{"id":22565,"date":"2026-10-27T15:10:23","date_gmt":"2026-10-27T15:10:23","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=muscle-buccinateur-expression-psychophysiologie"},"modified":"2026-10-27T15:10:23","modified_gmt":"2026-10-27T15:10:23","slug":"muscle-buccinateur-expression-psychophysiologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=muscle-buccinateur-expression-psychophysiologie","title":{"rendered":"Buccinateur : \u00c9motion, Mimique et Cognition"},"content":{"rendered":"<p>Le muscle buccinateur constitue l&rsquo;un des carrefours anatomiques et psychophysiologiques les plus fascinants de la motricit\u00e9 faciale humaine, reliant l&rsquo;architecture fonctionnelle de la mastication \u00e0 la s\u00e9miologie subtile des affects. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9 au statut de simple accessoire m\u00e9canique de la cavit\u00e9 buccale par les manuels d&rsquo;anatomie descriptive, il s&rsquo;est progressivement impos\u00e9 comme une pi\u00e8ce ma\u00eetresse dans l&rsquo;\u00e9tude des expressions micro-motrices, de la communication non verbale et des somatisations du stress au sein des neurosciences affectives.<\/p>\n<h2>Muscle buccinateur<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le muscle buccinateur est un muscle quadrilat\u00e8re plat et sym\u00e9trique situ\u00e9 dans la paroi lat\u00e9rale de la joue, constituant le substrat musculaire principal de cette derni\u00e8re. Il s&rsquo;\u00e9tend des proc\u00e8s alv\u00e9olaires de la mandibule et du maxillaire jusqu&rsquo;\u00e0 la commissure labiale, o\u00f9 ses fibres s&rsquo;entrelacent intimement avec celles du muscle orbiculaire de la bouche et d&rsquo;autres faisceaux p\u00e9ri-oraux. Dans le champ de la psychophysiologie et du codage anatomique des mimiques faciales, il correspond principalement \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action faciale 14 (Action Unit 14 ou AU14) du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_de_codage_des_actions_faciales\">Syst\u00e8me de codage des actions faciales<\/a> (FACS), responsable de la r\u00e9traction lat\u00e9rale des commissures et de la formation de fossettes caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et comportemental, le buccinateur ne se contente pas d&rsquo;assurer le maintien du bol alimentaire ou l&rsquo;expulsion contr\u00f4l\u00e9e de l&rsquo;air intrabuccal ; il participe activement \u00e0 la manifestation de configurations affectives ambivalentes ou r\u00e9gul\u00e9es, telles que le m\u00e9pris, l&rsquo;ironie, le sourire r\u00e9prim\u00e9 ou la grimace de contenance. Sa contraction bilat\u00e9rale ou unilat\u00e9rale module la forme de l&rsquo;orifice buccal et modifie la r\u00e9sonance acoustique du tractus vocal lors de l&rsquo;expression parl\u00e9e des \u00e9motions. L&rsquo;\u00e9lectromyographie faciale de surface a d\u00e9montr\u00e9 que son activation involontaire trahit fr\u00e9quemment des micro-efforts d&rsquo;inhibition \u00e9motionnelle ou un niveau d&rsquo;activation sympathique accru face \u00e0 des stresseurs cognitifs.<\/p>\n<p>En psychopathologie et en m\u00e9decine psychosomatique, la tonicit\u00e9 r\u00e9siduelle du buccinateur est \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9e aux syndromes de tension orofaciale, au bruxisme centr\u00e9 et aux parafonctions de succion ou de mordillement muqueux. En tant qu&rsquo;effecteur somatique sous l&rsquo;influence directe du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du syst\u00e8me limbique, il sert de barom\u00e8tre clinique de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique et de l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 motrice inconsciente.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab buccinateur \u00bb trouve son origine directe dans l&rsquo;\u00e9tymon latin <em>buccinator<\/em>, signifiant litt\u00e9ralement \u00ab joueur de trompette \u00bb ou \u00ab sonneur de trompe \u00bb. Ce substantif d\u00e9rive lui-m\u00eame du verbe <em>buccinare<\/em> (\u00ab sonner de la buccine \u00bb), issu de <em>buccina<\/em> (ou <em>bucina<\/em>), une trompette de corne incurv\u00e9e traditionnellement employ\u00e9e par les bergers et l&rsquo;infanterie romaine pour communiquer des signaux tactiques. La racine indo-europ\u00e9enne sous-jacente renvoie \u00e0 l&rsquo;onomatop\u00e9e imitant le gonflement des joues et le souffle puissant expuls\u00e9 contre une r\u00e9sistance acoustique.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;histoire de la terminologie biom\u00e9dicale, l&rsquo;attribution formelle de ce nom est attribu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;anatomiste flamand Andr\u00e9 V\u00e9sale (<em>Andreas Vesalius<\/em>) au cours du XVIe si\u00e8cle, qui remarqua que l&rsquo;action conjugu\u00e9e de ce muscle permettait de comprimer l&rsquo;air accumul\u00e9 dans les vestibules buccaux pour le chasser avec force \u00e0 travers des l\u00e8vres resserr\u00e9es, \u00e0 la mani\u00e8re typique des instrumentistes \u00e0 vent. Le terme a ensuite \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9 en fran\u00e7ais m\u00e9dical d\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle sous l&rsquo;influence des traductions des trait\u00e9s anatomiques de la Renaissance.<\/p>\n<p>Le passage du terme dans le lexique de la psychologie et des sciences du comportement s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 au XIXe si\u00e8cle, d&rsquo;abord sous l&rsquo;impulsion des trait\u00e9s de physiognomonie scientifique, puis gr\u00e2ce aux travaux pionniers de Guillaume Duchenne de Boulogne et de Charles Darwin. Le mot a conserv\u00e9 sa racine morphologique tout en voyant son spectre s\u00e9mantique s&rsquo;\u00e9largir de la motricit\u00e9 praxique (souffler, mastiquer) vers la kin\u00e9sique \u00e9motionnelle et la psychomotricit\u00e9 affective.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, le terme se prononce phon\u00e9tiquement [by.ksi.na.t\u0153\u0281]. L&rsquo;alternance occlusive-fricative de la consonne g\u00e9min\u00e9e graphique \u00ab cc \u00bb transcrite phonologiquement en \/ks\/ respecte la r\u00e8gle d&rsquo;assimilation \u00e9tymologique classique issue des emprunts savants au latin classique. On observe parfois une variante phon\u00e9tique simplifi\u00e9e ou rel\u00e2ch\u00e9e [by.si.na.t\u0153\u0281], bien que celle-ci soit g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9e comme erron\u00e9e dans les milieux universitaires et acad\u00e9miques.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, \u00ab buccinateur \u00bb est \u00e0 la fois un adjectif et un substantif masculin. Lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 comme adjectif \u00e9pith\u00e8te, il qualifie ce qui a rapport \u00e0 la joue ou \u00e0 l&rsquo;action de sonner (\u00ab muscle buccinateur \u00bb, \u00ab nerf buccinateur \u00bb, \u00ab art\u00e8re buccinatrice \u00bb au f\u00e9minin). Dans l&rsquo;usage clinique et neuropsychologique courant, le mot est fr\u00e9quemment employ\u00e9 comme nom autonome par ellipse (\u00ab le buccinateur \u00bb, au pluriel \u00ab les buccinateurs \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique anglophone omnipr\u00e9sent dans la litt\u00e9rature psychophysiologique contemporaine, le terme est emprunt\u00e9 tel quel (<em>buccinator muscle<\/em>), ce qui facilite l&rsquo;alignement interdisciplinaire et bibliom\u00e9trique des travaux de recherche portant sur la neurophysiologie faciale et les syst\u00e8mes de d\u00e9codage kin\u00e9sique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le r\u00f4le psychologique du buccinateur, il convient d&rsquo;abord d&rsquo;examiner ses caract\u00e9ristiques structurelles et topographiques singuli\u00e8res au sein de la musculature faciale. Contrairement \u00e0 la majorit\u00e9 des muscles cutan\u00e9s de la face qui prennent naissance sur le squelette osseux pour s&rsquo;ins\u00e9rer directement dans le derme superficiel, le buccinateur se positionne dans un plan profond sous la couche graisseuse malaire (la boule de Bichat). Ses fibres post\u00e9rieures s&rsquo;ancrent sur le raph\u00e9 pt\u00e9rygo-mandibulaire ainsi que sur les cr\u00eates osseuses alv\u00e9olaires de la mandibule et du maxillaire, en regard des dents molaires. En convergeant vers l&rsquo;angle de la bouche, ses fibres centrales s&rsquo;entrecroisent : les fibres inf\u00e9rieures remontent vers la l\u00e8vre sup\u00e9rieure, tandis que les fibres sup\u00e9rieures descendent vers la l\u00e8vre inf\u00e9rieure, formant ainsi un v\u00e9ritable carrefour d&rsquo;int\u00e9gration m\u00e9canique appel\u00e9 le modiolus.<\/p>\n<p>Sur le versant fonctionnel sensorimoteur, le buccinateur est innerv\u00e9 sur le plan moteur par les rameaux buccaux du nerf facial (VIIe paire cr\u00e2nienne), tandis que sa composante sensitive g\u00e9n\u00e9rale et proprioceptive est prise en charge par le nerf buccal, rameau issu de la division mandibulaire du nerf trijumeau (Ve paire cr\u00e2nienne). Cette double innervation en fait un syst\u00e8me hautement r\u00e9actif : d&rsquo;une part, le nerf facial transmet les impulsions issues du cortex moteur primaire et des circuits sous-corticaux de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amydale_(cerveau)\">amygdale<\/a> et du syst\u00e8me limbique, orchestrant les r\u00e9ponses affectives imm\u00e9diates ; d&rsquo;autre part, la riche aff\u00e9rence trig\u00e9minale informe en continu les centres nerveux de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9tirement, de pression et de contact muqueux, conditionnant des boucles r\u00e9flexes proprioceptives indispensables \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la r\u00e9gion buccale.<\/p>\n<p>Dans la perspective de la psychologie \u00e9motionnelle, l&rsquo;action conjointe du buccinateur engendre une compression des joues contre les arcades dentaires associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9traction post\u00e9ro-lat\u00e9rale de la commissure labiale. Cette dynamique produit une tension lin\u00e9aire horizontale qui rigidifie la fente labiale et creuse une fossette plus ou moins marqu\u00e9e dans la concavit\u00e9 de la joue. Loin d&rsquo;\u00eatre un geste anodin, cette configuration est le prototype de la r\u00e9tention expressive : elle survient lorsque l&rsquo;individu cherche \u00e0 ma\u00eetriser une effusion motrice plus large, comme un \u00e9clat de rire inopportun, une r\u00e9plique verbale agressive ou un d\u00e9go\u00fbt visc\u00e9ral.<\/p>\n<p>Enfin, le buccinateur entretient une relation intime avec la proprioception h\u00e9donique et le conditionnement visc\u00e9ro-moteur. Sa mise en jeu intervient tr\u00e8s t\u00f4t dans le d\u00e9veloppement n\u00e9onatal \u00e0 travers le r\u00e9flexe de succion et la d\u00e9glutition, fondant ainsi les premi\u00e8res matrices somatiques du plaisir oral et du lien d&rsquo;attachement primaire d\u00e9crits par la psychanalyse et la psychologie d\u00e9veloppementale. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, la persistance de tensions toniques chroniques dans ce muscle traduit bien souvent des fixations r\u00e9gressives, des m\u00e9canismes de d\u00e9fense face au sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 ou des r\u00e9actions psychosomatiques \u00e0 un environnement per\u00e7u comme hostile.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique et rep\u00e8res scientifiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration du muscle buccinateur a suivi une trajectoire intellectuelle oscillant continuellement entre l&rsquo;anatomie fonctionnelle chirurgicale et la m\u00e9trologie des passions de l&rsquo;\u00e2me. Si la p\u00e9riode gr\u00e9co-romaine, domin\u00e9e par Galien, le consid\u00e9rait de mani\u00e8re fragmentaire comme un prolongement diffus de la peau des joues, c&rsquo;est \u00e0 la Renaissance que la structure gagne sa v\u00e9ritable autonomie morphologique gr\u00e2ce aux minutieuses dissections de V\u00e9sale consign\u00e9es dans son chef-d&rsquo;\u0153uvre de 1543, <em>De humani corporis fabrica<\/em>.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, le m\u00e9decin et physiologiste fran\u00e7ais Guillaume Duchenne de Boulogne marque un tournant d\u00e9cisif dans l&rsquo;approche neuropsychologique du visage. Dans son ouvrage s\u00e9minal de 1862, <em>M\u00e9canisme de la physionomie humaine<\/em>, Duchenne applique des courants faradiques localis\u00e9s sur les muscles faciaux de sujets vivants pour isoler la grammaire \u00e9l\u00e9mentaire des \u00e9motions. Il observe que la stimulation \u00e9lectrophysiologique isol\u00e9e du buccinateur produit une distorsion lat\u00e9rale de la bouche qu&rsquo;il associe \u00e0 l&rsquo;expression de la d\u00e9rision, de l&rsquo;amertume ou d&rsquo;un sourire factice priv\u00e9 de toute participation du muscle orbiculaire de l&rsquo;\u0153il.<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, en 1872, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Charles_Darwin\">Charles Darwin<\/a> publie <em>L&rsquo;Expression des \u00e9motions chez l&rsquo;homme et les animaux<\/em>. Darwin s&rsquo;appuie explicitement sur les photographies et protocoles de Duchenne pour formuler ses principes \u00e9volutionnistes r\u00e9gissant les mouvements faciaux. Il th\u00e9orise que l&rsquo;implication des muscles p\u00e9ri-oraux, et particuli\u00e8rement du buccinateur, d\u00e9coule d&rsquo;actes physiologiques utilitaires ancestraux \u2014 tels que l&rsquo;expectoration de substances am\u00e8res ou toxiques, ou la pr\u00e9paration \u00e0 la morsure \u2014 qui se sont progressivement ritualis\u00e9s au cours de la phylogen\u00e8se humaine pour devenir des signaux sociaux standardis\u00e9s de d\u00e9sapprobation ou de rejet m\u00e9prisant.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, Paul Ekman et Wallace V. Friesen r\u00e9volutionnent la psychologie exp\u00e9rimentale des expressions faciales en formalisant le FACS en 1978. Dans cette nomenclature devenue universelle, l&rsquo;action du buccinateur est isol\u00e9e avec rigueur sous l&rsquo;intitul\u00e9 \u00ab AU14 \u00bb (Dimpler). D\u00e8s lors, le muscle quitte le seul domaine de l&rsquo;anatomie chirurgicale pour s&rsquo;ancrer durablement dans les protocoles de psychologie cognitive, de criminologie, de diagnostic psychiatrique et, plus r\u00e9cemment, de traitement automatique des signaux \u00e9motionnels par l&rsquo;intelligence artificielle affective.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurophysiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude psychologique du buccinateur s&rsquo;articule autour de trois cadres conceptuels majeurs : l&rsquo;hypoth\u00e8se de la r\u00e9troaction faciale (<em>facial feedback hypothesis<\/em>), les mod\u00e8les neuromoteurs du double contr\u00f4le affectif et la th\u00e9orie diff\u00e9rentielle des \u00e9motions. L&rsquo;hypoth\u00e8se de la r\u00e9troaction faciale, dont les pr\u00e9mices remontent \u00e0 William James et qui a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e par Silvan Tomkins et Robert Zajonc, soutient que les influx proprioceptifs provenant de la contraction des muscles de la face ne se bornent pas \u00e0 communiquer un \u00e9tat interne au monde ext\u00e9rieur, mais r\u00e9gulent et amplifient activement l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e9motionnelle subjective dans le syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Sous cet angle, la mobilisation tonique ou phasique du buccinateur renvoie des aff\u00e9rences m\u00e9canor\u00e9ceptrices via le nerf trijumeau vers le noyau sensitif principal et la formation r\u00e9ticul\u00e9e, stimulant secondairement les circuits limbiques de l&rsquo;insula et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Une contraction soutenue du buccinateur dans le cadre d&rsquo;un sourire forc\u00e9 ou d&rsquo;un masque de m\u00e9pris r\u00e9troagit n\u00e9gativement sur l&rsquo;hom\u00e9ostasie affective, induisant ou consolidant un sentiment d&rsquo;inconfort psychologique, de d\u00e9tachement cynique ou de tension cognitive, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de l&rsquo;effet apaisant g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;activation conjointe du muscle grand zygomatique et de la portion orbitaire de l&rsquo;orbiculaire oculaire lors du sourire authentique de Duchenne.<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-anatomique, le buccinateur est soumis \u00e0 une double commande pyramidale et extrapyramidale. La commande volitionnelle transite par le faisceau cortico-nucl\u00e9aire issu du gyrus pr\u00e9central, permettant les mouvements d&rsquo;articulation phonatoire ou la composition volontaire d&rsquo;une expression faciale de contenance. Parall\u00e8lement, des voies sous-corticales descendantes \u00e9manant des ganglions de la base, de l&rsquo;hypothalamus et de la substance grise p\u00e9riaqueducale exercent un contr\u00f4le involontaire direct sur le noyau du nerf facial. Cette architecture bifurqu\u00e9e explique le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab fuite mim\u00e9tique \u00bb (<em>micro-expression leakage<\/em>) : m\u00eame lorsqu&rsquo;un individu s&rsquo;efforce de dissimuler une hostilit\u00e9 ou un profond d\u00e9dain, une activation br\u00e8ve et irr\u00e9pressible du buccinateur peut trahir le conflit intrapsychique entre censure corticale et d\u00e9charge limbique.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie des \u00e9motions discr\u00e8tes postule que l&rsquo;activation bilat\u00e9rale ou unilat\u00e9rale du buccinateur constitue un marqueur diff\u00e9rentiel distinctif. Tandis que la plupart des \u00e9motions fondamentales comme la joie, la surprise ou la peur impliquent une synergie sym\u00e9trique des \u00e9tages sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur du visage, la contraction unilat\u00e9rale du buccinateur (combin\u00e9e parfois \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vateur de l&rsquo;angle de la bouche) code de mani\u00e8re hautement sp\u00e9cifique le m\u00e9pris, une \u00e9motion sociale complexe impliquant un jugement hi\u00e9rarchique de sup\u00e9riorit\u00e9 morale ou intellectuelle sur autrui.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, biom\u00e9canique et dimensions expressives<\/h3>\n<p>Le r\u00f4le fonctionnel et psychologique du buccinateur se structure autour de dimensions motrices et comportementales interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Traction et ancrage modiolaire :<\/strong> Le buccinateur tire horizontalement le modiolus vers l&rsquo;arri\u00e8re et le fixe contre la face vestibulaire des molaires. Cette action stabilise la charpente de l&rsquo;orifice buccal et module l&rsquo;efficacit\u00e9 m\u00e9canique des autres muscles dilatateurs et constricteurs de la face.<\/li>\n<li><strong>Formation de la fossette lat\u00e9rale (AU14) :<\/strong> En s&rsquo;invaginant lors de sa contraction, le faisceau musculaire attire les tissus mous superficiels et le tissu adipeux jugal, cr\u00e9ant une d\u00e9pression cutan\u00e9e ou accentuant un pli vertical ou triangulaire \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de la commissure labiale.<\/li>\n<li><strong>Compression bidirectionnelle du vestibule oral :<\/strong> Sur le plan visc\u00e9ro-moteur, le muscle plaque la joue contre les arcades dentaires, emp\u00eachant la stagnation des aliments et contr\u00f4lant le gradient de pression intra-orale requis pour la phonation des consonnes occlusives bilabiales et le souffle sous r\u00e9sistance.<\/li>\n<li><strong>Sym\u00e9trie versus asym\u00e9trie fonctionnelle :<\/strong> La contraction bilat\u00e9rale traduit g\u00e9n\u00e9ralement une tentative globale de contention \u00e9motionnelle, de concentration motrice extr\u00eame ou de rictus socialis\u00e9 ; la contraction unilat\u00e9rale univoque constitue la signature universelle du sarcasme, de la condescendance ou du m\u00e9pris interpersonnel.<\/li>\n<li><strong>Synergie avec le complexe p\u00e9ri-buccal :<\/strong> Le buccinateur op\u00e8re en synergie \u00e9troite avec le muscle risorius de Santorini, le muscle grand zygomatique et le muscle abaisseur de l&rsquo;angle de la bouche. La balance tonique entre ces antagonistes et agonistes oriente la commissure vers le haut (ironie complaisante), vers l&rsquo;arri\u00e8re (sourire pinc\u00e9) ou vers le bas (d\u00e9go\u00fbt m\u00e9prisant).<\/li>\n<li><strong>Composante psychomotrice de succion r\u00e9gressive :<\/strong> Au niveau de la psychomotricit\u00e9 inconsciente, la r\u00e9activation chronique des sch\u00e8mes archa\u00efques de compression jugale participe \u00e0 des comportements d&rsquo;auto-apaisement oral (succion de la muqueuse labio-jugale, serrement dentaire latent en p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9puisement psychique).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et illustrations concr\u00e8tes<\/h3>\n<p>Dans la pratique psychoth\u00e9rapeutique et psychiatrique, l&rsquo;observation fine du buccinateur \u00e9claire des dynamiques relationnelles invisibles aux seuls bilans verbaux. Consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une th\u00e9rapie de couple o\u00f9 l&rsquo;un des partenaires \u00e9coute le r\u00e9cit d&rsquo;une souffrance exprim\u00e9e par l&rsquo;autre. Alors que la parole reste muette ou poliment neutre, l&rsquo;observateur averti rel\u00e8ve une contraction unilat\u00e9rale fugitive du buccinateur gauche, creusant la joue et tirant imperceptiblement la commissure vers l&rsquo;arri\u00e8re pendant une fraction de seconde (environ 150 millisecondes). Cette unit\u00e9 d&rsquo;action AU14 unilat\u00e9rale trahit un mouvement de m\u00e9pris int\u00e9rioris\u00e9, pr\u00e9dictif selon les recherches de John Gottman d&rsquo;un risque majeur de d\u00e9t\u00e9rioration conjugale et d&rsquo;\u00e9chec des m\u00e9canismes d&#8217;empathie.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple clinique s&rsquo;observe dans les troubles anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s et le syndrome de stress post-traumatique. Les patients rapportent fr\u00e9quemment une sensation diffuse de br\u00fblure faciale, de tension de la m\u00e2choire ou de courbature jugale inexpliqu\u00e9e. L&rsquo;examen \u00e9lectromyographique r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9charge soutenue et involontaire des buccinateurs en l&rsquo;absence de tout stimulus masticatoire. Cette hypertonie posturale s&rsquo;apparente \u00e0 une cuirasse somatique orofaciale : l&rsquo;individu \u00ab serre les dents et retient ses joues \u00bb, mat\u00e9rialisant dans sa musculature l&rsquo;effort permanent pour contenir des affects d&rsquo;angoisse, de col\u00e8re ou d&rsquo;impuissance qui menacent d&rsquo;\u00e9merger sur la sc\u00e8ne verbale.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas repr\u00e9sentatif concerne le milieu m\u00e9dico-l\u00e9gal et les entretiens de recrutement \u00e0 haut enjeu. Face \u00e0 une question d\u00e9stabilisante ou accusatoire, un sujet tentant de masquer son trouble esquisse fr\u00e9quemment un faux sourire de convenance. Contrairement au sourire spontan\u00e9 qui engage l&rsquo;orbiculaire des paupi\u00e8res, cette r\u00e9action mobilise de fa\u00e7on pro\u00e9minente les buccinateurs de fa\u00e7on bilat\u00e9rale, aplatissant les l\u00e8vres en une fente rigide et tir\u00e9e vers les oreilles. Cette morphologie d&rsquo;\u00ab \u00e9crasement labial \u00bb illustre magistralement la lutte motrice entre la tentative d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de para\u00eetre d\u00e9tendu et l&rsquo;inhibition d\u00e9fensive de la bouche, r\u00e9v\u00e9latrice d&rsquo;une charge cognitive massive.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et enregistrement \u00e9lectromyographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;objectivation de l&rsquo;activit\u00e9 du muscle buccinateur constitue un d\u00e9fi technique singulier en raison de sa profondeur anatomique et de son recouvrement partiel par d&rsquo;autres structures myologiques comme le grand zygomatique, le mass\u00e9ter et le risorius. Deux m\u00e9thodologies principales dominent l&rsquo;investigation scientifique contemporaine : l&rsquo;observation comportementale standardis\u00e9e et l&rsquo;\u00e9lectromyographie faciale (fEMG).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;approche observationnelle, les chercheurs certifi\u00e9s emploient le FACS de Paul Ekman, Wallace Friesen et Joseph Hager. L&rsquo;activation du buccinateur est cot\u00e9e selon le code AU14 (Dimpler). Les codeurs \u00e9valuent l&rsquo;intensit\u00e9 du mouvement sur une \u00e9chelle ordinale \u00e0 cinq niveaux, allant de A (trace minime perceptible par un oeil expert) \u00e0 E (contraction maximale d\u00e9formant l&rsquo;ensemble de la joue et cr\u00e9ant un pli profond). La distinction entre une AU14 isol\u00e9e et une combinaison avec l&rsquo;AU12 (\u00e9tirement par le grand zygomatique) ou l&rsquo;AU15 (abaissement commissural) est rigoureusement d\u00e9finie par des crit\u00e8res g\u00e9om\u00e9triques pr\u00e9cis touchant l&rsquo;orientation des commissures et l&rsquo;aplatissement de la fente orale.<\/p>\n<p>Sur le versant psychophysiologique instrumental, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectromyographie\">\u00e9lectromyographie<\/a> faciale de surface offre une r\u00e9solution temporelle de l&rsquo;ordre de la milliseconde, indispensable pour capter des micro-r\u00e9actions infra-visuelles ind\u00e9celables \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu ou par les cam\u00e9ras vid\u00e9o conventionnelles. Le protocole standardis\u00e9 formalis\u00e9 par Fridlund et Cacioppo recommande le positionnement d&rsquo;une paire d&rsquo;\u00e9lectrodes miniatures Ag\/AgCl au niveau de la joue, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;axe des fibres du buccinateur, en avant du bord ant\u00e9rieur du mass\u00e9ter et l\u00e9g\u00e8rement au-dessus de la ligne occlusale. L&rsquo;enregistrement exige une imp\u00e9dance cutan\u00e9e tr\u00e8s basse (inf\u00e9rieure \u00e0 5 k\u03a9) et le recours \u00e0 des filtres passe-bande stricts (typiquement 20\u2013500 Hz) pour \u00e9liminer les artefacts g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le clignement des yeux ou la r\u00e9sonance cardiaque.<\/p>\n<p>Pour des recherches cliniques de pointe requ\u00e9rant l&rsquo;\u00e9limination totale des interf\u00e9rences crois\u00e9es (<em>cross-talk<\/em>) provenant des muscles adjacents, des \u00e9lectrodes \u00e0 aiguille concentrique ou \u00e0 fil fin intramusculaire sont parfois ins\u00e9r\u00e9es par voie transmuqueuse intrabuccale. Bien que plus invasive, cette technique fournit le trac\u00e9 le plus pur des potentiels d&rsquo;action d&rsquo;unit\u00e9s motrices du buccinateur au cours de t\u00e2ches de simulation \u00e9motionnelle, d&rsquo;articulation de la parole ou d&rsquo;efforts mentaux intenses.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques, th\u00e9rapeutiques et organisationnelles<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie du fonctionnement du buccinateur d\u00e9ploie des retomb\u00e9es directes dans un large \u00e9ventail de disciplines appliqu\u00e9es allant de la psychoth\u00e9rapie \u00e0 l&rsquo;ergonomie cognitive.<\/p>\n<p>En biofeedback \u00e9lectromyographique et en th\u00e9rapie comportementale, le r\u00e9entra\u00eenement du rel\u00e2chement du buccinateur s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 particuli\u00e8rement probant dans la prise en charge des d\u00e9sordres temporo-mandibulaires (DTM), des tics orofaciaux et des algies faciales idiopathiques atypiques. En fournissant au patient un retour acoustique ou visuel en temps r\u00e9el de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique de ses joues, le th\u00e9rapeute l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 prendre conscience de ses contractions parasites inconscientes, souvent associ\u00e9es \u00e0 des ruminations anxieuses ou \u00e0 un perfectionnisme rigide, et \u00e0 restaurer un \u00e9tat d&rsquo;eutonie faciale protectrice.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;orthophonie et de la r\u00e9habilitation post-accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral ou post-paralysie faciale p\u00e9riph\u00e9rique (paralysie de Bell), le buccinateur fait l&rsquo;objet de protocoles de r\u00e9\u00e9ducation neuromusculaire cibl\u00e9s. La restauration de sa tonicit\u00e9 est indispensable non seulement pour r\u00e9cup\u00e9rer la continence alimentaire et la nettet\u00e9 de l&rsquo;\u00e9locution, mais aussi pour r\u00e9habiliter la fonction expressive du visage. L&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 mobiliser le buccinateur alt\u00e8re profond\u00e9ment le sentiment d&rsquo;identit\u00e9 du patient et sa capacit\u00e9 \u00e0 transmettre des signaux sociaux subtils, engendrant fr\u00e9quemment des \u00e9pisodes de d\u00e9pression secondaire cons\u00e9cutifs \u00e0 l&rsquo;isolement communicatif.<\/p>\n<p>En psychologie du travail, en ergonomie et en ing\u00e9nierie des interfaces homme-machine (IHM), l&rsquo;analyse automatis\u00e9e de l&rsquo;AU14 par vision par ordinateur permet de mesurer en temps r\u00e9el la charge mentale et l&rsquo;\u00e9tat de frustration des op\u00e9rateurs. L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une tension prolong\u00e9e des buccinateurs lors de l&rsquo;utilisation d&rsquo;un logiciel complexe signale une hausse brutale de l&rsquo;effort cognitif de contr\u00f4le, pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;apparition d&rsquo;erreurs op\u00e9ratoires. Enfin, dans le domaine de la n\u00e9gociation strat\u00e9gique et des sciences du leadership, la sensibilit\u00e9 \u00e0 d\u00e9tecter les micro-activations unilat\u00e9rales du buccinateur chez un interlocuteur constitue un atout pr\u00e9cieux en intelligence \u00e9motionnelle pour d\u00e9celer les d\u00e9saccords inexprim\u00e9s et les attitudes de scepticisme ou de d\u00e9nigrement latent.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es contemporaines<\/h3>\n<p>Le corpus de donn\u00e9es empiriques accumul\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies a profond\u00e9ment nuanc\u00e9 la compr\u00e9hension du buccinateur en le positionnant au c\u0153ur de mod\u00e8les computationnels et neuroscientifiques avanc\u00e9s. Les travaux conduits par John Gottman et Robert Levenson \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Washington ont apport\u00e9 une validation \u00e9cologique retentissante au r\u00f4le de l&rsquo;activation unilat\u00e9rale du buccinateur (AU14) dans la pr\u00e9diction de la rupture des liens sociaux. Dans des \u00e9tudes longitudinales portant sur des centaines de couples suivis pendant plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, les auteurs ont d\u00e9montr\u00e9 avec un taux de pr\u00e9cision sup\u00e9rieur \u00e0 90 % que l&rsquo;occurrence r\u00e9currente de micro-expressions de m\u00e9pris \u2014 mat\u00e9rialis\u00e9es par la contraction du buccinateur chez l&rsquo;un des conjoints pendant les phases de r\u00e9solution de conflit \u2014 constituait le plus puissant pr\u00e9dicteur individuel de divorce.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences cognitives, des investigations couplant l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\">IRMf<\/a>) et l&rsquo;\u00e9lectromyographie ont explor\u00e9 les corr\u00e9lats c\u00e9r\u00e9braux associ\u00e9s \u00e0 la perception et \u00e0 l&rsquo;imitation du mouvement du buccinateur. Les donn\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent que l&rsquo;observation d&rsquo;un visage affichant une AU14 active s\u00e9lectivement le syst\u00e8me des neurones miroirs fronto-pari\u00e9tal ainsi que l&rsquo;insula ant\u00e9rieure, une structure cl\u00e9 dans le traitement de la violation des normes sociales et du d\u00e9go\u00fbt moral. Cette syntonisation neurale imm\u00e9diate d\u00e9montre que le syst\u00e8me perceptif humain est c\u00e2bl\u00e9 pour identifier instantan\u00e9ment les signaux d&rsquo;asym\u00e9trie buccale comme des indices potentiels d&rsquo;exclusion ou de d\u00e9classement relationnel.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la recherche contemporaine en intelligence artificielle et en vision assist\u00e9e par ordinateur a largement int\u00e9gr\u00e9 les dynamiques du buccinateur au sein des r\u00e9seaux de neurones convolutifs (CNN) d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la reconnaissance automatique des affects. Les travaux r\u00e9cents soulignent cependant la difficult\u00e9 des algorithmes \u00e0 distinguer avec une parfaite fid\u00e9lit\u00e9 une contraction faible du buccinateur d&rsquo;un \u00e9tirement mod\u00e9r\u00e9 induit par le grand zygomatique ou d&rsquo;un mouvement d&rsquo;articulation de la parole, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer des analyses contextuelles et multimodales combinant le flux vid\u00e9o, la prosodie vocale et la cin\u00e9matique corporelle globale.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations transculturelles et socio-\u00e9motionnelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;universalit\u00e9 et la variabilit\u00e9 culturelle des expressions impliquant le muscle buccinateur continuent de susciter des d\u00e9bats passionn\u00e9s au sein de l&rsquo;anthropologie cognitive et de la psychologie transculturelle. Les recherches pionni\u00e8res d&rsquo;Ekman en Nouvelle-Guin\u00e9e et dans diverses cultures industrialis\u00e9es avaient initialement conclu \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 pan-culturelle de la configuration asym\u00e9trique du m\u00e9pris reposant sur l&rsquo;activation unilat\u00e9rale du buccinateur. Cependant, des travaux ult\u00e9rieurs men\u00e9s notamment par David Matsumoto ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;existence de r\u00e8gles d&rsquo;affichage culturellement norm\u00e9es (<em>display rules<\/em>) qui modulent drastiquement la fr\u00e9quence et l&rsquo;intensit\u00e9 d&rsquo;ext\u00e9riorisation de ce mouvement.<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales, o\u00f9 l&rsquo;affirmation de soi et la comp\u00e9tition statutaire sont valoris\u00e9es, la contraction unilat\u00e9rale du buccinateur est fr\u00e9quemment d\u00e9cod\u00e9e sans ambigu\u00eft\u00e9 comme l&rsquo;expression d&rsquo;un jugement critique, d&rsquo;une arrogance assum\u00e9e ou d&rsquo;une ironie mordante. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans certaines cultures collectivistes d&rsquo;Asie orientale r\u00e9gies par l&rsquo;harmonie interpersonnelle et la doctrine de la pr\u00e9servation de la face, l&rsquo;ext\u00e9riorisation ostensible du m\u00e9pris est proscrite sur le plan social. Les individus y d\u00e9ploient des strat\u00e9gies d&rsquo;inhibition active o\u00f9 les buccinateurs sont mobilis\u00e9s de fa\u00e7on bilat\u00e9rale pour \u00e9tirer la bouche en un sourire impassible de convenance, destin\u00e9 \u00e0 neutraliser toute trace visible de d\u00e9saccord \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le genre et la socialisation \u00e9motionnelle exercent une influence d\u00e9terminante sur le recours au buccinateur. Des \u00e9tudes psychosociales indiquent que les hommes sont statistiquement plus enclins \u00e0 recourir \u00e0 l&rsquo;asym\u00e9trie faciale du m\u00e9pris lors d&rsquo;interactions de pouvoir asym\u00e9triques, tandis que les femmes manifestent plus fr\u00e9quemment des sourires tendus bilat\u00e9raux engageant conjointement le buccinateur et l&rsquo;orbiculaire labial dans des situations de subordination forc\u00e9e ou de conciliation sociale sous contrainte.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es m\u00e9thodologiques, le statut du buccinateur en psychologie exp\u00e9rimentale ne fait pas l&rsquo;unanimit\u00e9 et soul\u00e8ve plusieurs controverses th\u00e9oriques de premier ordre. La critique la plus virulente \u00e9mane des partisans de la th\u00e9orie des \u00e9motions construites, port\u00e9e notamment par Lisa Feldman Barrett. Selon cette perspective constructiviste, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une unit\u00e9 musculaire sp\u00e9cifique comme le buccinateur puisse constituer l&#8217;empreinte biomarqueur univoque d&rsquo;un \u00e9tat mental discret (comme le m\u00e9pris) rel\u00e8ve d&rsquo;un r\u00e9ductionnisme essentialiste d\u00e9suet. Les donn\u00e9es neurobiologiques d\u00e9montrent en r\u00e9alit\u00e9 une immense variabilit\u00e9 inter-individuelle et intra-individuelle : un individu peut contracter son buccinateur par simple r\u00e9flexe proprioceptif face \u00e0 une irritation buccale, en raison d&rsquo;un inconfort postural, lors de la concentration intellectuelle intense, ou encore pour ajuster ses proth\u00e8ses dentaires, sans ressentir la moindre nuance de m\u00e9pris ou de sarcasme.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me objet de litige concerne le probl\u00e8me de la diaphonie \u00e9lectromyographique (<em>EMG cross-talk<\/em>). De nombreux chercheurs contestent la puret\u00e9 des signaux recueillis par les \u00e9lectrodes de surface positionn\u00e9es sur la joue. En raison de la faible \u00e9paisseur des tissus mous et de la superposition \u00e9troite du buccinateur avec le muscle grand zygomatique, le petit zygomatique, le risorius et le faisceau ant\u00e9rieur du mass\u00e9ter, il demeure extr\u00eamement difficile de garantir que l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique capt\u00e9e \u00e9mane exclusivement du buccinateur profond et non d&rsquo;une co-activation des muscles superficiels environnants.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant \u00e0 la s\u00e9paration fonctionnelle stricte entre le r\u00f4le praxique (mastication, phonation) et le r\u00f4le expressif affectif du buccinateur. Certains \u00e9thologistes sugg\u00e8rent que la plupart des activations enregistr\u00e9es lors des interactions sociales naturelles ne repr\u00e9sentent pas des signaux \u00e9motionnels primaires, mais de simples micro-ajustements physiologiques d&rsquo;hydratation buccale ou de pr\u00e9paration \u00e0 la prise de parole. D\u00e8s lors, surinterpr\u00e9ter chaque fossette d&rsquo;AU14 comme un indice psychologique de malveillance ou de dissimulation expose l&rsquo;observateur au risque d&rsquo;erreur d&rsquo;imputation syst\u00e9matique, souvent qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00ab erreur d&rsquo;Othello \u00bb dans la d\u00e9tection du mensonge.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions s\u00e9mantiques<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle dans la litt\u00e9rature clinique et comportementale, il convient de distinguer soigneusement le muscle buccinateur des entit\u00e9s anatomiques et fonctionnelles limitrophes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Muscle risorius (de Santorini) :<\/strong> Bien que souvent confondu avec le buccinateur en raison de son orientation horizontale, le risorius est un muscle purement cutan\u00e9, plus superficiel, inconstant chez l&rsquo;\u00eatre humain, qui tire la commissure labiale directement en dehors sans plaquer la joue contre l&rsquo;arcade dentaire ni former de fossette profonde par invagination modiolaire.<\/li>\n<li><strong>Muscle grand zygomatique :<\/strong> Responsable du sourire authentique ou conventionnel (AU12), il tire l&rsquo;angle de la bouche obliquement vers le haut et l&rsquo;ext\u00e9rieur en direction de l&rsquo;os malaire, produisant une ascension convexe des commissures, \u00e0 la diff\u00e9rence du vecteur de traction rectiligne et horizontal propre au buccinateur.<\/li>\n<li><strong>Muscle abaisseur de l&rsquo;angle de la bouche (triangulaire des l\u00e8vres) :<\/strong> Antagoniste direct des mouvements d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, ce muscle tire la commissure labiale vers le bas (AU15), g\u00e9n\u00e9rant l&rsquo;expression typique de tristesse ou d&rsquo;abattement, alors que le buccinateur maintient un vecteur d&rsquo;occlusion et de recul sur un plan strictement transversal.<\/li>\n<li><strong>Muscle mass\u00e9ter :<\/strong> Muscle puissant de la mastication situ\u00e9 imm\u00e9diatement en arri\u00e8re du buccinateur ; son r\u00f4le est l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation puissante de la mandibule pour le broyage dentaire. Il ne participe pas directement \u00e0 la modulation de la fente orale ni \u00e0 la kin\u00e9sique des fossettes, bien qu&rsquo;il puisse \u00eatre co-activ\u00e9 en cas de bruxisme.<\/li>\n<li><strong>Unit\u00e9 d&rsquo;action 14 (AU14 \/ Dimpler) :<\/strong> Il s&rsquo;agit du descripteur morphologique fonctionnel standardis\u00e9 du syst\u00e8me FACS codant le r\u00e9sultat visuel de la contraction du buccinateur. L&rsquo;AU14 d\u00e9signe le mouvement observable \u00e0 la surface du visage, tandis que le buccinateur d\u00e9signe le substrat myologique sous-jacent qui l&rsquo;engendre.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le muscle buccinateur repr\u00e9sente bien plus qu&rsquo;une simple paroi contractile d\u00e9limitant le vestibule de la bouche. Situ\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re exacte de la biom\u00e9canique visc\u00e9rale et de la psychodynamique affective, il condense les paradoxes du contr\u00f4le moteur humain :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Architecture hybride :<\/strong> Muscle profond de la joue innerv\u00e9 par le nerf facial (motricit\u00e9) et le nerf trijumeau (sensibilit\u00e9), il s&rsquo;entrecroise au niveau du modiolus pour commander la tension post\u00e9ro-lat\u00e9rale de la bouche.<\/li>\n<li><strong>Vecteur d&rsquo;expression sp\u00e9cifique :<\/strong> Correspondant \u00e0 l&rsquo;AU14 du FACS, sa contraction forme des fossettes caract\u00e9ristiques et aplatit les l\u00e8vres. Unilat\u00e9ral, il signe universellement l&rsquo;expression du m\u00e9pris et du cynisme ; bilat\u00e9ral, il mat\u00e9rialise l&rsquo;effort d&rsquo;inhibition \u00e9motionnelle ou le sourire contraint.<\/li>\n<li><strong>Implication clinique et psychosomatique :<\/strong> Barom\u00e8tre de la charge mentale et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique, il participe activement aux tableaux de tensions temporo-mandibulaires, de parafonctions orales et de somatisations du stress.<\/li>\n<li><strong>Port\u00e9e relationnelle majeure :<\/strong> Dans les recherches sur l&rsquo;interaction sociale et conjugale, l&rsquo;apparition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de micro-contractions du buccinateur constitue un marqueur d&rsquo;alerte \u00e9tiologique majeur de d\u00e9t\u00e9rioration de l&#8217;empathie et de rejet interpersonnel.<\/li>\n<li><strong>Rigueur interpr\u00e9tative :<\/strong> L&rsquo;analyse des signaux du buccinateur par l&rsquo;observation visuelle ou l&rsquo;\u00e9lectromyographie faciale exige de toujours int\u00e9grer le contexte holistique de l&rsquo;\u00e9change afin de ne pas confondre une r\u00e9gulation \u00e9motionnelle subtile avec une praxie masticatoire ou un art\u00e9fact physiologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Darwin, C. (1872). <em>The expression of the emotions in man and animals<\/em>. John Murray. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Expression_des_%C3%A9motions_chez_l%27homme_et_les_animaux\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Expression_des_%C3%A9motions_chez_l%27homme_et_les_animaux<\/a><\/li>\n<li>Duchenne de Boulogne, G.-B. (1862). <em>M\u00e9canisme de la physionomie humaine, ou Analyse \u00e9lectro-physiologique de l&rsquo;expression des passions<\/em>. J.-B. Bailli\u00e8re et fils. <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k1073318b\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k1073318b<\/a><\/li>\n<li>Ekman, P., &#038; Friesen, W. V. (1978). <em>Facial Action Coding System: A technique for the measurement of facial movement<\/em>. Consulting Psychologists Press. <a href=\"https:\/\/www.paulekman.com\/facial-action-coding-system\/\">https:\/\/www.paulekman.com\/facial-action-coding-system\/<\/a><\/li>\n<li>Fridlund, A. J., &#038; Cacioppo, J. T. (1986). Guidelines for human electromyographic research. <em>Psychophysiology<\/em>, 23(5), 567-589. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-8986.1986.tb00676.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-8986.1986.tb00676.x<\/a><\/li>\n<li>Gottman, J. M., &#038; Levenson, R. W. (2000). The timing of divorce: Predicting when a couple will divorce over a 14-year period. <em>Journal of Marriage and Family<\/em>, 62(3), 737-745. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1741-3737.2000.00737.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1741-3737.2000.00737.x<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le muscle buccinateur est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la motricit\u00e9 orofaciale et de l&rsquo;expression des \u00e9motions. 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