{"id":22616,"date":"2026-10-27T17:15:01","date_gmt":"2026-10-27T17:15:01","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bwas-echelle-addiction-travail-bergen"},"modified":"2026-10-27T17:15:01","modified_gmt":"2026-10-27T17:15:01","slug":"bwas-echelle-addiction-travail-bergen","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bwas-echelle-addiction-travail-bergen","title":{"rendered":"BWAS : Mesurer l&rsquo;addiction au travail"},"content":{"rendered":"<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines r\u00e9gies par la valorisation de la productivit\u00e9 continue et l&rsquo;hyperconnectivit\u00e9 num\u00e9rique, la fronti\u00e8re entre investissement professionnel l\u00e9gitime et compulsion pathologique devient de plus en plus t\u00e9nue. La Bergen Work Addiction Scale (BWAS), ou \u00c9chelle d&rsquo;addiction au travail de Bergen, s&rsquo;est impos\u00e9e dans la litt\u00e9rature psychologique comme l&rsquo;un des instruments psychom\u00e9triques les plus rigoureux et r\u00e9pandus pour appr\u00e9hender le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab bourreau de travail \u00bb ou de l&rsquo;ergomanie. En transposant les crit\u00e8res nosologiques des d\u00e9pendances comportementales au domaine organisationnel, cet outil offre aux chercheurs et aux praticiens une grille de lecture standardis\u00e9e pour distinguer le travailleur engag\u00e9 de l&rsquo;individu souffrant d&rsquo;une v\u00e9ritable ali\u00e9nation professionnelle.<\/p>\n<h2>Bergen Work Addiction Scale (BWAS) : \u00c9chelle d&rsquo;addiction au travail de Bergen<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>Bergen Work Addiction Scale (BWAS)<\/strong> est un instrument psychom\u00e9trique d&rsquo;auto-\u00e9valuation con\u00e7u pour mesurer la pr\u00e9sence et le niveau de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;addiction au travail (couramment d\u00e9sign\u00e9e sous l&rsquo;anglicisme <em>workaholism<\/em> ou le terme d&rsquo;ergomanie). D\u00e9velopp\u00e9e en 2012 par une \u00e9quipe de chercheurs de l&rsquo;Universit\u00e9 de Bergen en collaboration avec des sp\u00e9cialistes internationaux des addictions, cette \u00e9chelle s&rsquo;appuie sur le mod\u00e8le universel des composantes de l&rsquo;addiction comportementale.<\/p>\n<p>Compos\u00e9e de sept \u00e9nonc\u00e9s fondamentaux not\u00e9s sur une \u00e9chelle de Likert en cinq points, la BWAS \u00e9value sp\u00e9cifiquement sept dimensions nodales : la pr\u00e9occupation cognitive (ou saillance), la modification de l&rsquo;humeur, la tol\u00e9rance, le sevrage, le conflit interpersonnel et intrapersonnel, la rechute et les cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur la sant\u00e9. L&rsquo;instrument permet d&rsquo;\u00e9tablir un seuil clinique diff\u00e9renciant un d\u00e9vouement professionnel sain d&rsquo;une dynamique compulsive et destructrice.<\/p>\n<p>En psychologie du travail et en psychopathologie clinique, la BWAS constitue une r\u00e9f\u00e9rence m\u00e9thodologique majeure qui transcende la simple comptabilisation des heures prest\u00e9es pour explorer les d\u00e9terminants intrapsychiques, \u00e9motionnels et relationnels de la contrainte intime \u00e0 travailler sans r\u00e9pit.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme BWAS d\u00e9coule directement de la d\u00e9nomination anglophone <em>Bergen Work Addiction Scale<\/em>. Le terme g\u00e9ographique \u00ab Bergen \u00bb renvoie \u00e0 la ville norv\u00e9gienne de Bergen et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bergen (<em>Universitetet i Bergen<\/em>), au sein de laquelle la professeure Cecilie Schou Andreassen et ses coll\u00e8gues ont conceptualis\u00e9 et valid\u00e9 l&rsquo;\u00e9chelle initiale. L&rsquo;ancrage toponymique est fr\u00e9quent dans les instruments d\u00e9velopp\u00e9s par cette unit\u00e9 de recherche, qui a \u00e9galement donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;addiction aux r\u00e9seaux sociaux de Bergen (<em>Bergen Social Media Addiction Scale<\/em>).<\/p>\n<p>Le terme \u00ab addiction \u00bb trouve ses origines \u00e9tymologiques dans le latin imp\u00e9rial <em>addictio<\/em>, qui d\u00e9signait l&rsquo;adjudication judiciaire par laquelle un d\u00e9biteur insolvable \u00e9tait attribu\u00e9 comme esclave corporel \u00e0 son cr\u00e9ancier. Au fil de son appropriation par le droit anglais m\u00e9di\u00e9val puis par la psychiatrie anglo-saxonne du XXe si\u00e8cle, le mot s&rsquo;est enrichi de la notion d&rsquo;asservissement involontaire \u00e0 une substance ou \u00e0 une conduite. Le mot \u00ab travail \u00bb, quant \u00e0 lui, proc\u00e8de du bas-latin <em>tripalium<\/em>, instrument d&rsquo;immobilisation ou de torture \u00e0 trois pieux, illustrant la contrainte et l&rsquo;effort inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de production humaine.<\/p>\n<p>Le concept adjacent de <em>workaholism<\/em>, forg\u00e9 en 1971 par le pasteur et psychologue am\u00e9ricain Wayne Oates dans son ouvrage s\u00e9minal <em>Confessions of a Workaholic<\/em>, associait le mot <em>work<\/em> au suffixe <em>-aholic<\/em> issu d&rsquo;\u00ab alcoolique \u00bb. La BWAS formalise cette intuition m\u00e9taphorique en l&rsquo;int\u00e9grant dans le corpus lexical standardis\u00e9 de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Behavioral_addiction\">addiction comportementale<\/a>, op\u00e9rant une transition s\u00e9mantique capitale de l&rsquo;arch\u00e9type culturel vers la nosographie scientifique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;acronyme BWAS se prononce fr\u00e9quemment \u00e0 la fran\u00e7aise comme un mot continu [bwas] ou, dans les milieux acad\u00e9miques bilingues, par l&rsquo;\u00e9nonciation successive des lettres anglophones \/bi\u02d0-d\u028cbl-ju\u02d0-e\u026a-\u025bs\/. Sa traduction canonique en fran\u00e7ais s&rsquo;intitule \u00ab \u00c9chelle d&rsquo;addiction au travail de Bergen \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab BWAS \u00bb s&#8217;emploie principalement comme un nom propre invariable ou comme une locution nominale f\u00e9minine par ellipse du nom g\u00e9n\u00e9rique \u00ab \u00e9chelle \u00bb (\u00ab la BWAS montre d&rsquo;excellentes qualit\u00e9s m\u00e9trologiques \u00bb). Lorsqu&rsquo;il est utilis\u00e9 de mani\u00e8re adjectivale ou en apposition, l&rsquo;acronyme reste invariable (\u00ab les scores BWAS \u00bb, \u00ab l&rsquo;outil BWAS \u00bb).<\/p>\n<p>Dans les publications scientifiques francophones, il est d&rsquo;usage d&rsquo;introduire le terme complet au premier chef d&rsquo;apparition, suivi du sigle entre parenth\u00e8ses, avant de n&#8217;employer que la d\u00e9signation abr\u00e9g\u00e9e ou la formule \u00ab \u00e9chelle de Bergen \u00bb tout au long de la discussion m\u00e9thodologique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La Bergen Work Addiction Scale se distingue par sa volont\u00e9 de d\u00e9limiter avec clart\u00e9 la fronti\u00e8re conceptuelle entre l&rsquo;engagement professionnel intense (<em>work engagement<\/em>) et la d\u00e9pendance au travail pathologique (<em>workaholism<\/em>). Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la recherche s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 des crit\u00e8res utilis\u00e9s, amalgamant l&rsquo;enthousiasme professionnel, la productivit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e et les conduites d&rsquo;asservissement. La BWAS r\u00e9sout cette tension th\u00e9orique en abordant le travail non pas comme une vertu organisationnelle, mais comme l&rsquo;objet potentiel d&rsquo;une d\u00e9r\u00e9gulation comportementale majeure.<\/p>\n<p>Le postulat sous-jacent de l&rsquo;instrument affirme que l&rsquo;addiction au travail ne se caract\u00e9rise pas principalement par le volume horaire accompli par le sujet, mais par la perte de contr\u00f4le, la compulsion interne irr\u00e9pressible et la persistance du comportement en d\u00e9pit de d\u00e9gradations manifestes sur le plan biopsychosocial. Un individu peut cumuler soixante heures de travail hebdomadaires par n\u00e9cessit\u00e9 conjoncturelle ou par passion harmonieuse sans pour autant manifester les stigmates de l&rsquo;addiction ; \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;ergomane souffre d&rsquo;un investissement mental obs\u00e9dant qui colonise l&rsquo;espace psychique, excluant toute possibilit\u00e9 de d\u00e9sengagement intellectuel et \u00e9motionnel pendant les temps de r\u00e9cup\u00e9ration.<\/p>\n<p>La BWAS op\u00e9rationnalise cette d\u00e9rive en s&rsquo;appuyant rigoureusement sur le mod\u00e8le structural d\u00e9velopp\u00e9 par <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Workaholism\">Mark D. Griffiths<\/a>, selon lequel toute d\u00e9pendance \u2013 qu&rsquo;elle implique une substance psychoactive ou un comportement d\u00e9pourvu de drogue chimique \u2013 r\u00e9unit n\u00e9cessairement des manifestations psychologiques et comportementales universelles. Les sept items qui constituent l&rsquo;\u00e9chelle condensent de mani\u00e8re parcimonieuse l&rsquo;ensemble des sph\u00e8res o\u00f9 l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle outrepasse ses pr\u00e9rogatives contractuelles et existentielles pour devenir l&rsquo;unique r\u00e9gulateur affectif de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chelle capture \u00e9galement l&rsquo;ambivalence motivationnelle de l&rsquo;ergomanie : le travail n&rsquo;est plus seulement une source de r\u00e9tribution ou de r\u00e9alisation personnelle, mais se mue en une strat\u00e9gie d&rsquo;\u00e9vitement cognitif ou d&rsquo;autom\u00e9dication psychique face \u00e0 des \u00e9tats affectifs d\u00e9sagr\u00e9ables tels que la culpabilit\u00e9, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 latente, le sentiment de vacuit\u00e9 existentielle ou les conflits intrafamiliaux non r\u00e9solus.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 scientifique pour l&rsquo;asservissement au travail s&rsquo;est structur\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 \u00e0 la suite de la parution des \u00e9crits de Wayne Oates. Cependant, pendant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies, la recherche empirique a \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e par le manque d&rsquo;instruments valid\u00e9s reposant sur une base th\u00e9orique unifi\u00e9e. Durant les ann\u00e9es 1990, des outils pionniers tels que le <em>Workaholism Battery<\/em> (WorkBAT) de Spence et Robbins (1992) et le <em>Work Addiction Risk Test<\/em> (WART) de Robinson (1999) ont tent\u00e9 de formaliser le diagnostic, mais faisaient face \u00e0 d&rsquo;importantes critiques psychom\u00e9triques, notamment une instabilit\u00e9 factorielle r\u00e9currente et une confusion r\u00e9currente entre passion positive et compulsion toxique.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, l&rsquo;\u00e9quipe de recherche de l&rsquo;Universit\u00e9 de Bergen, pilot\u00e9e par Cecilie Schou Andreassen, s&rsquo;associe \u00e0 des experts internationaux de la psychologie des addictions, dont Mark D. Griffiths et St\u00e5le Pallesen, pour pallier ces faiblesses conceptuelles. Constatant l&rsquo;\u00e9mergence des d\u00e9pendances sans substance dans les classifications nosologiques contemporaines (comme le jeu de hasard pathologique dans le DSM), les chercheurs entreprennent de fonder un instrument arrim\u00e9 aux crit\u00e8res diagnostiques de l&rsquo;addiction comportementale.<\/p>\n<p>En 2012, les auteurs publient l&rsquo;\u00e9tude princeps dans le <em>Scandinavian Journal of Psychology<\/em>. \u00c0 partir d&rsquo;un ensemble initial de 14 items formul\u00e9s pour refl\u00e9ter les diverses d\u00e9clinaisons de la d\u00e9pendance, l&rsquo;\u00e9chelle est administr\u00e9e \u00e0 un vaste \u00e9chantillon norv\u00e9gien comprenant plus de 12 000 participants recrut\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale. Les analyses de fid\u00e9lit\u00e9 et d&rsquo;analyse factorielle confirmatoire ont permis d&rsquo;\u00e9purer l&rsquo;instrument pour ne retenir que les sept \u00e9nonc\u00e9s les plus discriminants, \u00e9tablissant un outil unidimensionnel d&rsquo;une grande rigueur m\u00e9trologique.<\/p>\n<p>Depuis lors, la BWAS a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e et traduite dans des dizaines de langues \u00e0 travers le monde (notamment en fran\u00e7ais, en italien, en espagnol, en polonais, en turc et en mandarin), devenant l&rsquo;instrument paradigmatique au sein des enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques et des recherches transversales portant sur la sant\u00e9 mentale au travail et la charge psychosociale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La Bergen Work Addiction Scale repose principalement sur le <strong>mod\u00e8le des composantes de l&rsquo;addiction<\/strong> (<em>components model of addiction<\/em>) propos\u00e9 par Griffiths en 2005. Selon ce cadre th\u00e9orique, les addictions comportementales partagent des caract\u00e9ristiques \u00e9tiologiques, ph\u00e9nom\u00e9nologiques et pronostiques identiques aux troubles de l&rsquo;usage de substances. Le mod\u00e8le postule que l&rsquo;addiction n&rsquo;est pas r\u00e9ductible \u00e0 un trait de personnalit\u00e9 isol\u00e9, mais correspond \u00e0 une constellation de perturbations fonctionnelles interconnect\u00e9es s&rsquo;auto-entretenant par des m\u00e9canismes de renforcement positif et n\u00e9gatif.<\/p>\n<p>Le second pilier th\u00e9orique rel\u00e8ve de la <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;autod\u00e9termination<\/strong> d\u00e9velopp\u00e9e par Deci et Ryan. Les travaux appliquant ce cadre \u00e0 la BWAS d\u00e9montrent que les individus manifestant un score \u00e9lev\u00e9 pr\u00e9sentent souvent une frustration chronique de leurs besoins psychologiques fondamentaux (autonomie, comp\u00e9tence, affiliation). Chez l&rsquo;ergomane, le travail fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9gulation introject\u00e9e pathologique : la personne s&rsquo;impose des exigences d\u00e9mesur\u00e9es guid\u00e9es par l&rsquo;angoisse de la d\u00e9valorisation de soi et la recherche compulsive d&rsquo;une validation externe factice, ruinant ainsi l&rsquo;autonomie volitionnelle.<\/p>\n<p>Enfin, la BWAS s&rsquo;articule \u00e9troitement avec les th\u00e9ories psychodynamiques et cognitives du m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9chappement (<em>escapism<\/em>). Le comportement de travail compulsif y est interpr\u00e9t\u00e9 comme un m\u00e9canisme de d\u00e9fense op\u00e9ratoire, destin\u00e9 \u00e0 anesth\u00e9sier la r\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle face \u00e0 des stresseurs intimes ou existentiels. En saturant son appareil cognitif de t\u00e2ches professionnelles urgentes, l&rsquo;individu \u00e9vite la confrontation douloureuse avec sa vie affective, familiale ou relationnelle, instaurant une boucle d&rsquo;asservissement que l&rsquo;outil de Bergen parvient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quantifier.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La structure de la BWAS capture sept composantes fondamentales de l&rsquo;addiction, chacune \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9e par un item sp\u00e9cifique de l&rsquo;\u00e9chelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Saillance cognitive et comportementale (<em>Salience<\/em>) :<\/strong> Le travail en vient \u00e0 dominer totalement la vie mentale et les sch\u00e9mas de pens\u00e9e de l&rsquo;individu, m\u00eame en dehors du cadre professionnel. L&rsquo;item correspondant \u00e9value la propension constante \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des moyens de lib\u00e9rer davantage de temps pour ex\u00e9cuter des t\u00e2ches.<\/li>\n<li><strong>Modification de l&rsquo;humeur (<em>Mood modification<\/em>) :<\/strong> Le recours au travail comme strat\u00e9gie de r\u00e9gulation affective permettant d&rsquo;att\u00e9nuer la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle. Cela se traduit par le fait de travailler pour r\u00e9duire des sentiments de culpabilit\u00e9, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, d&rsquo;impuissance ou de d\u00e9pression.<\/li>\n<li><strong>Tol\u00e9rance (<em>Tolerance<\/em>) :<\/strong> La n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;accro\u00eetre continuellement la quantit\u00e9 de temps et d&rsquo;\u00e9nergie investie dans l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle pour ressentir le m\u00eame niveau de satisfaction ou d&rsquo;apaisement. L&rsquo;item associ\u00e9 mesure la tendance \u00e0 passer beaucoup plus de temps au travail que ce qui \u00e9tait initialement pr\u00e9vu.<\/li>\n<li><strong>Sevrage (<em>Withdrawal symptoms<\/em>) :<\/strong> L&rsquo;apparition d&rsquo;un inconfort psychique intense, d&rsquo;agitation, d&rsquo;irritabilit\u00e9 ou d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 lorsque l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle est suspendu ou interdit (pendant les week-ends, les cong\u00e9s annuels ou les arr\u00eats maladie).<\/li>\n<li><strong>Conflit (<em>Conflict<\/em>) :<\/strong> La survenue de frictions intrapersonnelles et interpersonnelles s\u00e9v\u00e8res engendr\u00e9es par l&rsquo;exc\u00e8s de travail. L&rsquo;individu sacrifie ses loisirs, son activit\u00e9 physique et ses relations sociales, tout en ignorant les alertes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es formul\u00e9es par son entourage direct.<\/li>\n<li><strong>Rechute (<em>Relapse<\/em>) :<\/strong> La difficult\u00e9 ou l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire durablement son rythme de travail apr\u00e8s une tentative de mod\u00e9ration ou une prise de conscience de ses exc\u00e8s, menant \u00e0 une r\u00e9cidive rapide des sch\u00e9mas d&rsquo;hyperactivit\u00e9 compulsifs.<\/li>\n<li><strong>Cons\u00e9quences n\u00e9gatives ou probl\u00e8mes (<em>Problems<\/em>) :<\/strong> La perp\u00e9tuation de l&rsquo;engagement forcen\u00e9 en d\u00e9pit de d\u00e9gradations manifestes de la sant\u00e9 somatique, de l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique ou du bien-\u00eatre global (troubles du sommeil, \u00e9puisement physique, troubles cardiovasculaires).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en pratique de la BWAS, consid\u00e9rons le cas de Julien, un cadre de 42 ans dans le secteur du conseil strat\u00e9gique. Julien affiche un temps de pr\u00e9sence au bureau exc\u00e9dant 65 heures par semaine. Bien qu&rsquo;il se d\u00e9clare fier de son statut, il admet lors d&rsquo;un bilan psychologique qu&rsquo;il ne parvient plus \u00e0 d\u00e9connecter son esprit de ses dossiers. Durant ses vacances familiales, l&rsquo;impossibilit\u00e9 de consulter ses courriels professionnels provoque chez lui une nervosit\u00e9 incontr\u00f4lable et des acc\u00e8s de col\u00e8re (sevrage). Sa conjointe et ses enfants lui reprochent vertement son absence \u00e9motionnelle permanente, mais il balaie syst\u00e9matiquement ces critiques en arguant du devoir de r\u00e9ussite (conflit). Interrog\u00e9 par le biais de la BWAS, Julien obtient la note maximale de 5 (\u00ab Toujours \u00bb) sur six des sept crit\u00e8res. Sa d\u00e9marche n&rsquo;est plus motiv\u00e9e par le plaisir de cr\u00e9er, mais par la terreur inconsciente d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 son sentiment d&rsquo;insuffisance personelle d\u00e8s que le rythme ralentit.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, prenons l&rsquo;exemple d&rsquo;\u00c9l\u00e9onore, chercheuse en biologie mol\u00e9culaire de 36 ans, qui travaille \u00e9galement pr\u00e8s de 60 heures par semaine lors des phases d&rsquo;exp\u00e9rimentation critique. Contrairement \u00e0 Julien, \u00c9l\u00e9onore \u00e9prouve une joie profonde et un sentiment d&rsquo;alignement intrins\u00e8que avec son travail. Lorsqu&rsquo;elle part en cong\u00e9, elle parvient \u00e0 pratiquer la randonn\u00e9e sans ressentir de pulsion anxieuse li\u00e9e \u00e0 ses travaux de laboratoire ; ses relations amicales et intimes restent pr\u00e9serv\u00e9es et \u00e9panouissantes, et elle n&rsquo;utilise pas ses recherches pour fuir des angoisses sous-jacentes. \u00c0 la passation de la BWAS, \u00c9l\u00e9onore n&rsquo;obtient que des scores faibles (1 ou 2) sur les dimensions de tol\u00e9rance, de sevrage, de conflit et d&rsquo;alt\u00e9ration de la sant\u00e9. Ce profil illustre l&rsquo;engagement passionn\u00e9 non pathologique (passion harmonieuse), montrant comment la BWAS discrimine avec acuit\u00e9 la haute intensit\u00e9 productive de la d\u00e9pendance v\u00e9ritable.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration de la BWAS se distingue par sa concision et sa simplicit\u00e9 ergonomique, ce qui en fait un outil de d\u00e9pistage optimal dans les protocoles de recherche \u00e9pid\u00e9miologique et les bilans de sant\u00e9 au travail. L&rsquo;\u00e9chelle propose aux participants d&rsquo;\u00e9valuer la fr\u00e9quence \u00e0 laquelle ils ont exp\u00e9riment\u00e9 chacune des sept situations d\u00e9crites au cours des 12 derniers mois. Chaque item est \u00e9valu\u00e9 selon un bar\u00e8me de Likert allant de 1 \u00e0 5 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>1 :<\/strong> Jamais (<em>Never<\/em>)<\/li>\n<li><strong>2 :<\/strong> Rarement (<em>Rarely<\/em>)<\/li>\n<li><strong>3 :<\/strong> Parfois (<em>Sometimes<\/em>)<\/li>\n<li><strong>4 :<\/strong> Souvent (<em>Often<\/em>)<\/li>\n<li><strong>5 :<\/strong> Toujours (<em>Always<\/em>)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le d\u00e9pistage cat\u00e9goriel conventionnel, \u00e9tabli par Andreassen et ses collaborateurs (2012), repose sur une r\u00e8gle d&rsquo;\u00e9valuation stricte : un r\u00e9pondant est class\u00e9 comme pr\u00e9sentant une addiction au travail probable s&rsquo;il valide au moins <strong>quatre des sept items<\/strong> avec une note minimale de 4 (\u00ab Souvent \u00bb) ou de 5 (\u00ab Toujours \u00bb). Cette m\u00e9thode d&rsquo;imputation clinique reprend le mod\u00e8le polyth\u00e9tique pr\u00e9conis\u00e9 par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) pour la qualification des troubles addictifs.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique dimensionnel, la somme cumul\u00e9e des scores g\u00e9n\u00e8re un total oscillant entre 7 et 35 points. Les propri\u00e9t\u00e9s de consistance interne de la BWAS s&rsquo;av\u00e8rent syst\u00e9matiquement robustes \u00e0 travers les \u00e9tudes, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant g\u00e9n\u00e9ralement entre 0,80 et 0,89. Les analyses factorielles confirmatoires appuient de mani\u00e8re r\u00e9currente une structure unidimensionnelle, attestant que les sept items mesurent bel et bien un construit latent unique et coh\u00e9rent.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les champs d&rsquo;application de la BWAS sont multiples et s&rsquo;\u00e9tendent de la clinique individuelle \u00e0 l&rsquo;organisation syst\u00e9mique des entreprises. En <strong>psychopathologie clinique et en psychoth\u00e9rapie<\/strong>, l&rsquo;\u00e9chelle est mobilis\u00e9e lors de la phase d&rsquo;\u00e9valuation diagnostique initiale pour objectiver le degr\u00e9 d&rsquo;ali\u00e9nation au travail chez des patients consultant pour des motifs divers, tels que le syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel (<em>burnout<\/em>), l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, les insomnies r\u00e9fractaires ou les d\u00e9compensations d\u00e9pressives. L&rsquo;outil sert de base d&rsquo;\u00e9change psycho\u00e9ducative pour aider le patient \u00e0 prendre conscience de la nature addictive et compulsive de son comportement.<\/p>\n<p>En <strong>m\u00e9decine et sant\u00e9 au travail<\/strong>, les services de pr\u00e9vention utilisent la BWAS pour identifier pr\u00e9cocement les salari\u00e9s et cadres \u00e0 risque au sein d&rsquo;environnements hypercomp\u00e9titifs (cabinets d&rsquo;audit, h\u00f4pitaux, start-ups, secteurs financiers). Les scores \u00e9lev\u00e9s constituent des signaux d&rsquo;alerte critiques corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 des risques accrus d&rsquo;accidents vasculaires, de troubles musculosquelettiques et d&rsquo;accidents du travail li\u00e9s \u00e0 la fatigue cognitive accumul\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le secteur de la <strong>psychologie organisationnelle et des ressources humaines<\/strong>, la passation anonymis\u00e9e de la BWAS \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9partements entiers permet de diagnostiquer la toxicit\u00e9 de la culture manag\u00e9riale. Une pr\u00e9valence anormalement \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;ergomanie au sein d&rsquo;une \u00e9quipe r\u00e9v\u00e8le fr\u00e9quemment des dysfonctionnements structurels : culte du pr\u00e9sent\u00e9isme, surcharge chronique d&rsquo;objectifs, injonctions paradoxales et absence de respect effectif du droit \u00e0 la d\u00e9connexion.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Depuis son introduction en 2012, la Bergen Work Addiction Scale a fait l&rsquo;objet de centaines de validations crois\u00e9es et d&rsquo;investigations empiriques men\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. L&rsquo;enqu\u00eate initiale men\u00e9e par Andreassen et ses coll\u00e8gues en Norv\u00e8ge a identifi\u00e9 une pr\u00e9valence d&rsquo;addiction au travail d&rsquo;environ 8,3 % dans un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de la population active, un chiffre corrobor\u00e9 par plusieurs \u00e9tudes europ\u00e9ennes subs\u00e9quentes qui situent la pr\u00e9valence globale entre 7 % et 10 % selon les bassins d&#8217;emploi et les fili\u00e8res professionnelles.<\/p>\n<p>Sur le plan des corr\u00e9lats de personnalit\u00e9, des recherches majeures men\u00e9es notamment par Andreassen, Griffiths, Sinha et d&rsquo;autres ont crois\u00e9 les scores BWAS avec le mod\u00e8le des Big Five. Ces travaux ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l&rsquo;addiction au travail est significativement corr\u00e9l\u00e9e de fa\u00e7on positive avec le n\u00e9vrosisme (instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle) et l&rsquo;extraversion, et corr\u00e9l\u00e9e de mani\u00e8re n\u00e9gative ou non lin\u00e9aire avec l&rsquo;agr\u00e9abilit\u00e9. De surcro\u00eet, les perfectionnistes inadapt\u00e9s obtiennent des scores particuli\u00e8rement massifs \u00e0 la BWAS.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres investigations longitudinales ont mis en \u00e9vidence la trajectoire d\u00e9l\u00e9t\u00e8re reliant le score BWAS au syndrome d&rsquo;\u00e9puisement professionnel. Bien que certains observateurs per\u00e7oivent le bourreau de travail comme un collaborateur performant \u00e0 court terme, les cohortes suivies par Schaufeli, Taris et leurs coll\u00e8gues d\u00e9montrent que des scores BWAS \u00e9lev\u00e9s constituent l&rsquo;un des pr\u00e9dicteurs les plus puissants du d\u00e9clenchement ult\u00e9rieur du <em>burnout<\/em>, de la d\u00e9gradation de la performance au travail \u00e0 long terme et d&rsquo;une augmentation drastique de l&rsquo;absent\u00e9isme de longue dur\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats \u00e0 la BWAS exige une contextualisation culturelle fine, car la valorisation du travail et de la performance varie consid\u00e9rablement selon les zones g\u00e9ographiques. Dans les cultures marqu\u00e9es par le confucianisme en Asie de l&rsquo;Est (Japon, Cor\u00e9e du Sud, Chine), o\u00f9 des ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames tels que le <em>karoshi<\/em> (mort subite par surmenage au travail) sont document\u00e9s, les normes sociales d&rsquo;abn\u00e9gation et de d\u00e9vouement collectif peuvent masquer les composantes de conflit ou de saillance, les rendant socialement acceptables, voire prescrites.<\/p>\n<p>Dans les pays scandinaves d&rsquo;o\u00f9 est originaire la BWAS, l&rsquo;\u00e9quilibre entre vie professionnelle et vie priv\u00e9e (<em>work-life balance<\/em>) constitue une norme sociale imp\u00e9rieuse. Par cons\u00e9quent, les comportements compulsifs y sont plus rapidement identifi\u00e9s par l&rsquo;entourage comme des d\u00e9viances probl\u00e9matiques, ce qui peut influencer \u00e0 la hausse la d\u00e9claration des conflits interpersonnels dans les items de l&rsquo;\u00e9chelle par rapport \u00e0 des contextes plus individualistes et n\u00e9olib\u00e9raux comme les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes transculturelles d&rsquo;invariance de mesure ont toutefois confirm\u00e9 que la structure unidimensionnelle de l&rsquo;\u00e9chelle conserve sa robustesse m\u00e9trique dans une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es et \u00e9mergentes. N\u00e9anmoins, les chercheurs recommandent d&rsquo;ajuster les seuils de coupure clinique en fonction des sp\u00e9cificit\u00e9s nationales du temps de travail l\u00e9gal et des conventions socioculturelles entourant l&rsquo;engagement professionnel.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa notori\u00e9t\u00e9 acad\u00e9mique, la Bergen Work Addiction Scale suscite plusieurs d\u00e9bats th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques. La principale critique formul\u00e9e par certains psychologues du travail concerne la stricte <strong>m\u00e9dicalisation du comportement de travail<\/strong>. Des auteurs soutiennent que l&rsquo;application m\u00e9canique des crit\u00e8res de la toxicomanie \u00e0 une activit\u00e9 productive universelle risque de pathologiser des p\u00e9riodes temporaires d&rsquo;investissement intense requises par des carri\u00e8res acad\u00e9miques, entrepreneuriales ou cr\u00e9atives.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me point de controverse porte sur le <strong>seuil de coupure diagnostique<\/strong> (la r\u00e8gle des 4 items sur 7 c\u00f4t\u00e9s \u00e0 4 ou 5). Plusieurs psychom\u00e9triciens estiment que cette m\u00e9thode d&rsquo;imputation polyth\u00e9tique manque d&rsquo;\u00e9talonnage par rapport \u00e0 des entretiens cliniques psychiatriques standardis\u00e9s et ind\u00e9pendants. Un individu pourrait atteindre le seuil sans que son fonctionnement psychosocial global ne soit v\u00e9ritablement alt\u00e9r\u00e9, entra\u00eenant un risque potentiel de faux positifs dans les enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques grand public.<\/p>\n<p>Enfin, la concision de l&rsquo;\u00e9chelle \u2013 bien qu&rsquo;elle repr\u00e9sente un avantage pratique ind\u00e9niable pour les enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques volumineuses \u2013 est per\u00e7ue par certains cliniciens comme un frein \u00e0 une analyse diff\u00e9rentielle approfondie. Ne comportant qu&rsquo;un seul item par composante d&rsquo;addiction, la BWAS ne permet pas de diss\u00e9quer toutes les nuances qualitatives de la d\u00e9tresse \u00e9prouv\u00e9e ni d&rsquo;explorer les motivations complexes (par exemple, le surinvestissement dict\u00e9 par la pr\u00e9carit\u00e9 financi\u00e8re par rapport au surinvestissement motiv\u00e9 par des traits obsessionnels de personnalit\u00e9).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender ad\u00e9quatement le positionnement th\u00e9orique de la BWAS, il convient de la situer par rapport aux construits psychologiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Engagement au travail (<em>Work Engagement<\/em>) :<\/strong> \u00c9tat d&rsquo;esprit positif, gratifiant et \u00e9panouissant li\u00e9 au travail, caract\u00e9ris\u00e9 par la vigueur, le d\u00e9vouement et l&rsquo;absorption. Contrairement \u00e0 l&rsquo;addiction au travail mesur\u00e9e par la BWAS, l&rsquo;engagement professionnel ne pr\u00e9sente ni perte de contr\u00f4le, ni sympt\u00f4mes de sevrage, ni r\u00e9percussions d\u00e9vastatrices sur la vie personnelle.<\/li>\n<li><strong>Burnout (\u00c9puisement professionnel) :<\/strong> Syndrome psychologique r\u00e9sultant d&rsquo;un stress chronique au travail mal g\u00e9r\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;\u00e9puisement \u00e9motionnel, la d\u00e9personnalisation et la perte d&rsquo;accomplissement personnel. Si l&rsquo;addiction au travail est une conduite compulsive (processus actif), le burnout en repr\u00e9sente souvent l&rsquo;aboutissement ou la phase terminale d&rsquo;effondrement (\u00e9tat passif d&rsquo;\u00e9puisement).<\/li>\n<li><strong>Trouble de la personnalit\u00e9 obsessionnelle-compulsive (TPOC) :<\/strong> Trouble de la personnalit\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 par un perfectionnisme rigide, un souci excessif de l&rsquo;ordre et des d\u00e9tails et une d\u00e9votion excessive au travail au d\u00e9triment des loisirs. Le TPOC constitue un facteur de vuln\u00e9rabilit\u00e9 majeur pour des scores \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la BWAS, bien que la BWAS mesure l&rsquo;addiction comportementale elle-m\u00eame et non la structure globale de personnalit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Work Addiction Risk Test (WART) :<\/strong> Outil d&rsquo;\u00e9valuation ant\u00e9rieur comprenant 25 items r\u00e9partis sur plusieurs sous-\u00e9chelles. La BWAS s&rsquo;en distingue par son fondement exclusif dans le mod\u00e8le th\u00e9orique des addictions comportementales et par sa parcimonie m\u00e9trologique.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9sent\u00e9isme :<\/strong> Fait d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent au travail tout en \u00e9tant malade ou incapable de fonctionner de mani\u00e8re productive. C&rsquo;est une cons\u00e9quence comportementale fr\u00e9quente chez les individus obtenant des scores pathologiques \u00e0 la BWAS.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La Bergen Work Addiction Scale (BWAS) constitue un instrument psychom\u00e9trique de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9labor\u00e9 pour \u00e9valuer l&rsquo;addiction au travail \u00e0 travers le prisme formel des addictions comportementales. Con\u00e7ue en 2012 par Cecilie Schou Andreassen et ses collaborateurs, elle op\u00e9rationnalise le mod\u00e8le des composantes de Griffiths en condensant l&rsquo;examen de la pathologie en sept \u00e9nonc\u00e9s repr\u00e9sentatifs : saillance, modification de l&rsquo;humeur, tol\u00e9rance, sevrage, conflit, rechute et cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, sa concision et sa validit\u00e9 transcend\u00e9e par de nombreuses r\u00e9plications internationales, la BWAS permet d&rsquo;identifier avec clart\u00e9 les travailleurs en proie \u00e0 une compulsion d&rsquo;ali\u00e9nation professionnelle, en \u00e9cartant les confusions habituelles avec l&rsquo;engagement sain ou la simple accumulation d&rsquo;heures prest\u00e9es. Elle s&rsquo;impose aujourd&rsquo;hui comme une \u00e9chelle cardinale tant pour le diagnostic pr\u00e9coce en sant\u00e9 au travail que pour la recherche fondamentale sur les d\u00e9rives du rapport contemporain \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Andreassen, C. S., Griffiths, M. D., Hetland, J., &amp; Pallesen, S. (2012). Development of a work addiction scale. <em>Scandinavian Journal of Psychology<\/em>, 53(3), 265\u2013272. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-9450.2012.00947.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-9450.2012.00947.x<\/a><\/li>\n<li>Andreassen, C. S. (2014). Workaholism: An overview and current status of the field. <em>Journal of Behavioral Addictions<\/em>, 3(1), 1\u201311. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1556\/jba.2.2013.017\">https:\/\/doi.org\/10.1556\/jba.2.2013.017<\/a><\/li>\n<li>Griffiths, M. D. (2005). A &lsquo;components&rsquo; model of addiction within a biopsychosocial framework. <em>Journal of Substance Use<\/em>, 10(4), 191\u2013197. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/14659890500114359\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/14659890500114359<\/a><\/li>\n<li>Oates, W. (1971). <em>Confessions of a Workaholic: The Facts about Work Addiction<\/em>. World Publishing Company.<\/li>\n<li>Schaufeli, W. B., Taris, T. W., &amp; Bakker, A. B. (2008). It takes two to tango: Workaholism is working excessively and working compulsively. In R. J. Burke &amp; C. L. Cooper (Eds.), <em>The Long Work Hours Culture: Causes, Consequences and Choices<\/em> (pp. 203\u2013226). Emerald Group Publishing.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Bergen Work Addiction Scale (BWAS) est un instrument psychom\u00e9trique mesurant l&rsquo;addiction au travail selon les crit\u00e8res de l&rsquo;addiction comportementale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[786,313,2],"tags":[23889,36259,10868,370,16,317,38134],"class_list":["post-22616","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-addictologie","category-psychologie-du-travail","category-psychometrie","tag-addiction-au-travail","tag-bwas","tag-echelle-de-bergen","tag-epuisement-professionnel","tag-psychometrie","tag-sante-au-travail","tag-workaholism"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22616","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22616\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22616"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22616"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22616"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}