{"id":22567,"date":"2026-10-27T15:16:16","date_gmt":"2026-10-27T15:16:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-bucco-linguo-masticateur"},"modified":"2026-10-27T15:16:16","modified_gmt":"2026-10-27T15:16:16","slug":"syndrome-bucco-linguo-masticateur","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-bucco-linguo-masticateur","title":{"rendered":"Syndrome bucco-linguo-masticateur : Clinique"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par une chor\u00e9graphie involontaire et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e affectant la sph\u00e8re orofaciale, le syndrome bucco-linguo-masticateur repr\u00e9sente l\u2019une des complications motrices les plus invalidantes et stigmatisantes de la pharmacoth\u00e9rapie psychiatrique au long cours. Longtemps confondu avec des st\u00e9r\u00e9otypies psychotiques spontan\u00e9es ou des manifestations neurologiques idiopathiques, ce tableau clinique soul\u00e8ve des questions fondamentales \u00e0 l&rsquo;intersection de la psychiatrie biologique, de la pharmacologie et de la neuropsychiatrie clinique.<\/p>\n<h2>Syndrome bucco-linguo-masticateur<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>syndrome bucco-linguo-masticateur<\/strong> (SBLM, souvent d\u00e9sign\u00e9 en litt\u00e9rature anglophone sous l&rsquo;acronyme BLM ou BLMS pour <em>buccolingual masticatory syndrome<\/em>) est un trouble du mouvement hyperkin\u00e9tique caract\u00e9ris\u00e9 par des contractions musculaires involontaires, r\u00e9p\u00e9titives, non rythmiques et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es impliquant la langue, les l\u00e8vres, les joues et les muscles masticateurs de la m\u00e2choire. Ce syndrome constitue la manifestation ph\u00e9nom\u00e9nologique la plus fr\u00e9quente et la plus embl\u00e9matique des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dyskin%C3%A9sie_tardive\">dyskin\u00e9sies tardives<\/a> induites par les antagonistes des r\u00e9cepteurs dopaminergiques, en particulier les neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration et certains antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Sur le plan s\u00e9miologique, le syndrome associe de mani\u00e8re variable des mouvements de torsion, de protrusion ou d\u2019ondulation de la langue (parfois qualifi\u00e9e de \u00ab langue de serpent \u00bb ou de syndrome de la grenouille), des claquements de l\u00e8vres, des pincements oraux, des mouvements de succion, des mimiques de m\u00e2chonnement perp\u00e9tuel sans bol alimentaire et des d\u00e9viations lat\u00e9rales ou verticales de la mandibule. Bien qu\u2019il soit majoritairement iatrog\u00e8ne, le syndrome bucco-linguo-masticateur peut \u00e9galement survenir de mani\u00e8re spontan\u00e9e chez des sujets \u00e2g\u00e9s \u00e9dent\u00e9s ou dans le cadre de certaines affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, cr\u00e9ant un d\u00e9fi diagnostique majeur pour le clinicien.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine, ce syndrome s&rsquo;int\u00e8gre g\u00e9n\u00e9ralement au sein du spectre des syndromes moteurs extrapyramidaux tardifs. Son apparition est typiquement insidieuse, survenant apr\u00e8s une exposition prolong\u00e9e d&rsquo;au moins quelques mois \u00e0 un agent bloquant les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, et pr\u00e9sente une f\u00e2cheuse propension \u00e0 persister ind\u00e9finiment, voire \u00e0 s&rsquo;aggraver de fa\u00e7on paradoxale lors de la r\u00e9duction posologique ou du sevrage de la mol\u00e9cule causale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab bucco-linguo-masticateur \u00bb est un n\u00e9ologisme compos\u00e9 savant issu directement des racines anatomiques latines et de la terminologie biom\u00e9dicale du XXe si\u00e8cle. Le premier morph\u00e8me, <em>bucco-<\/em>, d\u00e9rive du latin classique <em>bucca<\/em>, qui d\u00e9signait initialement la bouche pleine ou gonfl\u00e9e par l&rsquo;air, puis par extension la bouche et la joue dans le vocabulaire populaire et anatomique tardif. Le second morph\u00e8me, <em>linguo-<\/em>, provient du latin <em>lingua<\/em>, d\u00e9signant la langue en tant qu&rsquo;organe gustatif et phonatoire mais aussi le langage verbal. Enfin, le qualificatif <em>masticateur<\/em> est issu du bas-latin <em>masticare<\/em> (m\u00e2cher, broyer les aliments), lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au verbe grec ancien <em>mastikhan<\/em> (grincer des dents, m\u00e2cher).<\/p>\n<p>Le terme \u00ab syndrome \u00bb puise quant \u00e0 lui ses origines dans le grec ancien <em>sundrom\u00ea<\/em> (concours, r\u00e9union tumultueuse, confluence), constitu\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>sun-<\/em> (avec, ensemble) et du radical <em>dromos<\/em> (course, cheminement). Il \u00e9voque ainsi la coexistence simultan\u00e9e et coh\u00e9rente d&rsquo;un faisceau de signes cliniques marchant de concert. En anglais m\u00e9dical, l&rsquo;expression <em>buccolingual masticatory syndrome<\/em> est apparue dans les ann\u00e9es 1960 et 1970 pour d\u00e9signer la localisation p\u00e9ribuccale pr\u00e9dominante des dyskin\u00e9sies induites par la chlorpromazine et l&rsquo;halop\u00e9ridol, avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9e fid\u00e8lement dans le vocabulaire neurologique et psychiatrique francophone.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se prononce en fran\u00e7ais standard international [s\u025b\u0303.d\u0281om by.ko.l\u025b\u0303.\u0261wo.mas.ti.ka.t\u0153\u0281]. Les acronymes couramment accept\u00e9s dans les \u00e9crits acad\u00e9miques sont SBLM en fran\u00e7ais et BLM ou BLMS (pour <em>buccolingual masticatory syndrome<\/em>) dans les publications internationales anglophones.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, le terme est un syntagme nominal masculin singulier. L&rsquo;adjectif compos\u00e9 \u00ab bucco-linguo-masticateur \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le substantif qu&rsquo;il qualifie : on parlera d&rsquo;un \u00ab syndrome bucco-linguo-masticateur \u00bb au masculin singulier, ou de \u00ab manifestations bucco-linguo-masticatrices \u00bb et de \u00ab dyskin\u00e9sies bucco-linguo-masticatrices \u00bb au f\u00e9minin pluriel. Dans l&rsquo;usage hospitalier et psychiatrique, le clinicien utilise parfois l&rsquo;expression m\u00e9tonymique abr\u00e9g\u00e9e \u00ab la dyskin\u00e9sie bucco-linguale \u00bb ou \u00ab le syndrome lingual \u00bb pour faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce complexe symptomatique pr\u00e9cis.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le syndrome bucco-linguo-masticateur ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple anomalie cin\u00e9tique localis\u00e9e ; il traduit une d\u00e9sorganisation profonde des r\u00e9seaux neuronaux sous-corticaux d\u00e9di\u00e9s au contr\u00f4le moteur involontaire et \u00e0 la r\u00e9gulation des automatismes oro-pharyng\u00e9s. Le tableau clinique se d\u00e9ploie \u00e0 travers un r\u00e9pertoire s\u00e9miologique tr\u00e8s vari\u00e9, mais remarquablement constant dans ses grandes lignes. Le ph\u00e9nom\u00e8ne central r\u00e9side dans l&rsquo;incapacit\u00e9 du patient \u00e0 maintenir sa musculature buccale et linguale dans un \u00e9tat de repos m\u00e9canique durable. M\u00eame lorsque l&rsquo;individu ne parle pas et ne mange pas, ses organes orofaciaux demeurent anim\u00e9s d&rsquo;une cin\u00e9tique continue, serpentine ou saccad\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;atteinte linguale constitue fr\u00e9quemment le signe inaugural et le plus sp\u00e9cifique de l&rsquo;affection. Dans sa forme discr\u00e8te, elle se manifeste par un tr\u00e9moussement fin de la surface linguale observable lorsque le patient garde la bouche entrouverte, ou par une incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir la langue protruse en dehors de la cavit\u00e9 buccale pendant plus de quelques secondes (le signe classique de la \u00ab langue de marionnette \u00bb ou de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de protraction linguale soutenue). Au fur et \u00e0 mesure que le trouble progresse, la langue s&rsquo;anime de mouvements de roulement contre la vo\u00fbte palatine, d&rsquo;ondulations vermiculaires sur le plancher buccal, et de pouss\u00e9es it\u00e9ratives contre la face interne des dents ou les joues, donnant l&rsquo;impression que le sujet roule constamment un bonbon imaginaire (connu dans la s\u00e9miologie anglo-saxonne sous le terme de <em>bonbon sign<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan mandibulaire et labial, le syndrome combine des contractions cloniques des l\u00e8vres (moue, \u00e9tirement bilat\u00e9ral, pincement, t\u00e9t\u00e9e involontaire) et une activation intempestive des muscles mass\u00e9ters, pt\u00e9rygo\u00efdiens et temporaux. Cette synergie anormale entra\u00eene des mouvements de broyage, de mastication \u00e0 vide, et d&rsquo;abaissement ou de propulsion du menton. Contrairement aux tremblements observ\u00e9s dans le parkinsonisme m\u00e9dicamenteux, qui sont oscillatoires, r\u00e9guliers et d&rsquo;une fr\u00e9quence stable de quatre \u00e0 six hertz, les mouvements du syndrome bucco-linguo-masticateur sont arythmiques, polymorphes, variables en amplitude et en vitesse, et ne s&rsquo;accompagnent pas de rigidit\u00e9 en roue dent\u00e9e au niveau axial ou p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact fonctionnel et psychologique de ce trouble moteur est consid\u00e9rable. Sur le plan instrumental, le dysfonctionnement permanent de l&rsquo;appareil manducateur peut alt\u00e9rer gravement la d\u00e9glutition (dysphagie), majorant le risque de fausses routes et de pneumopathies d&rsquo;inhalation, g\u00eaner consid\u00e9rablement l&rsquo;\u00e9locution (dysarthrie m\u00e9canique par instabilit\u00e9 articulatoire) et emp\u00eacher le port proth\u00e9tique chez les sujets \u00e9dent\u00e9s en raison d&rsquo;ulc\u00e9rations muqueuses chroniques caus\u00e9es par le frottement incessant des tissus mous contre les cr\u00eates osseuses ou les dents r\u00e9siduelles. Sur le plan relationnel, la nature hautement visible et spectaculaire de ces grimaces expose les patients \u00e0 une stigmatisation sociale cuisante, accentuant l&rsquo;isolement affectif et l&rsquo;ali\u00e9nation de sujets souvent d\u00e9j\u00e0 vuln\u00e9rabilis\u00e9s par une maladie psychiatrique s\u00e9v\u00e8re comme la schizophr\u00e9nie ou le trouble bipolaire.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du syndrome bucco-linguo-masticateur est indissociable de l&rsquo;av\u00e8nement de la psychopharmacologie moderne et de la r\u00e9volution th\u00e9rapeutique initi\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950. L&rsquo;introduction de la chlorpromazine par Jean Delay et Pierre Deniker en 1952 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Sainte-Anne a transform\u00e9 de fond en comble le pronostic et la prise en charge des psychoses aigu\u00ebs et chroniques. Toutefois, parall\u00e8lement \u00e0 cette efficacit\u00e9 remarquable sur le d\u00e9lire et l&rsquo;agitation, les cliniciens ont rapidement observ\u00e9 des effets ind\u00e9sirables neurologiques pr\u00e9coces (syndromes parkinsoniens, dystonies aigu\u00ebs, akathisie), puis des anomalies motrices beaucoup plus pr\u00e9occupantes survenant \u00e0 retardement.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1950, plusieurs ali\u00e9nistes europ\u00e9ens documentent des cas de mouvements anormaux hyperkin\u00e9tiques buccaux chez des malades psychiatriques trait\u00e9s au long cours. En 1957, le psychiatre allemand Matthias Sch\u00f6necker publie l&rsquo;une des premi\u00e8res descriptions syst\u00e9matiques d&rsquo;un syndrome moteur facial persistant cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;administration prolong\u00e9e de ph\u00e9nothiazines. En France, Jean Sigwald et ses coll\u00e8gues rapportent en 1959 des cas de dyskin\u00e9sies facio-bucco-linguo-masticatrices rebelles chez des patients trait\u00e9s par le neuroleptique pipamperone ou la chlorpromazine. Cependant, la communaut\u00e9 m\u00e9dicale a longtemps manifest\u00e9 un scepticisme prononc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la causalit\u00e9 iatrog\u00e8ne de ces troubles. De nombreux auteurs estimaient en effet que ces mouvements n&rsquo;\u00e9taient que des r\u00e9surgences de st\u00e9r\u00e9otypies catatoniques ou de \u00ab tics maniaques \u00bb d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crits par Emil Kraepelin ou Eugen Bleuler bien avant l&rsquo;\u00e8re des neuroleptiques.<\/p>\n<p>Le basculement \u00e9pist\u00e9mologique s&rsquo;op\u00e8re durant la d\u00e9cennie 1960. En 1964, le psychiatre n\u00e9erlandais George Willem Uhrbrand et ses confr\u00e8res \u00e9tablissent formellement la distinction entre les manifestations motrices intrins\u00e8ques de la psychose et ces nouveaux tableaux iatrog\u00e8nes. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que le terme g\u00e9n\u00e9rique de \u00ab dyskin\u00e9sie tardive \u00bb (<em>tardive dyskinesia<\/em>) est consacr\u00e9 par le chercheur danois Aage Faurbye en 1964. Le syndrome bucco-linguo-masticateur est alors identifi\u00e9 comme le ph\u00e9notype princeps et pr\u00e9dominant de cette affection tardive.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le d\u00e9veloppement de crit\u00e8res standardis\u00e9s (tels que ceux formul\u00e9s par Daniel Tarsy et Ross Baldessarini) et la cr\u00e9ation d&rsquo;\u00e9chelles quantitatives sp\u00e9cifiques comme l&rsquo;AIMS (<em>Abnormal Involuntary Movement Scale<\/em>) par Guy en 1976 permettent d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie du syndrome \u00e0 grande \u00e9chelle. L&rsquo;\u00e9mergence des antipsychotiques dits atypiques ou de seconde g\u00e9n\u00e9ration au cours des ann\u00e9es 1990 (notamment la clozapine, l&rsquo;olanzapine et la risp\u00e9ridone) a suscit\u00e9 l&rsquo;espoir d&rsquo;une \u00e9radication du trouble. Bien que ces agents aient ind\u00e9niablement r\u00e9duit l&rsquo;incidence annuelle du syndrome par rapport aux neuroleptiques classiques \u00e0 haute affinit\u00e9, le risque ne s&rsquo;est pas totalement \u00e9vanoui, confirmant que le syndrome bucco-linguo-masticateur demeure un enjeu th\u00e9rapeutique majeur au XXIe si\u00e8cle, y compris avec les nouvelles pharmacoth\u00e9rapies psychotropes.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La physiopathologie sous-jacente au syndrome bucco-linguo-masticateur repose principalement sur le dysfonctionnement des boucles cortico-sous-cortico-thalamo-corticales et des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ganglions_de_la_base\">ganglions de la base<\/a>, particuli\u00e8rement au sein de la voie nigrostri\u00e9e. Plusieurs hypoth\u00e8ses neurobiologiques compl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 forg\u00e9es pour expliquer l&rsquo;\u00e9mergence paradoxale d&rsquo;un syndrome hyperkin\u00e9tique \u00e0 la suite d&rsquo;un traitement bloquant pr\u00e9cis\u00e9ment les r\u00e9cepteurs de la dopamine.<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se classique et pr\u00e9pond\u00e9rante est celle de l&rsquo;<strong>hypersensibilit\u00e9 de d\u00e9nervation pharmacologique des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2<\/strong>. L&rsquo;occupation chronique et prolong\u00e9e de plus de 65 \u00e0 80 % des r\u00e9cepteurs D2 du striatum par les neuroleptiques induit une r\u00e9gulation positive adaptative (<em>up-regulation<\/em>). Les neurones striataux \u00e9pineux moyens de la voie indirecte augmentent la densit\u00e9 de leurs r\u00e9cepteurs membranaires et voient leur affinit\u00e9 pour la dopamine endog\u00e8ne s&rsquo;exacerber. Lorsque de faibles mol\u00e9cules de dopamine striatale entrent en comp\u00e9tition ou lorsque la concentration locale d&rsquo;antipsychotique fluctue, cette machinerie sursensibilis\u00e9e d\u00e9clenche une transmission excessive au sein du striatum, entra\u00eenant une d\u00e9sinhibition de la voie motrice thalamique et la gen\u00e8se de mouvements anormaux involontaires.<\/p>\n<p>Toutefois, la seule hypersensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs D2 ne suffit pas \u00e0 rendre compte de l&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 fr\u00e9quente du syndrome bucco-linguo-masticateur chez de nombreux patients, l&rsquo;up-regulation \u00e9tant th\u00e9oriquement r\u00e9versible apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat du bloqueur. Deux m\u00e9canismes neurochimiques et structuraux additifs ont donc \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s :<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, l&rsquo;<strong>hypoth\u00e8se du stress oxydatif et de la neurotoxicit\u00e9 mitochondriale<\/strong> sugg\u00e8re que le m\u00e9tabolisme des neuroleptiques ph\u00e9nothiaziniques et butyroph\u00e9nones g\u00e9n\u00e8re une production massive d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9actives de l&rsquo;oxyg\u00e8ne (radicaux libres), une peroxydation lipidique membranaire et une alt\u00e9ration de la cha\u00eene respiratoire mitochondriale au sein des neurones striataux. Cette toxicit\u00e9 chronique entra\u00eene une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neuronale s\u00e9lective des interneurones striataux gabaergiques et cholinergiques, privant le syst\u00e8me extrapyramidal de son frein inhibiteur naturel.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, la <strong>th\u00e9orie de la plasticit\u00e9 synaptique maladaptative<\/strong> et du d\u00e9s\u00e9quilibre striatal entre la voie directe facilitatrice (m\u00e9di\u00e9e par les r\u00e9cepteurs D1 et la substance P) et la voie indirecte inhibitrice (m\u00e9di\u00e9e par les r\u00e9cepteurs D2 et l&rsquo;enk\u00e9phaline) explique la fixation mn\u00e9sique et la chronicit\u00e9 des circuits moteurs d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s. Des anomalies de transmission du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acide_%CE%B3-aminobutyrique\">GABA<\/a> (acide gamma-aminobutyrique) et une d\u00e9pl\u00e9tion relative des transporteurs v\u00e9siculaires de monoamines de type 2 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/VMAT2\">VMAT2<\/a>) contribuent \u00e0 entretenir un \u00e9tat d&rsquo;instabilit\u00e9 hyperkin\u00e9tique focalis\u00e9 avec pr\u00e9dilection sur la r\u00e9gion orofaciale, dont la repr\u00e9sentation somatotopique dans l&rsquo;homoncule moteur de Penfield et le striatum ant\u00e9rieur est volum\u00e9triquement dominante.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le syndrome bucco-linguo-masticateur peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 selon ses cibles motrices anatomiques, son mode d&rsquo;installation et ses variantes ph\u00e9notypiques cliniques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante linguale (dyskin\u00e9sie linguale) :<\/strong> Mouvements de protrusion involontaire (\u00ab fly-catcher tongue \u00bb ou langue du gobe-mouche), r\u00e9traction brusque, torsion h\u00e9lico\u00efdale de la pointe, pressions rythm\u00e9es contre la paroi interne des joues provoquant un bombement cutan\u00e9 intermittent, et myoclonies fibrillaires de la base linguale.<\/li>\n<li><strong>La composante masticatrice et mandibulaire :<\/strong> Mouvements de diduction mandibulaire (mouvements lat\u00e9raux it\u00e9ratifs de la m\u00e2choire inf\u00e9rieure), propulsion mentonni\u00e8re continue, contractions spasmodiques d&rsquo;\u00e9crasement dentaire sans substrat masticatoire r\u00e9el, entra\u00eenant souvent une usure pr\u00e9matur\u00e9e des surfaces occlusales.<\/li>\n<li><strong>La composante labio-faciale :<\/strong> Plissements des l\u00e8vres, mouvements de baisers r\u00e9p\u00e9titifs (\u00ab puckering \u00bb), rictus p\u00e9ribuccal asym\u00e9trique, aspiration des l\u00e8vres vers l&rsquo;int\u00e9rieur de la cavit\u00e9 buccale, gonflement intermittent des joues par insufflation involontaire d&rsquo;air.<\/li>\n<li><strong>Variante d&rsquo;apparition tardive classique :<\/strong> S&rsquo;installe insidieusement apr\u00e8s plusieurs mois ou ann\u00e9es d&rsquo;impr\u00e9gnation neuroleptique, persiste \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat du traitement et peut s&rsquo;av\u00e9rer r\u00e9fractaire sur plusieurs ann\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Variante de d\u00e9masquage ou de sevrage (dyskin\u00e9sie de sevrage) :<\/strong> \u00c9merge brutalement dans les jours ou semaines qui suivent la r\u00e9duction posologique ou l&rsquo;interruption compl\u00e8te d&rsquo;un m\u00e9dicament neuroleptique, traduisant l&rsquo;exposition soudaine de r\u00e9cepteurs supersensibilis\u00e9s \u00e0 la dopamine endog\u00e8ne. Cette forme est plus fr\u00e9quemment r\u00e9versible chez le sujet jeune.<\/li>\n<li><strong>Le syndrome du lapin (Rabbit Syndrome) :<\/strong> Souvent individualis\u00e9 ou consid\u00e9r\u00e9 comme une variante fronti\u00e8re, il consiste en un tremblement vertical, rapide (environ cinq hertz) et tr\u00e8s r\u00e9gulier des l\u00e8vres et de la r\u00e9gion p\u00e9ribuccale, mimant le fr\u00e9missement du museau d&rsquo;un lapin. Contrairement au syndrome bucco-linguo-masticateur classique qui est chor\u00e9oath\u00e9tosique et ne r\u00e9pond pas aux anticholinergiques, le syndrome du lapin partage des m\u00e9canismes avec le parkinsonisme et r\u00e9gresse souvent sous traitement anticholinergique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : Dyskin\u00e9sie tardive classique chez une patiente schizophr\u00e8ne au long cours<\/strong><br \/>Madame A., 64 ans, suivie depuis l&rsquo;\u00e2ge de 26 ans pour une schizophr\u00e9nie parano\u00efde stabilis\u00e9e, est trait\u00e9e depuis plus de quinze ans par d\u00e9canoate d&rsquo;halop\u00e9ridol en injection intramusculaire mensuelle, combin\u00e9 \u00e0 de faibles doses de diaz\u00e9pam. Lors d&rsquo;une visite de suivi, son infirmier r\u00e9f\u00e9rent observe l&rsquo;apparition progressive de mouvements inhabituels de la sph\u00e8re buccale : la patiente m\u00e2chonne continuellement dans le vide, pince les l\u00e8vres puis effectue des sorties br\u00e8ves et imp\u00e9rieuses de la langue. Lorsqu&rsquo;on lui demande de tirer la langue et de la maintenir immobile hors de la bouche, elle ne peut d\u00e9passer quatre secondes sans que l&rsquo;organe ne soit violemment ramen\u00e9 en arri\u00e8re par une contraction involontaire. Madame A. ne se plaint spontan\u00e9ment d&rsquo;aucune douleur et minimise le trouble, d\u00e9clarant avoir simplement \u00ab la bouche s\u00e8che \u00bb. L&rsquo;application de l&rsquo;\u00e9chelle AIMS confirme un score s\u00e9v\u00e8re dans la zone bucco-faciale. Une transition progressive vers la clozapine a permis, en l&rsquo;espace de six mois, une att\u00e9nuation de 40 % de l&rsquo;amplitude des secousses linguales sans rechute psychotique.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : D\u00e9masquage aigu de dyskin\u00e9sie linguale lors d&rsquo;un sevrage<\/strong><br \/>Monsieur B., 48 ans, suivi pour un trouble bipolaire avec caract\u00e9ristiques psychotiques, re\u00e7oit depuis six ans une trith\u00e9rapie associant lithium, acide valpro\u00efque et 15 mg de risp\u00e9ridone par jour. En raison d&rsquo;une prise de poids massive et d&rsquo;un ralentissement psychomoteur invalidant, son psychiatre entreprend une r\u00e9duction rapide de la risp\u00e9ridone, diminu\u00e9e \u00e0 2 mg en l&rsquo;espace de trois semaines. Dix jours apr\u00e8s le palier \u00e0 2 mg, Monsieur B. d\u00e9veloppe de spectaculaires mouvements de contorsion h\u00e9lico\u00efdale de la langue et des claquements de m\u00e2choire audibles qui perturbent dramatiquement son allocution et emp\u00eachent toute mastication normale lors des repas. L&rsquo;angoisse engendr\u00e9e par cette perte de contr\u00f4le corporel est majeure. Le clinicien identifie une dyskin\u00e9sie de sevrage par d\u00e9sinhibition brutale des r\u00e9cepteurs dopaminergiques sensibilis\u00e9s. La remont\u00e9e temporaire de la dose de risp\u00e9ridone suivie d&rsquo;une d\u00e9croissance ultra-lente coupl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;introduction d&rsquo;un inhibiteur du VMAT2 a permis la r\u00e9gression compl\u00e8te du syndrome en dix-huit semaines.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification et le suivi d&rsquo;un syndrome bucco-linguo-masticateur exigent un examen clinique rigoureux, m\u00e9thodique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9, id\u00e9alement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 chaque consultation psychiatrique chez tout individu expos\u00e9 \u00e0 un bloqueur des r\u00e9cepteurs dopaminergiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;instrument de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale est l&rsquo;<strong>\u00e9chelle des mouvements anormaux involontaires<\/strong> (<em>Abnormal Involuntary Movement Scale<\/em> ou AIMS). Cet instrument semi-quantitatif en douze items \u00e9value l&rsquo;amplitude et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des mouvements sur une \u00e9chelle de z\u00e9ro (aucun) \u00e0 quatre (s\u00e9v\u00e8re). Les quatre premiers items mesurent pr\u00e9cis\u00e9ment la zone orofaciale : mouvements des muscles de l&rsquo;expression faciale, mouvements des l\u00e8vres et de la zone p\u00e9ribuccale, mouvements de la m\u00e2choire (serrage, m\u00e2chonnement, lat\u00e9ralit\u00e9s) et motricit\u00e9 intrins\u00e8que et extrins\u00e8que de la langue. L&rsquo;examen standardis\u00e9 implique des \u00e9preuves de sensibilisation motrice : observation du patient au repos complet, observation pendant qu&rsquo;il effectue des t\u00e2ches distolat\u00e9rales (taper rapidement du doigt sur la cuisse, ouvrir et fermer alternativement la main), ce qui a pour effet de d\u00e9masquer ou d&rsquo;amplifier des dyskin\u00e9sies linguales dissimul\u00e9es.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres outils psychom\u00e9triques sont \u00e9galement utilis\u00e9s dans la recherche et les essais cliniques, notamment la <em>Tardive Dyskinesia Rating Scale<\/em> (TDRS) con\u00e7ue par Simpson et ses collaborateurs, et la <em>DISCUS<\/em> (<em>Dyskinesia Identification System: Condensed User Scale<\/em>). Au-del\u00e0 des \u00e9chelles standardis\u00e9es, le diagnostic diff\u00e9rentiel impose souvent un bilan biologique complet pour \u00e9liminer une pathologie thyro\u00efdienne, une h\u00e9mochromatose ou une maladie de Wilson (c\u00e9rul\u00e9oplasmine et cupr\u00e9mie), ainsi qu&rsquo;une imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale afin d&rsquo;exclure un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral lacunaire du noyau lenticulaire ou une atrophie caud\u00e9e \u00e9vocatrice d&rsquo;une chor\u00e9e de Huntington.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La d\u00e9tection d&rsquo;un syndrome bucco-linguo-masticateur impose une r\u00e9vision imm\u00e9diate et strat\u00e9gique de la prise en charge th\u00e9rapeutique globale du patient :<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <strong>pharmacologie clinique<\/strong>, la premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer l&rsquo;indication absolue du traitement antipsychotique causal. Lorsque le maintien de la mol\u00e9cule est indispensable pour pr\u00e9venir une rechute d\u00e9lirante gravissime, la recommandation consensuelle consiste \u00e0 op\u00e9rer un relais graduel vers un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sentant une faible propension \u00e0 induire des sympt\u00f4mes extrapyramidaux (principalement la clozapine, ou subsidiairement la qu\u00e9tiapine ou l&rsquo;aripiprazole). L&rsquo;administration de m\u00e9dicaments anticholinergiques (comme le trihexyph\u00e9nidyle ou la benztropine), souvent prescrite \u00e0 tort dans ce contexte, doit \u00eatre formellement proscrite car elle aggrave notoirement les dyskin\u00e9sies buccales en rompant davantage l&rsquo;\u00e9quilibre dopamine-ac\u00e9tylcholine au profit de la dopamine.<\/p>\n<p>Sur le plan des <strong>th\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques modernes<\/strong>, l&rsquo;av\u00e8nement des inhibiteurs s\u00e9lectifs du transporteur v\u00e9siculaire des monoamines de type 2 (inhibiteurs de VMAT2, tels que la deut\u00e9trab\u00e9nazine, la valb\u00e9nazine et la t\u00e9trab\u00e9nazine) a r\u00e9volutionn\u00e9 la prise en charge du syndrome. En bloquant r\u00e9versiblement ce transporteur, ces agents diminuent la capture pr\u00e9synaptique et le stockage des monoamines, ce qui r\u00e9duit la lib\u00e9ration de dopamine dans la fente synaptique et apaise spectaculairement les mouvements orofaciaux sans alt\u00e9rer l&rsquo;\u00e9quilibre antipsychotique global.<\/p>\n<p>Dans la pratique <strong>odontologique et orthophonique<\/strong>, la prise en charge interdisciplinaire s&rsquo;av\u00e8re indispensable. Le chirurgien-dentiste doit veiller \u00e0 la protection des muqueuses contre les traumatismes occlusaux, envisager des goutti\u00e8res de protection souples lorsque le bruxisme masticateur est violent, et ajuster les proth\u00e8ses amovibles pour \u00e9viter les escarres gingivales. L&rsquo;orthophoniste intervient pour r\u00e9\u00e9duquer la dynamique linguale r\u00e9siduelle, pr\u00e9venir les troubles du carrefour a\u00e9ro-digestif et s\u00e9curiser les repas par des conseils posturaux adapt\u00e9s.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations \u00e9pid\u00e9miologiques et cliniques consacr\u00e9es au syndrome bucco-linguo-masticateur ont permis de dresser une cartographie pr\u00e9cise de ses d\u00e9terminants pronostiques et de son histoire naturelle. Selon les m\u00e9ta-analyses contemporaines publi\u00e9es par Correll et Kane, la pr\u00e9valence globale des dyskin\u00e9sies tardives parmi les patients sous neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration se situe entre 20 et 30 %, avec une pr\u00e9dominance \u00e9crasante (plus de 75 % des cas) de la symptomatologie bucco-linguo-masticatrice par rapport aux atteintes des membres ou du tronc.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes longitudinales ont mis en \u00e9vidence plusieurs facteurs de risque majeurs solidement corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence du syndrome :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e2ge avanc\u00e9 :<\/strong> Il constitue le pr\u00e9dicteur le plus puissant. Chez les sujets de plus de 60 ans, le taux d&rsquo;incidence annuelle des dyskin\u00e9sies orofaciales sous neuroleptiques peut atteindre 15 \u00e0 25 % d\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e d&rsquo;exposition, en raison de la s\u00e9nescence naturelle du syst\u00e8me dopaminergique striatal et de la diminution de la neuroplasticit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Le sexe biologique :<\/strong> Les femmes m\u00e9nopaus\u00e9es pr\u00e9sentent une incidence et une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 accrues du syndrome bucco-linguo-masticateur, un ph\u00e9nom\u00e8ne imput\u00e9 \u00e0 la chute des \u0153strog\u00e8nes, qui exercent physiologiquement un r\u00f4le modulateur antidopaminergique au niveau du syst\u00e8me nigrostri\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La pr\u00e9sence d&rsquo;un trouble de l&rsquo;humeur :<\/strong> Les patients trait\u00e9s pour un trouble d\u00e9pressif majeur ou un trouble bipolaire ont un risque relatif de d\u00e9velopper des dyskin\u00e9sies buccales deux \u00e0 trois fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui des patients souffrant de schizophr\u00e9nie pour une exposition m\u00e9dicamenteuse \u00e9quivalente.<\/li>\n<li><strong>Les ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;effets extrapyramidaux aigus :<\/strong> La survenue pr\u00e9coce de dystonies ou d&rsquo;un parkinsonisme iatrog\u00e8ne lors de l&rsquo;instauration du traitement constitue un marqueur de vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique pronostique fort.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les donn\u00e9es de neuro-imagerie fonctionnelle (TEP et TEMP) ont d\u00e9montr\u00e9 une r\u00e9duction significative de la recapture du transporteur dopaminergique (DAT) striatal et une alt\u00e9ration m\u00e9tabolique du globus pallidus et du putamen chez les patients pr\u00e9sentant un syndrome bucco-linguo-masticateur persistant. Ces donn\u00e9es confirment la r\u00e9alit\u00e9 des l\u00e9sions microstructurales au-del\u00e0 du simple blocage r\u00e9cepteur-ligand.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression, la tol\u00e9rance sociale et la trajectoire clinique du syndrome bucco-linguo-masticateur varient substantiellement selon les environnements g\u00e9oculturels et les syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9, o\u00f9 la transition vers les antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;incidence des formes explosives et d\u00e9figurantes du syndrome bucco-linguo-masticateur a notablement d\u00e9cru, bien que des formes mod\u00e9r\u00e9es \u00e0 insidieuses continuent de se d\u00e9velopper sous des traitements par risp\u00e9ridone, qu\u00e9tiapine ou aripiprazole. En revanche, dans de nombreux pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, les neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (comme l&rsquo;halop\u00e9ridol ou le fluph\u00e9nazine d\u00e9canoate) demeurent les mol\u00e9cules de premi\u00e8re ligne en raison de leur accessibilit\u00e9 financi\u00e8re, ce qui maintient une pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9e de syndromes orofaciaux chroniques et mutilants.<\/p>\n<p>Sur le plan anthropologique et transculturel, les mouvements p\u00e9ribuccaux et linguaux involontaires font l&rsquo;objet d&rsquo;interpr\u00e9tations populaires variables. Dans certains contextes traditionnels, ces grimaces et m\u00e2chonnements compulsifs ne sont pas rattach\u00e9s \u00e0 une cause m\u00e9dicamenteuse, mais sont per\u00e7us comme des manifestations d&rsquo;envo\u00fbtement, de possession spirituelle ou de d\u00e9ch\u00e9ance morale. Ce regard communautaire aggrave dramatiquement l&rsquo;ostracisme subi par l&rsquo;individu. Par ailleurs, la question de l&rsquo;\u00e9dentement \u2013 beaucoup plus fr\u00e9quent et pr\u00e9coce au sein des populations d\u00e9favoris\u00e9es \u2013 complique l&rsquo;analyse diagnostique : les modifications de la structure faciale induites par la perte osseuse alv\u00e9olaire entra\u00eenent spontan\u00e9ment des mouvements compensatoires de repositionnement lingual et mandibulaire qui peuvent \u00eatre faussement catalogu\u00e9s comme des dyskin\u00e9sies neuroleptiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites nosologiques<\/h3>\n<p>Le statut nosographique du syndrome bucco-linguo-masticateur a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats acad\u00e9miques qui demeurent vivaces aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;une des controverses les plus complexes r\u00e9side dans la fronti\u00e8re entre les st\u00e9r\u00e9otypies motrices intrins\u00e8ques de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> et les dyskin\u00e9sies tardives induites par les neuroleptiques. Des \u00e9tudes historiques minutieuses men\u00e9es sur des cohortes d&rsquo;asiles du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle (avant l&rsquo;introduction de tout traitement chimique) ont d\u00e9montr\u00e9 que 5 \u00e0 10 % des malades catatoniques et h\u00e9b\u00e9phr\u00e9niques pr\u00e9sentaient spontan\u00e9ment des tics de m\u00e2chonnement et des protrusions linguales. Certains auteurs critiques ont ainsi soutenu que la psychiatrie moderne avait ind\u00fbment attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;iatrog\u00e9nie ce qui relevait en partie de la progression naturelle de la maladie psychotique chez les patients chroniques et institutionnalis\u00e9s.<\/p>\n<p>Un second point de friction concerne la dichotomie entre les antipsychotiques typiques et atypiques. Si l&rsquo;industrie pharmaceutique a massivement promu les agents de seconde g\u00e9n\u00e9ration en affirmant qu&rsquo;ils \u00e9taient d\u00e9pourvus de risque dyskin\u00e9tique, les donn\u00e9es observationnelles ind\u00e9pendantes ont temp\u00e9r\u00e9 cet optimisme : bien que le risque soit divis\u00e9 par un facteur de trois \u00e0 cinq, il demeure non nul, en particulier lors d&rsquo;utilisations prolong\u00e9es ou de polyth\u00e9rapies psychotropes cumul\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, les limites nosologiques entre le syndrome bucco-linguo-masticateur et d&rsquo;autres entit\u00e9s focales comme la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dystonie\">dystonie<\/a> oromandibulaire ou le syndrome de Meige font l&rsquo;objet de d\u00e9saccords entre neurologues et psychiatres. Alors que la dystonie oromandibulaire est caract\u00e9ris\u00e9e par des contractions musculaires soutenues, toniques et entra\u00eenant des postures anormales fixes ou des spasmes prolong\u00e9s de fermeture\/ouverture de m\u00e2choire, le syndrome bucco-linguo-masticateur pr\u00e9sente un profil purement chor\u00e9ique et dynamique. N\u00e9anmoins, des formes mixtes ou intriqu\u00e9es sont fr\u00e9quemment observ\u00e9es en pratique clinique, d\u00e9fiant les classifications cat\u00e9gorielles rigides.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour assurer une d\u00e9marche clinique rigoureuse, il convient de distinguer le syndrome bucco-linguo-masticateur de plusieurs tableaux s\u00e9miologiques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dystonie tardive oromandibulaire :<\/strong> Se caract\u00e9rise par des contractions toniques prolong\u00e9es, soutenues et douloureuses des mass\u00e9ters ou des pt\u00e9rygo\u00efdiens, verrouillant la m\u00e2choire en ouverture ou en fermeture forc\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;inverse des mouvements brefs, chor\u00e9oath\u00e9tosiques et non douloureux du SBLM.<\/li>\n<li><strong>Syndrome du lapin (Rabbit Syndrome) :<\/strong> Tremblement vertical fin, rapide (environ 5 Hz) et rythm\u00e9 limit\u00e9 exclusivement aux l\u00e8vres, sans implication intrins\u00e8que de la langue ni mouvements de reptation linguale. Sensible aux anticholinergiques.<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9e de Huntington :<\/strong> Maladie g\u00e9n\u00e9tique autosomique dominante neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative causant des mouvements chor\u00e9iques g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s touchant non seulement la sph\u00e8re orofaciale, mais \u00e9galement les quatre membres et le tronc, associ\u00e9e \u00e0 des alt\u00e9rations cognitives sous-cortico-frontales progressives et des ant\u00e9c\u00e9dents familiaux positifs.<\/li>\n<li><strong>Dyskin\u00e9sie spontan\u00e9e de l&rsquo;\u00e9dent\u00e9 :<\/strong> Mouvements de m\u00e2chonnement et de repli labial secondaires \u00e0 la perte de calage occlusal chez les personnes \u00e2g\u00e9es sans dents, r\u00e9gressant typiquement lors de la pose d&rsquo;une proth\u00e8se dentaire bien adapt\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>St\u00e9r\u00e9otypies motrices psychotiques ou autistiques :<\/strong> Mouvements r\u00e9p\u00e9titifs complexes, volontaires ou semi-volontaires, pouvant \u00eatre interrompus \u00e0 la demande ou suspendus par la concentration attentionnelle, sans caract\u00e8re neurologique d&rsquo;impossibilit\u00e9 de retenue linguale.<\/li>\n<li><strong>Tics et syndrome de Gilles de la Tourette :<\/strong> Mouvements soudains, brefs, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;une impulsion ou d&rsquo;une tension pr\u00e9monitoire interne soulag\u00e9e par l&rsquo;ex\u00e9cution du geste, souvent associ\u00e9s \u00e0 des tics vocaux et survenant d\u00e8s l&rsquo;enfance.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le syndrome bucco-linguo-masticateur constitue une entit\u00e9 clinique majeure \u00e0 l&rsquo;interface de la neurologie et de la psychiatrie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature :<\/strong> Trouble moteur hyperkin\u00e9tique tardif acquis, compos\u00e9 de mouvements involontaires, chor\u00e9oath\u00e9tosiques et continus de la langue, des l\u00e8vres et de la mandibule.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tiologie majeure :<\/strong> Cons\u00e9quence d&rsquo;une exposition prolong\u00e9e aux bloqueurs des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 (neuroleptiques et antipsychotiques), favoris\u00e9e par une hypersensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs et un stress oxydatif striatal.<\/li>\n<li><strong>Signes cardinaux :<\/strong> M\u00e2chonnement \u00e0 vide, protrusions et ondulations linguales (signe du bonbon), diduction mandibulaire et incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir la langue protruse immobile.<\/li>\n<li><strong>Diagnostic et suivi :<\/strong> \u00c9valuation standardis\u00e9e au moyen de l&rsquo;\u00e9chelle AIMS, avec \u00e9preuves de sensibilisation motrice lors de chaque visite clinique.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge moderne :<\/strong> Interruption ou diminution progressive du neuroleptique inducteur, relais \u00e9ventuel vers la clozapine, contre-indication absolue des anticholinergiques classiques et utilisation privil\u00e9gi\u00e9e des inhibiteurs du transporteur VMAT2.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Psychiatric Association. (2013). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed.). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux<\/a><\/li>\n<li>Correll, C. U., &amp; Kane, J. M. (2007). Abnormal involuntary movement scale in the assessment of tardive dyskinesia: Methodological and clinical considerations. <em>The Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 68(10), 1599-1608.<\/li>\n<li>Guy, W. (1976). <em>ECDEU assessment manual for psychopharmacology<\/em> (DHEW Publication No. ADM 76-338). National Institute of Mental Health.<\/li>\n<li>Hauser, R. A., Factor, S. A., Marder, S. R., Knesevich, M. A., Ramirez, P. M., Jimenez, R., &amp; O&rsquo;Brien, C. F. (2017). KINECT 3: A randomized, double-blind, placebo-controlled phase 3 trial of valbenazine for tardive dyskinesia. <em>The American Journal of Psychiatry<\/em>, 174(5), 476-484.<\/li>\n<li>Jeste, D. V., &amp; Caligiuri, M. P. (1993). Tardive dyskinesia: Schizophrenia and other risk factors. <em>Biological Psychiatry<\/em>, 34(5), 281-283.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome bucco-linguo-masticateur est un trouble moteur tardif caract\u00e9ris\u00e9 par des mouvements involontaires et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de la langue, des l\u00e8vres et de la m\u00e2choire, souvent li\u00e9 aux antipsychotiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[14286,38039,859],"tags":[38040,36655,7228,38041,9247,9041],"class_list":["post-22567","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychiatrie","category-pharmacologie-clinique","category-psychopathologie","tag-dyskinesie-tardive","tag-effets-indesirables","tag-ganglions-de-la-base","tag-mouvements-anormaux","tag-neuroleptiques","tag-psychopharmacologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22567\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}