{"id":22623,"date":"2026-10-27T17:32:16","date_gmt":"2026-10-27T17:32:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=champs-ca1-ca2-ca3-ca4-hippocampe"},"modified":"2026-10-27T17:32:16","modified_gmt":"2026-10-27T17:32:16","slug":"champs-ca1-ca2-ca3-ca4-hippocampe","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=champs-ca1-ca2-ca3-ca4-hippocampe","title":{"rendered":"Champs CA1 \u00e0 CA4 : Au c\u0153ur de la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour des neurosciences cognitives, de la neuroanatomie fonctionnelle et de la neuropsychologie clinique, la formation hippocampique constitue l&rsquo;un des r\u00e9seaux neuronaux les plus rigoureusement \u00e9tudi\u00e9s du syst\u00e8me nerveux central. En son sein, les subdivisions cytoarchitectoniques du <em>Cornu Ammonis<\/em> \u2014 universellement r\u00e9pertori\u00e9es sous les d\u00e9nominations CA1, CA2, CA3 et CA4 \u2014 orchestrent les op\u00e9rations fondamentales d&rsquo;encodage, de consolidation synaptique, de discrimination contextuelle et de rappel \u00e9pisodique. Comprendre la microcircuitique et la sp\u00e9cialisation computationnelle de ces quatre strates permet de lever le voile sur les m\u00e9canismes cellulaires qui soutiennent la m\u00e9moire d\u00e9clarative et \u00e9claire la vuln\u00e9rabilit\u00e9 s\u00e9lective du cerveau face aux pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et psychiatriques.<\/p>\n<h2>Champs CA1, CA2, CA3 et CA4 de l&rsquo;hippocampe<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise et cadre conceptuel<\/h3>\n<p>Les champs CA1, CA2, CA3 et CA4 d\u00e9signent les quatre sous-r\u00e9gions cytoarchitectoniques distinctes formant l&rsquo;hippocampe proprement dit, composante ma\u00eetresse du lobe temporal m\u00e9dial chez les mammif\u00e8res. Ces r\u00e9gions forment une bande courb\u00e9e de cortex archipallial \u00e0 trois couches, caract\u00e9ris\u00e9e par une population dense de neurones pyramidaux interconnect\u00e9s au sein de circuits synaptiques pr\u00e9cis. Elles assurent le traitement s\u00e9quentiel et parall\u00e8le des flux d&rsquo;informations unimodaux et polymodaux indispensables \u00e0 la m\u00e9moire \u00e9pisodique, spatiale et relationnelle.<\/p>\n<p>Au plan neurocomputationnel, ces sous-champs ne constituent pas de simples relais passifs, mais op\u00e8rent des transformations algorithmiques hautement diff\u00e9renti\u00e9es sur les repr\u00e9sentations neurales. Alors que le gyrus dent\u00e9 et le champ CA3 collaborent \u00e9troitement pour r\u00e9aliser la s\u00e9paration et la compl\u00e9tion de motifs (<em>pattern separation<\/em> et <em>pattern completion<\/em>), le champ CA2 r\u00e9gule de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e les composantes de la m\u00e9moire sociale et temporelle. Le champ CA1, quant \u00e0 lui, agit comme un comparateur int\u00e9gratif entre les pr\u00e9dictions g\u00e9n\u00e9r\u00e9es en interne et les entr\u00e9es sensorielles directes, transmettant l&rsquo;information trait\u00e9e vers le subiculum et les aires corticales associatives.<\/p>\n<p>Dans la perspective de la psychologie cognitive et de la neuropsychologie, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle et structurale de cette cha\u00eene de sous-champs conditionne l&rsquo;aptitude d&rsquo;un individu \u00e0 ancrer des \u00e9v\u00e9nements biographiques dans leurs coordonn\u00e9es spatio-temporelles pr\u00e9cises. Une alt\u00e9ration focale de l&rsquo;une de ces subdivisions rompt l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique du r\u00e9seau, engendrant des profils d&rsquo;amn\u00e9sie ant\u00e9rograde, des troubles du rep\u00e9rage topographique ou des d\u00e9ficits d&rsquo;int\u00e9gration relationnelle observables dans diverses pathologies neuropsychiatriques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme \u00ab CA \u00bb d\u00e9rive directement de la locution latine <em>Cornu Ammonis<\/em>, traduisible litt\u00e9ralement par \u00ab Corne d&rsquo;Ammon \u00bb. Cette d\u00e9nomination anatomique ancienne fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la divinit\u00e9 \u00e9gyptienne antique Ammon (ou Amon-R\u00ea), traditionnellement repr\u00e9sent\u00e9e avec une t\u00eate de b\u00e9lier ou orn\u00e9e de cornes spiral\u00e9es. L&rsquo;analogie morphologique a \u00e9t\u00e9 introduite dans la nomenclature m\u00e9dicale au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle pour d\u00e9crire la courbure caract\u00e9ristique et l&rsquo;enroulement interne de cette structure c\u00e9r\u00e9brale sur les coupes coronales du t\u00e9lenc\u00e9phale humain.<\/p>\n<p>La taxonomie moderne subdivisant la Corne d&rsquo;Ammon en quatre secteurs num\u00e9rot\u00e9s (CA1, CA2, CA3, CA4) a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e par le neuroanatomiste et neuropathologiste espagnol Rafael Lorente de N\u00f3 dans ses publications fondatrices des ann\u00e9es 1930. \u00c9l\u00e8ve \u00e9minent de Santiago Ram\u00f3n y Cajal, Lorente de N\u00f3 a combin\u00e9 l&rsquo;impr\u00e9gnation argentique de Golgi et l&rsquo;analyse cytoarchitectonique pour d\u00e9montrer que la bande de cellules pyramidales, jusqu&rsquo;alors per\u00e7ue comme un continuum homog\u00e8ne, pr\u00e9sentait des variations manifestes de morphologie somatique, de densit\u00e9 neuronale et de sch\u00e9mas de ramification dendritique.<\/p>\n<p>L&rsquo;adoption internationale de ces appellations dans les trait\u00e9s de neurosciences et les manuels de neuropsychologie a supplant\u00e9 les nomenclatures ant\u00e9rieures, notamment celles d&rsquo;Oskar Vogt ou d&rsquo;Adolf Meyer, en raison de leur clart\u00e9 fonctionnelle et de leur ad\u00e9quation avec les donn\u00e9es \u00e9lectrophysiologiques contemporaines. Le pr\u00e9fixe \u00ab CA \u00bb suivi d&rsquo;un chiffre arabe ou romain s&rsquo;est ainsi impos\u00e9 comme la norme universelle de cartographie hippocampique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation, morphologie et conventions d&rsquo;usage<\/h3>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique et clinique francophone, les termes s&rsquo;\u00e9noncent phon\u00e9tiquement sous la forme de sigles \u00e9pel\u00e9s : \/se.a.\u0153\u0303\/ pour CA1, \/se.a.d\u00f8\/ pour CA2, \/se.a.t\u0281wa\/ pour CA3 et \/se.a.kat\u0281\/ pour CA4. Ils sont class\u00e9s grammaticalement comme des substantifs masculins invariables lorsqu&rsquo;ils sont employ\u00e9s de mani\u00e8re autonome (\u00ab le CA1 \u00bb, \u00ab les CA3 \u00bb), ou fonctionnent comme des \u00e9pith\u00e8tes juxtapos\u00e9es lorsqu&rsquo;ils qualifient le terme de champ ou de sous-champ (\u00ab le sous-champ CA1 \u00bb, \u00ab les zones CA2-CA3 \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et scriptural, l&rsquo;usage des chiffres arabes pr\u00e9vaut largement dans les publications scientifiques internationales (CA1, CA2, CA3, CA4), bien que certaines monographies historiques ou francophones classiques emploient occasionnellement les chiffres romains (CA I, CA II, CA III, CA IV). L&rsquo;appellation alternative \u00ab secteur de Sommer \u00bb est parfois utilis\u00e9e en neuropathologie pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement CA1, tandis que l&rsquo;expression \u00ab secteur de Spielmeyer \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 CA2, et \u00ab secteur de Bratz \u00bb \u00e0 l&rsquo;association de CA3 et CA4.<\/p>\n<p>Il convient de noter que l&rsquo;utilisation du singulier ou du pluriel ob\u00e9it \u00e0 la rigueur anatomique : on \u00e9voque \u00ab le circuit trisynaptique reliant le gyrus dent\u00e9 \u00e0 CA3 puis \u00e0 CA1 \u00bb, mais on parlera des \u00ab sous-champs cornu-ammoniens \u00bb pour englober l&rsquo;ensemble des subdivisions structurales au sein de l&rsquo;archicortex.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie et organisation structurale<\/h3>\n<p>L&rsquo;hippocampe proprement dit s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;une organisation trilaminaire, \u00e0 la diff\u00e9rence du n\u00e9ocortex qui en compte six. La couche m\u00e9diane, appel\u00e9e couche pyramidale (<em>stratum pyramidale<\/em>), contient les corps cellulaires des principaux neurones de projection glutamatergiques. Elle est bord\u00e9e en profondeur par le <em>stratum oriens<\/em>, qui abrite les axones collat\u00e9raux et divers sous-types d&rsquo;interneurones inhibiteurs gabaergiques, et en surface par le <em>stratum radiatum<\/em> et le <em>stratum lacunosum-moleculare<\/em>, zones privil\u00e9gi\u00e9es de terminaison synaptique dendritique recevant les aff\u00e9rences corticales et sous-corticales.<\/p>\n<p>Le sous-champ CA3 se singularise par la pr\u00e9sence de volumineux neurones pyramidaux dont les dendrites apicales portent des excroissances complexes appel\u00e9es \u00e9pines moussues (<em>thorny excrescences<\/em>). Ces structures re\u00e7oivent les contacts synaptiques massifs des axones des cellules granulaires du gyrus dent\u00e9, d\u00e9nomm\u00e9s fibres moussues. Une propri\u00e9t\u00e9 remarquable de CA3 r\u00e9side dans son dense maillage d&rsquo;axones collat\u00e9raux r\u00e9currents : les neurones pyramidaux de CA3 projettent abondamment les uns sur les autres, cr\u00e9ant un r\u00e9seau auto-associatif capable de synchronisation rapide et de r\u00e9activation d&rsquo;assembl\u00e9es cellulaires compl\u00e8tes \u00e0 partir d&rsquo;indices partiels.<\/p>\n<p>Le sous-champ CA2, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une simple zone de transition morphologique \u00e9troite entre CA3 et CA1, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9 comme une entit\u00e9 computationnelle autonome aux propri\u00e9t\u00e9s singuli\u00e8res. Les cellules de CA2 ne re\u00e7oivent que peu d&rsquo;aff\u00e9rences des fibres moussues et se distinguent par une r\u00e9sistance remarquable \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9polarisation\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">d\u00e9polarisation<\/a> excito-toxique. De surcro\u00eet, CA2 re\u00e7oit des projections sous-corticales directes hautement sp\u00e9cifiques, notamment issues des noyaux supramammillaires de l&rsquo;hypothalamus et des neurones paraventriculaires synth\u00e9tisant des neuropeptides tels que la vasopressine et l&rsquo;ocytocine.<\/p>\n<p>Le sous-champ CA1 repr\u00e9sente le principal point de convergence et de relais eff\u00e9rent de la Corne d&rsquo;Ammon. Ses neurones pyramidaux, plus petits et plus dens\u00e9ment tass\u00e9s que ceux de CA3, re\u00e7oivent deux voies d&rsquo;entr\u00e9es majeures : une voie indirecte, issue de CA3 via les collat\u00e9rales de Schaffer traversant le <em>stratum radiatum<\/em>, et une voie directe (voie perforante temporo-ammonique), issue de la couche III du cortex entorhinal et se terminant dans le <em>stratum lacunosum-moleculare<\/em>. Enfin, le sous-champ CA4 correspond \u00e0 la zone hilaire enclav\u00e9e dans la concavit\u00e9 du gyrus dent\u00e9, compos\u00e9e de neurones pyramidaux modifi\u00e9s et de cellules moussues hilaires (<em>mossy cells<\/em>) r\u00e9gulant la boucle de r\u00e9troaction dentel\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique et jalons neuroanatomiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration scientifique de la Corne d&rsquo;Ammon s&rsquo;\u00e9tend sur plus de quatre si\u00e8cles, marqu\u00e9e par des transitions m\u00e9thodologiques successives, de la dissection macroscopique \u00e0 l&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique contemporaine. Au XVIe si\u00e8cle, l&rsquo;anatomiste v\u00e9nitien Giulio Cesare Aranzio d\u00e9crit pour la premi\u00e8re fois la saillie du plancher du ventricule lat\u00e9ral sous le nom d&rsquo;<em>hippocampus<\/em> (en r\u00e9f\u00e9rence au cheval de mer). Au cours du XIXe si\u00e8cle, les neuropathologistes identifient des gradients de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au sein de cette bande tissulaire : Wilhelm Sommer d\u00e9montre en 1880 que les crises convulsives prolong\u00e9es et l&rsquo;isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brale provoquent une scl\u00e9rose neuronale pr\u00e9f\u00e9rentielle dans une section pr\u00e9cise de l&rsquo;hippocampe, d\u00e9sormais identifi\u00e9e comme CA1.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel majeur survient en 1934 avec les monographies de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rafael_Lorente_de_N%C3%B3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Rafael Lorente de N\u00f3<\/a>. En appliquant la m\u00e9thode de coloration de Golgi de mani\u00e8re syst\u00e9matique sur des cerveaux d&rsquo;animaux de laboratoire et d&rsquo;humains, il \u00e9tablit la nomenclature CA1, CA2, CA3 et CA4 sur la base de crit\u00e8res rigoureux de morphologie dendritique et de connectivit\u00e9 axonale. Ses sch\u00e9mas pionniers des microcircuits locaux ont anticip\u00e9 de plusieurs d\u00e9cennies les mod\u00e8les th\u00e9oriques de r\u00e9seaux neuronaux artificiels.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la d\u00e9couverte de la potentialisation \u00e0 long terme (LTP) par Terje L\u00f8mo et Timothy Bliss dans le syst\u00e8me hippocampique au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 ancre d\u00e9finitivement ces sous-champs au c\u0153ur des th\u00e9ories synaptiques de la m\u00e9moire. Simultan\u00e9ment, les \u00e9tudes \u00e9lectrophysiologiques men\u00e9es par John O&rsquo;Keefe chez le rongeur d\u00e9montrent que les cellules pyramidales de CA1 et de CA3 fonctionnent comme des \u00ab cellules de lieu \u00bb (<em>place cells<\/em>), fournissant un substrat neural \u00e0 la th\u00e9orie de la carte cognitive formalis\u00e9e avec Lynn Nadel en 1978.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et mod\u00e8les computationnels<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation moderne des fonctions cognitives d\u00e9volues aux sous-champs CA repose sur des mod\u00e8les biophysiques et computationnels sophistiqu\u00e9s, au premier rang desquels figure le mod\u00e8le de r\u00e9seau auto-associatif formalis\u00e9 par David Marr en 1971, puis enrichi par Edmund Rolls et Alessandro Treves. Dans ce paradigme, le r\u00e9seau de collat\u00e9rales r\u00e9currentes de CA3 agit comme une m\u00e9moire adressable par le contenu. Lorsque le sujet est expos\u00e9 \u00e0 un indice sensoriel d\u00e9grad\u00e9 ou fragmentaire, la dynamique r\u00e9cursive des synapses excitatrices au sein de CA3 permet de restaurer la configuration d&rsquo;activation neuronale globale associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement initial : c&rsquo;est le m\u00e9canisme de compl\u00e9tion de motifs.<\/p>\n<p>Le sous-champ CA1 est th\u00e9oris\u00e9 quant \u00e0 lui comme un syst\u00e8me de comparaison et de d\u00e9codage non lin\u00e9aire. Selon les mod\u00e8les d&rsquo;Hasselmo et de Lisman, CA1 op\u00e8re une confrontation continue entre deux sources d&rsquo;aff\u00e9rences : les repr\u00e9sentations m\u00e9moris\u00e9es extraites et transmises par CA3 et les informations sensorielles courantes achemin\u00e9es directement depuis le cortex entorhinal. En cas de discordance entre l&rsquo;attente g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le pass\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente (signal de non-concordance ou <em>mismatch<\/em>), CA1 \u00e9met un signal d&rsquo;erreur de pr\u00e9diction projet\u00e9 vers les structures sous-corticales et n\u00e9ocorticales, d\u00e9clenchant l&rsquo;actualisation de la trace mn\u00e9sique ou l&rsquo;intensification de l&rsquo;encodage.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les th\u00e9ories computationnelles ont int\u00e9gr\u00e9 le r\u00f4le sp\u00e9cifique de CA2 dans l&rsquo;encodage du temps et des relations interindividuelles. En raison d&rsquo;un couplage synaptique particulier et d&rsquo;une inhibition p\u00e9risomatique tr\u00e8s dense orchestr\u00e9e par des interneurones \u00e0 parvalbumine, CA2 fonctionne comme un oscillateur robuste et un int\u00e9grateur temporel r\u00e9sistant \u00e0 la saturation synaptique, permettant de dater chronologiquement les souvenirs et de discriminer la familiarit\u00e9 des cong\u00e9n\u00e8res.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types cellulaires et connectivit\u00e9<\/h3>\n<p>Chacun des quatre sous-champs pr\u00e9sente des signatures cytoarchitectoniques, mol\u00e9culaires et fonctionnelles distinctes qui sous-tendent leurs r\u00f4les cognitifs respectifs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Sous-champ CA1 :<\/strong> Compos\u00e9 d&rsquo;une couche pyramidale compacte (divis\u00e9e en sous-couches superficielle et profonde), il re\u00e7oit la voie collat\u00e9rale de Schaffer issue de CA3 et la voie temporo-ammonique directe du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_entorhinal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cortex entorhinal<\/a>. Il projette massivement vers le subiculum et la couche V du cortex entorhinal. Ses neurones expriment fortement les r\u00e9cepteurs NMDA et manifestent une grande plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante du synchronisme th\u00eata\/gamma.<\/li>\n<li><strong>Sous-champ CA2 :<\/strong> Zone interm\u00e9diaire \u00e9troite d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;\u00e9pines moussues typiques, caract\u00e9ris\u00e9e par une forte expression de marqueurs mol\u00e9culaires uniques tels que la prot\u00e9ine PCP4 (<em>Purkinje cell protein 4<\/em>), l&rsquo;ad\u00e9nosine d\u00e9saminase et les r\u00e9cepteurs \u00e0 l&rsquo;arginine vasopressine 1b (Avpr1b). Il \u00e9tablit des connexions excitatrices puissantes vers CA1 et re\u00e7oit des projections directes des noyaux supramammillaires.<\/li>\n<li><strong>Sous-champ CA3 :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 par de grands neurones pyramidaux recevant les axones moussus du gyrus dent\u00e9. Il se subdivise classiquement en CA3a, CA3b et CA3c (ce dernier s&rsquo;ins\u00e9rant dans la concavit\u00e9 hilaire). Il pr\u00e9sente une arborisation collat\u00e9rale r\u00e9currente massive interconnectant les neurones au sein d&rsquo;un m\u00eame h\u00e9misph\u00e8re et projetant vers l&rsquo;hippocampe controlat\u00e9ral via la commissure hippocampique chez les rongeurs.<\/li>\n<li><strong>Sous-champ CA4 (hile du gyrus dent\u00e9) :<\/strong> R\u00e9gion de transition h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne comprenant des neurones pyramidaux modifi\u00e9s et des cellules moussues glutamatergiques. Ces derni\u00e8res projettent bilat\u00e9ralement sur les cellules granulaires et les interneurones inhibiteurs locaux du gyrus dent\u00e9, exer\u00e7ant un contr\u00f4le hom\u00e9ostatique critique sur l&rsquo;excitabilit\u00e9 de la porte d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;hippocampe.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations empiriques<\/h3>\n<p>Les cons\u00e9quences fonctionnelles d&rsquo;une atteinte cibl\u00e9e de ces sous-champs sont particuli\u00e8rement manifestes dans l&rsquo;observation neuropsychologique de l\u00e9sions focales isch\u00e9miques ou anoxiques. Un exemple classique en neurologie comportementale est celui de l&rsquo;amn\u00e9sie globale transitoire (AGT). Les examens d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) pond\u00e9r\u00e9e en diffusion r\u00e9alis\u00e9s 24 \u00e0 48 heures apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pisode r\u00e9v\u00e8lent r\u00e9guli\u00e8rement des hypersignaux punctiformes millim\u00e9triques localis\u00e9s \u00e9lectivement dans le <em>stratum pyramidale<\/em> du sous-champ CA1. Les patients pr\u00e9sentent durant la phase aigu\u00eb une incapacit\u00e9 absolue \u00e0 encoder de nouveaux faits \u00e9pisodiques, accompagn\u00e9e d&rsquo;un questionnement r\u00e9p\u00e9titif en boucle, alors m\u00eame que leur m\u00e9moire de travail et leur m\u00e9moire proc\u00e9durale demeurent intactes.<\/p>\n<p>Un autre cas paradigmatique est fourni par les s\u00e9quelles de r\u00e9animation cardiorespiratoire avec anoxie c\u00e9r\u00e9brale br\u00e8ve. L&rsquo;examen n\u00e9cropsique ou l&rsquo;IRM \u00e0 tr\u00e8s haut champ d\u00e9montre fr\u00e9quemment une n\u00e9crose laminaire s\u00e9lective cantonn\u00e9e au secteur CA1 (secteur de Sommer), en raison de la toxicit\u00e9 glutamatergique exacerb\u00e9e par la forte densit\u00e9 de r\u00e9cepteurs NMDA post-synaptiques. Ces patients d\u00e9veloppent un syndrome amn\u00e9sique ant\u00e9rograde pur et irr\u00e9versible, rappelant les sympt\u00f4mes cardinaux d\u00e9crits chez le c\u00e9l\u00e8bre patient H.M., documentant de fa\u00e7on spectaculaire la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un champ CA1 op\u00e9rationnel pour le transfert des informations vers le n\u00e9ocortex.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9thologie et des neurosciences comportementales, des souris transg\u00e9niques pr\u00e9sentant une d\u00e9l\u00e9tion cibl\u00e9e des r\u00e9cepteurs de la vasopressine 1b ou une inactivation optog\u00e9n\u00e9tique sp\u00e9cifique des neurones pyramidaux de CA2 conservent une m\u00e9moire spatiale et une m\u00e9moire de reconnaissance d&rsquo;objets parfaitement normales, mais deviennent totalement incapables de m\u00e9moriser un cong\u00e9n\u00e8re pr\u00e9alablement rencontr\u00e9. D\u00e8s lors qu&rsquo;un cong\u00e9n\u00e8re familier leur est r\u00e9introduit, elles l&rsquo;explorent avec la m\u00eame intensit\u00e9 que s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un inconnu, d\u00e9montrant l&rsquo;existence d&rsquo;un module hippocampique s\u00e9lectif pour la cognition sociale.<\/p>\n<h3>9. M\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9valuation, d&rsquo;imagerie et d&rsquo;investigation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation <em>in vivo<\/em> des sous-champs hippocampiques chez l&rsquo;\u00eatre humain a connu une r\u00e9volution gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> structurale \u00e0 tr\u00e8s haut champ magn\u00e9tique (7 Tesla et au-del\u00e0). L&rsquo;utilisation de s\u00e9quences pond\u00e9r\u00e9es en T2 haute r\u00e9solution perpendiculaires au grand axe de l&rsquo;hippocampe permet d\u00e9sormais de visualiser distinctement la bande sombre (<em>stratum moleculare<\/em>) s\u00e9parant le gyrus dent\u00e9 de la couche pyramidale de CA1-CA3, rendant possible la segmentation manuelle ou automatis\u00e9e de chaque sous-champ selon des protocoles standardis\u00e9s valid\u00e9s internationalement (<em>Hippocampal Subfields Group<\/em>).<\/p>\n<p>En compl\u00e9ment de la morphom\u00e9trie structurale, l&rsquo;IRM fonctionnelle \u00e0 haute r\u00e9solution spatiale (submillim\u00e9trique) permet d&rsquo;isoler les patrons d&rsquo;activation m\u00e9tabolique associ\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches cognitives complexes. Les paradigmes exp\u00e9rimentaux d&rsquo;apprentissage de paires associ\u00e9es, de discrimination continue (<em>Mnemonic Similarity Task<\/em>) et de navigation virtuelle mesurent pr\u00e9cis\u00e9ment les variations de signal BOLD au sein de CA1 et de CA3\/gyrus dent\u00e9, corr\u00e9lant l&rsquo;activit\u00e9 h\u00e9modynamique respective \u00e0 la r\u00e9ussite des processus de s\u00e9paration ou de compl\u00e9tion mn\u00e9monique.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;animal de laboratoire, l&rsquo;enregistrement \u00e9lectrophysiologique unitaire et multi-\u00e9lectrodes <em>in vivo<\/em> demeure la r\u00e9f\u00e9rence pour diss\u00e9quer la dynamique de ces sous-champs. Il permet de capturer les potentiels de champ locaux, notamment les oscillations th\u00eata (4-8 Hz), gamma (30-100 Hz) et les complexes d&rsquo;ondulations \u00e0 haute fr\u00e9quence (<em>sharp-wave ripples<\/em>, 150-250 Hz) survenant lors du sommeil \u00e0 ondes lentes et du repos immobile, moments cl\u00e9s o\u00f9 CA3 et CA1 rejouent de fa\u00e7on acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e les trajectoires spatiales v\u00e9cues pour consolider la m\u00e9moire corticale.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques, neuropsychologiques et translationnelles<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation fine des sous-champs hippocampiques pr\u00e9sente une importance clinique d\u00e9terminante pour le diagnostic diff\u00e9rentiel pr\u00e9coce des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, tout particuli\u00e8rement de la maladie d&rsquo;Alzheimer. L&rsquo;accumulation des d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences neurofibrillaires tauiques suit une progression hi\u00e9rarchique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e : partant du cortex entorhinal et transentorhinal, elle envahit pr\u00e9cocement le subiculum et le secteur CA1 avant d&rsquo;atteindre CA2, CA3 et le reste du manteau cortical. La mesure volum\u00e9trique par IRM de l&rsquo;atrophie s\u00e9lective de CA1 constitue aujourd&rsquo;hui un biomarqueur d&rsquo;imagerie pr\u00e9dictif de la conversion d&rsquo;un trouble neurocognitif l\u00e9ger amn\u00e9sique vers un stade d\u00e9mentiel.<\/p>\n<p>En \u00e9pileptologie, l&rsquo;\u00e9pilepsie m\u00e9sio-temporale avec scl\u00e9rose hippocampique repr\u00e9sente la forme la plus fr\u00e9quente d&rsquo;\u00e9pilepsie focale pharmacor\u00e9sistante chez l&rsquo;adulte. L&rsquo;analyse anatomopathologique post-chirurgicale classifie cette scl\u00e9rose (classification ILAE) selon le profil de perte neuronale : le type 1 associe une d\u00e9perdition s\u00e9v\u00e8re dans CA1 et CA4 avec pr\u00e9servation relative de CA2 ; le type 2 montre une perte pr\u00e9dominante dans CA1 ; tandis que le type 3 affecte principalement CA4. Cette stratification microstructurale est corr\u00e9l\u00e9e aux chances de r\u00e9mission postop\u00e9ratoire des crises et aux profils de d\u00e9clin mn\u00e9sique r\u00e9siduel.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychiatrie biologique, les mod\u00e8les de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress chronique et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de stress post-traumatique (ESPT) mettent en lumi\u00e8re l&rsquo;atrophie dendritique et la r\u00e9duction de neurogen\u00e8se observ\u00e9es au niveau de CA3 et du gyrus dent\u00e9 sous l&rsquo;effet prolong\u00e9 des glucocortico\u00efdes. Dans la schizophr\u00e9nie, des alt\u00e9rations sp\u00e9cifiques de l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs NMDA et une baisse des interneurones inhibiteurs dans CA3 et CA1 sont tenues pour responsables d&rsquo;une hyperexcitabilit\u00e9 du circuit, entra\u00eenant une intrusion anormale de souvenirs intrusifs et des distorsions d\u00e9lirantes de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les avanc\u00e9es en imagerie biphotonique et en optog\u00e9n\u00e9tique chez le rongeur vigile ont boulevers\u00e9 notre compr\u00e9hension de la s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle des sous-champs CA. Les travaux conduits par le laboratoire de Susumu Tonegawa ont apport\u00e9 des preuves d\u00e9cisives concernant l&rsquo;organisation des traces mn\u00e9siques physiques (les engrammes). En marquant g\u00e9n\u00e9tiquement les populations de neurones de CA3 activ\u00e9es lors d&rsquo;un conditionnement de peur contextuelle, les chercheurs ont montr\u00e9 que la r\u00e9activation lumineuse artificielle de cette assembl\u00e9e cellulaire de CA3 suffit \u00e0 d\u00e9clencher l&rsquo;expression de la r\u00e9ponse de peur (sid\u00e9ration ou <em>freezing<\/em>), confirmant empiriquement la th\u00e9orie du rappel par r\u00e9seau auto-associatif.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les recherches de Steven Siegelbaum et de son \u00e9quipe ont positionn\u00e9 CA2 comme un carrefour r\u00e9gulateur de la plasticit\u00e9 synaptique et de la plasticit\u00e9 comportementale. Leurs exp\u00e9riences d\u00e9montrent que CA2 r\u00e9siste \u00e0 la potentialisation \u00e0 long terme classique par des m\u00e9canismes actifs li\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence de r\u00e9seaux p\u00e9rineuronaux denses entourant les somas cellulaires. La d\u00e9gradation enzymatique de ces r\u00e9seaux p\u00e9rineuronaux dans CA2 r\u00e9tablit une forme de plasticit\u00e9 synaptique juv\u00e9nile, mais d\u00e9t\u00e9riore paradoxalement la stabilit\u00e9 de la m\u00e9moire sociale chez l&rsquo;animal adulte.<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;humain, les \u00e9tudes combinant IRM 7 Tesla et mod\u00e8les d&rsquo;apprentissage machine r\u00e9v\u00e8lent que l&rsquo;activit\u00e9 conjointe de CA1 et du subiculum pr\u00e9dit la fid\u00e9lit\u00e9 avec laquelle un sujet se rem\u00e9more les d\u00e9tails ph\u00e9nom\u00e9nologiques d&rsquo;un souvenir autobiographique. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;activit\u00e9 de CA3 est pr\u00e9f\u00e9rentiellement mobilis\u00e9e lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de g\u00e9n\u00e9raliser une r\u00e8gle conceptuelle \u00e0 partir d&rsquo;exp\u00e9riences h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes ant\u00e9rieures, validant le double r\u00f4le computationnel de l&rsquo;hippocampe comme machine \u00e0 singulariser et \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations ontog\u00e9n\u00e9tiques, phylog\u00e9n\u00e9tiques et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture fondamentale de la Corne d&rsquo;Ammon pr\u00e9sente une remarquable conservation phylog\u00e9n\u00e9tique au sein de la classe des mammif\u00e8res, soulignant son importance vitale pour la survie et l&rsquo;adaptation \u00e0 l&rsquo;environnement. Des monotr\u00e8mes aux primates sup\u00e9rieurs en passant par les rongeurs, la s\u00e9quence ordonn\u00e9e reliant le cortex entorhinal, le gyrus dent\u00e9, CA3, CA2 et CA1 est pr\u00e9serv\u00e9e. Cependant, l&rsquo;\u00e9volution phylog\u00e9n\u00e9tique se traduit par une expansion volum\u00e9trique relative disproportionn\u00e9e du champ CA1 chez l&rsquo;\u00eatre humain et les grands singes, corr\u00e9l\u00e9e au d\u00e9veloppement spectaculaire du n\u00e9ocortex associatif et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la m\u00e9moire s\u00e9mantique et autobiographique complexe.<\/p>\n<p>Sur le plan ontog\u00e9n\u00e9tique, les sous-champs hippocampiques n&rsquo;atteignent pas leur maturit\u00e9 fonctionnelle simultan\u00e9ment au cours du d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral. Les circuits intrins\u00e8ques de CA3 et CA1 se mettent en place durant la vie f\u0153tale tardive et les premiers mois postnataux, mais la maturation dendritique fine, la my\u00e9linisation des voies eff\u00e9rentes et le raffinement des r\u00e9seaux d&rsquo;interneurones se poursuivent tout au long de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence. Cette chronologie d\u00e9veloppementale prolong\u00e9e \u00e9claire le ph\u00e9nom\u00e8ne classique de l&rsquo;amn\u00e9sie infantile, p\u00e9riode durant laquelle le cerveau immature encode des repr\u00e9sentations spatiales et motrices mais \u00e9choue \u00e0 stabiliser des souvenirs \u00e9pisodiques contextualis\u00e9s \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Enfin, au cours du vieillissement physiologique sain, des \u00e9tudes longitudinales montrent que les sous-champs subissent des modifications structurelles h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes : le champ CA1 montre g\u00e9n\u00e9ralement une relative stabilit\u00e9 morphologique en l&rsquo;absence de pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative, alors que le gyrus dent\u00e9 et CA3 pr\u00e9sentent une alt\u00e9ration progressive de leur connectivit\u00e9 synaptique, se traduisant cliniquement par des difficult\u00e9s de discrimination fine de stimuli visuo-spatiaux similaires chez le sujet \u00e2g\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats actuels et limites m\u00e9thodologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats les plus vifs en neuroanatomie moderne concerne la l\u00e9gitimit\u00e9 du maintien de la d\u00e9nomination \u00ab CA4 \u00bb en tant que champ cytoarchitectonique ind\u00e9pendant. De nombreux auteurs, s&rsquo;appuyant sur des analyses chimio-architectoniques et des profils d&rsquo;expression g\u00e9nique par s\u00e9quen\u00e7age d&rsquo;ARN en cellule unique (<em>single-cell RNA-seq<\/em>), soutiennent que les cellules historiquement attribu\u00e9es \u00e0 CA4 correspondent en r\u00e9alit\u00e9 soit aux cellules moussues du hile dent\u00e9, soit \u00e0 une extension profonde des neurones pyramidaux de CA3c. Plusieurs nomenclatures r\u00e9centes pr\u00e9conisent l&rsquo;abandon pur et simple du terme CA4 au profit de la d\u00e9signation \u00ab hile du gyrus dent\u00e9 \u00bb pour clarifier la taxonomie des circuits.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente porte sur la validit\u00e9 de la segmentation manuelle des sous-champs en IRM humaine <em>in vivo<\/em>. Malgr\u00e9 la publication de protocoles consensuels par des consortiums internationaux, les fronti\u00e8res g\u00e9om\u00e9triques entre CA1, CA2 et CA3 demeurent arbitraires sur les acquisitions d&rsquo;IRM standard \u00e0 3 Tesla, en raison de l&rsquo;absence de rep\u00e8res anatomiques macroscopiques fiables s\u00e9parant ces structures cellulaires microscopiques. Cette limite technique induit des variabilit\u00e9s de mesure notables entre laboratoires de neuro-imagerie et alimente la prudence quant \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation de modifications volum\u00e9triques subtiles attribu\u00e9es de fa\u00e7on isol\u00e9e \u00e0 CA2 ou CA3.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le classique du circuit trisynaptique s\u00e9quentiel et unidirectionnel (cortex entorhinal &rarr; gyrus dent\u00e9 &rarr; CA3 &rarr; CA1 &rarr; subiculum) fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9vision profonde. Les donn\u00e9es anatomiques r\u00e9centes d\u00e9montrent l&rsquo;existence de multiples voies de contournement parall\u00e8les, d&rsquo;entr\u00e9es monosynaptiques directes entre le cortex entorhinal et l&rsquo;ensemble des sous-champs, et de boucles de r\u00e9troaction bidirectionnelles complexes (notamment entre CA2, CA1 et le septum m\u00e9dial), incitant la communaut\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer la vision lin\u00e9aire simpliste au profit d&rsquo;une dynamique de r\u00e9seau modulaire hautement interactive.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions fondamentales<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e avec exactitude, il est indispensable de distinguer les sous-champs de la Corne d&rsquo;Ammon des structures hippocampiques adjacentes et des concepts th\u00e9oriques associ\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hippocampe propre vs Formation hippocampique :<\/strong> L&rsquo;hippocampe proprement dit (ou <em>Hippocampus proper<\/em>) regroupe exclusivement les champs CA1, CA2, CA3 et CA4. La <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Formation_hippocampique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">formation hippocampique<\/a> est une entit\u00e9 macroscopique plus vaste qui englobe l&rsquo;hippocampe propre, le gyrus dent\u00e9, le subiculum, le pr\u00e9subiculum, le parasubiculum et le cortex entorhinal.<\/li>\n<li><strong>Collat\u00e9rales de Schaffer vs Fibres moussues :<\/strong> Les fibres moussues correspondent aux axones amy\u00e9liniques des cellules granulaires du gyrus dent\u00e9 faisant synapse sur les dendrites proximales de CA3. Les collat\u00e9rales de Schaffer constituent les branches axonales divergentes issues des neurones pyramidaux de CA3 qui projettent massivement sur les dendrites du champ CA1.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9paration de motifs vs Compl\u00e9tion de motifs :<\/strong> La s\u00e9paration de motifs est le processus computationnel (assur\u00e9 conjointement par le gyrus dent\u00e9 et CA3) transformant des entr\u00e9es sensorielles hautement similaires en repr\u00e9sentations neuronales distinctes et non chevauchantes. La compl\u00e9tion de motifs est l&rsquo;op\u00e9ration inverse (ancr\u00e9e dans le r\u00e9seau auto-associatif de CA3) qui reconstitue l&rsquo;ensemble d&rsquo;une trace mn\u00e9sique \u00e0 partir d&rsquo;un fragment d&rsquo;information sensorielle.<\/li>\n<li><strong>Secteur de Sommer :<\/strong> Terme histopathologique historique d\u00e9signant sp\u00e9cifiquement le champ CA1, introduit pour souligner son extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;isch\u00e9mie, \u00e0 l&rsquo;hypoxie et aux l\u00e9sions excito-toxiques par rapport aux autres secteurs de l&rsquo;hippocampe.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Les champs CA1, CA2, CA3 et CA4 constituent le c\u0153ur computationnel de la formation hippocampique, assurant la s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle indispensable \u00e0 la plasticit\u00e9 mn\u00e9sique et \u00e0 la navigation spatiale :<\/p>\n<ul>\n<li>Le <strong>champ CA3<\/strong> fonctionne comme une m\u00e9moire auto-associative r\u00e9currente capable de r\u00e9activer des souvenirs complets par le ph\u00e9nom\u00e8ne de compl\u00e9tion de motifs \u00e0 partir d&rsquo;indices sensoriels fragmentaires.<\/li>\n<li>Le <strong>champ CA2<\/strong> joue un r\u00f4le r\u00e9gulateur sp\u00e9cialis\u00e9 dans le traitement de la m\u00e9moire sociale, la discrimination temporelle et la synchronisation oscillatoire, tout en manifestant une remarquable r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li>Le <strong>champ CA1<\/strong> agit comme le principal centre de comparaison int\u00e9grative et de sortie vers les aires corticales associatives, comparant les pr\u00e9dictions m\u00e9moris\u00e9es aux perceptions sensorielles imm\u00e9diates et assurant la consolidation de la m\u00e9moire d\u00e9clarative.<\/li>\n<li>Le <strong>champ CA4<\/strong>, anatomiquement intriqu\u00e9 dans le hile du gyrus dent\u00e9, sert de plaque tournante pour la r\u00e9gulation de l&rsquo;excitabilit\u00e9 du r\u00e9seau hippocampique par l&rsquo;action de ses cellules moussues.<\/li>\n<li>La vuln\u00e9rabilit\u00e9 diff\u00e9rentielle de ces sous-champs face aux agressions anoxiques, m\u00e9taboliques et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives explique des tableaux cliniques embl\u00e9matiques de la neuropsychologie, depuis l&rsquo;amn\u00e9sie globale transitoire jusqu&rsquo;\u00e0 la maladie d&rsquo;Alzheimer et l&rsquo;\u00e9pilepsie du lobe temporal m\u00e9sial.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Lorente de N\u00f3, R. (1934). Studies on the structure of the cerebral cortex. II. Continuation of the study of the ammonic system. <em>Journal f\u00fcr Psychologie und Neurologie<\/em>, 46, 113-177.<\/li>\n<li>Marr, D. (1971). Simple memory: a theory for archicortex. <em>Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences<\/em>, 262(841), 23-81. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.1971.0078\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rstb.1971.0078<\/a><\/li>\n<li>O&rsquo;Keefe, J., &amp; Nadel, L. (1978). <em>The Hippocampus as a Cognitive Map<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Rolls, E. T. (2013). The mechanisms for pattern completion and pattern separation in the hippocampus. <em>Frontiers in Systems Neuroscience<\/em>, 7, 74. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnsys.2013.00074\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fnsys.2013.00074<\/a><\/li>\n<li>Witter, M. P. (2007). The perforant path: projections from the entorhinal cortex to the dentate gyrus, CA3 and CA1. <em>Progress in Brain Research<\/em>, 163, 43-61. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(07)63003-9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(07)63003-9<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exploration approfondie des champs CA1, CA2, CA3 et CA4 de l&rsquo;hippocampe : neuroanatomie, circuits synaptiques, fonctions mn\u00e9siques et implications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459],"tags":[38147,33420,4698,4156,6450,6620],"class_list":["post-22623","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","tag-circuit-trisynaptique","tag-cornu-ammonis","tag-hippocampe","tag-memoire-episodique","tag-neuroanatomie","tag-plasticite-synaptique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22623\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}