la vision.<\/li>\n<li><strong>Le segment post\u00e9rieur (calcarin caudal) :<\/strong> Situ\u00e9 vers le p\u00f4le occipital, il pr\u00e9sente une profondeur mod\u00e9r\u00e9e mais abrite la repr\u00e9sentation de la zone maculaire et fov\u00e9ale, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la vision haute r\u00e9solution spatiale, aux d\u00e9tails fins et \u00e0 la lecture.<\/li>\n<li><strong>Le segment ant\u00e9rieur (calcarin rostral) :<\/strong> S&rsquo;\u00e9tendant en profondeur vers le carrefour pari\u00e9to-occipital, il correspond aux excentricit\u00e9s visuelles p\u00e9riph\u00e9riques extr\u00eames et loge la repr\u00e9sentation du <em>croissant temporal monoculaire<\/em>, r\u00e9gion du champ visuel vue par un seul \u0153il sans recouvrement binoculaire.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9tage microstructural laminaire :<\/strong> Comprend les six couches horizontales classiques du n\u00e9ocortex, avec une diff\u00e9renciation extr\u00eame de la couche IV (subdivis\u00e9e en IVA, IVB, IVC\u03b1 et IVC\u03b2) recevant les aff\u00e9rences parvocellulaires (d\u00e9tails, couleurs) et magnocellulaires (mouvement, contraste rapide).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;impact fonctionnel d&rsquo;une alt\u00e9ration ou du fonctionnement du sillon calcarin se manifeste \u00e0 travers des situations cliniques et exp\u00e9rimentales embl\u00e9matiques en neurologie comportementale.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;infarctus calcarin et l&rsquo;h\u00e9mianopsie lat\u00e9rale homonyme avec \u00e9pargne maculaire<\/strong><br \/>\nUn patient de 68 ans est admis aux urgences pour l&rsquo;apparition brutale d&rsquo;une g\u00eane visuelle : il heurte les embrasures de portes situ\u00e9es sur sa droite et ne parvient plus \u00e0 lire la moiti\u00e9 droite des pages d&rsquo;un journal. L&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale met en \u00e9vidence une isch\u00e9mie aigu\u00eb dans le territoire de l&rsquo;art\u00e8re calcarine gauche, branche terminale de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale post\u00e9rieure. L&rsquo;examen du champ visuel (campim\u00e9trie) r\u00e9v\u00e8le une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/H%C3%A9mianopsie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">h\u00e9mianopsie<\/a> lat\u00e9rale homonyme droite. Fait remarquable, le point central de fixation (les 3 \u00e0 5 degr\u00e9s centraux) reste parfaitement pr\u00e9serv\u00e9 : c&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne classique d&rsquo;\u00ab \u00e9pargne maculaire \u00bb. Cette pr\u00e9servation s&rsquo;explique par la double vascularisation du p\u00f4le occipital post\u00e9rieur, suppl\u00e9\u00e9 \u00e0 la fois par l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale post\u00e9rieure et par des collat\u00e9rales distales de l&rsquo;art\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale moyenne (art\u00e8re sylvienne).<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : La quadranopsie par l\u00e9sion s\u00e9lective d&rsquo;une berge calcarine<\/strong><br \/>\nUne femme de 42 ans subit l&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale d&rsquo;un m\u00e9ningiome de la tente du cervelet ayant comprim\u00e9 la face inf\u00e9rieure du lobe occipital droit. Au r\u00e9veil, les bilans neuro-ophtalmologiques objectivent une quadranopsie sup\u00e9rieure homonyme gauche (perte de vision dans le quart sup\u00e9rieur gauche de l&rsquo;espace). La l\u00e9sion n&rsquo;a endommag\u00e9 que la l\u00e8vre inf\u00e9rieure du sillon calcarin droit (gyrus lingual), laissant intacte la l\u00e8vre sup\u00e9rieure (cun\u00e9us). Ce cas illustre cliniquement l&rsquo;inversion optique verticale stricte de la r\u00e9tinotopie calcarine.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : La vision aveugle (<em>blindsight<\/em>) apr\u00e8s destruction calcarine<\/strong><br \/>\nLe patient DB, l&rsquo;un des cas les plus c\u00e9l\u00e8bres de la neuropsychologie moderne d\u00e9crit par Larry Weiskrantz, a subi une ablation chirurgicale du cortex calcarin droit pour traiter une malformation vasculaire. DB se d\u00e9clarait totalement aveugle dans son champ visuel gauche. Cependant, lorsqu&rsquo;on le contraignait, dans un paradigme de choix forc\u00e9, \u00e0 \u00ab deviner \u00bb si un point lumineux apparaissait sur un \u00e9cran dans sa zone aveugle ou \u00e0 d\u00e9signer son orientation, il r\u00e9pondait correctement avec une pr\u00e9cision statistique sup\u00e9rieure \u00e0 90 %. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vision_aveugle\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">vision aveugle<\/a> d\u00e9montre que si le sillon calcarin est indispensable \u00e0 la sensation visuelle subjective et consciente, des voies r\u00e9tino-sous-corticales accessoires (projetant directement vers le colliculus sup\u00e9rieur et le pulvinar, puis vers les aires visuelles extrastri\u00e9es) permettent un traitement visuel inconscient r\u00e9siduel.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 morphologique et fonctionnelle du sillon calcarin repose sur un arsenal technologique associant la psychophysique sensorielle, l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie et l&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale de pointe.<\/p>\n<p>La <strong>p\u00e9rim\u00e9trie automatis\u00e9e standardis\u00e9e<\/strong> (notamment le p\u00e9rim\u00e8tre de Humphrey ou la campim\u00e9trie cin\u00e9tique de Goldmann) constitue l&rsquo;\u00e9valuation fonctionnelle de r\u00e9f\u00e9rence. En cartographiant avec une extr\u00eame pr\u00e9cision la sensibilit\u00e9 lumineuse diff\u00e9rentielle en chaque point du champ visuel, elle permet au clinicien de d\u00e9duire la localisation anatomique exacte de la l\u00e9sion calcarine. Un scotome central punctiforme traduit une atteinte du p\u00f4le post\u00e9rieur du sillon, tandis qu&rsquo;une amputation campim\u00e9trique p\u00e9riph\u00e9rique pointe vers son segment rostral.<\/p>\n<p>Les <strong>potentiels \u00e9voqu\u00e9s visuels (PEV)<\/strong> \u00e9valuent la vitesse et l&rsquo;amplitude de la transmission nerveuse le long des voies optiques jusqu&rsquo;au sillon calcarin. L&rsquo;onde P100 (d\u00e9flexion positive survenant environ 100 millisecondes apr\u00e8s une stimulation par inversion de damier), enregistr\u00e9e par des \u00e9lectrodes plac\u00e9es sur le scalp en regard de la r\u00e9gion occipitale m\u00e9diale (d\u00e9rivation Oz), fournit un indice quantitatif direct de la synchronisation de l&rsquo;activation neuronale au sein de l&rsquo;aire V1 calcarine.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) r\u00e9tinotopique<\/strong> repr\u00e9sente l&rsquo;outil de recherche translationnelle le plus puissant. D\u00e9velopp\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990 par des chercheurs tels que Martin Sereno et Robert Engel, cette m\u00e9thode utilise des stimuli visuels dynamiques constitu\u00e9s de secteurs circulaires tournants (d\u00e9terminant la phase polaire ou l&rsquo;angle) et d&rsquo;anneaux concentriques en expansion ou contraction (d\u00e9terminant l&rsquo;excentricit\u00e9). Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;analyse math\u00e9matique du signal BOLD (<em>Blood Oxygen Level Dependent<\/em>), les neuroscientifiques peuvent \u00ab d\u00e9plier \u00bb virtuellement le sillon calcarin sur des repr\u00e9sentations corticales aplaties (<em>flat maps<\/em>) et reconstruire la carte r\u00e9tinotopique individuelle de chaque sujet \u00e0 une r\u00e9solution sub-millim\u00e9trique.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>Les connaissances relatives au sillon calcarin irriguent directement de nombreuses disciplines m\u00e9dicales, chirurgicales et technologiques contemporaines.<\/p>\n<p>En <strong>neurochirurgie oncologique et vasculaire<\/strong>, la pr\u00e9servation du sillon calcarin et de ses berges est une priorit\u00e9 absolue lors de l&rsquo;abord de l\u00e9sions profondes situ\u00e9es dans la r\u00e9gion du carrefour ventriculaire, de l&rsquo;atrium ou de la tente du cervelet. L&rsquo;utilisation de la neuronavigation guid\u00e9e par IRM anatomique et fonctionnelle perop\u00e9ratoire, combin\u00e9e \u00e0 la tractographie en tenseur de diffusion (DTI) des radiations optiques, permet au chirurgien de d\u00e9finir des corridors d&rsquo;acc\u00e8s \u00e9pargnant les berges calcarines et \u00e9vitant ainsi des d\u00e9ficits visuels mutilants d\u00e9finitifs.<\/p>\n<p>En <strong>neuro-ing\u00e9nierie et dans le domaine des implants corticaux visuels<\/strong>, le sillon calcarin est la cible privil\u00e9gi\u00e9e des proth\u00e8ses destin\u00e9es \u00e0 restaurer une forme de vision chez des patients souffrant de c\u00e9cit\u00e9 acquise bilat\u00e9rale s\u00e9v\u00e8re (par exemple, suite \u00e0 des traumatismes des globes oculaires ou des neuropathies optiques bilat\u00e9rales terminales). Des dispositifs tels que l&rsquo;implant <em>Orion<\/em> utilisent une matrice de micro-\u00e9lectrodes plac\u00e9e chirurgicalement \u00e0 la surface de la scissure calcarine. En stimulant \u00e9lectriquement des sous-populations neuronales selon une configuration spatialement organis\u00e9e, ces dispositifs induisent la perception de points lumineux artificiels organis\u00e9s, appel\u00e9s phosph\u00e8nes, permettant aux patients de d\u00e9tecter des silhouettes ou des contrastes de d\u00e9placement dans leur environnement.<\/p>\n<p>En <strong>neuropsychologie clinique et en r\u00e9habilitation visuelle<\/strong>, la compr\u00e9hension de la topographie calcarine a permis la mise au point de th\u00e9rapies de compensation campim\u00e9trique pour les patients h\u00e9mianopsiques. Des programmes informatis\u00e9s d&rsquo;entra\u00eenement saccadique stimulent la bordure du scotome, incitant le syst\u00e8me oculomoteur \u00e0 mobiliser plus efficacement les zones r\u00e9siduelles fonctionnelles du sillon calcarin et les aires visuelles associatives de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re sain.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine consacr\u00e9e au sillon calcarin a transcend\u00e9 l&rsquo;image d&rsquo;un cortex purement visuel statique pour mettre en lumi\u00e8re d&rsquo;\u00e9tonnantes propri\u00e9t\u00e9s de plasticit\u00e9 synaptique et d&rsquo;int\u00e9gration multimodale.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des apports majeurs des trente derni\u00e8res ann\u00e9es concerne la <strong>plasticit\u00e9 transmodale chez les personnes aveugles pr\u00e9coces<\/strong>. Dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes princeps publi\u00e9es \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et durant les ann\u00e9es 2000, l&rsquo;\u00e9quipe de Norihiro Sadato et celle d&rsquo;Amir Amedi ont utilis\u00e9 la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) et l&rsquo;IRMf pour examiner l&rsquo;activit\u00e9 corticale de personnes aveugles de naissance pendant la lecture du braille. Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 que le sillon calcarin de ces individus, priv\u00e9 d&rsquo;entr\u00e9es visuelles d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, s&rsquo;active vigoureusement lors de t\u00e2ches de discrimination tactile fine ou de localisation auditive spatiale. De plus, l&rsquo;inactivation transitoire de leur sillon calcarin par stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) alt\u00e8re significativement leur capacit\u00e9 \u00e0 lire le braille, prouvant que ce cortex sensoriel r\u00e9alloue ses ressources de calcul \u00e0 d&rsquo;autres modalit\u00e9s sensorielles tout en conservant son r\u00f4le de traitement spatial complexe.<\/p>\n<p>Un autre pan de la recherche empirique se focalise sur la <strong>micro-architecture colonnaire chez l&rsquo;humain <em>in vivo<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;IRM \u00e0 tr\u00e8s haut champ (7 Teslas et au-del\u00e0)<\/strong>. Les \u00e9quipes de recherche internationales sont d\u00e9sormais capables d&rsquo;imager les colonnes de dominance oculaire et les orientations pr\u00e9f\u00e9rentielles au sein m\u00eame des parois du sillon calcarin humain sans ouvrir la bo\u00eete cr\u00e2nienne. Ces travaux confirment que l&rsquo;organisation colonnaire observ\u00e9e par Hubel et Wiesel chez l&rsquo;animal s&rsquo;applique rigoureusement \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain, avec une p\u00e9riodicit\u00e9 moyenne d&rsquo;environ 0,8 \u00e0 1 millim\u00e8tre par colonne de dominance.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si l&rsquo;architecture neuronale de base du sillon calcarin rel\u00e8ve d&rsquo;un invariant biologique universel d\u00e9termin\u00e9 g\u00e9n\u00e9tiquement chez l&rsquo;ensemble des membres de l&rsquo;esp\u00e8ce <em>Homo sapiens<\/em>, les neurosciences cognitives et l&rsquo;anthropologie visuelle ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des interactions subtiles entre l&rsquo;environnement culturel et le fonctionnement de cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Les recherches sur l&rsquo;apprentissage de la lecture (notamment les travaux men\u00e9s par Stanislas Dehaene et ses collaborateurs sur le cerveau de personnes alphab\u00e9tis\u00e9es versus analphab\u00e8tes) d\u00e9montrent que l&rsquo;acquisition de la litt\u00e9ratie modifie l&rsquo;organisation des connexions issues du sillon calcarin. Bien que la zone de la forme visuelle des mots (VWFA) soit localis\u00e9e dans le gyrus fusiforme gauche, son \u00e9mergence induit un raffinement pr\u00e9coce du traitement visuel dans les berges calcarines gauches, optimisant la sensibilit\u00e9 aux contrastes fins et aux traits orient\u00e9s horizontaux et verticaux.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des \u00e9tudes transculturelles en psychophysique visuelle ont examin\u00e9 comment l&rsquo;exposition \u00e0 des environnements \u00e9cologiques contrast\u00e9s (environnements urbains fortement \u00ab carpent\u00e9s \u00bb, riches en lignes droites et angles \u00e0 90\u00b0, par opposition \u00e0 des environnements naturels denses en motifs fractals et lignes courbes) influence les biais d&rsquo;orientation neuronaux au niveau de l&rsquo;aire 17. Ces travaux sugg\u00e8rent que l&rsquo;\u00ab effet oblique \u00bb (sensibilit\u00e9 accrue du sillon calcarin pour les orientations verticales et horizontales par rapport aux orientations obliques) peut \u00eatre modul\u00e9 durant les p\u00e9riodes critiques du d\u00e9veloppement par l&rsquo;\u00e9cologie visuelle pr\u00e9dominante d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut \u00e9pist\u00e9mologique du sillon calcarin a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats au sein des neurosciences, remettant en cause certaines conceptions dogmatiques h\u00e9rit\u00e9es du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat historique majeur concerne la <strong>nature modulaire versus distribu\u00e9e de la vision primaire<\/strong>. La th\u00e8se r\u00e9ductionniste stricte stipulait que le sillon calcarin contenait l&rsquo;unique \u00ab \u00e9cran \u00bb conscient de l&rsquo;esprit visuel (le fameux th\u00e9\u00e2tre cart\u00e9sien critiqu\u00e9 par Daniel Dennett). Aujourd&rsquo;hui, il est largement admis que la conscience visuelle perceptive requiert un dialogue r\u00e9entrant permanent entre le sillon calcarin et les r\u00e9seaux fronto-pari\u00e9taux. Plusieurs protocoles d&rsquo;inhibition par TMS ont montr\u00e9 qu&rsquo;une information visuelle atteignant V1 peut demeurer totalement inconsciente si les projections r\u00e9trogrades descendantes provenant des aires de haut niveau sont bloqu\u00e9es temporellement, prouvant que V1 est une condition n\u00e9cessaire mais non suffisante \u00e0 la perception consciente.<\/p>\n<p>Le second d\u00e9bat porte sur la <strong>plasticit\u00e9 du cortex calcarin chez l&rsquo;adulte<\/strong>. Longtemps, il a \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9 que la carte r\u00e9tinotopique calcarine \u00e9tait rigide et immuable apr\u00e8s la fermeture des p\u00e9riodes critiques de l&rsquo;enfance. Plusieurs \u00e9tudes men\u00e9es chez des patients souffrant de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (DMLA) ont affirm\u00e9 dans les ann\u00e9es 2000 que la zone de projection l\u00e9s\u00e9e du sillon calcarin (la zone de d\u00e9privation corticale) pouvait se r\u00e9organiser compl\u00e8tement pour r\u00e9pondre aux stimulations de la r\u00e9tine p\u00e9riph\u00e9rique fonctionnelle. Cependant, ces conclusions ont \u00e9t\u00e9 vigoureusement contest\u00e9es par d&rsquo;autres \u00e9quipes (notamment celle de Brian Wandell), d\u00e9montrant que les activations observ\u00e9es r\u00e9sultaient en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un rel\u00e2chement de l&rsquo;inhibition locale et de m\u00e9canismes attentionnels descendants plut\u00f4t que d&rsquo;une v\u00e9ritable repousse axonale ou d&rsquo;un re-c\u00e2blage synaptique \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Enfin, les controverses persistent quant \u00e0 l&rsquo;explication neurophysiologique d\u00e9finitive de la <strong>vision aveugle<\/strong>. Tandis qu&rsquo;une \u00e9cole de pens\u00e9e soutient que le <em>blindsight<\/em> repose exclusivement sur des voies colliculaires sous-corticales contournant V1, une \u00e9cole rivale avance qu&rsquo;il pourrait \u00eatre m\u00e9di\u00e9 par des \u00eelots r\u00e9siduels de neurones calcarins viables ayant \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la destruction isch\u00e9mique ou traumatique, fonctionnant sous le seuil d&rsquo;\u00e9veil de la conscience.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle et nosologique, il convient de distinguer soigneusement le sillon calcarin d&rsquo;autres structures et notions qui lui sont \u00e9troitement associ\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sillon calcarin vs Cortex stri\u00e9 (V1 \/ Aire 17 de Brodmann) :<\/strong> Le sillon calcarin est une entit\u00e9 <em>anatomique macroscopique<\/em> (une scissure morphologique visible \u00e0 la surface du cerveau), tandis que le cortex stri\u00e9 ou l&rsquo;aire 17 est une entit\u00e9 <em>fonctionnelle et histologique<\/em> qui tapisse les parois et les abords imm\u00e9diats de ce sillon. Bien que les deux termes soient souvent employ\u00e9s comme des synonymes m\u00e9tonymiques, l&rsquo;aire V1 d\u00e9borde fr\u00e9quemment l\u00e9g\u00e8rement sur la face m\u00e9diale externe des berges calcarines.<\/li>\n<li><strong>Sillon calcarin vs Sillon pari\u00e9to-occipital :<\/strong> Le sillon pari\u00e9to-occipital est une scissure profonde distincte qui s\u00e9pare le lobe pari\u00e9tal (pr\u00e9cun\u00e9us) du lobe occipital (cun\u00e9us). Il converge avec la portion ant\u00e9rieure du sillon calcarin pour former un \u00ab V \u00bb caract\u00e9ristique sur la face interne de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re, mais ne loge pas le cortex visuel primaire.<\/li>\n<li><strong>Cun\u00e9us vs Gyrus lingual :<\/strong> Le cun\u00e9us d\u00e9signe le gyrus occipital situ\u00e9 imm\u00e9diatement <em>au-dessus<\/em> du sillon calcarin (champ visuel inf\u00e9rieur), tandis que le gyrus lingual est le gyrus situ\u00e9 <em>en dessous<\/em> du sillon calcarin (champ visuel sup\u00e9rieur).<\/li>\n<li><strong>Radiations optiques de Gratiolet vs Sillon calcarin :<\/strong> Les radiations optiques sont des faisceaux de substance blanche (axones my\u00e9linis\u00e9s) issus du corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral qui cheminent \u00e0 travers la profondeur du lobe temporal et pari\u00e9tal pour se terminer dans le cortex calcarin, qui en constitue la cible r\u00e9ceptrice de substance grise.<\/li>\n<li><strong>Scotome vs H\u00e9mianopsie :<\/strong> Un scotome est une lacune ou un \u00ab trou \u00bb aveugle circonscrit dans le champ visuel secondaire \u00e0 une l\u00e9sion focale tr\u00e8s limit\u00e9e d&rsquo;une portion du sillon calcarin. L&rsquo;h\u00e9mianopsie lat\u00e9rale homonyme repr\u00e9sente la perte compl\u00e8te de toute la moiti\u00e9 droite ou gauche du champ visuel, survenant lors de la destruction int\u00e9grale du sillon calcarin d&rsquo;un h\u00e9misph\u00e8re.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le sillon calcarin demeure l&rsquo;un des piliers cardinaux de la neuroanatomie humaine et des neurosciences de la perception. En condens\u00e9, ses aspects fondamentaux s&rsquo;articulent ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Localisation strat\u00e9gique :<\/strong> Scissure majeure de la face m\u00e9diale du lobe occipital, d\u00e9limit\u00e9e par le cun\u00e9us en haut et le gyrus lingual en bas, se terminant en avant au carrefour avec le sillon pari\u00e9to-occipital.<\/li>\n<li><strong>Substrat du cortex stri\u00e9 :<\/strong> Abrite le cortex visuel primaire (V1 \/ aire 17 de Brodmann), reconnaissable \u00e0 l&rsquo;examen macroscopique par la strie my\u00e9linis\u00e9e de Gennari au sein de sa couche IV.<\/li>\n<li><strong>Organisation r\u00e9tinotopique stricte :<\/strong> Repr\u00e9sente l&rsquo;h\u00e9michamp visuel controlat\u00e9ral selon une double inversion g\u00e9om\u00e9trique (le haut du champ visuel en bas sur le gyrus lingual ; le bas en haut sur le cun\u00e9us) et une disproportion massive allou\u00e9e \u00e0 la vision centrale (magnification fov\u00e9ale au p\u00f4le caudal post\u00e9rieur).<\/li>\n<li><strong>Importance clinique majeure :<\/strong> Sa l\u00e9sion unilat\u00e9rale (souvent d&rsquo;origine isch\u00e9mique par occlusion de l&rsquo;art\u00e8re calcarine) provoque une h\u00e9mianopsie lat\u00e9rale homonyme controlat\u00e9rale, fr\u00e9quemment caract\u00e9ris\u00e9e par une \u00e9pargne maculaire due aux suppl\u00e9ances vasculaires anastomotiques.<\/li>\n<li><strong>Port\u00e9e th\u00e9orique :<\/strong> Point de d\u00e9part incontournable des deux voies corticales visuelles (dorsale et ventrale), mod\u00e8le paradigmatique des colonnes corticales d&rsquo;orientation et de dominance oculaire, et terrain privil\u00e9gi\u00e9 des recherches actuelles sur la vision artificielle et la plasticit\u00e9 neuronale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Brodmann, K. (1909). <em>Vergleichende Lokalisationslehre der Grosshirnrinde in ihren Prinzipien dargestellt auf Grund des Zellenbaues<\/em>. Johann Ambrosius Barth.<\/li>\n<li>Engel, S. A., Glover, G. H., &#038; Wandell, B. A. (1997). Retinotopic organization in human visual cortex and the spatial precision of functional MRI. <em>Cerebral Cortex<\/em>, 7(2), 181\u2013192. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/7.2.181\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/cercor\/7.2.181<\/a><\/li>\n<li>Goodale, M. A., &#038; Milner, A. D. (1992). Separate visual pathways for perception and action. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 15(1), 20\u201325. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(92)90344-8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0166-2236(92)90344-8<\/a><\/li>\n<li>Holmes, G. (1918). The cortical localization of vision. <em>British Medical Journal<\/em>, 2(3022), 624\u2013628. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.2.3022.624\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.2.3022.624<\/a><\/li>\n<li>Hubel, D. H., &#038; Wiesel, T. N. (1977). Ferrier lecture: Functional architecture of macaque monkey visual cortex. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B. Biological Sciences<\/em>, 198(1130), 1\u201359. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1977.0085\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1977.0085<\/a><\/li>\n<li>Inouye, T. (1909). <em>Die Sehst\u00f6rungen bei Schussverletzungen der kortikalen Sehsph\u00e4re nach Beobachtungen an Verwundeten der letzten japanischen Kriege<\/em>. W. Engelmann.<\/li>\n<li>Sadato, N., Pascual-Leone, A., Grafman, J., Iba\u00f1ez, V., Deiber, M. P., Dold, G., &#038; Hallett, M. (1996). Activation of the primary visual cortex by Braille reading in blind subjects. <em>Nature<\/em>, 380(6574), 526\u2013528. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/380526a0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/380526a0<\/a><\/li>\n<li>Wandell, B. A., Dumoulin, S. O., &#038; Brewer, A. A. (2007). Visual field maps in human cortex. <em>Neuron<\/em>, 56(2), 366\u2013383. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2007.10.012\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neuron.2007.10.012<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sillon calcarin est le rep\u00e8re anatomique majeur de la face interne du lobe occipital h\u00e9bergeant le cortex visuel primaire (V1). 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