{"id":22591,"date":"2026-10-27T16:19:19","date_gmt":"2026-10-27T16:19:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=buphtalmie-clinique-psychologie"},"modified":"2026-10-27T16:19:19","modified_gmt":"2026-10-27T16:19:19","slug":"buphtalmie-clinique-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=buphtalmie-clinique-psychologie","title":{"rendered":"Buphtalmie : Clinique et impact psychologique"},"content":{"rendered":"<p>La buphtalmie constitue une manifestation anatomoclinique spectaculaire et s\u00e9v\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par une distension globale du globe oculaire chez le nourrisson ou le jeune enfant, r\u00e9sultant directement d\u2019une \u00e9l\u00e9vation pathologique et pr\u00e9coce de la pression intraoculaire. Au-del\u00e0 de sa composante purement ophtalmologique, cette affection engage des bouleversements profonds sur les plans neurod\u00e9veloppemental, relationnel et \u00e9motionnel, modifiant durablement l&rsquo;interaction pr\u00e9coce entre l&rsquo;enfant et son environnement. Comprendre la buphtalmie exige d\u00e8s lors un regard int\u00e9gratif croisant l&#8217;embryologie oculaire, la microchirurgie p\u00e9diatrique et la psychologie du d\u00e9veloppement sensoriel et du traumatisme m\u00e9dical.<\/p>\n<h2>Buphtalmie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La buphtalmie, parfois d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de buphtalmos, est l\u2019agrandissement volum\u00e9trique anormal et progressif de l&rsquo;\u0153il survenant lorsque l\u2019hypertonie oculaire se manifeste avant l&rsquo;\u00e2ge de trois ans, p\u00e9riode durant laquelle la coque corn\u00e9oscl\u00e9rale conserve une grande \u00e9lasticit\u00e9. Elle traduit le plus fr\u00e9quemment l\u2019existence d\u2019un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Glaucome\">glaucome cong\u00e9nital<\/a> primitif li\u00e9 \u00e0 une anomalie du d\u00e9veloppement de l\u2019angle iridocorn\u00e9en ou d&rsquo;un glaucome secondaire pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique, cette distension int\u00e9resse principalement la corn\u00e9e, qui s&rsquo;\u00e9largit (m\u00e9galocorn\u00e9e) et perd sa transparence habituelle sous l&rsquo;effet de l&rsquo;\u0153d\u00e8me stromal, ainsi que la scl\u00e8re, qui s&rsquo;amincit et prend une teinte bleut\u00e9e en raison de la visualisation par transparence du tissu uv\u00e9al sous-jacent. L&rsquo;accroissement de la longueur axiale du globe produit une myopie axiale s\u00e9v\u00e8re souvent associ\u00e9e \u00e0 un astigmatisme corn\u00e9en irr\u00e9gulier.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique et d\u00e9veloppemental, la buphtalmie induit une rupture pr\u00e9coce de la sensorialit\u00e9 visuelle, perturbant les premiers processus d&rsquo;accordage affectif m\u00e9di\u00e9s par le regard. La douleur oculaire chronique, le bl\u00e9pharospasme et la photophobie intense alt\u00e8rent l&rsquo;exploration spontan\u00e9e du monde physique et social, confrontant le jeune enfant et sa famille \u00e0 un parcours de soins invasif et anxiog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le substantif \u00ab buphtalmie \u00bb (et sa variante masculine \u00ab buphtalmos \u00bb) d\u00e9rive du grec ancien \u03b2\u03bf\u03cd\u03c6\u03b8\u03b1\u03bb\u03bc\u03bf\u03c2 (<em>bo\u00faphthalmos<\/em>), compos\u00e9 de \u03b2\u03bf\u1fe6\u03c2 (<em>bo\u00fbs<\/em>), signifiant \u00ab b\u0153uf \u00bb ou \u00ab taureau \u00bb, et de \u1f40\u03c6\u03b8\u03b1\u03bb\u03bc\u03cc\u03c2 (<em>ophthalm\u00f3s<\/em>), d\u00e9signant l\u2019\u00ab \u0153il \u00bb. Litt\u00e9ralement, le terme se traduit par \u00ab \u0153il de b\u0153uf \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 la taille disproportionn\u00e9e de l&rsquo;organe de la vision observ\u00e9e chez l&rsquo;enfant atteint par rapport aux proportions faciales physiologiques du nouveau-n\u00e9.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9nomination zoologique et descriptive a travers\u00e9 les si\u00e8cles depuis les trait\u00e9s de m\u00e9decine gr\u00e9co-romaine, o\u00f9 elle d\u00e9signait initialement toute protrusion ou dilatation oculaire monstrueuse sans distinction nosologique fine. C&rsquo;est \u00e0 partir du XVIIIe et surtout du XIXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement des techniques de tonom\u00e9trie et de l&rsquo;ophtalmoscopie moderne, que le terme s&rsquo;est progressivement restreint pour caract\u00e9riser la cons\u00e9quence anatomique sp\u00e9cifique de l&rsquo;hypertension oculaire infantile sur des tuniques immatures et d\u00e9formables.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais contemporain, le terme s&#8217;emploie principalement sous la forme f\u00e9minine \u00ab buphtalmie \u00bb, prononc\u00e9e phon\u00e9tiquement [byf.tal.mi]. La variante d&rsquo;origine directe grecque \u00ab buphtalmos \u00bb (ou buphtalme) s&#8217;emploie au genre masculin et se prononce [byf.tal.m\u0254s].<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et syntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun concret et m\u00e9dical, invariable au singulier, qui s&rsquo;accorde au pluriel (\u00ab des buphtalmies \u00bb). On rencontre l&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 \u00ab buphtalmique \u00bb [byf.tal.mik], qualifiant un globe oculaire distendu ou des manifestations s\u00e9miologiques associ\u00e9es (par exemple, \u00ab un \u0153il buphtalmique \u00bb, \u00ab une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence corn\u00e9enne buphtalmique \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la buphtalmie dans toute sa complexit\u00e9, il est indispensable de comprendre la biom\u00e9canique singuli\u00e8re de l&rsquo;\u0153il du nouveau-n\u00e9. Contrairement au globe oculaire de l&rsquo;adulte, dont la scl\u00e8re rigide r\u00e9siste aux fluctuations tensionnelles sans modifier significativement ses dimensions externes, la paroi externe du globe p\u00e9diatrique est riche en fibres de collag\u00e8ne immatures et en substance fondamentale \u00e9lastique. Lorsque la pression intraoculaire s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-del\u00e0 des valeurs physiologiques normales (g\u00e9n\u00e9ralement sup\u00e9rieures \u00e0 15-20 mmHg chez le nourrisson), la coque oculaire se comporte comme une membrane visco\u00e9lastique soumise \u00e0 une contrainte de traction : elle s&rsquo;\u00e9tire proportionnellement \u00e0 la pression r\u00e9gnant dans la chambre ant\u00e9rieure et le segment post\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Cette expansion volum\u00e9trique engendre des r\u00e9percussions structurelles en cascade. Au niveau corn\u00e9en, le diam\u00e8tre horizontal, qui mesure normalement environ 10 millim\u00e8tres \u00e0 la naissance, peut rapidement d\u00e9passer 12 ou 13 millim\u00e8tres. Cette mise sous tension m\u00e9canique excessive provoque des ruptures microscopiques ou macroscopiques de la membrane de Descemet, connues sous le nom de stries de Haab. Ces d\u00e9chirures permettent \u00e0 l\u2019humeur aqueuse de p\u00e9n\u00e9trer directement dans le stroma corn\u00e9en, cr\u00e9ant un \u0153d\u00e8me majeur, une opacification laiteuse et une baisse dramatique de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle.<\/p>\n<p>Sur le plan neurologique et fonctionnel, l&rsquo;hypertension oculaire continue d&rsquo;exercer un \u00e9crasement direct et une isch\u00e9mie relative sur les axones des cellules ganglionnaires de la r\u00e9tine au niveau de la t\u00eate du nerf optique. L&rsquo;excavation papillaire se creuse avec une rapidit\u00e9 d\u00e9concertante chez l&rsquo;enfant, bien plus vite que chez l&rsquo;adulte, m\u00eame si elle pr\u00e9sente une remarquable r\u00e9versibilit\u00e9 potentielle si la pression est normalis\u00e9e pr\u00e9cocement avant l&rsquo;installation d&rsquo;une atrophie optique d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>La dimension psychologique de la buphtalmie s&rsquo;articule autour de l&rsquo;impact fonctionnel d&rsquo;un handicap sensoriel survenant \u00e0 la phase critique de l&rsquo;organisation perceptive. L&rsquo;enfant souffrant de buphtalmie pr\u00e9sente classiquement la triade symptomatique associant larmoiement clair (\u00e9piphora), contraction involontaire et spasmodique des paupi\u00e8res (bl\u00e9pharospasme) et photophobie invalidante. Cette derni\u00e8re contraint souvent le tout-petit \u00e0 enfouir sa t\u00eate dans les oreillers ou le cou de ses parents, fuyant activement tout stimulus lumineux. Ce comportement de retrait sensoriel limite consid\u00e9rablement les opportunit\u00e9s d&rsquo;exploration motrice, d&rsquo;initiation du jeu interactif et de d\u00e9codage des expressions faciales parentales, constituant un facteur de risque majeur pour le d\u00e9veloppement affectif pr\u00e9coce.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la buphtalmie refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ophtalmologie p\u00e9diatrique, passant d&rsquo;un constat fataliste d&rsquo;infirmit\u00e9 oculaire incurable \u00e0 une prise en charge microchirurgicale hypersp\u00e9cialis\u00e9e et multidisciplinaire.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge, les m\u00e9decins arabes et europ\u00e9ens d\u00e9crivaient l&rsquo;affection sans en identifier le m\u00e9canisme sous-jacent. Elle \u00e9tait souvent confondue avec l&rsquo;exophtalmie, les staphylomes corn\u00e9ens cons\u00e9cutifs aux infections purulentes ou la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9galocorn%C3%A9e\">m\u00e9galocorn\u00e9e<\/a> cong\u00e9nitale isol\u00e9e et b\u00e9nigne. Les descriptions cliniques insistaient principalement sur l&rsquo;aspect globuleux et hideux de l&rsquo;\u0153il, sans espoir th\u00e9rapeutique, conduisant in\u00e9luctablement \u00e0 la c\u00e9cit\u00e9 compl\u00e8te et \u00e0 des douleurs atroces.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel s&rsquo;op\u00e8re au milieu du XIXe si\u00e8cle. En 1869, le m\u00e9decin et anatomiste autrichien Johann Horner relie de mani\u00e8re convaincante la buphtalmie \u00e0 une anomalie hypertensive cong\u00e9nitale. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1893, le chirurgien et ophtalmologiste Otto Barkan commence \u00e0 poser les bases physiopathologiques modernes en d\u00e9crivant le blocage trab\u00e9culaire primitif de l&rsquo;humeur aqueuse. Les observations histologiques confirment peu \u00e0 peu que la buphtalmie n&rsquo;est pas une simple anomalie morphologique cong\u00e9nitale statique, mais la cons\u00e9quence m\u00e9canique d&rsquo;une anomalie du m\u00e9senchyme dans l&rsquo;angle iridocorn\u00e9en emp\u00eachant la r\u00e9sorption du liquide oculaire.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, Otto Barkan r\u00e9volutionne le pronostic de l&rsquo;affection en inventant la goniotomie en 1938, une intervention microchirurgicale novatrice r\u00e9alis\u00e9e sous contr\u00f4le visuel direct permettant d&rsquo;inciser les structures trab\u00e9culaires anormales pour r\u00e9tablir la voie de drainage trab\u00e9culaire naturelle. Plus tard, Jean Fran\u00e7ois en Belgique et d&rsquo;autres cliniciens internationaux documentent pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;histoire g\u00e9n\u00e9tique et les r\u00e9percussions syst\u00e9miques du glaucome de l&rsquo;enfant, ouvrant la voie \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire contemporaine et \u00e0 l&rsquo;identification de g\u00e8nes sp\u00e9cifiques tels que <em>CYP1B1<\/em> et <em>LTBP2<\/em>.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de la buphtalmie repose sur un croisement de cadres th\u00e9oriques issus de la physiopathologie biom\u00e9canique, de la neurobiologie de la vision et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27attachement\">th\u00e9orie de l&rsquo;attachement<\/a>.<\/p>\n<p>Sur le plan biom\u00e9canique, la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 corn\u00e9oscl\u00e9rale infantile postule que la paroi du globe se comporte comme un r\u00e9servoir visco\u00e9lastique sous contrainte. Contrairement aux mod\u00e8les adultes o\u00f9 le contenant oculaire est quasi stationnaire et ind\u00e9formable, le mod\u00e8le p\u00e9diatrique int\u00e8gre la variable de d\u00e9formation plastique. L&rsquo;expansion oculaire ob\u00e9it \u00e0 la loi de Laplace, selon laquelle la tension pari\u00e9tale exerc\u00e9e sur une sph\u00e8re augmente \u00e0 la fois avec la pression interne et le rayon de courbure. Ainsi, plus l&rsquo;\u0153il grossit sous l&rsquo;effet de l&rsquo;hypertension, plus la tension pari\u00e9tale s&rsquo;accro\u00eet, cr\u00e9ant un cercle vicieux de distension tissulaire continue et d&rsquo;amincissement scl\u00e9ral.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-ophtalmologique et psychologique, la th\u00e9orie des p\u00e9riodes critiques du d\u00e9veloppement visuel, formul\u00e9e initialement par David Hubel et Torsten Wiesel, fournit une grille de lecture fondamentale. Le syst\u00e8me visuel central du nourrisson requiert une stimulation visuelle claire, coh\u00e9rente et synchrone des deux r\u00e9tines pour structurer les colonnes de dominance oculaire dans le cortex visuel primaire. L&rsquo;opacit\u00e9 corn\u00e9enne et le d\u00e9sordre r\u00e9fractif massif provoqu\u00e9s par la buphtalmie entra\u00eenent une privation sensorielle s\u00e9v\u00e8re (amblyopie par d\u00e9privation), qui peut devenir irr\u00e9versible si elle n&rsquo;est pas trait\u00e9e avant la fin de la p\u00e9riode de plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale optimale.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie de l&rsquo;attachement de John Bowlby permet d&rsquo;analyser l&rsquo;impact relationnel de l&rsquo;affection. Le visage maternel et le contact visuel constituent le premier vecteur d&rsquo;accordage \u00e9motionnel et de r\u00e9gulation dyadique du nourrisson. L&rsquo;enfant pr\u00e9sentant une photophobie majeure et un bl\u00e9pharospasme douloureux d\u00e9tourne le visage, refuse le contact \u0153il-\u00e0-\u0153il et pleure de mani\u00e8re inconsolable. En r\u00e9ponse, les figures parentales \u00e9prouvent fr\u00e9quemment un sentiment d&rsquo;impuissance, de rejet inconscient ou une anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9vastatrice, alt\u00e9rant la fluidit\u00e9 du lien affectif s\u00e9cure pr\u00e9coce.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La buphtalmie se structure autour de dimensions cliniques, anatomiques et \u00e9tiologiques pr\u00e9cises qui guident la d\u00e9marche diagnostique et th\u00e9rapeutique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimensions morphologiques et optiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>M\u00e9galocorn\u00e9e acquise :<\/em> Diam\u00e8tre corn\u00e9en horizontal sup\u00e9rieur \u00e0 11,5 mm chez le nouveau-n\u00e9 \u00e0 terme ou sup\u00e9rieur \u00e0 12,5 mm apr\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de un an.<\/li>\n<li><em>Ruptures de la membrane de Descemet :<\/em> Apparition des stries de Haab, orient\u00e9es horizontalement ou de fa\u00e7on curviligne et concentrique au limbe, responsables d&rsquo;astigmatismes s\u00e9v\u00e8res et de pertes de clart\u00e9 optique durables.<\/li>\n<li><em>Allongement de la longueur axiale :<\/em> D\u00e9passement pr\u00e9coce des valeurs biom\u00e9triques physiologiques de l&rsquo;\u00e2ge (mesur\u00e9es par \u00e9chographie en mode A ou B), provoquant une myopie d&rsquo;axe majeure.<\/li>\n<li><em>Amincissement scl\u00e9ral p\u00e9ripapillaire et limbique :<\/em> Distension de la coque entra\u00eenant une ectasie scl\u00e9rale et une teinte bleu\u00e2tre caract\u00e9ristique par transillumination de l&rsquo;uv\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Types \u00e9tiologiques principaux :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Buphtalmie par glaucome cong\u00e9nital primitif :<\/em> Forme la plus fr\u00e9quente, isol\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par une trab\u00e9culodysg\u00e9n\u00e9sie pure sans autre malformation syst\u00e9mique ou faciale associ\u00e9e.<\/li>\n<li><em>Buphtalmie syndromique et malformative :<\/em> Observ\u00e9e dans le cadre d&rsquo;affections complexes comme le syndrome de Sturge-Weber (angiomatose enc\u00e9phalotrig\u00e9min\u00e9e avec glaucome ipsilat\u00e9ral), la neurofibromatose de type 1, le syndrome de Lowe (syndrome c\u00e9r\u00e9bro-oculo-r\u00e9nal) ou l&rsquo;aniridie cong\u00e9nitale.<\/li>\n<li><em>Buphtalmie cons\u00e9cutive \u00e0 une dysg\u00e9n\u00e9sie du segment ant\u00e9rieur :<\/em> Associ\u00e9e au syndrome de Rieger, \u00e0 l&rsquo;anomalie de Peters ou \u00e0 l&rsquo;anomalie d&rsquo;Axenfeld.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dimensions de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 temporelle :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Forme n\u00e9onatale pr\u00e9coce :<\/em> Pr\u00e9sente d\u00e8s la naissance ou les premi\u00e8res semaines de vie, d&rsquo;\u00e9volution fulgurante et de pronostic fonctionnel r\u00e9serv\u00e9.<\/li>\n<li><em>Forme infantile classique :<\/em> R\u00e9v\u00e9l\u00e9e entre le deuxi\u00e8me et le dix-huiti\u00e8me mois, marqu\u00e9e par l&rsquo;apparition progressive du tr\u00e9pied symptomatique fonctionnel.<\/li>\n<li><em>Forme tardive ou stabilis\u00e9e :<\/em> D\u00e9couverte \u00e0 un stade o\u00f9 l&rsquo;\u0153il a cess\u00e9 son expansion active mais conserve les stigmates anatomiques d\u00e9finitifs de la distension pass\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Les deux cas cliniques suivants illustrent les trajectoires m\u00e9dicales, d\u00e9veloppementales et familiales caract\u00e9ristiques associ\u00e9es \u00e0 la survenue d&rsquo;une buphtalmie infantile.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Buphtalmie bilat\u00e9rale n\u00e9onatale pr\u00e9coce isol\u00e9e.<\/strong> Un nourrisson de six semaines est amen\u00e9 en consultation d&rsquo;urgence par ses parents qui d\u00e9crivent un enfant geignard, dormant difficilement, fuyant la lumi\u00e8re ambiante et pr\u00e9sentant des yeux perp\u00e9tuellement humides et brillants. L&rsquo;examen attentif met en \u00e9vidence une corn\u00e9e opalescente d&rsquo;aspect bleu-porcelaine aux deux yeux, avec un diam\u00e8tre corn\u00e9en mesur\u00e9 \u00e0 13,5 mm au compas de Castroviejo. L&rsquo;examen sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale confirme une pression intraoculaire \u00e0 32 mmHg et une longueur axiale de 23,2 mm (largement au-dessus des percentiles physiologiques pour l&rsquo;\u00e2ge). La d\u00e9tresse parentale est majeure : la m\u00e8re rapporte une culpabilit\u00e9 d\u00e9vorante face \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de croiser le regard de son b\u00e9b\u00e9. Une trab\u00e9culotomie bilat\u00e9rale est r\u00e9alis\u00e9e avec succ\u00e8s. La normalisation rapide de la pression permet un \u00e9claircissement corn\u00e9en partiel, ouvrant la possibilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9\u00e9ducation orthoptique intensive et d&rsquo;un accompagnement p\u00e9dopsychologique ax\u00e9 sur la r\u00e9paration du lien affectif perturb\u00e9 par les mois de photophobie.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Buphtalmie unilat\u00e9rale asym\u00e9trique dans le cadre d&rsquo;un syndrome neurocutan\u00e9.<\/strong> Une petite fille de dix mois, porteuse d&rsquo;un angiome plan \u00e9tendu de l&rsquo;h\u00e9miface gauche int\u00e9ressant le territoire des branches ophtalmique et maxillaire du nerf trijumeau (syndrome de Sturge-Weber), pr\u00e9sente un \u0153il gauche visiblement plus grand et plus saillant que l&rsquo;\u0153il droit. L&rsquo;\u0153il droit est parfaitement sain avec une corn\u00e9e transparente de 11 mm, tandis que l&rsquo;\u0153il gauche pr\u00e9sente une m\u00e9galocorn\u00e9e de 13 mm, un amincissement scl\u00e9ral bleut\u00e9 et une excavation papillaire \u00e0 0,8. La dissym\u00e9trie du visage cr\u00e9e une angoisse parentale sp\u00e9cifique concernant l&rsquo;apparence physique future et l&rsquo;int\u00e9gration sociale de l&rsquo;enfant. L&rsquo;enfant refuse qu&rsquo;on touche \u00e0 son \u0153il gauche en raison de traumatismes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s lors des instillations de collyres. Une prise en charge combinant une chirurgie filtrante par trab\u00e9culectomie avec antim\u00e9tabolite, une correction optique stricte par lentille de contact rigide et des s\u00e9ances de guidance parentale a permis de pr\u00e9server un niveau visuel utile et de pr\u00e9venir les comportements d&rsquo;opposition et les phobies m\u00e9dicales chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse d&rsquo;une buphtalmie exige une m\u00e9thodologie multidisciplinaire standardis\u00e9e, indispensable pour poser le diagnostic, appr\u00e9cier la gravit\u00e9 et surveiller l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen clinique initial est le plus souvent r\u00e9alis\u00e9 sous s\u00e9dation ou sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale douce (afin de s&rsquo;affranchir des art\u00e9facts de pression li\u00e9s aux pleurs et aux mouvements de l&rsquo;enfant). Cet examen de r\u00e9f\u00e9rence comprend :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La tonom\u00e9trie \u00e0 aplanation ou au rebond :<\/strong> L&rsquo;utilisation d&rsquo;appareils tonom\u00e9triques adapt\u00e9s au nouveau-n\u00e9 (comme le tonom\u00e8tre \u00e0 rebond Icare ou le tonom\u00e8tre \u00e0 main de Perkins) mesure pr\u00e9cis\u00e9ment la pression intraoculaire. Il est essentiel de relever ces valeurs d\u00e8s les premi\u00e8res minutes suivant l&rsquo;induction anesth\u00e9sique, car la plupart des gaz halog\u00e9n\u00e9s entra\u00eenent une diminution artificielle rapide de la tension oculaire.<\/li>\n<li><strong>La k\u00e9ratom\u00e9trie et mesure du diam\u00e8tre corn\u00e9en :<\/strong> Mesure millim\u00e9trique exacte des diam\u00e8tres corn\u00e9ens horizontaux et verticaux au moyen d&rsquo;un compas chirurgical de pr\u00e9cision.<\/li>\n<li><strong>La biom\u00e9trie oculaire ultrasonore :<\/strong> L&rsquo;\u00e9chographie en mode A quantifie la longueur axiale du globe oculaire et la profondeur de la chambre ant\u00e9rieure. Une augmentation continue de la longueur axiale d&rsquo;un examen \u00e0 l&rsquo;autre constitue l&rsquo;indicateur le plus sensible et objectif d&rsquo;un glaucome non contr\u00f4l\u00e9, m\u00eame lorsque les chiffres tonom\u00e9triques semblent faussement rassurants.<\/li>\n<li><strong>La gonioscopie :<\/strong> R\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un verre de Swan-Jacob ou de Barkan, elle visualise directement l&rsquo;anatomie de l&rsquo;angle iridocorn\u00e9en, recherchant une insertion haute de l&rsquo;iris, un tissu m\u00e9senchymateux persistant ou l&rsquo;absence de visualisation des rep\u00e8res trab\u00e9culaires normaux.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ophtalmoscopie directe et indirecte du fond d&rsquo;\u0153il :<\/strong> \u00c9valuation syst\u00e9matique du ratio cup\/disk de la papille optique. Chez le jeune enfant, une r\u00e9cession rapide de l&rsquo;excavation apr\u00e8s baisse tensionnelle est un signe formel de d\u00e9compression r\u00e9ussie.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan psychologique et d\u00e9veloppemental, l&rsquo;\u00e9valuation doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par des \u00e9chelles d&rsquo;appr\u00e9ciation du d\u00e9veloppement sensoriel et psychomoteur chez l&rsquo;enfant malvoyant (telles que le test de Brunet-L\u00e9zine r\u00e9vis\u00e9 ou les grilles d&rsquo;observation de l&rsquo;attention visuelle pr\u00e9coce) et par l&rsquo;\u00e9valuation des signes de stress post-traumatique p\u00e9diatrique induit par les hospitalisations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et la phobie des soins.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge de la buphtalmie d\u00e9passe largement le cadre du bloc op\u00e9ratoire d&rsquo;ophtalmologie. Elle exige une vision th\u00e9rapeutique globale articulant soins somatiques, r\u00e9\u00e9ducation sensori-motrice et soutien psychologique durable.<\/p>\n<p>Dans le domaine chirurgical, la buphtalmie est une urgence fonctionnelle. La restauration d&rsquo;une voie d&rsquo;\u00e9vacuation de l&rsquo;humeur aqueuse via la goniotomie, la trab\u00e9culotomie <em>ab externo<\/em> ou, en cas d&rsquo;\u00e9chec, la pose de dispositifs de drainage pour glaucome (valves d&rsquo;Ahmed ou implants de Baerveldt) doit intervenir au plus t\u00f4t afin d&rsquo;endiguer la distension scl\u00e9rale et de limiter l&rsquo;atrophie optique.<\/p>\n<p>Dans le domaine orthoptique et de la r\u00e9adaptation basse vision, l&rsquo;action est tout aussi d\u00e9terminante. M\u00eame apr\u00e8s normalisation chirurgicale parfaite de la tension oculaire, l&rsquo;\u0153il buphtalmique reste porteur d&rsquo;une myopie axiale s\u00e9v\u00e8re et d&rsquo;un astigmatisme irr\u00e9gulier marqu\u00e9 cons\u00e9cutif aux stries de Haab. D\u00e8s les premi\u00e8res semaines postop\u00e9ratoires, une correction optique totale pr\u00e9coce (souvent par verres correcteurs incassables ou par lentilles de contact chez le grand nourrisson) et une p\u00e9nalisation de l&rsquo;\u0153il sain par occlusion quotidienne (traitement de l&rsquo;amblyopie unilat\u00e9rale) sont indispensables pour stimuler la synaptogen\u00e8se visuelle c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie p\u00e9diatrique et de la guidance parentale, la buphtalmie repr\u00e9sente une \u00e9preuve de crise pour le syst\u00e8me familial. Le protocole implique des instillations m\u00e9dicamenteuses pluriquotidiennes parfois douloureuses et des anesth\u00e9sies g\u00e9n\u00e9rales r\u00e9currentes pour contr\u00f4le. Les psychologues cliniciennes et p\u00e9dopsychiatres interviennent pour d\u00e9samorcer les boucles d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, pr\u00e9venir le syndrome de d\u00e9tresse m\u00e9dicale proc\u00e9durale chez l&rsquo;enfant, soutenir l&rsquo;estime de soi fragilis\u00e9e par l&rsquo;asym\u00e9trie faciale ou la macro-ophtalmie, et faciliter l&rsquo;int\u00e9gration scolaire gr\u00e2ce \u00e0 des am\u00e9nagements p\u00e9dagogiques sp\u00e9cifiques (plans personnalis\u00e9s de scolarisation, contrastes visuels adapt\u00e9s, mobilier ergonomique \u00e9vitant l&rsquo;\u00e9blouissement lumineux).<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique internationale a consid\u00e9rablement enrichi la compr\u00e9hension g\u00e9nomique, chirurgicale et psychosociale de la buphtalmie au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Les investigations en g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire, port\u00e9es notamment par Sarfarazi et ses collaborateurs, ont identifi\u00e9 le r\u00f4le central des mutations r\u00e9cessives du g\u00e8ne <em>CYP1B1<\/em> (localis\u00e9 sur le chromosome 2p21-p22) dans une forte proportion des cas de glaucome cong\u00e9nital primitif buphtalmique, en particulier dans les populations caract\u00e9ris\u00e9es par un taux \u00e9lev\u00e9 de consanguinit\u00e9 parentale. Les travaux plus r\u00e9cents d&rsquo;Ali et al. ont \u00e9tendu le spectre mol\u00e9culaire aux g\u00e8nes <em>LTBP2<\/em> et <em>TEK<\/em>, d\u00e9montrant que les d\u00e9fauts de signalisation des facteurs de croissance et de l&rsquo;angiopo\u00ef\u00e9tine alt\u00e8rent la maturation embryonnaire du canal de Schlemm et du r\u00e9seau trab\u00e9culaire.<\/p>\n<p>Sur le plan des techniques chirurgicales, des essais cliniques prospectifs multicentriques ont compar\u00e9 la trab\u00e9culotomie circonf\u00e9rentielle \u00e0 360 degr\u00e9s (r\u00e9alis\u00e9e au moyen d&rsquo;un microcath\u00e9ter lumineux ou d&rsquo;un fil de suture) aux approches traditionnelles de trab\u00e9culotomie rigide partielle. Les donn\u00e9es empiriques publi\u00e9es par Sarkisian et par d&rsquo;autres \u00e9quipes de renomm\u00e9e mondiale indiquent un taux de succ\u00e8s tensionnel \u00e0 long terme significativement plus \u00e9lev\u00e9 avec la technique circonf\u00e9rentielle, r\u00e9duisant le nombre moyen de r\u00e9interventions chirurgicales sous narcose.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psycho-ophtalmologie et de la qualit\u00e9 de vie, des \u00e9tudes longitudinales r\u00e9centes (notamment celles conduites par Dahlmann-Noor et al.) ont quantifi\u00e9 l&rsquo;impact du glaucome cong\u00e9nital sur la qualit\u00e9 de vie li\u00e9e \u00e0 la vision (Vision-Related Quality of Life, VRQoL). Ces travaux r\u00e9v\u00e8lent que, malgr\u00e9 une acuit\u00e9 visuelle parfois pr\u00e9serv\u00e9e, les enfants ayant des ant\u00e9c\u00e9dents de buphtalmie rapportent des scores d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale, de fatigue perceptive et de sentiment d&rsquo;isolement nettement sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux de leurs pairs t\u00e9moins. Les chercheurs insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;incorporer syst\u00e9matiquement des mesures de r\u00e9sultats rapport\u00e9s par les patients (PROMs) dans les protocoles de suivi clinique p\u00e9diatrique standardis\u00e9s.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression, la perception et la prise en charge de la buphtalmie sont profond\u00e9ment influenc\u00e9es par les facteurs socioculturels, \u00e9conomiques et g\u00e9ographiques.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 dot\u00e9s de programmes structur\u00e9s de surveillance p\u00e9diatrique n\u00e9onatale, le diagnostic de buphtalmie est g\u00e9n\u00e9ralement pos\u00e9 pr\u00e9cocement, souvent au cours des premiers mois de vie, \u00e0 un stade o\u00f9 la distension oculaire est encore mod\u00e9r\u00e9e et la transparence corn\u00e9enne partiellement r\u00e9cup\u00e9rable. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans de nombreuses r\u00e9gions \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;acc\u00e8s limit\u00e9 aux soins ophtalmologiques p\u00e9diatriques sp\u00e9cialis\u00e9s retarde le diagnostic jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la buphtalmie atteigne des dimensions gigantesques, avec une corn\u00e9e totalement k\u00e9ratinis\u00e9e ou calcifi\u00e9e, transformant une maladie curable en c\u00e9cit\u00e9 infantile irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>Dans plusieurs cultures traditionnelles, les yeux inhabituellement grands et brillants du nourrisson au premier stade de la maladie sont initialement per\u00e7us de mani\u00e8re erron\u00e9e comme une marque de beaut\u00e9 physique singuli\u00e8re ou un signe de b\u00e9n\u00e9diction esth\u00e9tique. Ce malentendu culturel retarde fr\u00e9quemment la consultation m\u00e9dicale, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la photophobie majeure et l&rsquo;opalescence corn\u00e9enne blanch\u00e2tre ne dissipent l&rsquo;illusion. Ailleurs, la modification morphologique du globe est parfois interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers le prisme de croyances magico-religieuses, comme l&rsquo;effet du \u00ab mauvais \u0153il \u00bb, de punitions ancestrales ou de sorts jet\u00e9s sur la lign\u00e9e familiale, ce qui peut g\u00e9n\u00e9rer une stigmatisation sociale s\u00e9v\u00e8re pour la m\u00e8re et l&rsquo;enfant et orienter la famille vers des pratiques traditionnelles inadapt\u00e9es avant tout recours \u00e0 la biom\u00e9decine.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9pid\u00e9miologique et g\u00e9n\u00e9tique, la pr\u00e9valence du glaucome cong\u00e9nital buphtalmique varie de fa\u00e7on spectaculaire : de 1 pour 10 000 \u00e0 20 000 naissances vivantes dans les pays occidentaux, elle peut atteindre 1 pour 1 250 \u00e0 2 500 naissances dans certaines communaut\u00e9s isol\u00e9es ou au sein de populations pratiquant traditionnellement des unions consanguines (comme dans certaines r\u00e9gions du Moyen-Orient, d&rsquo;Afrique du Nord ou parmi les communaut\u00e9s roms de Slovaquie). Cette disparit\u00e9 impose des programmes de d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9tique et de conseil g\u00e9n\u00e9tique transculturels cibl\u00e9s et adapt\u00e9s au contexte anthropologique de chaque communaut\u00e9.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es spectaculaires de la m\u00e9decine oculaire p\u00e9diatrique, plusieurs d\u00e9bats majeurs et limites cliniques subsistent au sein de la communaut\u00e9 m\u00e9dico-scientifique.<\/p>\n<p>Le premier sujet de controverse concerne la strat\u00e9gie chirurgicale de premi\u00e8re intention. Si la trab\u00e9culotomie et la goniotomie demeurent les approches conventionnelles les plus accept\u00e9es, les chirurgiens d\u00e9battent vivement de l&rsquo;opportunit\u00e9 de recourir d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 une chirurgie combin\u00e9e (trab\u00e9culotomie associ\u00e9e \u00e0 une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trab%C3%A9culectomie\">trab\u00e9culectomie<\/a> avec adjonction d&rsquo;antim\u00e9tabolites tels que la mitomycine C). Les partisans de cette approche plus agressive soulignent une baisse tensionnelle plus p\u00e9renne, tandis que ses d\u00e9tracteurs mettent en garde contre les risques accrus d&rsquo;endophtalmie foudroyante, d&rsquo;hypotonie chronique et de cataracte iatrog\u00e8ne chez le tr\u00e8s jeune enfant.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me d\u00e9bat critique concerne le recours r\u00e9current \u00e0 l&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale chez le nourrisson au cerveau en plein d\u00e9veloppement. Face \u00e0 la multiplication des examens sous narcose n\u00e9cessaires pour surveiller la pression intraoculaire et la biom\u00e9trie des yeux buphtalmiques, les alertes formul\u00e9es par les agences de sant\u00e9 (telles que la FDA) sur la neurotoxicit\u00e9 potentielle des agents anesth\u00e9siques chez les enfants de moins de trois ans suscitent une inqui\u00e9tude l\u00e9gitime. Les cliniciens doivent peser en permanence le risque neurod\u00e9veloppemental d&rsquo;anesth\u00e9sies r\u00e9p\u00e9t\u00e9es face au risque absolu de c\u00e9cit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 un suivi tensionnel insuffisant.<\/p>\n<p>Enfin, une limite critique r\u00e9side dans la focalisation quasi exclusive des \u00e9quipes hospitali\u00e8res sur la r\u00e9gulation de la pression millim\u00e9trique, au d\u00e9triment de l&rsquo;accompagnement neurovisuel et psychoaffectif global. Trop souvent, une intervention chirurgicale techniquement impeccable qui normalise la pression est qualifi\u00e9e de \u00ab succ\u00e8s m\u00e9dical complet \u00bb, alors m\u00eame que l&rsquo;enfant conserve un handicap neurovisuel complexe, une amblyopie r\u00e9fractive profonde n\u00e9glig\u00e9e, des troubles du sch\u00e9ma corporel et des phobies proc\u00e9durales qui entravent son d\u00e9veloppement harmonieux.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les erreurs diagnostiques et conceptuelles, il convient de distinguer clairement la buphtalmie d&rsquo;autres entit\u00e9s ophtalmologiques p\u00e9diatriques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Buphtalmie vs M\u00e9galocorn\u00e9e cong\u00e9nitale :<\/strong> La m\u00e9galocorn\u00e9e est une anomalie g\u00e9n\u00e9tique non progressive (le plus souvent li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;X) caract\u00e9ris\u00e9e par une corn\u00e9e de diam\u00e8tre \u00e9largi sans hypertension oculaire, sans \u0153d\u00e8me corn\u00e9en, sans stries de Haab et sans excavation papillaire du nerf optique. L&rsquo;acuit\u00e9 visuelle et le champ visuel y sont pr\u00e9serv\u00e9s, ne n\u00e9cessitant aucune intervention chirurgicale.<\/li>\n<li><strong>Buphtalmie vs Exophtalmie :<\/strong> L&rsquo;exophtalmie est une protrusion vers l&rsquo;avant d&rsquo;un globe oculaire de taille intrins\u00e8quement normale hors de la cavit\u00e9 orbitaire (souvent d&rsquo;origine tumorale, vasculaire ou inflammatoire orbitaire). La buphtalmie, au contraire, est une augmentation intrins\u00e8que de la taille et du volume du globe oculaire lui-m\u00eame.<\/li>\n<li><strong>Buphtalmie vs K\u00e9ratoglobe et K\u00e9ratoc\u00f4ne :<\/strong> Ces affections ectasiques de la corn\u00e9e entra\u00eenent une d\u00e9formation et un amincissement corn\u00e9en non li\u00e9s \u00e0 une hypertonie oculaire infantile primitive, et n&rsquo;engagent pas une augmentation globale de la longueur axiale du globe scl\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>Buphtalmie vs Staphylome corn\u00e9en :<\/strong> Le staphylome corn\u00e9en r\u00e9sulte d&rsquo;une perforation ou d&rsquo;une fonte corn\u00e9enne n\u00e9crotique cons\u00e9cutive \u00e0 une infection s\u00e9v\u00e8re, cicatris\u00e9e par du tissu fibreux tapiss\u00e9 d&rsquo;uv\u00e9e prolaps\u00e9e, sans anomalie primitive de drainage trab\u00e9culaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La buphtalmie repr\u00e9sente une urgence m\u00e9dico-chirurgicale p\u00e9diatrique dont les enjeux d\u00e9passent largement l&rsquo;appareil oculaire isol\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle est la cons\u00e9quence biom\u00e9canique directe d&rsquo;une hypertension oculaire survenant chez le nourrisson avant l&rsquo;\u00e2ge de 3 ans, profitant de la mall\u00e9abilit\u00e9 \u00e9lastique de la coque corn\u00e9oscl\u00e9rale infantile pour distendre le globe.<\/li>\n<li>Elle se manifeste cliniquement par la triade \u00ab photophobie, \u00e9piphora, bl\u00e9pharospasme \u00bb, associ\u00e9e \u00e0 une m\u00e9galocorn\u00e9e laiteuse, des stries de Haab et un allongement axial pathologique du globe oculaire.<\/li>\n<li>La prise en charge est avant tout chirurgicale d&rsquo;urgence (goniotomie, trab\u00e9culotomie ou dispositifs de drainage), visant \u00e0 pr\u00e9server le nerf optique de l&rsquo;atrophie et \u00e0 stopper la distension scl\u00e9rale.<\/li>\n<li>Le pronostic visuel final d\u00e9pend non seulement de la r\u00e9ussite chirurgicale tonom\u00e9trique, mais aussi de la pr\u00e9cocit\u00e9 de la r\u00e9habilitation optique et du traitement vigoureux de l&rsquo;amblyopie r\u00e9fractive.<\/li>\n<li>L&rsquo;impact psychologique, relationnel et affectif sur l&rsquo;enfant et sa constellation familiale requiert un soutien multidisciplinaire ind\u00e9fectible, pr\u00e9venant le traumatisme proc\u00e9dural et favorisant une int\u00e9gration scolaire et sociale optimale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Aponte, E. P., Diehl, N., &#038; Mohney, B. G. (2010). Incidence and clinical characteristics of childhood glaucoma: A population-based study. <em>Archives of Ophthalmology<\/em>, 128(4), 478-482. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archophthalmol.2010.41\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archophthalmol.2010.41<\/a><\/li>\n<li>Barkan, O. (1953). Surgery of congenital glaucoma: Review of 196 operations in 422 eyes. <em>American Journal of Ophthalmology<\/em>, 36(11), 1523-1534. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0002-9394(53)90848-7\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0002-9394(53)90848-7<\/a><\/li>\n<li>Dahlmann-Noor, A., Tailor, V., Bunce, C., &#038; Abou-Rayyah, Y. (2017). Quality of life and functional vision in children with glaucoma. <em>Investigative Ophthalmology &#038; Visual Science<\/em>, 58(8), 2450.<\/li>\n<li>Sarfarazi, M., Akarsu, A. N., Hossain, A., Turacli, M. E., Aktan, S. G., Barsoum-Homsy, M., Chevrette, L., &#038; Sayli, B. S. (1995). Assignment of a locus (GLC3A) for primary congenital glaucoma to chromosome 2p21 within the critical region for autoimmune polyglandular syndrome type 1. <em>Human Molecular Genetics<\/em>, 4(8), 1459-1465. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/hmg\/4.8.1459\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/hmg\/4.8.1459<\/a><\/li>\n<li>Sarkisian, S. R. (2010). An overview of pediatric glaucoma. <em>Current Opinion in Ophthalmology<\/em>, 21(2), 123-129. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/ICU.0b013e3283360b6b\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/ICU.0b013e3283360b6b<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la buphtalmie : d\u00e9finition clinique, m\u00e9canismes biom\u00e9caniques, aspects d\u00e9veloppementaux et r\u00e9percussions psychologiques chez l&rsquo;enfant atteint de glaucome cong\u00e9nital.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,38091,127],"tags":[33223,38092,38093,38094,38095,8739,38096],"class_list":["post-22591","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-ophtalmologie-pediatrique","category-psychologie-du-developpement","tag-amblyopie","tag-buphtalmie","tag-buphtalmos","tag-glaucome-congenital","tag-megalocornee","tag-neurodeveloppement","tag-traumatisme-medical-pediatrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22591\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}