{"id":22532,"date":"2026-10-27T13:57:43","date_gmt":"2026-10-27T13:57:43","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bromose-psychologie-definition-clinique"},"modified":"2026-10-27T13:57:43","modified_gmt":"2026-10-27T13:57:43","slug":"bromose-psychologie-definition-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=bromose-psychologie-definition-clinique","title":{"rendered":"Bromose : L&rsquo;angoisse de l&rsquo;odeur corporelle"},"content":{"rendered":"<p>Au croisement singulier de la psychopathologie, de la dermatologie et de la ph\u00e9nom\u00e9nologie sensorielle, la croyance in\u00e9branlable ou la crainte envahissante d&rsquo;exhaler une odeur corporelle f\u00e9tide constitue une exp\u00e9rience profond\u00e9ment invalidante. Longtemps d\u00e9sign\u00e9e sous le terme classique de <strong>bromose<\/strong> ou de d\u00e9lire de bromose, cette entit\u00e9 clinique confronte le sujet \u00e0 une d\u00e9tresse sociale majeure, o\u00f9 le regard d&rsquo;autrui est perp\u00e9tuellement interpr\u00e9t\u00e9 comme le rejet d&rsquo;une souillure olfactive invisible. Explorer cette affection permet de mieux saisir les fronti\u00e8res mouvantes entre l&rsquo;obsession, l&rsquo;id\u00e9e pr\u00e9valente et la conviction d\u00e9lirante au sein de la psychiatrie contemporaine.<\/p>\n<h2>Bromose<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En psychopathologie clinique, la <strong>bromose<\/strong> (fr\u00e9quemment qualifi\u00e9e de <em>bromose d\u00e9lirante<\/em> ou int\u00e9gr\u00e9e au tableau du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_r%C3%A9f%C3%A9rence_olfactive\">syndrome de r\u00e9f\u00e9rence olfactive<\/a>) d\u00e9signe une pr\u00e9occupation obsessionnelle ou une conviction in\u00e9branlable et non fond\u00e9e selon laquelle le sujet \u00e9mettrait une odeur corporelle naus\u00e9abonde, r\u00e9pulsive ou f\u00e9tide. Cette manifestation s&rsquo;accompagne syst\u00e9matiquement d&rsquo;id\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence, l&rsquo;individu interpr\u00e9tant les gestes anodins d&rsquo;autrui comme des r\u00e9actions de d\u00e9go\u00fbt face \u00e0 son \u00e9manation pr\u00e9sum\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dical g\u00e9n\u00e9ral et dermatologique, le vocable <em>bromhidrose<\/em> ou <em>bromidrose<\/em> s&rsquo;applique \u00e0 la production physiologique et bact\u00e9rienne r\u00e9elle d&rsquo;une sueur malodorante. En revanche, dans la tradition psychiatrique et ph\u00e9nom\u00e9nologique, le terme <strong>bromose<\/strong> renvoie \u00e0 la dimension psychologique ou psychiatrique de cette exp\u00e9rience : que l&rsquo;odeur soit totalement imaginaire (hallucination olfactive ou croyance erron\u00e9e) ou qu&rsquo;elle repose sur une exag\u00e9ration disproportionn\u00e9e d&rsquo;une odeur corporelle minime et naturelle, l&rsquo;impact clinique r\u00e9side dans la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle, l&rsquo;isolement s\u00e9v\u00e8re et la perturbation globale du fonctionnement psychosocial.<\/p>\n<p>Cette condition se caract\u00e9rise par une polarit\u00e9 s\u00e9miologique fascinante : pour certains patients, le ph\u00e9nom\u00e8ne prend la forme d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_d%C3%A9lirant\">trouble d\u00e9lirant<\/a> de type somatique (anciennement rattach\u00e9 aux psychoses hypocondriaques monosymptomatiques), o\u00f9 la conviction est absolue et imperm\u00e9able \u00e0 toute preuve rationnelle ; pour d&rsquo;autres, il s&rsquo;inscrit dans le spectre du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_obsessionnel_compulsif\">trouble obsessionnel-compulsif<\/a> ou de la dysmorphophobie, alternant entre conscience partielle du caract\u00e8re excessif de la peur (insight pr\u00e9serv\u00e9 ou oscillant) et rituels de nettoyage ext\u00e9nuants.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme <em>bromose<\/em> puise son \u00e9tymologie directement dans le grec ancien. La racine principale d\u00e9rive de <em>br\u00f4mos<\/em> (\u03b2\u03c1\u1ff6\u03bc\u03bf\u03c2), signifiant \u00ab puanteur \u00bb, \u00ab odeur f\u00e9tide \u00bb ou \u00ab pestilence \u00bb, terme lui-m\u00eame apparent\u00e9 au verbe <em>bromein<\/em>, \u00e9voquant originellement un bruit sourd ou un bouillonnement avant de s&rsquo;appliquer par m\u00e9taphore aux \u00e9manations lourdes et \u00e9touffantes. Le suffixe <em>-ose<\/em> (-osis en grec, -\u03c9\u03c3\u03b9\u03c2) est traditionnellement employ\u00e9 dans le lexique m\u00e9dical pour d\u00e9signer un \u00e9tat pathologique, un processus chronique ou une affection non inflammatoire (comme dans <em>n\u00e9vrose<\/em>, <em>psychose<\/em> ou <em>dermatose<\/em>).<\/p>\n<p>Historiquement, le pr\u00e9fixe <em>bromo-<\/em> a \u00e9t\u00e9 largement sollicit\u00e9 au XIXe si\u00e8cle dans la taxonomie nosologique, tant en chimie (d\u00e9couverte du brome en raison de son odeur particuli\u00e8rement \u00e2cre et irritante par Antoine-J\u00e9r\u00f4me Balard en 1826) qu&rsquo;en m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale avec la <em>bromhidrose<\/em> (transpiration malodorante). Dans les \u00e9crits ali\u00e9nistes francophones et anglophones de la fin du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les termes <em>d\u00e9lires de bromose<\/em> (\u00ab delusions of bromosis \u00bb) et <em>bromidrosiphobie<\/em> ont \u00e9merg\u00e9 pour distinguer l&rsquo;\u00e9tat organique de l&rsquo;\u00e9laboration psychologique d\u00e9lirante ou phobique qui lui \u00e9tait associ\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction du concept dans la litt\u00e9rature psychiatrique moderne a permis de circonscrire l&rsquo;ensemble des syndromes o\u00f9 l&rsquo;odeur per\u00e7ue ne constitue pas un d\u00e9sordre m\u00e9tabolique v\u00e9rifiable, mais le noyau d&rsquo;un v\u00e9cu d&rsquo;alt\u00e9ration somatique subjective, marquant ainsi le passage d&rsquo;une \u00e9tiquette dermatologique \u00e0 une entit\u00e9 psychopathologique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/b\u0281\u0254.moz\/ ou \/b\u0281o.moz\/. L&rsquo;attaque consonantique occlusive bilabiale vois\u00e9e [b] suivie de la consonne fricative uvulaire [\u0281] se lie \u00e0 une voyelle mi-ouverte ou mi-ferm\u00e9e post\u00e9rieure arrondie, pour se clore par la consonne fricative alv\u00e9olaire vois\u00e9e [z].<\/p>\n<p>En grammaire fran\u00e7aise, <strong>bromose<\/strong> est un nom commun f\u00e9minin (<em>une bromose<\/em>, <em>la bromose<\/em>). Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re avec un \u00ab s \u00bb final : <em>des bromoses<\/em>. Dans le discours sp\u00e9cialis\u00e9, on rencontre fr\u00e9quemment des collocations adjectivales ou compl\u00e9tives telles que \u00ab bromose d\u00e9lirante \u00bb, \u00ab bromose psychog\u00e8ne \u00bb, \u00ab id\u00e9es de bromose \u00bb ou \u00ab crainte de bromose \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage du terme requiert une vigilance s\u00e9mantique dans le champ clinique : s&rsquo;il a pu \u00eatre employ\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9su\u00e8te comme synonyme de bromhidrose eccrine ou apocrine en dermatologie somatique, son emploi contemporain pr\u00e9dominant dans les sciences de l&rsquo;esprit renvoie quasi exclusivement au d\u00e9lire ou \u00e0 l&rsquo;obsession olfactive centr\u00e9e sur sa propre r\u00e9manence corporelle.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La bromose s&rsquo;organise autour d&rsquo;un dysfonctionnement perceptif et cognitif centr\u00e9 sur la projection corporelle et la communication interpersonnelle. Au c\u0153ur de cette exp\u00e9rience se trouve la certitude ou l&rsquo;angoisse taraudante que le corps \u2014 par la bouche, les aisselles, la zone ano-g\u00e9nitale, les pieds ou la surface cutan\u00e9e globale \u2014 diffuse un effluve naus\u00e9abond perceptible \u00e0 distance. Cette \u00e9manation suppos\u00e9e peut \u00e9voquer des mati\u00e8res f\u00e9cales, de l&rsquo;urine, de la sueur rance, du poisson pourri, du soufre, de l&rsquo;oignon ou encore des substances chimiques artificielles.<\/p>\n<p>Le point d&rsquo;ancrage fondamental de la bromose r\u00e9side dans le m\u00e9canisme d&rsquo;<strong>autor\u00e9f\u00e9rence<\/strong>. Le patient ne se contente pas d&rsquo;avoir peur de sentir mauvais : il d\u00e9crypte continuellement son environnement social \u00e0 la recherche de confirmations involontaires de sa suppos\u00e9e disgr\u00e2ce. Lorsqu&rsquo;un coll\u00e8gue ouvre une fen\u00eatre, se gratte le nez, tousse, s&rsquo;\u00e9carte poliment dans le m\u00e9tro ou \u00e9change un murmure avec un tiers, ces micro-comportements ne sont jamais interpr\u00e9t\u00e9s comme fortuits, mais immanquablement per\u00e7us comme des r\u00e9actions directes \u00e0 l&rsquo;odeur suffocante \u00e9mise par le sujet.<\/p>\n<p>Ce biais cognitif d&rsquo;interpr\u00e9tation s&rsquo;accompagne d&rsquo;un cercle vicieux comportemental d\u00e9vastateur. Pour juguler l&rsquo;angoisse intol\u00e9rable d&rsquo;incommoder autrui et d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 r\u00e9pugnant, le sujet d\u00e9ploie une panoplie de compulsions et de strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9vitement. On observe des ablutions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (plusieurs douches par jour au savon d\u00e9capant), des brossages de dents fr\u00e9n\u00e9tiques jusqu&rsquo;au saignement des gencives, une consommation excessive de parfums, de d\u00e9odorants et de pastilles menthol\u00e9es, ainsi que des changements fr\u00e9quents de v\u00eatements. Paradoxalement, ces comportements peuvent provoquer des dermites de contact ou des alt\u00e9rations du microbiome cutan\u00e9, qui renforcent l&rsquo;illusion d&rsquo;une anomalie physique.<\/p>\n<p>Le continuum psychopathologique de la bromose s&rsquo;\u00e9tend du versant obsessionnel n\u00e9vrotique au versant psychotique franc. \u00c0 une extr\u00e9mit\u00e9, l&rsquo;individu souffre d&rsquo;obsessions \u00e9godystoniques : il reconna\u00eet intellectuellement que son entourage ne se plaint pas et que des examens m\u00e9dicaux n&rsquo;ont rien d\u00e9cel\u00e9, mais il demeure captif d&rsquo;un doute obsessionnel permanent le poussant \u00e0 v\u00e9rifier sans fin son odeur. \u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9, l&rsquo;insight fait totalement d\u00e9faut : la conviction d\u00e9lirante est in\u00e9branlable, imperm\u00e9able \u00e0 tout argument clinique ou r\u00e9assurance d&rsquo;un proche, et s&rsquo;accompagne d&rsquo;une v\u00e9ritable hallucination olfactive endog\u00e8ne (phantosmie).<\/p>\n<p>Les fronti\u00e8res conceptuelles de la bromose touchent \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;image corporelle. \u00c0 l&rsquo;instar du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peur_d%27une_dysmorphie_corporelle\">trouble dysmorphophobique<\/a> (BDD), o\u00f9 le regard est polaris\u00e9 sur un d\u00e9faut esth\u00e9tique invisible pour autrui, la bromose op\u00e8re une d\u00e9formation similaire, non pas dans le registre visuel, mais dans le canal olfactif. L&rsquo;odeur fantasm\u00e9e devient le r\u00e9ceptacle m\u00e9taphorique et somatis\u00e9 d&rsquo;un sentiment archa\u00efque de honte, de culpabilit\u00e9 morale ou de souillure narcissique profonde.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la bromose et des pr\u00e9occupations olfactives morbides s&rsquo;enracine dans la psychiatrie ali\u00e9niste de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s 1891, le m\u00e9decin George Henry Savage publie des observations cliniques remarquables d\u00e9crivant des individus persuad\u00e9s d&rsquo;exhaler une odeur intol\u00e9rable, assimilant ce tableau \u00e0 des hallucinations sensorielles partielles accompagn\u00e9es d&rsquo;un d\u00e9lire de pr\u00e9judice. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le psychiatre fran\u00e7ais Henri Ey et l&rsquo;\u00e9cole allemande \u00e9tudient ces manifestations au sein des \u00ab d\u00e9lires de pers\u00e9cution \u00e0 th\u00e8me d&rsquo;odeur \u00bb et des hypocondries m\u00e9lancoliques.<\/p>\n<p>Un tournant d\u00e9cisif survient dans les ann\u00e9es 1970 avec les travaux du neurologue et psychiatre William Pryse-Phillips. En 1971, dans un article princeps devenu classique, il forge l&rsquo;expression <em>Olfactory Reference Syndrome<\/em> (ORS) pour formaliser le syndrome de r\u00e9f\u00e9rence olfactive. Pryse-Phillips documente une cohorte substantielle de patients pr\u00e9sentant une pr\u00e9occupation persistante et erron\u00e9e concernant leur odeur, identifiant deux sous-groupes cliniques majeurs : les formes \u00ab intrins\u00e8ques \u00bb (o\u00f9 le patient per\u00e7oit lui-m\u00eame l&rsquo;odeur d\u00e9lirante) et les formes \u00ab extrins\u00e8ques \u00bb (o\u00f9 le sujet d\u00e9duit l&rsquo;odeur uniquement \u00e0 travers la r\u00e9action suppos\u00e9e d&rsquo;autrui). Ses descriptions soulignent d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;importance des d\u00e9lires de bromose dans le paysage psychopathologique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la nosologie britannique, port\u00e9e notamment par Alistair Munro dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, classe ces tableaux sous la banni\u00e8re des \u00ab psychoses hypocondriaques monosymptomatiques \u00bb (PHM). Munro place la bromose d\u00e9lirante aux c\u00f4t\u00e9s de la parasitophobie d\u00e9lirante (syndrome d&rsquo;Ekbom) et de la dysmorphophobie d\u00e9lirante. Selon ce paradigme, la croyance olfactive constituait un d\u00e9lire somatique circonscrit, pr\u00e9servant le reste du fonctionnement cognitif et intellectuel de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;essor des manuels diagnostiques standardis\u00e9s tels que le DSM (de sa troisi\u00e8me \u00e0 sa cinqui\u00e8me \u00e9dition r\u00e9vis\u00e9e) et la Classification internationale des maladies (CIM), le statut de la bromose a fait l&rsquo;objet d&rsquo;incessants d\u00e9bats de reclassement. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9e au rang de variante somatique du trouble d\u00e9lirant non sp\u00e9cifi\u00e9 dans le DSM-IV, l&rsquo;entit\u00e9 a finalement \u00e9t\u00e9 r\u00e9habilit\u00e9e au sein de la CIM-11 de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 sous le diagnostic officiel de \u00ab trouble de r\u00e9f\u00e9rence olfactive \u00bb (Olfactory Reference Disorder), consolidant son autonomie clinique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de la bromose mobilise plusieurs paradigmes th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires en psychologie et en neurosciences. Chacun \u00e9claire une facette distincte de la gen\u00e8se et du maintien de cette souffrance :<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le psychanalytique et psychodynamique<\/strong> aborde la bromose comme l&rsquo;ext\u00e9riorisation d&rsquo;un conflit pulsionnel r\u00e9gressif, souvent fix\u00e9 au stade anal du d\u00e9veloppement psychosexuel. Dans cette perspective, la puanteur redout\u00e9e ou ressentie symbolise l&rsquo;expulsion de d\u00e9sirs hostiles inavouables, d&rsquo;agressivit\u00e9 refoul\u00e9e ou d&rsquo;une culpabilit\u00e9 morale \u00e9crasante li\u00e9e \u00e0 la corpor\u00e9it\u00e9. L&rsquo;odeur f\u00e9tide constitue le retour du refoul\u00e9 : le sujet projette sur la sph\u00e8re sensorielle une mauvaise image de soi, une \u00ab souillure interne \u00bb intol\u00e9rable, transformant l&rsquo;angoisse morale en une tare corporelle concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le cognitivo-comportemental<\/strong> s&rsquo;articule autour des biais d&rsquo;attention s\u00e9lective et des distorsions interpr\u00e9tatives. Selon les th\u00e9oriciens du sch\u00e9ma cognitif, les individus souffrant de bromose pr\u00e9sentent une hypervigilance int\u00e9roceptive accrue envers les signaux corporels normaux (chaleur sous les aisselles, flux salivaire, gaz intestinaux). Cette surveillance corporelle constante produit des fausses alarmes interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 travers des sch\u00e9mas de vuln\u00e9rabilit\u00e9 sociale (\u00ab Je suis fondamentalement repoussant \u00bb, \u00ab Si les autres sentent mon odeur, je serai rejet\u00e9 \u00e0 jamais \u00bb). Les comportements de neutralisation (sur-lavage, camouflage) emp\u00eachent l&rsquo;invalidation empirique de ces croyances et p\u00e9rennisent l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de conditionnement.<\/p>\n<p>Le <strong>cadre ph\u00e9nom\u00e9nologique et syst\u00e9mique<\/strong> examine le rapport de l&rsquo;\u00eatre-au-monde (Dasein) et l&rsquo;ali\u00e9nation de la corpor\u00e9it\u00e9 vivante (<em>Leib<\/em> versus <em>K\u00f6rper<\/em>). Dans la bromose, le corps n&rsquo;est plus le vecteur transparent de la relation \u00e0 autrui ; il devient un objet public honteux, un foyer de nuisance rayonnant dans l&rsquo;espace partag\u00e9. La distance interpersonnelle est v\u00e9cue comme une rupture de la s\u00e9curit\u00e9 ontologique, o\u00f9 le regard et le souffle de l&rsquo;autre constituent une menace constante d&rsquo;an\u00e9antissement narcissique.<\/p>\n<p>Enfin, les <strong>perspectives neurobiologiques<\/strong> sugg\u00e8rent des anomalies fonctionnelles au niveau des circuits fronto-striataux impliqu\u00e9s dans le filtrage sensoriel, la flexibilit\u00e9 cognitive et le contr\u00f4le inhibiteur, ainsi qu&rsquo;une dysr\u00e9gulation des r\u00e9seaux limbiques (amygdale, cortex insulaire) traitant le d\u00e9go\u00fbt et les informations ch\u00e9mosensorielles. Une sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e de l&rsquo;insula ant\u00e9rieure, r\u00e9gion cl\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9roception et du d\u00e9go\u00fbt \u00e9motionnel, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement postul\u00e9e dans les pathologies olfacto-r\u00e9f\u00e9rentielles.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La bromose se d\u00e9cline en un ensemble de caract\u00e9ristiques ph\u00e9notypiques et dimensionnelles qu&rsquo;il convient de d\u00e9composer pour affiner le diagnostic clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Topographie de l&rsquo;\u00e9manation pr\u00e9sum\u00e9e :<\/strong> Les pr\u00e9occupations peuvent \u00eatre focales ou diffuses. Les localisations les plus communes incluent la cavit\u00e9 buccale (halitophobie ou bromose orale), la r\u00e9gion p\u00e9rin\u00e9ale et anale (peur des odeurs f\u00e9cales ou de flatulences pass\u00e9es inaper\u00e7ues), les creux axillaires (bromhidrose imaginaire), la sph\u00e8re g\u00e9nitale (peur d&rsquo;odeurs vaginales ou scrotales) ou la totalit\u00e9 de l&rsquo;enveloppe cutan\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Nature et qualit\u00e9 sensorielle :<\/strong> Le spectre de l&rsquo;odeur all\u00e9gu\u00e9e s&rsquo;\u00e9tend des \u00e9manations organiques putrides (sueur rance, excr\u00e9ments, d\u00e9composition, urine) \u00e0 des odeurs chimiques d\u00e9routantes (p\u00e9trole, ammoniac, solvants, pourriture m\u00e9tallique), t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9connexion sensorielle plus ou moins prononc\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Dimension de l&rsquo;insight (conviction de r\u00e9alit\u00e9) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Forme avec insight pr\u00e9serv\u00e9 ou bon :<\/em> Le patient reconna\u00eet que ses craintes sont probablement excessives ou non v\u00e9rifiables par les pairs.<\/li>\n<li><em>Forme avec faible insight :<\/em> L&rsquo;individu balance entre doute et certitude, cherchant sans cesse des r\u00e9assurances qu&rsquo;il rejette aussit\u00f4t.<\/li>\n<li><em>Forme avec absence d&rsquo;insight (d\u00e9lirante) :<\/em> La conviction est absolue, incorrigible par l&rsquo;\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 et constitutive d&rsquo;un d\u00e9lire de r\u00e9f\u00e9rence somatique unith\u00e9matique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Perception olfactive intrins\u00e8que versus extrins\u00e8que :<\/strong> La symptomatologie distingue les sujets qui affirment \u00ab sentir \u00bb distinctement leur propre puanteur (manifestation hallucinatoire ou hyperesth\u00e9sie ch\u00e9mosensorielle) de ceux qui d\u00e9clarent ne rien sentir eux-m\u00eames en raison d&rsquo;une suppos\u00e9e \u00ab habituation olfactive \u00bb, mais qui d\u00e9duisent leur odeur de la seule lecture des attitudes d&rsquo;autrui.<\/li>\n<li><strong>Rituels de neutralisation et de s\u00e9curit\u00e9 :<\/strong> Mise en \u0153uvre d&rsquo;un arsenal d&rsquo;actes r\u00e9p\u00e9titifs : douches pluriquotidiennes durant des heures, application compulsive de d\u00e9odorants et de talc, mastication incessante de gommes ou menthes, maintien d&rsquo;une distance physique d\u00e9mesur\u00e9e lors des conversations (mise en retrait d\u00e9fensive), port de v\u00eatements herm\u00e9tiques ou multicouches.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la diversit\u00e9 d&rsquo;expression de la bromose, examinons deux situations cliniques repr\u00e9sentatives rencontr\u00e9es en consultation sp\u00e9cialis\u00e9e :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : La bromose buccale sur versant obsessionnel-phobique<\/strong><br \/>\nJulien, ing\u00e9nieur logiciel de 28 ans, consulte en psychiatrie apr\u00e8s trois ann\u00e9es d&rsquo;errance aupr\u00e8s de gastro-ent\u00e9rologues et d&rsquo;odontologues. Julien est persuad\u00e9 d&rsquo;\u00e9mettre une haleine putride issue d&rsquo;une fermentation gastrique invisible. Tous les bilans bucco-dentaires et digestifs sont rigoureusement normaux. Malgr\u00e9 cela, Julien se brosse les dents entre six et huit fois par jour, se rince la bouche avec des solutions antiseptiques concentr\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9velopper une glossite chimique, et dissimule syst\u00e9matiquement sa bouche avec sa main lorsqu&rsquo;un interlocuteur s&rsquo;approche \u00e0 moins d&rsquo;un m\u00e8tre. Lorsqu&rsquo;un coll\u00e8gue baille ou se frotte les yeux, Julien ressent une d\u00e9charge d&rsquo;angoisse aigu\u00eb, convaincu que son haleine indispose la pi\u00e8ce enti\u00e8re. Bien qu&rsquo;il conc\u00e8de par moments \u00e0 sa th\u00e9rapeute : \u00ab Je sais que les m\u00e9decins me disent que je ne sens rien, mais je n&rsquo;arrive pas \u00e0 m&#8217;emp\u00eacher de croire le contraire d\u00e8s que je suis en public \u00bb, son quotidien est paralys\u00e9 par l&rsquo;\u00e9vitement des r\u00e9unions pr\u00e9sentielles.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : La bromose corporelle globale sur versant d\u00e9lirant<\/strong><br \/>\nMonique, 52 ans, vit clo\u00eetr\u00e9e chez elle depuis deux ans. Elle affirme avec une certitude absolue que sa peau s\u00e9cr\u00e8te une substance toxique volatile rappelant l&rsquo;urine en d\u00e9composition. Elle per\u00e7oit elle-m\u00eame cette odeur jour et nuit. Monique a recouvert le bas de sa porte d&rsquo;entr\u00e9e de serviettes humides pour emp\u00eacher \u00ab ses vapeurs d\u00e9l\u00e9t\u00e8res \u00bb d&#8217;empoisonner ses voisins de palier. Elle a d\u00e9missionn\u00e9 de son poste d&rsquo;enseignante apr\u00e8s avoir interpr\u00e9t\u00e9 la toux r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve comme une preuve formelle d&rsquo;asphyxie caus\u00e9e par son corps. Devant l&rsquo;insistance de ses proches et de son m\u00e9decin traitant attestant de l&rsquo;absence totale de mauvaise odeur, Monique s&#8217;emporte, accusant sa famille de comploter pour lui cacher une maladie orpheline incurable. L&rsquo;insight est ici strictement nul, caract\u00e9risant une bromose d\u00e9lirante somatique de nature psychotique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation diagnostique de la bromose requiert une m\u00e9thodologie rigoureuse, combinant exclusion organique imp\u00e9rative et exploration psychopathologique approfondie. La premi\u00e8re \u00e9tape indispensable consiste \u00e0 \u00e9liminer toute \u00e9tiologie m\u00e9dicale r\u00e9elle de malodorance corporelle ou d&rsquo;alt\u00e9ration sensorielle :<\/p>\n<p>L&rsquo;examen somatique comprend un bilan dermatologique complet (\u00e0 la recherche d&rsquo;une bromhidrose av\u00e9r\u00e9e, de k\u00e9ratolyse ponctu\u00e9e ou d&rsquo;intertrigo bact\u00e9rien), une \u00e9valuation oto-rhino-laryngologique et stomatologique (recherche de cas\u00e9um amygdalien, de sinusite chronique ou de parodontite), une exploration gastro-ent\u00e9rologique et n\u00e9phrologique (ur\u00e9mie, insuffisance h\u00e9patique g\u00e9n\u00e9ratrice de <em>foetor hepaticus<\/em>), ainsi que des bilans m\u00e9taboliques ciblant la trim\u00e9thylaminurie (syndrome de l&rsquo;odeur de poisson pourri). Une consultation neurologique avec imagerie c\u00e9r\u00e9brale (IRM) et \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG) peut s&rsquo;av\u00e9rer n\u00e9cessaire pour exclure une \u00e9pilepsie temporale (crises uncin\u00e9es) ou une tumeur comprimant le bulbe olfactif.<\/p>\n<p>Une fois la n\u00e9gativit\u00e9 de l&rsquo;examen clinique \u00e9tablie, l&rsquo;\u00e9valuation psychiatrique s&rsquo;appuie sur des instruments valid\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des sympt\u00f4mes, la pr\u00e9gnance des id\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence et le degr\u00e9 de conviction. Parmi les outils psychom\u00e9triques reconnus, citons :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation du syndrome de r\u00e9f\u00e9rence olfactive (ORS-SR \/ ORS-Severity Scale) :<\/strong> Questionnaire sp\u00e9cifique mesurant la fr\u00e9quence des pr\u00e9occupations olfactives, la d\u00e9tresse ressentie et les rituels associ\u00e9s au cours de la semaine \u00e9coul\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de Brown pour l&rsquo;\u00e9valuation des croyances (BABS &#8211; Brown Assessment of Beliefs Scale) :<\/strong> Instrument s\u00e9miologique indispensable pour \u00e9valuer le niveau d&rsquo;insight du patient sur une \u00e9chelle continue, de la simple id\u00e9e pr\u00e9valente \u00e0 la conviction d\u00e9lirante fix\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;obsessions-compulsions de Yale-Brown adapt\u00e9e au BDD ou \u00e0 l&rsquo;ORS (YBOCS-BDD \/ YBOCS-ORS) :<\/strong> \u00c9chelle semi-structur\u00e9e permettant de quantifier le temps pass\u00e9 \u00e0 penser \u00e0 l&rsquo;odeur pr\u00e9sum\u00e9e, la g\u00eane dans les activit\u00e9s quotidiennes, la r\u00e9sistance oppos\u00e9e aux pens\u00e9es et le degr\u00e9 de contr\u00f4le per\u00e7u.<\/li>\n<li><strong>Le test d&rsquo;identification des odeurs (Sniffin&rsquo; Sticks ou UPSIT) :<\/strong> \u00c9preuves psychophysiques destin\u00e9es \u00e0 v\u00e9rifier l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;acuit\u00e9 olfactive r\u00e9elle du patient et \u00e0 rep\u00e9rer d&rsquo;\u00e9ventuelles parosmies ou dysosmies neurologiques objectives.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de la bromose rev\u00eat une importance capitale pour l&rsquo;ensemble des praticiens de premi\u00e8re ligne, bien au-del\u00e0 du seul cercle de la sant\u00e9 mentale. En pratique courante, les personnes atteintes de bromose ne sollicitent que tr\u00e8s rarement un psychiatre ou un psychologue de prime abord. Convaincues du substrat purement biologique de leur \u00e9tat, elles s&rsquo;adressent massivement aux chirurgiens dentistes, dermatologues, m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes ou gyn\u00e9cologues.<\/p>\n<p>Dans ces contextes m\u00e9dicaux non psychiatriques, la reconnaissance pr\u00e9coce du tableau \u00e9vite l&rsquo;\u00e9cueil des explorations paracliniques invasives, inutiles et anxiog\u00e8nes, ainsi que les chirurgies iatrog\u00e8nes abusives (avulsions dentaires immotiv\u00e9es, sympathectomies thoraciques endoscopiques pour couper les voies sudorales, amygdalectomies non indiqu\u00e9es). Le praticien averti doit savoir \u00e9couter la plainte sans la valider mat\u00e9riellement, tout en \u00e9vitant une confrontation brutale (\u00ab Vous n&rsquo;avez rien, c&rsquo;est dans votre t\u00eate \u00bb) qui conduit invariablement \u00e0 la rupture th\u00e9rapeutique et au nomadisme m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Sur le plan psychoth\u00e9rapeutique, l&rsquo;approche de choix repose sur la <strong>th\u00e9rapie cognitive et comportementale (TCC)<\/strong>. Le protocole th\u00e9rapeutique int\u00e8gre la psycho\u00e9ducation sensorielle, la restructuration cognitive des id\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence, l&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse (EPR) face aux situations sociales anxiog\u00e8nes (renoncer aux d\u00e9odorants excessifs, tol\u00e9rer la proximit\u00e9 physique) et des exp\u00e9riences comportementales film\u00e9es pour d\u00e9samorcer les interpr\u00e9tations erron\u00e9es des r\u00e9actions faciales d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Dans le domaine pharmacoth\u00e9rapeutique, la prise en charge s&rsquo;ajuste au profil ph\u00e9nom\u00e9nologique : les inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es constituent la pierre angulaire des formes obsessionnelles et dysmorphophobiques, tandis que l&rsquo;adjonction d&rsquo;antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 faible dose (risp\u00e9ridone, aripiprazole, olanzapine) est indiqu\u00e9e en pr\u00e9sence d&rsquo;une conviction d\u00e9lirante rigide ou d&rsquo;id\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence massives.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques et cliniques publi\u00e9es au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies apportent un \u00e9clairage substantiel sur la morbidit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la bromose et au syndrome de r\u00e9f\u00e9rence olfactive. Une m\u00e9ta-analyse syst\u00e9matique men\u00e9e par Begum et McKenna (2011) sur plus de 80 articles internationaux a document\u00e9 que la maladie d\u00e9bute typiquement \u00e0 la fin de l&rsquo;adolescence ou au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e2ge adulte (\u00e2ge moyen d&rsquo;apparition entre 20 et 25 ans), avec une l\u00e9g\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rance masculine ou une r\u00e9partition \u00e9quilibr\u00e9e selon les zones g\u00e9ographiques.<\/p>\n<p>Les recherches longitudinales men\u00e9es par Katharine Phillips et David Veale ont mis en lumi\u00e8re la dangerosit\u00e9 et le retentissement psychosocial majeur de cette condition :<\/p>\n<ul>\n<li>Plus de 70 % des patients rapportent des id\u00e9es suicidaires chroniques directement attribuables \u00e0 la d\u00e9tresse de leur \u00ab odeur \u00bb, et le taux de tentatives de suicide effectives oscille entre 20 % et 30 %, des proportions comparables, voire sup\u00e9rieures, \u00e0 celles observ\u00e9es dans la d\u00e9pression majeure ou le trouble dysmorphophobique s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<li>Pr\u00e8s de 40 % des patients connaissent des p\u00e9riodes d&rsquo;isolement total \u00e0 domicile (clochardisation int\u00e9rieure ou syndrome d&rsquo;enfermement volontaire) durant au moins une semaine cons\u00e9cutive, se trouvant dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de travailler ou de fr\u00e9quenter des lieux publics.<\/li>\n<li>La comorbidit\u00e9 psychiatrique est particuli\u00e8rement lourde : plus de 85 % des individus pr\u00e9sentent un \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9 comorbide, tandis que la pr\u00e9valence des troubles anxieux sociaux et des traits de personnalit\u00e9 \u00e9vitante d\u00e9passe 50 %.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les investigations en imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle, bien que limit\u00e9es en raison de la raret\u00e9 des \u00e9chantillons homog\u00e8nes, mettent en \u00e9vidence une alt\u00e9ration du r\u00e9seau de connectivit\u00e9 par d\u00e9faut et des anomalies du traitement cortico-limbique face aux stimuli socio-\u00e9motionnels. Les patients atteints de bromose pr\u00e9sentent une hyperr\u00e9activit\u00e9 du gyrus fusiforme et de l&rsquo;amygdale lors de la pr\u00e9sentation d&rsquo;expressions faciales neutres d&rsquo;autrui, confirmant la propension neurobiologique \u00e0 sur-attribuer une valeur mena\u00e7ante et r\u00e9probatrice \u00e0 l&rsquo;environnement social ordinaire.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique et l&rsquo;interpr\u00e9tation de la bromose sont intimement fa\u00e7onn\u00e9es par les normes culturelles de l&rsquo;hygi\u00e8ne, de la corpor\u00e9it\u00e9 et des interactions interindividuelles. L&rsquo;odeur corporelle n&rsquo;est pas un simple stimulus physique : elle porte une charge symbolique majeure relative \u00e0 la puret\u00e9, au statut social, \u00e0 la moralit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;appartenance groupale.<\/p>\n<p>L&rsquo;exemple transculturel le plus embl\u00e9matique r\u00e9side dans le syndrome li\u00e9 \u00e0 la culture japonaise d\u00e9nomm\u00e9 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Taijin_kyofusho\">taijin kyofusho<\/a> (TKS). Alors que la phobie sociale occidentale est principalement motiv\u00e9e par la peur d&rsquo;\u00eatre humili\u00e9 ou jug\u00e9 n\u00e9gativement par autrui, le taijin kyofusho est sous-tendu par la terreur altruiste de d\u00e9ranger, d&rsquo;offenser ou de mettre mal \u00e0 l&rsquo;aise son entourage. Au sein du TKS, le sous-type <em>jiko-shu-kyofu<\/em> repr\u00e9sente sp\u00e9cifiquement la phobie d&rsquo;incommoder les autres par son odeur corporelle d\u00e9plaisante. Les comparaisons anthropologiques r\u00e9v\u00e8lent que le tableau de bromose observ\u00e9 en Occident et le jiko-shu-kyofu partagent une s\u00e9miologie clinique quasi identique, mais sont formul\u00e9s \u00e0 travers des prismes axiologiques distincts : focalisation \u00e9gocentr\u00e9e sur la honte et l&#8217;embarras personnel d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et d\u00e9tresse sociocentr\u00e9e d&rsquo;offense collective de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales contemporaines ultra-m\u00e9dicalis\u00e9es et aseptis\u00e9es, la prolif\u00e9ration de l&rsquo;industrie cosm\u00e9tique, des d\u00e9odorants 48 heures et des repr\u00e9sentations m\u00e9diatiques d&rsquo;un corps sans faille ni odeur alimente les distorsions corporelles. La moindre transpiration naturelle est pathologis\u00e9e, cr\u00e9ant un terreau culturel fertile o\u00f9 des personnes anxieuses peuvent facilement basculer dans une angoisse de bromose face aux imp\u00e9ratifs sociaux de neutralit\u00e9 olfactive.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites nosologiques<\/h3>\n<p>Le statut nosologique de la bromose demeure un sujet d&rsquo;intenses d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques et cliniques au sein de la communaut\u00e9 psychiatrique internationale :<\/p>\n<p>La controverse principale oppose la conception <strong>dimensionnelle unitaire<\/strong> \u00e0 la vision <strong>cat\u00e9gorielle binaire<\/strong>. Pendant des d\u00e9cennies, le DSM a scind\u00e9 artificiellement ces patients en deux diagnostics mutuellement exclusifs : ceux disposant d&rsquo;un insight pr\u00e9serv\u00e9 \u00e9taient class\u00e9s parmi les troubles obsessionnels-compulsifs ou anxieux non sp\u00e9cifi\u00e9s, tandis que ceux dot\u00e9s d&rsquo;une conviction in\u00e9branlable \u00e9taient rel\u00e9gu\u00e9s dans la cat\u00e9gorie des troubles d\u00e9lirants somatiques. De nombreux auteurs contestent cette dichotomie, d\u00e9montrant empiriquement que l&rsquo;insight fluctue consid\u00e9rablement au cours de l&rsquo;\u00e9volution du trouble chez un m\u00eame patient sans que la nature sous-jacente de l&rsquo;affection ne change. Cette rigidit\u00e9 nosologique a longtemps entrav\u00e9 la recherche clinique et retard\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des prises en charge int\u00e9gr\u00e9es.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me point de d\u00e9bat concerne le rattachement au spectre du trouble dysmorphophobique (BDD). Bien que la symptomatologie partage la pr\u00e9occupation d&rsquo;un d\u00e9faut corporel non apparent pour autrui, certains ph\u00e9nom\u00e9nologues soulignent que l&rsquo;olfaction engage des repr\u00e9sentations de diffusion dans l&rsquo;espace a\u00e9rien et de contamination d&rsquo;autrui que l&rsquo;on ne retrouve pas dans la dysmorphophobie visuelle classique. L&rsquo;odeur p\u00e9n\u00e8tre l&rsquo;espace intime de l&rsquo;autre \u00e0 son insu, conf\u00e9rant \u00e0 la bromose une dimension de culpabilit\u00e9 relationnelle et de parano\u00efa de r\u00e9f\u00e9rence singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Enfin, une limite diagnostique majeure r\u00e9side dans le risque de m\u00e9conna\u00eetre des affections m\u00e9taboliques r\u00e9elles mais m\u00e9connues ou fluctuantes, telles que la trim\u00e9thylaminurie transitoire ou des d\u00e9s\u00e9quilibres du microbiote sudoral. Des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour rappeler l&rsquo;imp\u00e9ratif \u00e9thique de ne pas psychiatriser trop h\u00e2tivement des patients avant d&rsquo;avoir mis en \u0153uvre des analyses biochimiques pouss\u00e9es, tout en \u00e9vitant \u00e0 l&rsquo;inverse de cautionner des errances m\u00e9dicales sans fin lorsqu&rsquo;une \u00e9tiologie d\u00e9lirante ou obsessionnelle est manifeste.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour assurer une rigueur clinique irr\u00e9prochable, il convient de discriminer pr\u00e9cis\u00e9ment la bromose des entit\u00e9s s\u00e9miologiques et nosographiques frontali\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome de r\u00e9f\u00e9rence olfactive (SRO \/ ORS) :<\/strong> Terme psychiatrique moderne le plus large et standardis\u00e9, englobant les pr\u00e9occupations, obsessions et d\u00e9lires d&rsquo;odeur corporelle accompagn\u00e9s d&rsquo;id\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence. La bromose est l&rsquo;appellation historique et s\u00e9mantique directe de ce tableau.<\/li>\n<li><strong>Bromhidrose (ou bromidrose) :<\/strong> Affection dermatologique organique r\u00e9elle caract\u00e9ris\u00e9e par une hypers\u00e9cr\u00e9tion de sueur malodorante r\u00e9sultant de la d\u00e9gradation bact\u00e9rienne de la sueur apocrine ou eccrine. Contrairement \u00e0 la bromose, l&rsquo;odeur est objectivement d\u00e9tectable et mesurable par le m\u00e9decin.<\/li>\n<li><strong>Halitophobie :<\/strong> Crainte obsessionnelle sp\u00e9cifique et circonscrite d&rsquo;avoir mauvaise haleine en l&rsquo;absence de toute pathologie stomatologique ou parodontale. L&rsquo;halitophobie repr\u00e9sente une sous-cat\u00e9gorie topographique focale de la bromose.<\/li>\n<li><strong>Autodysosmophobie :<\/strong> Terme classique forg\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cole ali\u00e9niste pour d\u00e9signer la peur angoissante de sa propre odeur corporelle. Il met l&rsquo;accent sur la dimension phobique et l&rsquo;aversion affective du sujet envers ses propres effluves.<\/li>\n<li><strong>Trouble dysmorphophobique (BDD) :<\/strong> Pr\u00e9occupation concernant un ou plusieurs d\u00e9fauts per\u00e7us dans l&rsquo;apparence physique. Bien qu&rsquo;\u00e9troitement apparent\u00e9, le BDD porte majoritairement sur des crit\u00e8res visuels et morphologiques (peau, nez, cheveux), tandis que la bromose se d\u00e9ploie exclusivement dans la modalit\u00e9 olfactive.<\/li>\n<li><strong>Phantosmie et parosmie :<\/strong> Hallucinations olfactives ou distorsions de la perception d&rsquo;odeurs r\u00e9elles caus\u00e9es par des l\u00e9sions neurologiques (atteinte du nerf olfactif, traumatisme cr\u00e2nien, s\u00e9quelles post-virales, \u00e9pilepsie). Dans ces troubles, le patient sent une odeur fant\u00f4me dans son environnement, mais n&rsquo;\u00e9labore g\u00e9n\u00e9ralement pas l&rsquo;id\u00e9e d\u00e9lirante d&rsquo;en \u00eatre la source corporelle contaminante et d&rsquo;\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9 socialement par cette \u00e9manation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La bromose constitue une manifestation psychopathologique captivante et s\u00e9v\u00e8rement invalidante, \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;angoisse obsessionnelle et de l&rsquo;\u00e9laboration d\u00e9lirante somatique. Les points cardinaux \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, elle repose sur la croyance erron\u00e9e ou la peur disproportionn\u00e9e d&rsquo;\u00e9mettre une odeur corporelle r\u00e9pugnante, constamment \u00e9tay\u00e9e par des id\u00e9es d&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence sociale o\u00f9 le moindre comportement d&rsquo;autrui est interpr\u00e9t\u00e9 comme un signe de d\u00e9go\u00fbt. Deuxi\u00e8mement, elle g\u00e9n\u00e8re des comportements compulsifs de camouflage et d&rsquo;hygi\u00e8ne forcen\u00e9e, induisant un \u00e9puisement psychique consid\u00e9rable et un retrait relationnel pouvant conduire \u00e0 la r\u00e9clusion domiciliaire compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, le diagnostic exige obligatoirement d&rsquo;\u00e9carter au pr\u00e9alable toute anomalie m\u00e9tabolique, stomatologique ou dermatologique authentique par un bilan somatique minutieux. Enfin, la prise en charge th\u00e9rapeutique efficace repose sur une alliance de confiance non confrontante, associant des th\u00e9rapies cognitives et comportementales ax\u00e9es sur l&rsquo;exposition avec pr\u00e9vention de la r\u00e9ponse \u00e0 une pharmacoth\u00e9rapie cibl\u00e9e (ISRS \u00e0 posologie \u00e9lev\u00e9e et\/ou antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration), offrant ainsi aux patients une perspective r\u00e9elle de r\u00e9habilitation sociale et d&rsquo;apaisement sensoriel.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Begum, M., &amp; McKenna, P. J. (2011). Olfactory reference syndrome: A systematic review of the world literature. <em>Psychological Medicine<\/em>, 41(3), 453\u2013461. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0033291710001090\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0033291710001090<\/a><\/li>\n<li>Munro, A. (1999). <em>Delusional Disorder: Paranoia and Related Illnesses<\/em>. Cambridge University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511544200\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511544200<\/a><\/li>\n<li>Phillips, K. A., &amp; Menard, W. (2011). Olfactory reference syndrome: Demographic and clinical features of imagined body odor. <em>General Hospital Psychiatry<\/em>, 33(4), 398\u2013406. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.genhosppsych.2011.04.004\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.genhosppsych.2011.04.004<\/a><\/li>\n<li>Pryse-Phillips, W. (1971). An olfactory reference syndrome. <em>Acta Psychiatrica Scandinavica<\/em>, 47(4), 484\u2013509. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0447.1971.tb03704.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1600-0447.1971.tb03704.x<\/a><\/li>\n<li>Veale, D., &amp; Matsunaga, H. (2014). Body dysmorphic disorder and olfactory reference disorder: Proposals for ICD-11. <em>Revista Brasileira de Psiquiatria<\/em>, 36(Suppl 1), 14\u201320. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1590\/1516-4446-2013-1243\">https:\/\/doi.org\/10.1590\/1516-4446-2013-1243<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bromose, ou d\u00e9lire d&rsquo;odeur corporelle, d\u00e9signe la croyance erron\u00e9e et invalidante d&rsquo;exhaler une odeur repoussante, g\u00e9n\u00e9rant d\u00e9tresse et isolement social.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,859,37962],"tags":[35619,37963,37964,9487,35622,4052,35620],"class_list":["post-22532","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychopathologie","category-troubles-obsessionnels-et-anxieux","tag-autodysosmophobie","tag-bromose","tag-delire-somatique","tag-dysmorphophobie","tag-halitophobie","tag-psychopathologie","tag-syndrome-de-reference-olfactive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22532","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/22532\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22532"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22532"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22532"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}